ZEROSECONDE.COM: Societe (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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[M2 #10] Fracture(s) numérique(s): de quelle division parlons-nous? (avec A. Enkerli)

Quel est le nombre de "fractures numériques" ? 

Alexandre Enkerli en voit trois. Anthropologue et geek, il décrit les divisions que l'on s'est créé avec l'apparition du numérique dans nos vies. Mais si ces fractures existent, il n'y a pas, dit-il, de "bon" ou de "mauvais" côté.


Le "virtuel" induit-il une rupture dans le "réel"?

Aujourd’hui, je vous fais rencontrer Alexandre ENKERLI. Il se définit comme un ethnographe informel avec un bagage formel en ethnographie.

Il se définit ainsi parce qu'il est un anthropologue spécialisé dans les dimensions linguistiques, culturel et social dans son champ de domaine.

Un ethnographe fait l’étude descriptive des ethnies. Et je trouve que, nous autres, nous qui nous nous intéressons au numérique, devons être considéré par lui comme une ethnie.

Il enseigne à l'Université de Corcordia au département de socio et d'anthropo.

Je l'ai invité pour cette balado à partager sa réflexion sur la notion de fracture numérique.

La vague de changement technologique que l'on vit en ce moment avait été nommée il y a 40 ans "vague post-industrielle" (A. Toffler).

Enkerli a piqué ma curiosité avec un billet qu'il a écrit sur la notion de "post" (Post-Society). Tout usage de "post", comme dans "post-industriel", laisse toujours sous-entendre que la période dans laquelle on entre est en radicale rupture avec la précédente.

Il y a une rupture s'il y a un avant et un après. C'est ce que fait le numérique, il nous semble.

Quelle est cette "vague numérique" (Enkerli nous fait remonter jusqu'aux communautés virtuelles pré-web) qui génère cette fracture? Y a-t-il un "bon côté" de la "fracture numérique" où il ferait bon être?

Liens mentionnés dans la balado:
- Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux
Visitors and Residents: A new typology for online engagement (White & Le Cornu) via Jean-Michel Salaün

Note: Avec cette balado, je termine un cycle de 1 an de balados en collaboration avec Martin Girard. Nos chemins se séparent ici. Martin Girard a fait l'enregistrement de la rencontre, j'ai fait le montage de la balado. Je continue M2 en gardant le même concept de conversations sur les mutations numériques. On se retrouve le mois prochain.

Pour écouter cette balado

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Pour écouter juste cette émission: M2 #10 :: Fracture(s) numérique(s): de quelle division parlons-nous? (Alexandre Enkerli)

Qu'est-ce que M2?

M2, c'est M au carré. M pour mutation, mutation au carré! car le numérique accélère comme jamais les changements en société.

M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.

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L'âge d'or d'internet est derrière nous

Ce n'est pas moi qui le dit, mais Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique français, invité à l'émission Place de la toile.


Ce n'est pas du tout nostalgique. Je crois qu'on a vécu une période qui était difficile dans laquelle on était un groupe un peu en vase clos, de geeks, de développeurs, d'innovateurs, de créateurs de startup, de penseurs du numérique et qui pestions en gros en étant les incompris. Le petit village gaulois numérique noyé dans un océan d'ennemis, d'adversaires, de gens qui ne nous comprenaient pas. Mais quand même globalement on nous foutait un peu la paix. Quelques fois il y avait une loi Hadopi qui sortait, etc, mais globalement on faisait un peu ce qu'on voulait chez soi.» 
«J'ai tendance à penser que effectivement cet âge d'or là, dont on n'était pas du tout satisfait à l'époque, parce qu'on se disait "On est l'avenir! On est le nouveau monde", cet âge d'or là, je pense qu'il est vraiment derrière nous. Pour une raison simple: le numérique a investi la totalité, quasiment, des dimensions de la société et je dirais la quasi-totalité de la population, même si c'est de façon inégale»
L'effervescence des premières années web, qu'on pourrait faire dater la fin avec l'appropriation massive des médias sociaux par le public, a fait son temps.

Pour ne pas multiplier inutilement des dates charnières, disons que l'on pourrait faire un pont de 20 ans qui part de 1993 (sortie de Mosaïc, qui a littéralement ouvert Internet aux masses) à 2013 (sortie des révélations de Snowden sur la surveillance massive de la NSA - lire mon billet sur le sujet).

La première date est une ouverture, la seconde une fermeture.

Avec des géants du web qui maintenant entrent dans nos vies autrement que par la lucarne de notre ordinateur,  le numérique investit tous les spores de nos vies, du smartphone à l'automobile autonome et maintenant via notre thermostat et nos détecteurs de feu (en prenant l'exemple de l'achat de Nest par Google hier -- lire mon billet sur le sujet sur Triplex).

J'écrivais en 2004 "Toto, I've a feeling we're not in Kansas anymore". En 2014, il est temps de révisiter tous nos acquis, car nous sommes de l'autre côté du miroir.


Post scriptum: suite aux commentaires ci-dessous, je crois bon de préciser deux choses: 

  1. Il faut prendre l'expression "internet" dans le sens très strict "d'Internet dans les premières années du web", cette période euphorique où "tout était possible", où le web appartenait à des happy few et pouvait être créé ex-nihilo --et dont la société dans son ensemble ne percevait ni le potentiel ni la valeur. Cette période n'existe plus.
  2. Il reste de nombreuses choses à être inventées dans le numérique. Ce qu'on appelle ici «l'âge d'or» n'est qu'en fait «l'époque des bâtisseurs, des pionniers» et ne sera pas retenu sous ce vocable dans le futur quand tous ses acteurs seront morts.

L'après culture numérique

L'émergence de la culture numérique issue du web nous a fait prendre conscience que, jusqu'ici, ce que nous appelions la "culture" était en fait la "culture du livre".

C'est ce qui explique une certaine crainte (et même une crainte certaine) de la part de gens, surtout éduqués, face au numérique.

Serge Tisseron, directeur de recherche à l’Université Nanterre-Paris Ouest, invité à une émission de Place de la Toile en mars dernier sur le sujet de la « Culture du live et de la culture des écrans » explique pourquoi il en est ainsi.

«Depuis la révolution de l'imprimerie, nous vivions dans la culture du livre comme les poissons dans l'eau, c'est-à-dire en ignorant qu'il y a d'autres espèces qui vivent autrement, qui respirent l'oxygène de l'air. La culture numérique a propulsé à l'avant-plan la culture de l'écran."


La culture est l'écran!

Si on définit la culture comme un ensemble de savoirs, de croyances et d'habitudes acquises en société, on doit accepter que la culture numérique soit une culture comme les autres. (Je vous vois lever les yeux au ciel --Oui, je sais, je sais, il faut mettre les points sur les i)

Mais si on entend culture comme le développement intellectuelle par l'apprentissage des arts, de la littérature et des sciences, comme on se l'imagine aux Lumières, le numérique ne peut être une culture, car elle est un procédé qui nous rend servile et nous restreint dans la compréhension du monde. (je vous vois avec des points d'interrogation dans les yeux -- Oui, si "code is law", le réseau ne nous rendrait pas si libre après tout)

Pour être plus précis, si on l'enttend de cette deuxième façon, il est possible de ne pas voir dans le numérique une culture.


Manifeste numérique

Circule en ce moment, un « énoncé d’intention sur la production culturelle numérique et interactive québécoise » (Le manifeste des nouvelles écritures) qui se veut un plaidoyer pour soutenir une création interactive: elle n’est pas une déclinaison d’une autre forme d’expression et a une démarche qui lui est propre.
«L’industrie de l’interactivité est une industrie culturelle. Ses créateurs ne sont pas des fournisseurs de service. C’est par une pratique appuyée qu’émerge une culture d’auteurs.»
À moins de voir le beau webdoc Fort McMoney, un « jeu documentaire » accessible en ligne depuis lundi, comme une machine pour assouvir nos besoins et nous empêcher de nous élever, force est de constater que la culture s'exprime aussi par le numérique.

L’auteur, David Dufresne, nous fait parcourir une ville, Fort McMurray, à la rencontre de personnages et de lieux qui alimenteront votre réflexion sur l’environnement, l’industrie pétrolière et les conditions sociales qui sous-tendent tout ça. (lire mon billet sur Triplex: « Est-ce un jeu? Est-ce un docu? Non, c’est Fort McMoney! »)


Le sujet n'est ni nouveau ni sous les radar des médias. Mais est-ce que, après voir investi 870 K$, verrons-nous «l'interactivité changer quelque chose dans la façon de rejoindre le public et de l'impliquer»?, demande Dominique Willieme, le producteur de l'ONF qui est derrière le projet avec ARTE, cité dans le New York Times il y a quelques instants.

La question n'est pas anodine. «L’acte de diffusion fait partie du geste de création» dit le point 7 du manifeste.

Quel public sera au rendez-vous? Quel impact aura-t-il sur la perception de la culture numérique? Les plus heideggeriens d'entre vous, s'il en existe encore, n'accepteront pas que la cybernétique puisse "créer". Au mieux, Fort McMoney n'est que l'assemblage d'autres arts et la somme des parties ne fait pas naître un tout supérieur.

Pour eux, seul le livre compte, le reste n'est que "régression intellectuelle". Mais, sérieusement, ils sont aujourd'hui dans une position minoritaire. Il est loin mon dernier billet sur le dernier de ces hommes et leur vision de "l'épidémie blogueuse".

Il leur faudra apprivoiser l'idée que l'auteur fait de son audience un flux parmi d'autres flux (c'est l'aspect jeu de Fort McMoney où nos décisions ont une influence sur le déroulement). Cette oeuvre ne relève pas de la logique auctoriale traditionnelle, mais d'une logique de relation qui relient le spectateur/acteur avec les interviewés/acteurs.

Le numérique peut aussi offrir un temps à la méditation. Il faut juste troquer les promenades dans le bois (les Holzwege d'Heidegger) pour une séance de navigation en ligne.



Qui dépassera la culture numérique?

McLuhan disait:
« La télévision ne sera pas comprise avant d’être dépassée par un nouveau média. Quand survient la désuétude, tout média devient une forme d’art, et c’est à ce moment-là qu’il est possible de s’en servir. Le média cinéma et le média photographie sont mieux compris depuis l’apparition de la télévision. » (cité par Jean PARÉ. Conversations avec McLuhan, 1966-1973. Éditions du Boréal, via le blogue du Fonds des Médias)
Si on pousse l'idée, on peut dire que la télévision, qui vit avec ses séries (surtout américaines) son âge d'or, se voit conférer maintenant un aura artistique, une reconnaissance culturelle si longtemps refusée, parce que derrière elle poussent les nouveaux contenus numériques qui devront, maintenant, commencer leur traversée du désert.

Faudra-t-il attendre que la culture numérique se fasse dépasser pour qu'on la reconnaisse? Le penser, c'est penser ce qui vient ensuite.

[M2 #5] Les nouvelles hiérarchies (avec J.Husband)

Jon Husband est en ville!

Cinquième balado. Nous vous proposons de rencontrer Jon Husband de passage à Montréal, ville où il aime bien s'attarder. Il pense le numérique depuis bien avant qu'on appelle ça le numérique. Il confirme que la montée du numérique érode les hiérarchies en place. Rencontre avec un érudit du numérique qui est entré dans le 21e siècle bien avant nous.



Connexion et collaboration horizontales

On parle de "partager la gouvernance", "d'accroître l'étendue de l'autonomie des gens" et de "créer une démocratie de l'information". Tout ceci se trouvait déjà depuis longtemps dans le concept de wirearchy, l'hiérarchie en réseau, de Jon Husband, qu'il a développé il y a une dizaine d'années. Il en profite pour nous parler de la société et de ce qu'elle a été, de ce qu'elle devient, et vers où nous allons. Nous l'avons rencontré à la Société des Arts technologiques de Montréal.

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M2 #5 :: Nouvelles hiérarchies, entretien avec Jon Husband

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

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[M2 #4] La rupture numérique (avec M. Cartier)

Ce n'est pas anodin. Nous venons de passer le plus grand changement récent dans l'histoire de l'humanité.

Quatrième balado. Nous vous amenons cette fois-ci dans l'antre de celui que l'on a nommé le Grand-père du multimédia au Québec, Michel Cartier, professeur à la retraite, qui a enseigné longtemps les communications et formé toute une génération à la société qui s'en venait.



Hypothèses pour un futur déjà en place

Nous basculons vers l'inconnu, un monde où l’accès à la connaissance est ubiquitaire, tapissé d’écrans et d’objets intelligents, noyé dans un tsunami en temps réel d’informations non validées a priori. Comment allons-nous pouvoir apprivoiser la vie dans une telle société? Michel Cartier a analysé les signes de cette rupture et cherche à nous donner un cadre cohérent pour expliquer ce qui nous arrive.

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M2 #4 ::  La rupture numérique, entretien avec Michel Cartier (balado #4)

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

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[M2 #1] Contre l'idéologie sans nom (avec A. Mondoux)

Faut-il brûler les médias sociaux? Accrochez-vous à votre lecteur audio, nous sortons de votre zone de confort.

Première émission de ma balado M2 sur les mutations numériques. Et quoi de mieux que de commencer avec André Mondoux, professeur en communication à l'UQAM, pour parler en mal des médias sociaux (mais, c'est pour leurs biens).



L'hyperindividualisme des systèmes totalisants

Les médias sociaux renforcent-ils l'altruisme ou développent-ils l'hyperindividualisme? André Mondoux pourfend les attitudes qui exacerbent les valeurs de l'individu au détriment du social. Ce sociologue de formation et critique des médias sociaux n'est pas tendre envers toute idéologie qui n'affiche pas leur nom. Faut-il brûler les réseaux socionumériques?

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M2 #1 ::  Contre l'idéologie sans noms (entretien avec André Mondoux)

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

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Daily d'initiés

The Daily is out. C'est cas de le dire. La dernière édition sera mise en ligne le 15 décembre. Autopsie.



L'expérience journalistique sur la tablette a tourné court. The Daily, du magnat Murdoch, était le premier quotidien exclusivement sur tablette, planche de salut espérée du journalisme.

J'écrivais en mars 2011 sur mon autre blogue, Triplex, que si, sur l’iPad,  «The Daily offre une [bien] meilleure mise en page qu’un site web, il n’a pas démontré sa capacité à intégrer le nouveau mode de consommation de l’information (partage, annotation, commentaires, filtrage social…).»

Le projet n'était pas mauvais au départ. Bien financé, bien staffé, il avait tout pour plaire. Tout? Non, car il lui manquait cette compréhension de la culture du contenu numérique: tout, tout le temps, tout de suite.

Alain Gerlache le résume très bien:
L’erreur de départ, c’était de n’être présent que sur une seule plateforme, la tablette. Or, selon Jeff Sonderman, un expert du Poynter Institute, les utilisateurs de tablettes sont, je cite, des « omnivores numériques ». Ils sont très polyvalents. Leurs médias favoris, ils veulent les consulter sur tous les supports, et passer de l’un à l’autre : les tablettes, mais aussi les téléphones intelligents, les ordinateurs et même le papier.
Publié une fois par jour et non en continu (sauf la section sport), la seule différence avec le papier est qu'il ne tachait pas les doigts.

Dans un journal près de chez nous

Ici à Montréal, les regards se sont tournés vers La Presse.


On sait qu'ils préparent un «plan iPad». Heureusement pour eux, et contrairement à Murdoch, ils partent d'une marque connue. La Presse jouit d'une bonne réputation dans ce bastion francophone en Amérique du Nord

Est-ce suffisant pour passer au tout-numérique? L'expérience du Daily illustre en tout cas qu'il ne faut pas se limiter à une seule plateforme.

La Presse, de grand journal dans un marché étroit (il n'y a que 4 quotidiens à Montréal), deviendra une petite application dans un océan de 1 million d'apps...

Pour rester top of mind, la pertinence doit être au rendez-vous.
«Si vous appelez un journal The Daily, vous devez trouver le moyen d'en faire un média à lire absolument chaque jour, ce qui veut dire un contenu différencié» - Ken Doctor, spécialiste américain des médias, du blog Newsonomics. (propos rapportés par Xavier Ternisien du Monde)
Les causes d'un échec

Il y a probablement plusieurs raisons à l'échec du Daily.


- Coûts trop élevés (base de lecteur trop faible)? Peut-être, mais à 100 000 abonnés, plusieurs journaux s'en seraient très bien contentés.

- Prix au numéro pas assez élevé? 40$ / année était peut-être trop bas, mais la publicité aurait pu combler la différence

- Contenu peu attrayant? L'équipe de rédaction était au contraire de haut niveau. L'angle, alors? Peut-être, Murdoch, c'est NewsCorp, ne l'oublions pas.

- iPad seulement? À la fin, ils étaient aussi sur Android et sur les téléphones mobiles.

- Un ensemble de tout ça? Fort possiblement. The Daily ne doit pas être pris comme l'ultime essai indépassable d'un quotidien sur une tablette. Le contenu a probablement plus fait de tort que le contenant.

La plupart des critiques s'entendent à dire que le manque de moyen pour partager les nouvelles a joué pour beaucoup.

Partager les nouvelles offrent deux avantages.

1- vous connaissez ce que les lecteurs lisent réellement (ou du moins ce qu'ils pensent que leur réseau personnel devrait lire) et il est possible ensuite de répondre mieux à la demande

2- vous permettez à votre marque et vos contenus d'être découverts. Dans un monde de surabondance d'information, la "découvrabilité" est un avantage concurrentiel énorme.

Mais il y a tout de même une chose que personne n'ose dire de front: si Murdoch a lâché The Daily, ce n'est pas qu'il ne faisait pas d'argent (par simple arithmétique, j'arrive à 4M$/an comme revenu pour ce projet), c'est qu'il n'en faisait pas assez.

Les financiers lâchent les journaux parce qu'ils ne font pas assez de cash. Les années de vaches grasses sont derrières eux. L'osmose avec le monde de la publicité ne tient plus.

Un modèle de frugalité est à explorer. Bonjour Le Devoir.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais si j'étais un regroupement de journalistes, je commencerais à regarder de ce côté.

À lire:

What The Daily Got Right From Day One, TechCrunch
Scale, tablets, and what to take away from The Daily’s failure, Nieman's lab

The impossibility of tablet-native journalism, Felix Salmon
3 Theses About The Daily's Demise, The Atlantic
Throwing the bathtub out with the bath water, MacWorld
Why The Daily Failed, And What Rupert Murdoch Should Have Launched Instead, ReadWrite



De la porosité de la technologie courriel


Tiens, pour mémoire: comment le général Petraeus a été déculotté par la porosité de la technologie courriel?



Le FBI a pu faire un doublé en identifiant des liaisons secrètes entre Mme Broadwell  et le général Petraeus, chef de la CIA, mais aussi entre Mme Kelly et le général Allen. Voici l'histoire de la (nouvelle) saga américaine (pour friands de la chambre à coucher)

 1- Mme Broadwell, maîtresse cachée de Petraeus, et femme jalouse envoyait des courriels de menace à Mme Kelley, aussi copine du général Petraeus.

2- Mme Broadwell, maîtresse du général, le faisait à partir de faux noms sur plusieurs comptes GMail et envoyait les messages à partir de lieux publics ou d’hôtel.

3- Quand Mme Kelley, la victime des courriels de menace, s’est plainte, le FBI a demandé les adresses IP des courriels à Google (derrière Gmail). Google garde 1 an ces adresses IP

4- En recoupant les noms des visiteurs des hôtels d’où émanaient les courriels de menace, un seul nom ressortait: Mme Broadwell, la maîtresse du général.

5- Une fois Mme Broadwell identifiée, le FBI a eu accès à son compte email officiel (merci Google)

6- En fouillant dans tous ses courriels envoyés, Le FBI a aussi découvert que le Général Petraeus et elle avaient un compte Gmail commun où il s’échangeait des messages à travers des brouillons qu’ils ne s’envoyaient pas. Bingo! le pot au rose est découvert!

7- Et tant qu’à y être, le FBI a aussi fouillé la boîte aux lettres  de la plaignante, Mme Kelly, celle qui recevait des menaces par courriel de Mme Broadwell: ils ont découvert alors qu’il y avait pour 30 000 pages de correspondance (!!) entre elle, Mme Kelly et un autre général, le général Allen. Double Bingo!!

Conclusion: n’employez pas un service américain pour échanger vos correspondances amoureuses...

Gangnam Style: la K-Pop comme mème virulent

Il y a une quinzaine de jours, à Rome, des milliers de personnes se sont réuniess dans une flash mob pour danser sur le succès de musique K-Pop de l'heure: Gangnam Style, de Psy, la vidéo la plus rapidement virale de tous les temps (maintenant rendu à 795 millions de visionnements).

[Mise à jour du lendemain
: 24 h plus tard, ce samedi matin 24 nov 2012, la vidéo de Gangnam Style atteint 805 millions de visionnements, c'est à dire 10 millions, oui, 10 millions de visionnement supplémentaires depuis hier, vendredi, quand j'ai écrit ce billet! Elle dépasse celle de Justin Bieber qui était numéro 1 sur Youtube, devant ainsi la vidéo la plus populaire de tous les temps!]

[Mise à jour du lundi 26 nov: vidéo possède 826 millions de vues, c-à-d 30 millions de plus que vendredi matin quand j'ai écrit ce billet. Loin de ralentir, elle continuera encore jusqu'à atteindre un éventuel plateau. La prochain mème "challenger" aura fort à faire pour le déloger...]

[Mise à jour du 7 décembre 2012: 901 719 146 visionnements sur YouTube. 20 millions de plus depuis le moment où j'ai écrit de billet il y a deux semaines. Voilà le candidat pour le premier milliard de visionnements!]]

[Mise à jour du 21 décembre 2012: franchissement du cap du milliard. J'ai fait un petit billet pour l'occasion, en guise de suite à celui-ci]

Vous avez remarqué qu'aux quatre coins de la planète, Gangnam Style a conquis les foules. En 10 semaines quelques déhanchements faits dans le sud de la péninsule coréenne se sont répandus partout dans le monde. Décodage.




Le magazine Times avait décrété la mode du Gangnam Style morte... au début octobre! Encore un signe de la déconnexion avancée d'une certaine élite irritée face à tous les phénomènes émergeant de la base.

La preuve?

Des milliers de jeunes Italiens, les chiffres varient entre 5000 et 30000, se sont retrouvés un samedi après-midi du début novembre dans le coeur de Rome, à la Piazza del Popolo, pour une foule-éclaire au son du tube planétaire «Gangnam Style»:



Gangnam, le mème de la saison des virus

La notion de « mème », avec le développement des réseaux informatiques n'est plus tout à fait quelque chose d'abstrait.

Le mot vient de l'anglais « meme », forgé par Dawkins en 1976 sur le modèle du gène, vient lui-même, dit-on, du mot français « même » et que l'on prononce de la même manière.

Un mème est un phénomène culturel très précis (une idée, un air, une habitude, une nouvelle, un phénomène social, une mode, etc.) qui se réplique et se transmet par imitation d'un individu à l'autre sur le même principe qu'une maladie infectieuse.

J'en avais déjà glissé un mot ici il y a plusieurs années dans une vidéo de Philippe Martin et Christian Aubry:


Martin Lessard de Zéro Seconde par pmartin

Le « réplicateur » culturel

Même si l'approche de la mémétique n'a pas toutes les assises nécessaires pour être encore une science (à commencer par l'identification du « réplicateur » lui-même), il n'empêche pas moins que certains académiciens s'intéressent au phénomène de façon sérieuse.

Susan Blackmore, dans une conférence TED en fait une bonne démonstration:



Elle pousse le concept jusqu'à affirmer que l'humain, justement, est cette machine qui sert de « réplicateur ».

Les mèmes et les gènes ont  utilisé l'humain pour co-évoluer et se reproduire.

«Vous n'êtes pas intelligents, vous êtes infectés!»

Par exemple, la grosseur du cerveau humain serait due à la présence des mèmes qui ont besoin de place pour se stocker.

Pousser à l'extrême, cette hypothèse permet d'affirmer que les conflits religieux ou culturels ne sont que le reflet du combat des mèmes pour coloniser et occuper l'espace restreint du cerveau. Nous serions parasités par des mèmes et tuerions en leurs noms, alors qu'on pense le faire pour nos idées (le résultat est le même, mais dans le premier cas, on peut arriver à stopper le massacre si on comprend que nos idéaux sont en fait des infections virales).

Blackmore pousse plus loin son hypothèse et dit que si les gènes ont mené aux mèmes, les mèmes ont mené à la création des « tèmes ».

Tème, le mème de la technologie

Les «tèmes», c'est une boîte de Pandore qui a été ouverte et où la technologie se reproduit pour elle-même et par elle-même.

Les serveurs de l'infonuagique ne seraient rien d'autre que d'immenses machines à copier des données d'un disque dur à l'autre. Et là, on est même pas encore entré tout à fait dans l'ère de l'internet des objets!!

Que tant d'Italiens se soient réunis pour danser sur une chanson rythmée de la K-Pop actuelle peut ressembler à une énorme infection mémétique.

Gangnam Style est un complexe de mèmes, car la vidéo originale comprenait beaucoup de gestes «imitables» et pourrait expliquer le succès mémétique de sa propagation à vitesse Grand V.

Beaucoup a été dit sur cette vidéo qui a suscité l'un des engouements de parodies sur YouTube les plus frénétiques. Voici une des compilations:



Retour à l'aube

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, coréen d"origine, a rendu hommage à son compatriote en soulignant qu'il n'y avait "pas de langage requis dans le monde musical". "C'est le pouvoir de la musique, le pouvoir du coeur". (source)

Ce mème de Gangnam Style rappelle aussi, à mon sens, le désir inconscient par delà les temps immémoriaux de renouer avec le moment où, dans les premières tribus primitives qui s'apprêtaient à quitter le continent africain, au tour du feu, on était encore réunis avec les autres membres pour danser une dernière fois tous ensemble.

100 000 ans après, avec la mondialisation nous nous retrouvons de nouveau, tous réunis, et dansons ensemble avec notre tribu enfin retrouvée, après un long, très long voyage...

---

(MàJ 7 déc 2012) Pour lire sur le même sujet:

Le secret démasqué de Gangnam Style, de Lionel Maurel, sur Owni.fr, qui est moins sur le "démasquage" que l'aspect légal et la non-application du droit de copyright comme outil viral. (Via Pier-Alexis Vial)

Le ridicule, clé de la culture karaoké, d'André Gunthert, toujours intéressant, où il définie le ridicule comme ingrédient de l’appropriabilité, facteur d'un autre rapport à la culture, horizontal, antiautoritaire et ludique, qui s'oppose à celle savante, qui reproduit le modèle religieux du recueillement. (via Josée Plamondon)



Bilan du plan France Numérique 2012

Pour mémoire, puisqu'on parlera du plan numérique québécois dans les prochains jours, je poste ici quelques belles réussites du plan «France Numérique 2012» (PDF) mis en place en 2008.




Ce plan prévoyait 154 actions concrètes, et 80% ont pu être mises en œuvre selon le site officiel du Ministère de l'économie.

Les plus significatives réussites sont :
  • L’accès universel à Internet haut débit, pour moins de 35 euros par mois équipement compris, qui est désormais effectif sur l’ensemble du territoire.
  • Le haut débit et le très haut débit mobile : 95% des Français ont désormais accès à l’Internet mobile haut débit.
  • L’amélioration de la gouvernance de l’économie numérique, avec la création du Conseil National du Numérique

Le prochain plan numérique vise 2020 comme échéance et touchera ces points:
  • La fracture numérique -- surtout les personnes connaissant des difficultés sociales, un handicap, ou des territoires enclavés ;
  • Protection des données personnelles et de la vie privée ;
  • Neutralité d’internet ;
  • Cloud computing ;
  • Amélioration de de l'écosystème du numérique, pour stimuler les initiatives, soutenir l’innovation, et accompagner les entrepreneurs.

Les quatre priorités stratégiques pour 2020
  • Permettre à tous les Français d’accéder aux réseaux et aux services numériques ;
  • Développer la production et l’offre de contenus numériques ;
  • accroître et diversifier les usages et les services numériques dans les entreprises, les administrations, et chez les particuliers ;
  • Moderniser la gouvernance de l’économie numérique.

Les 6 demandes du plan numérique pour le Québec


Enfin, c'est lancé! Voici une amorce d'un plan numérique pour le Québec d'aujourd'hui!

Envoyé sous forme d'une lettre d'opinion aux 4 dirigeants de parti, Mme Pauline Marois, M. Jean-Marc Fournier, M. François Legault et Mme Françoise David et aux journalistes, et écrite par  Mario Asselin, René Barsalo, Michelle Blanc, Cyrille BéraudSylvain Carle, Michel Cartier, Monique Chartrand, Michel ChioiniJean-François Gauthier, Vincent Gautrais, Hervé Fisher, Claude Malaison et Monique Savoie.

Les  13 «étonnés» dénoncent du Québec d'aujourd'hui : un grand retard  et une inaction du gouvernement Québécois sur le plan numérique. Ils formulent 6 demandes. Attendez-vous à plus de détails éventuellement, mais pour l'heure, il est temps de faire le premier pas...

Nos six demandes

• Créer une Agence du numérique qui relèverait de l’Assemblée nationale (comme la Société Hydro-Québec qui a pour mission de gérer toutes les questions énergétiques). Cette agence relèverait du Parlement et devrait transcender les partis politiques et le pouvoir exécutif.

• Co-construire un Plan numérique avec l'ensemble des acteurs et la population de toutes les régions du Québec, capable de développer à la fois l’économie, la culture et les savoirs, dans notre société qui doit s’adapter, comme toutes les autres, au XXIe siècle.

• Créer un Conseil national du numérique qui serait formé des représentants reconnus de l'ensemble des secteurs d'activités et de la société civile. Il serait obligatoirement consulté par le Parlement et les ministères pour toutes questions concernant le développement du numérique sur le territoire québécois. Nous pensons au modèle du Conseil supérieur de l'éducation à l'intérieur de la Loi sur l'instruction publique...

• Créer un forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement, soutenu par celui-ci et une fondation par exemple, avec une gouvernance assurant sa neutralité. Un modèle inspirant : NESTA en Angleterre ou http://www.worldwatch.org/

• Investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances.

• Investir aussi dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse (100 Mb symétrique et plus) et gérer selon les règles "OpenAccess" afin de rendre nos infrastructures interopérables, ouvertes et performantes pour communiquer entre nous et avec l'ensemble des pays avec qui nous entretenons des relations politiques, sociales et économiques.
On digère et on en reparle la semaine prochaine, un point de presse est prévu par ces 13 "étonnés" jeudi!

(Mise à jour: juste pour mettre un peu plus de contexte, voici un billet de 2010 à propos du même sujet. Ça ne date pas d'hier)

Le bras politique de Wikipédia?

La confiance collective que nous portons en l'encyclopédie ouverte qu'est Wikipédia lui donne un certain pouvoir auquel on ne s’attendait pas. J'ai effleuré le sujet vendredi sur le blogue Triplex de Radio-Canada (Le pouvoir d’une encyclopédie). Reprenons un tout petit peu plus en profondeur ici.


Mon petit clin d'oeil à Diderot, D'Alembert et Wales
C'est partie d'une nouvelle de la semaine passée.

On apprenait que la partie russe de Wikipédia avait fermée pendant une journée pour protester contre l’initiative du gouvernement russe de censurer Internet dans le pays (en permettant de censurer et de fermer tout site Internet jugé « illégal » en créant une liste noire, à la manière du gouvernement chinois). 

Ça nous rappelle cette fermeture partielle de Wikipédia (anglais), en janvier, en protestation contre le projet de loi SOPA. 

Or, le fondateur du site, Jimmy Wales a répété jeudi dernier que l'encyclopédie n’hésiterait pas à recommencer, s’il le faut, pour protéger l’accès libre à l’information en ligne que menacent ces multiples lois gouvernementales qui tentent partout dans le monde de museler Internet. 

Il Elle a donc recommencé en Russie. (MàJ Voir note pour la correction)

Sans vouloir exagérer la portée politique de ce geste, il me semble que nous avons là, tout de même, un rapport de force intéressant entre les gouvernements et l'encyclopédie qui n'est pas anodin. 

Wikipédia continue-t-elle un combat commencé quelque deux cent cinquante années auparavant?

Savoir, c'est pouvoir 
Le projet d'encyclopédie, tel que conçu par Diderot et d'Alembert, avait un but résolument révolutionnaire. Le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, publié entre 1751 et 1772, offrait des définitions de mot qui avaient une connotation politique et s'inscrivait dans la révolution intellectuelle de l'époque, les Lumières. 

Le XVIIIe siècle a été marqué par un rationalisme venu du renouveau philosophique, une pensée axée sur la raison (qui doit beaucoup à Kant et à Descartes). On s'accorde à dire comment cette encyclopédie a préparé la Révolution française de 1789 en tentant de changer la façon dont les gens pensent.

La filiation avec Wikipédia que je vois tient surtout au rôle qu'une encyclopédie peut jouer dans la sphère politique. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'encyclopédie qui se soit approchée autant de la scène politique que Wikipédia depuis celle de Diderot et d'Alembert.

Touchez pas à mon encyclopédie
Quand des projets de loi touchent directement la neutralité et l’accès aux contenus en ligne, Wikipédia se réserve maintenant le droit de réagir et de faire enrager des millions d’utilisateurs en bloquant l'accès à son contenu pendant une journée.

Il est possible ainsi de faire passer un message à tout un pan de la population qui est justement très sensible à l’accès et à la diffusion des savoirs. Quand Wikipédia ferme, c’est le spectre de la noirceur qui s’annonce. Aucun gouvernement d’un pays démocratique ne souhaite ce genre de publicité.

Je concluais ainsi dans mon autre billet: « "Du pain et des jeux" , disait-on en haut lieu pour conserver la quiétude dans la cité. Faudra-t-il bientôt ajouter : " …et Wikipédia?" »

Il me semble encourageant que retirer l'accès à une encyclopédie devienne un "sujet chaud" socialement parlant. Que retirer l'accès à la connaissance soit un irritant majeur est en soi un signe de bonne santé démocratique!

Je sais, donc je suis
On pourra penser ce que l'on veut de Wikipédia,  mais en tant que fille du web, et donc devant la surabondance des informations et des savoirs en ligne, elle reprend les réflexions qui avait déjà court à l'époque de l'Encyclopédie et Diderot et d'Alembert à propos de l'hiérarchie des connaissances, de son accès et de son partage.

À la manière des encyclopédistes, les wikipédistes confrontent aussi un certain ordre des choses. Peut-être pas comme l'auraient fait les philosophes de l'époque (et surtout pas de façon aussi anonyme et collective que pour Wikipédia), mais en rendant accessible une connaissance du monde, du très scientifique au plus trivial, on voit une société civile qui s'autonomise davantage par rapport à la sphère politique.

Souffrir pour savoir n'est plus une fatalité
Les détracteurs de Wikipédia, et a fortiori de ce billet vantant un certain pouvoir politique pour cette encyclopédie en ligne, me semblent en général tomber dans deux a priori qui les empêchent de bien apprécier sa portée.

Leurs deux objections n'ont plus cours en cette ère de surabondance d'information et d'ubiquité de l'accès:

A) il faut de l’effort pour apprendre, de la peine et de la fatigue pour assimiler
B) on apprend qu'avec les maîtres, en les imitant, et avec du travail, par l’expérience

La proposition païenne de «tout savoir en un clic» heurte leur sensibilité héritée du judéo-christianisme.

Le travail d'apprentissage doit être laborieux et solitaire, corvée dont le fruit doit se mériter dans la douleur et la culpabilité, lots des Hommes hors de l'Eden.

C'est à mon avis une façon révolue de concevoir l'accès et l'assimilation de la connaissance.

La compréhension est, quant à moi, d’abord et avant tout, un acte intersubjectif. Le réseau a drastiquement réduit la difficulté d'accéder au savoir et de le partager.

Wikipédia n'est pas seulement une accumulation d'information, c'est aussi un contexte nouveau. Elle radicalise la simplification et la démocratisation des savoirs. Elle offre une rapidité et une facilité de consultation des liens qui mène à une autonomie de jugement pour celui qui explorent ces liens.

Ce jugement vient moins des "idées révolutionnaires" dans le texte, que de la liberté de penser par soi. 

«Je décide quel article lire, quand et comment. J'y fait mes propre ajouts au besoin -- ou du moins je sais que j'en ai la possibilité. Avec Wikipédia, je trouve la réponse à des questions d'ordre général (et même particulier) qui fait de moi un citoyen plus éduqué, donc plus impliqué»

Fermer Wikipédia est un retour en arrière pour ces gens. Et ce geste politique, cette fermeture, en le confrontant à un projet de loi, au USA ou en Russie, montre quel retour en arrière leur est potentiellement proposé par un gouvernement.

Le bras politique de Wikipédia fait ses premières musculations. Le temps dira s'il peut faire à répétition de tels bras de fer...

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Je suis bien curieux de connaître ce que vous inspire cette piste de réflexion.

(je mettrai un lien vers votre blogue à la fin du billet si vous désirez poursuivre la conversation ailleurs).

Le cas Kony

Voilà un beau cas. Vraiment. Imaginez une prise de conscience qui n'émerge ni de la sphère politique, ni de la sphère médiatique, ni de la sphère académique. Bienvenue à Kony 2012!

Quand j'ai commencé à écrire ce billet hier soir, la vidéo, déposée sur YouTube lundi dernier, avait déjà 11,6 millions de visionnements. Elle frôle les 39 millions au moment de terminer ce billet. Combien en aura-t-il quand vous lirez ce billet?

Mais commençons par le début. Fermez Tweetdeck quelques instants, prenez une grande respiration et placez votre vieux 33 tours d'Harmonium sur le tourne-disque pour vous mettre dans l'atmosphère.

On a mis quelqu'un au monde, il faudrait peut-être l'arrêter

Voici, brièvement, l'histoire de Kony 2012. Je reprends une partie du texte de Dominic Arpin qui résume très bien la situation:
«Le réalisateur et activiste Jason Russel a un rêve : l’arrestation en 2012 de Joseph Kony, un seigneur de la guerre ougandais qui enlève des enfants depuis plus de 20 ans pour les transformer en soldat ou en prostitué.

Mais Jason Russel n’est pas qu’un rêveur. C’est aussi un homme d’action. […] il vient de lancer une campagne sans précédent pour provoquer la capture du criminel de guerre.

[…] Essentiellement, Jason Russel souhaite faire de Joseph Kony une vedette. Pour qu’il cesse d’être "invisible". Pour que l’on sache enfin qui il est. Et pour mettre de la pression sur les gouvernements afin qu’ils accentuent leur recherche de ce criminel de guerre.» 
Pour un instant, j'ai oublié son nom

La vidéo dure environ 30 minutes. Elle est en anglais (elle est destinée aux Américains). Sa facture professionnelle et formelle donne de la valeur au contenu. Ce n'est ni un documentaire, ni du journalisme. C'est une vidéo de promotion d'une cause humanitaire.

Et vous êtes prié, dès le début, de bien porter attention, car vous pourrez jouer un grand rôle pour la paix dans le monde, tout en pleurant toutes les larmes de votre corps:



La vidéo illustre la puissance des réseaux sociaux pour changer le monde. L'auteur défend une cause qui lui tient à coeur: le sort des enfants-soldats kidnappés par l'inhumain Kony. Il y décrit sa tactique pour le faire arrêter: si tout le monde sait qui est Kony, il n'aura plus de place pour se cacher. Personne ne doit oublier qu'il est un des criminels le plus recherchés pour crime de guerre de la planète.

Kony 2012 est une campagne pour s'assurer que plus aucun enfant ne perd son enfance aux mains de ce monstre.

Pour en savoir plus:
- Site officiel
- Info sur Kony, Wikipedia
- Kony 2012: la force du nombre (Dominic Arpin) réaction à chaud, plusieurs liens
- We got trouble (Grant Oyston) mise en garde contre le mouvement Kony 2012
Guest post: Joseph Kony is not in Uganda (and other complicated things) (Foreign Policy)
Réponses aux critiques ci-dessus par les auteurs
- Compléments de nouvelles par l'excellent Guardian
- Une mise en contexte du Figaro
-(ajout) Un aparté très bien documenté de JF Lisée.

J'ai regardé si loin, que j'ai tout compris

Maintenant, intéressons-nous davantage à la forme de la vidéo et du mouvement (je vous laisse le soin de prendre position par vous-même sur le fond).

Nous assistons à une véritable prise de conscience publique, que même les médias et le gouvernement n'auraient jamais réussi à faire [Précision: à faire pour le cas Kony].

Ce mouvement de conscience publique est ce qu'on appelle du «grassroot», il vient de la base et ne relève d'aucune institution.

La vidéo joue sur des cordes (naturellement) sensibles et la rhétorique de l'image et du montage est bâtie de telle façon qu'elle suscite l'adhésion spontanée et le partage immédiat (comme on peut le voir sur les réseaux sociaux).

Elle est virale parce qu'elle est «pleine de sens» (qui ne veut pas arrêter le massacre?). Le «sens», ici, ne doit pas être compris de façon intellectuelle ou journalistique. «Fait sens» ce qui résonne en moi comme un vérité fondamentale. Il y a «sens» quand le passage d'un certain contenu dans mon filtre personnel résonne, fait vibrer une corde sensible en moi.

Un iPad 3 peut «faire sens» dans la communauté geek, mais pas ailleurs. La grossesse de Coeur de Pirate «fait sens» pour les fans de l'artiste. L'élection de Poutine en Russie «fait sens» dans la communauté des journalistes et de ceux qui s'intéressent à l'actualité internationale.

Toutes informations circulent bien dans les réseaux où elles possèdent un «sens». Par contre, l'échographie de Coeur de Pirate n'a qu'une mince chance de survie dans l'écosystème des Mac addicts. L'annonce du nouvel iPad hier n'a jamais probablement traversé le mur des tweets des journalistes politiques. Et peu de fans de Coeur de Pirate savent qu'il y avait des élections en Russie la semaine dernière.

Mais quand la viralité est très forte, elle quitte les sphères spécialisée et passe dans la sphère publique.

C'est ce qui est en train de se passer avec le mème Kony.


Des institutions vivent en roi chez moi (moi qui avais accepté leurs lois)

En prenant de l'expansion dans la sphère publique, la campagne Kony 2012 rencontrera naturellement une opposition («Attention: un peu de perspective! Tout n'est pas si simple!...» --natürlich, darling, on appelle ça la vie!)

Un viral comme Kony 2012 rencontrera inévitablement des anticorps. La fonction des anticorps est de freiner la propagation du mème.

Parfois, dans des cas violents, il y a même une tentative de récupération par les anticorps qui s'opposent à la chose qui prétend se propager.

Ça a été le cas de McDonald dernièrement, avec sa tentative ratée dans les médias sociaux en janvier. Avec sa campagne #McDstories sur Twitter (où les gens étaient supposés raconter de belles histoires sur la chaîne de fast food), McDonald s'est vue rapidement submergé par un détournement majeur où les usagers mécontents ont plutôt fait circuler des histoires d'horreurs avec son hastag.

Pour le mème Kony 2012, les anticorps vont s'attaquer à deux choses en particulier:
Tactique 1) Refuser que le temps cerveau et la passion accumulée servent la stratégie de Kony 2012.
Pas qu'ils soient en désaccord sur le fond, au contraire, mais les critiques vont proposer d'autres façons de dépenser ce capital. Vous verrez des expressions comme «bonne cause, mauvaise approche», «c'est non-productif» ou «c'est beaucoup plus compliqué que ça»...


Tactique 2) Détourner l'attention du message principal (pour ralentir la propagation).
C'est en semant le doute sur des éléments secondaires qu'on touchera au «sens», donc à la viralité, du mouvement: on y pensera à deux fois avant de faire suivre le message quand on «apprend» qu'il y a «deux côtés à une médaille», que «rien n'est simple»! Vous verrez apparaître des critiques sur la crédibilité (gestion des fonds, finalité du mouvement), des procès d'intention (finalité réelle du mouvement), ou des précisions documentaires (Kony n'est plus à telle ou telle place; tel ou tel gouvernement est aussi responsable)...
Nous empêcher de penser en rond exerce l'esprit critique. Parfait. Mais les anticorps servent d'autres causes.

Dis-moi, c'est quoi ta toune (qui revient dans tes oreilles tout le temps)

Les anticorps proviendront principalement de deux institutions, la politique et les médias. Leur point de vue sera évidemment distillé dans le public qui reprendra leurs arguments («oui, mais...!»).*

(*Ajout: C'est de la 'logique institutionnelle' de la sphère politique (l'action) et celle des médias (l'information) dont je parle. Elle génère des logiques d'argumentation critique. Mais les critiques elles-mêmes peuvent venir des citoyens qui ont intégrés ces logiques. Mais à mon avis, les plus crédibles des critiques viendront des membres eux-mêmes de ces sphères)

- Politique

Au niveau politique, il y aura soit une tentative de récupération (de la part des opportunistes) ou une tentative de fin de non-recevoir (les «priorités sont ailleurs!»). Ou une troisième voie: ceux qui sont au courant du dossier, mais qui ne veulent pas se faire bousculer.

Dans nos démocraties représentatives, on n'aime pas trop les demandes du peuple qui sortent des ornières des urnes.

Ce que l'institution politique craint le plus, c'est le rapport de force qu'est en train de bâtir Invisible Children (ceux derrière la campagne Kony 2012). En instrumentalisant la foule, Invisible Children se créent une masse critique dans l'opinion publique, qui attirera inévitablement les politiciens opportunistes. Les tenants de la troisième voie feront alors face alors à du lobbying de l'intérieur.

Quand on sait que la solution n'est pas militaire, mais politique, et, dans ce cas-ci, complètement multilatéral, la résistance sera d'autant plus forte qu'on ne voudra/pourra pas agir unilatéralement. Vous entendrez alors du monde dire qu'il faut «réfléchir avant d'agir».

Ce qui compte en fait pour la sphère politique, c'est de ne pas laisser la sphère publique prendre l'initiative. Elle tentera alors d'appliquer la tactique 1 et refusera la façon que la solution Kony 2012 se met en place. Ceux qui croient en la sphère politique prendront cette position.

- Médias

Au niveau médiatique, il y a certainement un effet de courroie de transmission. Les médias ont bien compris la leçon maintenant qu'il ne peuvent plus contrôler l'agenda public et ils devront rapporter le phénomène dans leurs pages.

Sur la plupart des blogues de journaux, il y aura un petit billet en ligne (peut-être même dans les journaux papier) et le niveau d'enthousiasme variera en fonction du fait que ce soit un vieux loup ou une jeune recrue qui écrira le papier.

Les plus sérieux feront leur devoir et fouilleront l'historique du mouvement. Les autres feront le relais sur Twitter.

Ils utiliseront la tactique 2 en détournant l'attention vers des détails. Parce que le film n'est pas un doctorat de 400 pages qui présente exhaustivement toutes les facettes de la situation, ils citeront certaines personnes qui voudront nous dicter comment se comporter face à la «problématique Kony» («Kony oui, mais Kony 2012, non!»

Il y a toujours quelqu'un pour rappeler qu'il y a «deux côtés à une médaille»! Feignant un insensible cynisme le journaliste pèsera le pour ou le contre inlassablement jusqu'au prochain sujet qui dominera la une.

Les médias montreront les «deux côtés de la médaille», même s'il ne s'agit pas de la même médaille : ils montreront les pourcentages des dépenses des dons ou publieront des commentaires de gens sur le terrain. Tout ça pour notre grand bien (et ceux qui ne le feront pas passeront pour de mauvais journalistes).

L'enjeu n'est pas tant la vérité ou l'action que la perpétuation de l'éternel doute et surtout d'empêcher l'autononomisation de la sphère publique d'agencer les priorités publiques sans leur apport.

C'est toi qui es tombé en pleine face 

Mais pourtant, ici, une fois confirmé qu'il ne s'agit pas d'un canular, ni d'une fraude, le mouvement de conscientisation ne pourra pas être arrêté.

Certains mettront en doute la légitimité du mouvement simplement parce qu'il n'a pas été sanctionné par des institutions (politique, médiatique, académique). Les institutions sont celles qui hiérarchisent les priorités. Les institutions refuseront de facto que la sphère publique puisse le faire.

D'autres crieront au vol, car Invisible Children demande 30$ pour recevoir un «kit de propagande». Ces   mêmes gens le twitteront sur leur iPhone à 500$, pour lequel de jeunes Chinois sont morts. Mais ont-ils compris que le 30$ n'est pas un don, mais bien un échange commercial pour payer le matériel (et probablement un peu de profit) et sauvera peut-être de jeunes Africains. Changer le monde ne devrait que se faire sur une base bénévole?

On reprochera probablement à la vidéo de 30 minutes qu'elle n'ait pas tout dit. Mais cette vidéo n'est pas un cours d'histoire, ni un documentaire, ni un bulletin de 20 h. C'est un mes-sa-ge. Elle ne demande ni approbation, ni confirmation. On y adhère ou non

Toute pression sur les dirigeants pour ramener Kony devant le tribunal pénal est probablement une bonne chose. Et si cette demande vient de la sphère publique, qu'on ne pouvait pas entendre auparavant, c'est aussi une bonne chose.

Aujourd'hui je dis bonjour à la vie

Le cas Kony montre comment la sphère publique, s'il fallait une ultime démonstration, peut orienter les agendas publiques de façon autonome.

Avec la passion d'un père de famille, déterminé à changer le monde pour son fils (c'est la rhétorique persuasive utilisée dans la vidéo) et une certaine maîtrise des codes des médias sociaux (faire appel aux sentiments, provoquer le partage, créer un mème), on voit une foule se laisser diriger non pas vers quelque chose qu'elle ne veut pas (ce que les politiques ont souvent tendance à faire), mais vers quelque chose qu'elle veut.

Ce à quoi on assiste, c'est à la levée d'une sphère publique qui tente de dicter au gouvernement ce qu'elle juge comme une priorité. Elle apprend, aujourd'hui encore maladroitement, à appuyer de tout son poids, avec une conscience d'elle-même, sur des enjeux qu'elle aimerait voir régler. Maintenant. Tout de suite. Au nom des droits de l'Homme.

Car Kony 2012, c'est un choix. Celui de faire connaître ce monstre à tous pour qu'il n'y ait plus personne pour dire que ce n'est pas son problème. Pour que Invisible Children puisse sentir qu'il a enfin un rapport de force pour faire bouger les choses.

Car Kony 2012, c'est de la realpolitik. Celle faite de pression et d'alliances objectives. C'est un mouvement d'opinion qui met Kony et les gouvernements sur la sellette.

Car Kony 2012, ce n'est pas la réalité, c'est comment on souhaite que les choses se passent.

Kony 2012, c'est le désir que la justice soit faite.

Et personne n'a le droit de vous retirer ce rêve.

La tyrannie du temps libre

Le tissu qui forme la masse des médias sociaux ne prend sa source qu'à un seul endroit: notre temps libre.

Pour la vaste majorité d'entre nous, les outils de réseautage en ligne ne sont utilisés que dans nos temps libres. 5 minutes, 15 minutes, 1 heure par jour? Parfois plus, parfois rien du tout.

Mais le maigre temps discrétionnaire, extirpé à grande peine de votre agenda surchargé, que vous tentez de consacrer à votre réseau en ligne, ne vous retournera jamais autre chose que ce constat impitoyable: celui du spectacle du temps libre de tous les autres.

Même si vous arriviez à prendre quatre heures par jour pour montrer que vous avez vous aussi du temps libre, votre réseau ne vous retournera que des pages et des pages de gens qui ont encore plus de temps libre que vous.

Tous ces films, livres, sorties que vous ne pouvez pas vous permettre, votre réseau, lui, se le permet. Toutes ces discussions, pensées, anecdotes que vous ne pouvez pas noter, votre réseau, lui, vous le balance en pleine face.

Le réseautage socio-numérique centre notre rapport au monde en nous plaçant tout au milieu. Mais si on n'y fait pas attention, il pourrait aussi complètement nous décentrer et donner l'impression au contraire de se retrouver tout en périphérie.
loisir
FOMO, Fear Of Missing Out, l'acronyme forgé pour exprimer cette angoisse générée par l'impression d'être toujours en train de manquer quelque chose, décrit bien le sentiment tyrannique de se retrouver sur la touche: le peur de manquer quelque chose.

Lorsqu' on prend conscience que les réseaux sociaux ne nous exposent que le temps libre de nos amis, on ne cède plus à cette angoisse du FOMO. Comment croire qu'on ne devrait pas être là où l'on est en ce moment. Cruel effet secondaire de la société des loisirs.

Une fonction des médias sociaux est de réintroduire du nouveau dans le système. Or ce média ne s'alimente qu'avec notre temps libre, libre des préoccupations de survie matérielle (manger, travailler, dormir).

Il est clair alors que si ce temps libre ne sert qu'à décrire notre temps libre, ou la façon de le combler, nous ne créons qu'une déformation ce qu'est le monde. Le FOMO vient alors hanter nos moindres mouvements.

Mais si le contenu de ce temps libre sert aussi à partager des stratégies de vie, à échanger comment, nous simples mortels, nous apprenons à jouer le Grand jeu sans vraiment connaître les règles, si nous évitons la tyrannie du temps libre, une partie du tissu des réseaux sociaux peut venir nous envelopper et servir à nous faire grandir.


Les immigrants en circuits imprimés

En faisant la chronique techno, pour l'émission La Sphère à la Première chaîne de la Radio de SRC, durant la saison d'automne 2011, j'ai parlé, entre autres choses, de robots. J'ai été surpris de voir que la robotique était si avancée et que la réalité n'a plus grand-chose à envier à la science-fiction.

Et ce qui m'a sauté aux yeux, plus que tout, c'est que le Japon et la Corée (du Sud) sont très en avance de ce côté.




Que l'Asie soit plus en avance que l'Occident me surprend moins que les raisons qui les poussent à l'être.

L'immense majorité des avancées robotiques concerne le soin aux aînés ou certains travaux manuels répétitifs. Ces robots, "aidants mécaniques", se veulent la relève d'une force de travail en déclin: les populations japonaise et coréenne vieillissent, il y a moins de jeunes sur le marché de travail. La relève n'est pas là. Et les hôpitaux et les centres pour personnes âgées se retrouvent avec un déficit de personnel. D'où la recrudescence de robots "aidants"...

De gros robots carrés sans âme au début, ces robots ont depuis pris une allure humaine de façon si poussée que ceux qui n'ont pas suivi les progrès de la robotique japonaise seront surpris de voir à quel point les robots ont une forme humanoïde très ressemblante -- et troublante.

Compréhensible. Qui veut être soigné par une boîte de conserve? La robotique a pris depuis 15 ans une tournure du côté de la recherche de l'émotion artificielle, question de paraître plus humaine.


Mais ce que je retiens, c'est qu'une caractéristique culturelle -- le refus de se mélanger avec d'autres?-- ont motivé les asiatiques à bâtir une industrie qui avance à une telle vitesse que leur société sera complètement modifiée et où ne circuleront que des vieux portés par de jeunes robots...

Et du coup, ici aussi, nous serons touchés.

Ce qui expliquerait pourquoi une télé suédoise propose une série télé "Äkta Människor" --"Real Humans"-- (bientôt en anglais) sur, justement, un monde où on ne distingue plus un humain et d'un robot...






(bande annonce de la série télé) Via Spectrum.ieee.org

Qu'en pensez-vous?


Scenius: La scène géniale

Une écologie des idées demande un ensemble d'acteurs, pas seulement quelques génies. Pour qu'émergent des "génies", il doit d'abord y avoir un écosystème fertile rempli de joueurs de talents. Un génial acteur ne peut apparaître seul: il a besoin de supports, de collègues, de lieux, d'investisseurs, de facilitateurs, chacun étant un petit génie dans son domaine, pour permettre à un "grand" d'émerger et de passer à l'histoire.


Brian Eno propose le terme "scenius" (contraction de genius et scene) pour décrire ce qui rend un lieu (spatio-temporel) si fertile pour ses joueurs. Il dit qu'il serait même plus pertinent de voir le tout comme une "scène géniale" (scenius) plutôt que de tenter d'expliquer les succès sous forme de "grands génies" sortis de la cuisse de Jupiter.
Brian Eno (2009) : «I was an art student and, like all art students, I was encouraged to believe that there were a few great figures like Picasso and Kandinsky, Rembrandt and Giotto and so on who sort-of appeared out of nowhere and produced artistic revolution.

As I looked at art more and more, I discovered that that wasn’t really a true picture.What really happened was that there was sometimes very fertile scenes involving lots and lots of people – some of them artists, some of them collectors, some of them curators, thinkers, theorists, people who were fashionable and knew what the hip things were – all sorts of people who created a kind of ecology of talent. And out of that ecology arose some wonderful work. 

The period that I was particularly interested in, ’round about the Russian revolution, shows this extremely well. So I thought that originally those few individuals who’d survived in history – in the sort-of “Great Man” theory of history – they were called “geniuses”. But what I thought was interesting was the fact that they all came out of a scene that was very fertile and very intelligent. 

So I came up with this word “scenius” – and scenius is the intelligence of a whole… operation or group of people. And I think that’s a more useful way to think about culture, actually. I think that – let’s forget the idea of “genius” for a little while, let’s think about the whole ecology of ideas that give rise to good new thoughts and good new work.» (source
Internet permet de connecter la scène des idées à Montréal et au Québec en général. Pour qu'un bon blogueur soit reconnu, il lui faut un bon public. Webcom, Yulbiz, la maison Notman, Alliance Internet, tous les camps, ont besoin d'un écosystème pour rayonner. 

Il n'y a pas d'initiative isolée. La scène doit être géniale pour qu'émergent des acteurs géniaux.

Scenius St-Hyacinthe

J'encourage ces temps-ci la création d'un Yulbiz à St-Hyacinthe. Le premier travail consiste à faire prendre conscience aux acteurs du coin qu'un certain talent numérique se trouve dans cette région. Un Yulbiz est une rencontre qui permet d'envoyer ce signal à tous les acteurs de la région que localement un écosystème peut se mettre en place. 

Et cet écosystème mettra en relation des acteurs de talents qui sauront émerger pour créer un scenius distinct (ou complémentaire) de Montréal, comme il existe déjà à Québec et se forme à Trois-Rivières (et probablement ailleurs aussi au Québec)

Un travail qui demande patience et persévérance. 

Un de mes clients de la région, l'Hôtel des Seigneurs, se veut un rassembleur. Il organise un Yulbiz en début 2012 (date à déterminer). Étant au fait que les réseaux sociaux représentent une opportunité, il n'hésite pas à provoquer l'émergence d'une scène locale pour qu'elle prenne conscience de son existence (au lieu d'être éclipsée par Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivière.)

Et chaque joueur a ensuite intérêt de voir cette scenius se développer près de chez eux.