ZEROSECONDE.COM: Tendance (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Rachat de Nest: Google veut être la dorsale de l'internet des objets

Le rachat de Nest par Google lance le signal de départ de la course à l'internet des objets.



Internet des objets regroupe de façon floue beaucoup de choses, mais on s’entend pour dire qu'il représente l'extension d'Internet à des objets connectés dans notre monde physique. C’est l’ensemble des objets qui sont munis de codes, de puces ou d’adresse web, qui se trouvent dans le vrai monde, mais qui sont connectés ensemble via internet.

L’expression Internet des objets laisse entendre que l'objet deviendra un acteur autonome de l’Internet et qu’il aura des interactions avec les autres objets et aussi avec les gens.

Le Cheval de Troie de la Domotique

Nest Labs a conçu un thermostat de cette trempe. Il est capable d'adapter automatiquement la température d'une pièce en fonction de la présence des occupants et des autres thermostats dans la maison.

C’est surtout sa simplicité d’utilisation et sa beauté esthétique qui a fait sa popularité. Il faut savoir que celui qui a fabriqué le thermostat est un ancien d’Apple, Tony Fadell, qui est à l’origine du iPod.

Le Nest est le cheval de Troie de la domotique, projet si longtemps annoncé et reporté. Pour les Échos, Google a choisi Nest car c'est la «killer App» de la maison connectée.


C'est un élément simple qui se diversifiera en se connectant avec d'autres objets connectés et en embarquant d'autres applications.
 «C’est l’inverse de la démarche des industriels de la domotique, qui effraient les clients en essayant de vendre d’emblée des systèmes complexes pour ouvrir les volets, surveiller la maison ou encore monter la température.» (source Les Échos)

Google est dans votre foyer

Il y a une suite logique pour Google.

Après ses lunettes et sa voiture sans chauffeur, qui sont aussi des objets connectés,  Google profite de la percée de Nest dans les foyers pour prendre le contrôle des flux de données de la domotique.

La Nest peut bien être une "machine apprenante", il y aura tout de même une limite. Entre alors en compte le big data.

Comme pour l’espace du mobile intelligent, la connaissance à grande échelle de Google de nos déplacements, grâce aux millions de gens qui utilisent Android, lui permet maintenant de donner la circulation en direct avec Google Maps et même prévoir nos prochains déplacements avec Google Now.



La course aux objets connectés et, surtout, à leur fédération est lancée. L'agrégateur suprême de ces nouveaux flux possèdera sur ses serveurs la pulsation vitale de la société en action.

Un signal de départ

Google vient ainsi de sécuriser un accès royal à ce qui serait peut-être la tête de pont des objets connectés dans nos foyers.

Dans l’état actuel des choses, l’Internet des objets est un champ encore fragmenté avec très peu d'interopérationalité. Comme Android et iOs, des jardins clôturés vont apparaître.  Les apps feront aussi leurs apparitions d'une manière ou d'une autre.

De nouveaux territoires émergent. De nouvelles opportunités sont en vues. Une 7e culture va jaillir.

Mais assurément, Google se met en pole position pour tout connecter.

Les nécessaires humiliations

Combien d’humiliation subirons-nous avant d’abdiquer « l’intelligence » aux technologies? 

Depuis plusieurs années déjà que se prépare cette sortie. On parle davantage d’intelligence émotionnelle, interpersonnelle, musicale-rythmique et même corporelle-kinesthésique. On diversifie les définitions. "Can Emotional Intelligence Be Taught?» titrait le New York Times le mois dernier. 

«Intelligence», tout court, ce n'est pas suffisant?


La cybernétique, pour reprendre un vieux terme vintage qui a disparu de la circulation, est à l’origine des chamboulements technologiques depuis plusieurs décennies, et, surtout, de cet étrange malaise dans la définition de ce qui fait de nous des humains.

«Intelligent»?

Si pendant des décennies résoudre le cube Rubik représentait l’image d’une « personne intelligente », voilà qu’un robot nous enlève cette illusion.

J'avais écrit il y un an dans le blogue Triplex que les machines arrivaient à résoudre le casse-tête en moins de temps qu'un humain (en 5,27 secondes contre un peu plus pour les humains). Voilà qu'aujourd'hui j'apprends sur le blogue de Vincent Abry qu'un robot le fait en 1 seconde.

Ne clignez pas de yeux:


Le seul charme qui reste au Cube Rubik est celui de l'artisan: le charme suranné de faire quelque chose à la main. Pour la compétition, les robots sont imbattables.

Il va falloir s'y habituer, à ces incessantes, mais nécessaires, humiliations.

Jouer aux échecs, une intelligence logico-mathématique, est passé aux mains des robots quand, il y a plus de 10 ans, Kasparov a perdu contre Deep Blue.

Les questions de connaissances générales ne sont plus l’apanage des  "bollés" depuis que Watson a battu les meilleurs joueurs de Jeopardy.

Ces deuils successifs, principalement du côté déductif et associatif, devant la toute-puissance cybernétique, nous poussent inévitablement à nous redéfinir et à identifier correctement ce qui constitue le génie humain.

Car, côté "intelligence", nous sommes en train d’externaliser à la technologie, un à un, chaque trait de ce qui faisait auparavant notre fierté.

Il y a cet effet perlocutoire sur nous que provoquent ces victoires. Le discours émerge, s'installe, quoi que nous fassions: il va falloir qu'on se redéfinisse, car les machines semblent vouloir le faire à notre place. "Intelligent", tout court, ce n'est plus suffisant....

Lire aussi mon billet: Abdiquer «l’intelligence» aux robots?

[M2 #7] Les mutations tranquilles (avec S. Carle)

Quand Sylvain Carle est en ville, il ne faut pas le manquer. Quand on peut prendre une bière avec lui, c'est encore mieux!

Septième balado de M2. Nous avons rencontré Sylvain Carle cet été sur une terrasse alors qu'il était de passage à Montréal. Il parle de Twitter, de San Francisco et comment Montréal n'est pas loin. De fil en aiguille, vous allez connaître toute la sagesse qu'il a acquise avec les nouvelles technologies et sa passion de partager ses découvertes.



Les mutations tranquilles

La dernière décennie a été celle où la population s'est mise au diapason des techkies de la côte ouest. Et quand tout le monde a ces nouveaux outils, ça ne prend plus grand temps pour que la société change complètement, Voilà pourquoi il est urgent d'avoir un Plan numérique au Québec. Sylvain Carle, même loin là-bas à San Francisco où il travaille pour Twitter, s'intéresse à ce que le Québec va devenir sur le continent numérique.

Pour la petite histoire, c'est Sylvain qui a été à l'origine de notre rencontre, Martin Girard et moi. On s'était rencontré au party de départ de Sylvain pour San Francisco. Il nous a mis en relation quand il a su que chacun de notre côté on voulait faire une balado. De cette rencontre est né M2. Voilà qu'un an plus tard, on le retrouve.

Allez sur iTunes pour vous abonner à toute la série M2 ou écouter juste cette émission:

M2 #7 :: Les mutations tranquilles (Sylvain Carle)

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

Qu'est-ce que M2?

M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.

M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.

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[M2 #5] Les nouvelles hiérarchies (avec J.Husband)

Jon Husband est en ville!

Cinquième balado. Nous vous proposons de rencontrer Jon Husband de passage à Montréal, ville où il aime bien s'attarder. Il pense le numérique depuis bien avant qu'on appelle ça le numérique. Il confirme que la montée du numérique érode les hiérarchies en place. Rencontre avec un érudit du numérique qui est entré dans le 21e siècle bien avant nous.



Connexion et collaboration horizontales

On parle de "partager la gouvernance", "d'accroître l'étendue de l'autonomie des gens" et de "créer une démocratie de l'information". Tout ceci se trouvait déjà depuis longtemps dans le concept de wirearchy, l'hiérarchie en réseau, de Jon Husband, qu'il a développé il y a une dizaine d'années. Il en profite pour nous parler de la société et de ce qu'elle a été, de ce qu'elle devient, et vers où nous allons. Nous l'avons rencontré à la Société des Arts technologiques de Montréal.

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M2 #5 :: Nouvelles hiérarchies, entretien avec Jon Husband

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

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#Internet + #BigData = Big Brother

La plus grande démocratie du monde espionne ses propres citoyens à une échelle inégalée. Bravo, USA. Maintenant ça confirme qu' #Internet + #BigData = Big Brother

Les atomes des pixels de mon dernier billet sur Triplex n'étaient pas encore stabilisés en ligne qu'un scandale d'une ampleur inégalée a détourné le sens de ma première phrase: «La Maison-Blanche à Washington a le mérite de mettre ses priorités à la bonne place.»

Alors que mon billet était axé sur la cybersécurité inter-état et sur l’espionnage commercial par Internet, sujets de discorde entre la Chine et les États-Unis (où évidemment, dans le rôle des vilains, se trouvent les Chinois) voilà que l'actualité inverse totalement le sens des enjeux de cybersécurité.

La plus grande démocratie du monde joue au Big Brother avec ses propres citoyens !


Une agence de sécurité américaine espionne tous, je dis bien tous, t-o-u-s, tous les abonnés du plus grand service de téléphone au pays!

Je vais le reformuler comme le titre de l'article du Guardian qui a déterré le scandale: Le National Security Agency collecte toutes les données téléphoniques de millions d'Américains, quotidiennement.

Une note pour ceux qui lisent en diagonale: je n'ai pas écrit "de millions de terroristes", j'ai écrit "de millions d'Américains". Indistinctement. Juste parce qu'ils sont abonnés à Verizon.


Par où le scandale est arrivé

L'article qui a tout dévoilé se trouve ici:  (The Guardian) Verizon court order: NSA collecting phone records of millions of Americans daily

L'ordonnance secrète du 25 avril qui force Verizon à trahir tous ses abonnés est ici: Verizon forced to hand over telephone data – full court ruling

Le NSA a un accès illimité aux données concernées, pour une période comprise entre le 25 avril et le 19 juillet. «Les données comprennent le lieu, la date et la durée des appels nationaux et internationaux, ainsi que les numéros de téléphone qui y ont participé. L'agence n'a, en revanche, pas connaissance du contenu des conversations.» (Le Monde)

Prenez vos paris. Quand allons-nous apprendre que les autres réseaux de télécommmunication sont sous une ordonnance similaire?

2013, 1984, même combat

Il peut être justifié qu'un service secret de sécurité fasse des choses secrètes dans le cadre de la sécurité de l'État (sinon on n'appellerait pas ça Service Secret de Sécurité). Mais il semble que les lois en place, dont notamment le Patriot Act, permettent à tous les petits potentats des services secrets, et probablement au chef de l'État lui-même, de jouir de pouvoirs qu'Orwell imaginait dans son livre 1984.

Les données recueillies dans le scandale d'aujourd'hui permettent de faire un "Social Graph", grâce au Big Data. La teneur des contenus téléphonique n'est pas connue, mais il est possible de faire une carte des liens entre les personnes comme on fait une carte des noeuds sur un réseau.

Si le faire pour le téléphone est maintenant possible, imaginez sur Internet! (voir la liste des mots "interceptés").


Malheureusement, en demandant d'espionner tout le monde, sans distinction, la première démocratie vient de discréditer tous les cyberoptimistes. Dorénavant, la technologie connectée signifie perte de vie privée, limite des droits et surveillance. Tout réseau devient suspect!

Si ça arrive dans un pays qui représente la quintessence de la démocratie, imaginez ce que les compagnies techno + telco fournissent comme données dans les oligarchies autoritaires dans les coins sombres du monde.

Pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour trouver des ordures, il y a probablement déjà dans votre coin de pays, quelqu'un qui vous espionne. (C'est tellement facile sur Internet. On le savait, mais on imaginait encore que dans une démocratie on le ferait avec distinction...)

Et si ce n'est pas le cas, de toute façon, tous les services en ligne que nous utilisons sont américains, ou sont hébergés chez les Américains, ou passent par leur territoire. Nous sommes tous Américains, comme l'écrivait Le Monde le lendemain du 11-Septembre.

Quelle ironie! 12 ans plus tard, c'est vrai, mais plus par solidarité devant l'adversité. Par le réseau.

[Mise à jour 1 : Suite à une discussion avec Claude Théoret sur Facebook, j'ai ajouté les références dans le texte permettant de lier l'abus de #Verizon avec abus sur #Internet. «Tout réseau devient suspect!» + lien vers les mots-clés "interceptés" sur les médias sociaux et le web en général.]

[Mise à jour 2 : Pour éviter l'amalgame facile Big Data = Big Brother, je précise que le Big Data (de type white hat) permet d'éviter les faux-négatifs (une grande quantité de données permet de filtrer plus finement, et donc de faire moins d'erreur de diagnostic. Même si ça peut faire peur). Mais avec le coup de Vérizon, le Big Data devient black hat et sert à ficher/profiler tout le monde...]

Petites nouvelles du front

Nouvelles technos que vous avez peut-être manquées, tellement est hallucinant le flot des changements en cours.


Ça ne sera pas un tour complet de tout ce qui passe, mais je me devais de noter ces petites percées que je trouve significatives. La technologie, après avoir révolutionné nos communications, s'attaque maintenant, inexorablement à la matière et notre relation au monde.

Enjeux de demain

La ville d'un côté, comme capsule de survie, et la course à l'humain augmenté de l'autre.

Ville Intelligente : quelle définition pour quels enjeux ?
Trois besoins fondamentaux conduisant à l'émergence d'une ville intelligente: fonctionnalité, attractivité, résilience.

La guerre des cerveaux
La Chine vient de lancer un grand programme de séquençage de l'ADN des surdoués (un quotient intellectuel au moins égal à 160). L'objectif des Chinois est de déterminer les variants génétiques favorisant l'intelligence, en comparant le génome des surdoués à celui d'individus à QI moyen. Pour quoi faire?

Brain-Computer Interface

Notre matière grise ne restera pas bien longtemps emprisonnée...

Brown University creates first wireless, implanted brain-computer interface
L'interfaçage cerveau-machine devient de plus en plus portable et simple. «Researchers at Brown University have succeeded in creating the first wireless, implantable, rechargeable, long-term brain-computer interface. The wireless BCIs have been implanted in pigs and monkeys for over 13 months without issue, and human subjects are next.»

Researchers Connect Rats' Minds Via Internet
L'interfaçage cerveau-cerveau va éventuellement quitter le laboratoire. «An experiment that used rats to create a "brain-to-brain interface" shows that instructions can be transferred between animals via electronic signals and the Internet»

Détection

Capturer l'invisible et le faire travailler pour nous.

MIT releases open-source software that reveals invisible motion and detail in video
Le quasi invisible fait aussi partie de notre monde. «Scientists at MIT have developed open-source software that can reveal details in videos that are otherwise invisible like blood pumping beneath someone’s skin.»

Get Myo
Le détecteur de mouvement portable. Fabriqué par une startup ontarienne et qui sera disponible d'ici la fin de l'année. Est-ce que la Myo n'est pas à la Kinect, ce que le portable est à l'ordinateur de bureau?

Intelligence augmentée

Hier IBM a mis officiellement en route leur Watson au service de la lutte contre le cancer! C'est le début d'une collaboration fructueuse entre l'intelligence artificielle et l'intelligence humaine!

Les médecins peuvent lui demander quels sont les traitements possibles pour leurs patients. Annoncé il y a un an et «en formation» depuis, Watson a analysé 600.000 dossiers médicaux et environ 2 millions de documents de recherche médicale. Pourquoi? Pour pouvoir à partir d'aujourd'hui aider les oncologues à développer les meilleurs traitements possible pour les patients atteints du cancer.

Watson a été initialement conçu comme un système de questions-réponses pour jouer au jeu télévisuel Jeopardy! Il a battu les 2 meilleurs candidats humains en direct à la télévision en 2011.

Depuis deux ans j'ai écrit plusieurs billets sur cet événement historique et ses conséquences

Watson : l'intelligence augmentée (20 février 2011)
Que nous montre cette expérience?  On voit qu'un ordinateur est capable de se débrouiller de façon étonnante dans des questions de culture générale. Les professionnels qui ont une expertise reposant sur leur capacité à emmagasiner des informations mémorisées et à faire des inférences complexes devraient s'inquiéter.
Exponentiel, mon cher Watson (10 février 2011)
Pourquoi Jeopardy? C'est un prétexte pour démontrer la puissance de recoupement en temps réel à une question que l'on considérait jusqu'à lors comme étant du ressort des humains: des questions de connaissance générale.
Watson 1er (18 février 2011)
Ces machines vont étendre l'intelligence de l'humain. Mais ce que nous pensions être une exclusivité doit être maintenant partagé avec la force brute de la computation informatique.
Abdiquer «l’intelligence» aux robots? (15 octobre 2012)
Combien d’humiliation subirons-nous avant d’abdiquer «l’intelligence» aux robots? On ne pourra pas faire l'économie d'une redéfinition de l"intelligence.
Watson est un système de traitement du langage naturel, qui comprend les questions écrites, les analyse et trouve les meilleures réponses possible. Dans le cas de recherche sur le cancer, IBM travaille avec le Memorial Sloan-Kettering à New York. Le service est disponible dans l’infonuagique.

Watson, le vrai expert

Je ne vois plus comment les domaines d'expertise scientifiques, médicaux, administratifs,  les unes après les autres ne vont pas tomber dans le giron de Watson.

Si philosophiquement parlant, on peut dire que «désincarnation de l'intelligence humaine» est bien enclenché (voir mes réflexions sur le sujet), du côté pragmatique, il faut avouer que ça engendre définitivement des avenues fort intéressantes.

On la nommait intelligence artificielle jusqu'à maintenant. Mais je crois qu'avec Watson, ce qui se met en place, c'est plutôt l'intelligence augmentée.

Watson ne possède aucune motivation à poser ou à répondre à ces questions. Par contre, l'homme, associé avec Watson, voit ses connaissances décuplées.

Je crois que c'est bien le bon terme à adoptée, intelligence augmentée. Voilà l'ère qui s'ouvre à nous.

L'achat de app futiles et dérisoires sur nos mobiles et tablettes tactiles ne seront que des amuses-gueules pour nous habituer d'acheter à la pièce des services demain. Moi je n'hésiterai pas une seconde: j'échangerais toutes mes centaines apps que j'ai pour une seule app Watson.

L'Odyssée du iPhone

Le «iPhone 10 Ultra HD»? :


Je ne sais pas à quel point Apple voulait que leur téléphone ressemble au monolithe de 2001, l'odyssée de l'espace (qui a 45 ans cette année), mais mon petit montage ci-dessus montre une certaine parenté entre les deux. Sauf la taille bien sûr. Mais sur le fond, les deux sont pareils: ils nous donnent accès à un monde insoupçonné...

Les rumeurs repartent sur la prochaine mouture du iPhone, objet de toutes les désirs: la dernière est le «iPhone Plus», une «phablet» (nom horrible né du cellulaire se mutant en tablette) de 5 pouces environ.

Dans un billet récent sur mon autre blogue («Des écrans, des écrans partout») j'écrivais que la taille des écrans tend à former un continuum quasi ininterrompu qui part de l’iPod nano au gigantesque ultra HD!

Le iPhone et le iPad ont ouvert un passage vers un monde où l'écran sera notre interface omniprésente au monde, reléguant la télé de grand-père comme monument d'immobilité telles les statues de l'Île de Pâque.
«L’écran devient l’interface obligée, omniprésent, pour réaliser nos transactions quotidiennes. De divertissant, ludique et informatif, l’écran est devenu en plus utilitaire et interactif, du guichet automatique à notre vie sociale (les médias sociaux).» Comme je l'écrivais en début janvier
Lorsque le continuum des écrans sera complété, cette hyperréalité nous entourera de telle façon que nous ne pourrons plus dire que les écrans nous coupent du monde. Elle fera partie du monde et ne sera pas moins réelle que la réalité. L'écran sera devenu un mode encore plus puissant et indispensable pour saisir le monde...

Regardez simplement votre enfant: «il ne va plus sur Google, il va sur Youtube pour apprendre» me disait Sacha Declomesnil au dernier Yulbiz. CQFD

On n'ira plus sur le web

On dit que les jeunes sont nés dedans. «La génération Net (ou M ou Z ou la lettre que vous voulez) n'a jamais connu un monde sans le web». C'est vrai. 

Moi je n'ai jamais connu un monde sans télé. Mes parents n'ont jamais connu un monde sans électricité. Et mes grands-parents n'ont jamais connu de monde sans automobile.

Une génération entière entre maintenant dans les universités en ce moment et ils n'ont jamais connu un monde où ils ne pouvaient pas interroger une base de données pour trouver une réponse à un devoir ou naviguer sur des sites pour se documenter pour un projet.

«Comment c'était avant, le web?» demandent-ils aux vieux (cette catégorie d'âge qui commence à 25 ou 30 ans). Ils sont la première génération à ne pas avoir connu "l'avant".

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Web.jpg
Mais ils vont se faire poser des questions aussi...

Moi, j'ai bien le pressentiment que leurs enfants à eux vont leur demander cette question intrigante: «Dis papa, c'est quoi le web». 

Ils devront expliquer à leurs enfants ce qu'est le web. Oh, le web ne sera pas disparu. Non, au contraire. Il sera partout, indistinguable, ubiquitaire, permanent. C'est l'idée de nommer une réalité comme si elle était extérieure à nous qui surprendra. C'est le concept que le web se trouvait confiné à un espace, celui d'un écran d'ordinateur. C'est le fait qu'on s'assoyait religieusement devant des claviers comme les moines se recueillaient devant le Livre. 

On n'ira plus sur le web. Le web sera dilué dans tout. Nos voitures intelligentes et autonomes, nos lunettes Google, notre thermostat Nest, bref dans tous les objets qui vont communiquer.

«Oui, mon enfant, je devais taper sur un clavier ou un écran tactile pour aller une site». Cette notion d'aller sur un site (ou pire, d'aller s'asseoir à l'ordinateur pour ouvrir une fenêtre et taper une adresse URL) revêtira un charme suranné comme remonter un moteur avec une manivelle.

 Luc Viatour / www.Lucnix.be

«Personne ne va plus se connecter à un site (ni à un ordinateur)»

Dans un article sur le site de Wired (The End of the Web, Search, and Computer as We Know It), David Gelernter, entrevoit ce futur-là comme celui du worldstream: le flot agrégée de toute la cybersphère. 

Le web 2.0 a apporté le "temps réel" aux masses sur le réseau: tous les flux se résument à "ce qui se passe maintenant!": dernière nouvelle, dernier film, dernières rumeurs, dernier score, dernier statut de vos amis...

«À la place des sites statiques d'aujourd'hui, l'information sera continue et constante dans le worldstream […]. Les gens veulent vraiment être en lien avec l'information.» Ils n'auront pas des navigateurs pour se brancher à un site statique. Ils auront un stream-browser qui filtrera le flot.

Il précise:
  • Chaque source de nouvelles est un flux (livestream)
  • Les contenus seront libérés du site (et filtrés par le navigateur)
  • Le commerce en ligne ne se fera plus par «des visites» mais par un flux personnalisé
Le web qu'il décrit n'est plus le web d'aujourd'hui, chaotique, labyrinthique, statique. Il sera un long fleuve électronique, celui de l'histoire du monde en déroulement...

La pertinence du flux

Sous certains aspects, sa vision fait peur (notamment par l'enfermement sur soi que provoque une hyperpersonnalisation des flux). Mais il vise juste quand même.

Personne ne veut faire une recherche sur le web et tomber sur des «documents pertinents» en soi (sauf les académiciens). On veut savoir ce qui est pertinent pour notre communauté aussi! On veut savoir ce qui fait vibrer les autres (une nouvelle, un livre, etc)! On veut être dans le coup!

Les gens sur le web sont demandeurs de contenu pertinents, des contenus qui répondent à leurs questions. Pour tout type de question, il y a probablement une réponse en ligne. Mais soit il y a peu de réponses vraiment pertinentes disponibles et alors il devient difficile séparer le bruit du signal, soit il y a beaucoup de réponses de qualité raisonnable et alors on ne sait plus par où commencer.

Alors on compte sur le filtrage social pour nous aider. Le contenu peut être perçu comme pertinent s'il l'est aussi dans la communauté. 

Les sceptiques qui brandissent leur doigt en signe de protestation et disent que ça génère des "Gangnam Style" n'ont pas compris. La culture fonctionne de cette façon depuis l'avènement des médias de masse. La «British Invasion» n'est pas autre chose que le K-Pop de l'époque où il n'y avait que des transistors et des 33-tours en vinyle. Et les Beatles était leur PSY (chanteur de Gangnam Style). Chaque génération a la pop qu'elle mérite.

Les réseaux font circuler des contenus pertinents, pertinence établie selon la compétence des membres du réseau auquel on est relié. On fait confiance aux gens de notre réseau parce qu’ils sont proches et ils deviennent "compétents" dans un domaine de connaissance quand ces intermédiaires nous transmettent régulièrement des contenus de qualité raisonnable. Ça peut être le journal local ou un Australien à l'autre bout du monde. La proximité n'est pas seulement géographique. Ils peuvent être producteur de contenu ou simplement un "curateur de contenu", c'est-à-dire quelqu'un qui filtre le contenu "pertinent".

Il faut que votre contenu soit pris en considération par des gens dans un réseau pour qu'il devienne pertinent, au moins du point de vue social et culturel. C'est parce qu'on le trouve intéressant et riche de sens qu'on le recommande aux autres. Sinon, le filtrage social ne fonctionne pas.

Mes amis les objets

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Spinsel_op_het_weiland.jpg
Nos réseaux sociaux vont s'augmenter d'objets dits intelligents qui vont eux aussi nous partager des informations "pertinentes". 

C'est déjà commencé avec nos cellulaires ultra-paramétrés où des alertes nous avertissent quand un ami se trouve à proximité ou qu'une aubaine se trouve sur Groupon. 

Si vous trouvez ces exemples futiles, c'est que vous vous intéressez simplement à autre chose. Vous allez vouloir demain que votre thermostat Nest 2.0 vous avertisse avant de sortir que la température a baissé de 20 degrés (ou augmenté de 20 degrés, avec le dérèglement de la planète ça varie comme ça un jour sur deux). Ou alors c'est votre GPS en voiture qui va vous avertir qu'il serait souhaitable de changer de route.

Mais dans tous les cas, «on n'ira plus sur le web» de la même façon qu'aujourd'hui.

L'idée même de "se connecter" sera aussi oublié que celui d'être "électrifié", comme on disait jadis pour être relié à l'électricité...

Gangnam Style: la K-Pop comme mème virulent

Il y a une quinzaine de jours, à Rome, des milliers de personnes se sont réuniess dans une flash mob pour danser sur le succès de musique K-Pop de l'heure: Gangnam Style, de Psy, la vidéo la plus rapidement virale de tous les temps (maintenant rendu à 795 millions de visionnements).

[Mise à jour du lendemain
: 24 h plus tard, ce samedi matin 24 nov 2012, la vidéo de Gangnam Style atteint 805 millions de visionnements, c'est à dire 10 millions, oui, 10 millions de visionnement supplémentaires depuis hier, vendredi, quand j'ai écrit ce billet! Elle dépasse celle de Justin Bieber qui était numéro 1 sur Youtube, devant ainsi la vidéo la plus populaire de tous les temps!]

[Mise à jour du lundi 26 nov: vidéo possède 826 millions de vues, c-à-d 30 millions de plus que vendredi matin quand j'ai écrit ce billet. Loin de ralentir, elle continuera encore jusqu'à atteindre un éventuel plateau. La prochain mème "challenger" aura fort à faire pour le déloger...]

[Mise à jour du 7 décembre 2012: 901 719 146 visionnements sur YouTube. 20 millions de plus depuis le moment où j'ai écrit de billet il y a deux semaines. Voilà le candidat pour le premier milliard de visionnements!]]

[Mise à jour du 21 décembre 2012: franchissement du cap du milliard. J'ai fait un petit billet pour l'occasion, en guise de suite à celui-ci]

Vous avez remarqué qu'aux quatre coins de la planète, Gangnam Style a conquis les foules. En 10 semaines quelques déhanchements faits dans le sud de la péninsule coréenne se sont répandus partout dans le monde. Décodage.




Le magazine Times avait décrété la mode du Gangnam Style morte... au début octobre! Encore un signe de la déconnexion avancée d'une certaine élite irritée face à tous les phénomènes émergeant de la base.

La preuve?

Des milliers de jeunes Italiens, les chiffres varient entre 5000 et 30000, se sont retrouvés un samedi après-midi du début novembre dans le coeur de Rome, à la Piazza del Popolo, pour une foule-éclaire au son du tube planétaire «Gangnam Style»:



Gangnam, le mème de la saison des virus

La notion de « mème », avec le développement des réseaux informatiques n'est plus tout à fait quelque chose d'abstrait.

Le mot vient de l'anglais « meme », forgé par Dawkins en 1976 sur le modèle du gène, vient lui-même, dit-on, du mot français « même » et que l'on prononce de la même manière.

Un mème est un phénomène culturel très précis (une idée, un air, une habitude, une nouvelle, un phénomène social, une mode, etc.) qui se réplique et se transmet par imitation d'un individu à l'autre sur le même principe qu'une maladie infectieuse.

J'en avais déjà glissé un mot ici il y a plusieurs années dans une vidéo de Philippe Martin et Christian Aubry:


Martin Lessard de Zéro Seconde par pmartin

Le « réplicateur » culturel

Même si l'approche de la mémétique n'a pas toutes les assises nécessaires pour être encore une science (à commencer par l'identification du « réplicateur » lui-même), il n'empêche pas moins que certains académiciens s'intéressent au phénomène de façon sérieuse.

Susan Blackmore, dans une conférence TED en fait une bonne démonstration:



Elle pousse le concept jusqu'à affirmer que l'humain, justement, est cette machine qui sert de « réplicateur ».

Les mèmes et les gènes ont  utilisé l'humain pour co-évoluer et se reproduire.

«Vous n'êtes pas intelligents, vous êtes infectés!»

Par exemple, la grosseur du cerveau humain serait due à la présence des mèmes qui ont besoin de place pour se stocker.

Pousser à l'extrême, cette hypothèse permet d'affirmer que les conflits religieux ou culturels ne sont que le reflet du combat des mèmes pour coloniser et occuper l'espace restreint du cerveau. Nous serions parasités par des mèmes et tuerions en leurs noms, alors qu'on pense le faire pour nos idées (le résultat est le même, mais dans le premier cas, on peut arriver à stopper le massacre si on comprend que nos idéaux sont en fait des infections virales).

Blackmore pousse plus loin son hypothèse et dit que si les gènes ont mené aux mèmes, les mèmes ont mené à la création des « tèmes ».

Tème, le mème de la technologie

Les «tèmes», c'est une boîte de Pandore qui a été ouverte et où la technologie se reproduit pour elle-même et par elle-même.

Les serveurs de l'infonuagique ne seraient rien d'autre que d'immenses machines à copier des données d'un disque dur à l'autre. Et là, on est même pas encore entré tout à fait dans l'ère de l'internet des objets!!

Que tant d'Italiens se soient réunis pour danser sur une chanson rythmée de la K-Pop actuelle peut ressembler à une énorme infection mémétique.

Gangnam Style est un complexe de mèmes, car la vidéo originale comprenait beaucoup de gestes «imitables» et pourrait expliquer le succès mémétique de sa propagation à vitesse Grand V.

Beaucoup a été dit sur cette vidéo qui a suscité l'un des engouements de parodies sur YouTube les plus frénétiques. Voici une des compilations:



Retour à l'aube

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, coréen d"origine, a rendu hommage à son compatriote en soulignant qu'il n'y avait "pas de langage requis dans le monde musical". "C'est le pouvoir de la musique, le pouvoir du coeur". (source)

Ce mème de Gangnam Style rappelle aussi, à mon sens, le désir inconscient par delà les temps immémoriaux de renouer avec le moment où, dans les premières tribus primitives qui s'apprêtaient à quitter le continent africain, au tour du feu, on était encore réunis avec les autres membres pour danser une dernière fois tous ensemble.

100 000 ans après, avec la mondialisation nous nous retrouvons de nouveau, tous réunis, et dansons ensemble avec notre tribu enfin retrouvée, après un long, très long voyage...

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(MàJ 7 déc 2012) Pour lire sur le même sujet:

Le secret démasqué de Gangnam Style, de Lionel Maurel, sur Owni.fr, qui est moins sur le "démasquage" que l'aspect légal et la non-application du droit de copyright comme outil viral. (Via Pier-Alexis Vial)

Le ridicule, clé de la culture karaoké, d'André Gunthert, toujours intéressant, où il définie le ridicule comme ingrédient de l’appropriabilité, facteur d'un autre rapport à la culture, horizontal, antiautoritaire et ludique, qui s'oppose à celle savante, qui reproduit le modèle religieux du recueillement. (via Josée Plamondon)



Les 6 demandes du plan numérique pour le Québec


Enfin, c'est lancé! Voici une amorce d'un plan numérique pour le Québec d'aujourd'hui!

Envoyé sous forme d'une lettre d'opinion aux 4 dirigeants de parti, Mme Pauline Marois, M. Jean-Marc Fournier, M. François Legault et Mme Françoise David et aux journalistes, et écrite par  Mario Asselin, René Barsalo, Michelle Blanc, Cyrille BéraudSylvain Carle, Michel Cartier, Monique Chartrand, Michel ChioiniJean-François Gauthier, Vincent Gautrais, Hervé Fisher, Claude Malaison et Monique Savoie.

Les  13 «étonnés» dénoncent du Québec d'aujourd'hui : un grand retard  et une inaction du gouvernement Québécois sur le plan numérique. Ils formulent 6 demandes. Attendez-vous à plus de détails éventuellement, mais pour l'heure, il est temps de faire le premier pas...

Nos six demandes

• Créer une Agence du numérique qui relèverait de l’Assemblée nationale (comme la Société Hydro-Québec qui a pour mission de gérer toutes les questions énergétiques). Cette agence relèverait du Parlement et devrait transcender les partis politiques et le pouvoir exécutif.

• Co-construire un Plan numérique avec l'ensemble des acteurs et la population de toutes les régions du Québec, capable de développer à la fois l’économie, la culture et les savoirs, dans notre société qui doit s’adapter, comme toutes les autres, au XXIe siècle.

• Créer un Conseil national du numérique qui serait formé des représentants reconnus de l'ensemble des secteurs d'activités et de la société civile. Il serait obligatoirement consulté par le Parlement et les ministères pour toutes questions concernant le développement du numérique sur le territoire québécois. Nous pensons au modèle du Conseil supérieur de l'éducation à l'intérieur de la Loi sur l'instruction publique...

• Créer un forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement, soutenu par celui-ci et une fondation par exemple, avec une gouvernance assurant sa neutralité. Un modèle inspirant : NESTA en Angleterre ou http://www.worldwatch.org/

• Investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances.

• Investir aussi dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse (100 Mb symétrique et plus) et gérer selon les règles "OpenAccess" afin de rendre nos infrastructures interopérables, ouvertes et performantes pour communiquer entre nous et avec l'ensemble des pays avec qui nous entretenons des relations politiques, sociales et économiques.
On digère et on en reparle la semaine prochaine, un point de presse est prévu par ces 13 "étonnés" jeudi!

(Mise à jour: juste pour mettre un peu plus de contexte, voici un billet de 2010 à propos du même sujet. Ça ne date pas d'hier)

Twitter en temps de guerre


Jeudi j'ai écrit sur mon autre blogue, qu'on pourrait s’attendre normalement à ce que des opérations militaires soient lancées dans le plus grand secret, mais que ce ne semble plus être le cas avec le Tsahal et son opération #PillierDeDéfense.

La logique de la propagande semble plutôt aller très bien avec la « transparence » du «web 2.0»

L’armée israélienne avait invité les gens, dans leur communiqué de presse au tout début de l'offensive,  de suivre  « à la source »  le déroulement des opérations et on n'est pas déçu: leur compte Twitter et Facebook était mis à jour avec les derniers développements et indiquant même qui était la cible visée (Ahmed Jabari pour ne pas le nommer).

Comble de transparence, le gestionnaire de communauté a mis sur YouTube une courte vidéo de 10 secondes (elle a été retiré depuis) où on voit la voiture du chef de la branche militaire du Hamas littéralement exploser sous nos yeux.




Je dis "gestionnaire de communauté", mais je me demande si le terme dans dans ce contexte ne cache pas plutôt un "relationniste de presse" ou même un "agent de propagande". Les cyniques diront qu'il n'y a pas de différence.

En temps de guerre, Twitter ou pas, la vérité est toujours la première victime...

N'empêche. Du côté palestinien, ils ont a réagi rapidement en créant un mot-clic #GazaUnderAttack  et Israël ensuite réagi en créant un autre mot clic #IsraelUnderFire pour lister toutes les roquets que le Hamas leur envoi sur la tronche.

Twitter offre une puissante façon de vivre le conflit en direct. Les deux côtés comptent sur le fait que, dans le feu de l’action, les gens vont s’indigner et prendre leur parti.


La pompe à propagande est amorcée, car il n’y aucun moyen de savoir si les faits de parts et d'autres sont réellement dus aux attaques récentes ou non...

C’est une réelle guerre de l’opinion publique se joue dans ces échanges par médias sociaux interposés. Maintenant, les acteurs militaires eux-mêmes sont conscients d’utiliser les médias sociaux comme arme de communication massive!

Il y a sur le web, des gens qui suivent ces "scoops", qui se tiennent informé «à la source même». Les belligérants s'adressent à eux. On ne peut juste qu'espérer qu'ils soient assez éduqués pour faire la différence entre une vraie information et de la propagande...

Twitter, dans ce cas, n'est qu'un simple tuyau. Mais être en ligne en premier permet de répondre et d’orienter les discussions, car on peut introduire le « bon vocabulaire » (qui est un terroriste, qui est une victime) et on peut pointer vers des documents de références.

Et vous qu'en pensez-vous? Est-ce que la guerre via les médias sociaux peut aboutir à quelque chose? Est-ce que les gens liront vraiment ce qui est diffusé ou se cantonneront-ils dans leur position? Être le premier à live-tweeter une attaque que l'on commet change-t-il quelque chose?

Plus d'info: La guerre par médias sociaux interposés sur Triplex

Abdiquer «l’intelligence» aux robots?

Combien d’humiliation subirons-nous avant d’abdiquer «l’intelligence» aux robots?

Depuis plusieurs années déjà que se prépare cette sortie. On parle soudainement davantage d’intelligence «émotionnelle», «interpersonnelle», «musicale-rythmique» et même «corporelle-kinesthésique» depuis quelques années...

On diversifie les définitions. Question d'être sûr de ne pas inclure les robots et leur «intelligence artificielle»...

Jouer aux échecs, une intelligente logico-mathématique, est passé aux mains des robots quand, il y a plus de 10 ans, Kasparov a perdu contre Deep Blue.

Les questions de connaissances générales ne sont plus l’apanage des «gens intelligents» depuis que Watson a battu les meilleurs joueurs de Jeopardy.

Ces deuils successifs, principalement du côté déductif, associatif et procédural devant la toute-puissance cybernétique, nous poussent inévitablement à nous redéfinir et à identifier correctement ce qui constitue le génie humain.

Car, côté «intelligence», il faut le reconnaître, nous sommes en train d’externaliser à la technologie, un à un, chaque trait de ce qui faisait auparavant notre fierté.

Définition à l'ère technologique

On doit donc se retrouver à redéfinir ce qu'est l'humain

Une piste consiste à essayer d'intégrer la machine : Hubert Guillaud posait cet été cette question: sommes-nous autonomes? et où on se demande si nous ne sommes pas des machines humaines.

L'autre piste est de refuser l'anthropocentrisme : ce que la nouvelle et prometteuse branche philosophique dite du réalisme spéculatif pose comme question tel que formulé récemment par Tristan Garcia: qu'est-ce qu'un objet? et où on se demande si nous ne sommes pas tous des objets.

Je m'en tiendrai aujourd'hui uniquement à la position du repli: ce qui se passe quand on se retire de certaines activités humaines précédemment vues comme une marque (naïve?) d'intelligence.

La stratégie de la terre brûlée

Suite à mon billet sur Triplex sur le sujet sur le robot LEGO qui résout des cubes Rubik en 5 secondes, quelques commentaires critiques, mais pertinents, m'encouragent à persister à penser que nous sommes devant une stratégie très humaine, ou du moins populaire (folk), de la terre brûlée.

Devant l'avancée de «l'intelligence» des robots, on (re)définit sans cesse l'intelligence --ou plutôt on le (re)précise-- pour éviter qu'il puisse être une qualité que possède aussi les robots.

Combien de temps avant qu'un test de Turing entourant des questions sur la poésie nous force à redéfinir les réponses d'un éventuel futur «robot poétique» comme ne faisant pas partie de ce qu'on appelle «comprendre vraiment ce qu'est la poésie»?

Je ne crois pas qu'il s'agisse ici de paranoïa, mais de sémantique (nous ne sommes pas des robots, ils ne sont pas intelligent). L'emploi de la bonne définition de ce qu'est l'intelligence n'est pas très rigoureux dans la population (ni de ma part --en fait de personne qui n'étudie pas dans ce domaine--)

Mais année après année, d'avancées «cybernétique» en prouesses «d'intelligence artificielle», on décale la frontière de ce qui nous fait paraître «intelligent» pour ne pas inclure les robots. Moi le premier.

Mais on serait mal placé d'affirmer que les robots auront toujours «l'intelligence qu'on leur donnera». Les recherches en cours sont justement du côté d'un «apprentissage autonome» où les réponses du «robot» ne seront plus programmées, mais induites par son interaction avec l'environnement et de ce qu'il en a appris...

Regardez cette petite vidéo du journal Le Point ici sur l'iCub, un robot «qui apprend».



Je constate juste qu'à chaque fois que la cybernétique fait des avancées, on décale la définition de ce qui définit (naïvement?) «l'intelligence humaine» hors de la sphère de «l'intelligence» tout court.

On finit par définir notre essence du côté des «émotions» et de la «créativité». Je ne contredirai personne sur ce point.

Je répète ma question: combien d'humiliation devant la «cybernétique triomphante» subirons-nous avant d'abdiquer «l'intelligence» aux robots?

À lire sur Zéro Seconde sur le même sujet

Watson 1er : sur cette nouvelle vexation que nous fait subir IBM en 2011
Watson, l'intelligence augmentée: où on ne considéra plus jamais la connaissance générale comme un signe d'intelligence.

Intelligence artificielle et semiosis humaine: une réflexion préliminaire pour tenter de comprendre pourquoi il ne sera pas possible d'admettre que les robots sont «intelligents».
Intelligence artificielle et semiosis humaine 2: la suite de ma première réflexion pour tenter d'insérer l'intelligence discursive comme distinction fondamentale de l'intelligence humaine.
Gödel et le web sémantique: suite et fin de la réflexion où je fais intervenir Gödel et sa théorie de l'incomplétude pour tenter, encore une fois, d'exclure les robots du champs de l'intelligence. Mon acharnement m'a conduit, des années plus tard, à plutôt penser que nous appliquons surtout la stratégie de la terre brûlée...

Image du centre: tableau de JM Basquiat

Faire-part de baptême de l'aérospatiale civile

Si la météo le permet,  le projet «Red Bull Stratos» suivra bien son cours, et cet homme fera un saut de 37 kilomètres, à la frontière de l'espace et de la Terre, dimanche.

Felix Baumgartner (43 ans) tentera de monter à 37 km dans les airs grâce à un ballon à l'hélium. Il sera dans une cabine pressurisée. Il portera une combinaison spatiale. Et de là, il sautera.

Préparé de longue date, avec une équipe de plusieurs personnes, sous le parrainage de Red Bull, cette boisson accro aux émotions fortes, Baumgarner tentera de battre au moins 2 records:

- le record du saut le plus haut,
- être le premier humain à franchir le mur du son (1 236 km/h)

Le dernier record est détenu par Joe Kittinger qui en 1960 (!) a sauté de son ballon à une hauteur de 31 km (!!). Quant au mur du son, nul de sait encore quel effet cela peut faire sur une personne en chute libre...

En direct de l'espace à la Terre en 20 minutes !!

Baumgartner a effectué déjà deux sauts de préparation: à 20 km et à 29 km. Il s'agit maintenant d'attendre les conditions idéales pour s'envoler (pas ou presque pas de vent, au sol et en attitude). Ce qui semble être le cas maintenant!

Le compte à rebours se trouve ici sur le site officiel.

On peut l'écouter en direct sur le lien ici: LIVE


35 caméras vont filmer et diffuser live sur Youtube sa sortie de la capsule et son plongeon.

Sa combinaison est entièrement pressurisée (et supporte des températures de 37c à -67c). La visière a son propre circuit de réchauffement pour empêcher la buée.

Et il y a aura des microphones à l'intérieur pour entendre Baumgartner.

En direct sur Internet, sur Youtube plus précisément, vous êtes invités à voir ce que je me permets d'appeler le faire part de baptême de l'aérospatiale civile.

Cliquer ici pour une animation en guide de "bande annonce" ou regardez cette petite vidéo montrant ses précédents sauts:


Faire-part de baptême de l'aérospatiale civile

Je ne parle pas de sa naissance, ni le faire-part de sa naissance, seulement du faire-part de baptême. L'union entre l'aérospatiale et le civil est déjà bien consommée et des rejetons sont déjà sortis de cette union.

Je crois qu'avec le projet Red Bull Stratos, cette semaine, on vous invite de la façon la plus spectaculaire (certains diront debordienne)  à assister à une sorte de baptême, un rites de passage. La guerre froide a donné la Lune. Notre époque au tout-à-l'économie nous donne «Red Bull Stratos». Chacun son époque...

L'aérospatiale civile (commerciale) est bien en selle, même si encore balbutiant, et comme à dépasser la simple mise en orbite de petits satellites. Avec Red Bull Stratos, c'est bien une façon spectaculaire de fêter le passage à cette nouvelle étape de l'exploration aérospatiale post-étatique.

Sous un vernis scientifique, cette commandite montre à quel point les cieux ne sont plus l'apanage des nations bien organisées.

Outre le fascinant spectacle, Red Bull a permis avec son projet le développement de certains outils à l'exploration de l'espace
  • la prochaine génération de combinaison spatiale sera plus résistante, plus maniable
  • des protocoles de sécurité en très haute altitude sont testés en vue du tourisme spatial (il faut prévoir un éventuel problème qui forcerait l'évacuation en très haute altitude).
Un premier exploit du civil est celui du Space X qui a réussi l'envoi d'un cargo (Dragon) à la station spatiale internationale aujourd'hui.

Les visées des commerciaux ne sont pas aussi modestes que le cargo Dragon. La compagnie Planetary Resources cherche carrément à exploiter les minerais dans les astéroïdes environnants et les ramener sur terre.

Ce n'est pas juste Baumgartner qui va faire Boum en traversant le mur du son, je crois bien que l'Humanité entière va traverser demain une frontière qui rendra caduque l'expression «The sky is the limit»

Transparence et candeur en temps réel

Étonnante histoire de transparence appliquée à une entreprise prise dans une crise.

À 15h42 (heure du Pacifique), un employé de Storify efface par mégarde la base de données de tous les comptes (il croyait qu'il effaçait une copie sur son poste). Le 404 ne se fait pas attendre. Storify tombe.

Les réactions sur Twitter sont immédiates.



Et alors se produit l'incroyable: Storify revient en ligne et utilise son propre service pour commenter sa gaffe et récolter les commentaires des internautes à ce propos. Le processus de backup y est expliqué et rien n'est caché. Dans la plus pure transparence: Storify raconte ce qui s'est bêtement passé.

Une erreur aussi banale qui a des conséquences aussi graves aurait fait plonger une compagnie en bourse. Ici, ils ont réussi à la jouer autrement, sans utiliser la langue de bois et les pieux mensonges.

Et les internautes semblent avoir passé l'éponge.

Qu'auriez-vous à leur place? Est-ce vraiment une bonne façon de gérer une telle crise qui touche la sécurité même de leur service? Le niveau de sympathie semble a voir été épargnée, pourquoi selon vous? La candeur paye-t-elle a tous les coups? Est-ce un exemple à suivre?

(via @emilejosselin et @unjoyeuxluron)

Internet comme sixième sens?

En repensant au passé pré-internet (cette ère qui s'estompe tel un rêve dont la véracité nous semble furtivement s'effriter au fur et à mesure qu'on s'en éloigne), on se demande «comment on pouvait faire avant»? André Gunthert apporte dans son blogue quelques réflexions (ici et ici) sur la portée de cette connexion permanente de l'esprit aux données numériques ambiant. Détaillons (Allez vous faire un café, on ne la fera pas à la Twitter).



D'amblée, reconnaissons qu'il ne s'embarrasse pas d'épargner notre sensibilité d'homo-pré-internicus (c-à-d les plus de 20 ans): Gunthert avoue qu'il ne sait pas si, avant, nous étions intelligents, mais il est sûr d'une chose, au moins: c'est qu'avec Internet, nous le sommes davantage.

«Si je tente d’évaluer le nombre de signalements dont je prends effectivement connaissance par le biais des réseaux sociaux, l’ordre de grandeur de la multiplication est largement supérieur à 1000».

Cet enseignant-chercheur, spécialiste des cultures visuelles et des cultures numériques, ne noie pas sous d'obligeantes citations académiques, et autres références pontifiantes, le fait indiscutable qu'Internet a été une grande invention (on se reparlera sérieusement une autre fois de cette lourdeur chez certains académiciens de vouloir toujours éviter l'opinion pour privilégier les sources superfétatoires quand ils tentent de décrire les récents développements d'Internet. D'ici là vous pouvez relire en quoi leur savoir est parfois pesant par rapport à la légèreté de la connaissance profane, sujet que j'ai déjà abordé ici jadis).

Gunthert ne se gêne pas pour affirmer ainsi: «[P]our quelqu’un qui a connu le monde d’avant-internet, [c'est] tout simplement miraculeux.» (source)

“Comment faisiez-vous avant internet?” 


http://www.vintageadbrowser.com/communications-ads-1940s/2#ad12l612i47uomfo

Après une expérience de déconnexion forcée, mais agréable (il s'agissait de vacances hors du territoire de son fournisseur mobile), Gunthert devait reconnecter avec le temps long --celui de la contemplation de la mer-- conditionné par son choix géographique et balnéaire.

Cette déconnexion n'était nullement un retour aux sources, mais une exception dans sa réalité: il n'y a guère plus que le temps des vacances et de la retraite pour s'offrir un tel luxe. «Le chômage, autre forme de temps vide, est beaucoup trop stressant pour qu’on apprécie de profiter nonchalamment d’un temps moins libre que contraint».

L'étrange sentiment qu'il a vécu -- et que vous lecteurs avez aussi vécu, j'en suis certain-- est cet insolite sentiment que le net avait envahi inéluctablement nos vies privées. Nous sommes rendus à prendre pour acquis que nous pouvons en tout temps «interroger notre environnement». Ce n'est plus seulement au travail que nous questionnons le web, mais aussi dans nos moments personnels à propos de tout et de rien qui nous entoure.

Alors, sans connexion internet, on se retrouve à «affronter la vie» comme si on était «aveugle, sourd et muet»:
«Quel temps fera-t-il demain? Quelle est la forme de la côte? A quelle distance suis-je du rivage? Comment s’appelle cet oiseau? Comment s’explique la configuration de ce massif? Quelle est l’histoire de ce quartier? Que signifie le nom de cette rue? Boulet a-t-il posté une nouvelle note? Ai-je des commentaires sur Culture Visuelle?» (source)
Il conclut ainsi (je souligne):
«Pendant toute cette semaine, je me suis aperçu, médusé, de toutes les questions que j’avais pris l’habitude d’adresser à mon environnement, sachant que j’avais de grandes chances d’obtenir un résultat. La puissance documentaire d’internet a élargi le monde et augmenté notre vision dans des proportions inimaginables. Plus que des réponses, le savoir infini du web nous a appris à ne plus jamais refuser de nous demander comment, qui et pourquoi. Plus encore que la connaissance, il nous a apporté un émerveillement, une vigilance et un questionnement inépuisables.» (source)
Les savants ordinaires
http://herd.typepad.com/.a/6a00d83451e1dc69e2016761ca7532970b-800wi

Gunthert ne pense pas que la curiosité était absente du monde pré-internet. Mais notre curiosité y était limitée par la disponibilité des informations et du temps libre à notre disposition. La curiosité savante était affaire de riches; seuls ceux qui étaient indépendants de fortune pouvaient espérer trouver réponse à des questions éloignées des préoccupations terre-à-terre (comme survivre versus traduire un texte grec ancien).

Aujourd'hui, comme évoquée dans les commentaires à son deuxième billet, la curiosité intellectuelle est devenue accessible à tous:

«Pas besoin d’avoir de longues heures de loisir pour s’instruire, ni même de fréquenter des lieux de savoir souvent épeurants pour qui n’est pas tombé dedans tout petit. On se questionne à son rythme, on trouve les réponses adaptées à son entendement.» (source)

Il faudra éventuellement se demander quel type de prédisposition il faut pour qu'Internet devienne ainsi un telle source d'inspiration. À celui qui sait distinguer la crédibilité d'une information, Internet est le plus passionnant des outils d'apprentissage. Pour l'incompétent, c'est une illusion fatale qui l'enferme dans ce qu'il croit déjà savoir.

Il m'est apparu cet été aussi qu'Internet était entré définitivement dans ma vie personnelle (et non plus seulement relié à ma vie professionnelle). Si j'arrivais à éviter d'aller lire mon fil RSS des meilleurs blogues du monde, il m'était difficile de me passer de Google Map, Wikipédia, Facebook ou Twitter, puisqu'ils étaient devenus mes points de contact pour lire, voir et interroger la réalité.

Via mon mobile, Internet est devenu mon 6e sens...

McLuhan et l'extension de nos sens

Marshall McLuhan avait très tôt entrevu --et probablement a été longtemps le seul-- que les impacts sociaux et individuels des réseaux ne résulteraient pas d'une avancée technique per se, mais qu'il découleraient bien d'une redéfinition de l'espace médiatique dans la société même et entre les individus.

Boris Baude, dans son livre, plus récent (voir mon billet), a suggéré une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace? On dit souvent qu’Internet abolit l’espace. Beaude dit au contraire qu'Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés. Internet est un espace relationnel (même s'il n'est pas situé dans un lieu).

Mais McLuhan conçoit les médias électroniques comme une extension des sens. Il a été jusqu'à dire que l'humanité entière deviendrait comme une extension de notre peau. C'est l'autre façon qu'il avait de parler du village global. [Si vous avez du temps libre, écoutez l'émission de Xavier Delaporte qui porte sur McLuhan].

Le médium détermine la perception sensorielle qui sera filtrée par elle. Il établit la manière d'être ensemble, il le façonne même. McLuhan ne dit pas autre chose finalement que ces outils changent notre rapport au monde. Voyez comment vous communiquez différemment via Twitter, Facebook ou LinkedIn.

Il n'est pas de façon plus abrupte de le comprendre aujourd'hui ces théories prémonitoires qu'en se débranchant d'Internet. Plus que toute autre technologie (la télévision, le radio, le téléphone, etc.) nous allons avoir plus de mal à nous en passer...

Je ne dis pas qu'il est indispensable. Je suggère simplement qu'il est devenu pratique d'utiliser ce 6e sens pour mieux appréhender le monde. Les 5 premiers sens permettent à l’homme de percevoir le monde qui l’entoure et correspondent chacun à un organe. Mais à quel organe est relié ce 6e sens?

Ce 6e sens vient de nos capteurs branchés aux bases de données du monde interconnecté.

Réalité intégrée

Si la prémisse est bonne, c'est-à-dire qu'on va réellement embrasser le pouvoir d'interroger à volonté notre environnement, nous ne nous contenterons pas seulement d'optimiser technologiquement nos 5 sens (c'est déjà commencé), mais nous serons tentés aussi de vouloir connecter directement le cerveau aux senseurs eux-mêmes pour accéder à une autre réalité des choses -- des données, organisées ou non, dans des bases qui « augmenteraient» le monde.

La «réalité augmentée» existe déjà. Du moins, le concept est lancé (j'en ai parlé jadis ici) et la première intégration annoncée sera les lunettes Google, encore à l'état de prototype. Dans 20 ans, on trouvera risible ces avancées. Depuis 1 an ou deux, on a déjà réussi à connecter des neurones à des puces de silicones, et le développement d'une communication directe homme-machine n'ira qu'en s'accélérant.



Il semble qu'un chemin se trace devant nous où, dès qu'on ne peut plus se passer d'interroger le monde à travers nos outils --aujourd'hui primitif--, nous chercherons à optimiser cet acquis pour posséder une plus grande puissante pour accéder à la réalité augmentée, qui sera en fait une réalité intégrée.

Se connecter d'une façon ou d'une autre à un accès vers les bases des données sans passer par nos organes (un disque dur cervical? du stockage de données dans notre ADN? du big data pompé dans notre nerf optique?), c'est en fait un nouvel organe qu'on se greffe.

Profitez de vos prochaines vacances déconnectées. Ce seront vos derniers souvenirs de «l'ancien temps»...