ZEROSECONDE.COM: Memetique (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Pourquoi partage-t-on des informations aux autres ? [1]

Sur le web, on tombe toujours sur ces chemins de traverse. Ceux qui savent de quoi je parle comprennent très bien ce sentiment: en avançant sur un chemin que l'on trace, on voit s'ouvrir sur les côtés quantités d'autres voies. Une vie n'est pas suffisante pour tout explorer.

Au détour d'une conversation sur un billet , dans les conversations, je tombe sur une information qui m'amène sur un chemin de traverse.

(Pour la petite histoire, tout est parti d'un billet au thème polémique de Xavier de la Porte (Twitter, blogue), animateur de Place de la Toile, à France Culture, publié sur l'incontournable blogue de la FING, InternetActu, tenu par le vaillant Hubert Guillaud: voilà qu'Olivier Auber (Twitter, Site), chercheur indépendant de l'Université libre de Bruxelles, mentionne un de ses collègues avec qui il avait animé deux ateliers dans le cadre d'une série des séminaires conjoints du "Global Brain Intsitute" et de l' "Evolution, Complexity and Cognition group" de la Vrije Universiteit Brussel.)

Dans le cadre des commentaires du billet, qui portait sur la (non) présence des intellectuels critiques dans le numérique, Olivier Auber, donc, citait dans les commentaires Jean-Louis Dessalles, cogniticien spécialisé dans le langage à l’ENST (sa page au Telecom Paristech et une vidéo réalisée par UniverScience.TV sur YouTube) parce qu'il développait une “Théorie de la Simplicité” qui serait à même de nous éclairer sur les phénomènes à l’œuvre sur les réseaux.

Heureuse découverte

Heureuse découverte, oui, car je ne le connaissais pas et pourtant il me semble incontournable. Et hop me voilà engagé dans un chemin de traverse.

En fouillant un peu, on finit par tomber sur une vidéo sur Vimeo qui explique «pourquoi donner des informations aux autres ?», une présentation qu'il a faite il y a 2 ans et qui mérite vachement les 75 minutes d'attention ininterrompue que la vidéo demande.

«En 1978, John Krebs et Richard Dawkins, deux spécialistes des signaux dans le règne animal, ont énoncé ce que l'on peut voir comme la "malédiction" de la communication : si les intérêts de l'émetteur et du récepteur convergent, la communication sera utile, rare et secrète ; s'ils divergent, elle aura une forme publicitaire : pauvre, répétitive et publique.»

Donc, double paradoxe.

1: Si deux êtres ont tant intérêt à communiquer ensemble, leur sphère se referme et exclue les autres.

2: Si l'être A veut passer un message M à un autre être B, et que B ne tient pas à l'écouter, A se retrouve à insister lourdement, formater son message et M devient une pub.

Pourquoi alors sommes-nous là en train de communiquer et d'échanger ensemble de façon ouverte sur les blogues et les médias sociaux (le web en général, en fait)?

Modèle d'émergence de la communication 2.0

Ce long préambule aura probablement fait fuir ceux qui cherchent des réponses bien formatées (un message M qu'ils voudront répéter à B).

Sur le web, et les médias sociaux, la communication humaine semble faire exception au double paradoxe : elle est riche, abondante et ouverte. Le Cluetrain Manifesto ne dit pas autre chose (ce manifeste reste encore et toujours d'actualité; à relire).

Le modèle théorique de Jean-Louis Dessalles explique «comment une communication riche peut émerger entre agents égoïstes et rester stable». Il cite les «pratiques de communication 2.0 (Web, blogs, Twitter...)» comme un beau test à sa théorie.

Je vous laisse écouter (ça fait une 1 heure et quart, tout de même) et on s'en reparle dans le prochain billet.


Pourquoi donner des informations aux autres ? from Fondation Telecom on Vimeo.

Gangnam Style: la K-Pop comme mème virulent

Il y a une quinzaine de jours, à Rome, des milliers de personnes se sont réuniess dans une flash mob pour danser sur le succès de musique K-Pop de l'heure: Gangnam Style, de Psy, la vidéo la plus rapidement virale de tous les temps (maintenant rendu à 795 millions de visionnements).

[Mise à jour du lendemain
: 24 h plus tard, ce samedi matin 24 nov 2012, la vidéo de Gangnam Style atteint 805 millions de visionnements, c'est à dire 10 millions, oui, 10 millions de visionnement supplémentaires depuis hier, vendredi, quand j'ai écrit ce billet! Elle dépasse celle de Justin Bieber qui était numéro 1 sur Youtube, devant ainsi la vidéo la plus populaire de tous les temps!]

[Mise à jour du lundi 26 nov: vidéo possède 826 millions de vues, c-à-d 30 millions de plus que vendredi matin quand j'ai écrit ce billet. Loin de ralentir, elle continuera encore jusqu'à atteindre un éventuel plateau. La prochain mème "challenger" aura fort à faire pour le déloger...]

[Mise à jour du 7 décembre 2012: 901 719 146 visionnements sur YouTube. 20 millions de plus depuis le moment où j'ai écrit de billet il y a deux semaines. Voilà le candidat pour le premier milliard de visionnements!]]

[Mise à jour du 21 décembre 2012: franchissement du cap du milliard. J'ai fait un petit billet pour l'occasion, en guise de suite à celui-ci]

Vous avez remarqué qu'aux quatre coins de la planète, Gangnam Style a conquis les foules. En 10 semaines quelques déhanchements faits dans le sud de la péninsule coréenne se sont répandus partout dans le monde. Décodage.




Le magazine Times avait décrété la mode du Gangnam Style morte... au début octobre! Encore un signe de la déconnexion avancée d'une certaine élite irritée face à tous les phénomènes émergeant de la base.

La preuve?

Des milliers de jeunes Italiens, les chiffres varient entre 5000 et 30000, se sont retrouvés un samedi après-midi du début novembre dans le coeur de Rome, à la Piazza del Popolo, pour une foule-éclaire au son du tube planétaire «Gangnam Style»:



Gangnam, le mème de la saison des virus

La notion de « mème », avec le développement des réseaux informatiques n'est plus tout à fait quelque chose d'abstrait.

Le mot vient de l'anglais « meme », forgé par Dawkins en 1976 sur le modèle du gène, vient lui-même, dit-on, du mot français « même » et que l'on prononce de la même manière.

Un mème est un phénomène culturel très précis (une idée, un air, une habitude, une nouvelle, un phénomène social, une mode, etc.) qui se réplique et se transmet par imitation d'un individu à l'autre sur le même principe qu'une maladie infectieuse.

J'en avais déjà glissé un mot ici il y a plusieurs années dans une vidéo de Philippe Martin et Christian Aubry:


Martin Lessard de Zéro Seconde par pmartin

Le « réplicateur » culturel

Même si l'approche de la mémétique n'a pas toutes les assises nécessaires pour être encore une science (à commencer par l'identification du « réplicateur » lui-même), il n'empêche pas moins que certains académiciens s'intéressent au phénomène de façon sérieuse.

Susan Blackmore, dans une conférence TED en fait une bonne démonstration:



Elle pousse le concept jusqu'à affirmer que l'humain, justement, est cette machine qui sert de « réplicateur ».

Les mèmes et les gènes ont  utilisé l'humain pour co-évoluer et se reproduire.

«Vous n'êtes pas intelligents, vous êtes infectés!»

Par exemple, la grosseur du cerveau humain serait due à la présence des mèmes qui ont besoin de place pour se stocker.

Pousser à l'extrême, cette hypothèse permet d'affirmer que les conflits religieux ou culturels ne sont que le reflet du combat des mèmes pour coloniser et occuper l'espace restreint du cerveau. Nous serions parasités par des mèmes et tuerions en leurs noms, alors qu'on pense le faire pour nos idées (le résultat est le même, mais dans le premier cas, on peut arriver à stopper le massacre si on comprend que nos idéaux sont en fait des infections virales).

Blackmore pousse plus loin son hypothèse et dit que si les gènes ont mené aux mèmes, les mèmes ont mené à la création des « tèmes ».

Tème, le mème de la technologie

Les «tèmes», c'est une boîte de Pandore qui a été ouverte et où la technologie se reproduit pour elle-même et par elle-même.

Les serveurs de l'infonuagique ne seraient rien d'autre que d'immenses machines à copier des données d'un disque dur à l'autre. Et là, on est même pas encore entré tout à fait dans l'ère de l'internet des objets!!

Que tant d'Italiens se soient réunis pour danser sur une chanson rythmée de la K-Pop actuelle peut ressembler à une énorme infection mémétique.

Gangnam Style est un complexe de mèmes, car la vidéo originale comprenait beaucoup de gestes «imitables» et pourrait expliquer le succès mémétique de sa propagation à vitesse Grand V.

Beaucoup a été dit sur cette vidéo qui a suscité l'un des engouements de parodies sur YouTube les plus frénétiques. Voici une des compilations:



Retour à l'aube

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, coréen d"origine, a rendu hommage à son compatriote en soulignant qu'il n'y avait "pas de langage requis dans le monde musical". "C'est le pouvoir de la musique, le pouvoir du coeur". (source)

Ce mème de Gangnam Style rappelle aussi, à mon sens, le désir inconscient par delà les temps immémoriaux de renouer avec le moment où, dans les premières tribus primitives qui s'apprêtaient à quitter le continent africain, au tour du feu, on était encore réunis avec les autres membres pour danser une dernière fois tous ensemble.

100 000 ans après, avec la mondialisation nous nous retrouvons de nouveau, tous réunis, et dansons ensemble avec notre tribu enfin retrouvée, après un long, très long voyage...

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(MàJ 7 déc 2012) Pour lire sur le même sujet:

Le secret démasqué de Gangnam Style, de Lionel Maurel, sur Owni.fr, qui est moins sur le "démasquage" que l'aspect légal et la non-application du droit de copyright comme outil viral. (Via Pier-Alexis Vial)

Le ridicule, clé de la culture karaoké, d'André Gunthert, toujours intéressant, où il définie le ridicule comme ingrédient de l’appropriabilité, facteur d'un autre rapport à la culture, horizontal, antiautoritaire et ludique, qui s'oppose à celle savante, qui reproduit le modèle religieux du recueillement. (via Josée Plamondon)



C'est la révolution, parce qu'elle est télévisée

J'ai écrit un billet cette semaine sur mon autre blogue, Triplex, sur le 100e jour du mouvement étudiant et sur CUTV en particulier. Voici une suite (inspirée après la lecture d'un billet sur «CUTV et la révolution» d'une lectrice).
Voici un extrait de mon billet sur triplex:

CUTV, l'effet larsen et les médias sociaux

Les grands médias ont assez couvert de manifestations en temps réel par le passé pour savoir que le fait d’ouvrir les caméras sur une foule provoque en retour un effet de rétroaction sociomédiatique : un effet larsen social des médias qui provoque ce qui n’existait pas.


Une boucle de rétroaction est en place quand l’effet est lié à sa propre cause. La réaction entraîne une amplification progressive vers un emballement chaotique. Les médias sont depuis longtemps un élément de cette chaîne, soit comme agent provocant (en montrant la chose), soit comme régulateur (en relativisant la chose).

Quand les nouveaux médias « montrent tout ce qui se passe », les grands médias se retrouvent dans la position de régulateur. Ce qui rend la neutralité journalistique suspecte (être neutre et couvrir tous les points de vue banalise les événements) auprès des manifestants.

Avec CUTV, la boucle de rétroaction est enclenchée, car les effets observés dans la rue entraînent plus de gens indignés dans la rue, comme on le constate soir après soir.
(Billet complet)
Ce qui m'avait le plus surpris, et qui a été un déclencheur pour écrire le billet, c'est de lire en ligne tous ces gens qui, écoutant en direct CUTV, se demandaient «Mais où sont les médias?» quand les policiers chargeaient la foule.

Ils partageaient cette étrange impression que la réalité à laquelle ils assistaient devait être filmée et reprise dans "les médias".  Avec en surcroît, ce petit soupçon jamais très loin d'une conspiration du silence.

Mais étrangement, au même moment, ces médias se faisaient conspuer pour leur biais dans la couverture (pas assez pro-étudiant, trop à droite, ou ceci ou cela). Biais? Probablement. Mais en aurait-il eu un aussi s'il filmait en temps réel la manif, comme le fait CUTV, montrant les petits et grands drames? Probablement aussi.

Donc on ne critiquait pas l'absence des médias, ni leur parti pris...

On critiquait les médias, tout simplement.



Les médias sont critiquables et s'il y a bien une chose que CUTV a montrée, c'est de faire éclater au grand jour la façon ampoulée de couvrir les événements et la lourdeur de leur processus. Mais ils n'ont pas tout faux, au contraire

Ce que j'ai tenté de décrire dans mon billet, c'est que les médias connaissent l'effet larsen. Ouvrir une caméra, en direct, est déjà une forme de prise de position. Et ils en connaissent les conséquences.
On se rappelle les émeutes des finales de la Coupe Stanley à Montréal en 2008, les caméras ouvertes montraient les émeutiers en délire, ce qui invitait davantage de gens à se joindre au carnage. Comme l’effet de rétroaction décrit par Larsen quand on approche un micro d’un haut-parleur.
(Voir mon billet sur ces événements de 2008)
Quand CUTV s'avance vers les policiers qui chargent, en leur demandant pourquoi ils chargent, on se demande s'il ne provoque pas l'événement plutôt que de le filmer. Ça finit toujours par une mise hors d'onde après une bousculade. Effet larsen.

Est-ce que CUTV prend position? Dur d'en douter. Est-ce que CUTV est à blâmer? À ce que je sache, les policiers auraient chargé quand même, caméra ou non. Est-ce que CUTV montre une réalité que les autres médias taisent par peur d'effet larsen? Probablement.

Mais pourquoi cette retenue?

Il n'y a que sur YouTube que l'on peut voir le constable 728 arroser de poivre les innocents passants. Les médias sociaux n'ont pas de valve de sécurité: on écoute la vidéo en boucle et en boucle et on finit par devenir un indigné. Et le soir on passe à CUTV pour braver les policiers --qui nous chargent en retour. Effet larsen.

Les médias de masse jouent les seconds violons dans ces événements. Ils ne peuvent pas être partout à la fois. Les médias sociaux, oui. Les médias de masse ont un boulot à faire (et les événements n'en sont qu'un parmi d'autres à couvrir, chiens écrasés inclus) alors que les médias sociaux sont toujours sur l'adrénaline, jour et nuit, et uniquement sur ce qui compte pour eux à ce moment-là.

Les médias de masse maintiennent un semblant d'équilibre en étant un régulateur des images auto-excitantes. Le direct n'apporte pas nécessairement le degré de réflexion souhaitée:

- Est-ce le rôle d'un grand média de montrer la manif comme elle montre un défilé? J'en doute dans les conditions actuelles de production audio-visuelle.

-Est-ce que ce type d'«absence» sur le terrain amoindrit la légitimité des télés dans leur couverture? Probablement. Car une certaine pertinence a été accordée de facto à CUTV. Celle de montrer le non-dit, la conséquence concrète de manifester dans la rue, la brutalité policière, l'envers des nouvelles.


Mais tous les médias ne doivent pas tous être mis dans le même panier.

La télé -- média qui montre -- a le plus à perdre en discrédit. Comment peut-on la prendre au sérieux quand elle nous montrent des recettes de poulet alors que la brigade anti-émeute racle le coin St-Denis Maisonneuve?

La presse, grosso modo, se débrouille assez bien -- même si elle se rend compte que son opinion n'est pas majoritaire dans le tintamarre des réseaux sociaux.

La logique interne des médias est de traiter cet événement comme tous les autres événements, de lui retirer son caractère exceptionnel.

Oui l'événement fait la première page, quand ils sont 250 000 dans les rues. Mais a-t-on vu un cahier complet, quotidien? Voyons-nous des émissions quitter l'antenne pour annoncer que des étudiants sont en pris en souricière au coin de telles et telles rues? Non, la logique interne des médias demande de préserver un équilibre.

Et cet équilibre et cette objectivité sont perçus comme un immobilisme et un biais en faveur du statu quo. Alors que CUTV, en étant en direct, montre que c'est un état d'exception. 

C'est leur slogan. "La révolution sera télévisée". Et s'ils filment, c'est que ça ne peut être qu'une révolution.


Le cas Kony

Voilà un beau cas. Vraiment. Imaginez une prise de conscience qui n'émerge ni de la sphère politique, ni de la sphère médiatique, ni de la sphère académique. Bienvenue à Kony 2012!

Quand j'ai commencé à écrire ce billet hier soir, la vidéo, déposée sur YouTube lundi dernier, avait déjà 11,6 millions de visionnements. Elle frôle les 39 millions au moment de terminer ce billet. Combien en aura-t-il quand vous lirez ce billet?

Mais commençons par le début. Fermez Tweetdeck quelques instants, prenez une grande respiration et placez votre vieux 33 tours d'Harmonium sur le tourne-disque pour vous mettre dans l'atmosphère.

On a mis quelqu'un au monde, il faudrait peut-être l'arrêter

Voici, brièvement, l'histoire de Kony 2012. Je reprends une partie du texte de Dominic Arpin qui résume très bien la situation:
«Le réalisateur et activiste Jason Russel a un rêve : l’arrestation en 2012 de Joseph Kony, un seigneur de la guerre ougandais qui enlève des enfants depuis plus de 20 ans pour les transformer en soldat ou en prostitué.

Mais Jason Russel n’est pas qu’un rêveur. C’est aussi un homme d’action. […] il vient de lancer une campagne sans précédent pour provoquer la capture du criminel de guerre.

[…] Essentiellement, Jason Russel souhaite faire de Joseph Kony une vedette. Pour qu’il cesse d’être "invisible". Pour que l’on sache enfin qui il est. Et pour mettre de la pression sur les gouvernements afin qu’ils accentuent leur recherche de ce criminel de guerre.» 
Pour un instant, j'ai oublié son nom

La vidéo dure environ 30 minutes. Elle est en anglais (elle est destinée aux Américains). Sa facture professionnelle et formelle donne de la valeur au contenu. Ce n'est ni un documentaire, ni du journalisme. C'est une vidéo de promotion d'une cause humanitaire.

Et vous êtes prié, dès le début, de bien porter attention, car vous pourrez jouer un grand rôle pour la paix dans le monde, tout en pleurant toutes les larmes de votre corps:



La vidéo illustre la puissance des réseaux sociaux pour changer le monde. L'auteur défend une cause qui lui tient à coeur: le sort des enfants-soldats kidnappés par l'inhumain Kony. Il y décrit sa tactique pour le faire arrêter: si tout le monde sait qui est Kony, il n'aura plus de place pour se cacher. Personne ne doit oublier qu'il est un des criminels le plus recherchés pour crime de guerre de la planète.

Kony 2012 est une campagne pour s'assurer que plus aucun enfant ne perd son enfance aux mains de ce monstre.

Pour en savoir plus:
- Site officiel
- Info sur Kony, Wikipedia
- Kony 2012: la force du nombre (Dominic Arpin) réaction à chaud, plusieurs liens
- We got trouble (Grant Oyston) mise en garde contre le mouvement Kony 2012
Guest post: Joseph Kony is not in Uganda (and other complicated things) (Foreign Policy)
Réponses aux critiques ci-dessus par les auteurs
- Compléments de nouvelles par l'excellent Guardian
- Une mise en contexte du Figaro
-(ajout) Un aparté très bien documenté de JF Lisée.

J'ai regardé si loin, que j'ai tout compris

Maintenant, intéressons-nous davantage à la forme de la vidéo et du mouvement (je vous laisse le soin de prendre position par vous-même sur le fond).

Nous assistons à une véritable prise de conscience publique, que même les médias et le gouvernement n'auraient jamais réussi à faire [Précision: à faire pour le cas Kony].

Ce mouvement de conscience publique est ce qu'on appelle du «grassroot», il vient de la base et ne relève d'aucune institution.

La vidéo joue sur des cordes (naturellement) sensibles et la rhétorique de l'image et du montage est bâtie de telle façon qu'elle suscite l'adhésion spontanée et le partage immédiat (comme on peut le voir sur les réseaux sociaux).

Elle est virale parce qu'elle est «pleine de sens» (qui ne veut pas arrêter le massacre?). Le «sens», ici, ne doit pas être compris de façon intellectuelle ou journalistique. «Fait sens» ce qui résonne en moi comme un vérité fondamentale. Il y a «sens» quand le passage d'un certain contenu dans mon filtre personnel résonne, fait vibrer une corde sensible en moi.

Un iPad 3 peut «faire sens» dans la communauté geek, mais pas ailleurs. La grossesse de Coeur de Pirate «fait sens» pour les fans de l'artiste. L'élection de Poutine en Russie «fait sens» dans la communauté des journalistes et de ceux qui s'intéressent à l'actualité internationale.

Toutes informations circulent bien dans les réseaux où elles possèdent un «sens». Par contre, l'échographie de Coeur de Pirate n'a qu'une mince chance de survie dans l'écosystème des Mac addicts. L'annonce du nouvel iPad hier n'a jamais probablement traversé le mur des tweets des journalistes politiques. Et peu de fans de Coeur de Pirate savent qu'il y avait des élections en Russie la semaine dernière.

Mais quand la viralité est très forte, elle quitte les sphères spécialisée et passe dans la sphère publique.

C'est ce qui est en train de se passer avec le mème Kony.


Des institutions vivent en roi chez moi (moi qui avais accepté leurs lois)

En prenant de l'expansion dans la sphère publique, la campagne Kony 2012 rencontrera naturellement une opposition («Attention: un peu de perspective! Tout n'est pas si simple!...» --natürlich, darling, on appelle ça la vie!)

Un viral comme Kony 2012 rencontrera inévitablement des anticorps. La fonction des anticorps est de freiner la propagation du mème.

Parfois, dans des cas violents, il y a même une tentative de récupération par les anticorps qui s'opposent à la chose qui prétend se propager.

Ça a été le cas de McDonald dernièrement, avec sa tentative ratée dans les médias sociaux en janvier. Avec sa campagne #McDstories sur Twitter (où les gens étaient supposés raconter de belles histoires sur la chaîne de fast food), McDonald s'est vue rapidement submergé par un détournement majeur où les usagers mécontents ont plutôt fait circuler des histoires d'horreurs avec son hastag.

Pour le mème Kony 2012, les anticorps vont s'attaquer à deux choses en particulier:
Tactique 1) Refuser que le temps cerveau et la passion accumulée servent la stratégie de Kony 2012.
Pas qu'ils soient en désaccord sur le fond, au contraire, mais les critiques vont proposer d'autres façons de dépenser ce capital. Vous verrez des expressions comme «bonne cause, mauvaise approche», «c'est non-productif» ou «c'est beaucoup plus compliqué que ça»...


Tactique 2) Détourner l'attention du message principal (pour ralentir la propagation).
C'est en semant le doute sur des éléments secondaires qu'on touchera au «sens», donc à la viralité, du mouvement: on y pensera à deux fois avant de faire suivre le message quand on «apprend» qu'il y a «deux côtés à une médaille», que «rien n'est simple»! Vous verrez apparaître des critiques sur la crédibilité (gestion des fonds, finalité du mouvement), des procès d'intention (finalité réelle du mouvement), ou des précisions documentaires (Kony n'est plus à telle ou telle place; tel ou tel gouvernement est aussi responsable)...
Nous empêcher de penser en rond exerce l'esprit critique. Parfait. Mais les anticorps servent d'autres causes.

Dis-moi, c'est quoi ta toune (qui revient dans tes oreilles tout le temps)

Les anticorps proviendront principalement de deux institutions, la politique et les médias. Leur point de vue sera évidemment distillé dans le public qui reprendra leurs arguments («oui, mais...!»).*

(*Ajout: C'est de la 'logique institutionnelle' de la sphère politique (l'action) et celle des médias (l'information) dont je parle. Elle génère des logiques d'argumentation critique. Mais les critiques elles-mêmes peuvent venir des citoyens qui ont intégrés ces logiques. Mais à mon avis, les plus crédibles des critiques viendront des membres eux-mêmes de ces sphères)

- Politique

Au niveau politique, il y aura soit une tentative de récupération (de la part des opportunistes) ou une tentative de fin de non-recevoir (les «priorités sont ailleurs!»). Ou une troisième voie: ceux qui sont au courant du dossier, mais qui ne veulent pas se faire bousculer.

Dans nos démocraties représentatives, on n'aime pas trop les demandes du peuple qui sortent des ornières des urnes.

Ce que l'institution politique craint le plus, c'est le rapport de force qu'est en train de bâtir Invisible Children (ceux derrière la campagne Kony 2012). En instrumentalisant la foule, Invisible Children se créent une masse critique dans l'opinion publique, qui attirera inévitablement les politiciens opportunistes. Les tenants de la troisième voie feront alors face alors à du lobbying de l'intérieur.

Quand on sait que la solution n'est pas militaire, mais politique, et, dans ce cas-ci, complètement multilatéral, la résistance sera d'autant plus forte qu'on ne voudra/pourra pas agir unilatéralement. Vous entendrez alors du monde dire qu'il faut «réfléchir avant d'agir».

Ce qui compte en fait pour la sphère politique, c'est de ne pas laisser la sphère publique prendre l'initiative. Elle tentera alors d'appliquer la tactique 1 et refusera la façon que la solution Kony 2012 se met en place. Ceux qui croient en la sphère politique prendront cette position.

- Médias

Au niveau médiatique, il y a certainement un effet de courroie de transmission. Les médias ont bien compris la leçon maintenant qu'il ne peuvent plus contrôler l'agenda public et ils devront rapporter le phénomène dans leurs pages.

Sur la plupart des blogues de journaux, il y aura un petit billet en ligne (peut-être même dans les journaux papier) et le niveau d'enthousiasme variera en fonction du fait que ce soit un vieux loup ou une jeune recrue qui écrira le papier.

Les plus sérieux feront leur devoir et fouilleront l'historique du mouvement. Les autres feront le relais sur Twitter.

Ils utiliseront la tactique 2 en détournant l'attention vers des détails. Parce que le film n'est pas un doctorat de 400 pages qui présente exhaustivement toutes les facettes de la situation, ils citeront certaines personnes qui voudront nous dicter comment se comporter face à la «problématique Kony» («Kony oui, mais Kony 2012, non!»

Il y a toujours quelqu'un pour rappeler qu'il y a «deux côtés à une médaille»! Feignant un insensible cynisme le journaliste pèsera le pour ou le contre inlassablement jusqu'au prochain sujet qui dominera la une.

Les médias montreront les «deux côtés de la médaille», même s'il ne s'agit pas de la même médaille : ils montreront les pourcentages des dépenses des dons ou publieront des commentaires de gens sur le terrain. Tout ça pour notre grand bien (et ceux qui ne le feront pas passeront pour de mauvais journalistes).

L'enjeu n'est pas tant la vérité ou l'action que la perpétuation de l'éternel doute et surtout d'empêcher l'autononomisation de la sphère publique d'agencer les priorités publiques sans leur apport.

C'est toi qui es tombé en pleine face 

Mais pourtant, ici, une fois confirmé qu'il ne s'agit pas d'un canular, ni d'une fraude, le mouvement de conscientisation ne pourra pas être arrêté.

Certains mettront en doute la légitimité du mouvement simplement parce qu'il n'a pas été sanctionné par des institutions (politique, médiatique, académique). Les institutions sont celles qui hiérarchisent les priorités. Les institutions refuseront de facto que la sphère publique puisse le faire.

D'autres crieront au vol, car Invisible Children demande 30$ pour recevoir un «kit de propagande». Ces   mêmes gens le twitteront sur leur iPhone à 500$, pour lequel de jeunes Chinois sont morts. Mais ont-ils compris que le 30$ n'est pas un don, mais bien un échange commercial pour payer le matériel (et probablement un peu de profit) et sauvera peut-être de jeunes Africains. Changer le monde ne devrait que se faire sur une base bénévole?

On reprochera probablement à la vidéo de 30 minutes qu'elle n'ait pas tout dit. Mais cette vidéo n'est pas un cours d'histoire, ni un documentaire, ni un bulletin de 20 h. C'est un mes-sa-ge. Elle ne demande ni approbation, ni confirmation. On y adhère ou non

Toute pression sur les dirigeants pour ramener Kony devant le tribunal pénal est probablement une bonne chose. Et si cette demande vient de la sphère publique, qu'on ne pouvait pas entendre auparavant, c'est aussi une bonne chose.

Aujourd'hui je dis bonjour à la vie

Le cas Kony montre comment la sphère publique, s'il fallait une ultime démonstration, peut orienter les agendas publiques de façon autonome.

Avec la passion d'un père de famille, déterminé à changer le monde pour son fils (c'est la rhétorique persuasive utilisée dans la vidéo) et une certaine maîtrise des codes des médias sociaux (faire appel aux sentiments, provoquer le partage, créer un mème), on voit une foule se laisser diriger non pas vers quelque chose qu'elle ne veut pas (ce que les politiques ont souvent tendance à faire), mais vers quelque chose qu'elle veut.

Ce à quoi on assiste, c'est à la levée d'une sphère publique qui tente de dicter au gouvernement ce qu'elle juge comme une priorité. Elle apprend, aujourd'hui encore maladroitement, à appuyer de tout son poids, avec une conscience d'elle-même, sur des enjeux qu'elle aimerait voir régler. Maintenant. Tout de suite. Au nom des droits de l'Homme.

Car Kony 2012, c'est un choix. Celui de faire connaître ce monstre à tous pour qu'il n'y ait plus personne pour dire que ce n'est pas son problème. Pour que Invisible Children puisse sentir qu'il a enfin un rapport de force pour faire bouger les choses.

Car Kony 2012, c'est de la realpolitik. Celle faite de pression et d'alliances objectives. C'est un mouvement d'opinion qui met Kony et les gouvernements sur la sellette.

Car Kony 2012, ce n'est pas la réalité, c'est comment on souhaite que les choses se passent.

Kony 2012, c'est le désir que la justice soit faite.

Et personne n'a le droit de vous retirer ce rêve.

Entrevue avec Seth Godin

J'ai rencontré Seth Godin il y a deux semaines lors de son passage à Montréal. Il était venu à Infopresse 360 pour parler des opportunités en temps de crise [présentation ici]. Voici (enfin) l'interview transcrit.

Seth GodinSon discours tournait autour de la puissance des "tribus": quand un changement majeur se fait sentir dans une industrie, il s'accompagne souvent de changement de règles, donc de transfert de pouvoir. Dans une économie d'interruption (publicitaires) en déclin, les marques entourées de "tribus" sauront s'en sortir.

J'ai eu la chance d'avoir un entretien d'un quart d'heure avec lui, voici le condensé de notre courte discussion.

Martin Lessard:
Où peuvent se trouver les tribus? Comment une telle communauté peut se mettre en place?

Seth Godin:
Robin Dunbar, un sociologiste, calcula un jour que nous sommes conçus pour ne pas pouvoir connecter plus de 150 relations. En anthropologie, on remarque les tribus ancestrales, au-delà de 150 membres se scindaient en sous-groupe pour former une nouvelle tribu. 150 semble être cette limite neurologique que nous nous pouvons supporter à entretenir des relations avec des gens à qui l'on fait confiance et que l'on aime.

Ce qu’Internet a fait c'est de prendre ce nombre et de permettre de le pousser à 1000 [le web offrant une extension à nos connecteurs cérébraux en quelque sorte]. Et du coup, il autorise de voir de nouvelles façons de penser et d'agir. En ayant personnellement un ami à Mumbai, lors des récents attentats terroristes, ma vision de l'événement change totalement. De la même façon quand le réchauffement planétaire menacera les côtes du monde entier, un ami de votre réseau sera éventuellement affecté. Cette expansion de notre réseau jouera un rôle sur notre côté tribal pour nous mettre en action.

Notes sur la question 1
[une intro sur le nombre de Dunbar [en] sur Wikipedia et l'article fondateur [en] ; ce nombre a été popularisé auprès du grand public par Galdwell dans son Tipping point ; la limite du réseau centré sur l'intimité semble par contre beaucoup plus basse (7); pour avoir un exemple du réseau en action autour de l'attentat de Bombay, voyez mon analyse du phénomène du microBlogage dans l'écosystème de l'information) ]

Martin Lessard:
Vous insistez pour dire qu'une tribu doit posséder un leader, pourquoi?

Seth Godin:
Si le nombre de connexions permises a augmenté, il faut aussi voir que le nombre d'opportunités pour les leaders augmente. L'expansion des connexions entrantes dans la communauté intéressera un leader qui pourra s'y consacrer, la nourrir, la faire grandir, et en faire lui donner encore plus d'opportunité d'investir en elle.

On peut se reconnaître partout dans le monde comme faisant partie d'une tribu. Une tribu peut se faire autour d'une idée et la question n'est pas comment la faire exister, mais pourquoi: par passion, ou par bénéfice personnel, ou parce que c'est notre description de tâche d'employé. Toutes les raisons sont bonnes. Il s'agit de savoir laquelle.

ML:
Mark Cubain [ le projet de financement Open Source Funding de Cubain ] and Richard Branson [le projet Pitch.tv] propose de rassembler des idéateurs pour pondre des idées sur lesquelles ils offrent d'investir. Sont-ils vraiment des leaders de tribus ou est-ce une simple foule? [une "crowd" ne se rentre pas dans la catégorie "tribe" selon Godin, notamment à cause de l'absence d'appartenance commune.]

SG:
Mark Cubain ne cherche pas à bâtir une tribu. Car il ne cherche pas les faire collaborer ensemble. Ce n'est qu'un moyen pour arriver à ses fins [plus d'info sur le blogue de Godin]. Richard Branson, lui, différemment, ne fabrique pas plus une tribu, mais plutôt une histoire. Il cherche plutôt à raconter une histoire à une audience plus large. Une tribu a ses "insiders" et ses "outsiders", ses membres se reconnaissent entre eux. Ici aucun des projets ne permet d'offrir de tels signes de reconnaissance. Ce qui n'enlève rien à ces brillantes initiatives, mais ce ne sont pas des tribus...

ML:
L'économie va mal. Côté social, on entend tous ces craquements. L'environnement montre des signes troublants. C'est le Jour de la Terre aujourd'hui [l'interview a été faite le 21 avril 2009] toute future idée ne devrait-il pas exclusivement être en fonction de bâtir des projets durables qui prennent en compte...le futur?

SG:
Le problème du jour de la Terre, d'une certaine façon, est que nous n'avons pas d'ennemi. Pour bouger, il faut un ennemi. Gandhi avait un ennemi, les forces colonisatrices. On doit se poser la question: que cherchons-nous à arrêter? Recycler quelques bouteilles aujourd'hui n'est pas la réponse. Dans quoi allons-nous investir pour que la chose fonctionne?

Un jour de réflexion n'est pas assez, il faut agir. Une idée brillante: Obama a proposé que chacun doit contribuer à rendre un service communautaire pour une heure, quelque part. Ce type d'engagement change les gens. Et ce n'est pas difficile.
J'ai ajouté un petit graphique dessiné à la volée sur les étapes qui définit un mouvement de tribu.

Tribe cycle
- Premièrement , il s'agit de créer une histoire (storytelling),
- De connecter la tribu (notamment en offrant une "place" pour se rencontrer),
- Puis de leader le mouvement (la tribu demande de se faire diriger),
- Pour ensuite accéder au changement.

Pour en savoir plus sur Godin et sa pensée
- Mon billet où je pointe vers plein de liens pertinents

Voici quelques vidéos
"All Marketers are Liars" - Seth Godin speaks at Google (48 minutes) 28 févr. 2006
Seth Godin at Gel 2006 (20:26) - 9 août 2006
TEDTalks Seth Godin: Sliced bread and other marketing delights (17 minutes) février 2003
Seth Godin at eBay Live 2008 (5 minutes) Juin 2008
(mise à jour 11 mai 2009) :
Seth Godin TEDTalks Tribes are what matters now Février 2009

Voici quelques liens
Site officiel : sethgodin.com
Son blogue : sethgodin.typepad.com

Voici quelques réactions à sa conférence et à la journée InfoPresse.
Fil twitter lors de la conférence
Adviso: Retour sur la journée Infopresse 360 : «Saisir les nouvelles opportunités d’affaires »
Patricia Tessier: Conférence Seth Godin
Normand Miron: Le Seth Godin Tribes Tour: un Mégashow God(in) Rock mémorable
(2 ajouts du 10 mai)
Isabelle Chrun Seth Godin Lost his Montreal Tribe
Marie-Claude Ducas Seth et moi

Voici d'autres entrevues que j'ai faites
Fred Cavazza (2007) : commentateur et spécialiste Internet. FredCavazza.net
Michael Geist (2007) : professeur en droit d’Internet et du e-commerce. MichaelGeist.ca
Daniel Kaplan (2008): délégué général de la Fing

Préparation pour l'interview avec Seth Godin

Je rencontre Seth Godin, l'auteur américain prolifique et orateur célèbre par son côté motivateur et innovateur dans son approche marketing en réseau. En préparant l'interview que je ferai avec lui demain, j'ai repéré quelques contenus que je trouve pertinent à partager avec vous.

L'entrevue aura lieu grâce à la gentillesse d'Infopresse qui organise une conférence demain (journée Infopresse 360) sur les opportunités d'affaires en période de crise. Je vais publier l'entrevue demain sur zéro seconde ou dès que j'aurais du temps ici.

Son dernier livre
Tribes: We Need You to Lead Us.
Le premier chapitre sur Amazon.
La version complète audio gratuite en ligne.
Version powerpoint qui présente de livre, par Seth Godin lui-même.
Un document d'accompagnement : CurrentTribesCasebook 240 pages, écrit par et autour des tribes.
Review of Seth Godin's Tribes (SEObook)

Vidéos
Seth Godin On How To Build And Lead Your Tribe: une conférence d'une heure, filmé tout croche, mais le contenu est là. Ne vous inquiétez pas, Seth apparaît après la première minute et demi.
Interview entre Andrew Warner de Mixergy.com et Seth Godin (version complète des 5 interview plus bas: 45 min)
Série de 5 interviews avec Seth Godin (extraits de la précédente vidéo)
1- Why You Need To Lead A Tribe (la version courte du précédent vidéo)
2- What Happens When No One Cares About What You Launched?
3- Should You Use “Bribes” To Get New Community Members?
4- How Hard Should You Pursue Money In Business?
5- We’re In An “Ask Economy.” So How Do You Ask?
Loic Lemeur interview Seth : Seth Godin Explains Why You Need a Tribe (et vous saurez aussi pouquoi il porte le nom de Godin).

Interviews
TED Interview: Tribes Author Says People, Not Ads, Build Social Networks
"The people who are successful at it, what they have in common is they take action for the tribe and with the tribe as opposed to doing things to the tribe"
Seth Godin on Tribes (Bigg Success podcast) en 3 parties (avec transcription)
1- What is a tribe? "A tribe is very different than a crowd. A crowd is just a bunch of people (...)A tribe is a group of people that are connected by a common goal, a common language, and common rituals."
2- The Power of One "One person is able to now leverage the work and enthusiasm and passion of hundreds or thousands of people"
3- Change and chaos creates opportunity "There’s no doubt in my mind that we’re going to see newly minted millionaires all over the world because of this chaos."
The Seth Godin Interview:How to Become a Leader by Brian Clark (copyblogger). Vous y trouverez des principes universaux pour bâtir une commuauté:

* People want to belong, they want to be missed when they don’t show up.
* Charisma doesn’t make you a leader, leading gives you charisma.
* Most of all, people care about themselves.
* Faith is belief in the future and it is critical. Religion is a set of rules designed to amplify faith at the same time it guarantees the status quo. As you can guess, heretics have a lot of faith, but not so much patience with religion. And heretics are the ones who make change.
* When in doubt, work with small groups. If you can’t find 5 followers, how will you find 1000?
* Talk to people with respect, don’t advertise at them.
* Transparency is your only option, because the tribe will smell artifice.

Valorisation de l'information et réseaux sociaux

Il est intéressant de voir que les réseaux sociaux sont aussi un canal de valorisation de contenu. Valeurs pas toujours monétaires : ils permettent de donner une importance relative à une information au détriment d'une autre. Exemple.

Sans enlever le fait que le réseau social (que l'on appelait avant "social software") est aussi à la remorque ("est un parasite") des médias traditionnels, il peut aussi générer une valeur pour une information.

Quand cette valeur est exclusive au réseau, ça devient intéressant. Voyons voir.

Deus ex Ottawa
Prenons cette photo d'Obama en visite récemment dans une marche limitrophe de l'empire.
Obama cachant harper
La photo est cocasse. L'hôte, derrière la main du président iconique, est le dirigeant exécutif du comité directeur du pays qui le reçoit. Les habitants du patchwork territorial en question comprennent immédiatement l'humour de la situation : l'aura d'Obama fait de l'ombre à toute autre personne.

Dans ce cas-ci, vu leur position idéologique antagoniste sur la façon de gouverner, l'ironie est que Obama représente le futur, balayant de la main les idées du passé. Juste image de la situation actuelle.

J'aurais laissé cette anecdote-là où je l'ai trouvé (sur Facebook) s'il n'était pas un (autre) exemple de ce que j'illustre dans mes conférences: le web social crée de la valeur à partir d'éléments sans valeurs pour les médias traditionnels. Je m'explique.

Mood market
Cette photo ne pourrait jamais apparaître sur la page frontispice des quotidiens, ni au TJ de 20h. L'éthique journalistique ne le permet (heureusement) pas. Elle n'a donc aucune valeur pour ces médias (sauf à titre anecdotique marginal).

Cette photo "rejetée" a été valorisée sur Internet. Ce qui était proprement impossible de faire sur les canaux traditionnels, même s'ils le voulaient...

Le message caricatural a trouvé un terreau fertile sur les réseaux sociaux. Comme je l'ai déjà dit à propos du viral "Culture en péril": un viral fonctionne d'autant mieux quand il correspond aux attentes du terrain où il se diffuse: rien de tel qu'un bon terrain fertile pour prospérer.

Culture de net
Bien sûr les médias ne sont pas là pour donner ce que le peuple demande (officiellement, du moins, car par moment, inutile de jouer aux surpris, pour certains médias, on se le demande). Voilà le besoin que remplissent les réseaux sociaux dans le nouvel écosystème de l'information (sujet d'une série de 5 billets que je me promets de terminer) : c'est un média qui leur ressemble (tiens, on dirait un slogan de chaîne de télé populaire).

Ce média valorise l'information qui n'a pas été valorisée ailleurs. Il n'y a que l'élite qui s'offusque de voir le peuple s'occuper de ce qui l'intéresse...

Restant de tabs

Petite revue de liens glanés qui ont retenu mon attention récemment.

Idées

Comprendre le net pour s'y adapter...
La meilleure revue de liens récents sur la presse trad en déconfiture, la presse en ligne qui se cherche, les usages en mutation dans une économie informationnelle en abondance (novövision)

Comptes rendu du séminaire 2008 de Mémétique
Pour ce 5ième séminaire de Mémétique francophone (Paris les 27, 28 et 29 juin 2008): 3 PDF, Quelle sorte d’humanité après l'individu ?, Mémétique et Enseignement, Mémétique et Transformation de la Société

Enseignements

Enseigner l’identité numérique
Nécessité d’une éducation à l’identité numérique, à la culture informationnelle numérique, par tranche d’âge et segments. Enjeux et pratiques d’une construction identitaire sur Internet (via Florence Meichel).

From Knowledgable to Knowledge-able: Learning in New Media Environments
De Michael Wesch , Kansas State University, professeur en Anthropo digital, qui nous a donné The Web is Us/ing us, les structures physiques, sociales et cognitives nous freinent...

Web et audiovisuel
Réponse à l’ARRQ (Association des Réalisateurs et Réalistrices du Québec)
L'association lance un appel afin de connaître la liste des “effets pervers” de la diffusion des vidéos sur le web.

La WebTV et l'art de se faire voir sur le web
Version écourté d'une présentation de Sacha Declosmesnil

Médias sociaux
La recette du succès d’une communauté en ligne (partie 1)
Un résumé de Guillaume Brunet et Martin Aubut des ingrédients pour réussir sa communauté Web 2.0. La partie 2 est ici.

En vrac

Best Practices in Writing Email Subject Lines
The most 100 popular Twitter Applications

Effet Larsen médiatique

Émeutes à Montréal. Non ce n'est pas pour soutenir le peuple opprimé du Tibet. La victoire d'une équipe locale de sport sur glace a servi de déclencheur. Inutile de sortir le kärcher pour les provoquer. On a les jacqueries que l'on mérite.

The Larsen Effect (Lupi75)Ces émeutes générées par les utilisateurs sont-elles emblématiques d'un manque de sagesse des foules? Ce serait faire preuve d'exagération synedoctique, de prendre la racaille pour le tout.

On m'a demandé si le web 2.0 était à l'origine de ces relents de révoltes post-démocratiques. Évidemment non, pas plus qu'un Bush est impliqué dans la réduction du réchauffement climatique.

Les réseaux sociaux et le mobile ont peut-être facilité les communications. Mais ce sont surtout des échos grégaires et ataviques d'émeutes semblables qui ont eu lieu en 1993. On ne peut accuser le web d'avoir été le responsable à l'époque.

Évidemment, l'écosystème informationnel aujourd'hui inclut Internet, mais la dorsale symbolique sur le continent de Disneyland est ailleurs. Je ne crois pas qu'être sur Youtube soit un incitatif virulent pour incendier des voitures.

Comme dans les banlieues hexagonales sarkozyques de 2005, les médias ont joué leur rôle de pompier incendiaire. On sait tous que le calme est revenu lorsque la télé a cessé de reproduire en direct la carte du pays mouchetée de points en feu pour indiquer le score national de la compétition des pyromanes. Là-bas, par contre la source du problème était autre.

Ici, se voir dans l'écran mobile de poche de son cousin un soir d'ennui devant le Macdonald local génère moins d'adrénaline que de passer en direct à la télé sur la 50 pouces des sales bourgeois. La une de FaceBook génère, encore, moins de notoriété glamour que la une du TJ.

La télé réalité leur a martelé depuis les débuts que la vie n'existe qu'à l'écran. Ne soyons pas étonnés qu'ils se mettent à vivre quand les spots s'allument. Nous sommes à l'ère du feedback socio-médiatique : un effet Larsen des médias qui provoque en retour ce qui n'existait pas.

Je ne sais pas si la sphère médiatique est capable d'auto-discipline mais comme l'engouement s'amplifiera à mesure que l'équipe locale en question s'approche de la grande finale, sera-t-elle capable de couvrir l'événement de loin? Ou l'audimat remportera-t-elle la coupe?
...
L'équipe de hockey pourrait aussi se cotiser en fouillant dans leur poche; les manifestations de 1993 ont coûté à la ville à peine le salaire d'un seul joueur.

Internet stars are viral

Les vedettes du réseau sont des virus culturels qui se propagent dans l'imaginaire collectif de la planète Internet. (via Semio6)

Voici un pot-pourri des clips de toutes les "stars" qui ont fait le tour du monde. Un façon de rattraper celles qui vont ont échappées.


Internet stars are viral

Intox en stock

La bombe! "Des blogues rachetés par un grand groupe français pour des montants dans les 6 chiffres"! Enfin la reconnaissance de la valeur des blogueurs? STOP! Coup de grisou dans la blogosphère : c'était un canular! Et un journaliste de Rue89.com de faire des gorges chaudes: CQFD. Je dis un instant! Reprise et ralenti sur image.

Silence sur le plateau...action!
Sortie, mardi soir sur les fils du web, d'un billet intitulé "OPA sur les blogs, blogguer peut enfin rapporter beaucoup" où est annoncé l'achat de Presse Citron, un blogue phare dans le Web 2.0, pour une somme non précisée, mais "chiffrée avec 5 zéros".
Gros plan
"Ils ont aussi des vues sur 5 autres blogs High Tech, une demi-douzaine sur la programmation, autant dans les jeux vidéos. L’audience cumulée serait proche de 2 millions de visiteurs (uniques?) par mois et l’investissement reste sous les 2.5 millions d’euros" dit l'auteur dans son billet.
Zoom out
Les commentateurs se sont aussitôt livrés à des conjectures : "Le monde des blogs serait-il aux prémices d’un grand changement ?" Techcrunch relaie aussitôt cette annonce sur Twitter ("Des rumeurs d'acquisitions de blogs/bloggeurs en france") ainsi que JF Ruiz. Les blogues, et pas des moindres, reprennent le fils et acclame le "nouveau "business modèle" pour les blogues": "mon blogue est à vendre" lit-on même!
Cut to the chase
Entre en scène, Augustin Scalbert, de Rue89.com, un site de journalistes qui utilise le web comme plateforme de publication, qui dévoile dans "Intoxiquer le Web, un jeu d'enfant" le canular qui a circulé et interviewe l'auteur: "J'ai fait ça pour voir l'effet boule de neige qu'a la rumeur sur Internet". Le taux de fréquentation de son blogue a été multiplié par dix du jour au lendemain (en partant de très bas: 70 visites lundi) raconte le journaliste.
Ralenti
"En moins de 24 heures, Arnaud Jeulin a réussi une belle étude de cas de la rumeur sur le Web" poursuit le journaliste qui cite ensuite l'auteur du canular : "J'ai pris soin de bien présenter ça comme une information, et non comme une rumeur, en employant la forme informative."
Freeze frame
"présenter ça comme une information"
Blow up
"information"
Rewind
"une belle étude de cas de la rumeur sur le Web"
Insérez surtitre
"intoxiquer le web, un jeu d'enfant"

Et coupez! C'est la bonne!

Analyse
Trois constats sur ce non-évènement.

1. Un journaliste se distingue d'un blogueur par sa méthode de validation des informations. Une information transmise par un journaliste est une information validée. Pas dans la blogosphère. Et il ne manque jamais le coup de le signaler (d'où le titre "intoxiquer le web, un jeu d'enfant"). Mais pourtant, pas plus tard que le mois dernier, le même journal a signalé un cas similaire dans la presse qu'ils auraient pu tout aussi bien intituler : "intoxiquer la presse, un jeu d'enfant" (MàJ: référence à Alexis Debat, un "expert en questions de renseignements", qui a duper pendant de nombreuses années les médias). Le monopole de duperie est bien distribué, merci. Et beaucoup de blogueurs ont souligné leur doute en qualifiant l'info de "rumeurs" (voir techcrunch).

2. Dans le monde en réseau où la sphère publique possède sur Internet un lieu ouvert et accessible à tous pour accéder aux sources, on s'attend du journaliste qu'il soit un filtreur de "sens", un "débroussailleur" de "mèmes", un pourfendeur de "rumeurs", un enquêteur de nos questions qui circulent sur le réseau. Le titreur de l'article de Rue89 ne semble pas le comprendre: on n'intoxique pas le web; le web contient déjà tout et son contraire. D'ailleurs, les démentis sont apparus sur les billets qui se sont fait avoir, le viral fonctionnant aussi dans les deux sens. Le web s'auto-corrige et les traces sont visibles.

3. La fonction d'un seul blogueur n'est pas nécessairement de valider une information, mais aussi de la relayer, qu'elle soit vraie ou fausse, bien qu'il faille faire l'effort de se penser comme un filtre et non comme un relais. Par contre la fonction de la blogosphère, l'ensemble de tous les blogueurs, c'est de valider l'information a posteriori. On peut dire que c'est une logique "post then process". La blogosphère est une entreprise collective de millions de rédacteurs, de reporters, de réviseurs qui travaillent bénévolement. Une nouvelle écologie de l'information se met en place. La juger avec les vieux barèmes ne sert à rien.

Sequel
Le marketing viral par l’exemple. L'exercice de viral appliqué, expliqué par l'auteur du canular. Une bonne leçon.
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J'ai beaucoup écrit sur le sujet en 2005
La blogosphère et les médias (2005)
Internet est un amplificateur de phénomène (2005)
Il faut le downloader pour le croire (2006)
Bloggeurs, journalistes, même combat (2006)
Déformation blogo-professionnelle (2005)
Développement du savoir profane (2005)
La société des chroniqueurs (2005)
10 facteurs de crédibilité pour votre site web (2005)
Croire/berner (2005)
Le problème du filtrage de l'information sur Internet (2005)
Qui croire quand informations et connaissances circulent librement ? (2005)
et récemment
Verifiez vos sources (2007)
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Comprendre les signets collectifs

Si votre mère comprend l'anglais, elle va (enfin!) comprendre ce qu'est le "social bookmarking": les signets collectifs et l'effet réseau. (via Mitch Joel)

Social bookmarking in plain english

Et si elle ne comprend pas l'anglais, il y a les sous-titres! Version sous-titrée (via Guitef)

Source d'influence numero 1 : les blogs

Quand il s'agit de passer un message viral B2C ou B2B, la blogosphère est en première ligne. eMarketers montre, chiffre à l'appui, qu'utiliser les blogues comme courroie de transmission est la meilleure tactique. (via Yannick Manuri)

Ceci dit, il s'agit de voir comment intéresser les blogueurs à transmettre votre message. On n'attrape pas des mouches avec du vinaigre.

Tout cela pourrait engendrer une lassitude si nous croyons que les blogueurs se laissent influencer facilement. Une évolution nouvelle peut être pensée et transformer notre manière de communiquer. La culture des blogues, tôt ou tard, devra être suivi même dans les agences (relisez le Manifeste des Évidences de Cluetrain).

La blogosphère peut permettre ce renouveau, en autant que chacun se pense non pas comme un relais mais bien comme un filtre.
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Carton rouge

La mise hors ligne précipitée cette semaine de ConstellationW par son géniteur a provoqué bien quelques hauts commentaires d'indignation. Je persiste et siffle : carton rouge!

Zinédine Cartier à quelques minutes de la fin du match de la Coupe de la Retraite assène un coup de boule à ConstellationW Materazzi. En mettant ainsi le site K.O., il quitte le match sur une faute.

N'interprétez pas ça comme un (arrière-)parricide, car je me pose, ici, tout de même, en arbitre. D'aucuns peuvent me reprocher ma rude franchise de refuser que l'on puisse qualifier ConstellationW d'insuccès : ce mauvais diagnostic jette le bébé avec l'eau du bain. Comme le dit Olivier Zara "[m]obiliser l'intelligence collective en face à face, en virtuel, en RSS est toujours un défi quels que soient les outils, les méthodes,..." (source)

Scoop
Mais il faut savoir ici que cette saga se termine par le scoop de Michel Dumais, qui n'oublie jamais qu'il est un journaliste avant tout : Michel Cartier prend sa retraite complète et a quitté définitivement le monde du multimédia qu'il a suivi depuis des décennies.

"Michel Cartier nous a laissé un héritage considérable, malgré des erreurs qu’il est, soit dit en passant, le premier à reconnaître. Maintenant à nous de s’emparer de ce qu’il nous a donné. Le message que Cartier nous envoie n’est pas celui d’un homme aigri, en colère. Orgueilleux selon certains? Non, au contraire, jamais je n’ai vu “pépère” aussi heureux d’une décision." (source Michel Dumais)

"Maintenant à nous de s’emparer de ce qu’il nous a donné." Difficile quand le site n'est plus accessible. Il va à l'encontre de la pérennité de l'information qui fait la force du web.

Sortie de piste
On peut penser que j'ai été intransigeant pour dénoncer le geste de l'homme qui mérite tout notre respect. Je vais le répéter ici, une troisième fois : son héritage, l'industrie complète du multimédia québécois doit le reconnaître, consiste en une carrière de théoricien qui a su galvaniser des hordes successives d'étudiant(e)s dans les 3 dernières décennies à entrer dans le champ des communications et de ce qui ne s'appelait pas encore le multimédia.

Si l'atteinte des objectifs derrière l'ultime projet de M. Cartier n'a pas été réalisée, son projet, son dernier héritage, n'est pas un 'insuccès" pour autant. Son site, auquel plusieurs ont collaboré, a une grande valeur. L'accès à ces "papiers de recherche" (à défaut d'être une oeuvre achevée) peut être considéré, s'il le désire, comme un bien commun de la Cybérie qui inspirera les générations futures.

Ceci dit, chapeau bas, toute mon admiration à celui qui quitte la scène.

Je termine sur une anecdote
Dans les années 80, il avait développé une grille dans laquelle il avait placé toutes les formes de communication sur deux axes : l'axe de vitesse de propagation et l'axe de la quantité de gens rejoint. Par exemple, le cinéma propose des messages qui mettent beaucoup de temps à produire et à distribuer, mais rejoint une très grande quantité de gens. À l'opposée, la parole est quasi instantanée, mais rejoint peu de gens. La radio un peu plus et ainsi de suite.

Tous les médias connus à l'époque couvaient entièrement sa grille. À l'exception d'une zone à peu près au centre, un gros trou dans lequel il avait mis un point d'interrogation.

Une décennie plus tard, je retombe sur le même tableau, qu'il avait remis à jour. Le point d'interrogation avait disparu et, à la place, trône maintenant ce qui fait vivre aujourd'hui la quasi-majorité de ceux que je côtoie quotidiennement ou qui lisent ces lignes : Internet.

Erreur de diagnostic

On peut comprendre l'amertume de M. Cartier, mais il est regrettable qu'il ait fermé le site ConstellationW. Car c'est une erreur.

Il aurait souhaité, selon son courriel, offrir un héritage aux générations futures. Et avec tous le respect qu'on lui doit, nous pouvons croire qu'il l'a déjà fait avec une carrière plus que remplie et même si ConstellationW n'était pas à la hauteur de ses attentes, il était un jalon, à sa façon, sur le chemin de la connaissance.

Mais en le retirant, il rend caduque à la fois son projet et son héritage et confirme doublement qu'il tire sa déception d'être confronté à une façon de faire dans le monde numérique qui le dépasse.

Retirer les archives (ce qu'il avait fait déjà pour la première mouture de ConstallationW) indique une incompréhension patente des modalités de transfert et de filtrage de l'information sur Internet. Confirmé en cela, dès le départ, par l'absence de fils web, de commentaires et autres piliers d'une bonne architecture de participation (qui soit dit en passant n'est pas facile à mettre en place)

Qu'il en ait tiré une frustration administrée par des statistiques anémiques n'est pas une surprise. Mais la faute repose sur une incapacité technique ou culturelle de s'adapter. Je préfère le penser à la façon d'Hervé Fisher.
"Le web n'est pas aussi intégrateur, que l'aurait sans doute voulu le projet de Michel Cartier, qui souhaitait nous réunir sur un même terrain de jeu, mais il n'en demeure pas moins que nous sommes tous de plus en plus connectés au web. L'internet est un véritable cordon ombilical numérique qui s'ajoute stratégiquement aux autres médias et aux livres pour nourrir nos réflexions. Mais il n'est pas requis de fédérer la pensée pour la faire avancer." (source L'Observatoire International du Numérique)
Il y a effectivement une énorme différence de vouloir fédérer et faire l'agrégation.

Cela dit, je répète que je crois pas du tout que ConstellationW était un insuccès, au contraire. Mais il faut croire que ce geste vient de créer une prophétie autorévélatrice... Triste sortie.

ConstellationW : un insucces

Je vous montre la lettre et j'y réponds en dessous. On ne le fera pas à la twitter. Débranchez votre téléphone, cherchez du café et allumez-vous une cigarette.

Tiré de la newsletter du site de ConstellationW, (un hub interactif, un réseau international et un modèle conceptuel de la société du savoir, celle du XXIe siècle) dont j'avais parlé
lors de son lancement il y un peu plus d'un an.

Après dix-huit mois d’existence, le temps est venu d’évaluer l’aventure que nous vous avons proposées à la fois comme site Web, comme outils (newsletter, webographie et commentaires) et comme réseau de participation.

L’aspect visuel : un succès
Nous avons expérimenté avec succès des recherches d’écritures médiatiques : un code iconique, une utilisation intégrée de deux cents schémas (originaux et fournis par différents auteurs) et une rédaction de textes courts. Les hypothèses se sont concrétisées et une nouvelle phase aurait pu être entreprise dans ce secteur qui deviendra de plus en plus important au fur et a mesure que de nouvelles clientèles se joindront à Internet.

Au niveau des idées : un insuccès
ConstellationW a proposé un modèle d’analyse d’une société à trois pôles ainsi que diverses hypothèses d’exploration. Mais aucune de ces idées ne fut empruntées par d’autres groupes. On dit que les idées gouvernent le monde, mais à la condition qu’elles soient partagées. Dans le cas de ConstellationW, ce ne fut pas le cas.

L’aspect participation : un échec
Sur papier, la liste des auteurs, collaborateurs et groupes mailleurs dans notre monde francophone était impressionnante (plus d’une cinquantaine de personnalités). Le noyau de départ était de qualité.

- Première constatation : des intelligences isolées
Mais voilà, chaque personne concernée n’a pas eu le temps de participer (tout le monde se plaint de recevoir 100 courriels par jour). Une chanson dit Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir. Le problème ne vient pas du nombre de visiteurs du site ; il vient du fait que nous voulions développer un outil de collaboration et de participation, hors à peine seize collaborateurs sur plus de cinquante ont vraiment participé. En fait, nous avons assisté à un feu d’artifice d’intelligence isolées mais peu portées vers des efforts collectifs.

- Deuxième constatation : le brouhaha du Web
Actuellement, tous les internautes désirent exprimer leurs opinions (blogues, wiki, etc.) mais peu lisent ou écoutent les autres. Le Web, où des millions d’informations non validées circulent dans le plus grand désordre, devient cacophonique. Cette cacophonie d’un Web encore adolescent est imposée actuellement par la quantité qui l’emporte sur la qualité (un internaute devient important parce que des milliers de personnes lisent son texte et non à cause de la pertinence de ce texte). Cette cacophonie actuelle empêche la création de synthèses collectives face aux exigence d’un changement profond, d’un renouveau démocratique et d’un new deal socioéconomique. Nous allons payer cher notre incapacité actuelle a lire les signaux qui s’accumulent depuis cinq ou dix ans.

Aujourd’hui, plusieurs individus lancent des opérations de veille portant sur l’évolution de notre société, ce qui est louable, mais elles sont sans modèle et sans liens avec les autres, ce qui empêche un mouvement d’émerger.

- Troisième constatation : la francophonie ne fonctionne pas
L’idée de réunir des francophones des deux côtés de l’Atlantique n’a pas fonctionné malgré quelques « irréductibles Gaulois ». Parce qu’en général les Français se replient constamment sur l’analyse de leurs défis franco-français, ils confondent francophonie et francocentrisme (voir l’analyse d’Abdou Diouf, Le Monde, 20 mars 2007). Cet isolement fait, qu’après plus de vingt ans, la francophonie demeure encore une utopie ; ce qui coûtera très cher à la langue française et aux Français. Une approche France-Québec (combinant analyses sociétale et analyses technologiques) aurait apporté beaucoup face au défi du modèle unique imposé par la mondialisation.

Et maintenant ?

À cause de cette absence de participation, chacun d’entre nous demeurera isolé. Pourtant, seulement la voix de groupes organisés aurait pu tenir en respect les forces du marché qui essaient de contrôler notre société.

Alors qu’Internet devient la scène où se prépare l’avenir (parce que c’est l’espace où les symboles et leurs sens sont échangés partout sur la planète) il n’y aura pas d’approche francophone capable de contribuer différemment aux discussions qui s’amorcent.

Nous allons vivre dans un monde où l’on ne pourra même pas se mettre d’accord sur le diagnostic d’un problème. D’ici quatre ou cinq ans, devant l’ensemble des crises qui s’amoncèleront, on s’apercevra que nous devrons changer le modèle de notre société et acquérir de nouveaux outils capables de gérer la nouvelle complexité postindustrielle, objectifs de ConstellationW.

Alors, les générations montantes tenteront de refaire le monde en ignorant que d’autres avant eux avaient oeuvré dans ce sens. Ils recommenceront encore une fois à zéro. Il ne reste que la honte de partir sans laisser d’héritage à ces prochaines générations.

La dernière phrase est bien navrante, car Michel Cartier (l'expéditeur de la lettre) est considéré comme le grand-père du multimédia au Québec. Je ne crois pas qu'il doit "avoir honte à partir sans laisser d'héritage". Dans son cas, ce n'est peut-être pas l'héritage qu'il veut laisser, mais il en a laissé un tout de même.

Je crois que de tout temps les générations postérieures ont toujours décidé par eux même de choisir ou non leurs héritages des générations antérieures. Croire que l'on peut figer à jamais des solutions c'est croire que l'expérience peut se transmettre.

Il est malheureux d'en arriver à ce constat d'échec. Je ne suis pas d'accord dans un certain sens : le hub n'est pas fonctionnel, mais le modèle Internet n'est pas à défaut (quoiqu'il n'est pas tout à fait en place). Les idées sont partagées quotidiennement, de façon informelle et non structurée. Toutes les personnes qui n'ont pas "participé à ConstellationW" ont été des vecteurs de propagation de connaissance et de savoir. Il faut voir la liste des participants pour comprendre qu'ils n'ont jamais cessé d'être inactifs individuellement et pour leur communauté proche. Ces échanges ne se sont simplement pas matérialisés sur le hub.

Il est malheureux, oui, d'en arriver à ce constat, car, l'insuccès de ConstellationW est aussi dû à une tentative, pour paraphrasé le communiqué, "de refaire le monde numérique en ignorant que d’autres avant eux avaient oeuvré dans ce sens.":

Le problème de participation en ligne suit une courbe de vie qui a été observée depuis le début des premières communautés. Il y a certaines solutions pour y remédier, mais il est rarement réglé avec de la bonne volonté seule. On oublie, aussi, souvent que les groupes et les associations "hors ligne " ont aussi des courbes de vie et que si jamais ils possèdent une durée exceptionnelle c'est qu'il s'est métamorphosé de l'intérieure. La France éternelle a 40 ans. Avant mai 68, c'est le Déluge (changer 68 par 45 ou 14, c'est la même chose). Le parti Travailliste britannique n'a que le nom qui se perpétue. L'Écosse veut se séparer sur des bases qui ne sont plus les mêmes qu'au départ. La Chrétienneté et le monde musulman ont tellement changé depuis leur fondation qu'il est difficile de comprendre ce que veut dire "revenir à la tradition". Les caractères chinois sont restés les "mêmes" en 5000 ans, mais en changeant de forme et de prononciation. Qu'est donc cette équivalence entre les corps sociaux dont tous les membres ont été renouvelés? Suis-je le même, moi dont toutes les cellules se sont renouvelées depuis la naissance, dont toutes les idées se sont métamorphosées? quand est-il donc d'un groupe? Le problème des groupes virtuels c'est qu'ils habitent une adresse fixe (url), figée et univoque, alors qu'ils sont naturellement en mouvance et ambivalents. Le langage humain permet ce floue artistique que le langage informatique ne peut digérer.

Oui, il est malheureux de faire constat, car il existe des explications qui sont à la fois techniques et humaines. Technique, car l'indexation, l'optimisation du site auraient pu rendre plus visible le site (ce qui aurait diffuser l'information); des outils de mise en contrôle par le visiteur auraient permis son implication; un rayonnement web est aussi techniquement nécessaire pour attirer ces regards qui sont le salaire des idéateurs. Bâtir l'audience, séduire des collaborateurs (on n’attire pas des mouches avec du vinaigre), c'est aussi de la technique. On ne déclare pas un insuccès par qu'il n'y a pas a manqué d'audience, c'est parce qu'il n'y a pas d'audience qu'il ne peut y avoir de succès.

Oui, il est vrai, qu'il y a morcellement du groupe. Mais seulement en apparence. il se forme ailleurs, autrement, informel, non structuré, atomisé, fluide et se mutant sous des formes que l'on ne perçoit pas encore comme des formes. ConstellationW n'est pas un insuccès. Il n'est que le jalon d'une longue marche vers un monde totalement inconnu.

Second Life, la métaphore du bar "in"

On me demande souvent ce que je pense de Second Life. Il faut distinguer deux choses. L'approche métaphorique et le lieu lui-même.

L'approche métaphorique de l'interface
Quoiqu’épatante, elle n'est pas en soi une nouveauté récente (les consoles vidéos ont pavé la voie), mais elle a le mérite d'être "intuitive" : un espace visuel en 3 dimensions (4 si on inclut le temps) pour accéder à l'information. Yahoo en VRML, et les MUD/MOO vous vous rappelez il y a 10 ans? Les machines et la bande passante aujourd'hui sont plus robustes pour permettre la rencontre des deux.

Comme toute métaphore, elle permet de mettre l'emphase sur certains éléments tout en réduisant d'autres aspects. Pour des interactions relationnelles elle surpasse une page web, pour ce qui est de transmettre des connaissances, par contre, elle manque de flexibilité. En fait, tout dépend de l'usage que l'on veut en faire, si on tient à juger de la pertinence ou non de la métaphore.

La location, la location, la location
Mais pourquoi cet engouement pour Second Life? (elle n'est pas la seule: Entropia Univers, There, Habbo Hotel, Cyworld). Voilà ce qui tient au lieu lui-même. La meilleure explication que je peux donner c'est que Second Life est comme _le_ bar en ville, le Studio 54 du mois, la saveur à la mode. C'est un bar, une discothèque, un salon où, par un effet d'entraînement social, tout le monde veut y être en même temps, pour voir et se faire voir.

Retenons ceci: c'est la place à être. Pour être vu. Point. Demain, il y aura un autre bar, discothèque, salon en ville qui aura la cote et tous changeront de place. Mais pour l'instant --combien de temps?-- c'est encore l'endroit où être. Certains ne s'y sont pas trompés (voir ML+SL), même si on sait que, éventuellement, la foule tue la foule. D'autres fuiront ces puériles mondanités.

Pas vu, pas linké
Pourquoi s'en préoccuper? Si vous ne buvez pas de bière et n'aimez pas sortir, peu vous en chaut que ce soit le bar in en ville. Mais si vous cherchez à rejoindre un public, à vous faire voir, entendre, connaître, il importe de savoir quelles sont les actions à faire pour faire parler de vous. Une tactique de relation publique de plus, quoi.

En ce sens, Second Life est populaire principalement pour le lieu lui-même, et relativement moins pour la métaphore (relativement dans le sens que nous sortons dans un endroit in moins pour son décor que pour la foule --même si à un moment donné le décor a joué un rôle dans le succès de l'endroit). Mais il n'est pas le seul lieu.

I was here
J'en tiens pour preuve les élections primaires américaines qui se tiendront sur mySpace, autre haut lieu en ville, en janvier 2008. Des élections symboliques, bien entendu. Mais vous pouvez être sûr que les candidats, et les médias, vont tendre l'oreille.

"Si on peut avoir des doutes sur le vote électronique, une telle masse de gens peut aider à dégager des tendances. Et même si on doit discuter de la validité de l’entreprise, il y a gros à parier qu’elle fera l’objet d’une énorme couverture médiatique… et donc qu’elle comptera."(Pisani)

Tout le monde virtuel en parle
On pourrait penser que des lieux plus stricts au niveau de l'enregistrement -et pouvant localiser l'usager- serait plus approprié pour tenir des "élections représentatives" (on pense à FaceBook qui demande un courriel valide associé à une université). Mais pourquoi MySpace alors? Ici, voyez-vous, même si la bière n'est pas bonne, la foule est agréable ;-)