ZEROSECONDE.COM: Mashup (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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TimesPeople (NYTimes)

Le New York Times a lancé mercredi un site de socialisation, «TimesPeople», qui permet à ses lecteurs en ligne de se connecter entre eux. (Technaute) Via Phil

«Ce n'est pas un site de socialisation comme Facebook ou Myspace : vous n'aurez pas d'amis Times, et il ne vous proposera pas de rencontres. À la place, vous assemblerez un réseau de lecteurs du Times» avec qui «partager des choses intéressantes» vues sur www.nytimes.com, écrit le journal sur son site. (Traduction de Technaute)

C'est actuellement une extension Firefox (Add-ons), mais le service sera intégré à même le site plus tard cette année.

Les amis de mon journal sont mes amis
Cette approche "média social" représente une tendance de fond, comme je le mentionnais plus tôt ce mois-ci.

Faites confiance à votre audience. Laissez vos lecteurs qui ont des choses en commun se "rencontrer" mutuellement: le premier point en commun qu'ils ont est l'intérêt qu'il porte à votre site.

Laissez-les s'encourager à rester sur votre site...

MetaUnivers : Second life en pole position

Second Life en sursis? Oh que non! Fred Cavazza revient sur sa nécrologie : Second Life a une longue vie devant elle. C'est un univers, un nouveau média, à très fort potentiel. Qui a des ramifications au-delà de ce que vous pouvez imaginer.

Même si Second Life ne représente pas la panacée et que plusieurs plaies l'handicapent, "faut-il l’abandonner pour autant et reporter [s]es budgets sur d’autres univers ?" demande Fred. Non dit-il.

Et c'est Michel Leblanc qui sera content d'avoir gagné son bras de fer ;-)

Le lab du next next
Second Life représente actuellement une vitrine incontournable. La meilleure explication que je peux donner c'est que Second Life est comme "le" bar in en ville.

Mais il faut croire que c'est un peu plus que la saveur du mois, ça devient un véritable Studio 54!
"Second Life occupe encore le devant la scène. Les annonceurs sont toujours plus nombreux et surtout l’industrie pornographique y investit massivement. Ça vous fait sourire ? Vous ne devriez pas car cette industrie est de loin la plus compétitive et la plus visionnaire : ils étaient les premiers à croire au VHS, au Minitel, à l’internet, au DVD… S’ils s’y intéressent alors c’est très bon signe car jusqu’à preuve du contraire l’industrie pornographique ne s’est jamais trompée"
(source S’il ne doit en rester qu’un, ça sera Second Life (ou pas !) de Fred Cavazza )

Télescopage en vue
Mais l'aspect "jeu" de Second Life cache en fait le prototype d'un metaUnivers. Un concept fascinant. Et que Second Life réussisse ou s'écroule ne change rien à la montée de ce concept.
“Que se produit-il quand les jeux vidéo rencontrent le Web 2.0 ? Quand les mondes virtuels se télescopent avec les cartes de la planète ? Que se passe-t-il quand les simulations deviennent vraies et que la vie et le business deviennent virtuels ? Quand vous utilisez des cartes de la terre en ligne pour manipuler physiquement la Terre ? Quand votre avatar devient l’agent qui vous représente partout, même dans la vraie vie ?… Ce qui arrive s’appelle le MetaUnivers (Metaverse).”
(tiré de la Feuille de route vers le MetaUnivers (.pdf) via Hubert Guillaud d'InternetActu)
Le télescopage entre la vraie vie et le virtuel s'effectue rapidement. Dans la réalité de tous les jours, l'information est plutôt statique, lourde à déplacer. Comme tout objet physique. En permettant le passage de l'information via le réseau, il est possible de faire communiquer des objets, des gestes, des états. Internet sert alors de gigantesque système nerveux pour ces objets et ces êtres "branchés".

J'ai souligné dans ce blogue certaines anecdotes qui montraient l'arrivée de ce télescopage: le réseau roulant, les plantes communicantes, Google Earth comme plateforme commerciale, bref "tout connecter" comme le disait Kaplan.

La vie en TCP/IP
Mais voilà, c'est bien beau la théorie, comment ça se déroule sur le terrain actuellement?

Voici 4 modèles qui synthétisent l'avancement vers ce métaUnivers.
  • Les mondes virtuels (type Second Life ou WoW), qui postule que d’ici 20 ans ces univers seront devenus les outils primaires de notre interaction ;
  • Les mondes miroirs (type Google Earth ou Google Map), c’est-à-dire des représentations exactes de notre monde qui seraient le reflet du monde physique augmenté d’information ;
  • La réalité augmentée, c’est-à-dire notre perception du monde physique sur lequel se superpose des informations contextualisées et dynamiques ;
  • Le Lifelogging ou notre intimité augmentée d’information : ce sont là nos objets et nos actions qui sont enregistrés, disponibles et qu’on peut analyser et monitorer à distance.
Tiré de Second Earth : la feuille de route vers le MetaUnivers d'Hubert Guillaud d'InternetActu)
Comprenez bien, ici, que derrière la course au web 2.0, que plusieurs prennent au premier degré et en font leurs objectfs, que ce n'est qu'une tactique pour se rendre au vrai next web, qui ne s'appellera même pas "web".

Les ombres de la caverne de Platon
Ce qu'il faut voir, ici, c'est que les vrais enjeux sont l'interconnexion des êtres avec leurs informations et leurs objets (ou même des objets entre eux). Derrière un facebook, ou Myspace c'est la course à l'identité numérique qui se trame. Est-ce que Espace Canoe ou Skyblog le sait?

Si votre compagnie voit dans Netvibes un modèle à copier, et que vous engagez des programmeurs Ajax, vous allez vous retrouver qu'avec l'ombre de la proie. Netvibes n'est pas une page avec des cases qui bougent. C'est la console de surveillance de votre présence numérique.

Le User Generated Content n'est pas un objectif, c'est une tactique pour fidéliser (capturer?) la clientèle. Faites en sorte qu'ils "investissent" dans votre produit. Il est plus difficile ensuite pour eux de quitter. Comment? En ajoutant des outils de plus en plus enveloppant : allez le chercher dans leur vie réelle même, interconnectez leurs objets, leurs états, leur passé, etc.

Mais ça, peu de compagnies ici ont cette vision...
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Harnachez l’intelligence collective

On imagine souvent que l'intelligence collective est un monstrueux Einstein à mille têtes ou un piteux magmas de pensées divergentes, utile seulement pour résoudre des équations de Lorenz. Pourtant, on trouve de l'intelligence collective dans un ensemble de petits gestes innocents et qui donnent pourtant des insights très intéressants.

(je poursuis ici une série de billets suite à ma conférence donnée au Webcom2007 intitulé Exploiter les outils web 2.0 à votre avantage)


Anti-sèche #3
Voici une autre de mes "cheat sheets" pour repenser votre site en utilisant l'intelligence collective de façon toute simple.

L'intelligence collective, version nano
En évitant de voir l'intelligence collective seulement comme un secteur de la gestion des savoirs (KM) et en en conservant seulement une définition étroite, axée sur les gestes des usagers, vous vous permettez, de façon simple, d'accéder, via des inférences, à une connaissance de votre auditoire.

Cette intelligence (avec un petit i) est la somme statistique d'une multitude de petites décisions que vos utilisateurs ont prises en entrant, en naviguant et en sortant de votre site. On peut voir une forme d'intelligence dans le comportement des utilisateurs : le choix des mots-clefs pour entrer dans votre site; les pages visitées (ou non visitées) ; une séquence de clics particulière; le temps pour emplir un formulaire; l'heure à laquelle ils accèdent votre site; tous ces petits comportements décrivent un ensemble de patterns qui font émerger un ou des portraits types.

Amplifiez le signal
Ensuite, faites une boucle de rétroaction : redonner ces données aux utilisateurs. Par exemple, indiquez les sections les plus visitées, les plus appréciées (si vous avez un système de vote), les plus liées (via technorati, Google blog search ou del.icio.us). Mixez et remixez ainsi les informations obtenues pour créer du sens, une intelligence.

Votre banque de données s'enrichit au fur et à mesure que le temps passe, créant une richesse unique et exploitable qui peut servir en retour pour améliorer vos services.

lntelligence statistique
C'est offrant des choix qu'une certaine forme d'intelligence collective apparaît. Offrez la possibilité d'évaluer votre contenu (avec un système d'étoile par exemple) ou de le taguer, ou de le mettre en signet sur de nombreux systèmes sociaux. En offrant des chemins alternatifs pour se rendre à une information, vous offrez la possibilité qu'ils vous disent ce qu'ils préfèrent.

Flexibilité
Utilisez des outils "ouverts": si vous permettez le mashup de vos datas, il est possible que quelque chose d'imprévu émerge. Si vous avez un outil de sondage en ligne, pourquoi pas offrir la possibilité à l'usager de rédiger une question qui sera ajoutée? Mybloglog permet d'afficher la photo des abonnés au service, pouvez-vous y voir un intérêt si vous offrez un forum, une FAQ ou un blogue?

Il se peut que cette approche crée une nouvelle demande d'expertise. Vous aurez besoin, au choix, d'un sociologue, d'un statisticien, d'un anthropologue ou d'un animateur. Nous ne sommes plus dans la technologie, mais dans le web social...
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Technoratitechnorati tags: ,

Repensez-vous comme service

Les usagers cherchent à se faire servir. Repensez votre vitrine internet non pas comme un destination, une brochure ou un produit, mais comme un service. Par exemple, comprenez que votre visiteur n'est pas en train de naviguer votre site, mais d'utiliser vos services de documentation. Alors savez-vous comment améliorer ce service?

(je poursuis ici une série de billets suite à ma conférence donnée au Webcom2007 intitulé Exploiter les outils web 2.0 à votre avantage)


Anti-sèche #2
Utilisez cette"cheat sheet" lorsque vous cherchez à repenser votre site en grand...alors que vos moyens sont petits.

L'effet réseau
En bâtissant une architecture de participation (voir stratégie 1), vous captez la valeur ajoutée que vous procure le passage de l'usager sur votre site. Implicitement ou explicitement il laisse des traces. Permettez-lui, d'une façon ou d'une autre, d'ajouter du contenu à votre site: il sera plus prompt à revenir s'il y possède de l'information le concernant directement.

Here we are now, entertain us
C'est une faculté très humaine de vouloir (ou de se laisser) séduire. Me vous adressez pas seulement à la partie rationnelle de l'usager. Offrez un service "utilitaire", c'est bien, mais une touche de plaisir ne fait jamais de mal. Un vidéo, un jeu? Ou la météo locale, une webcam 24/7? Une trace de leur passage (mybloglog)? Parfois un simple détail original fera en sorte que votre site se répandra.

Site en (perpétuel) construction
Commencez tôt, sortez sur le marché, n'attendez pas que tous les features soient prêts.Vous ne savez pas quelles fonctions marcheront le plus. Commencez petit, alors. Et grossissez ensuite. Faites attention à la 'scalability' : que se passe-t-il quand le trafic du site décuplera? Devez-vous revoir toute l'architecture ou seulement changer des serveurs?

Service avant vente
Pensez abonnement. Quels sont le ou les services que votre site peut rendre? Est-il unique? Développez un API pour qu'ils puissent être utilisés à l'extérieur de votre site. Demandez-vous comment vous pouvez simplifier une tâche à un usager. Ce n'est pas pcq nous dans un libre-service, qu'ils doivent se plier en quatre.
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Bâtissez une architecture de participation

Les usagers ajoutent de la valeur à votre site. Ne serait-ce que par un effet réseau par défaut : leurs déplacements, leurs hyperliens, les références qu'il laissent ailleurs. Inutile de se lancer immédiatement dans la construction d'un site géré par les utilisateurs (User-Generated Content), commencez par gérer le data généré par l'usage même de votre site.

(ce texte fait suite à ma conférence donnée au Webcom2007 intitulé Exploiter les outils web 2.0 à votre avantage)


Anti-sèche #1
Utilisez cette"cheat sheet" lorsque vous cherchez à repenser votre site en grand...alors que vos moyens sont petits.



Bâtissez une architecture de participation
En reconnaissant que l'usager est en contrôle, qu'il n'est pas obligé de faire ce qu'il fait, c'est à dire, venir visiter votre site ou lire votre contenu, bref qu'il est en mode libre-service, rappelez-vous que l'on n'attire pas les mouches avec du vinaigre. Un peu de miel alors?

Des nouveaux influenceurs
Nous sommes en face d'un phénomène où ce média de masse (par opposition à mass-média) appartient à ses utilisateurs. Le pouvoir de communiquer sur ce média n'est pas différent des autres médias ; une nouvelle catégorie d'influenceurs est apparue. Cherchez à connaître ceux de votre domaine. De la même façon dont les "RP" (relation publique) travaillent avec les influenceurs des médias traditionnels (et non contre eux), pensez à travailler avec ceux qui peuvent être des relais pour vous.

“Les marchés sont des conversations”
Les grands scandales financiers ont créé une vague de suspicion dans le grand public: comment faire confiance à ces entités inhumaines? Le retour vers la "conversation" veut dire que l'utilisateur tend à croire une personne en qui elle a confiance, avec qui elle peut avoir des conversations. Le web est un formidable média qui favorise ces échanges. Ce n'est pas seulement une bonne idée, c'est comme ça que ça fonctionne. Pour en savoir plus, lisez le manifeste des évidences.

Un site à valeur ajoutée
Il y a toujours moyen de faire en sorte que votre site puisse apporter plus que ce qui s'y trouve. Avez-vous déjà une petite communauté d'usagers qui reviennent souvent mais vous n'avez pas les moyens d'installer un forum? Intégrez MyBlogLog et rendez visibles leur visite: il y a de forte de chance que ces personnes aient des choses en commun. Vous aurez leur reconnaissance pour cette mise en contact. Ou intégrez ces petits tableaux de messages, pour qu'ils puissent lire des messages. On en trouve plein sur le web. Laissez-les facilement voter pour le contenu sur votre site (via Digg ou Nuouz). Favorisez le tagging et le bookmarking (del.icio.us). Rien ne vous oblige de partir en grand. Commencez par faire ces "mashups" à petite échelle.

Du data implicite ou explicite
Vous devez absolument prendre le contrôle de vos statistiques. Vous devez connaître d'où vos visiteurs arrivent, quels chemins ils parcourent sur le site et où ils abandonnent. Collectivement, ces visiteurs sont en train de vous donner de la valeur. Ils vous indiquent ce qu'ils aiment ou pas. Quels sont les mots employés dans l'engin de recherche? Où habitent-ils (si vous leur faites remplir un formulaire)? Quel est la grandeur de leur écran ou le type de logiciel de navigation (et comparez à la moyenne pour voir en quoi vous êtes différent). Offrez des minisondages. Vous serez surpris du nombre de gens qui seront prêts à répondre.

Votre architecture ne doit pas se faire contre le visiteur, mais avec lui. Réfléchissez sur la façon dont il peut "participer" avec vous.

Si ces ces idées vous allument, je ne saurais trop vous conseiller de commencer par lire O'Reilly et Gordon pour alimenter votre réflexion.
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Le harnachement de l'effet reseau cree de la valeur

"(...) there is a huge amount of power that belongs to people who have these massive databases in which the collective intelligence has been collected.“
Source: O'Reilly Radar

De la même façon que le hardware est devenu une commodité (la compétition est si forte que les marges de profit sont devenues très faibles), les logiciels vont suivre le même chemin (les logiciels ouverts pavent la voie à rendre les logiciels une commodité).

IBM, vieille mouture, la "harware" avait perdu devant la jeune Microsoft, la "software".

Google, aujourd'hui, ouvre une piste qui permettra à terme de classer la guerre des plateformes sous la rubrique histoire ancienne.

Follow the money
En regardant ce qui se passe dans le web 2.0, côté business, le plan d'affaires n'est plus nécessairement d'enfermer l'utilisateur dans un outil logiciel (la "transportabilité du contenu" est devenue une nécessité dans la plupart des domaines), mais d'offrir la liberté et l'ouverture.

Liberté de créer, mixer, remixer, diffuser. Le logiciel qui permet cette création est considéré comme une commodité. Avec quelle caméra avez-vous filmé? Sur quel logiciel avez-vous monté le clip? Peu importe. Par contre où l'avez-vous diffusé devient important.

The mankind behind the curtain
Les compagnies qui cherchent à faire de l'argent avec le web 2.0 ont compris où se trouvait la valeur. Dans des sites destinations, dans un premier temps, bien sûr. Mais pas nécessairement.

C'est dans un second temps, sous forme de bases de données, qui enregistrent les comportements des usagers, leurs choix, leurs clics dont le contenu s'enrichit au fur et à mesure que davantage de gens l'utilisent, créant lentement, mais inexorablement une connaissance unique et exclusive qui possède une valeur extraordinaire: améliorer en retour le service pour que plus de gens l'adoptent.

Milk the cow 2.0
Le harnachement de l'effet réseau crée de la valeur qu'il s'agit d"exploiter ensuite : explorer la base de données pour connaître encore davantage l'usager. Une connaissance exclusive que seules es compagnies connaissent. Une gigantesque machine à "autosondage" générant des statistiques comme les arbres génèrent des feuilles.

C'est ce que crée Google à chaque seconde, avec chaque recherche, visite, clic, posts que des millions d'usagers font.

S'il y a bien un métier d'avenir, c'est bien celui de statisticien.
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barcamp + video = vator.tv?

BarCamp? C'est le nom donné à ces "non-conférences". La devise? "Pas de spectateurs, seulement des participants".

C'est un rassemblement où des personnes décident de partager et d'apprendre via des discussions, des démonstrations et de l'interaction de la part des participants. (voir mon billet sur le sujet du BarCamp comme non-conférence).

Imaginez avec la vague des portails vidéos, que l'on puisse se faire un BarCamp, asynchrone, en différé, via des vidéos téléchargés sur un site, on aurait un Barcamp perpétuel.

C'est ce qu'est Vator.TV, un canal web où les entrepreneurs partagent leurs idées avec le reste du monde, via des vidéos.

Finalement, Vator.tv, c'est un BarCamp à distance, de portée mondiale. Ou on peut aussi dire, au contraire que le BarCamp est un Vator local sans écran interposé.

Vator propose finalement des "elevator pitch video", des partages entre entrepreneurs et des échanges d'idées. Avec possibilité de commenter et de voter.

Peut-être que Fred Ngo et Sylvain Carle, qui organisent le prochain BarCampMontreal, qui aura lieu samedi le 28 avril 2007 à la SAT, ne seraient pas d'accord de comparer les deux projets. Mais dans les deux cas, c'est une auberge espagnole, un endroit où l'on trouve ce qu'on y apporte.

Yahoo Pipes : l'aimant dans la botte de foin

Yahoo Pipes, sorti en Beta, me semble être un de ces outils majeurs qui donnent le ton aux changements en cours sur le web : "mash-up for the rest of us" (ou presque -- car il faut tout de même se gratter la tête).

Il permet de mixer et remixer des fils webs, des base de données et des résultats de recherche à volonté pour en sortir du nouveau data.

Éric, ResNumerica et Olivier donnent quelques bons exemples; pour une explication bien claire et en français dans le post, c'est sur le blogue de Toile-Filante que ça se passe.

Searchmastering
Ça me rappelle une idée que Sylvain et moi avions eu à l'été 2004, le moteur de croisement. C'était un moteur de recoupement de fils RSS pour créer un seul fil web à partir de comportements et de choix d'un groupe de relais. Une idée intéressante pour faire percoler de l'information de son propre cercle de connaissances. Je serai curieux de savoir si Yahoo Pipes pourrait arriver à faire ressortir de ma micro-blogosphère deux posts ou plus qui parlent du même sujet...

Ça me rappelle aussi un concept développé par Robin Good, le newssmastering. Je crois qu'effectivement, avec un tel outil, on pourrait voir apparaître des talents de searchmaster, des personnes qui se spécialisent dans le recoupement et la granularité des recherches pour faire percoler l'information voulue, un peu comme Éric Baillargeon le fait...

L'aiguille dans la botte de foin, nous allons peut-être la retrouver...

Les 6 cultures d'Internet

Il y a eu 5 grandes cultures qui ont façonné Internet depuis ses débuts : (1) les militaires, (2) l'élite technico-scientifique académique, (3) les programmeurs, (4) les communautés virtuelles et (5) les entrepreneurs. L'émergence de ce qui convient d'appeler le web 2.0 laisse une place à l'influence nouvelle d'une sixième vague: celle des "opérateurs de symboles".

cultures fractalesOn est en droit de dire que la mouvance en cours sur le web laisse émerger une culture qui semble redéfinir l'utilisation du réseau, d'où l'appellation web 2.0. Mais on pourrait tout aussi bien écrire Internet 6.0 puisqu'Internet n'a pas débuté avec l'avènement du web.

Cet Internet 6.0, ou, restons simple, ce web 2.0, offre, pour le meilleur et le pire, par sa simplicité d'utilisation et d'agrégation, une place accrue à une tranche de la population (en général très jeune) de diffuser, contrôler, créer, mixer et remixer du contenu sur Internet.

Ceux qui génèrent de l'information, de la connaissance ou de l'émotion sont des "opérateurs de symboles", ce que Robert Reich [#1] appelait en 1990 les "symbolic analysts", ces travailleurs de la connaissance qui créent une offre de contenu, qui en font une manutention ou qui se spécialisent dans leur réception ou leur repackaging.

Ces opérateurs manipulent les symboles sous toutes ses formes (écrit, visuel, audio) afin de générer du sens. Dans les médias traditionnels, on les appelait des journalistes, des réalisateurs, des dessinateurs, des speakerines, des orateurs, des chanteurs, etc. Ce sont aussi maintenant ces "multimédiateurs" qui font gonfler youtube de milliers de clips amateurs ou (semi) professionnels. Ce sont ces blogueurs, podcasteurs, taggeurs/folksonomiste, monteurs, animateurs 3D, scripteurs, diggers, etc qui viennent changer la donne dans le monde de la communication de masse.

Internet n'est pas une culture, mais un amalgame de plusieurs entrecroisements de cultures. Pour bien voir dans quel contexte le web 2.0 s'inscrit, rappelons-nous ces 5 premières cultures d'Internet et leur legs...

Le ground zero : les militaires
ARPAnet mapLa première culture, celle dont il ne reste presque plus de trace, mais qui explique la réticence de la Maison blanche à Washington à lâcher le contrôle de ICANN, c'est celle des militaires. Ils ont offert l'essence d'Internet : la décentralisation technologique. Leur besoin stratégique et leur subside ont fourni la première impulsion qui donna jour à ARPAnet.

C'est en vue d'une éventuelle et probable guerre nucléaire que le réseau s'est construit dans les années 60-70 de telle sorte qu'il pouvait s'écrouler en partie et toujours fonctionner: il n'y avait pas de centre. Voilà l'essentiel (et tout ce qui reste) de l'influence des militaires.

Mais ce point reste fondamental. Ce legs explique aujourd'hui pourquoi dans le débat en cours sur l'Internet à deux vitesses la résistance est si farouche sur Internet : tous les noeuds, toutes les routes, toutes les informations doivent rester égales, au nom de la décentralisation.

Les premiers dieux: l'élite technicienne et scientifique du milieu académique
Les fondateurs d'ArpanetLa seconde culture, c'est la culture techno-méritocratique, comme le nomme Manuel Castells [#2], celle qui provient de la sphère académique de l'enseignement supérieur et de la recherche. Par leurs applications technologiques, ils ont apporté ce désir de toujours innover qui donne aujourd'hui le vertige.

Ils ont surtout transmis la spécificité universitaire de la "communauté des compétents" que sont les pairs, où tous sont égaux. La reconnaissance des pairs est une autre valeur fondamentale de la communauté Internet. C'est un moteur de la dynamique culturelle sur Internet afin de créer de nouvelles autorités.

Et comme dans la tradition de la recherche universitaire, ils ont transmis la culture du partage et de la communication des découvertes technologiques sans jamais chercher à en tirer un avantage personnel. Les plus grands ambassadeurs de ce groupe sont Vint Cerf et Bob Kahn (créateurs du TCP/IP), Jon Postel (éditeur des RFC), Paul Mockapetris (créateur du DNS) et Tim Berners-Lee (créateur du WWW) . Aujourd'hui, ils sont surtout à l'oeuvre en arrière-fond dans les organismes comme le W3C, le IETF et la Internet Society.

La horde: les programmeurs sont dans la bergerie
la matriceProvenant du monde des micro-ordinateurs (par opposition aux gros et mini-ordinateurs), cette troisième vague, les programmeurs, appelés Hackers par Castells, ont investi Internet et submergé le précédent groupe, tout en adoptant (et en popularisant) la culture de méritocratie à grande échelle.

Leur valeur fondamentale est et reste la liberté. La liberté de créer, la liberté de s'approprier toute connaissance, de la remixer, de la diffuser sous toute forme et par tous les canaux. C'est la mouvance des logiciels libres. C'est aussi la coopération, ce qui est aujourd'hui appelé le "crowd sourcing". Ce sont eux qui réclament : "information wants to be free". Une phrase qui pourrait à certain égard représenter l'image de marque d'Internet.

La culture du don demande en retour la renommée immédiate des pairs, renforçant la culture de la communauté des pairs. Un hacker est reconnu comme tel par un autre hacker. Aujourd'hui, la définition d'un blogueur suit le même principe.

Parmi les figures les plus connues, citons Marc Andreessen (premier browser Internet : Mosaïc), Blake Ross (ultime browser internet: Firefox), Linus Torvalds (le système d'exploitation libre : Linux). Rappelons que le Darth Vader désigné de ce groupe n'est nul autre que Bill Gates, (Microsoft) puisqu'il a détourné à son profit et pour sa gloire personnelle des ressources créées en commun. Il n'a en fait qu'appliqué la logique d'une autre culture : le capitalisme.

Le peuple virtuel : les temps modems
La quatrième vague à prendre d'assauts Internet, avec une foule encore plus nombreuse que la précédente, nous vient du monde des BBS (les babillards électroniques). Ils ont envahi et perfectionné les forums de discussion, newsgroups et autre forme de tchatche de l'époque.

Ils ont adopté le principe de méritocratie et de liberté de l'information et ils l'ont appliqué dans leurs réseaux sociaux : ils sont les premiers à utiliser Internet comme outil pour modifier les rapports dans la société "réelle". La technologie pour la technologie? pas pour eux. L'outil servait à combler un besoin d'échange et de contact pour des fins personnelles ou communautaires.

On entrait dans ces communautés pour le contenu qu'elle nous apporte. La compétence technique n'était plus une barrière à l'entrée. Le WELL, FIDOnet et la (défunte) DDC (Amterdam's Digital City) en sont les premières émergences. La vague s'est poursuivie avec les Majordomos, Mud et les Moo, Palace, jusqu'au Yahoo Groups, et même Second Life aujourd'hui.

Ce qui a découlé de cette vague, c'est qu'il était possible d'utiliser Internet comme outil de communication horizontale (par opposition à la communication "sommet vers le bas" --top-down-- comme la télévision) tout en propageant une nouvelle forme de liberté de parole, basée sur la liberté individuelle de communiquer. Autrement dit, une culture d'autonomie de la communication par rapport aux institutions, diffusant l'individualisme réseauté comme forme de sociabilité acceptable, avec une invitation très claire que le combat n'est plus sur la rue ni contre les organisations, mais dans l'opinion publique. C'est à dire, influencer les esprits plutôt que prendre le pouvoir.

Web 1.0 : Grandeur et décadence des entrepreneurs
Cinquième grande culture, une explosion foudroyante dès l'ouverture des .com. Les entrepreneurs découvrent un territoire anarchique, riche en innovations, avec un potentiel infini et une communauté d'individus autopolicés, autonomes, assoiffés de nouveautés technologiques et sociales.

Souvent l'effort financier pour participer à l'aventure consistait à prendre une année sabbatique, travailler très fort et convaincre des capitalistes d'investir. Remplacer capitaliste par mécène et vous avez le portrait d'un artiste.

Ces entrepreneurs, d'une tout autre race que les programmeurs, parfois issus d'elle, mais plus souvent harnachant leurs savoirs, sont de véritables créateurs de mondes. Ils ont créé la bulle internet soit (en fait ce sont plutôt les capitalistes-corbeau qui ont irrationnellement perdu leur fromage aux mains des renards), mais ils ont réussi à faire entrer la finance et leurs dollars dans le monde virtuel. Ce qui faisait cruellement défaut depuis le début.

Internet est devenu ainsi du jour au lendemain un pilier essentiel dans nos vies. Ou plutôt, notre vie réelle a pu retrouver ses repaires dans un monde virtuel ainsi "monétarisé". Évidemment, l'annonce que le web ne serait qu'un vaste supermarché n'a pas fait de vieux os. Heureusement.

C'est ce que l'on peut appeler le web 1.0, un malheureux effet de diligence, une utilisation des nouveaux outils avec des protocoles anciens, qui a donné une culture entrepreneuriale et commerciale à une partie de l'Internet : c'est la culture du service pour répondre à un besoin du public. Elle poursuit son travail en fournissant de nouveaux services à la nouvelle culture dominante.

Le web 2.0 : la nouvelle culture Internet 6.0
Nous voilà arrivés à aujourd'hui. Depuis 2-3 ans au moins, il est clair qu'une nouvelle horde a envahi Internet. Celle qui a grandi avec le réseau. Mais aussi ces vieux qui étaient dans la communication hors ligne.

Internet est devenu, par cette suite de cultures en pelures d'oignon, grâce aux serveurs décentralisés (culture 1) , aux protocoles standardisés de communication (culture 2), aux codes libres et partagés (culture 3), à des communautés d'intérêts (culture 4) et un entreprenariat aisé (culture 5) qui a ouvert des sites gratuits pour offrir à tous et chacun, un lieu pour communiquer facilement et simplement par Internet (HotMail, Gmail, Blogger, Word press, Youtube, del.icio.us).

Cette horde n'est plus uniquement intéressée par la communauté de pratique et les groupes d'intérêt, mais par la diffusion de leur message, n'importe quel message, de un vers tous. Ces manipulateurs de symboles, écrits, sonores ou visuels, sont l'essence de la culture du web 2.0

On fait erreur à vouloir associer la vague du web 2.0 à une période temporelle ou à des outils. En acceptant l'approche qu'il existe des pelures d'oignon de culture sur Internet, on peut mieux comprendre par exemple que ce que l'on appelle web 2.0 a commencé bien avant l'an 2000 (wiki, blogue) et qu'aujourd'hui encore on voit apparaître des artefacts de la culture des programmeurs avec la montée des logiciels libres du pair-à-pair poste-à-poste (peer-to-peer), par exemple ou aux portails "user content-generated" géré par les entrepreneurs surfant sur la nouvelle vague.

Le web 2.0 est cette sixième culture d'Internet, une culture de diffusion pour la diffusion, mais basée sur les cultures précédentes : liberté d'expression et de partage des informations et du code, l'individualité en réseau, la reconnaissance des pairs et la méritocratie. Aujourd'hui, toutes ces cultures se côtoient.

La nouvelle culture et ses outils ne sont pas sans danger. Elle n'est pas non plus universelle, car seule une minorité sera toujours intéressée à communiquer. Mais elle est différente des précédentes et c'est elle, je crois, qui donne ce sentiment que nous passons à autre chose aujourd'hui, à une version 2.0 du web... ou à Internet 6.0.

(post-scriptum : Yulbiz.tv a un interview où je parle des 6 cultures)

--- Références ---

#1 Robert B. Reich, (site personnel, bio, blog) The Work of Nations, Preparing Ourselves for 21St-Century Capitalism, Knopf 1991.
pour la notion d'opérateur de symboles

#2 Manuel Castells, (bio) La galaxie Internet, Fayard 2002.
pour les cultures 2 à 5.

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