ZEROSECONDE.COM: Communauté (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Qu'est ce qu'une communauté en ligne

La notion de «communauté» qui semble être clairement au coeur du web et des contenus est en fait un terme un peu flou. 

Dans l'industrie du contenu, on est habitué à l'appeler audience.

Pour le grand public, on le mélange avec foule ou un groupe. 

Pourtant, une foule dans une gare n’est pas la même chose que la foule réunie à la SAT aujourd'hui pour participer à l'événement Communauté social et contenu média


Un groupe d’individus qui partage les mêmes intérêts sur un forum est-il la même chose qu’un groupe dans une liste d’envoi de courriels?

Les communautés en ligne peuvent être entendues au sens large comme des groupes qui, à un moment donné, ont un intérêt en commun et surtout qu’on peut rejoindre individuellement. C'est la différence avec l'audience, que l'on traite en terme statistique.

Effectivement, une communauté en ligne, ce n’est pas une audience anonyme, c’est un groupe que vous avez le potentiel de connaître et d’être en moyen de rentrer en relation avec chaque individu si vous le souhaitez.

Quand on parle de promotion de contenu avec les communautés, on parle en fait de bouche à oreille. Depuis la montée fulgurante des médias sociaux, il est possible pour tout producteur de contenu d’avoir des moyens de rejoindre son auditoire qui était autrefois réservé surtout aux diffuseurs.

D'où l'impératif absolu de se débarrasser des codes, conventions et habitudes héritées du marketing traditionnel quand il s'agit de communiquer avec votre communauté.

Post-Scriptum: La réflexion a commencé ici: Communautés sociales & contenu média

Communautés sociales & contenu média

J’aurai la chance d’animer les deux panels d’experts lors d’un événement du Regroupement des producteurs multimédia la semaine prochaine: «Communautés sociales & contenu média».

L’événement aura lieu à la SAT, endroit que j’adore. Les thèmes abordés sont aux confluents de deux domaines qui m’intéressent beaucoup (au moins depuis que j’ai fait ma maîtrise en communication multimédia il y a plusieurs années): la rencontre d’internet et de l’audiovisuel. 

Pour être plus précis, car les termes employés dans le paragraphe précédent sont devenus désuets, c’est la rencontre des communautés socionumérique et des contenus média. Ça été ma motivation première, croyant que cette convergence allait se produire quelque chose de nouveau et innovant. Ça tarde un peu, mais c'est dans la bonne direction.


Vous avez dit communauté?

La communauté en ligne, c’est l’incarnation du bouche à oreille. La notion de communauté, au sens large, doit inclure les conversations qui ont lieu hors de votre site web.

J’avais discuté avec un producteur l’an passé. Il cherchait à «ramener sa communauté» sur son site. Pourquoi? Parce qu’elle se trouvait dispersée sur d’autres forums que le sien, disait-il. Erreur. La gestion de communauté se passe aussi bien sur ces « forums externes », et peut-être mieux. La gestion de communauté se fait aussi ailleurs que sur son site.


Il y a une erreur d’interprétation quand on parle de «communautés» aux producteurs. Si vous devez faire un film d’horreur, pour prendre un exemple facile, il n’y a peut-être pas lieu de bâtir vous-même une communauté. Elle existe déjà sur des forums de discussion, comme celle qui entoure Patrick Sénécal par exemple. Il est plus facile de proposer votre contenu à une communauté existante que de la bâtir de toutes pièces. Durant la progression de votre projet, cette communauté est aussi la vôtre.

Deux approches seront discutées durant cette journée.

1) Communauté et promotion

Le premier panel (impact des communautés sur la promotion d’un contenu média) touchera sur la façon directe et indirecte que les communautés en ligne ont une influence sur le succès d’un oeuvre.

Entre autres, des études de cas seront présentées par Paul Allard de #engagementlabs autour de marques médias (émissions de télé, films, jeux vidéo).

Il peut sembler étrange dans un marché de l’audiovisuel subventionné comme le nôtre que les productions puissent avoir moindrement un souci de ce que des communautés en ligne pensent. Après tout, on pourrait penser que si on présente un projet de film sur mon nombril et qu’il est accepté par les instances de subventions et les télédiffuseurs, qu’a-t-on à cirer de ce que les gens sur Facebook pensent?


En fait, c’est avant l’acceptation d’un projet et à sa diffusion que le poids d’une communauté se fait sentir. Sans tomber dans le populisme, il y a probablement là une forme de légitimation (au moins partiel) d’un projet qui pourrait reposer sur le fait qu’une communauté en ligne manifeste son appui en amont. Si j’ai X milliers de fans qui s’intéressent à mon projet de film sur mon nombril, il y a là matière à regarder de plus près (tous les autres critères d’évaluation étant égales par ailleurs).

Il y a aussi à la diffusion où l’effet sur le public peut être mesuré finement, ou du moins quantitativement, et presque en temps réel sur les médias sociaux. Le brouhaha autour d’un mot-clic (#) n’est pas sans laisser impressionner. Nous verrons avec #engagementlabs le forces et les limites de ces conversations.

2) Communauté et financement

Le sociofinancement, popularisé par Kickstarter, est une façon encore plus concrète de mettre à contribution la communauté. C'est le thème du deuxième panel (Impact des communautés sur le financement d'un contenu média).

Sur place il y aura  Fabien Fournier et Anne-Laure Jarnet, producteurs et créateurs chez Olydri Studio qui nous parleront du financement participatif pour leur long métrage « Noob ».  Cette marque a levé 680 000€ sur Ulule, un record européen. (Alexandre Boucherot d'Ulule sera d’ailleurs aussi sur place pour la conférence d’introduction).


La principale erreur commise avec le sociofinancement. c’est d’ignorer que la communauté précède la demande de participation. On ne lance pas le projet de sociofinancement pour trouver ensuite une communauté qui serait prête à mettre la main à la poche. C’est l’inverse. C’est parce que vous avez une communauté que vous pouvez penser qu’elle peut mettre la main à la poche.

Promo pour les lecteurs de Zéro Seconde

Si ça vous tente, laissez-moi votre courriel dans les commentaires et je vous enverrai un code promo de 25% sur le prix d’entrée de l'événement (sur Eventbrite). Vous pouvez aussi m'écrire à martinlessard (à) gmail.com avec 'code promo' dans le titre.

Pour les autres, je vous tiens au courant sur ce blogue de mes discussions avec les intervenants dans les prochains jours, car je compte bien vous partager ce dont nous discuterons plus profondément sur les panels.

Pourquoi partage-t-on des informations aux autres ? [1]

Sur le web, on tombe toujours sur ces chemins de traverse. Ceux qui savent de quoi je parle comprennent très bien ce sentiment: en avançant sur un chemin que l'on trace, on voit s'ouvrir sur les côtés quantités d'autres voies. Une vie n'est pas suffisante pour tout explorer.

Au détour d'une conversation sur un billet , dans les conversations, je tombe sur une information qui m'amène sur un chemin de traverse.

(Pour la petite histoire, tout est parti d'un billet au thème polémique de Xavier de la Porte (Twitter, blogue), animateur de Place de la Toile, à France Culture, publié sur l'incontournable blogue de la FING, InternetActu, tenu par le vaillant Hubert Guillaud: voilà qu'Olivier Auber (Twitter, Site), chercheur indépendant de l'Université libre de Bruxelles, mentionne un de ses collègues avec qui il avait animé deux ateliers dans le cadre d'une série des séminaires conjoints du "Global Brain Intsitute" et de l' "Evolution, Complexity and Cognition group" de la Vrije Universiteit Brussel.)

Dans le cadre des commentaires du billet, qui portait sur la (non) présence des intellectuels critiques dans le numérique, Olivier Auber, donc, citait dans les commentaires Jean-Louis Dessalles, cogniticien spécialisé dans le langage à l’ENST (sa page au Telecom Paristech et une vidéo réalisée par UniverScience.TV sur YouTube) parce qu'il développait une “Théorie de la Simplicité” qui serait à même de nous éclairer sur les phénomènes à l’œuvre sur les réseaux.

Heureuse découverte

Heureuse découverte, oui, car je ne le connaissais pas et pourtant il me semble incontournable. Et hop me voilà engagé dans un chemin de traverse.

En fouillant un peu, on finit par tomber sur une vidéo sur Vimeo qui explique «pourquoi donner des informations aux autres ?», une présentation qu'il a faite il y a 2 ans et qui mérite vachement les 75 minutes d'attention ininterrompue que la vidéo demande.

«En 1978, John Krebs et Richard Dawkins, deux spécialistes des signaux dans le règne animal, ont énoncé ce que l'on peut voir comme la "malédiction" de la communication : si les intérêts de l'émetteur et du récepteur convergent, la communication sera utile, rare et secrète ; s'ils divergent, elle aura une forme publicitaire : pauvre, répétitive et publique.»

Donc, double paradoxe.

1: Si deux êtres ont tant intérêt à communiquer ensemble, leur sphère se referme et exclue les autres.

2: Si l'être A veut passer un message M à un autre être B, et que B ne tient pas à l'écouter, A se retrouve à insister lourdement, formater son message et M devient une pub.

Pourquoi alors sommes-nous là en train de communiquer et d'échanger ensemble de façon ouverte sur les blogues et les médias sociaux (le web en général, en fait)?

Modèle d'émergence de la communication 2.0

Ce long préambule aura probablement fait fuir ceux qui cherchent des réponses bien formatées (un message M qu'ils voudront répéter à B).

Sur le web, et les médias sociaux, la communication humaine semble faire exception au double paradoxe : elle est riche, abondante et ouverte. Le Cluetrain Manifesto ne dit pas autre chose (ce manifeste reste encore et toujours d'actualité; à relire).

Le modèle théorique de Jean-Louis Dessalles explique «comment une communication riche peut émerger entre agents égoïstes et rester stable». Il cite les «pratiques de communication 2.0 (Web, blogs, Twitter...)» comme un beau test à sa théorie.

Je vous laisse écouter (ça fait une 1 heure et quart, tout de même) et on s'en reparle dans le prochain billet.


Pourquoi donner des informations aux autres ? from Fondation Telecom on Vimeo.

[panel en direct] Les communications numériques: émancipation ou aliénation?


Je participe à un débat ce soir, organisé par l'Université du Québec à Montréal. Ce sera diffusé en direct sur le web ce soir 18h00 à 19h30 (lundi 18 février 2013)

Thème :Les communications numériques : émancipation ou aliénation ?

(Mise à jour du 11 mars 2013: Lien vers la vidéo intégrale en ligne)

C'est à la salle Salle DS-1950 pour ceux et celles qui ont pu réserver leur place, car c'est à guichet fermé depuis vendredi. La webdiffusion a justement été mise en place pour ouvrir le débat à tous.

Sur le panel, je serai avec: 

professeur à l’École des médias de l’UQAM et 
directeur du nouveau baccalauréat en communication, médias numériques

doctorant en informatique cognitive et 
chercheur en communication

Je suis heureux de croiser le fer avec des académiciens qui partagent la même passion que moi, la communication numérique.

La tyrannie du temps libre

Le tissu qui forme la masse des médias sociaux ne prend sa source qu'à un seul endroit: notre temps libre.

Pour la vaste majorité d'entre nous, les outils de réseautage en ligne ne sont utilisés que dans nos temps libres. 5 minutes, 15 minutes, 1 heure par jour? Parfois plus, parfois rien du tout.

Mais le maigre temps discrétionnaire, extirpé à grande peine de votre agenda surchargé, que vous tentez de consacrer à votre réseau en ligne, ne vous retournera jamais autre chose que ce constat impitoyable: celui du spectacle du temps libre de tous les autres.

Même si vous arriviez à prendre quatre heures par jour pour montrer que vous avez vous aussi du temps libre, votre réseau ne vous retournera que des pages et des pages de gens qui ont encore plus de temps libre que vous.

Tous ces films, livres, sorties que vous ne pouvez pas vous permettre, votre réseau, lui, se le permet. Toutes ces discussions, pensées, anecdotes que vous ne pouvez pas noter, votre réseau, lui, vous le balance en pleine face.

Le réseautage socio-numérique centre notre rapport au monde en nous plaçant tout au milieu. Mais si on n'y fait pas attention, il pourrait aussi complètement nous décentrer et donner l'impression au contraire de se retrouver tout en périphérie.
loisir
FOMO, Fear Of Missing Out, l'acronyme forgé pour exprimer cette angoisse générée par l'impression d'être toujours en train de manquer quelque chose, décrit bien le sentiment tyrannique de se retrouver sur la touche: le peur de manquer quelque chose.

Lorsqu' on prend conscience que les réseaux sociaux ne nous exposent que le temps libre de nos amis, on ne cède plus à cette angoisse du FOMO. Comment croire qu'on ne devrait pas être là où l'on est en ce moment. Cruel effet secondaire de la société des loisirs.

Une fonction des médias sociaux est de réintroduire du nouveau dans le système. Or ce média ne s'alimente qu'avec notre temps libre, libre des préoccupations de survie matérielle (manger, travailler, dormir).

Il est clair alors que si ce temps libre ne sert qu'à décrire notre temps libre, ou la façon de le combler, nous ne créons qu'une déformation ce qu'est le monde. Le FOMO vient alors hanter nos moindres mouvements.

Mais si le contenu de ce temps libre sert aussi à partager des stratégies de vie, à échanger comment, nous simples mortels, nous apprenons à jouer le Grand jeu sans vraiment connaître les règles, si nous évitons la tyrannie du temps libre, une partie du tissu des réseaux sociaux peut venir nous envelopper et servir à nous faire grandir.


Formation de gestionnaire de communauté

L'INIS propose un microprogramme «Devenir gestionnaire de communauté» pour transmettre les connaissances entourant ce nouveau métier, ou à tout le moins, une nouvelle compétence à l'ère des médias sociaux. J'animerai le premier volet cette fin de semaine, accompagné des meilleures spécialistes du domaine à Montréal.
C'est l'aboutissement de plusieurs mois de travail. En travaillant dès la fin du printemps dernier avec l'équipe de Véronique Marino à l'INIS et aussi avec Sacha Declomesnil, à élaborer les bases d'une formation qui serait pertinente pour l'industrie, nous sommes arrivés à mettre en place les bases d'un microprogramme en trois volets.

À l'automne dernier, s'est ajouté l'apport de quatre gestionnaires de communauté reconnue dans le domaine pour préciser les contenus et les rendre le plus proche possible de la réalité terrain du gestionnaire de communauté.

Gestionnaire / animateur

Gestionnaire de communauté («community manager») est le terme consacré pour décrire le rôle des ces gens, à l'intersection des relations publiques, du service clientèle, des communications et du marketing.

Le terme "animateur de communauté" serait peut-être plus approprié si on évitait de restreindre son sens à un aspect simplement récréationnel. Animateur, dans le sens de celui qui se pratique dans les médias (pensez à un talk-show, une speakerine ou porte-parole) est là pour faciliter les échanges, le partage, la prise de parole et le passage de message.

Un gestionnaire de communauté, c'est comme un animateur d'un show dont la ville, la région, le monde sont son studio et où cette personne gère (littéralement) les flux de conversations sur un thème donné.

Dans le cadre de cette formation à l'INIS, on entend par communauté, non pas celle qui existe dans des forums ou des groupes virtuels (ou réels) mais celle des médias sociaux. Donc via les outils des réseaux sociaux, comme Twitter et Facebook.


Buts du microprogramme

Vous trouverez la description du microprogramme ici. Je résume ci-dessous .
  • Habiletés nécessaires pour créer, développer et animer une communauté;
  • Compétences pour interagir efficacement avec les membres d’une communauté et les mobiliser autour d’une marque;
  • Connaissances et les moyens d’évaluer l’efficacité des actions, mesurer l'influence et aptitude en gestion de crise.
Contenu du premier volet : Mission et fonctionnalités (12 heures)

Ce premier volet de douze heures se veut une incursion, les premiers pas, à la fois théorique et pratique dans l’univers du gestionnaire de communauté. Définition du métier, champ d’activités, gestion d’une page fan, utilisation des outils socionumériques, etc.

Je vous invite à faire ce plongeon dans les bases du métier en compagnie de quatre spécialistes qui tour à tour vont venir vous présenter les principaux piliers du domaine.

Bianka Bernier (@biankabernier), gestionnaire de communauté au Quartier des spectacles, abordera les spécificités et traits caractéristiques des différentes plateformes de médias sociaux. Elle touchera aussi la notion de "e-reputation", cette notoriété en ligne et les diverses façon de la comprendre.

Nellie Brière (@nelliebriere), gestionnaire de communauté à Radio-Canada, quant à elle, démystifiera tout ce qui concerne le nuances de Facebook, son paramètrage et la gestion de pages de fans dans un cadre de relation avec le public.

Katerine-Lune Rollet (@katerinerollet), stratège web 2.0 et anciennement de La vitrine culturelle, précisera les différents profils que peuvent avoir un animateur de communauté (titres, tâches, "pedigree"). Elle expliquera les différences entre le domaine des arts et les organismes à but lucratif/marques commerciales
Zelia Lefebvre (@Zelia), gestionnaire de communauté au Groupe Pages Jaunes, présentera des cas concrets (autant succès comme échecs) et la veille stratégique. Elle vous proposera des exercices concrets à faire durant le week-end.



Je serai l'animateur durant toute cette fin de semaine. Je vous attends. Il reste encore quelques place, dépêchez-vous!

Scenius: La scène géniale

Une écologie des idées demande un ensemble d'acteurs, pas seulement quelques génies. Pour qu'émergent des "génies", il doit d'abord y avoir un écosystème fertile rempli de joueurs de talents. Un génial acteur ne peut apparaître seul: il a besoin de supports, de collègues, de lieux, d'investisseurs, de facilitateurs, chacun étant un petit génie dans son domaine, pour permettre à un "grand" d'émerger et de passer à l'histoire.


Brian Eno propose le terme "scenius" (contraction de genius et scene) pour décrire ce qui rend un lieu (spatio-temporel) si fertile pour ses joueurs. Il dit qu'il serait même plus pertinent de voir le tout comme une "scène géniale" (scenius) plutôt que de tenter d'expliquer les succès sous forme de "grands génies" sortis de la cuisse de Jupiter.
Brian Eno (2009) : «I was an art student and, like all art students, I was encouraged to believe that there were a few great figures like Picasso and Kandinsky, Rembrandt and Giotto and so on who sort-of appeared out of nowhere and produced artistic revolution.

As I looked at art more and more, I discovered that that wasn’t really a true picture.What really happened was that there was sometimes very fertile scenes involving lots and lots of people – some of them artists, some of them collectors, some of them curators, thinkers, theorists, people who were fashionable and knew what the hip things were – all sorts of people who created a kind of ecology of talent. And out of that ecology arose some wonderful work. 

The period that I was particularly interested in, ’round about the Russian revolution, shows this extremely well. So I thought that originally those few individuals who’d survived in history – in the sort-of “Great Man” theory of history – they were called “geniuses”. But what I thought was interesting was the fact that they all came out of a scene that was very fertile and very intelligent. 

So I came up with this word “scenius” – and scenius is the intelligence of a whole… operation or group of people. And I think that’s a more useful way to think about culture, actually. I think that – let’s forget the idea of “genius” for a little while, let’s think about the whole ecology of ideas that give rise to good new thoughts and good new work.» (source
Internet permet de connecter la scène des idées à Montréal et au Québec en général. Pour qu'un bon blogueur soit reconnu, il lui faut un bon public. Webcom, Yulbiz, la maison Notman, Alliance Internet, tous les camps, ont besoin d'un écosystème pour rayonner. 

Il n'y a pas d'initiative isolée. La scène doit être géniale pour qu'émergent des acteurs géniaux.

Scenius St-Hyacinthe

J'encourage ces temps-ci la création d'un Yulbiz à St-Hyacinthe. Le premier travail consiste à faire prendre conscience aux acteurs du coin qu'un certain talent numérique se trouve dans cette région. Un Yulbiz est une rencontre qui permet d'envoyer ce signal à tous les acteurs de la région que localement un écosystème peut se mettre en place. 

Et cet écosystème mettra en relation des acteurs de talents qui sauront émerger pour créer un scenius distinct (ou complémentaire) de Montréal, comme il existe déjà à Québec et se forme à Trois-Rivières (et probablement ailleurs aussi au Québec)

Un travail qui demande patience et persévérance. 

Un de mes clients de la région, l'Hôtel des Seigneurs, se veut un rassembleur. Il organise un Yulbiz en début 2012 (date à déterminer). Étant au fait que les réseaux sociaux représentent une opportunité, il n'hésite pas à provoquer l'émergence d'une scène locale pour qu'elle prenne conscience de son existence (au lieu d'être éclipsée par Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivière.)

Et chaque joueur a ensuite intérêt de voir cette scenius se développer près de chez eux.

Quand le message est rabaissé au rôle de moyen

Ce que j'aime de la blogosphère, ce sont les conversations.



Elles ont migré pour la plupart sur les plates-formes de réseautage social. En partie, tant mieux. Les conversations futiles (ou personnelles) sont maintenant sur Facebook (et j'y vais pour cette raison), les conversations courtes ou relais (passer un lien) sont sur Twitter (et je l'utilise pour ça). Les questions-réponses sont sur Quora et les appels pour sortir sont sur Foursquare. Quant à Linkedin, c'est le CV constamment à jour. Google Plus est un mélange de tout ça, mais la communauté n'est pas stabilisée encore.

Mais des conversations dans Slideshare?

En général je n'y vois que des commentaires sans vraiment de lien. Mais quand ça arrive, comme dans mon cas quand j'ai déposé ma présentation Le Contenu n'a plus de valeur, ça vaut la peine de la recopier et de la remettre dans la blogosphère.
Conversation originale sur Slideshare

Michel Roland-Guill: Belle présentation, efficace et qui me pose une question, essentielle amha: le lien est-il le moyen du contenu (influenceurs, médiateurs) ou le contenu le moyen et le lien la fin? Ce qui signifierait une mutation fondamentale, et en apparence régressive: la prééminence du lien n’est-elle pas la caractéristique pré-littératique, féodale par exemple?

Martin Lessard: Je ne serais peut-être pas prêt à dire que c’est une ‘mutation fondamentale’ dans le sens que ce phénomène pré-existe au web (voir les études de Lazarfeld et son Two-Step flow), même si ce n’est peut-être pas dans le même contexte, ni à une telle échelle.

Je dirais que je tente de remettre en relief le fait que les échanges communicationnels ont une composante sociale qu’on a tendance à sous-estimer.

En titrant que le Contenu n’a plus de valeur, je pose en creux cet état de fait.

Je laisserai un anthropologue répondre à votre dernière question 

MRG: Je ne suis pas sûr qu’on ait tendance à sous-estimer la composante sociale, tout dépend du ’on’ que l’on (!) suppose.

Par exemple les outils de gestion des signets en ligne se sont appelés, au début du web 2.0, ’social bookmarking’ alors même que leur utilité la plus évidente et immédiate était dans la gestion personnelle de ses signets, ie dans leur orientation «contenu». Voir aussi aujourd’hui les réflexions d’Hubert Guillaud sur la lecture sociale, celles de Marc Jahjah sur le partage des annotations, ou celles de mon ami Christian Jacomino sur le partage de la lecture à voix haute.

Et en amont encore, il y a le travail des théoriciens du texte qui ont déconstruit la notion d’oeuvre. Il me semble qu’aujourd’hui au contraire la tendance massive est à la revalorisation de la composante sociale, votre présentation l’illustre et ce qu’elle montre, et qui me pose question, c’est que cette promotion de la composante sociale ne se limite pas à l’estimation, à l’idée que l’on se fait des échanges communicationnels, mais qu’elle concerne l’évolution même des pratiques.

’Mutation fondamentale’ est peut-être une facilité de langage, mais n’a de sens que dans le contexte particulier des échanges en ligne. D’ailleurs, s’agissant de Lazarfeld, je remarque que sa théorie vise à décrire le mode de percolation des idées, où les leaders d’opinion sont des vecteurs, c’est-à-dire que le sujet reste en fin de compte le contenu.

Votre présentation pose bien la question anthropologique (justement) amenée par l’évolution des pratiques: lorsqu’on envisage le rôle des ’influenceurs’ on reste dans le cadre de la problématique de Lazarfeld, de la diffusion des idées/contenus, mais lorsqu’on pose que le partage devient la valeur, c’est bien d’une mutation qu’il s’agit, où le ’massage’ social devient la fin et le message est rabaissé au rôle de moyen (on pourrait soutenir qu’il en a toujours été ainsi, mais il faudrait alors parler d’une ruse de la raison qui fait consonner deux logiques différentes selon un équilibre éventuellement mis en péril – mais ce serait dépasser les limites d’un commentaire déjà beaucoup trop long  ).

ML: Je dois dire que le YulContenu était une rencontre de jeunes ‘gestionnaires de communauté’ de 20 à 30 ans, pas particulièrement familier avec la théorie (je n’ai d’ailleurs pas cité Lazarfeld). C’est le ‘on’ de mon précédent commentaire.

Votre précision me fait penser que finalement je touche un sujet plus près de McLuhan que de Lazarfeld peut-être. Mais il est vrai qu’une grande partie du contenu social échangée actuellement concerne une forme de communication phatique. Mais j’imagine qu’il faudrait alors commencer à bien délimiter les termes de nos objets avant de poursuivre notre conversation.

Mais poursuivons quand même. Je vais prendre un exemple.

Je suis bien l’évolution de l’écrit et de la lecture à l’ère des réseaux (sans en être un expert comme Hubert). Je sais que si le contenu a une valeur, tout de même, elle est pourtant maintenant effectivement éclipsée dans un monde de surabondance d’information par la relation (je vais lire Hubert avant de lire Marc, parce que je le connais personnellement). La relation ne se limite pas à des rencontres physiques non plus et Marc entrera éventuellement dans ‘ma sphère d’experts’.

Par contre, n’étant plus dans un monde de rareté (relative) d’information, Marc aura grand peine à y entrer tant qu’Hubert réussit à satisfaire (saturer) ma curiosité à ce niveau. La valeur du contenu de Marc n’a donc ‘pas de valeur’ à mes yeux. Il pourra être revalorisé quand mon réseau (ma ‘sphère d’experts’) l’inclura davantage comme un incontournable (ou suite à des rencontres personnelles).

C’est effectivement le sens de ma présentation que vous résumez de si bonne manière: le message est rabaissé au rôle de moyen. La sélection des contenus (à contenu égal) se fait pour des raisons d’appartenance à une communauté (à la construction de celle-ci).

J’ai tout de même l’impression que c’était quelque chose de déjà présent dans la culture et que seul le partage à très grande échelle, comme on le voit sur Internet, le rend plus visible (d’où mon appel à un anthropologue qui connaîtrait la situation — tiens j’en connais un, je vais lui demander…)

Enkerli: (Content de voir des mentions de l’anthropologie, surtout qu’elles semblent pertinentes…) Pas facile d’embarquer en cours de route et j’ai pas tellement la possibilité de me concentrer là-dessus, en ce moment. Mais je vais essayer de contribuer à vif, après une lecture par trop fragmentaire. Un peu comme si j’arrivais dans une salle de conférence à la fin d’une période de questions. On peut dire que c’est la partie «regard éloigné» du travail anthropologique.

Donc, si je comprend bien, on parle du passage du «contenu en soi» à la «lecture sociale». Une grande question sous-jacente, c’est de situer ce changement dans un contexte plus large. Un truc qui se discute souvent, dans le contexte de l’émergence de nouvelles pratiques, c’est le degré de discontinuité entre ces nouvelles pratiques et ce qui les a précédées. Le discours sur l’innovation fait souvent appel à des concepts de «révolution», de «disruption» et de «changement fondamental». Selon ce discours, la lecture sociale est un phénomène fondamentalement nouveau, qui nécessite une description d’un ordre nouveau.

Le contrepoint de ce discours ajoute, bien sûr, une notion de «continuité», d’«évolution», voire d’«émergence». C’est le fameux «rien de nouveau sous le soleil». Dans cette optique, la lecture a toujours été sociale. (J’ai tendance à associer ma voix à ce contrechant.) Mais le discours sur la discontinuité est lui-même diversifié. On peut y entendre le «paradigme» de Kuhn autant que l’«épistémè» de Foucault (j’aime bien les rapprocher, ces deux-là). En ce sens, la lecture sociale est-elle un «changement de paradigme» (au sens strict) ou un «décalage infime, mais essentiel»? Vais répondre sur Lettrures…"

Note: La mise en page a été modifiée par rapport à l’original (retours à la ligne, hyperliens, guillemets) et j'ai fait quelques corrections orthographiques ou stylistiques mineures

Mise à jour: J,ai rajouté le commentaire de Enkerli à 12h30
Autres textes relatifs au «contenu n'a plus de valeur» sur Zéro Seconde:

Billet de départ: Le contenu n'a plus de valeur
Commentaires autour de ce billet de départ
Présentation autour de ce sujet au ContenuCamp Montréal
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Le contenu n'a plus de valeur (diapos)

J'ai donné un petite conférence à la rencontre du Community Camp / YulContenu mercredi soir. Suite à mon billet sur Le Contenu n'a plus de valeur, on ma demandé d'expliquer mon point de vue.

J'ai fait une petite présentation. Voici les diapos.


G+ changera-t-il nos usages des médias sociaux?

J'ai eu la chance de pouvoir entrer dans Google Plus (G+ pour les intimes) parmi la première vague (l'ouverture officielle grand public est prévue le 31 juillet 2011) et d'explorer la nouvelle plateforme. Voici mes réflexions, après une semaine d'usage.
Google Plus
Google Plus

Pour une bonne description de ce que fait Google plus voir le billet du blog officiel de Google (english) ou celui de Benoit Descary (Via +michelleblanc)

G+ a attiré les power users, et en tant que tel, on ne peut que se sentir à l'aise. Éventuellement, ça va changer, mais c'est un avantage énorme: un haut taux de signal par rapport au bruit.

L'interface ressemble à Facebook. Pas nécessairement un avantage, ni vraiment un défaut -- quoique dans ce cas-ci, ça appelle une comparaison et je dois dire que pour ce qui est de la présentation du flux, FB a une longueur d'avance, mais pas pour le reste.

Évidemment, vu la nouveauté, les 3/4 des conversations portent sur l'outil lui-même. C'est d'ailleurs très pratique, car on en apprend plus vide les subtilités.

La gestion en "cercle" de ses amis est un peu surestimée. Il est judicieusement placé à la vue pour rappeler de l'utiliser, mais la métaphore des cercles (représentée par... des cercles) finira par perdre son lustre de nouveauté et on exigera un peu plus de fonctionnalités, moins de bonbon, pour gérer plus efficacement ses groupes qui ne tarderont pas à être lourds...

Phrase la plus entendue: «Oh! je viens de découvrir une autre façon de faire des invitations G+»



Facebook

Voilà le réseau qui a le plus à craindre de l'arrivée de G+. À part Martin Ouellette qui a fermé son compte FB pour rester à demeure sur G+, je ne connais pas grand monde qui abandonnera complètement Facebook. Sauf s'ils font encore des conneries avec les éléments de vie privée.

Je ne vois rien dans G+ ce qui justifierait un exode massif comme on l'a vue de MySpace vers FB. Les utilisateurs lambdas vont migrer quand leur réseau va migrer aussi. C'est la question de savoir qui de l'oeuf ou la poule quittera en premier FB...

Il est probable que les usages plus professionnels qui se faisaient dans FB vont se faire plutôt G+ qui a de facto un aspect "sérieux". Surtout lorsque le Géant de Mountain View y ajoutera des passerelles vers des outils comme Blogger, docs et maps. La gestion des cercles permet effectivement de faire travailler en collaboration des travailleurs à la maison plus facilement grâce aux conférences vidéos notamment. L'intégration de G+ dans Andoid est probablement un cheval de Troie pour entrer dans sur la place de travail. L'application est vraiment bien faite et saura plaire à ceux qui veulent rester en contact avec leur équipe.

FB est et restera une place publique pour les conversations légères (photos de vacances, échanges d’humeur, souhaits d’anniversaires). Un lieu de rassemblement pour croiser des gens de tout horizon, car il n'y a pas que des geeks qui utilisent internet. FB sera pour socialiser et G+ pour travailler?

Phrase la plus entendue: «Oh! Je viens d'éternuer»


Twitter

Twitter restera une place de diffusion pour la propagation de nouvelles (liens, primeurs, commentaires à chaud). Car c'est de facto le bulletin mondial de ce qui se passe, le haut-parleur qui scande le rythme de la vie publique des citoyens du monde. Sa structure improbable qui limite invraisemblablement les tweets à 140 caractères reste et demeure son avantage numéro uno. On scanne plus facilement un flux de tweets qu'un flux de G+.

Tweeter restera ce qu'il est et fait de mieux: un endroit pour les petites exclamations. On ne s'enfarge pas dans des conversations qui vont dans tous les sens. Twitter, c'est le fil de nouvelles mondiales (et de potin) et non pas un forum

Phrase la plus entendue: «Oh! Je viens de lire http://bitly.com/abcde»



Foursquare

G+, comme les autres plateformes, fait de la géolocalisation. Mais on est loin de l'intégration de type «check-in» dans un lieu comme Foursquare. Si vous souhaite seulement indiquer où vous êtes, G+ fait bien le travail. Mais si vous voulez indiquer l'endroit où vous êtes (magasins, parc, événement) Foursquare a encore l'avantage et G+ ne le menace pas outre mesure.

Phrase la plus entendue: «Oh! Je suis le maire du McDonald»


Quora

Comme lieu hyperspécialisé pour poser et répondre aux questions, Quora n'a pas à s'en faire. Mais tout réseau social lui fait perdre un potentiel de poser/répondre à des questions, et G+ ne fait pas exception.

Phrase la plus entendue: «Oh! Qui connait la 127e décimale de PI?»


Linkedin

Autre lieu hyperspécialisé pour connecter des gens d'affaires. Comme Rolodex et cv autoorganisé, il reste imbattable. Pour trouver quelqu'un rapidement dans son réseau d'affaires, aussi. Mais le graphe social qui s'ordonne organiquement autour d'un G+ qui attirerait des usagers plus professionnels pourrait lui faire du tort. Il est plus facile de trouver quelqu'un dans son réseau vivant sur G+ en posant une question, que d,envoyer un message sur un répertoire comme Linkedin.

Phrase la plus entendue: «Oh! Je voudrais te rajouter à mes contacts»

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Et vous, quel est votre point de vue?

Prêt pour un Fab Lab au Québec?

Mercredi prochain, Jean-Michel Cornu, de la FING, sera à Montréal pour participer à une présentation sur ce que pourrait être un Fab Lab québécois. Il parlera des expériences en cours de création et du type de structuration du réseau des Fab Labs en France.

L’évènement est organisé par Communautique et Procédurable, et est animé par l’équipe de Grisvert. Il s’adresse à tous les gens qui souhaitent participer à la création du mouvement des Fab Labs au Québec. L’événement est gratuit et ouvert à tous.

Dans mon billet sur src.ca/triplex voici ce que j'en dis:

«Un « Fab Lab » (de la contraction en anglais de fabrication laboratory) est un lieu où se retrouvent des gens cherchant à développer une « culture de fabrication DIY » (Do it yourself, faites-le vous-même). C’est un atelier où l’on met à la disposition du public des machines industrielles, comme des découpeuses laser ou des imprimantes 3D, pour lui permettre de construire ou d’assembler des objets qu’il ne lui serait pas possible de fabriquer autrement sans s’équiper à grands frais.»

La première rencontre a lieu mercredi prochain en matinée à l'Usine C et abordera les points suivants

- Qui sont les acteurs et les organisations qui souhaitent faire partie de l’aventure des Fab Labs au Québec?

- Dans quelles conditions pouvons-nous créer et soutenir ces laboratoires citoyens?

- Comment ces Fab Labs peuvent-ils se construire dans nos milieux et se connecter?

J'irai faire un tour et je vous en dirai des nouvelles...


Plus d’info ici



L’événement est gratuit et ouvert. Si possible, confirmez votre participation au (514) 948-6644 poste 234 ou 1 877 948-6644 ou par courriel à l’adresse : yasmine.ben-letaifa@communautique.qc.ca.

30 mars 2011, de 9h à midi

À l’Usine C

1901 rue de la Visitation, Montréal



Ping ne sera pas le MySpace killer attendu (loin de là)

Dans la seconde même où Steve Jobs annonçait le lancement de Ping, le nouveau «réseau social de musique» d'Apple, @Scobleizer a tweeté «Apple just killed MySpace. Totally dead now». On peut conclure deux choses: Scobleizer a (1) exprimé l'ampleur de ses attentes messianiques face à un service qu'il ne connaissait pas et (2) démontré qu'il est impossible d'avoir du recul en temps réel.

iPad

[Mise à Jour: lundi 6 sept '10: j'ai ajouté quelques précisions entre crochets et j'ai fait quelques corrections stylistiques et orthographiques]


Pour le point 2, Scobleizer donne parfaitement raison aux détracteurs de la communication en «temps réel» (Virilio en tête: «L'immédiateté est le contraire de l'information») et autres annonciateurs de l'antéchrist [MàJ: Rioux: Avant d'écrire, il fallait d'abord apprendre à se taire].

Je n'aborderai pas ce sujet, le volubile Scobleizer n'étant pas à mon avis dans le paradigme journalistique des faits (modèle de véracité validé a priori) mais plus dans un modèle d'opinions probabilistes --dans le lot de ses intuitions, certaines devraient bien se réaliser (modèle de véracité a posteriori).

Pour le point 1, quand Apple annonce un produit, inutile de dire qu'il dépasse souvent nos attentes. Mais Ping est un service et ce n'est pas la même chose. Et dans le domaine des réseaux sociaux, Apple ne fait pas figure de proue.

Le problème avec Ping

Ping vient avec la dernière mouture d’iTunes (v10). Apple vient y ajouter une composante permettant une sérendipidité sociale pour découvrir de nouveaux morceaux. On peut suivre ses «amis» pour connaître ce qu'ils «aiment», «commentent» ou «achètent» sur iTunes.

Erick Schonfeld de TechCrunch le décrit bien: le plus grand problème qu'il y voit est que Ping est exclusivement confiné à iTunes. «iTunes n'est pas social, il n'est même pas sur le web». Pas moyen (encore) de le relier à d'autres réseaux sociaux (ni même de copier un URL et de le partager).

Contrairement à ce que dit Wired, le web n'est pas mort et le HTML est le langage universel.

Et Apple a comme assomption que ce que vous achetez, vous l'aimez. Hum. Mon iTunes à moi est simplement un magasin en ligne pour toute ma famille. Je n'aime pas tout ce que j'y achète [MàJ: mes enfants, par contre, adorent]. Mon reçu de caisse n'est pas une pétition. Si au moins je pouvais activer le bouton «musique que j'aime» quand j'écoute, ça serait déjà une amélioration --et sémantiquement plus approprié. Le iStore n'est pas l'endroit où je me tiens en permanence [MàJ: iStore est magasin de iTunes, un sous-menu en fait, mais qui représente un espace tout à fait différent du reste du logiciel].

Ping ne s'intéresse qu'à ce que vous faites dans le iTunes Store, pas dans vos listes. Et me retrouver comme un pusher de mp3 (un énorme bouton d'achat apparaît à côté de vos «recommandations») me laisse dubitatif... [MàJ: quand on s'inscrit à Ping, on reçoit un courriel signé «The iTunes Store Team». On ne cache pas ses couleurs]

Pas d'achat, pas de post sur votre timeline.

Eh oui, pour afficher dans mon flot de nouvelles, je dois acheter une chanson.

Bien sûr, les grands de ce monde (comme Cold Play), eux, ont droit à une «timeline» qu'ils contrôlent. Mais pas le citoyen lambda. Voilà bien un réseau social bien médiéval: les puissants ne frayent pas avec le peuple.

Ping dans iTunes est un exemple de sérendipité automatisé pour découvrir des chansons. Le «social» y est plutôt subordonné au commercial.

Apple n'est pas reconnu pour son côté social (il n'a pas de présence dans les médias sociaux comme on pourrait s'y attendre d'une grande compagnie).

C'est une compagnie de hardware et de software, et l'humain y a été modélisé a un tel point (Apple excelle dans la relation humain-machine) qu'ils ont oublié ce que c'est la relation humain-humain...

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Plus de lecture: 10 things Apple can do to rescue its experiment in social networking (de Philip Elmer-DeWitt de CNN)

Smartsourcing

Si on comprend que le but de toute entreprise est d'acquérir une clientèle, alors il faut accepter qu'elle n'ait seulement que deux fonctions de base: la commercialisation (marketing) et l'innovation (R&D). « Le marketing et l'innovation produisent des résultats, tout le reste : des coûts.» Crowdsourcer l'innovation serait un non-sens selon Graham Hill. Smartsourcing est mieux.

http://www.flickr.com/photos/freeparking/1279927021/Graham Hill, (How Understanding Customer Jobs turns Crowdsourcing into Smartsourcing) ne croit pas que pour l'innovation certaines entreprises peuvent utiliser leurs clients pour générer des idées de nouveaux produits.

Cette pratique est connue sous le terme «crowdsourcing» ou «idéagoras», comme le nomme si joliment Claude Malaison (voir son dernier billet) ou «l’approvisionnement par la foule», pour être plus prosaïque comme Alexis Mons (voir son dernier billet).

Hill démonte deux entreprises de crowdsourcing pour montrer qu'il faut faire du «smartsourcing», c'est-à-dire repérer que les perles et ignorer le gravier...

Les foules peuvent-elles innover?
Par exemple, pour Dell IdeaStorm, les idées qui ont été mises en œuvre à ce jour montent à 2,9% du total. Faible.

My Starbuck idea a uniquement mis en œuvre 315 idées à ce jour, un maigre 0,4% du total. Encore plus faible dit-il.

  • 1er constat: les clients, en très grande majorité, produisent typiquement des idées «moyennes», sans génie particulier, des innovations incrémentales, plutôt que des sauts innovants que les compagnies espèrent.
  • 2e constat: le très faible taux de mise en œuvre, car les clients n'ont en général qu'une faible connaissance du véritable fonctionnement de l'entreprise et de ses capacités d'affaires.
Qui peut innover?
En contraste frappant avec les exemples précédents, Hill donne l'exemple de Toyota qui met en oeuvre plus de 1.000.000 idées des salariés, chaque année, 95% d'entre eux dans les 10 jours de son introduction. Les employés savent exactement où sont les meilleures possibilités d'innovation et ce qui peut raisonnablement être mise en œuvre.

Si on cherche à remplacer son département de R&D, Hill a raison: n'attendez pas que votre consommateur vous donne tout cru dans la bouche la solution à vos déboires. Cela dit, on aurait tort de décrier le crowdsourcing comme inefficace comme il le fait, même si son point est pertinent concernant l'innovation. Sinon comment expliquer que Google Product Ideas permet sur une grande échelle la réception de feedbacks sur leurs produits.

Smartsourcez!
Par contre, son idée de « smartsourcing » consistant à se concentrer sur des idées, sur des points particuliers, sur des «douleurs» (comme on dit dans le métier) ou des opportunités peut se révéler une vraie mine d'or en information sur sa clientèle (qui est le but premier de l'entreprise, rappelons-le).

Il faut donc bien avoir quel type de retour on espère avoir, de façon réaliste. Des fois, une amélioration quantitative est nécessaire (Le Guardian demande à ses lecteurs de parcourir les comptes de dépenses des députés) ou qualitative (voir l'enquête qui démontre le réseautage viaTwitter/Facebook avec les consommateurs est payant).

Le seul fait que la plupart des utilisateurs ne disposent tout simplement pas de bonnes idées n'est pas une bonne raison de ne pas vouloir « harnacher » le désir des usagers à vous aider.

Est-ce que les foules innovent? Je crois que non. Entrez dans une grande surface, regardez la foule faire leurs emplettes. Solliciter leur aide ne fera pas de vous le prochain IKEA.

Mais ne pensez-vous pas qu'ils sont aux premières loges pour vous partager des améliorations sur le management, la disposition, les produits, etc.?

Référence
How Understanding Customer Jobs turns Crowdsourcing into Smartsourcing
ComMetrics on Crowdsourcing Innovation: You’re Doing It Wrong
Crowdsourcing: Three Ways to Find a Great New Company or Product Name Free or at Low Cost
(PDF) Ranking the Top 100 Global Brands. Who’s most engaged?
Facebook et Twitter font bondir les profits

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Les moteurs de confiance

Alex Cambell (DTDigital / OgilvyInteractive, Melbourne) écrit dans son blog aujourd'hui: I no longer depend on Google to find stuff (via BrunoBoutot)
«Today I had a stark realisation: I no longer depend on Google to find stuff. I still use it to locate things: e.g. “find me the Wikipedia page on Ted Kennedy’s acquatic activities”. But I rarely - if ever - use it to find businesses, places to visit, interesting blogs, etc.»
"Je ne dépends plus de Google pour trouver de nouvelles choses" dit-il en substance. Google est toujours utilisé, comme assistance à la recherche, trouver ce que l'on cherche (une page Wikipédia, par exemple) mais les réseaux sociaux servent à trouver des choses, des recommandations, des suggestions, des découvertes... (ex. Twitter, Praized, Facebook, Friendfeeds, Linkedin, Viadeo, etc)

In Google we trust?
Il pointe quelque chose d'intéressant: les réseaux sociaux sont basés sur la confiance ("trust"). Ce que n'a pas Google, dit-il.

Il exagère un peu, mais sur le fond, on peut dire qu'avec la montée en puissance des professionnels du rayonnement web, on peut se demander si la pertinence est toujours au rendez-vous...

Je dirais pour être plus juste, Google est plutôt un outil de popularité. Les réseaux sociaux tablent eux vraiment sur la confiance. Voilà une nuance fort pratique lorsqu'il s'agit d'expliquer la valeur stratégique du web 2.0.

La montée de réseaux sociaux
Le genre de discours que porte Cambell rejoint les échos qui grandissent depuis la montée des réseaux sociaux depuis quelque temps. Son mérite est de le formuler d'une façon percutante et libératrice ("nous ne sommes plus dépendants de Google") et en ce sens il rejoint mon point fait hier dans le billet Les couloirs numériques, où je présente Twitter comme outil de sérendipité professionnel.

Mais Cambell s'arrête en chemin -- il fait une conclusion typique de la blogosphère anglophone très portée sur le fonctionnel et l'impératif ("if your brand is not social then it doesn’t exist"). L'ouverture qu'il a créée mérite que l'on ferme la parenthèse pour lui, pour notre plus grand bonheur cognitif.

Descendre du piédestal
Voilà ce qui se passe : Google est en passe de devenir ce qu'il a toujours été : un simple moteur de recherche, un outil pour trouver quelque chose que l'on cherche. Jusqu'à tout récemment son monopole de succès le rendait maître des lieux. Il représentait par métonymie l'Internet au complet.

Ce que Cambell dit, c'est que la sérendipité («fortuité» selon le Grand Dictionnaire) n'est plus une exclusivité de Google. «Fait de trouver quelque chose alors même qu'on recherche autre chose» se fait en butinant sur les réseaux sociaux maintenant. Mais qu'est-ce que chercher?

IR
Olivier Ertzscheid et Gabriel Gallezot, dans Chercher faux et trouver juste, serendipité et recherche d’information (PDF) expliqué qu'il y avait un sens double à "rechercher".

- Il y a « rechercher » de la recherche d’information (Information Retrieval en anglais, IR)
- Et il y a le « rechercher » de l’épistémé, la recherche (Research en anglais).

Bon, ne vous sauvez pas parce que j'ai employé "épistémé": "recherche" est trop ambigu, alors je garde le terme académique.

Pour l’IR, Google est un outil du traitement de l’information sur un corpus documentaire.

Pour l’épistémé, le but est de découvrir, de produire de nouvelles connaissances.

Vous êtes comme M.Jourdain et vous faites de l'épistémé sans le savoir à chaque fois que vous découvrez quelque chose sur les réseaux sociaux (d'ailleurs comment avez-vous "découvert" ce billet?)

Les trois recherches
Ertzscheid et Gallezot résument les 3 « états initiaux » de l'IR (Information Retrieval / recherche d’information).

1- [Je sais] [ce que je cherche] . On fait alors des requêtes (Querying). C'est l'usage que Cambell semble vouloir faire de Google quand il cherche une page Wikipédia sur un sujet.

2- [Je ne sais pas] [ce que je cherche]. On procède par exploration (Searching), induction et abduction (avec moi vous avez des mots qui comptent triple pour le Scrabble). C'est le type de découverte que vous faites en librairie en repartant avec le livre à côté de celui que vous recherchiez. La structure de l'endroit ou du classement favorise ou non la sérendipité. Un BarCamp permet ce type de découverte.

3- [Je sais] [que je ne sais pas ce que je cherche]. Ici, nous sommes en mode d'apprentissage (Learning). C'est l'état dans lequel vous êtes quand vous entrez dans un réseau social. Vous pourriez autant trouver la référence au billet de Cambell que le fait que votre ami mange un sandwich...
Google nous a offert pendant plusieurs années ces trois types de recherche. Ce qui a été dit ici, c'est que le troisième type n'est plus l'apanage de Google, qu'il a perdu (définitivement?) son emprise sur ce secteur.

Quand on dit que ne sommes plus dépendant de Google, c'est affirmer que l’influence de la sérendipité en matière de construction de connaissances ne repose plus dans les mains monopolistiques du géant de Mountain View.

Les réseaux sociaux sont nos moteurs de confiance et carbure à notre saine curiosité. Ils répondent à ce besoin de confort communautaire de construction de la connaissance...

Tribus -version française

À l'occasion de la sortie du livre Tribus, la version française de Tribes de Seth Godin (voir mon interview avec lui), voici un extrait de la préface, écrite par Marylène Delbourg-Delphis, tirée du blog de l'éditeur Diateino.

TRIBUS de Seth GODIN« Seth Godin a publié son livre avant l’élection d’Obama (en octobre 2008) et note simplement que « dans le monde d’aujourd’hui, Barack Obama parvient à lever 50 millions de dollars en 28 jours ». De fait, Obama a levé 500 millions de dollars au cours de ses 21 mois de campagne pour la Maison-Blanche. Un record, à coup sûr. Mais comment se fait-il qu’Obama ait été si extraordinairement efficace et que ni Hillary Clinton (lors des primaires des démocrates) ni John McCain (lors de l’élection présidentielle) n’aient su bénéficier d’Internet dans des proportions comparables ? »

«(...) Jusqu’en 2006, Internet est essentiellement un media ayant pour fonction d’informer et d’accéder aux masses – avec le présupposé que plus on touche de gens, mieux c’est. Avec Obama, Internet est une plateforme pour identifier et générer des réseaux différenciés de fans, des micro-mouvements d’activistes, des tribus très différentes entre elles, mais qui sont interconnectées par un message. Ce message, exprimé au travers d’informations transmises en temps réel, a opéré comme une sorte de protocole de communication établissant un langage de base commun. Les internautes auxquels s’est adressée la campagne Obama n’étaient pas seulement des millions de paires d’yeux, mais une myriade de petites tribus dans chacun des 50 États des États-Unis, chacune étant susceptible de se retrouver sous un angle ou sous un autre dans la tribu Obama globale. »

« (...) L’approche Obama, ajoute David Plouffe [le directeur de campagne d’Obama], « a déchaîné l’imagination et le talent de millions d’Américains dans la détermination du résultat ». Ces millions d’Américains se sont approprié le message d’Obama en restant dans leur sphère à eux et leur imaginaire. Internet n’a pas seulement consisté à diffuser le même mot d’ordre à tout le monde, mais un même message que les gens pouvaient traduire dans leur langage à eux sur le terrain, ce qui est très différent. Comme l’écrit Seth Godin : « Ce que font les leaders : ils donnent aux gens des histoires qu’ils peuvent raconter eux-mêmes. Des histoires sur le futur et le changement. »

« (...) L’important n’est peut-être pas tant dans le fait qu’une tribu est toujours une tribu, qu’elle soit ou non numérique ; l’important est le type de coopération qu’un leader établit entre sa tribu dans le monde physique d’une part et sa représentation Internet de l’autre. »

« Le versant Internet d’une tribu est son architecture organisationnelle, qui permet une communication immédiate et à tout le monde de savoir quoi faire à tout moment : Internet ajoute une dynamique et une réactivité impossibles à imaginer hors-ligne et peut donc changer l’impact d’une tribu d’une façon considérable. »
La version électronique peut être achetée ici. Le livre papier devrait atteindre les tablettes à partir de la mi-août 2009.

Pour en savoir plus sur Seth Godin, voir mon billet.
Pour lire l'interview que j'ai fait avec lui en avril 2009.