ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Des signaux, du bruit et des décodeurs

J'anime le mercredi 3 octobre 2012 l'atelier du #ProjetColumbus: «Actualités 2.0 - signaux, bruits et décodeurs» avec Josée Plamondon et Sébastien Provencher.

Pour inscription, allez sur le site Le Lien Multimédia



L'arrimage entre les médias de masse et ceux dits «sociaux» a été fait après une décennie de progression exponentielle des réseaux socionumériques. Arrimage réussi, mais pour quel résultat?

On voit continuer à péricliter l'économie du journalisme. Elle s'accélère même. Alors qu'au même moment où l'institution vacille, les journalistes n'ont jamais été aussi présents et importants. La montée de la société de l'information ne peut être que l'âge d'or du (nouveau?) journalisme.

Mais à quoi ressemble cette actualité dans un monde hyperconnecté? Comment capter les «signaux faibles» qui émanent de toutes les «conversations» en ligne. Ces signaux sont riches de potentialités et méritent d’être entendus et mis à contribution. Écouter. Mais quoi, mais où, mais comment?



Le Projet COLUMBUS organise cet atelier d’une journée pour en discuter. Outre Josée Plamondon et Sebastien Provencher, nous aurons Fabien Deglise (Le Devoir), Patrick White (Huffington Post Québec) et Fahim Moussi (CUTV) pour amorcer des pistes de réflexion.

En groupe, nous allons tenter de dessiner (littéralement) cette carte du territoire, de ce nouvel écosystème de l'information:
  • Qu'est-ce qui pointe vers la nouvelle? 
  • Où circule-t-elle? 
  • Quels nouveaux acteurs ont émergé?
  • Quel type de forme, quelles mutations a subies la nouvelle après l'arrimage? 
  • Quels sont les mécanismes qui permettent de rétrécir le temps entre le premier signal faible et sa propagation dans les grands médias?
  • Quels sont les invariants et les nouveaux vecteurs?
Ce qui me semble émerger, c'est une possible sortie de crise victorieuse pour certains méga joueurs dans de nouveaux espaces continentaux (NYTimes en Amérique, The Guardian en Europe) --parce qu'ils ont les poches profondes et tentent de nouvelles choses--- et des joueurs niches qui se faufilent entre les pattes des géants (Le Devoir au Québec, Rue89 en France, Huffpost dans la blogosphère et CUTV durant Le Printemps Érable) --parce qu'ils ont de faibles dépenses pour une bonne qualité de contenu adapté. Ceux entre les deux? Hum...

Mais entretemps, le datajournalisme refait surface (Deglise rappellera le matin qu'il n'est qu'un retour de qui s'est déjà fait) et l'open journalism fait que les salles de nouvelles collaborent ensemble. Ce ne sont que le point de départ et non l'objectif de la journée. Le journaliste peut-il se retrouver à repenser sa place parmi les signaux, les bruits et les décodeurs?

Cette journée d'atelier n'est pas une conférence de Yalta où on se sépare le monde. C'est plutôt un caucus entre coureurs des bois, sur un continent à découvrir, qui se disent qu'ils ne vont pas attendre les ordres de la capitale pour explorer et trouver le passage vers l'Ouest.

L'autorité qui augmente

«La hiérarchie est animale, il n'y a pas de doute là-dessus», déclare Michel Serres, auteur prolifique et professeur à l'université Stanford, dans son billet sur LePoint.fr de vendredi il y a deux semainesHeureusement, avec les technologies émergentes, une nouvelle démocratie du savoir est en marche, dit-il. Mais dites donc! Serait-ce qu'avec les réseaux, cet appréciable philosophe aurait (re)découvert la wirearchy de Jon Husband?

En quelque sorte, oui.



Wirearchy, est un néologisme de Husband depuis, créé il y a plus d'une décennie, pour nommer cet aplanissement des hiérarchies, en entreprise et dans la société en général. La communication dite horizontale, avec ses paires, devient non seulement praticable, et à moindre coût avec les nouveaux outils des médias sociaux, mais aussi essentiels.

Serres, lui s'attarde moins à la structure qu'à l'impact à son sommet. Là où Husband soulignait la «mutation de l'hiérarchie», Serres s'attarde sur la «crise de l'autorité» qui en résulte. L'autorité doit muter!: «L'autoritarisme a toujours été une tentation des sociétés humaines, ce danger qui nous guette de basculer très facilement dans le règne animal.» dit-il.

La culture humaine a remplacé le schéma animal, selon Serres. Le mot "autorité" en français vient du latin auctoritas, dont la racine se rattache au même groupe que augere, qui signifie "augmenter". Si la  «morale humaine augmente la valeur de l'autorité» alors celui qui a «autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance».

L'autorité aujourd'hui n'est pas out, il a juste subi une mutation!

«La véritable autorité est celle qui grandit l'autre.» 

Serres affirme que le mot "auteur" dérive de cette «autorité qui augmente». Un auteur se porte garant de ce qu'il avance, il en est responsable. «[S]i mon livre est bon, il vous augmente. Un bon auteur augmente son lecteur.»

Rappelons ici que Serres est aussi l'auteur du petit livre sur La Petite Poucette (tiré d'un discours qu'il avait fait, disponible ici en PDF), cette mutante qui consulte et communique le savoir du bout des pouces. De l'essor des nouvelles technologies, il en conclut qu'un nouvel humain est né.

Avant l'accès «à tout», dans le sens que j'ai abordé la semaine dernière, suite aux réflexions d'André Gunthert (lire Internet comme sixième sens), les auteurs, professeurs, journalistes, bref les autorités pouvaient, devaient assumer une présomption d'incompétence à l'égard de leur audience, rappelle Serres.

Il préconise au contraire, pour la société d'aujourd'hui, une présomption de compétence, car chacun est en mesure de faire ses propres recherches sur Internet. L'autorité n'étant maintenant là que pour "augmenter" les compétences des son audience, des ses élèves, de ses patients, des ses lecteurs. etc.

L'autorité cognitive en question

Mais dès que l'on parle des mutations causées par Internet, les penseurs redisent finalement les mêmes choses, n'est-ce pas?

J'avais abordé cette importante question il y a déjà une demi-décennie: quand on accède sur le web à autant d'information diverse (et contradictoire) cela nous donne une meilleure vision du monde (certes!), mais elle passe de plus en plus à travers des connaissances de "seconde main" -- l'écrasante majorité de ce qu'on sait sur le monde ne vient plus d'une expérience directe avec celui-ci.

J'avais donc rapidement fait remonter l'idée que les autorités cognitives allaient devenir un acteur important dans la société. Plus de détail ici sur ce qu'est l'autorité cognitive.

En quelques mots, une autorité cognitive est cette personne vers qui nous nous tournons pour nous donner l'heure juste dans une sphère d'expertise que l'on croit être la sienne. Ce ne sont pas nécessairement les experts d'un domaine (on a pas toujours accès à un expert), mais il a notre confiance pour répondre à des questions ouvertes.

Serres me donne l'occasion de définir ainsi le rôle de cet autorité cognitive (et toute autorité, politique, scolaire, professionnelle): celui de fournir un cadre cognitif à une personne pour lui permettre de mieux remplir son propre rôle (ou son destin) ou régler une problématique quelconque.

Une autorité est adoptée (remarquez ici l'inversion: l'autorité ne s'impose pas) quand son apport permet à une personne d'espérer atteindre un objectif.

Le journaliste comme autorité.

En animant mercredi prochain un atelier Projet Columbus sur l'arrimage entre les medias de masse et ceux dits « sociaux », on se questionnera sur les promesses et les déceptions cette révolution. On y abordera, entre autres, ces signaux faibles qui sont pourtant riches de potentialités et méritent d’être entendus et mis à contribution.

Ces signaux faibles viennent entre autre des lecteurs et de la population en général. Jusqu'à un certain point, l'information remonte de la population jusqu'au journaliste.

Mais quand on voit des débats qui traduisent un éloignement culturel croissant entre les élites et la «populace», et choque Cyrille Frank (un titre dans Le Monde illustrant une attitude condescendante envers le lectorat), il n'est pas insensé de réfléchir à ce que dit Serres.

La responsabilité des élites, et des autorités en particulier, est celle de faire grandir l'autre.

«It's full of lasers»

On a appris cette semaine que des scientifiques de l’Université de Cambridge (Angleterre) ont réussi à imprimer des lasers en utilisant des imprimantes à jet d’encre ordinaire.

Les micropoints d’encre sont déposés sur une surface spéciale par l’imprimante à jet d'encre modifié et quand ces micropoints sèchent, ils deviennent de petits lasers.

Entendons-nous. 
Un laser, c’est un faisceau de lumière concentré d'une longueur d’onde précise (une couleur). On trouve des lasers un peu partout: lecteur DVD, scanneurs de supermarché, équipement chirurgical.

Tous les lasers ne sont pas ces machines de guerre qui coupent le métal. Les lasers ici fabriqués ne sont pas de grande puissance.

Plusieurs façons de fabriquer un laser existent. Une d'entre elles est d’utiliser des cristaux liquides, une matière qui combine des propriétés d'un liquide conventionnel et celles d'un solide cristallisé, comme on en trouve dans les écrans de télé ACL (Afficheur à Cristaux Liquides) ou LCD en anglais (Liquid Crystal Display).

Comment ça fonctionne
On prend une imprimante à jet d’encre ordinaire avec une cartouche remplie de ces cristaux liquides et on imprime sur une surface humide faite d'un polymère spécial.

Quand le tout sèche, les molécules du cristal liquide s’alignent parfaitement pour former un point (1/4mm) qui devient un petit laser individuel. 




C'est la réaction chimique du produit (une teinture) sur la surface de polymère qui génère une petite lumière et c'est grâce aux cristaux liquides alignés que les photons peuvent  être canalisés. Comme dans une caisse de résonance, les photons d'empilent et se concentrent pour former un laser, cette lumière concentrée

Avancées possibles
- Production massive de laser à bas coût
- On peut imprimer des lasers sur toute sorte de surface
- On pourrait créer des «surfaces communicantes» («smart material»): pour éclairer ou pour transmettre de l’information. Un scanneur pourrait capter la lumière des lasers sur un papier peint et lire les informations inscrites (à propos de la salle, etc.)

Il me semble que nous avons affaire à une découverte intéressante, mais dont on connait pas encore tous les débouchés. Probablement qu'on verra apparaître une série de lasers jetables ou des papiers peints qui contiennent des messages codés par les lasers.

Que feriez-vous avec une telle invention, vous?

Source
Des imprimantes à jets d’encre pour imprimer des lasers sur la BBC http://bbc.in/Vma7vV 

Transparence et candeur en temps réel

Étonnante histoire de transparence appliquée à une entreprise prise dans une crise.

À 15h42 (heure du Pacifique), un employé de Storify efface par mégarde la base de données de tous les comptes (il croyait qu'il effaçait une copie sur son poste). Le 404 ne se fait pas attendre. Storify tombe.

Les réactions sur Twitter sont immédiates.



Et alors se produit l'incroyable: Storify revient en ligne et utilise son propre service pour commenter sa gaffe et récolter les commentaires des internautes à ce propos. Le processus de backup y est expliqué et rien n'est caché. Dans la plus pure transparence: Storify raconte ce qui s'est bêtement passé.

Une erreur aussi banale qui a des conséquences aussi graves aurait fait plonger une compagnie en bourse. Ici, ils ont réussi à la jouer autrement, sans utiliser la langue de bois et les pieux mensonges.

Et les internautes semblent avoir passé l'éponge.

Qu'auriez-vous à leur place? Est-ce vraiment une bonne façon de gérer une telle crise qui touche la sécurité même de leur service? Le niveau de sympathie semble a voir été épargnée, pourquoi selon vous? La candeur paye-t-elle a tous les coups? Est-ce un exemple à suivre?

(via @emilejosselin et @unjoyeuxluron)

Internet comme sixième sens?

En repensant au passé pré-internet (cette ère qui s'estompe tel un rêve dont la véracité nous semble furtivement s'effriter au fur et à mesure qu'on s'en éloigne), on se demande «comment on pouvait faire avant»? André Gunthert apporte dans son blogue quelques réflexions (ici et ici) sur la portée de cette connexion permanente de l'esprit aux données numériques ambiant. Détaillons (Allez vous faire un café, on ne la fera pas à la Twitter).



D'amblée, reconnaissons qu'il ne s'embarrasse pas d'épargner notre sensibilité d'homo-pré-internicus (c-à-d les plus de 20 ans): Gunthert avoue qu'il ne sait pas si, avant, nous étions intelligents, mais il est sûr d'une chose, au moins: c'est qu'avec Internet, nous le sommes davantage.

«Si je tente d’évaluer le nombre de signalements dont je prends effectivement connaissance par le biais des réseaux sociaux, l’ordre de grandeur de la multiplication est largement supérieur à 1000».

Cet enseignant-chercheur, spécialiste des cultures visuelles et des cultures numériques, ne noie pas sous d'obligeantes citations académiques, et autres références pontifiantes, le fait indiscutable qu'Internet a été une grande invention (on se reparlera sérieusement une autre fois de cette lourdeur chez certains académiciens de vouloir toujours éviter l'opinion pour privilégier les sources superfétatoires quand ils tentent de décrire les récents développements d'Internet. D'ici là vous pouvez relire en quoi leur savoir est parfois pesant par rapport à la légèreté de la connaissance profane, sujet que j'ai déjà abordé ici jadis).

Gunthert ne se gêne pas pour affirmer ainsi: «[P]our quelqu’un qui a connu le monde d’avant-internet, [c'est] tout simplement miraculeux.» (source)

“Comment faisiez-vous avant internet?” 


http://www.vintageadbrowser.com/communications-ads-1940s/2#ad12l612i47uomfo

Après une expérience de déconnexion forcée, mais agréable (il s'agissait de vacances hors du territoire de son fournisseur mobile), Gunthert devait reconnecter avec le temps long --celui de la contemplation de la mer-- conditionné par son choix géographique et balnéaire.

Cette déconnexion n'était nullement un retour aux sources, mais une exception dans sa réalité: il n'y a guère plus que le temps des vacances et de la retraite pour s'offrir un tel luxe. «Le chômage, autre forme de temps vide, est beaucoup trop stressant pour qu’on apprécie de profiter nonchalamment d’un temps moins libre que contraint».

L'étrange sentiment qu'il a vécu -- et que vous lecteurs avez aussi vécu, j'en suis certain-- est cet insolite sentiment que le net avait envahi inéluctablement nos vies privées. Nous sommes rendus à prendre pour acquis que nous pouvons en tout temps «interroger notre environnement». Ce n'est plus seulement au travail que nous questionnons le web, mais aussi dans nos moments personnels à propos de tout et de rien qui nous entoure.

Alors, sans connexion internet, on se retrouve à «affronter la vie» comme si on était «aveugle, sourd et muet»:
«Quel temps fera-t-il demain? Quelle est la forme de la côte? A quelle distance suis-je du rivage? Comment s’appelle cet oiseau? Comment s’explique la configuration de ce massif? Quelle est l’histoire de ce quartier? Que signifie le nom de cette rue? Boulet a-t-il posté une nouvelle note? Ai-je des commentaires sur Culture Visuelle?» (source)
Il conclut ainsi (je souligne):
«Pendant toute cette semaine, je me suis aperçu, médusé, de toutes les questions que j’avais pris l’habitude d’adresser à mon environnement, sachant que j’avais de grandes chances d’obtenir un résultat. La puissance documentaire d’internet a élargi le monde et augmenté notre vision dans des proportions inimaginables. Plus que des réponses, le savoir infini du web nous a appris à ne plus jamais refuser de nous demander comment, qui et pourquoi. Plus encore que la connaissance, il nous a apporté un émerveillement, une vigilance et un questionnement inépuisables.» (source)
Les savants ordinaires
http://herd.typepad.com/.a/6a00d83451e1dc69e2016761ca7532970b-800wi

Gunthert ne pense pas que la curiosité était absente du monde pré-internet. Mais notre curiosité y était limitée par la disponibilité des informations et du temps libre à notre disposition. La curiosité savante était affaire de riches; seuls ceux qui étaient indépendants de fortune pouvaient espérer trouver réponse à des questions éloignées des préoccupations terre-à-terre (comme survivre versus traduire un texte grec ancien).

Aujourd'hui, comme évoquée dans les commentaires à son deuxième billet, la curiosité intellectuelle est devenue accessible à tous:

«Pas besoin d’avoir de longues heures de loisir pour s’instruire, ni même de fréquenter des lieux de savoir souvent épeurants pour qui n’est pas tombé dedans tout petit. On se questionne à son rythme, on trouve les réponses adaptées à son entendement.» (source)

Il faudra éventuellement se demander quel type de prédisposition il faut pour qu'Internet devienne ainsi un telle source d'inspiration. À celui qui sait distinguer la crédibilité d'une information, Internet est le plus passionnant des outils d'apprentissage. Pour l'incompétent, c'est une illusion fatale qui l'enferme dans ce qu'il croit déjà savoir.

Il m'est apparu cet été aussi qu'Internet était entré définitivement dans ma vie personnelle (et non plus seulement relié à ma vie professionnelle). Si j'arrivais à éviter d'aller lire mon fil RSS des meilleurs blogues du monde, il m'était difficile de me passer de Google Map, Wikipédia, Facebook ou Twitter, puisqu'ils étaient devenus mes points de contact pour lire, voir et interroger la réalité.

Via mon mobile, Internet est devenu mon 6e sens...

McLuhan et l'extension de nos sens

Marshall McLuhan avait très tôt entrevu --et probablement a été longtemps le seul-- que les impacts sociaux et individuels des réseaux ne résulteraient pas d'une avancée technique per se, mais qu'il découleraient bien d'une redéfinition de l'espace médiatique dans la société même et entre les individus.

Boris Baude, dans son livre, plus récent (voir mon billet), a suggéré une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace? On dit souvent qu’Internet abolit l’espace. Beaude dit au contraire qu'Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés. Internet est un espace relationnel (même s'il n'est pas situé dans un lieu).

Mais McLuhan conçoit les médias électroniques comme une extension des sens. Il a été jusqu'à dire que l'humanité entière deviendrait comme une extension de notre peau. C'est l'autre façon qu'il avait de parler du village global. [Si vous avez du temps libre, écoutez l'émission de Xavier Delaporte qui porte sur McLuhan].

Le médium détermine la perception sensorielle qui sera filtrée par elle. Il établit la manière d'être ensemble, il le façonne même. McLuhan ne dit pas autre chose finalement que ces outils changent notre rapport au monde. Voyez comment vous communiquez différemment via Twitter, Facebook ou LinkedIn.

Il n'est pas de façon plus abrupte de le comprendre aujourd'hui ces théories prémonitoires qu'en se débranchant d'Internet. Plus que toute autre technologie (la télévision, le radio, le téléphone, etc.) nous allons avoir plus de mal à nous en passer...

Je ne dis pas qu'il est indispensable. Je suggère simplement qu'il est devenu pratique d'utiliser ce 6e sens pour mieux appréhender le monde. Les 5 premiers sens permettent à l’homme de percevoir le monde qui l’entoure et correspondent chacun à un organe. Mais à quel organe est relié ce 6e sens?

Ce 6e sens vient de nos capteurs branchés aux bases de données du monde interconnecté.

Réalité intégrée

Si la prémisse est bonne, c'est-à-dire qu'on va réellement embrasser le pouvoir d'interroger à volonté notre environnement, nous ne nous contenterons pas seulement d'optimiser technologiquement nos 5 sens (c'est déjà commencé), mais nous serons tentés aussi de vouloir connecter directement le cerveau aux senseurs eux-mêmes pour accéder à une autre réalité des choses -- des données, organisées ou non, dans des bases qui « augmenteraient» le monde.

La «réalité augmentée» existe déjà. Du moins, le concept est lancé (j'en ai parlé jadis ici) et la première intégration annoncée sera les lunettes Google, encore à l'état de prototype. Dans 20 ans, on trouvera risible ces avancées. Depuis 1 an ou deux, on a déjà réussi à connecter des neurones à des puces de silicones, et le développement d'une communication directe homme-machine n'ira qu'en s'accélérant.



Il semble qu'un chemin se trace devant nous où, dès qu'on ne peut plus se passer d'interroger le monde à travers nos outils --aujourd'hui primitif--, nous chercherons à optimiser cet acquis pour posséder une plus grande puissante pour accéder à la réalité augmentée, qui sera en fait une réalité intégrée.

Se connecter d'une façon ou d'une autre à un accès vers les bases des données sans passer par nos organes (un disque dur cervical? du stockage de données dans notre ADN? du big data pompé dans notre nerf optique?), c'est en fait un nouvel organe qu'on se greffe.

Profitez de vos prochaines vacances déconnectées. Ce seront vos derniers souvenirs de «l'ancien temps»...

Comment les réseaux sociaux peuvent-ils servir la pédagogie?

Ce genre de question m'est posé quand je donne des conférences dans les écoles sur les médias sociaux. Elle est très pertinente. Je ne crois pas qu'aucune réponse n'épuise le sujet. Et je ne crois pas que ce billet fera exception. Mais mon billet d'aujourd'hui cherchera à reformuler la question autrement pour donner une prise à ceux et celles qui se posent sincèrement la question et cherchent à voir un début de réponse...


Les questionnements qui émergent suite à mes rencontres avec les enseignants tournent souvent autour de la façon d'implémenter les médias sociaux dans leurs cours. En 2012, on a parfois l'impression d'être vieux jeu si on n'a pas intégré Twitter dans son syllabus.

Je réponds alors qu'avant de faire entrer une nouvelle technologie dans la classe --surtout les plateformes commerciales Facebook et Twitter-- il faut auparavant les utiliser soi-même. Il faut s'être familiarisé personnellement avec les outils pour comprendre les vraies questions qui émergent à leur contact.

"Toto, I've a feeling we're not in Kansas anymore" 

Les médias sociaux ne sont pas une version alternative à un logiciel déjà existant. Ce n'est pas Chrome qui remplace Firefox, ni Firefox qui remplace Internet Explorer, ou Internet Explorer qui remplace Netscape. Oui ce sont des outils, mais c'est une tout autre façon d'aborder l'accès aux informations et à la connaissance (que j'appelle le filtrage social) qui a été démultiplié grâce à ces nouveaux outils. Les médias sociaux donnent un accès au contenu d'une façon aussi éloigné de nos habitudes que le World Wide Web l'a fait en nous donnant accès à du contenu hyperlié il y a 20 ans.

Si les profs ne l'utilisent pas entre eux les outils des médias sociaux, il ne faut pas espérer alors qu'ils soient en mesure de reconnaître pleinement la réelle valeur dans un cadre pédagogique.

Souvent, pour répondre à la question de savoir comment les réseaux sociaux peuvent servir la pédagogie, je propose de repousser à moyen ou long terme son implantation dans les classes. Du moins tant et aussi longtemps qu'on n'accepte pas certains points implicites des médias sociaux.

De mon point de vue, il faut accepter le fait que le prof devient un accompagnant et non un détenteur de la connaissance. Il n'est plus un garde-barrière, il est un guide.

"It's a twister!"

Cette approche (le prof comme guide) a un nom: elle fait partie du constructivisme, une théorie de l'apprentissage. Je crois que les médias sociaux sont à leur plein potentiel dans le paradigme du constructivisme.

 Les questions que je pose alors en retour sont:

  • Quelle valeur y voyez-vous, pour vous-même, pour vos pairs, pour l'éducation, à utiliser les médias sociaux et à quoi ils donnent accès réellement? 
  • Jusqu'à quel degré le coconstructivisme s'applique dans votre matière?
  • À quelle fréquence et de quelle façon le flux d'information ambiant (médias, réseaux, vie scolaire) influence (ou non) votre matière, le programme pédagogique et la vie des étudiants?

Inutile de faire entrer les réseaux sociaux dans les classes si on ne répond pas à ces questions, si on ne comprend la vraie nouveauté qu'elles apportent (et ses désagréments, notamment au niveau de l'attention). On peut le faire quand même, si vous le souhaitez vraiment. Mais vous aurez de la difficulté  à enlever cette impression que ce n'est qu'une mode...

«Lendemain de veille médiatique»

Stéphane Baillargeon nous partage une bonne réflexion ce matin dans le Devoir en page A7.

Intitulé «Lendemain de veille médiatique» (accès membre seulement), il donne à chaud sa vision des médias en ces temps troublés. Encore une fois, les médias ne semblent plus tout à fait en phase avec la société. Une inquiétude pointe.


En gros:

1- Les médias ne prédisent pas l'avenir: aucun analyste, chroniqueur, éditorialiste, commentateurs n'avait vu venir le tsunami orange l'an passé, ni la résistance du PLQ hier. Même les sondages sont dans le champ. Le morcellement des votes et les votes "stratégiques" changent la donne.

2-Les médias ne valent pas mieux que le système [politique]: Aussi injuste que le système électoral, les débats télévisés ont laissé (ou tenter de laisser) de côté des porte-paroles de parti tiers qui font, pourtant, 7,8,9%. À l'identique du système qui permet à un parti avec 30% des voix de prendre le pouvoir.

3- Les médias ne suivent pas le présent: alors que ces élections ont été précipitées par le printemps érable de la crise étudiante, cet enjeu n'a quasiment pas été un sujet de débat et n'a surtout pas été du tout central à la campagne.

4- Les médias ne changent pas le monde, sauf que: la campagne a mobilisé près d'1 nouvelle sur 5 au Québec. Cette couverture monomaniaque a permis de faire sortir le vote, mais montre plus une fracture entre les éduqués [ceux qui lisent, s'informent] et les désoeuvrés, les exclus, les désabusés.

Il y a probablement bien des nuances à apporter:
  •  L'écosystème des médias avec son arrimage plutôt réussi avec les réseaux sociaux doit encore trouver un équilibre (financier, éditorial, social), ce qui est loin d'être simple.
  • Le rôle des mass-médias en démocratie (journalisme, information) ne me semble plus aussi clair dans un monde de surabondance d'information (et de désinformation).
Or j'ai l'impression que l'auto-flagellation a ses limites. Il faut peut-être que la politique change pour intégrer davantage les outils numériques et entrer au 21e siècle. Alors là, le nouvel écosystème médiatique trouvera peut-être un terrain fertile et s'épanouira au lieu de continuer à ne plus finir de dégringoler...

Dé-JOBSisation accélérée d'Apple?


Ça reste des rumeurs, mais des rumeurs très insistantes, sauf que là, Bloomberg vient de mettre sa crédibilité en jeu en annonçant que Apple va bel et bien lancer un mini-iPad. 

Le blogue de Benoît Descary, l'endroit de choix pour se tenir fermement au courant des nouveaux dans le milieu des nouvelles technologies, souligne ce matin que l'agence de presse spécialisée se base sur pas moins de quatre sources pour affirmer que la rumeur est vraie.

L’iPad Mini aurait un écran de 7.85 pouces (contre 9,7 pouces pour le "grand" iPad). Il vient concurrencer le Nexus 7 sortie en début d'été et le Kindle Fire (la version 2, qui est supposée sortir bien tôt) sur le marché des liseuses évoluées que sont les petites tablettes.

Mais les rumeurs sont des rumeurs et les seuls à pouvoir lever le voile restent en premier lieu Apple.

À moins que la compagne soit derrière les "fuites" pour tester le marché et que nous sommes fasse à une intoxication. Mais l'intensité actuelle des rumeurs ressemble trop à celle qui précédait le lancement initial du iPad (qu'on appelait iSlate à l'époque).

La vraie nouvelle

Moins d'un an après la disparition de Steve, Tim le nouveau PDG irait à l'encontre de ses dernières volontés ? Steve avait réaffirmé fermement qu'il n'irait jamais vers des ipads plus petits!

Mais la demande me semble être du côté des petites tablettes en ce moment. Le marché est chaud. Il est donc tentant pour Apple de proposer cette liseuse évoluée.

Par contre, ça me semble être un drôle de geste de leur part: Apple suit le marché!?! Ce n'est pas l'Apple que je connais que j'ai bien voulu me faire croire.

C'est plutôt ça la vraie nouvelle à mon avis. Ce mini-ipad est un symptôme d'une dé-JOBSisation accélérée de la compagnie...

Déjà qu'en début d'été Apple avait tenté de s'extraire de contraintes environnementales et que, sous la pression populaire, la compagnie a reconnu son erreur! Même au pire temps de la crise des antennes du iPhone 4, Steve ne s'était jamais excusé. Il avait donné des cadeaux, il s'était expliqué, mais il n'avait pas avouer avoir fait "une erreur".

Avec le récent succès judiciaire contre Samsung, Apple se tient-elle maintenant du côté du conservatisme et délaisse l'innovation?

Pourquoi je vote

Le DGE (Directeur général des élections du Québec) fait une campagne de promotion tout azimut en ce moment pour encourager le vote (des jeunes surtout) pour l'élection en cours.




J'ai participé à une de leurs campagnes où on nous demande d'expliquer la raison pourquoi on devrait voter. Je n'y vais pas par quatre chemins.

La voici:

Plus d'informations : pourquoijevote.qc.ca et monvote.qc.ca/fr

Bien entouré

Je suis bien entouré dans cette micro-campagne qui débute aujourd'hui. Le DGE a demandé à trois autres blogueurs de renom, comme mon collègue Benoît Descary:

Et Gab Roy


Et Julie Desormaux

N'hésitez pas à faire partager ces vidéos dans vos réseaux! Les études montrent que la façon la plus sûr de faire voter quelqu'un qui ne sait s'il va voter ou non est d'être soi-même convaincu d'aller voter. Partagez vos convictions pour la démocratie.

Blogueur un jour, blogueur toujours

Il y a toujours ces petites perles qu'on trouve dans la blogosphère:
"Once you have a blog you notice more, you start to think “I might write about this on my blog” "What do I want to say?” “What will people’s reaction be?”. Over time you get better at noticing and the better at noticing you get the more noticed you get! You end up in the wonderful collective web of “Oooh that’s interesting” which I now wouldn’t ever want to be without."
Source
L'auteur de cet extrait faisait référence à Dave Weinberger qui affirmait il y a fort longtemps que bloguer c'est “writing ourselves into existence”.

Écrire semble être une façon de saisir la réalité et de s'y inscrire. Pas étonnant que les médias sociaux aient autant de succès auprès de la population.

Ça me fait penser à un billet de Clive Thompson qu'il a écrit l'an passé, à peu près à pareille date ("The Art of Public Thinking"), où il développait pourquoi le fait qu'il bloguait moins souvent lui donnait l'impression qu'il n'arrivait plus à penser.
"I feel like I’m losing some of my ability to think. Why? Because I’m not blogging any more." (source)
Écrire, dit-il, est une façon de formaliser sa pensée sur un sujet. Écrire pour un public force de sucroît à trouver les faiblesses de sa pensée et à les corriger. Sans public, que ce soit une personne ou des milliers, il est facile de remplir les trous de sa pensée de façon paresseuse.

Clive fait ensuite référence à un article de Robin Sloan (“The Art of Working in Public”) qui illustrait le génie de l'écriture en public ("the unique cognitive style of public thinking").

Dans son billet Sloan dit que non seulement l'auteur du blogue trouve son compte à partager ses idées, mais que le lecteur appréciait pouvoir faire un tour guidé dans la tête du blogueur:
"Working in public like this can be a lot of fun, for writer and reader alike, but more than that: it can be a powerful public good. The comments on Matt’s post all go something like this: Hey, thank you. I’m running a small studio myself, and this is really instructive. When you let people inside your head, they come away smarter."
(source)
C'est ce que j'aime des blogues, ce partage des stratégies de vie...

Élection Québec 2012 et Twitter

Depuis le printemps érable, à l'automne 2012, ce soulèvement estudiantin québécois qui a dégénéré en une indignation populaire (et qui trouve son aboutissement dans l'élection  actuelle), la montée des médias sociaux, et de Twitter en particulier, a suscité une question qui revient de plus en plus dans les médias: est-ce que ces élections québécoises seront 2.0?

J'avais commencé à répondre à la question sur mon autre blogue, Triplex : pour un politicien, être présent sur les médias sociaux, ça représente des risques, mais aussi des avantages car il peut créer un lien direct avec la population, par delà les journalistes, relais traditionnels.

Est-ce que ça fera de cette élection une élection 2.0? Non. Il ne suffit pas d'ouvrir un compte Twitter au déclenchement des élections pour qu'elle devienne «2.0».

Surtout si on ne compte l'utiliser que comme une extension des communications traditionnelles (communiqué de presse, langue de bois, unidirectionnel descendant), on reste en fait davantage dans le domaine de la communication que de la politique.

S'il y a du «2.0», ça serait alors du «média 2.0». 

Mais c'est tout de même déjà ça de gagné.

Le mythe du temps perdu

Pour être présent sur les médias sociaux, certains politiciens doivent surmonter la crainte viscérale de paraître trop "suiveux" (on se fait reprocher d'utilsier le dernier gadget à la mode) ou pas "sérieux" (Twitter serait le grand frère du SMS, canal qu'on reproche de créer des décérébrés).

Pour vous donner une idée de la pression qu'ils peuvent ressentir, voici ce qui a été publié dans le courrier des lecteurs du Devoir, lieu où on se dit les «vraies affaires»:
«Pour être un hyperactif de Twitter, comme des dizaines de personnes qui gravitent dans la sphère politique en sont, il faut y mettre un nombre d’heures tel que la conséquence très probable de cette implication est de couper les utilisateurs d’une réalité politique et sociale beaucoup plus nuancée et certainement moins dramatique que les bombes qu’elles tentent de faire exploser à tout moment. »
Ludovic Soucisse - finissant à la maîtrise en science politique à l’Université Laval (ses recherches portent essentiellement sur la couverture médiatique de la politique au Canada et au Québec.)
Source
Au lieu de «hyperactif de Twitter» il aurait pu aussi bien choisir «boulimique» ou «accro» que l'effet aurait été le même. L'auteur entretient l'idée qu'être sur Twitter, c'est nécessairement prendre beaucoup de son (précieux) temps qui pourrait être utilisé à meilleur escient. 

Si on met «un nombre d'heures» à gazouiller, c'est nécessairement au détriment d'autres activités à son agenda, non?. C'est un jeu à somme nul, non?

Non.

Il est impossible de mettre «des heures» à écrire des gazouillis. À coup de 140 caractères, on met au mieux 1 minute à écrire sa pensée. Pas question ici de sortir un aphorisme nietzschéen, bien sût. On parle de recopier une pensée qui nous traverse l'esprit.
Si on sort 60 gazouillis par jour, on atteint une heure en temps continu. Mais est-ce une heure de perdue? Est-ce que réellement le politicien a arrêté un discours, un interview, une réunion pour se mettre à gazouiller? Non, il a rempli ces moments morts qui se trouvent tout le long de sa journée (dans le taxi, l'autobus, avant le début d'un discours). 

Il a augmenté la quantité de choses qu'il a faites dans son agenda. Il a rempli les petits interstices de son agenda pour justement commenter son implication politique et la réalité qu'il vit.

«Coupés de la réalité»?

Ceci dit, il est vrai que la «réalité politique et sociale [est] beaucoup plus nuancée» comme l'auteur du courrier des lecteur le dit si bien. Mais à ce compte, toute médiation est une trahison. Les journalistes aussi réduisent les nuances de la vraie vie politique et sociale pour entrer dans les contraintes de temps ou d'espace de leur médium.

Si on persiste à penser qu'on peut faire une couverture journalistique ou un discours politique en 140 caractères, il y a évidemment de quoi s'inquiéter. La limite d'espace sur Twitter s'apparente davantage celle d'un titre d'article ou d'un mot d'esprit. 

J'écrivais dans le même billet sur Triplex que gazouiller est devenu une extension de l’agora, ce lieu de rassemblement et d’échanges. Les échanges sont un point de départ de la politique. Verra-t-on deux politiciens débattre sur leur compte Twitter? Si on a en tête un dialogue entre Bernard Pivot et Umberto Eco à Bouillon de culture, il y en aura quelques-uns qui seront déçus évidemment. Il faut accepter simplement que ce soit un bref échange, entre deux personnes.

Twitter, média d'interpellation et arène romaine

Si on veut qu'il y ait un véritable débat, il faut que ça se poursuive ailleurs. Twitter est un déclencheur, un média d'interpellation. Pour qu'il y ait des élections 2.0, il faut donc tout un écosystème pour que la conversation se poursuive (dans un forum, une liste d'envoi, un blogue, une interview, etc.). La pensée en profondeur ne se fait pas sur un seul gazouillis, mais elle y mène pour peu qu'on y ajoute un hyperlien. 

Au mieux la twittosphère est une arène romaine où les spectateurs votent avec leurs pouces sur le sort des gladiateurs. Si on s'en tient au spectacle, ce ne sera que du pain et des jeux. Si le débat se poursuit dans les gradins, alors là on commence à changer.

«Politique autrement»?

On parlera d'élection 2.0, de politique 2.0 et de démocratie 2.0 (qui sont trois concepts différents) quand les choses se feront «d'une nouvelle manière» (à commencer par cesser de mettre des «2.0» partout).

Nous sommes loin de voir les politiciens converser avec son électorat (pour justement faire ressortir toutes les nuances de la réalité politique), faire remonter des idées de la base (et ce, en tout temps et non 1 fois tous les 4 ans), repenser la représentativité (qui dépasse largement le fait d'être sur une liste électorale).

Cette fois-ci «n'est pas la bonne». Ce ne sera pas une «élection 2.0». Et ce n'est pas grave. 

Nous ne sommes pas dans un pays gros comme les États-Unis où Obama a effectivement intérêt à utiliser les nouveaux canaux de façon massive. Une petite nation est déjà un réseau social et les réseaux socionumériques ne remplacent pas aussi essentiellement les relations de proximité qui sont perdues quand on est un "pays-continent".

Cette fois-ci ce sera plutôt une poursuite de l'intégration des médias sociaux aux médias traditionnels, mais avec une sauce politique.

Les politiciens apprivoiseront la communication sur ces nouveaux canaux, mais ce sera une minorité. Ceux-là vont tenter de gérer l'agenda médiatique, peut-être à coup de "bombe", peut-être par du "salissage 2.0". Je souhaite que non -- une grenade, même en gazouillis, peut toujours nous exposer à la figure.

La twittosphère est un lieu pour la société civile et les politiciens auront fort à faire pour s'y trouver confortables. Ça va venir. Mais pas en 35 jours.

Vos photos qui peuvent vous dénoncer

C’est l’histoire d’un employé dans un Burger King qui a téléchargé en ligne une photo où l’on voit ses pieds dans deux plats de laitues. 


 «Voici la laitue que vous mangez chez Burger King» écrit-il anonymement sur le réseau 4chan, un site de partage de photos.

Il est peut-être un employé frustré, mais il n'est pas un employé futé. Il a oublié de retirer les méta-données qui permettent de géolocaliser une prise de vue. 

Déroulement

  • Lundi 16 juillet à 11:38pm la photo est déposée sur 4chan.
  • 9 min plus tard quelqu’un avait déjà retrouvé la ville (Mayfield Heights, Ohio)
  • 3 minutes après quelqu’un avait trouvé l’adresse du Burger King
  • Un autre 5 minutes de plus et voilà qu'on avait déjà contacté les journalistes 
  • Exactement 20 minutes après que la photo a été mise en ligne, un message était envoyé à Burger King, c'en était fini...
Le lendemain matin, le manager responsable de l’ouverture était déjà au courant et l’employé était identifié! 


Morale? 
Si vous voulez faire le malin, ne postez pas n’importe où vos photos avec des métadonnées...
Et même si vous ne voulez pas faire le malin, vos photos en lignes sont peut-être des mouchards qui indiquent où vous avez pris ces photos de chalets, de maison, de votre famille...

Le bras politique de Wikipédia?

La confiance collective que nous portons en l'encyclopédie ouverte qu'est Wikipédia lui donne un certain pouvoir auquel on ne s’attendait pas. J'ai effleuré le sujet vendredi sur le blogue Triplex de Radio-Canada (Le pouvoir d’une encyclopédie). Reprenons un tout petit peu plus en profondeur ici.


Mon petit clin d'oeil à Diderot, D'Alembert et Wales
C'est partie d'une nouvelle de la semaine passée.

On apprenait que la partie russe de Wikipédia avait fermée pendant une journée pour protester contre l’initiative du gouvernement russe de censurer Internet dans le pays (en permettant de censurer et de fermer tout site Internet jugé « illégal » en créant une liste noire, à la manière du gouvernement chinois). 

Ça nous rappelle cette fermeture partielle de Wikipédia (anglais), en janvier, en protestation contre le projet de loi SOPA. 

Or, le fondateur du site, Jimmy Wales a répété jeudi dernier que l'encyclopédie n’hésiterait pas à recommencer, s’il le faut, pour protéger l’accès libre à l’information en ligne que menacent ces multiples lois gouvernementales qui tentent partout dans le monde de museler Internet. 

Il Elle a donc recommencé en Russie. (MàJ Voir note pour la correction)

Sans vouloir exagérer la portée politique de ce geste, il me semble que nous avons là, tout de même, un rapport de force intéressant entre les gouvernements et l'encyclopédie qui n'est pas anodin. 

Wikipédia continue-t-elle un combat commencé quelque deux cent cinquante années auparavant?

Savoir, c'est pouvoir 
Le projet d'encyclopédie, tel que conçu par Diderot et d'Alembert, avait un but résolument révolutionnaire. Le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, publié entre 1751 et 1772, offrait des définitions de mot qui avaient une connotation politique et s'inscrivait dans la révolution intellectuelle de l'époque, les Lumières. 

Le XVIIIe siècle a été marqué par un rationalisme venu du renouveau philosophique, une pensée axée sur la raison (qui doit beaucoup à Kant et à Descartes). On s'accorde à dire comment cette encyclopédie a préparé la Révolution française de 1789 en tentant de changer la façon dont les gens pensent.

La filiation avec Wikipédia que je vois tient surtout au rôle qu'une encyclopédie peut jouer dans la sphère politique. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'encyclopédie qui se soit approchée autant de la scène politique que Wikipédia depuis celle de Diderot et d'Alembert.

Touchez pas à mon encyclopédie
Quand des projets de loi touchent directement la neutralité et l’accès aux contenus en ligne, Wikipédia se réserve maintenant le droit de réagir et de faire enrager des millions d’utilisateurs en bloquant l'accès à son contenu pendant une journée.

Il est possible ainsi de faire passer un message à tout un pan de la population qui est justement très sensible à l’accès et à la diffusion des savoirs. Quand Wikipédia ferme, c’est le spectre de la noirceur qui s’annonce. Aucun gouvernement d’un pays démocratique ne souhaite ce genre de publicité.

Je concluais ainsi dans mon autre billet: « "Du pain et des jeux" , disait-on en haut lieu pour conserver la quiétude dans la cité. Faudra-t-il bientôt ajouter : " …et Wikipédia?" »

Il me semble encourageant que retirer l'accès à une encyclopédie devienne un "sujet chaud" socialement parlant. Que retirer l'accès à la connaissance soit un irritant majeur est en soi un signe de bonne santé démocratique!

Je sais, donc je suis
On pourra penser ce que l'on veut de Wikipédia,  mais en tant que fille du web, et donc devant la surabondance des informations et des savoirs en ligne, elle reprend les réflexions qui avait déjà court à l'époque de l'Encyclopédie et Diderot et d'Alembert à propos de l'hiérarchie des connaissances, de son accès et de son partage.

À la manière des encyclopédistes, les wikipédistes confrontent aussi un certain ordre des choses. Peut-être pas comme l'auraient fait les philosophes de l'époque (et surtout pas de façon aussi anonyme et collective que pour Wikipédia), mais en rendant accessible une connaissance du monde, du très scientifique au plus trivial, on voit une société civile qui s'autonomise davantage par rapport à la sphère politique.

Souffrir pour savoir n'est plus une fatalité
Les détracteurs de Wikipédia, et a fortiori de ce billet vantant un certain pouvoir politique pour cette encyclopédie en ligne, me semblent en général tomber dans deux a priori qui les empêchent de bien apprécier sa portée.

Leurs deux objections n'ont plus cours en cette ère de surabondance d'information et d'ubiquité de l'accès:

A) il faut de l’effort pour apprendre, de la peine et de la fatigue pour assimiler
B) on apprend qu'avec les maîtres, en les imitant, et avec du travail, par l’expérience

La proposition païenne de «tout savoir en un clic» heurte leur sensibilité héritée du judéo-christianisme.

Le travail d'apprentissage doit être laborieux et solitaire, corvée dont le fruit doit se mériter dans la douleur et la culpabilité, lots des Hommes hors de l'Eden.

C'est à mon avis une façon révolue de concevoir l'accès et l'assimilation de la connaissance.

La compréhension est, quant à moi, d’abord et avant tout, un acte intersubjectif. Le réseau a drastiquement réduit la difficulté d'accéder au savoir et de le partager.

Wikipédia n'est pas seulement une accumulation d'information, c'est aussi un contexte nouveau. Elle radicalise la simplification et la démocratisation des savoirs. Elle offre une rapidité et une facilité de consultation des liens qui mène à une autonomie de jugement pour celui qui explorent ces liens.

Ce jugement vient moins des "idées révolutionnaires" dans le texte, que de la liberté de penser par soi. 

«Je décide quel article lire, quand et comment. J'y fait mes propre ajouts au besoin -- ou du moins je sais que j'en ai la possibilité. Avec Wikipédia, je trouve la réponse à des questions d'ordre général (et même particulier) qui fait de moi un citoyen plus éduqué, donc plus impliqué»

Fermer Wikipédia est un retour en arrière pour ces gens. Et ce geste politique, cette fermeture, en le confrontant à un projet de loi, au USA ou en Russie, montre quel retour en arrière leur est potentiellement proposé par un gouvernement.

Le bras politique de Wikipédia fait ses premières musculations. Le temps dira s'il peut faire à répétition de tels bras de fer...

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Je suis bien curieux de connaître ce que vous inspire cette piste de réflexion.

(je mettrai un lien vers votre blogue à la fin du billet si vous désirez poursuivre la conversation ailleurs).

Mon bilan du #fmlf2012

De retour du Forum mondial de la langue française, où j'ai pu animer deux activités sur le rayonnement de la culture francophone et de la langue française dans l’univers numérique, voici mon bilan.

Pour les auditifs, j'ai donné une entrevue sur le sujet à la radio de Radio-Canada (émission La Sphère)
Le nouvel univers numérique

Les questions entourant spécifiquement le « nouvel univers numérique » ont été débattues au Forum durant la journée de jeudi. Le numérique est l’une des 4 grandes thématiques du Forum (les autres étaient l’économie, la culture et la diversité linguistique). Normal que le numérique soit présent. Comme il s’insère maintenant partout dans la société, parler de la langue française sans parler de numérique n’a pas de sens.

C’est d’ailleurs de cette façon que le conférencier principal, le professeur Doueihi a présenté la place du numérique dans la francophonie. (Milad Doueihi est titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval. Il a été ma plus belle découverte du Forum. Érudition, vulgarisation et avec une bonne vision synthétique pour résumer le passé et nous projeter dans l'avenir).


M. Doueihi a commencé en rappelant que le numérique est arrivé si vite qu’on a de la difficulté à bien voir ce que c’est. Est-ce un outil? Une technique? Il a bien identifié qu’aujourd’hui c’est aussi (sinon plus) quelque chose comme une nouvelle forme de sociabilité, ce qu’il appelle une sociabilité numérique.

Cette sociabilité numérique est une nouvelle manière d’être ensemble, et donc voilà pourquoi ça concerne la francophonie. La francophonie a donc un rôle à jouer dans le numérique.

Le rôle que la Francophonie peut jouer


Puisque le monde anglophone domine grâce aux outils et aux plateformes que l’on retrouve partout en ligne, M. Doueihi, dit qu’il faut non pas trop se concentrer sur les contenants, mais bien sur les contenus. Il faut à tout prix assurer la visibilité du contenu francophone: les rendre repérables, trouvables, partageables.  Il faut développer et maitriser des stratégies de visibilité efficaces. 

Il a raison, 5% des contenus en ligne est en français, c’est beaucoup, mais pas assez pour qu’on les retrouve tout seuls. Sinon, un à un, les francophones vont se noyer dans du contenu non francophone. La Francophonie (avec un F majuscule, on parle de l'Organisation), en tant que représentant, a un rôle de catalyseur à jouer. Mais elle ne trouvera pas le rôle facile.

Crise de la représentation



M. Doueihi dit que le défi est doublé d’une crise de la représentativité. Les modèles de la représentation classique ne tiennent plus en ligne. 


On est passé d’un modèle hérité de la tradition siècle des lumières, basé sur la représentation de la volonté générale, c'est-à-dire qu’on élit des gens qui eux sont mandatés pour parler en notre nom et nous représenter. Aujourd’hui cette sociabilité numérique fragilise le modèle de la représentation traditionnelle. Le numérique opère une rupture dans la société.

Avec le numérique, il y a un retour à la base, vers l’horizontal, où les gens se représentent eux-mêmes.

Ce qui «délégitimise» les institutions qui disent nous représenter. (C'est de la musique à mes oreilles. Les lecteurs de mon blogue savent qu'on y discute ici depuis 2004 de ces mutations politiques, culturelles et sociales).


La Francophonie, selon M. Doueihi, doit surtout encourager le modèle collaboratif et participatif et donner à la sociabilité numérique une légitimité. C’est en favorisant l’agilité des gens avec le numérique que la francophonie peut améliorer la circulation des contenus francophones.


Les trois défis de la francophonie

En animant les deux panels durant la journée de jeudi, des intervenants m'ont fait remarquer qu’il existe d’autres défis. À part la visibilité des contenus francophones, j’en ai retenu deux.


Ces défis sont (1) la fracture numérique et (2) la conservation du patrimoine. Ils ont été évoqués durant le premier panel. Ce panel était organisé par l’Institut français et le Conseil des Arts et Lettres du Québec où des intervenants ont été invités à présenter leurs expériences, leurs visions et leurs pratiques en matière de coopération numérique. (voir mon billet précédent)

1- La fracture numérique



M. Pierre Ouédraogo, directeur de la Francophonie numérique à l’Organisation internationale de Francophonie, a rappelé qu’il existe des pans entiers de la société qui n’ont pas accès à Internet, notamment en Afrique. Or ce continent représentera la moitié de la francophonie au milieu du 21e siècle.


Comme le numérique s’insère maintenant partout dans la société, une fracture numérique annonce donc, aussi, comme une fracture dans la francophonie.

2- La conservation du patrimoine.

Le patrimoine est souvent considéré comme tel quand «il a survécu à l’oubli» (pour reprendre la belle image de M. Doueihi sur le panel). Or aujourd’hui la technologie nous a volé le besoin de faire appel à notre mémoire. C’est elle qui décide ce qui est conservé.

M. Doueihi appelle ça la blessure numérique. Nous nous sommes fait spolier une partie de nos compétences. Il ajoute ensuite qu'il ne nous reste alors plus que la «possibilité d’oublier». Oublier est une autre façon de dire qu’il faut faire des choix pour trier et sélectionner.


La francophonie a un besoin urgent de «plateformeurs»*

(*MàJ: J'ai modifié l'intertitre pour reprendre l'expression de Bruno Boutot)


La conclusion concernant le patrimoine me semble être un des beaux effets concrets du Forum.

Les élites des institutions, en haut, ont une conception classique du patrimoine (« c’est ce qui a survécu à l’oubli ») et se voient confronté à cette énorme masse de contenu qui se créée spontanément partout en ligne.Beaucoup de projets en ligne sont développés et portés à bout de bras par des francophones, bénévoles et entrepreneurs, fiers et passionnés, exsangues, mais batailleurs.


Tous des projets et contenus produits par la base. Or il ne leur manque que le financement pour continuer. 


Mais les structures de financement des institutions comme la SODEQ ou le CALQ ne sont pas encore structurées pour répondre à une culture numérique qui ne remplit pas les critères industriels traditionnels.

À la fin de la journée, M. Gauthier, directeur général du CALQ est venu dire un mot de la fin. Il a clairement été impressionné par le courage et l'ingéniosité de projets (voir la liste sur mon précédent billet) qu'il a vu. 

Il a créé le joli terme "plateformeur" pour identifier ces gens qui crée des plateformes, structurantes et collaboratives, qui permettent de relier les gens, les artistes, ensemble. 

Il a reconnu que sa structure de financement n'est pas réellement adaptée pour les accueillir, mais qu'à partir de maintenant il allait voir comment son organisme pourrait leur faire une place.

Juste pour avoir entendu ça, ce premier Forum mondial de la langue française avait un sens.

Animation au Forum mondial de la langue française

Je vais animer deux tables rondes ce jeudi (5 juillet 2012), dans le cadre du premier Forum mondial de la langue française (#fmlf2012) qui se déroule à Québec toute cette semaine.



L'Organisation internationale de la francophonie offre à des centaines de participants francophones de la société civile des échanges et des réflexions portant sur les enjeux relatifs à la place et à l’avenir du français.

Un des quatre grands thèmes du Forum est le « nouvel univers numérique » qui sera débattu durant une journée complète, le 5 juillet prochain (lire mon billet sur Triplex)

Dans ce cadre, l'Institut français et le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) proposent le Rendez-vous numérique des cultures de la Francophonie, qui se décline en deux activités que j'ai l'honneur d'animer.
En avant-midi : une table ronde qui vise à brosser un portrait des projets de coopération numérique dans les milieux culturels de la francophonie.
En après-midi : des organismes de la francophonie sont invités à faire connaître des projets visant à créer, diffuser ou partager des contenus culturels francophones en ligne.


1) Table ronde en avant-midi
« Paysages numériques des cultures de la Francophonie » 


De grands panellistes ont été invités à présenter leurs expériences, leurs visions, leurs pratiques en matière de coopération numérique pour favoriser les échanges culturels entre les communautés francophones.

Pierre Ouédraogo, directeur de la Francophonie numérique à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il est considéré comme le père de l'Internet au Burkina. Il montrera comment les biens communs de la société de l'information peuvent apporter un début de réponse à cette problématique.

Milad Doueihi, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l'Université Laval de Québec. Il a publié deux ouvrages soit La Grande Conversion numérique en 2009 et Pour un humanisme numérique en 2011. C'est lui qui donne la grande conférence qui ouvre la journée du numérique

Uros Petrevski, designer chez Nodesignlab, qui vient présenter entre FabWall, le premier papier peint de réalité augmentée.

Luc Courchesne, artiste en arts numériques de renommée internationale, membre fondateur de la Société des arts technologiques (SAT) et professeur à l'École de design industriel de l'Université de Montréal.

Simon Villeneuve, enseignant et contributeur à Wikipédia, très actif au sein du Comité Québec de Wikimédia.




2) Table ronde en après-midi
« Babillard numérique » 

Une table ronde de présentation de projets numériques de collaboration en arts et en culture. Les représentants des organismes porteurs de projets numériques seront là pour parler de leur projet, site ou plateforme.

 ifverso.com,  présenté par Annick Lederlé. IF Verso est une plateforme numérique qui offre à la fois une base de données de titres français traduits en langues étrangères et un espace réseau collaboratif destiné aux membres du réseau culturel français et aux professionnels du livre en France et à lʼétranger.

nt2.uqam.ca, présenté par Alice van der Klei. Nouvelles technologies, Nouvelles Textualités est un laboratoire qui sʼintéresse aux nouvelles formes de textes et dʼœuvres hypermédiatiques.

Teatricus.com, présenté par Simon Gauthier, son fondateur. Teatricus soutient lʼaction des acteurs du milieu des arts et de la culture en proposant aux diffuseurs, aux producteurs et aux artistes de toutes les disciplines des outils numériques pour faciliter leur développement professionnel.

Vitheque.com, présenté par Jason Paré. Vithèque est une plateforme en ligne qui donne accès à des documents vidéographiques, comme des essais, des documentaires, des fictions ou des vidéos dʼart, réalisés par des artistes indépendants.

Airelibre.tv, présenté par Simon Paradis. Airelibre.tv est une webtélé pour la littérature, les arts visuels et les arts de la scène.

Ci-diguente.net, présenté par Marion Louisgrand Sylla, La plateforme collaborative Ci-Diguente a été développée pour encourager le partage de ressources et de connaissances en lien avec lʼart et la technologie et relie lʼAfrique et les Caraïbes.

(Addendum: voir mon bilan ici)


Mes billets publiés sur Triplex en juin 2012

Voici mes 6 billets écrits sur mon autre blogue, Triplex, le blogue techno de Radio-Canada, le mois dernier. J'y suis d'un peu plus près l'actualité techno, tout en privilégiant tout de même les nouvelles qui ont des impacts sur la société. 

Durant ce mois de juin, j'ai touché l'Open Data, l'informatique quantique et fait un peu un retour vers le futur en comparant l'environnement informatique d'il y a 20 ans avec celui d'aujourd'hui.

Triplex 

Données ouvertes : la méthode Obama (4 juin 2012)
On savait déjà que le président américain, Barack Obama, avait ordonné l’an passé à toutes les agences fédérales qui ont un lien direct avec le public d’améliorer leurs services à l’aide des nouvelles technologies. Voilà qu’en mai, le président a haussé le ton en exigeant que toutes les agences fédérales mettent en place des interfaces de programmation (API).


Les pires mots de passe piratés sur LinkedIn (7 juin 2012)
Quand Linkedin s'est fait pirater en début juin, la liste des mots de passe s'est retrouvée sur le web. LeakedIn.org (notez le beau jeu de mots entre Linked et Leaked) possède une copie de ces mots. Et il semble que bien du monde utilise des mots de passe très peu fiable.


La fin du pixel (12 juin)
Sur la sortie du nouveau MacBook pro 15 pouces avec écran Rétina et sa densité de 220 pixels, une densité de pixels supérieure qui rend le pixel imperceptible pour un oeil humain.

Le qubit qui vivait plus d’une seconde sur un diamant (15 juin)
Cette seconde peut vous sembler courte, mais elle est primordiale pour les ordinateurs quantiques pour effectuer des calculs complexes et est essentielle pour les répéteurs quantiques qui seront à la base du réseau de communication inviolable de demain. Avec un ordinateur quantique, il  sera possible de faire des simulations avec des quantités astronomiques de données en un temps record.

Flame : cyberespionnage et guerre virale dans votre salon (20 juin)
Flame a été identifié en juin et il est le puissant et le plus complexe virus informatique. Il s’infiltre sans se faire détecter, en changeant sa « signature », et possédant ses propres librairies de codes et son propre serveur intégré. Il semble acquis que ce soit une oeuvre conjointe d'Israël et des États-Unis.

Rio+20 : nous vivons dans leur futur! (22 juin)
Alors qu’en 1992, on ne comptait que quelques serveurs en Europe et que le web n’était pas accessible sur des micro-ordinateurs, aujourd’hui, nous pouvons converser avec FaceTime sur un iPad partout où il y a du WiFi, et ce, sans même savoir programmer. Mais il devient pressant de clarifier cette question pour l’avenir : le tout-Internet est-il durable?

Francophonie : la grande conversion numérique (29 juin)
La grande conversion numérique, c’est la « remise en cause fon­da­men­tale et pro­fonde de tous les éléments cons­ti­tu­tifs d’une vision du monde ». Le numé­ri­que est essentiellement un pro­ces­sus qui contribue à l’émergence d’une nou­velle culture. Les discussions tourneront autour de la langue française comme vectrice d’innovation et de créativité dans ce monde virtuel. Sera-t-elle à la hauteur?

Le cul-de-sac des étagères infinies

À la question posée à Colin L. Powell, l'ancien secrétaire d'État sous Bush fils, dans le Book Review du NYTimes d'aujourd'hui ("quel est le prochain livre que vous allez lire"), il répond:
«"Sigh". C'est ça le problème. Je n'arrête pas de télécharger de nouveaux livres sur ma liseuse, et je n'arrive pas à me décider lequel lire. Le désir d'acquérir des livres électroniques se fait tellement de façon impulsive, instinctive, que je ne sais plus à la fin ce qui se trouve sur mes étagères électroniques (e-shelfs). Et quand je regarde, j'y vois des titres que je ne reconnais même pas, ou du moins dont je ne me rappelle ni avoir voulu ou ni avoir acheté» (dimanche 1 juillet 2012, page 8)
Dans un monde de surabondance, notre rapport aux objets change. Avec la surabondance de ebooks, c'est toute notre relation avec les livres qui est aussi chamboulée...

Je ne parle pas directement de la valeur économique, mais de la valeur perçue d'un livre qui se trouve sur les étagères infinies de nos Kindle, Gobo, iBooks, Google Play...

La possibilité de rajouter rapidement, facilement, à faible coût, des livrels sur nos étagères infinies n'est pas nécessairement une bonne chose sur le long terme.


Trop de choix paralyse

Il me semble que la métaphore des étagères de bibliothèque pour conserver ses livres ne tiendra pas la route encore longtemps. Je m'attends à ce qu'y ait une percée de ce côté pour "stocker" intelligemment nos livres électroniques. Les faire tenir sur une étagère infinie est un cul-de-sac dans un monde de surabondance...

Davantage de métadonnées doivent être conservées sur les livres qu'on achète : date, après quel type de recherche, l'ordre des achats, qui me l'a recommandé, quel est le bout de texte ou l'ami qui m'a donné le goût de l'acheter, où mes amis sont rendus à lire ce livre, classement par popularité de téléchargement de mon réseau ou de la plateforme, annotations sur le livre lui-même (et juste dans le livre), classement par thème de l'actualité (mots clés), etc...

Si un livre possède un attrait quand il est trouvé dans un certain contexte de promotion (pubs, recommandations automatiques, filtrage social), ce contexte disparaît complètement sur nos étagères personnelles.

Un algorithme pourrait établir une forme de présentation éditoriale de nos livres non lues à même notre collection.

Qu'y a-t-il de moins d'excitant que de parcourir une simple liste infinie de livres qu'on a déjà pensé avoir voulu lire...