ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Dé-JOBSisation accélérée d'Apple?


Ça reste des rumeurs, mais des rumeurs très insistantes, sauf que là, Bloomberg vient de mettre sa crédibilité en jeu en annonçant que Apple va bel et bien lancer un mini-iPad. 

Le blogue de Benoît Descary, l'endroit de choix pour se tenir fermement au courant des nouveaux dans le milieu des nouvelles technologies, souligne ce matin que l'agence de presse spécialisée se base sur pas moins de quatre sources pour affirmer que la rumeur est vraie.

L’iPad Mini aurait un écran de 7.85 pouces (contre 9,7 pouces pour le "grand" iPad). Il vient concurrencer le Nexus 7 sortie en début d'été et le Kindle Fire (la version 2, qui est supposée sortir bien tôt) sur le marché des liseuses évoluées que sont les petites tablettes.

Mais les rumeurs sont des rumeurs et les seuls à pouvoir lever le voile restent en premier lieu Apple.

À moins que la compagne soit derrière les "fuites" pour tester le marché et que nous sommes fasse à une intoxication. Mais l'intensité actuelle des rumeurs ressemble trop à celle qui précédait le lancement initial du iPad (qu'on appelait iSlate à l'époque).

La vraie nouvelle

Moins d'un an après la disparition de Steve, Tim le nouveau PDG irait à l'encontre de ses dernières volontés ? Steve avait réaffirmé fermement qu'il n'irait jamais vers des ipads plus petits!

Mais la demande me semble être du côté des petites tablettes en ce moment. Le marché est chaud. Il est donc tentant pour Apple de proposer cette liseuse évoluée.

Par contre, ça me semble être un drôle de geste de leur part: Apple suit le marché!?! Ce n'est pas l'Apple que je connais que j'ai bien voulu me faire croire.

C'est plutôt ça la vraie nouvelle à mon avis. Ce mini-ipad est un symptôme d'une dé-JOBSisation accélérée de la compagnie...

Déjà qu'en début d'été Apple avait tenté de s'extraire de contraintes environnementales et que, sous la pression populaire, la compagnie a reconnu son erreur! Même au pire temps de la crise des antennes du iPhone 4, Steve ne s'était jamais excusé. Il avait donné des cadeaux, il s'était expliqué, mais il n'avait pas avouer avoir fait "une erreur".

Avec le récent succès judiciaire contre Samsung, Apple se tient-elle maintenant du côté du conservatisme et délaisse l'innovation?

Pourquoi je vote

Le DGE (Directeur général des élections du Québec) fait une campagne de promotion tout azimut en ce moment pour encourager le vote (des jeunes surtout) pour l'élection en cours.




J'ai participé à une de leurs campagnes où on nous demande d'expliquer la raison pourquoi on devrait voter. Je n'y vais pas par quatre chemins.

La voici:

Plus d'informations : pourquoijevote.qc.ca et monvote.qc.ca/fr

Bien entouré

Je suis bien entouré dans cette micro-campagne qui débute aujourd'hui. Le DGE a demandé à trois autres blogueurs de renom, comme mon collègue Benoît Descary:

Et Gab Roy


Et Julie Desormaux

N'hésitez pas à faire partager ces vidéos dans vos réseaux! Les études montrent que la façon la plus sûr de faire voter quelqu'un qui ne sait s'il va voter ou non est d'être soi-même convaincu d'aller voter. Partagez vos convictions pour la démocratie.

Blogueur un jour, blogueur toujours

Il y a toujours ces petites perles qu'on trouve dans la blogosphère:
"Once you have a blog you notice more, you start to think “I might write about this on my blog” "What do I want to say?” “What will people’s reaction be?”. Over time you get better at noticing and the better at noticing you get the more noticed you get! You end up in the wonderful collective web of “Oooh that’s interesting” which I now wouldn’t ever want to be without."
Source
L'auteur de cet extrait faisait référence à Dave Weinberger qui affirmait il y a fort longtemps que bloguer c'est “writing ourselves into existence”.

Écrire semble être une façon de saisir la réalité et de s'y inscrire. Pas étonnant que les médias sociaux aient autant de succès auprès de la population.

Ça me fait penser à un billet de Clive Thompson qu'il a écrit l'an passé, à peu près à pareille date ("The Art of Public Thinking"), où il développait pourquoi le fait qu'il bloguait moins souvent lui donnait l'impression qu'il n'arrivait plus à penser.
"I feel like I’m losing some of my ability to think. Why? Because I’m not blogging any more." (source)
Écrire, dit-il, est une façon de formaliser sa pensée sur un sujet. Écrire pour un public force de sucroît à trouver les faiblesses de sa pensée et à les corriger. Sans public, que ce soit une personne ou des milliers, il est facile de remplir les trous de sa pensée de façon paresseuse.

Clive fait ensuite référence à un article de Robin Sloan (“The Art of Working in Public”) qui illustrait le génie de l'écriture en public ("the unique cognitive style of public thinking").

Dans son billet Sloan dit que non seulement l'auteur du blogue trouve son compte à partager ses idées, mais que le lecteur appréciait pouvoir faire un tour guidé dans la tête du blogueur:
"Working in public like this can be a lot of fun, for writer and reader alike, but more than that: it can be a powerful public good. The comments on Matt’s post all go something like this: Hey, thank you. I’m running a small studio myself, and this is really instructive. When you let people inside your head, they come away smarter."
(source)
C'est ce que j'aime des blogues, ce partage des stratégies de vie...

Élection Québec 2012 et Twitter

Depuis le printemps érable, à l'automne 2012, ce soulèvement estudiantin québécois qui a dégénéré en une indignation populaire (et qui trouve son aboutissement dans l'élection  actuelle), la montée des médias sociaux, et de Twitter en particulier, a suscité une question qui revient de plus en plus dans les médias: est-ce que ces élections québécoises seront 2.0?

J'avais commencé à répondre à la question sur mon autre blogue, Triplex : pour un politicien, être présent sur les médias sociaux, ça représente des risques, mais aussi des avantages car il peut créer un lien direct avec la population, par delà les journalistes, relais traditionnels.

Est-ce que ça fera de cette élection une élection 2.0? Non. Il ne suffit pas d'ouvrir un compte Twitter au déclenchement des élections pour qu'elle devienne «2.0».

Surtout si on ne compte l'utiliser que comme une extension des communications traditionnelles (communiqué de presse, langue de bois, unidirectionnel descendant), on reste en fait davantage dans le domaine de la communication que de la politique.

S'il y a du «2.0», ça serait alors du «média 2.0». 

Mais c'est tout de même déjà ça de gagné.

Le mythe du temps perdu

Pour être présent sur les médias sociaux, certains politiciens doivent surmonter la crainte viscérale de paraître trop "suiveux" (on se fait reprocher d'utilsier le dernier gadget à la mode) ou pas "sérieux" (Twitter serait le grand frère du SMS, canal qu'on reproche de créer des décérébrés).

Pour vous donner une idée de la pression qu'ils peuvent ressentir, voici ce qui a été publié dans le courrier des lecteurs du Devoir, lieu où on se dit les «vraies affaires»:
«Pour être un hyperactif de Twitter, comme des dizaines de personnes qui gravitent dans la sphère politique en sont, il faut y mettre un nombre d’heures tel que la conséquence très probable de cette implication est de couper les utilisateurs d’une réalité politique et sociale beaucoup plus nuancée et certainement moins dramatique que les bombes qu’elles tentent de faire exploser à tout moment. »
Ludovic Soucisse - finissant à la maîtrise en science politique à l’Université Laval (ses recherches portent essentiellement sur la couverture médiatique de la politique au Canada et au Québec.)
Source
Au lieu de «hyperactif de Twitter» il aurait pu aussi bien choisir «boulimique» ou «accro» que l'effet aurait été le même. L'auteur entretient l'idée qu'être sur Twitter, c'est nécessairement prendre beaucoup de son (précieux) temps qui pourrait être utilisé à meilleur escient. 

Si on met «un nombre d'heures» à gazouiller, c'est nécessairement au détriment d'autres activités à son agenda, non?. C'est un jeu à somme nul, non?

Non.

Il est impossible de mettre «des heures» à écrire des gazouillis. À coup de 140 caractères, on met au mieux 1 minute à écrire sa pensée. Pas question ici de sortir un aphorisme nietzschéen, bien sût. On parle de recopier une pensée qui nous traverse l'esprit.
Si on sort 60 gazouillis par jour, on atteint une heure en temps continu. Mais est-ce une heure de perdue? Est-ce que réellement le politicien a arrêté un discours, un interview, une réunion pour se mettre à gazouiller? Non, il a rempli ces moments morts qui se trouvent tout le long de sa journée (dans le taxi, l'autobus, avant le début d'un discours). 

Il a augmenté la quantité de choses qu'il a faites dans son agenda. Il a rempli les petits interstices de son agenda pour justement commenter son implication politique et la réalité qu'il vit.

«Coupés de la réalité»?

Ceci dit, il est vrai que la «réalité politique et sociale [est] beaucoup plus nuancée» comme l'auteur du courrier des lecteur le dit si bien. Mais à ce compte, toute médiation est une trahison. Les journalistes aussi réduisent les nuances de la vraie vie politique et sociale pour entrer dans les contraintes de temps ou d'espace de leur médium.

Si on persiste à penser qu'on peut faire une couverture journalistique ou un discours politique en 140 caractères, il y a évidemment de quoi s'inquiéter. La limite d'espace sur Twitter s'apparente davantage celle d'un titre d'article ou d'un mot d'esprit. 

J'écrivais dans le même billet sur Triplex que gazouiller est devenu une extension de l’agora, ce lieu de rassemblement et d’échanges. Les échanges sont un point de départ de la politique. Verra-t-on deux politiciens débattre sur leur compte Twitter? Si on a en tête un dialogue entre Bernard Pivot et Umberto Eco à Bouillon de culture, il y en aura quelques-uns qui seront déçus évidemment. Il faut accepter simplement que ce soit un bref échange, entre deux personnes.

Twitter, média d'interpellation et arène romaine

Si on veut qu'il y ait un véritable débat, il faut que ça se poursuive ailleurs. Twitter est un déclencheur, un média d'interpellation. Pour qu'il y ait des élections 2.0, il faut donc tout un écosystème pour que la conversation se poursuive (dans un forum, une liste d'envoi, un blogue, une interview, etc.). La pensée en profondeur ne se fait pas sur un seul gazouillis, mais elle y mène pour peu qu'on y ajoute un hyperlien. 

Au mieux la twittosphère est une arène romaine où les spectateurs votent avec leurs pouces sur le sort des gladiateurs. Si on s'en tient au spectacle, ce ne sera que du pain et des jeux. Si le débat se poursuit dans les gradins, alors là on commence à changer.

«Politique autrement»?

On parlera d'élection 2.0, de politique 2.0 et de démocratie 2.0 (qui sont trois concepts différents) quand les choses se feront «d'une nouvelle manière» (à commencer par cesser de mettre des «2.0» partout).

Nous sommes loin de voir les politiciens converser avec son électorat (pour justement faire ressortir toutes les nuances de la réalité politique), faire remonter des idées de la base (et ce, en tout temps et non 1 fois tous les 4 ans), repenser la représentativité (qui dépasse largement le fait d'être sur une liste électorale).

Cette fois-ci «n'est pas la bonne». Ce ne sera pas une «élection 2.0». Et ce n'est pas grave. 

Nous ne sommes pas dans un pays gros comme les États-Unis où Obama a effectivement intérêt à utiliser les nouveaux canaux de façon massive. Une petite nation est déjà un réseau social et les réseaux socionumériques ne remplacent pas aussi essentiellement les relations de proximité qui sont perdues quand on est un "pays-continent".

Cette fois-ci ce sera plutôt une poursuite de l'intégration des médias sociaux aux médias traditionnels, mais avec une sauce politique.

Les politiciens apprivoiseront la communication sur ces nouveaux canaux, mais ce sera une minorité. Ceux-là vont tenter de gérer l'agenda médiatique, peut-être à coup de "bombe", peut-être par du "salissage 2.0". Je souhaite que non -- une grenade, même en gazouillis, peut toujours nous exposer à la figure.

La twittosphère est un lieu pour la société civile et les politiciens auront fort à faire pour s'y trouver confortables. Ça va venir. Mais pas en 35 jours.

Vos photos qui peuvent vous dénoncer

C’est l’histoire d’un employé dans un Burger King qui a téléchargé en ligne une photo où l’on voit ses pieds dans deux plats de laitues. 


 «Voici la laitue que vous mangez chez Burger King» écrit-il anonymement sur le réseau 4chan, un site de partage de photos.

Il est peut-être un employé frustré, mais il n'est pas un employé futé. Il a oublié de retirer les méta-données qui permettent de géolocaliser une prise de vue. 

Déroulement

  • Lundi 16 juillet à 11:38pm la photo est déposée sur 4chan.
  • 9 min plus tard quelqu’un avait déjà retrouvé la ville (Mayfield Heights, Ohio)
  • 3 minutes après quelqu’un avait trouvé l’adresse du Burger King
  • Un autre 5 minutes de plus et voilà qu'on avait déjà contacté les journalistes 
  • Exactement 20 minutes après que la photo a été mise en ligne, un message était envoyé à Burger King, c'en était fini...
Le lendemain matin, le manager responsable de l’ouverture était déjà au courant et l’employé était identifié! 


Morale? 
Si vous voulez faire le malin, ne postez pas n’importe où vos photos avec des métadonnées...
Et même si vous ne voulez pas faire le malin, vos photos en lignes sont peut-être des mouchards qui indiquent où vous avez pris ces photos de chalets, de maison, de votre famille...

Le bras politique de Wikipédia?

La confiance collective que nous portons en l'encyclopédie ouverte qu'est Wikipédia lui donne un certain pouvoir auquel on ne s’attendait pas. J'ai effleuré le sujet vendredi sur le blogue Triplex de Radio-Canada (Le pouvoir d’une encyclopédie). Reprenons un tout petit peu plus en profondeur ici.


Mon petit clin d'oeil à Diderot, D'Alembert et Wales
C'est partie d'une nouvelle de la semaine passée.

On apprenait que la partie russe de Wikipédia avait fermée pendant une journée pour protester contre l’initiative du gouvernement russe de censurer Internet dans le pays (en permettant de censurer et de fermer tout site Internet jugé « illégal » en créant une liste noire, à la manière du gouvernement chinois). 

Ça nous rappelle cette fermeture partielle de Wikipédia (anglais), en janvier, en protestation contre le projet de loi SOPA. 

Or, le fondateur du site, Jimmy Wales a répété jeudi dernier que l'encyclopédie n’hésiterait pas à recommencer, s’il le faut, pour protéger l’accès libre à l’information en ligne que menacent ces multiples lois gouvernementales qui tentent partout dans le monde de museler Internet. 

Il Elle a donc recommencé en Russie. (MàJ Voir note pour la correction)

Sans vouloir exagérer la portée politique de ce geste, il me semble que nous avons là, tout de même, un rapport de force intéressant entre les gouvernements et l'encyclopédie qui n'est pas anodin. 

Wikipédia continue-t-elle un combat commencé quelque deux cent cinquante années auparavant?

Savoir, c'est pouvoir 
Le projet d'encyclopédie, tel que conçu par Diderot et d'Alembert, avait un but résolument révolutionnaire. Le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, publié entre 1751 et 1772, offrait des définitions de mot qui avaient une connotation politique et s'inscrivait dans la révolution intellectuelle de l'époque, les Lumières. 

Le XVIIIe siècle a été marqué par un rationalisme venu du renouveau philosophique, une pensée axée sur la raison (qui doit beaucoup à Kant et à Descartes). On s'accorde à dire comment cette encyclopédie a préparé la Révolution française de 1789 en tentant de changer la façon dont les gens pensent.

La filiation avec Wikipédia que je vois tient surtout au rôle qu'une encyclopédie peut jouer dans la sphère politique. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'encyclopédie qui se soit approchée autant de la scène politique que Wikipédia depuis celle de Diderot et d'Alembert.

Touchez pas à mon encyclopédie
Quand des projets de loi touchent directement la neutralité et l’accès aux contenus en ligne, Wikipédia se réserve maintenant le droit de réagir et de faire enrager des millions d’utilisateurs en bloquant l'accès à son contenu pendant une journée.

Il est possible ainsi de faire passer un message à tout un pan de la population qui est justement très sensible à l’accès et à la diffusion des savoirs. Quand Wikipédia ferme, c’est le spectre de la noirceur qui s’annonce. Aucun gouvernement d’un pays démocratique ne souhaite ce genre de publicité.

Je concluais ainsi dans mon autre billet: « "Du pain et des jeux" , disait-on en haut lieu pour conserver la quiétude dans la cité. Faudra-t-il bientôt ajouter : " …et Wikipédia?" »

Il me semble encourageant que retirer l'accès à une encyclopédie devienne un "sujet chaud" socialement parlant. Que retirer l'accès à la connaissance soit un irritant majeur est en soi un signe de bonne santé démocratique!

Je sais, donc je suis
On pourra penser ce que l'on veut de Wikipédia,  mais en tant que fille du web, et donc devant la surabondance des informations et des savoirs en ligne, elle reprend les réflexions qui avait déjà court à l'époque de l'Encyclopédie et Diderot et d'Alembert à propos de l'hiérarchie des connaissances, de son accès et de son partage.

À la manière des encyclopédistes, les wikipédistes confrontent aussi un certain ordre des choses. Peut-être pas comme l'auraient fait les philosophes de l'époque (et surtout pas de façon aussi anonyme et collective que pour Wikipédia), mais en rendant accessible une connaissance du monde, du très scientifique au plus trivial, on voit une société civile qui s'autonomise davantage par rapport à la sphère politique.

Souffrir pour savoir n'est plus une fatalité
Les détracteurs de Wikipédia, et a fortiori de ce billet vantant un certain pouvoir politique pour cette encyclopédie en ligne, me semblent en général tomber dans deux a priori qui les empêchent de bien apprécier sa portée.

Leurs deux objections n'ont plus cours en cette ère de surabondance d'information et d'ubiquité de l'accès:

A) il faut de l’effort pour apprendre, de la peine et de la fatigue pour assimiler
B) on apprend qu'avec les maîtres, en les imitant, et avec du travail, par l’expérience

La proposition païenne de «tout savoir en un clic» heurte leur sensibilité héritée du judéo-christianisme.

Le travail d'apprentissage doit être laborieux et solitaire, corvée dont le fruit doit se mériter dans la douleur et la culpabilité, lots des Hommes hors de l'Eden.

C'est à mon avis une façon révolue de concevoir l'accès et l'assimilation de la connaissance.

La compréhension est, quant à moi, d’abord et avant tout, un acte intersubjectif. Le réseau a drastiquement réduit la difficulté d'accéder au savoir et de le partager.

Wikipédia n'est pas seulement une accumulation d'information, c'est aussi un contexte nouveau. Elle radicalise la simplification et la démocratisation des savoirs. Elle offre une rapidité et une facilité de consultation des liens qui mène à une autonomie de jugement pour celui qui explorent ces liens.

Ce jugement vient moins des "idées révolutionnaires" dans le texte, que de la liberté de penser par soi. 

«Je décide quel article lire, quand et comment. J'y fait mes propre ajouts au besoin -- ou du moins je sais que j'en ai la possibilité. Avec Wikipédia, je trouve la réponse à des questions d'ordre général (et même particulier) qui fait de moi un citoyen plus éduqué, donc plus impliqué»

Fermer Wikipédia est un retour en arrière pour ces gens. Et ce geste politique, cette fermeture, en le confrontant à un projet de loi, au USA ou en Russie, montre quel retour en arrière leur est potentiellement proposé par un gouvernement.

Le bras politique de Wikipédia fait ses premières musculations. Le temps dira s'il peut faire à répétition de tels bras de fer...

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Je suis bien curieux de connaître ce que vous inspire cette piste de réflexion.

(je mettrai un lien vers votre blogue à la fin du billet si vous désirez poursuivre la conversation ailleurs).

Mon bilan du #fmlf2012

De retour du Forum mondial de la langue française, où j'ai pu animer deux activités sur le rayonnement de la culture francophone et de la langue française dans l’univers numérique, voici mon bilan.

Pour les auditifs, j'ai donné une entrevue sur le sujet à la radio de Radio-Canada (émission La Sphère)
Le nouvel univers numérique

Les questions entourant spécifiquement le « nouvel univers numérique » ont été débattues au Forum durant la journée de jeudi. Le numérique est l’une des 4 grandes thématiques du Forum (les autres étaient l’économie, la culture et la diversité linguistique). Normal que le numérique soit présent. Comme il s’insère maintenant partout dans la société, parler de la langue française sans parler de numérique n’a pas de sens.

C’est d’ailleurs de cette façon que le conférencier principal, le professeur Doueihi a présenté la place du numérique dans la francophonie. (Milad Doueihi est titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval. Il a été ma plus belle découverte du Forum. Érudition, vulgarisation et avec une bonne vision synthétique pour résumer le passé et nous projeter dans l'avenir).


M. Doueihi a commencé en rappelant que le numérique est arrivé si vite qu’on a de la difficulté à bien voir ce que c’est. Est-ce un outil? Une technique? Il a bien identifié qu’aujourd’hui c’est aussi (sinon plus) quelque chose comme une nouvelle forme de sociabilité, ce qu’il appelle une sociabilité numérique.

Cette sociabilité numérique est une nouvelle manière d’être ensemble, et donc voilà pourquoi ça concerne la francophonie. La francophonie a donc un rôle à jouer dans le numérique.

Le rôle que la Francophonie peut jouer


Puisque le monde anglophone domine grâce aux outils et aux plateformes que l’on retrouve partout en ligne, M. Doueihi, dit qu’il faut non pas trop se concentrer sur les contenants, mais bien sur les contenus. Il faut à tout prix assurer la visibilité du contenu francophone: les rendre repérables, trouvables, partageables.  Il faut développer et maitriser des stratégies de visibilité efficaces. 

Il a raison, 5% des contenus en ligne est en français, c’est beaucoup, mais pas assez pour qu’on les retrouve tout seuls. Sinon, un à un, les francophones vont se noyer dans du contenu non francophone. La Francophonie (avec un F majuscule, on parle de l'Organisation), en tant que représentant, a un rôle de catalyseur à jouer. Mais elle ne trouvera pas le rôle facile.

Crise de la représentation



M. Doueihi dit que le défi est doublé d’une crise de la représentativité. Les modèles de la représentation classique ne tiennent plus en ligne. 


On est passé d’un modèle hérité de la tradition siècle des lumières, basé sur la représentation de la volonté générale, c'est-à-dire qu’on élit des gens qui eux sont mandatés pour parler en notre nom et nous représenter. Aujourd’hui cette sociabilité numérique fragilise le modèle de la représentation traditionnelle. Le numérique opère une rupture dans la société.

Avec le numérique, il y a un retour à la base, vers l’horizontal, où les gens se représentent eux-mêmes.

Ce qui «délégitimise» les institutions qui disent nous représenter. (C'est de la musique à mes oreilles. Les lecteurs de mon blogue savent qu'on y discute ici depuis 2004 de ces mutations politiques, culturelles et sociales).


La Francophonie, selon M. Doueihi, doit surtout encourager le modèle collaboratif et participatif et donner à la sociabilité numérique une légitimité. C’est en favorisant l’agilité des gens avec le numérique que la francophonie peut améliorer la circulation des contenus francophones.


Les trois défis de la francophonie

En animant les deux panels durant la journée de jeudi, des intervenants m'ont fait remarquer qu’il existe d’autres défis. À part la visibilité des contenus francophones, j’en ai retenu deux.


Ces défis sont (1) la fracture numérique et (2) la conservation du patrimoine. Ils ont été évoqués durant le premier panel. Ce panel était organisé par l’Institut français et le Conseil des Arts et Lettres du Québec où des intervenants ont été invités à présenter leurs expériences, leurs visions et leurs pratiques en matière de coopération numérique. (voir mon billet précédent)

1- La fracture numérique



M. Pierre Ouédraogo, directeur de la Francophonie numérique à l’Organisation internationale de Francophonie, a rappelé qu’il existe des pans entiers de la société qui n’ont pas accès à Internet, notamment en Afrique. Or ce continent représentera la moitié de la francophonie au milieu du 21e siècle.


Comme le numérique s’insère maintenant partout dans la société, une fracture numérique annonce donc, aussi, comme une fracture dans la francophonie.

2- La conservation du patrimoine.

Le patrimoine est souvent considéré comme tel quand «il a survécu à l’oubli» (pour reprendre la belle image de M. Doueihi sur le panel). Or aujourd’hui la technologie nous a volé le besoin de faire appel à notre mémoire. C’est elle qui décide ce qui est conservé.

M. Doueihi appelle ça la blessure numérique. Nous nous sommes fait spolier une partie de nos compétences. Il ajoute ensuite qu'il ne nous reste alors plus que la «possibilité d’oublier». Oublier est une autre façon de dire qu’il faut faire des choix pour trier et sélectionner.


La francophonie a un besoin urgent de «plateformeurs»*

(*MàJ: J'ai modifié l'intertitre pour reprendre l'expression de Bruno Boutot)


La conclusion concernant le patrimoine me semble être un des beaux effets concrets du Forum.

Les élites des institutions, en haut, ont une conception classique du patrimoine (« c’est ce qui a survécu à l’oubli ») et se voient confronté à cette énorme masse de contenu qui se créée spontanément partout en ligne.Beaucoup de projets en ligne sont développés et portés à bout de bras par des francophones, bénévoles et entrepreneurs, fiers et passionnés, exsangues, mais batailleurs.


Tous des projets et contenus produits par la base. Or il ne leur manque que le financement pour continuer. 


Mais les structures de financement des institutions comme la SODEQ ou le CALQ ne sont pas encore structurées pour répondre à une culture numérique qui ne remplit pas les critères industriels traditionnels.

À la fin de la journée, M. Gauthier, directeur général du CALQ est venu dire un mot de la fin. Il a clairement été impressionné par le courage et l'ingéniosité de projets (voir la liste sur mon précédent billet) qu'il a vu. 

Il a créé le joli terme "plateformeur" pour identifier ces gens qui crée des plateformes, structurantes et collaboratives, qui permettent de relier les gens, les artistes, ensemble. 

Il a reconnu que sa structure de financement n'est pas réellement adaptée pour les accueillir, mais qu'à partir de maintenant il allait voir comment son organisme pourrait leur faire une place.

Juste pour avoir entendu ça, ce premier Forum mondial de la langue française avait un sens.

Animation au Forum mondial de la langue française

Je vais animer deux tables rondes ce jeudi (5 juillet 2012), dans le cadre du premier Forum mondial de la langue française (#fmlf2012) qui se déroule à Québec toute cette semaine.



L'Organisation internationale de la francophonie offre à des centaines de participants francophones de la société civile des échanges et des réflexions portant sur les enjeux relatifs à la place et à l’avenir du français.

Un des quatre grands thèmes du Forum est le « nouvel univers numérique » qui sera débattu durant une journée complète, le 5 juillet prochain (lire mon billet sur Triplex)

Dans ce cadre, l'Institut français et le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) proposent le Rendez-vous numérique des cultures de la Francophonie, qui se décline en deux activités que j'ai l'honneur d'animer.
En avant-midi : une table ronde qui vise à brosser un portrait des projets de coopération numérique dans les milieux culturels de la francophonie.
En après-midi : des organismes de la francophonie sont invités à faire connaître des projets visant à créer, diffuser ou partager des contenus culturels francophones en ligne.


1) Table ronde en avant-midi
« Paysages numériques des cultures de la Francophonie » 


De grands panellistes ont été invités à présenter leurs expériences, leurs visions, leurs pratiques en matière de coopération numérique pour favoriser les échanges culturels entre les communautés francophones.

Pierre Ouédraogo, directeur de la Francophonie numérique à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il est considéré comme le père de l'Internet au Burkina. Il montrera comment les biens communs de la société de l'information peuvent apporter un début de réponse à cette problématique.

Milad Doueihi, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l'Université Laval de Québec. Il a publié deux ouvrages soit La Grande Conversion numérique en 2009 et Pour un humanisme numérique en 2011. C'est lui qui donne la grande conférence qui ouvre la journée du numérique

Uros Petrevski, designer chez Nodesignlab, qui vient présenter entre FabWall, le premier papier peint de réalité augmentée.

Luc Courchesne, artiste en arts numériques de renommée internationale, membre fondateur de la Société des arts technologiques (SAT) et professeur à l'École de design industriel de l'Université de Montréal.

Simon Villeneuve, enseignant et contributeur à Wikipédia, très actif au sein du Comité Québec de Wikimédia.




2) Table ronde en après-midi
« Babillard numérique » 

Une table ronde de présentation de projets numériques de collaboration en arts et en culture. Les représentants des organismes porteurs de projets numériques seront là pour parler de leur projet, site ou plateforme.

 ifverso.com,  présenté par Annick Lederlé. IF Verso est une plateforme numérique qui offre à la fois une base de données de titres français traduits en langues étrangères et un espace réseau collaboratif destiné aux membres du réseau culturel français et aux professionnels du livre en France et à lʼétranger.

nt2.uqam.ca, présenté par Alice van der Klei. Nouvelles technologies, Nouvelles Textualités est un laboratoire qui sʼintéresse aux nouvelles formes de textes et dʼœuvres hypermédiatiques.

Teatricus.com, présenté par Simon Gauthier, son fondateur. Teatricus soutient lʼaction des acteurs du milieu des arts et de la culture en proposant aux diffuseurs, aux producteurs et aux artistes de toutes les disciplines des outils numériques pour faciliter leur développement professionnel.

Vitheque.com, présenté par Jason Paré. Vithèque est une plateforme en ligne qui donne accès à des documents vidéographiques, comme des essais, des documentaires, des fictions ou des vidéos dʼart, réalisés par des artistes indépendants.

Airelibre.tv, présenté par Simon Paradis. Airelibre.tv est une webtélé pour la littérature, les arts visuels et les arts de la scène.

Ci-diguente.net, présenté par Marion Louisgrand Sylla, La plateforme collaborative Ci-Diguente a été développée pour encourager le partage de ressources et de connaissances en lien avec lʼart et la technologie et relie lʼAfrique et les Caraïbes.

(Addendum: voir mon bilan ici)


Mes billets publiés sur Triplex en juin 2012

Voici mes 6 billets écrits sur mon autre blogue, Triplex, le blogue techno de Radio-Canada, le mois dernier. J'y suis d'un peu plus près l'actualité techno, tout en privilégiant tout de même les nouvelles qui ont des impacts sur la société. 

Durant ce mois de juin, j'ai touché l'Open Data, l'informatique quantique et fait un peu un retour vers le futur en comparant l'environnement informatique d'il y a 20 ans avec celui d'aujourd'hui.

Triplex 

Données ouvertes : la méthode Obama (4 juin 2012)
On savait déjà que le président américain, Barack Obama, avait ordonné l’an passé à toutes les agences fédérales qui ont un lien direct avec le public d’améliorer leurs services à l’aide des nouvelles technologies. Voilà qu’en mai, le président a haussé le ton en exigeant que toutes les agences fédérales mettent en place des interfaces de programmation (API).


Les pires mots de passe piratés sur LinkedIn (7 juin 2012)
Quand Linkedin s'est fait pirater en début juin, la liste des mots de passe s'est retrouvée sur le web. LeakedIn.org (notez le beau jeu de mots entre Linked et Leaked) possède une copie de ces mots. Et il semble que bien du monde utilise des mots de passe très peu fiable.


La fin du pixel (12 juin)
Sur la sortie du nouveau MacBook pro 15 pouces avec écran Rétina et sa densité de 220 pixels, une densité de pixels supérieure qui rend le pixel imperceptible pour un oeil humain.

Le qubit qui vivait plus d’une seconde sur un diamant (15 juin)
Cette seconde peut vous sembler courte, mais elle est primordiale pour les ordinateurs quantiques pour effectuer des calculs complexes et est essentielle pour les répéteurs quantiques qui seront à la base du réseau de communication inviolable de demain. Avec un ordinateur quantique, il  sera possible de faire des simulations avec des quantités astronomiques de données en un temps record.

Flame : cyberespionnage et guerre virale dans votre salon (20 juin)
Flame a été identifié en juin et il est le puissant et le plus complexe virus informatique. Il s’infiltre sans se faire détecter, en changeant sa « signature », et possédant ses propres librairies de codes et son propre serveur intégré. Il semble acquis que ce soit une oeuvre conjointe d'Israël et des États-Unis.

Rio+20 : nous vivons dans leur futur! (22 juin)
Alors qu’en 1992, on ne comptait que quelques serveurs en Europe et que le web n’était pas accessible sur des micro-ordinateurs, aujourd’hui, nous pouvons converser avec FaceTime sur un iPad partout où il y a du WiFi, et ce, sans même savoir programmer. Mais il devient pressant de clarifier cette question pour l’avenir : le tout-Internet est-il durable?

Francophonie : la grande conversion numérique (29 juin)
La grande conversion numérique, c’est la « remise en cause fon­da­men­tale et pro­fonde de tous les éléments cons­ti­tu­tifs d’une vision du monde ». Le numé­ri­que est essentiellement un pro­ces­sus qui contribue à l’émergence d’une nou­velle culture. Les discussions tourneront autour de la langue française comme vectrice d’innovation et de créativité dans ce monde virtuel. Sera-t-elle à la hauteur?

Le cul-de-sac des étagères infinies

À la question posée à Colin L. Powell, l'ancien secrétaire d'État sous Bush fils, dans le Book Review du NYTimes d'aujourd'hui ("quel est le prochain livre que vous allez lire"), il répond:
«"Sigh". C'est ça le problème. Je n'arrête pas de télécharger de nouveaux livres sur ma liseuse, et je n'arrive pas à me décider lequel lire. Le désir d'acquérir des livres électroniques se fait tellement de façon impulsive, instinctive, que je ne sais plus à la fin ce qui se trouve sur mes étagères électroniques (e-shelfs). Et quand je regarde, j'y vois des titres que je ne reconnais même pas, ou du moins dont je ne me rappelle ni avoir voulu ou ni avoir acheté» (dimanche 1 juillet 2012, page 8)
Dans un monde de surabondance, notre rapport aux objets change. Avec la surabondance de ebooks, c'est toute notre relation avec les livres qui est aussi chamboulée...

Je ne parle pas directement de la valeur économique, mais de la valeur perçue d'un livre qui se trouve sur les étagères infinies de nos Kindle, Gobo, iBooks, Google Play...

La possibilité de rajouter rapidement, facilement, à faible coût, des livrels sur nos étagères infinies n'est pas nécessairement une bonne chose sur le long terme.


Trop de choix paralyse

Il me semble que la métaphore des étagères de bibliothèque pour conserver ses livres ne tiendra pas la route encore longtemps. Je m'attends à ce qu'y ait une percée de ce côté pour "stocker" intelligemment nos livres électroniques. Les faire tenir sur une étagère infinie est un cul-de-sac dans un monde de surabondance...

Davantage de métadonnées doivent être conservées sur les livres qu'on achète : date, après quel type de recherche, l'ordre des achats, qui me l'a recommandé, quel est le bout de texte ou l'ami qui m'a donné le goût de l'acheter, où mes amis sont rendus à lire ce livre, classement par popularité de téléchargement de mon réseau ou de la plateforme, annotations sur le livre lui-même (et juste dans le livre), classement par thème de l'actualité (mots clés), etc...

Si un livre possède un attrait quand il est trouvé dans un certain contexte de promotion (pubs, recommandations automatiques, filtrage social), ce contexte disparaît complètement sur nos étagères personnelles.

Un algorithme pourrait établir une forme de présentation éditoriale de nos livres non lues à même notre collection.

Qu'y a-t-il de moins d'excitant que de parcourir une simple liste infinie de livres qu'on a déjà pensé avoir voulu lire...

Quatre livres pour bronzer techno


La semaine dernière, à l'émission La Sphère à la Première chaîne de Radio-Canada, j'ai suggéré des lectures d'été pour bronzer techno. Pas techno comme dans coder. Mais techno comme technosociété.

Qu'on le veuille ou non, Internet et la technologie ont pris beaucoup d'espace dans notre société, je vous propose quatre livres pour réfléchir de diverses façons sur la technologie ou sur son impacts sur nos vies, les affaires, la société, etc.



L'extrait audio est disponible ici. Ci-dessous, vous trouverez mes commentaires pour chaque livre.


Mon site web chez le psy

Sous-titré 50 pratiques exemplaires dévoilées aux gestionnaires de PME, ce livre de de Stéphanie Kennan aux Éditions Transcontinental. sortie en mars dernier (133 pages), est pour moi une introduction pour démystifier la technologie et le marketing web.


C'est le plus léger des quatre et c'est vraiment comme ça qu'il faut le prendre. Le livre offre des trucs utiles, faciles à saisir, afin de mettre à profit le web, dans un cadre d'affaires. 

Le livre répond à des questions, comme si elles étaient posées par votre site web sur le divan d’un psy:

Pourquoi mon site est ennuyeux? Pourquoi mon site n’apparaît pas sur la première page de Google? Pourquoi mon site est-il si lent? Pourquoi aurais-je besoin d’un blogue sur mon site web? Etc. 

Les questions et réponses tiennent en général en 2 pages et c'est agréable à consulter. Agréable comme le blogue de l'auteure d'ailleurs.




Sous-titré Les architectes de l’information face à l’oligopole du Web, ce livre de Jean-Michel Salaün, aux Éditions La Découverte (151 pages), se veut un compte-rendu de sa réflexion bibliothéconomique du web.

Il est ce professeur à l’École normale supérieure de Lyon et ex-directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (2005-2010) -- son blogue est une mine d'or!

Ici, on monte d'un cran. 


Ce livre s'adresse à ceux qui s'interrogent sur la place du web dans une histoire plus longue. Plus particulièrement, il place le web dans la continuité de la bibliothèque comme institution. Et dans ce sens, le web poursuit un projet millénaire.

Une bibliothèque est centrée sur le «document». Le web aussi. Les deux ont pour but de partager les documents.

À partir de cette similitude, Jean-Michel bâtit un ingénieux modèle pour expliquer que «maintenant le document n’est plus qu’un ensemble de signaux dans un vaste flux» où apparaissent des «néodocuments».

Sur le web, le «je» est un exemple de ce néodocument! L'usager se transforme, avec les outils des réseaux sociaux et des blogues, en document (identité numérique, avatar, etc.) -- ou plutôt, on a radicalisé cette transformation!
Il développe aussi l'idée d'un oligopole du Web que sont les Apple, Google et Facebook de ce monde et qui tente (et réussie jusqu'à un certain point) de maîtriser ces nouveaux flux et donc à contrôler les documents sur le web -- et par extension, si nous sommes devenus des documents, un peu nous tous.



De Boris Baude, géographe, chercheur au sein du laboratoire Chôros de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (Epfl) et Maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

Ce livre aussi cherche à montrer comment Internet change la société dans son ensemble, mais cette fois-ci à travers une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace?

On dit souvent qu’Internet abolit l’espace, or M. Beaude dit qu’au contraire, Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés.

Cet espace internet est un espace relationnel. Mais cet espace n’est pas situé dans un lieu.

On présente souvent Internet comme des versions dégradées des interactions face à face, en personne, or M.Beaude rappelle que l’interaction déborde le strict cadre du face-à-face et qu'Internet a permis toute une dimension relationnelle de s'exprimer de façon multiple et sans contrainte de frontière.

«La capacité d'Internet à créer du contact réticulaire en dépit de la distance territoriale offre aussi une opportunité considérable d'organisation, de production et de coordination. L'intelligence collective, la sagesse des foules ou le crowdsourcing sont autant de notions qui ont émergé de ce potentiel.»

Mais il ne tombe pas dans l'angélisme et fait remarquer aussi qu'il y a un très grand risque de vulnérabilité dû à la concentration et la centralisation excessive, qu'il appelle «l’hypercentralité» qui tend à regrouper l'essentiel des pratiques en un nombre très limité d'espaces et par un nombre limité d'acteurs privés -- ce que Salaün nomme l'oligopole dans le livre mentionné plus haut.

«Le Monde est plus uni, mais il est aussi plus divers, tant il se donne les moyens de l’innovation intense, [...] qui contribuent à l’émergence de singularités insoupçonnées. Ce n’est pas tant à l’homogénéisation du Monde que nous assistons qu’à celle des processus de différenciation».


Le sous-titre est en soi un roman: Rethinking Knowledge Now That Facts Aren't Fact, Experts Are Everywhere, and the Smartest Person in the Room is the Room (256 pages)

«Repenser le savoir, car maintenant les faits ne sont plus des faits, que les experts sont partout et que la personne la plus intelligente dans cette pièce est la pièce elle-même»

David Weinberger n'est plus à présenter. Il est l'auteur de :
- Everything Is Miscellaneous: The Power of the New Digital Disorder (2008)
- The Cluetrain Manifesto: The End Of Business As Usual (classique des geeks! des années 2000)
- Small Pieces Loosely Joined: A Unified Theory Of the Web  (2003)

Dans ce livre, plusieurs idées. Une d'entre elles part du principe que la somme colossale de données qu’il faut amassées pour comprendre des phénomènes complexes (météo, économie, mouvement social) dépasse de loin les capacités d’un seul cerveau humain et qu’il faut déployer une science en réseau.

«Mais que peut-on faire avec une connaissance scientifique qui serait trop énorme pour être comprise?»

En transformant ce que veut dire «comprendre» en terme scientifique!

On a déjà eu ce type de révolution où les scientifiques ont dit que pour comprendre le monde, il fallait le découper en petits morceaux vérifiables (réductionnisme).

Mais voilà que nous nous retrouvons avec trop de petits morceaux! Les modélisations sont si complexes que nous ne savons pas les interpréter.

Seuls les cerveaux artificiels seraient en mesure d'appréhender de telles complexités.

«This new knowledge requires not just giant computers but a network to connect them, to feed them, and to make their work accessible. It exists at the network level, not in the heads of individual human beings.»

Et ce n'est qu'une des idées du livre. Et pour vous en donner un avant-goût, savourer le blogue dédié aux thèmes du livre, c'est passionnant!

Bonne lectures d'été!



Sur la chaîne de confiance


Des personnes soucieuses de protéger leur mot de passe m'ont signalé qu'il ne faut jamais donner son mot de passe sur un site inconnu. (Voir mon billet d'hier). Ils ont raison sur le fond, et je ne l'aurai pas fait à moins d'avoir trois bonnes raisons.

Pourquoi j'ai confiance à Leakedin

1) Ce site n'a pas été construit tout à fait par des inconnus, mais par Chris Shiflett (Twitter) , Sean Coates et l'équipe de FictiveKin dont vous avez la liste complète de l'équipe sur la page d'accueil, photo et compte Twitter inclus.

Mais cette raison n'est pas la raison principale qui justifie pourquoi je fais confiance au site.

2) La page web n'envoie jamais votre mot de passe, mais bien une fonction de hachage (hash en anglais). Une fonction de hachage est un algorithme qui transforme une série de caractères (votre mot de passe en l'occurrence) en une suite alphanumérique d'une longueur fixe (dans ce cas-ci 40 caractères)
Le hash de "password" est
5baa61e4c9b93f3f0682250b6cf8331b7ee68fd8

Le hash de "Martin Lessard" est
318fa200d58682b403febaeff3be2bccd08df681

Le hash du premier paragraphe au complet de mon billet est
6a386e8d1569994a966b4141d9336374421702b7
Un hash de longueur toujours égale (qu'importe le nombre de caractère de départ) donne une "empreinte". Un hachage sert à identifier rapidement l'empreinte des données. Cette page gère les hashes et non des données elle-même.

Mais ce n'est pas la raison principale qui justifie pourquoi je fais confiance au site

3) La fonction de hachage se fait à même la page, dans ce qui est appelé le code JavaScript (JS). Le code JS est accessible par tous en accédant au code source de la page

Le champ dans lequel on entre le mot de passe a été nommé "check", la fonction JS qui récupère le contenu du champ est

function hashIt() {

   var el = document.getElementById('check');

   if (el.value.match(/^[a-f0-9]{40}$/)) return;

   el.value = Sha1.hash(el.value);

 }

En clair:

  •  La valeur du champ (votre mot de passe) est mise dans la variable "el" (première ligne)
  • Puis on vérifie que ce soient bien des caractères valides qui sont dans la variable "el" (deuxième ligne, après le "if")
  • Et on performe une fonction de hachache sur la variable avec "Sha1.hash(el.value)" (fin de la troisième ligne)
  • Pour aussitôt réassigner le résultat du hachage dans la variable avec"el.value" (début de la troisième ligne)

Quand on écrit en JS : "el.value =", la valeur qui se trouve à droite du égale est attribué à la variable. Dans ce cas-ci le hash de votre mot de passe.

"el" étant le contenu du champ (première ligne) alors celui-ci est aussitôt remplacé dans le champ par le hash (troisième ligne).

C'est cette valeur qui est envoyée au serveur par le bouton "submit"

C'est la raison principale pourquoi je fais confiance au site: votre mot de passe ne quitte jamais votre ordinateur, seulement sa fonction de hachage.

La chaîne de confiance

Il est évident que si vous arrivez sur mon billet en provenance d'un tweet, la chaîne de confiance est plutôt ténue.

Vous devez croire un twitteur, qui a peut-être fait confiance à un autre twitteur, qui me fait confiance  et moi je fais confiance à mes sources qui eux font confiance au site.

Si la chaîne de confiance est trop longue, fiez-vous à votre instinct.

Pour ceux qui connaissent le JS, vous pouvez court-circuiter la chaîne et vérifier par vous-même (comme l'invite Leakedin sur son accueil).

Vérifiez si vous avez été piraté sur Linkedin

Hier, plus de 6 millions de mots de passe ont été piratés sur Linkedin. Faites-vous partie des malchanceux? Moi oui. 

Comme preuve de leur méfait, les pirates (russes) ont fait circuler un fichier contenant les mots de passe : on suppose qu'ils possèdent la correspondance avec les comptes, mais on n'est pas sûr.

Un site, Leakedin.org (notez le joli jeu de mots entre leaked et linked) a repris le fichier contenant les mots de passe (en soi, ce fichier est inoffensif si on ne sait pas à quel compte le rattacher) et l'a mis dans une base de données que vous pouvez interroger.

Vous pouvez donc savoir si votre compte Linkedin a été piraté, si votre mot de passe se retrouve dans cette base. Il est donc à risque.
Vérifiez si votre mot de passe Linkedin a été volé, ici: leakedin.org

Notez bien que le fait que votre mot de passe se retrouve dans la base de données ne veut pas dire qu'automatiquement que votre compte Linkedin a été piraté. Il se peut que simplement que votre mot de passe soit une combinaison utilisée par une autre personne.

Dans mon billet sur Triplex aujourd'hui, je liste une série de mots de passe qu'il ne fait pas bon avoir.

[Mise à jour: ceux qui ont des craintes à rentrer un mot de passe sur un tel site web, peuvent lire cette mise à jour]

Le danger guette aussi vos autres comptes

Maintenant que le fichier circule, c'est une banque de modèle de mot de passe pour d'autres hackers. C'est probablement un des plus gros échantillons de vrais mots de passe de la planète. Et il rejoint une liste de plus en plus grosse de mots de passe piratés depuis quelques années.

Ces listes de mots de passe volés sont utilisés par les pirates pour entrer dans des comptes sur d'autres plateformes.

On vous dit souvent de ne pas prendre de mot du dictionnaire comme mot de passe, parce que la liste des mots peut être utilisées pour faire une intrusion (on compare en force brute tous les mots du dictionnaire pour déchiffrer la combinaison). Hé bien, les 6 millions de mots de passe volés viennent se rajouter à ces mots du dictionnaire!

Autrement dit, si votre mot de passe se retrouve dans la base de leakedin.org, et que vous l'utilisez pour un de vos comptes (pas juste Linkedin), il faut le changer immédiatement!

Qu'importe la complexité de votre mot (le mien était pourtant une combinaison de 12 caractères), il fait partie maintenant des combinaisons que d'autres hackers peuvent utiliser à l'avenir. Il est aussi inutile que si vous avez choisi "password" comme mot de passe...

RIP Facebook, le mème de l'heure [MàJ]

«RIP Facebook» est un mot clé qui domine ce soir sur Twitter, partout sur la planète, avec plus de 8000 tweets à l'heure. Pourquoi? Probablement à la blague. «RIP Facebook Say Hi To Myspace For Me, Sincerely Twitter.» Depuis que Facebook est sortie qu'on annonce sa mort! Mais il y a un fond de vérité pour que le mème ressorte ces temps-ci.

Mise à jour du lendemain:Il faut croire que je ne suis pas le seul à penser ça,
Fred Cavazza vient de faire suivre sur Twitter un lien vers l'article du Business Insider: 
«Facebook Looks Weak To Rivals, And They Are Going In For The Kill» (1er juin)
où on dit que, maintenant, c'est le temps de commencer le pillage de talent chez Facebook!
"Facebook is no longer the upstart. It is now the middle aged man with a stock crisis. [...] Now is the time for all the other companies to strike against Facebook in the war for talent."
«Farcebook»

Dans sa chronique de mercredi Michel Girard, de La Presse,  section Affaires, y va d'un titre mordant: «Farcebook». Il nomme ainsi les soubresauts à la bourse des actions de Facebook qui ont perdu entre 25 et 30 % de leur valeur.  Regardons de plus près.  

«Farcebook» parce que M. Girard déplore le «visage à deux faces» des principaux actionnaires de Facebook dans le cadre de l'introduction du titre en bourse il y a deux semaines. 

Pourquoi les qualifie-t-il de visages à deux faces?
  • Parce que l'appel public à l'épargne à 38 $ l'action avait pour but premier de «permettre à ses hauts dirigeants et importants actionnaires de passer à la caisse»
  • Parce que les dirigeants ont vanté «à tour de bras le potentiel extraordinaire de leur entreprise auprès des investisseurs potentiels alors que l'objectif ultime était de liquider une partie de leurs actions à prix exagéré»
  • Parce que les dirigeants n'ont pas hésité à vendre leurs actions (57%, plus exactement) dans les premiers instants -- se débarrasse-t-on de 57% de la poule aux oeufs d'or?
  • Parce que les principales banques d'affaires et  maisons de courtage (Morgan Stanley, J.P. Morgan, Goldman Sachs&Co) «devaient se douter qu'à un prix de 38,00$US, l'action de Facebook allait tôt ou tard faire l'objet d'une sévère correction.» (ce qui leur a permis de rapporter la «jolie somme de 176 millions US, juste en commissions.»)
  • (source)

L'appât de gain sans effort a séduit ceux et celles qui croyaient investir dans l'eldorado numérique. 

Dessin de Tom paru dans Trouw (via)
Mais que va-t-il se passer avec Facebook maintenant qu'il est coté en bourse?

Tentons un pronostic: 
  • La pression énorme et démesurée des actionnaires, pour retrouver leurs billes, fera en sorte de chauffer à blanc la compagnie afin qu'elle produise de revenus, vite.
  • Immanquablement ces revenus ne seront pas à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires
  • Cette déception fera probablement baisser le prix des actions
  • La baisse sera telle, qu'elle suscitera l'envie d'un géant d'acheter Facebook

Concrètement, qu'a Facebook pour éviter un tel scénario?

La publicité? Peut-être, mais pas sûr. 
Les revenus ne sont pas encore à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires. Un article du WSJ  rapporte que plusieurs compagnies émettent des doutes sur la valeur des pubs sur Facebook. GM, 3e publicitaire aux É.-U. a carrément cesser de mettre de la pub sur Facebook (lire mon billet sur Triplex). Et encore, PCWorld ajoute même que les publicités sur Google sont 10 fois plus efficaces que celles de Facebook. 

Le mobile? Peut-être, mais pas sûr.
Des rumeurs circulent sur le rachat d'Opera, le navigateur chouchou sur les mobiles. Mais qui vient avec une facture salée de plus de 1 milliard $. Ou, encore, cette rumeur d'un téléphone Facebook. Rumeurs qui n'ont pas convaincu les marchés. En fait, ces deux solutions sont des "solutions achetées", donc qui demandent de disperser les ressources financières.  À une semaine après l'entrée en bourse, il est un peu tard pour annoncer que les solutions ne sont pas à l'interne…

Face.com? peut-être, mais pas sûr.
La rumeur d'acquisition du logiciel de reconnaissance faciale a peut-être du bon pour les investisseurs : associer ce logiciel avec la plus grande base de données d'individus sur Terre, c'est probablement de la musique aux oreilles des investisseurs. Mais pour les usagers, je ne sais pas, c'est peut-être le début d'une intrusion dans la vie privée insupportable (une de plus).

Je mets toujours en garde mes clients quand je les vois se précipiter pour ouvrir une page Facebook. Premièrement, ce ne doit pas être un objectif en soi, mais une tactique qui découle d'une stratégie qui découle des grandes orientations de l'entreprise. Et s'ils y vont, je fais toujours attention pour bien leur faire comprendre qu'ils ne doivent pas tout miser sur cette plateforme sur le long terme. Et je sais que je ne suis pas le seul à penser comme cela

Est-ce un bon signe pour Facebook que ce genre de recommandation circule de plus en plus?

Que conclure de cette farce à la bourse de Facebook. 
  • Que la bourse suive un chemin qui est différent de la réalité des usagers est un fait.  
  • Que ceux qui ont investi dans Facebook sur la base du succès populaire de la plateforme n'ont pas nécessairement tout compris les enjeux
  • Que, oui,  évidemment le mobile est l'avenir de Facebook (s'ils arrivent à prendre le tournant).
Mais qu'un titre qui se voit négocié entre 75 et 100 fois les bénéfices est assurément surévalué. C'est à l'image du temps. Avoir ou se faire avoir.


C'est la révolution, parce qu'elle est télévisée

J'ai écrit un billet cette semaine sur mon autre blogue, Triplex, sur le 100e jour du mouvement étudiant et sur CUTV en particulier. Voici une suite (inspirée après la lecture d'un billet sur «CUTV et la révolution» d'une lectrice).
Voici un extrait de mon billet sur triplex:

CUTV, l'effet larsen et les médias sociaux

Les grands médias ont assez couvert de manifestations en temps réel par le passé pour savoir que le fait d’ouvrir les caméras sur une foule provoque en retour un effet de rétroaction sociomédiatique : un effet larsen social des médias qui provoque ce qui n’existait pas.


Une boucle de rétroaction est en place quand l’effet est lié à sa propre cause. La réaction entraîne une amplification progressive vers un emballement chaotique. Les médias sont depuis longtemps un élément de cette chaîne, soit comme agent provocant (en montrant la chose), soit comme régulateur (en relativisant la chose).

Quand les nouveaux médias « montrent tout ce qui se passe », les grands médias se retrouvent dans la position de régulateur. Ce qui rend la neutralité journalistique suspecte (être neutre et couvrir tous les points de vue banalise les événements) auprès des manifestants.

Avec CUTV, la boucle de rétroaction est enclenchée, car les effets observés dans la rue entraînent plus de gens indignés dans la rue, comme on le constate soir après soir.
(Billet complet)
Ce qui m'avait le plus surpris, et qui a été un déclencheur pour écrire le billet, c'est de lire en ligne tous ces gens qui, écoutant en direct CUTV, se demandaient «Mais où sont les médias?» quand les policiers chargeaient la foule.

Ils partageaient cette étrange impression que la réalité à laquelle ils assistaient devait être filmée et reprise dans "les médias".  Avec en surcroît, ce petit soupçon jamais très loin d'une conspiration du silence.

Mais étrangement, au même moment, ces médias se faisaient conspuer pour leur biais dans la couverture (pas assez pro-étudiant, trop à droite, ou ceci ou cela). Biais? Probablement. Mais en aurait-il eu un aussi s'il filmait en temps réel la manif, comme le fait CUTV, montrant les petits et grands drames? Probablement aussi.

Donc on ne critiquait pas l'absence des médias, ni leur parti pris...

On critiquait les médias, tout simplement.



Les médias sont critiquables et s'il y a bien une chose que CUTV a montrée, c'est de faire éclater au grand jour la façon ampoulée de couvrir les événements et la lourdeur de leur processus. Mais ils n'ont pas tout faux, au contraire

Ce que j'ai tenté de décrire dans mon billet, c'est que les médias connaissent l'effet larsen. Ouvrir une caméra, en direct, est déjà une forme de prise de position. Et ils en connaissent les conséquences.
On se rappelle les émeutes des finales de la Coupe Stanley à Montréal en 2008, les caméras ouvertes montraient les émeutiers en délire, ce qui invitait davantage de gens à se joindre au carnage. Comme l’effet de rétroaction décrit par Larsen quand on approche un micro d’un haut-parleur.
(Voir mon billet sur ces événements de 2008)
Quand CUTV s'avance vers les policiers qui chargent, en leur demandant pourquoi ils chargent, on se demande s'il ne provoque pas l'événement plutôt que de le filmer. Ça finit toujours par une mise hors d'onde après une bousculade. Effet larsen.

Est-ce que CUTV prend position? Dur d'en douter. Est-ce que CUTV est à blâmer? À ce que je sache, les policiers auraient chargé quand même, caméra ou non. Est-ce que CUTV montre une réalité que les autres médias taisent par peur d'effet larsen? Probablement.

Mais pourquoi cette retenue?

Il n'y a que sur YouTube que l'on peut voir le constable 728 arroser de poivre les innocents passants. Les médias sociaux n'ont pas de valve de sécurité: on écoute la vidéo en boucle et en boucle et on finit par devenir un indigné. Et le soir on passe à CUTV pour braver les policiers --qui nous chargent en retour. Effet larsen.

Les médias de masse jouent les seconds violons dans ces événements. Ils ne peuvent pas être partout à la fois. Les médias sociaux, oui. Les médias de masse ont un boulot à faire (et les événements n'en sont qu'un parmi d'autres à couvrir, chiens écrasés inclus) alors que les médias sociaux sont toujours sur l'adrénaline, jour et nuit, et uniquement sur ce qui compte pour eux à ce moment-là.

Les médias de masse maintiennent un semblant d'équilibre en étant un régulateur des images auto-excitantes. Le direct n'apporte pas nécessairement le degré de réflexion souhaitée:

- Est-ce le rôle d'un grand média de montrer la manif comme elle montre un défilé? J'en doute dans les conditions actuelles de production audio-visuelle.

-Est-ce que ce type d'«absence» sur le terrain amoindrit la légitimité des télés dans leur couverture? Probablement. Car une certaine pertinence a été accordée de facto à CUTV. Celle de montrer le non-dit, la conséquence concrète de manifester dans la rue, la brutalité policière, l'envers des nouvelles.


Mais tous les médias ne doivent pas tous être mis dans le même panier.

La télé -- média qui montre -- a le plus à perdre en discrédit. Comment peut-on la prendre au sérieux quand elle nous montrent des recettes de poulet alors que la brigade anti-émeute racle le coin St-Denis Maisonneuve?

La presse, grosso modo, se débrouille assez bien -- même si elle se rend compte que son opinion n'est pas majoritaire dans le tintamarre des réseaux sociaux.

La logique interne des médias est de traiter cet événement comme tous les autres événements, de lui retirer son caractère exceptionnel.

Oui l'événement fait la première page, quand ils sont 250 000 dans les rues. Mais a-t-on vu un cahier complet, quotidien? Voyons-nous des émissions quitter l'antenne pour annoncer que des étudiants sont en pris en souricière au coin de telles et telles rues? Non, la logique interne des médias demande de préserver un équilibre.

Et cet équilibre et cette objectivité sont perçus comme un immobilisme et un biais en faveur du statu quo. Alors que CUTV, en étant en direct, montre que c'est un état d'exception. 

C'est leur slogan. "La révolution sera télévisée". Et s'ils filment, c'est que ça ne peut être qu'une révolution.