Une étonnante information publiée par le journal allemand Die Zeit: Bundesregierung warnt vor Windows 8, il faudrait se méfier de Windows 8 !
D'après l'article, l’Office fédéral pour la sécurité dans les technologies de l'information allemand (BSI) trouve que les spécifications de la puce TPM 2.0 (Trusted Platform Module), qui fonctionne avec le système d’opération Windows 8, présente une faille sécuritaire pour son emploi au gouvernement.
La puce TPM 2.0 contient des clés de cryptage qui servent à vérifier l’intégrité du système d’opération (c-à-d: s’il est conforme à ce qu’il doit être et non piraté ou modifié par un virus). TPM impose donc l'exécution de «code signé» (code approuvé et non modifié), sinon le OS ne fonctionne pas
Le problème se situe ici: la puce est fabriquée en Chine, et il n’y a pas moyen de s’assurer de la sécurité de la puce (une puce espionne?). Et même, pourquoi pas, si la NSA n'est pas passé aussi pour la détourner. Bonjour la théorie de la conspiration!
Les premiers communiqués étaient assez flous pour laisser sous-entendre que la NSA ou même le gouvernement chinois pourrait entrer par une telle «porte dérobée» (backdoor) pcq ceux qui sont derrière les spécifications de la TPM 2.0 sont uniquement des compagnies américaines.
Dans la foulée des révélations sur l’espionnage de la NSA et de PRISM, et aussi sur la perpétuelle méfiance envers la monopolistique Microsoft, les esprits sont à vif. Le doute est permis, mais la preuve n'est pas faite.
Le réel danger évoqué par la BSI est celui-ci: si pour une raison ou une autre, l'OS est «modifié», malicieusement (par l’externe) ou accidentellement (par l’interne), à la seconde même que ça se produit, la puce TPM 2.0 fermerait le système (supposément par protection).
Et ça, c'est un risque que la BSI trouverait inacceptable pour le gouvernement allemand. Pour tout gouvernement en fait.
Pour Windows 8, dans tous les cas, entre deux mots, il faudra choisir:
- La TPM 2.0 et Windows 8 seront inséparables, pour des raisons de sécurité: personne ne veut utiliser un OS qui aurait été malicieusement modifié.
- Mais en même temps, à l'inverse, l'association des deux fait que la faiblesse se répand à l'ensemble du système et simplement modifier une ligne de code de l'OS suffit pour que tout le système se bloque.
La question qui se pose maintenant et définitivement, plus que jamais, c'est comment vivre dans un monde où, sécurité et surveillance sont définitivement deux faces de la même pièce.
(Post-Scriptum: Juste après la pubication de ce billet, j'apprends que Steve Balmer, CEO de Microsoft démissionne. Il ne faudra surtout pas y voir un lien de cause à effet. La Terre n'a plus de place pour une autre théorie de la conspiration...)
Cinquième balado. Nous vous proposons de rencontrer Jon Husband de passage à Montréal, ville où il aime bien s'attarder. Il pense le numérique depuis bien avant qu'on appelle ça le numérique. Il confirme que la montée du numérique érode les hiérarchies en place. Rencontre avec un érudit du numérique qui est entré dans le 21e siècle bien avant nous.
Connexion et collaboration horizontales
On parle de "partager la gouvernance", "d'accroître l'étendue de l'autonomie des gens" et de "créer une démocratie de l'information". Tout ceci se trouvait déjà depuis longtemps dans le concept de wirearchy, l'hiérarchie en réseau, de Jon Husband, qu'il a développé il y a une dizaine d'années. Il en profite pour nous parler de la société et de ce qu'elle a été, de ce qu'elle devient, et vers où nous allons. Nous l'avons rencontré à la Société des Arts technologiques de Montréal.
Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.
Qu'est-ce que M2?
M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.
M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.
Terribles moments pour Internet. Il rime maintenant et pour toujours avec espionnage et fin de la vie privée en ligne. Pour les générations à venir le mail, cloud, le web 2.0 ne signifieront plus qu'inconscience, naïveté et viol des foules numériques.
Les dernières révélations de Snowden exposent davantage les liens, forcées ou volontairement, entre la Silicon Valley et le gouvernement Obama. Et parmi les coupables, il y a les témoins impuissants et ceux qui participaient au crime en tenant les mains de la victime.
Plus les jours passent, plus on se demande même pourquoi Edward Snowden a gardé si longtemps pour lui toutes les horreurs qu'on apprend sur l'étendue de l'espionnage.
Et bien naïf celui qui pense le contraire: nous espionner tout le temps, par tout le monde.
Pour revenir à Microsoft, les documents de Snowden montrent que:
Microsoft a aidé la NSA à contourné son propre système cryptage pour intercepter des conversations à travers son portail Outlook.com
L'agence avait une "pre-encryption stage access" aux courriels envoyés sur Outlook.com et Hotmail;
Microsfot a travaillé avec le FBI en 2013 pour permettre à la NSA d'accéder facilement au service d'infonuagique SkyDrive (250 millions d'utilisateurs à travers le monde);
Microsoft a également travaillé avec le 'Data Intercept Unit' du FBI pour les aider à comprendre les enjeux potentiels entourant une fonction dans Outlook.com qui permet aux utilisateurs de créer des alias de comptes courriels;
En juillet 2012, soit neuf mois après que Microsoft ait acheté Skype, la NSA s'est vantée que sa capacité a triplé quant à la quantité d'appels Skype capturés par Prism;
Et le bouquet, les "matériaux collectés" par Prism sont régulièrement partagés avec le FBI et la CIA, la NSA décrivant cette activité, dans un des documents, comme un «sport d'équipe».
Et les autres compagnies de la Silicon Valley? C'est une question de temps avant qu'on en apprenne plus sur Google, Yahoo, Apple et Facebook, entre autres, qui sont également impliqués dans le scandale à grande échelle.
Un autre mois, un autre tour du côté de Triplex, mon blogue sur le site de Radio-Canada. Vous ne manquerez pas de lecture durant les vacances.
[Média] Structurer la fosse aux commentaires
Les commentaires dans les sites de presse sont souvent des égouts à ciel ouvert. En lançant un « qu’en pensez-vous? » le journaliste ne fait qu'empirer le débat. Pour que les journaux puissent « domestiquer la bêtise des foules» il doit d'avoir structurer et rendre visible «l'intelligence des foules».
À peu près tout le monde qui sait moindrement ce qu’est une console de jeu le pense aussi : offrir une console qui doit se connecter toutes les 24 heures pour fonctionner est une idée idiote. Microsoft a reculé, mais a-t-il tout dit?
[Vie privée] Coupable par corrélation
Le travail de surveillance est sous-traité à des jeunes de 29 ans, comme Edward Snowden, que les services secrets n’arrivent même pas à contrôler! Mais pour un Tintin comme lui, qui s'est révolté pour le « bien commun », il y a combien de Rastapopoulos qui profitent dans notre dos?
[Médias sociaux] Facebook : le mot-clic devient vraiment multiplateforme
Longtemps considéré comme illisible par le grand public, le hashtag a été associé à un groupe étrange qui s’échange des messages codés. Aujourd’hui, grâce à Facebook, il entre dans la culture générale comme le lol et le fail
L’identité numérique n’est pas seulement vos traces visibles en ligne. Il y a des traces qui ne sont pas des messages volontaires. Votre ombre est composée des données que vous laissez automatiquement quand vous interagissez avec le réseau. Pour les services secrets, plus besoin de taper votre ligne.
Dans les relations internationales contemporaines, l’informatique ressort comme un instrument de guerre et Internet est son champ de bataille. La cyberguerre de demain peut prendre au moins une des quatre formes possibles que j'explique.
Massive Online Open Course. Quatre mots, un acronyme à ne pas oublier. MOOC. Le New York Times a convenu il y a 9 mois que son année était venue. L'enjeu véritable? Mettre toutes les universités de la planète en concurrence entre elles. Mais d'autres joueurs veillent dans l'ombre.
L'arrivée d'Internet a fait naître un espoir de révolution dans l’enseignement universitaire. Les MOOCs ne sont que le dernier avatar du fantasme de la télé-université. Cette fois-ci, les ingrédients semblent être en place pour un changement d'échelle.
Bruits de bottes
Il n'y a que les luddites pour ne s'attarder que sur la paille dans l'oeil pédagogique du Massive Online Open Course et éviter de voir la poutre dans l'oeil de la rupture de la culture didactique.
Des limites au MOOC? Il y en a, assurément! Surtout si on persiste à voir les MOOC comme un «cours "2.0"».
Il est risible de simplement réduire le phénomène à ses défauts. Des défauts, ça se corrige. Ne l'oublions pas.
Non, il faut voir le réel enjeu qui se trame derrière ce phénomène. Toute université traditionnelle doit être sensible quant au potentiel disruptif des MOOCs pour son avenir.
Mais cherchons aujourd'hui à comprendre la logique afin de permettre à nos universités, surtout au Québec, à l'heure où leur volonté de représentation commune s'effrite, de ne pas rester seules face à un enjeu qui les dépasse toutes individuellement.
J'ai à quelques reprises bloguer la raison pourquoi les universités devaient considérer d'embarquer dans ce mouvement (La course au MOOC) et surtout pourquoi la francophonie devrait prendre les MOOC très au sérieux (À quand des MOOC en français?) --en particulier pour tout ce qui touche la formation continue, une voie qui me semble cruciale pour l'avenir de l'éducation ("apprendre toute sa vie").
Si j'ai pu écrire qu'un bouleversement de l'université était en vue (Le MOOC, désir de révolution), c'est parce que je souhaitais que les universités francophones ne restent pas les bras croisés.
« Ne bougez pas, mes amis francophones, nous les anglos sommes prêts à accueillir tous les étudiants qui cherchent à s’instruire sur nos plateformes riches en contenus et propices aux apprentissages. »
Réveil brutal.
Savoir à l'ère de tous les savoirs
La synthèse la plus claire (et la plus érudite) du sens de la rupture qu'apportent les MOOCs m'a été donné dans un billet de JM Salaün, professeur et auteur d'un livre sur le "néodocument" (lisez un compte rendu que j'ai fait de son livre ,Vu Lu Su).
Voici ce qu'il dit en introduction:
«Après bien des tâtonnements numériques dans l'université, les MOOCs ont ouvert une brèche dans le système, sans doute au profit de pure players du web en déplaçant le marché de l'attention. Il n'est plus, en effet, direct, mais multiface et utilise le calcul et l'algorithmie. Sur ces deux points, les acteurs traditionnels sont faibles et incompétents.»
(source)
Ils sont «faibles et incompétents», rappelle JM Salaün, parce que le système universitaire est basé sur une approche qui n'est «plus adapté[e] à l'évolution des sociétés et au partage du savoir qui caractérise le 21è siècle».
Cette approche traditionnelle, qui ne serait pas adaptée à la nouvelle rupture, est basée sur deux points, le document et l'éditeur:
Le document fondateur dans l'université est le cours présenté en classe, construit sur une économie directe de l'attention.
L'éditeur a cristallisé et externalisé ce document académique premier dans le manuel.
Ce qu'il dit, c'est que le cours, ce "document", fonctionne bien tant et aussi longtemps qu'on peut capturer toute l'attention des apprenants: la pédagogie traditionnelle fonctionne si on peut capturer 100% de l'attention autour du professeur.
Dans le désert médiatique et intellectuel des siècles précédents, on pouvait compter sur une attention directe et à peu près indivisée. L'Université était une oasis de connaissance dans un monde sans distraction.
Assoiffé de connaissance, prenant chaque goutte d'eau que lui offrait l'oasis universitaire, l'étudiant traversait le désert intellectuel de sa vie en se concentrant sur les seules sources qu'il avait. Le prof, le cours et le manuel.
Ce n'est plus une fenêtre sur le monde, c'est une passoire!
Je ne sais pas pour vous, mais ça me rappelle l'image que j'ai d'un village champêtre. La classe ou les champs. Apprendre ou rien.
Aujourd'hui, cet assoiffé de savoirs baigne dans un orgie de connaissance, où à chaque recoin de son univers explosent des sources inédites d'apprentissage sur le monde.
Le cours magistral, exemple canonique de la pédagogie, reprend toutes les caractéristiques du livre, suggère JM Salaün.
L'attention devait être réservée entièrement au manuel, au livre, pour qu'il puisse délivrer ses secrets. En classe, l'enseignement traditionnelle était dispensé en prenant pour acquis que toute l'attention était captée. D'où le choc quand on fréquente une classe en 2013.
La rupture avec les MOOCs. JM Salaün la place dans le déplacement de l'attention, qui n'est plus direct, franc, uniforme. Elle est fragmentée, multifacettes, dispersée. Le prof n'est plus qu'un des nombreux points de contact avec la réalité intelligible du monde.
Cette rupture dans la méthode traditionnelle de l'enseignement, et dans tout accès au monde et à la connaissance, survient aujourd'hui dans un monde où des adjuvants technologiques d'une puissance inconcevable il y a à peine 10 ou 20 ans (lire mon billet La technologie de Curiosity sur Triplex) viennent décupler nos capacités d'accès, d'acquisition, de traitement et de contribution à la connaissance.
Que veut dire «savoir où se trouve l'Afghanistan» quand Google Map ou Wikipédia offre la réponse au bout des doigts? Quelle valeur culturelle attribuera-t-on à la connaissance de culture générale (du type auquel on fait référence dans le jeu de Trivial Pursuit) quand demain Watson sera dans nos poches (lire mes billets IBM et les « ordinateurs cognitifs » et Intelligence augmentée)?
Face à ces mutations, nos adaptions pédagogiques ont l'air risible. Des professeurs, comme François Guité, ne se gênent même plus pour dire que « les programmes scolaires, dans leur normalisation et dans l’uniformisation des connaissances, sont des laminoirs ». (source)
4 lignes de fracture
MJ Salaün entrevoit au moins 4 lignes de fracture provoquées par les MOOCs. Voici comment je les comprends et résume la différence qu'apportent les plateformes de MOOCs versus l'institution universitaire traditionnelle:
1- Disjonction du lien professeur / apprenant
Le côté "massif et ouvert" distend le lien direct dans le binôme prof-élève. Le côté "cours en ligne" relativise la place du linaire dans la formation. Cassé aussi est le lien formel de la communauté universitaire : l'inscription est remplacée par un abonnement, l'économie repose sur l'offre à la carte, l'appartenance laisse sa place au clientélisme.
2- Fin du temps long pédagogique
Les cours à la carte, contenant eux aussi des modules à la carte, rend formellement granulaire l'approche pédagogique et réduit le corpus du programme complet à une playlist parmi d'autres. De la même manière que les albums de musique ont perdu de leur attrait quand on pu acheter à la pièce les chansons, on finit par voir les cours du Bac comme une gammick commerciale de bundling excessif qui force l'achat de produits connexes pour accéder à celui que l'on veut.
3- L'autorité éditoriale est challengée par le filtrage social
La valorisation du choix des pairs, augmenté par le côté réellement "massif" de la classe, offre des avantages inédits qui ne retrouvent pas même dans une classe de 400 élèves: accès à une "intelligence collective" et une entraide décentralisée et asynchrone d'où la figure du prof se fait rabattre, dans le pire des cas, comme un G.O. dans ce Club Med académique (figure essentielle, mais échangeable).
4- Personnalisation à l'extrème
L'attention redevient concentrée dès que l'usager suit son propre chemin. Finies les distractions. Sinon, impossible de finir le cours. Le rapport prof-élève semble accessoire: l'étudiant se profile par lui-même, se motive et s'organise pour se concentrer sur ce qu'il a à l'écran. Et s'il veut aller sur Facebook en même temps, c'est son affaire.
Le MOOC réussit là où les classes peinent garder l'intérêt des étudiants...
La "bulle universitaire"
Wallace E. Boston, président & Chief Executive Officer de l'American Public University System, dans un billet publié hier, résume le rapport “The Other Higher-Ed Bubble (The Bubble We Aren’t Talking About).”
Voici les points qui ont accroché mon attention:
1- La demande n'est pas si élastique: «Gone are the days when higher education was an inelastic commodity. No longer can schools expect to increase tuitions every year and continue to enroll increasingly larger classes.» Les coûts énormes des universités américaines appellent une réflexion sur le "retour sur l'investissement" (ROI).
2- La différenciation est importante: «[...] most colleges want to be like the most elite but only 5% have any chance of reaching that goal. [...] it’s important for any individual school to differentiate from the others».
3- La valeur des diplômes postsecondaires n'est pas acquise: «Many are beginning to question the value of the academic credential in general. [...] perhaps higher education does not carry the same value it once did [...]»
Google, Apple, Amazon semblent en savoir plus sur mes goûts et mes intérêts que le prof en avant. La technologie, d'une manière ou d'une autre, doit changer la façon que l'Université fonctionne. Les MOOCs permettent une analyse fine de la clientèle et assurément le feedback permet de s'améliorer.
Combien d'années à ce rythme faut-il pour s'améliorer au-delà du point de non-retour? Et devinez qui sont les meilleurs à ce jeu? Les pures play Internet!
Les MOOCs ont tellement frappé l'imagination que c'est à se demander si les universités ne "dormaient pas au gaz" dans les derniers vingt ans. Certains cours de MOOC sont maintenant crédités. Et ici on ne parle même pas encore d'une révolution pédagogique en tant que telle! Imaginez demain!
Si ce n'est pas perçu comme un défi par les universités, je ne sais pas ce qu'il leurs faut...
Ce n'est pas anodin. Nous venons de passer le plus grand changement récent dans l'histoire de l'humanité.
Quatrième balado. Nous vous amenons cette fois-ci dans l'antre de celui que l'on a nommé le Grand-père du multimédia au Québec, Michel Cartier, professeur à la retraite, qui a enseigné longtemps les communications et formé toute une génération à la société qui s'en venait.
Hypothèses pour un futur déjà en place
Nous basculons vers l'inconnu, un monde où l’accès à la connaissance est ubiquitaire, tapissé d’écrans et d’objets intelligents, noyé dans un tsunami en temps réel d’informations non validées a priori. Comment allons-nous pouvoir apprivoiser la vie dans une telle société? Michel Cartier a analysé les signes de cette rupture et cherche à nous donner un cadre cohérent pour expliquer ce qui nous arrive.
Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.
Qu'est-ce que M2?
M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.
M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.
La plus grande démocratie du monde espionne ses propres citoyens à une échelle inégalée. Bravo, USA. Maintenant ça confirme qu' #Internet + #BigData = Big Brother
Les atomes des pixels de mon dernier billet sur Triplex n'étaient pas encore stabilisés en ligne qu'un scandale d'une ampleur inégalée a détourné le sens de ma première phrase: «La Maison-Blanche à Washington a le mérite de mettre ses priorités à la bonne place.»
Alors que mon billet était axé sur la cybersécurité inter-état et sur l’espionnage commercial par Internet, sujets de discorde entre la Chine et les États-Unis (où évidemment, dans le rôle des vilains, se trouvent les Chinois) voilà que l'actualité inverse totalement le sens des enjeux de cybersécurité.
La plus grande démocratie du monde joue au Big Brother avec ses propres citoyens !
Une agence de sécurité américaine espionne tous, je dis bien tous, t-o-u-s, tous les abonnés du plus grand service de téléphone au pays!
Je vais le reformuler comme le titre de l'article du Guardian qui a déterré le scandale: Le National Security Agency collecte toutes les données téléphoniques de millions d'Américains, quotidiennement.
Une note pour ceux qui lisent en diagonale: je n'ai pas écrit "de millions de terroristes", j'ai écrit "de millions d'Américains". Indistinctement. Juste parce qu'ils sont abonnés à Verizon.
Le NSA a un accès illimité aux données concernées, pour une période comprise entre le 25 avril et le 19 juillet. «Les données comprennent le lieu, la date et la durée des appels nationaux et internationaux, ainsi que les numéros de téléphone qui y ont participé. L'agence n'a, en revanche, pas connaissance du contenu des conversations.» (Le Monde)
Prenez vos paris. Quand allons-nous apprendre que les autres réseaux de télécommmunication sont sous une ordonnance similaire? 2013, 1984, même combat
Il peut être justifié qu'un service secret de sécurité fasse des choses secrètes dans le cadre de la sécurité de l'État (sinon on n'appellerait pas ça Service Secret de Sécurité). Mais il semble que les lois en place, dont notamment le Patriot Act, permettent à tous les petits potentats des services secrets, et probablement au chef de l'État lui-même, de jouir de pouvoirs qu'Orwell imaginait dans son livre 1984.
Les données recueillies dans le scandale d'aujourd'hui permettent de faire un "Social Graph", grâce au Big Data. La teneur des contenus téléphonique n'est pas connue, mais il est possible de faire une carte des liens entre les personnes comme on fait une carte des noeuds sur un réseau.
Malheureusement, en demandant d'espionner tout le monde, sans distinction, la première démocratie vient de discréditer tous les cyberoptimistes. Dorénavant, la technologie connectée signifie perte de vie privée, limite des droits et surveillance. Tout réseau devient suspect!
Si ça arrive dans un pays qui représente la quintessence de la démocratie, imaginez ce que les compagnies techno + telco fournissent comme données dans les oligarchies autoritaires dans les coins sombres du monde.
Pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour trouver des ordures, il y a probablement déjà dans votre coin de pays, quelqu'un qui vous espionne. (C'est tellement facile sur Internet. On le savait, mais on imaginait encore que dans une démocratie on le ferait avec distinction...)
Et si ce n'est pas le cas, de toute façon, tous les services en ligne que nous utilisons sont américains, ou sont hébergés chez les Américains, ou passent par leur territoire. Nous sommes tous Américains, comme l'écrivait Le Monde le lendemain du 11-Septembre.
Quelle ironie! 12 ans plus tard, c'est vrai, mais plus par solidarité devant l'adversité. Par le réseau.
[Mise à jour 1 :Suite à une discussion avec Claude Théoret sur Facebook, j'ai ajouté les références dans le texte permettant de lier l'abus de #Verizon avec abus sur #Internet. «Tout réseau devient suspect!» + lien vers les mots-clés "interceptés" sur les médias sociaux et le web en général.]
[Mise à jour 2 : Pour éviter l'amalgame facile Big Data = Big Brother, je précise que le Big Data (de type white hat) permet d'éviter les faux-négatifs (une grande quantité de données permet de filtrer plus finement, et donc de faire moins d'erreur de diagnostic. Même si ça peut faire peur). Mais avec le coup de Vérizon, le Big Data devient black hat et sert à ficher/profiler tout le monde...]
La "Conversation visuelle" est le nom d'une conférence de Martin Ouellette, l'esprit libre qui propulse l'agence Commun. C'est aussi un concept qu'il propose à l'ère du visuel tous azimuts: quand les mots ne suffisent plus, les images prennent le relais. C'est ce qui se passe à #OccupyGezi
Je vous laisse le regarder, car ce serait dommage de résumer en mots ce qui relève du visuel.
Martin relance l'idée de l'image publicitaire en lui donnant une twist très médias sociaux. Les gens n'ont pas toujours les "mots pour le dire". Alors ils pointent du doigt par image: «c'est ça!». Ils peuvent aussi «converser avec des images». Plus que jamais, l'image sert à passer des messages.
On pourrait penser qu'il ne fait que revêtir de nouveaux oripeaux au concept classique de l'image publicitaire.
Ce qui me semble l'élément central de son concept tient dans cette expression: «C'est vrai, je l'ai vu». Si je le vois, je le crois. Pour un peuple d'incrédules à la Saint-Thomas, Instagram, c'est la réalité.
Stratégiquement, c'est la raison pourquoi on voudrait faire de la "conversation" + "l'image", c'est-à-dire de la «conversation visuelle»: parce que la crédibilité passe aujourd'hui passe par le visuel, mais aussi par le nombre et non plus (juste) par une autorité.
"Instagramiser" ne veut pas dire "Une image vaut 1000 mots, version 2.0"
Non, ça veut dire "1000 images ne peuvent mentir".
Le nombre fait foi
Selon les époques, certaines formes de communication décrivent plus adéquatement la réalité du monde. Le 19e siècle comptait sur l'écrit: la grande presse et ses reportages. Le 20e siècle proposait l’image photographique: c'était «objectivement» plus vrai à travers un "objectif".
Au 21e siècle, avec une société de plus en plus au fait des manipulations médiatiques et des exploits de Photoshop, nous voyons progressivement dans la multiplication des sources une façon de vérifier un événement.
Probablement qu'il est difficile de se faire une idée de ce qui se passe à Istanbul et en Turquie en ce moment, mais avec les réseaux sociaux, et la multiplicité des sources, il est possible de se faire une idée de ce qui se passe. Avec les médias de masse? Impossible si vous êtes seulement nourri d'un entrefilet d'Associated Press en page 37 ou avec des images de gaz lacrymogène pendant 10 secondes au TJ.
Les organisme qui veulent crédibiliser une caractéristique de leur produit/service/événements (c'est bon, c'est beau, c'est cool, c'est populaire, c'est...) vont alors tenter de le faire par la «conversation visuelle».
Stratégiquement, ce n'est pas dans le choix ou la création d'images que se trouve la valeur du concept de "communication visuelle" mais bien dans la réflexion stratégique de vouloir "imager quelque chose qui ne se dit pas".
En marketing, si votre produit est le fun, laissez vos clients le montrer (et peut-être que je vais l'acheter). Si votre personnel est joyeux, montrez-le-moi (et je vais peut-être vouloir travailler chez vous).
Le visuel est peut-être le langage le plus adapté au flux permanent du «maintenant» médiatisé dans les réseaux. Le texte, c'est pour les archives!
On n'a pas attendu Martin Ouellette pour mettre des images dans nos pubs, nos événements, etc. Mais on sait maintenant pourquoi c'est important: «C'est vrai, je l'ai vu».
Les journalistes sont sur la ligne de front de l'avancée des technologies. Pour le meilleur et pour le pire.
Troisème balado de M2, avec Catherine Mathys, journaliste et chroniqueuse à Radio-Canada qui a terminé sa maîtrise récemment. Elle a rencontré une série de journalistes québécois pour les interroger sur l'évolution de la technologie dans leur métier.
Le rôle des nouvelles technologies dans le travail des journalistes politiques de la presse écrite
Internet, les nouvelles technologies mobiles, et les médias sociaux ont-ils un effet tangible sur les habitudes de travail des journalistes politiques de la presse écrite? Comment les journalistes s'adaptent-ils aux incessantes vagues de changement technologique? Catherine Mathys nous parle de son mémoire de Maîtrise sur le sujet.
Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.
Qu'est-ce que M2?
M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.
M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.
Un petit tour du côté de Triplex, mon autre blogue, le temps de vous résumer quelques billets que j'y ai écrit.
[Big data]Les mauvaises connexions
Même le dernier quidam sur Facebook a plus d’information sur sa communauté en une journée qu’un villageois du Moyen-âge durant toute sa vie. Interpréter un monde par les données demande d’acquérir de nouveaux réflexes: logiques statistiques, probabilité, rationalité, esprit scientifique. Sommes-nous prêts?
[Intelligence augmentée]Le fusil qui tire tout seul
Si vous pensez que l’arme imprimable 3D était la menace ultime, vous venez de changer d’échelle. Derrière chaque arme, il y aura maintenant un tireur d’élite, qui télécharge ses hits par WiFi sur les médias sociaux en temps réels. Bienvenue Terminator.
[Réseaux sociaux]Hadfield : l’étoile des médias sociaux
L'astronaute canadien a su transformer une mission scientifique en une expérience humaine proche de la réalité des gens normaux (c’est-à-dire nous, les terriens). Pour l’Agence spatiale, c’est littéralement un cadeau du ciel.
[Société] Comment le multitâche affecte notre attention
Une expérience récente a mesuré l’efficacité perdue par les interruptions de toutes sortes. Résultat étonnant : on a vu une amélioration de 43 % des résultats dans certains cas!
[Gouvernance] Demain, la ville intelligente
L’usage des nouvelles technologies permet «d'augmenter» la ville. Mais ne devait-on pas plutôt dire « ville intelligible », une ville qui peut être comprise par l’intelligence? L’enjeu sous-jacent est l'accès et le partage de données. Mais quelles données? Pour quel type de ville?
Big Data is Watching You. You are watching Big Data.
Le Big data, on en avait glissé un mot ici, en 2010. C'est l'accès à une formidable banque de données, à son analyse et l'extraction de connaissances.
Appelé data mining auparavant, il fait référence aux outils, processus et procédures permettant à une organisation de créer, de manipuler et de gérer de très larges quantités de données en vue d'en extraire des informations de valeur.
La nouvelle expression, Big Data, semble avoir été adoptée comme pour signifier qu'aujourd'hui on y ajoute le temps réel et des prises de données décuplées.
Je laisse ici de côté les manipulations bassement marketing qui ne cherchent qu'à vendre du vieux en le faisant passer pour neuf. Intéressons-nous à ce que veut réellement dire accéder à une très, très grande masse de données.
Ce qu'on ne voit pas sur les murs de la caverne, existe-t-il?
Vous connaissez l'expression «l'autoroute de l'information». Son côté suranné laisse suinter l'idée que le terme ne couvre pas toute la réalité. Le data mining est à l'autoroute de l'information ce que le Big data est aux médias sociaux.
Certains ont anticipé avec prescience, il y a plus de 40 ans, le type de monde dans lequel nous nous retrouvons aujourd'hui.
Pourtant les films de science-fiction n'ont fait que surfer sur le futur technologique qu'ils entrevoyaient pour nous (télé-achat, communication à distance et portable, écran tactile).
Je n'ai vu aucun film ou livre (à ma connaissance) qui mettaient les réseaux socionumériques au coeur d'un changement sociétal comme on le vit aujourd'hui.
Aujourd'hui, encore, les oeuvres artistiques ont encore beaucoup de mal à intégrer cette mutation sociale dans leur représentation du réel.
Il y a bien plus d'une décennie que les cellulaires sont entrés dans la fiction comme ressort dramatique (et ils semblent aujourd'hui omniprésents). Mais les médias sociaux?
J'ai l'impression que nos représentations du Big Data sont du même ordre. On sait que ça s'en vient, on sait que c'est gros, mais on sous-estime les changements que cela va causer.
J'aimerais partager avec vous mes intuitions de ce côté.
Voir le data mining dans l'œil du voisin et ne pas voir le Big data dans le sien
Moi-même, ce que je signalais en 2010 à propos du Big data, ne faisait que gratter la surface.
Je m'en tenais à une référence aux outils et à leur possibilité de gérer, trier, analyser de grandes quantités de données.
Bien sûr, je me réjouissais qu'une démocratisation était en cours de ce côté. Cette démocratisation permettrait de mettre une expertise entre les mains de plus de gens, en leur permettant de faire remonter des signaux faibles et voir émerger des patterns. Magie que seul les grands parmi les grands avaient les ressources pour le faire.
Mais c'est encore sous-estimer l'ampleur du changement. Comme on a tous sous-estimé les changements sociaux découlant d'Internet (non, Internet n'est pas juste un immense Wal-Mart virtuel).
Pour le Big data, ce n'est pas une démultiplications des données auquel on assiste mais à un véritable dépliage de la réalité!
La réalité se déplie, s'ouvre, se montre, s'agrandit. Le Big data, c'est l'accès à la couche tout juste sous le sensible: c'est ce que j'entends par le dépliage. On déplie le réel pour voir la couche en dessous, pour qu'elle entre dans notre réel.
Contrairement à un microscope grossissant, on ne parle pas simplement d'un accès, d'un polaroïd, d'une incursion timide dans ce sous-monde, mais à une Anschluss en règle de cette sous-couche dans notre monde.
On parle ici de rattacher l'invisible au visible, à agrandir le royaume du réel, à prendre en compte les informations de ce sous-monde pour l'intégrer dans la gestion quotidienne de notre réalité.
Autrement dit, le Big Data repousse la frontière de notre monde. Le réel s'agrandit de l'intérieur .
Au lieu de prendre des mesures vitales quelques fois par jour, les instruments d'aujourd'hui peuvent colliger des milliers de mesures à la minute ou à l'heure.
Dans le cas de prématurés, c'est la différence entre la vie et la mort. Viktor raconte que le traitement de ce "Big data" permet "d'anticiper" des problèmes bien avant les médecins.
Après plusieurs essais, les chercheurs ont fini par faire des corrélations entre certains patterns dérivés des données et les diagnostics des docteurs. Mais avec la finesse des datas (ou plutôt leur quantité) il leur était possible de détecter les signes avant-coureurs qui mènent vers des problèmes pathologiques bien avant qu'ils soient détectables par les experts.
Autrement dit le Big data peut "sauver" la vie de ces prématurés.
Le big data déplie le monde et nos instruments nous permettent de l'intégrer à notre temps réel, à notre espace-temps…
Prenons une analogie pour être plus clair. Sur l'écran où vous regardez ce texte, il y a des pixels, mais ils sont trop petits pour que vous puissiez les voir distinctement. Hé bien, imaginez que votre vue peut permette de voir chacun des pixels aussi gros que chacune des touches de votre clavier.
Vous viendriez de déplier une dimension invisible du monde; vous viendriez de repousser l'horizon du visible de l'intérieur. Les pixels gros comme des touches de clavier feraient partie du monde tout comme les poignées de porte et les marches d'escalier: des informations supplémentaires et actionnables sur votre monde.
Cette dimension serait prise en considération comme les panneaux de circulations sont des informations pour vous: quelque chose sur lequel vous pouvez avoir une emprise pour comprendre davantage le monde en vous créant de nouvelles représentations.
Viktor appelle ça "to datafy". La datatification du monde.
Causalité à l'épreuve de la corrélation
Je vous invite à écouter l'entrevue (en anglais) de Viktor Mayer-Schönberger par Nora Young, car c'est fort instructif. Voici quelques citations, traduites à la volée, un peu approximatives dans les mots, mais juste sur le fond.
«Ce qui a changé, c'est qu'avant, collecter, conserver et analyser du data entraînaient des frais énormes, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. […]
Si je n'ai que 15 prises de données et que 5 d'entre elles sont défectueuses, mon résultat s'en trouvera irrémédiablement affecté. Mais si je fais 5 milliards de collectes de données, je peux me permettre d'avoir quelques données faussées.[…]
Cette approche ne s'applique pas à toute les facettes de notre vie. Si vous allez à la banque, vous n'accepterez pas qu'il y ait des dépôts qui ont été oubliés. Tout doit être parfaitement enregistré jusqu'au dernier sou. Vous ne vous contenterez pas d'une réponse approximative qu'il reste à peu près 4000 dollars dans votre compte.
Mais dans d'autres circonstances, cette approximation n'est pas dommageable. Votre assistance-navigation SatNat peut vous dire que vous allez arriver à telle intersection dans trois minutes. Sans être à la seconde près, cette approximation est tout à fait suffisante. […]
Prenons l'exemple de Google Flu qui pouvait prédire l'éclosion de la grippe presqu'en temps réel. C'était un peu approximatif, mais définitivement de grande valeur comparée aux vrais résultats colligée par les docteurs qui n'arrivaient qu'au bout de 2 semaines seulement. […]
Depuis le début de l'humanité, nous sommes habitués à voir le monde comme une suite de cause et conséquences (si nous allons au restaurant un jour, et que nous sommes malades le lendemain, il ne faut pas grand temps pour relier les deux événements. Mais parfois, nos intuitions nous jouent des tours (nous sommes tombés malades pcq on a serré la main à un collègue malade).
L'analyse du Big Data ne peut nous dire le pourquoi, mais simplement le quoi: la corrélation entre deux choses/événements. Google ne fait que remarquer la corrélation entre les recherches en lignes et les cas déclarés de la grippe. Il n'y a aucune indication de causalité ici. […]
Notre cerveau ne peut s'empêcher de faire des liens de causalité. Ce n'est que de la corrélation, une prédiction dont la cause n'est pas identifiée.
Les problèmes commencent quand on mélange les deux, quand on utilise la corrélation pour deviner la cause. On risque de faire de mauvaises connexions [comme par exemple faire du profilage].
La promesse du Big data est de réussir à avoir moins de faux positifs [en augmentant la finesse probabilistique de la corrélation] alors que notre tendance à tout vouloir ramener à la causalité devient nuisible à ce niveau [on se dit toujours qu'il n'y a pas de fumée sans feu].
Ce que je retiens de la fin de son intervention (sur la corrélation), c'est que cette partie du monde qui se déplie demande de développer de nouveaux réflexes, donc une éducation aux logiques statistiques et probabilistique, donc à une pensée rationnelle.
Polaroïd ou flux?
Que vous le vouliez ou non, le monde se déplie. Déjà ceux qui maîtrise le Big data voit le monde plus grand que vous. Ils ont accès à plus d'information que vous. Une course vient de démarrer.
Ce n'est pas nécessairement un land claim. C'est surtout une expertise pour voir et analyser le réel avec de nouvelles données. Ce monde qui se déplie est une opportunité de voir plus loin.
Ça peut être fait à la façon d'un Polaroïd (on capture un instant donné et on en tire des conclusions). Ce sont les tests d'ADN qui vous donnent un pronostique sur votre état de santé génétique. C'est un sondage des réseaux sociaux pour connaître des tendances de fond.
Mais ce n'est encore que la continuité de ce que la science fait depuis longtemps (elle découvre le réel).
Mais quand le Big data sera non pas un Polaroïd mais un flux en temps réel, alors là le sous-monde fera partie de notre monde.
Déjà la détection des visages dans une foule se fait en temps réel. On laisse même entendre que les policiers brésiliens auront des lunettes qui peuvent scanner 400 visages à la minute pour 2014.
Même si je suis sceptique sur cette dernière nouvelle-là -- on dirait plus de l'intox pour faire peur aux hooligans-- ce n'est plus du domaine de la fiction.
Des "laboratoires sous-cutanés" sont en cours de conception: ce sont de minuscules implants qui sauront analyser en temps réel certaines caractéristiques de votre corps.
Le minuscule dispositif implanté juste sous la peau fait des analyses en temps réel des substances dans le corps, via le sang. Il a un module radio qui transmet les résultats sur le réseau à un médecin à partir de notre téléphone cellulaire via Bluetooth
Je le redis autrement. Vos cellules téléphoneront elles-mêmes à votre médecin si un problème se déclare.
Encore un autre exemple: des chercheurs du MIT ont développé un logiciel libre qui permet de révéler les détails (dans les vidéos) autrement invisibles: les micro-mouvements et le pouls.
Celui ou celle qui peut accéder à un tel flux en temps réel (disons, par exemple, au hasard, dans une app sur les lunettes Google) possède une information de plus que les autres. Il peut lire des intentions qui sont autrement cachées (gêne, mensonge, etc)
On peut peut-être contester l'usage du mot Big data dans ce contexte. Mais je ne crois pas détourner le sens original de data mining en tout cas.
Avec le Big data, je pense que dire qu'on déplie le réel prend son tout sens. Datatifier le monde, le prochain défi.
(Reste maintenant à l'analyser tout ça de façon critique. On se reprendra dans un autre billet.)
Un petit tour du côté de Triplex, mon autre blogue sur Radio-Canada, me permet de faire une courte liste des billets les plus significatifs que j'y ai laissés au cours des 2 derniers mois. Il y en a plein d'autres, et j'en ferai le tri quand j'aurais le temps. Bonne lecture.
[Gouvernance] Demain, la ville intelligente(1 mai 2013)
L’usage des nouvelles technologies permet «d'augmenter» la ville. Mais ne devait-on pas plutôt dire « ville intelligible », une ville qui peut être comprise par l’intelligence? L’enjeu sous-jacent est l'accès et le partage de données. Mais quelles données? Pour quel type de ville?
[Culture] D’iTunes à Twitter Music : 10 ans d’évolution de l’industrie de la musique (26 avril 2013)
Apple a réussi à montrer aux géants de l’industrie que la horde de pirates tant décriée était en fait constituée de consommateurs qui n’attendaient qu’une chose : une solution simple et efficace pour se procurer de la musique numérique à la pièce. Mais, en 10 ans, la tendance est de se demander pourquoi acheter de la musique quand on peut s’abonner gratuitement au catalogue au complet?
[Gouvernance] Le point d’échange Internet comme enjeu économique (23 avril 2013)
Un PEI permet au trafic branché sur ce nœud de parcourir des chemins beaucoup plus courts, plus rapidement que par des lignes externes. Les PEI qui connaissent le plus de succès dans le monde sont gérés par la communauté d’affaires Internet locale. Montréal vient de franchir ce pas.
[Économie] Bitcoin, une monnaie expérimentale dans la cour des grands (15 avril 2013)
Pierre Noizat, dans son livre sur Bitcoin l’an passé, écrivait : « Il y a un mouvement général de remise en cause des systèmes hiérarchiques pour des systèmes plus horizontaux. Il faudra du temps pour que Bitcoin s’impose, mais 2013 pourrait être un tournant. ». Hé bien, il a vu juste, c'est le cas.
[Ergonomie] La guerre des navigateurs va-t-elle reprendre? (10 avril 2013)
Google a décidé de poursuivre son chemin en créant Blink, un nouveau moteur de rendu web, à partir de WebKit. La pression d’optimiser le code HTML pour tel ou tel moteur de rendu va-t-elle refaire son apparition?
[Société] Le réseau des bonnes nouvelles (28 mars 2013)
À l’annonce d’une terrible nouvelle, celle qui provoque de la tristesse, il semble que nous soyons moins enclins à la faire suivre à nos amis et collègues sur les médias sociaux.
[Média] La Presse+, changement de culture (25 mars 2013)
Ce n’est plus simplement un.e migration de contenu vers une application gratuite. La Presse fera fausse route si elle mise tout sur la technique. Si c'est pour être de l'écrit figé à l'écran sans intégrer les acquis de la «révolution dans la relation au savoir, dans la relation aux apprentissages, dans le fonctionnement psychique et dans les liens et la sociabilité», ce n'est pas la force de vente qui va réussir à contenir la débâcle inévitable.
[Ergonomie] Zoé, le visage de la machine (20 mars 2013)
Zoé est une tête virtuelle, capable de reproduire et d’exprimer des émotions sur demande. Elle représente probablement une nouvelle génération d’interface humain-machine.
La technologie nous permet de plus en plus de lire un réel que nous ne percevons pas. Il suffit tout au plus d’une trentaine de « j’aime » sur Facebook environ pour que des prédictions statistiquement intéressantes puissent vous cerner.
Trois exemples pour montrer comment la technologie augmente nos capacités à accéder à la réalité. L'amplification de certains signaux nous donne accès à tout un pan invisible de notre entourage. Le monde s’agrandit.
C’est à un véritable mouvement de plaques tectoniques que l’on assiste en ce moment. L’écosystème de l’audiovisuel canadien semble se scinder, produisant, d’un côté, une concentration de quelques très gros joueurs, et de l’autre, l’émergence de multiples petits joueurs très agiles. L’industrie de l’audiovisuel au Canada est comme une énorme zone sismique. À son épicentre, Catalina Briceno.
La question est franche et direct. Les savoirs développés dans la blogosphère peuvent-ils s'intégrer aux savoirs universitaires?
Deuxième balado de M2, avec Mélanie Millette, transfuge de la blogosphère et doctorante à l'école des médias de l'Université du Québec à Montréal. Les podcasts et les médias sociaux, elle connaît. Et elle les examine maintenant de l'intérieur des murs académiques.
Podcast, blogues et la construction du savoir académique
Que sait l'institution académique du haut de sa tour d'ivoire sur les médias sociaux et de l'Internet? Mélanie, qui connait aussi le monde hors des murs universitaires nous répond. Nous avons été la voir à son bureau pour discuter des blogues, des podcasts et comment le savoir se construit. En particulier les savoir académique en silo à l'ère où tout est diffusé à tout vent dans la blogosphère...
Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.
Qu'est-ce que M2?
M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.
M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.
C'est arrivé cette semaine. Ça devait arriver tôt ou tard, on s'en doutait. Les ventes de téléphones intelligents ont dépassé les ventes de cellulaires de base au premier trimestre 2013.
«Les utilisateurs de téléphones veulent des ordinateurs dans leurs poches».
Bien sûr! Mais savent-ils quelle puissance ils vont avoir sur eux?
Même la sonde Curiosity envoyée à grands frais sur Mars est munie d’un processeur, de RAM et de disque dur moins puissants que nos cellulaires actuels (voir mon billet). Encore moins en tout cas que le Galaxy S4 de Samsung qui sort cette semaine.
Mais que ferons-nous de ces téléphones dans quelques mois quand il sera (encore) le temps des changer?
On les balance dans l'espace!
Des Nexus One en orbite
Dire que j'avais ça dans mes poches il y a à peine deux ans. Savez-vous que la Nasa a mis 3 Nexus One en orbite dimanche dernier ?
Oui, trois téléphones Android tournent en ce moment autour de la terre.
La Nasa teste son concept de nanosatellites qui sont littéralement équipé d'un téléphone intelligent comme on a dans nos poches. La Nasa, qui est toujours à la recherche de nouveaux prototypes de satellites, a cette fois-ci décidé de tester la technologie grand public.
Les téléphones intelligents sont déjà étonnamment bien équipés pour ce rôle!
Ils sont petits
Ils ont de bons processeurs
Ils ont des gyroscopes et des accéléromètres.
et des caméras de qualité
Les trois Nexus One en orbite autour de la terre, surnommés affectueusement Alexander, Graham et Bell sont chacune dans une petite boîte protectrice (gros comme la moitié d’une boite de soulier) avec une batterie ou des panneaux solaires, une antenne radio et une app spéciale pour communiquer avec la Terre.
Ils vont rentrer dans l'atmosphère dans quelques jours (et évidemment se désintégrer). Mise à jour du 29 avril: «Our orbital analysis indicates that the PhoneSats have deorbited on April 27 and have burned in Earths atmosphere as predicted. No one has been able to hear from the satellites since, which confirms the predictions. » Une expérience de crowdsourcing
Chaque PhoneSat (c'est leur nom) comprend une application spécialement conçue qui aide les téléphones transmettre des informations vers la Terre depuis l'orbite.
A intervalles réguliers, le téléphone transmets des images et des données vers le sol et ce sont des astronomes amateurs vont capter le signal.
Environ 250 astronomes amateurs reçoivent les données,les regroupent et les recomposent sur le site de la Nasa. Plus de 200 paquets de données ont déjà été enregistrés.
La technologie grand public est devenue suffisamment avancée pour venir en support à ce qui s’appelle encore la «rocket science». Et c’est ce qu’on a dans nos poches!
La haute technologie s’est non seulement démocratisée, mais le modèle de développement collectif du logiciel libre entre dans les hautes sphères de l'aérospatial, ce montre toute sa puissance.
La Nasa n'est pas près de changer tout son code pour celui d'Android. Mais avec la mission PhoneSat, elle montre que pour des missions non critiques, elle peut compter sur du matériel commun et une communauté qui assiste...
Une toile d'android sur nos têtes
On pourrait imaginer une couverture basse altitude de ce type de nanosatellites à bas coût (entre 3000 et 7500$ selon la Nasa) qui serait composée de nos cellulaires désuets et ainsi recyclés.
Ce filet n'a pas besoin d'être à tous les points fiable, car à chaque noeud, le PhoneSat peut être remplacé aisément.
Quand je pense que peut-être un des 3 nanosatellites est mon ancien Nexus One. Si c'est le cas, aurais-je le droit de dire que j'ai participé à la conquête spatiale?...
Faut-il brûler les médias sociaux? Accrochez-vous à votre lecteur audio, nous sortons de votre zone de confort.
Première émission de ma balado M2 sur les mutations numériques. Et quoi de mieux que de commencer avec André Mondoux, professeur en communication à l'UQAM, pour parler en mal des médias sociaux (mais, c'est pour leurs biens).
L'hyperindividualisme des systèmes totalisants
Les médias sociaux renforcent-ils l'altruisme ou développent-ils l'hyperindividualisme? André Mondoux pourfend les attitudes qui exacerbent les valeurs de l'individu au détriment du social. Ce sociologue de formation et critique des médias sociaux n'est pas tendre envers toute idéologie qui n'affiche pas leur nom. Faut-il brûler les réseaux socionumériques?
Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.
Qu'est-ce que M2?
M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.
M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.
Besoin de formation, de vulgarisation, de vision pour vos actions sur les médias sociaux? J'accompagne la haute direction pour élaborer / valider le plan stratégique, ou j'offre des conférences pour inspirer leur équipe sur la façon de prendre les bonnes décisions.