ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Quatre livres pour bronzer techno


La semaine dernière, à l'émission La Sphère à la Première chaîne de Radio-Canada, j'ai suggéré des lectures d'été pour bronzer techno. Pas techno comme dans coder. Mais techno comme technosociété.

Qu'on le veuille ou non, Internet et la technologie ont pris beaucoup d'espace dans notre société, je vous propose quatre livres pour réfléchir de diverses façons sur la technologie ou sur son impacts sur nos vies, les affaires, la société, etc.



L'extrait audio est disponible ici. Ci-dessous, vous trouverez mes commentaires pour chaque livre.


Mon site web chez le psy

Sous-titré 50 pratiques exemplaires dévoilées aux gestionnaires de PME, ce livre de de Stéphanie Kennan aux Éditions Transcontinental. sortie en mars dernier (133 pages), est pour moi une introduction pour démystifier la technologie et le marketing web.


C'est le plus léger des quatre et c'est vraiment comme ça qu'il faut le prendre. Le livre offre des trucs utiles, faciles à saisir, afin de mettre à profit le web, dans un cadre d'affaires. 

Le livre répond à des questions, comme si elles étaient posées par votre site web sur le divan d’un psy:

Pourquoi mon site est ennuyeux? Pourquoi mon site n’apparaît pas sur la première page de Google? Pourquoi mon site est-il si lent? Pourquoi aurais-je besoin d’un blogue sur mon site web? Etc. 

Les questions et réponses tiennent en général en 2 pages et c'est agréable à consulter. Agréable comme le blogue de l'auteure d'ailleurs.




Sous-titré Les architectes de l’information face à l’oligopole du Web, ce livre de Jean-Michel Salaün, aux Éditions La Découverte (151 pages), se veut un compte-rendu de sa réflexion bibliothéconomique du web.

Il est ce professeur à l’École normale supérieure de Lyon et ex-directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (2005-2010) -- son blogue est une mine d'or!

Ici, on monte d'un cran. 


Ce livre s'adresse à ceux qui s'interrogent sur la place du web dans une histoire plus longue. Plus particulièrement, il place le web dans la continuité de la bibliothèque comme institution. Et dans ce sens, le web poursuit un projet millénaire.

Une bibliothèque est centrée sur le «document». Le web aussi. Les deux ont pour but de partager les documents.

À partir de cette similitude, Jean-Michel bâtit un ingénieux modèle pour expliquer que «maintenant le document n’est plus qu’un ensemble de signaux dans un vaste flux» où apparaissent des «néodocuments».

Sur le web, le «je» est un exemple de ce néodocument! L'usager se transforme, avec les outils des réseaux sociaux et des blogues, en document (identité numérique, avatar, etc.) -- ou plutôt, on a radicalisé cette transformation!
Il développe aussi l'idée d'un oligopole du Web que sont les Apple, Google et Facebook de ce monde et qui tente (et réussie jusqu'à un certain point) de maîtriser ces nouveaux flux et donc à contrôler les documents sur le web -- et par extension, si nous sommes devenus des documents, un peu nous tous.



De Boris Baude, géographe, chercheur au sein du laboratoire Chôros de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (Epfl) et Maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

Ce livre aussi cherche à montrer comment Internet change la société dans son ensemble, mais cette fois-ci à travers une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace?

On dit souvent qu’Internet abolit l’espace, or M. Beaude dit qu’au contraire, Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés.

Cet espace internet est un espace relationnel. Mais cet espace n’est pas situé dans un lieu.

On présente souvent Internet comme des versions dégradées des interactions face à face, en personne, or M.Beaude rappelle que l’interaction déborde le strict cadre du face-à-face et qu'Internet a permis toute une dimension relationnelle de s'exprimer de façon multiple et sans contrainte de frontière.

«La capacité d'Internet à créer du contact réticulaire en dépit de la distance territoriale offre aussi une opportunité considérable d'organisation, de production et de coordination. L'intelligence collective, la sagesse des foules ou le crowdsourcing sont autant de notions qui ont émergé de ce potentiel.»

Mais il ne tombe pas dans l'angélisme et fait remarquer aussi qu'il y a un très grand risque de vulnérabilité dû à la concentration et la centralisation excessive, qu'il appelle «l’hypercentralité» qui tend à regrouper l'essentiel des pratiques en un nombre très limité d'espaces et par un nombre limité d'acteurs privés -- ce que Salaün nomme l'oligopole dans le livre mentionné plus haut.

«Le Monde est plus uni, mais il est aussi plus divers, tant il se donne les moyens de l’innovation intense, [...] qui contribuent à l’émergence de singularités insoupçonnées. Ce n’est pas tant à l’homogénéisation du Monde que nous assistons qu’à celle des processus de différenciation».


Le sous-titre est en soi un roman: Rethinking Knowledge Now That Facts Aren't Fact, Experts Are Everywhere, and the Smartest Person in the Room is the Room (256 pages)

«Repenser le savoir, car maintenant les faits ne sont plus des faits, que les experts sont partout et que la personne la plus intelligente dans cette pièce est la pièce elle-même»

David Weinberger n'est plus à présenter. Il est l'auteur de :
- Everything Is Miscellaneous: The Power of the New Digital Disorder (2008)
- The Cluetrain Manifesto: The End Of Business As Usual (classique des geeks! des années 2000)
- Small Pieces Loosely Joined: A Unified Theory Of the Web  (2003)

Dans ce livre, plusieurs idées. Une d'entre elles part du principe que la somme colossale de données qu’il faut amassées pour comprendre des phénomènes complexes (météo, économie, mouvement social) dépasse de loin les capacités d’un seul cerveau humain et qu’il faut déployer une science en réseau.

«Mais que peut-on faire avec une connaissance scientifique qui serait trop énorme pour être comprise?»

En transformant ce que veut dire «comprendre» en terme scientifique!

On a déjà eu ce type de révolution où les scientifiques ont dit que pour comprendre le monde, il fallait le découper en petits morceaux vérifiables (réductionnisme).

Mais voilà que nous nous retrouvons avec trop de petits morceaux! Les modélisations sont si complexes que nous ne savons pas les interpréter.

Seuls les cerveaux artificiels seraient en mesure d'appréhender de telles complexités.

«This new knowledge requires not just giant computers but a network to connect them, to feed them, and to make their work accessible. It exists at the network level, not in the heads of individual human beings.»

Et ce n'est qu'une des idées du livre. Et pour vous en donner un avant-goût, savourer le blogue dédié aux thèmes du livre, c'est passionnant!

Bonne lectures d'été!



Sur la chaîne de confiance


Des personnes soucieuses de protéger leur mot de passe m'ont signalé qu'il ne faut jamais donner son mot de passe sur un site inconnu. (Voir mon billet d'hier). Ils ont raison sur le fond, et je ne l'aurai pas fait à moins d'avoir trois bonnes raisons.

Pourquoi j'ai confiance à Leakedin

1) Ce site n'a pas été construit tout à fait par des inconnus, mais par Chris Shiflett (Twitter) , Sean Coates et l'équipe de FictiveKin dont vous avez la liste complète de l'équipe sur la page d'accueil, photo et compte Twitter inclus.

Mais cette raison n'est pas la raison principale qui justifie pourquoi je fais confiance au site.

2) La page web n'envoie jamais votre mot de passe, mais bien une fonction de hachage (hash en anglais). Une fonction de hachage est un algorithme qui transforme une série de caractères (votre mot de passe en l'occurrence) en une suite alphanumérique d'une longueur fixe (dans ce cas-ci 40 caractères)
Le hash de "password" est
5baa61e4c9b93f3f0682250b6cf8331b7ee68fd8

Le hash de "Martin Lessard" est
318fa200d58682b403febaeff3be2bccd08df681

Le hash du premier paragraphe au complet de mon billet est
6a386e8d1569994a966b4141d9336374421702b7
Un hash de longueur toujours égale (qu'importe le nombre de caractère de départ) donne une "empreinte". Un hachage sert à identifier rapidement l'empreinte des données. Cette page gère les hashes et non des données elle-même.

Mais ce n'est pas la raison principale qui justifie pourquoi je fais confiance au site

3) La fonction de hachage se fait à même la page, dans ce qui est appelé le code JavaScript (JS). Le code JS est accessible par tous en accédant au code source de la page

Le champ dans lequel on entre le mot de passe a été nommé "check", la fonction JS qui récupère le contenu du champ est

function hashIt() {

   var el = document.getElementById('check');

   if (el.value.match(/^[a-f0-9]{40}$/)) return;

   el.value = Sha1.hash(el.value);

 }

En clair:

  •  La valeur du champ (votre mot de passe) est mise dans la variable "el" (première ligne)
  • Puis on vérifie que ce soient bien des caractères valides qui sont dans la variable "el" (deuxième ligne, après le "if")
  • Et on performe une fonction de hachache sur la variable avec "Sha1.hash(el.value)" (fin de la troisième ligne)
  • Pour aussitôt réassigner le résultat du hachage dans la variable avec"el.value" (début de la troisième ligne)

Quand on écrit en JS : "el.value =", la valeur qui se trouve à droite du égale est attribué à la variable. Dans ce cas-ci le hash de votre mot de passe.

"el" étant le contenu du champ (première ligne) alors celui-ci est aussitôt remplacé dans le champ par le hash (troisième ligne).

C'est cette valeur qui est envoyée au serveur par le bouton "submit"

C'est la raison principale pourquoi je fais confiance au site: votre mot de passe ne quitte jamais votre ordinateur, seulement sa fonction de hachage.

La chaîne de confiance

Il est évident que si vous arrivez sur mon billet en provenance d'un tweet, la chaîne de confiance est plutôt ténue.

Vous devez croire un twitteur, qui a peut-être fait confiance à un autre twitteur, qui me fait confiance  et moi je fais confiance à mes sources qui eux font confiance au site.

Si la chaîne de confiance est trop longue, fiez-vous à votre instinct.

Pour ceux qui connaissent le JS, vous pouvez court-circuiter la chaîne et vérifier par vous-même (comme l'invite Leakedin sur son accueil).

Vérifiez si vous avez été piraté sur Linkedin

Hier, plus de 6 millions de mots de passe ont été piratés sur Linkedin. Faites-vous partie des malchanceux? Moi oui. 

Comme preuve de leur méfait, les pirates (russes) ont fait circuler un fichier contenant les mots de passe : on suppose qu'ils possèdent la correspondance avec les comptes, mais on n'est pas sûr.

Un site, Leakedin.org (notez le joli jeu de mots entre leaked et linked) a repris le fichier contenant les mots de passe (en soi, ce fichier est inoffensif si on ne sait pas à quel compte le rattacher) et l'a mis dans une base de données que vous pouvez interroger.

Vous pouvez donc savoir si votre compte Linkedin a été piraté, si votre mot de passe se retrouve dans cette base. Il est donc à risque.
Vérifiez si votre mot de passe Linkedin a été volé, ici: leakedin.org

Notez bien que le fait que votre mot de passe se retrouve dans la base de données ne veut pas dire qu'automatiquement que votre compte Linkedin a été piraté. Il se peut que simplement que votre mot de passe soit une combinaison utilisée par une autre personne.

Dans mon billet sur Triplex aujourd'hui, je liste une série de mots de passe qu'il ne fait pas bon avoir.

[Mise à jour: ceux qui ont des craintes à rentrer un mot de passe sur un tel site web, peuvent lire cette mise à jour]

Le danger guette aussi vos autres comptes

Maintenant que le fichier circule, c'est une banque de modèle de mot de passe pour d'autres hackers. C'est probablement un des plus gros échantillons de vrais mots de passe de la planète. Et il rejoint une liste de plus en plus grosse de mots de passe piratés depuis quelques années.

Ces listes de mots de passe volés sont utilisés par les pirates pour entrer dans des comptes sur d'autres plateformes.

On vous dit souvent de ne pas prendre de mot du dictionnaire comme mot de passe, parce que la liste des mots peut être utilisées pour faire une intrusion (on compare en force brute tous les mots du dictionnaire pour déchiffrer la combinaison). Hé bien, les 6 millions de mots de passe volés viennent se rajouter à ces mots du dictionnaire!

Autrement dit, si votre mot de passe se retrouve dans la base de leakedin.org, et que vous l'utilisez pour un de vos comptes (pas juste Linkedin), il faut le changer immédiatement!

Qu'importe la complexité de votre mot (le mien était pourtant une combinaison de 12 caractères), il fait partie maintenant des combinaisons que d'autres hackers peuvent utiliser à l'avenir. Il est aussi inutile que si vous avez choisi "password" comme mot de passe...

RIP Facebook, le mème de l'heure [MàJ]

«RIP Facebook» est un mot clé qui domine ce soir sur Twitter, partout sur la planète, avec plus de 8000 tweets à l'heure. Pourquoi? Probablement à la blague. «RIP Facebook Say Hi To Myspace For Me, Sincerely Twitter.» Depuis que Facebook est sortie qu'on annonce sa mort! Mais il y a un fond de vérité pour que le mème ressorte ces temps-ci.

Mise à jour du lendemain:Il faut croire que je ne suis pas le seul à penser ça,
Fred Cavazza vient de faire suivre sur Twitter un lien vers l'article du Business Insider: 
«Facebook Looks Weak To Rivals, And They Are Going In For The Kill» (1er juin)
où on dit que, maintenant, c'est le temps de commencer le pillage de talent chez Facebook!
"Facebook is no longer the upstart. It is now the middle aged man with a stock crisis. [...] Now is the time for all the other companies to strike against Facebook in the war for talent."
«Farcebook»

Dans sa chronique de mercredi Michel Girard, de La Presse,  section Affaires, y va d'un titre mordant: «Farcebook». Il nomme ainsi les soubresauts à la bourse des actions de Facebook qui ont perdu entre 25 et 30 % de leur valeur.  Regardons de plus près.  

«Farcebook» parce que M. Girard déplore le «visage à deux faces» des principaux actionnaires de Facebook dans le cadre de l'introduction du titre en bourse il y a deux semaines. 

Pourquoi les qualifie-t-il de visages à deux faces?
  • Parce que l'appel public à l'épargne à 38 $ l'action avait pour but premier de «permettre à ses hauts dirigeants et importants actionnaires de passer à la caisse»
  • Parce que les dirigeants ont vanté «à tour de bras le potentiel extraordinaire de leur entreprise auprès des investisseurs potentiels alors que l'objectif ultime était de liquider une partie de leurs actions à prix exagéré»
  • Parce que les dirigeants n'ont pas hésité à vendre leurs actions (57%, plus exactement) dans les premiers instants -- se débarrasse-t-on de 57% de la poule aux oeufs d'or?
  • Parce que les principales banques d'affaires et  maisons de courtage (Morgan Stanley, J.P. Morgan, Goldman Sachs&Co) «devaient se douter qu'à un prix de 38,00$US, l'action de Facebook allait tôt ou tard faire l'objet d'une sévère correction.» (ce qui leur a permis de rapporter la «jolie somme de 176 millions US, juste en commissions.»)
  • (source)

L'appât de gain sans effort a séduit ceux et celles qui croyaient investir dans l'eldorado numérique. 

Dessin de Tom paru dans Trouw (via)
Mais que va-t-il se passer avec Facebook maintenant qu'il est coté en bourse?

Tentons un pronostic: 
  • La pression énorme et démesurée des actionnaires, pour retrouver leurs billes, fera en sorte de chauffer à blanc la compagnie afin qu'elle produise de revenus, vite.
  • Immanquablement ces revenus ne seront pas à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires
  • Cette déception fera probablement baisser le prix des actions
  • La baisse sera telle, qu'elle suscitera l'envie d'un géant d'acheter Facebook

Concrètement, qu'a Facebook pour éviter un tel scénario?

La publicité? Peut-être, mais pas sûr. 
Les revenus ne sont pas encore à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires. Un article du WSJ  rapporte que plusieurs compagnies émettent des doutes sur la valeur des pubs sur Facebook. GM, 3e publicitaire aux É.-U. a carrément cesser de mettre de la pub sur Facebook (lire mon billet sur Triplex). Et encore, PCWorld ajoute même que les publicités sur Google sont 10 fois plus efficaces que celles de Facebook. 

Le mobile? Peut-être, mais pas sûr.
Des rumeurs circulent sur le rachat d'Opera, le navigateur chouchou sur les mobiles. Mais qui vient avec une facture salée de plus de 1 milliard $. Ou, encore, cette rumeur d'un téléphone Facebook. Rumeurs qui n'ont pas convaincu les marchés. En fait, ces deux solutions sont des "solutions achetées", donc qui demandent de disperser les ressources financières.  À une semaine après l'entrée en bourse, il est un peu tard pour annoncer que les solutions ne sont pas à l'interne…

Face.com? peut-être, mais pas sûr.
La rumeur d'acquisition du logiciel de reconnaissance faciale a peut-être du bon pour les investisseurs : associer ce logiciel avec la plus grande base de données d'individus sur Terre, c'est probablement de la musique aux oreilles des investisseurs. Mais pour les usagers, je ne sais pas, c'est peut-être le début d'une intrusion dans la vie privée insupportable (une de plus).

Je mets toujours en garde mes clients quand je les vois se précipiter pour ouvrir une page Facebook. Premièrement, ce ne doit pas être un objectif en soi, mais une tactique qui découle d'une stratégie qui découle des grandes orientations de l'entreprise. Et s'ils y vont, je fais toujours attention pour bien leur faire comprendre qu'ils ne doivent pas tout miser sur cette plateforme sur le long terme. Et je sais que je ne suis pas le seul à penser comme cela

Est-ce un bon signe pour Facebook que ce genre de recommandation circule de plus en plus?

Que conclure de cette farce à la bourse de Facebook. 
  • Que la bourse suive un chemin qui est différent de la réalité des usagers est un fait.  
  • Que ceux qui ont investi dans Facebook sur la base du succès populaire de la plateforme n'ont pas nécessairement tout compris les enjeux
  • Que, oui,  évidemment le mobile est l'avenir de Facebook (s'ils arrivent à prendre le tournant).
Mais qu'un titre qui se voit négocié entre 75 et 100 fois les bénéfices est assurément surévalué. C'est à l'image du temps. Avoir ou se faire avoir.


C'est la révolution, parce qu'elle est télévisée

J'ai écrit un billet cette semaine sur mon autre blogue, Triplex, sur le 100e jour du mouvement étudiant et sur CUTV en particulier. Voici une suite (inspirée après la lecture d'un billet sur «CUTV et la révolution» d'une lectrice).
Voici un extrait de mon billet sur triplex:

CUTV, l'effet larsen et les médias sociaux

Les grands médias ont assez couvert de manifestations en temps réel par le passé pour savoir que le fait d’ouvrir les caméras sur une foule provoque en retour un effet de rétroaction sociomédiatique : un effet larsen social des médias qui provoque ce qui n’existait pas.


Une boucle de rétroaction est en place quand l’effet est lié à sa propre cause. La réaction entraîne une amplification progressive vers un emballement chaotique. Les médias sont depuis longtemps un élément de cette chaîne, soit comme agent provocant (en montrant la chose), soit comme régulateur (en relativisant la chose).

Quand les nouveaux médias « montrent tout ce qui se passe », les grands médias se retrouvent dans la position de régulateur. Ce qui rend la neutralité journalistique suspecte (être neutre et couvrir tous les points de vue banalise les événements) auprès des manifestants.

Avec CUTV, la boucle de rétroaction est enclenchée, car les effets observés dans la rue entraînent plus de gens indignés dans la rue, comme on le constate soir après soir.
(Billet complet)
Ce qui m'avait le plus surpris, et qui a été un déclencheur pour écrire le billet, c'est de lire en ligne tous ces gens qui, écoutant en direct CUTV, se demandaient «Mais où sont les médias?» quand les policiers chargeaient la foule.

Ils partageaient cette étrange impression que la réalité à laquelle ils assistaient devait être filmée et reprise dans "les médias".  Avec en surcroît, ce petit soupçon jamais très loin d'une conspiration du silence.

Mais étrangement, au même moment, ces médias se faisaient conspuer pour leur biais dans la couverture (pas assez pro-étudiant, trop à droite, ou ceci ou cela). Biais? Probablement. Mais en aurait-il eu un aussi s'il filmait en temps réel la manif, comme le fait CUTV, montrant les petits et grands drames? Probablement aussi.

Donc on ne critiquait pas l'absence des médias, ni leur parti pris...

On critiquait les médias, tout simplement.



Les médias sont critiquables et s'il y a bien une chose que CUTV a montrée, c'est de faire éclater au grand jour la façon ampoulée de couvrir les événements et la lourdeur de leur processus. Mais ils n'ont pas tout faux, au contraire

Ce que j'ai tenté de décrire dans mon billet, c'est que les médias connaissent l'effet larsen. Ouvrir une caméra, en direct, est déjà une forme de prise de position. Et ils en connaissent les conséquences.
On se rappelle les émeutes des finales de la Coupe Stanley à Montréal en 2008, les caméras ouvertes montraient les émeutiers en délire, ce qui invitait davantage de gens à se joindre au carnage. Comme l’effet de rétroaction décrit par Larsen quand on approche un micro d’un haut-parleur.
(Voir mon billet sur ces événements de 2008)
Quand CUTV s'avance vers les policiers qui chargent, en leur demandant pourquoi ils chargent, on se demande s'il ne provoque pas l'événement plutôt que de le filmer. Ça finit toujours par une mise hors d'onde après une bousculade. Effet larsen.

Est-ce que CUTV prend position? Dur d'en douter. Est-ce que CUTV est à blâmer? À ce que je sache, les policiers auraient chargé quand même, caméra ou non. Est-ce que CUTV montre une réalité que les autres médias taisent par peur d'effet larsen? Probablement.

Mais pourquoi cette retenue?

Il n'y a que sur YouTube que l'on peut voir le constable 728 arroser de poivre les innocents passants. Les médias sociaux n'ont pas de valve de sécurité: on écoute la vidéo en boucle et en boucle et on finit par devenir un indigné. Et le soir on passe à CUTV pour braver les policiers --qui nous chargent en retour. Effet larsen.

Les médias de masse jouent les seconds violons dans ces événements. Ils ne peuvent pas être partout à la fois. Les médias sociaux, oui. Les médias de masse ont un boulot à faire (et les événements n'en sont qu'un parmi d'autres à couvrir, chiens écrasés inclus) alors que les médias sociaux sont toujours sur l'adrénaline, jour et nuit, et uniquement sur ce qui compte pour eux à ce moment-là.

Les médias de masse maintiennent un semblant d'équilibre en étant un régulateur des images auto-excitantes. Le direct n'apporte pas nécessairement le degré de réflexion souhaitée:

- Est-ce le rôle d'un grand média de montrer la manif comme elle montre un défilé? J'en doute dans les conditions actuelles de production audio-visuelle.

-Est-ce que ce type d'«absence» sur le terrain amoindrit la légitimité des télés dans leur couverture? Probablement. Car une certaine pertinence a été accordée de facto à CUTV. Celle de montrer le non-dit, la conséquence concrète de manifester dans la rue, la brutalité policière, l'envers des nouvelles.


Mais tous les médias ne doivent pas tous être mis dans le même panier.

La télé -- média qui montre -- a le plus à perdre en discrédit. Comment peut-on la prendre au sérieux quand elle nous montrent des recettes de poulet alors que la brigade anti-émeute racle le coin St-Denis Maisonneuve?

La presse, grosso modo, se débrouille assez bien -- même si elle se rend compte que son opinion n'est pas majoritaire dans le tintamarre des réseaux sociaux.

La logique interne des médias est de traiter cet événement comme tous les autres événements, de lui retirer son caractère exceptionnel.

Oui l'événement fait la première page, quand ils sont 250 000 dans les rues. Mais a-t-on vu un cahier complet, quotidien? Voyons-nous des émissions quitter l'antenne pour annoncer que des étudiants sont en pris en souricière au coin de telles et telles rues? Non, la logique interne des médias demande de préserver un équilibre.

Et cet équilibre et cette objectivité sont perçus comme un immobilisme et un biais en faveur du statu quo. Alors que CUTV, en étant en direct, montre que c'est un état d'exception. 

C'est leur slogan. "La révolution sera télévisée". Et s'ils filment, c'est que ça ne peut être qu'une révolution.


Balado #8: La vie privée

Voilà la huitième et dernière d'une série d’émissions baladodiffusée qui réunissait Gina Desjardins, Laurent LaSalle et Moi-même, les trois blogueurs de Triplex, le blogue techno de Radio-Canada, et animé par Philippe Marcoux, au grand bonheur de tous. 

Au programme, une table ronde sur la question de la vie privée et tout ce qui entoure la confidentialité sur Internet. Bonne écoute

Vous pouvez retrouvez les 7 premiers podcast ici:

-Balado #7 [vidéo]: Les jeux vidéo

-Balado #6 [vidéo]: La télé 2.0
-Balado #5: La mobilité et le SoLoMo
-Balado #4: La robotique
-Balado #3: Droit d'auteur à l'ére numérique
-Balado #2:  Les technologies rendent-elle dépendantes?
-Balado #1: La tablette







Poésie de mots clés

Les algorithmes anglo-américains n'ont pas tous encore intégré les «mots vides» («stop-words») pour la langue française. Dans des nuages de mots-clés, il n'est pas rare de voir des mots comme «le», «la», «à» qui n'ont aucun sens (comparez à «Web», «émergence», etc.). Un mot vide sert plus de liant grammatical ou linguistique et n'offre pas de contenu significatif.

Quand l'algorithme est unilingue anglais, on ne se retrouve avec un nuage pollué de mots vides pour les contenus francophones, alors que les nuages de mots-clés pour les contenus en anglais donnent un bon résultat...



Mais parfois, ça peut donner beaucoup de poésie.

Voici le nuage de mots sur mes derniers tweets, selon Kred. Les mots vides côtoient certains mots clés. Et ça peut avoir l'air d'être un poème. (J'ai mis des «/» pour ressembler davantage à un poème).
les sur des par vous pour branchez une dans c'est chute signifie @rctriplex /
#rctriplex est données google #inisms pas #gmail québécois /
merci qui avec grand #radiolondres @katerinerollet billet mon nord /
social centres facebook même aussi gmail #crm809 /
voitures notre sont http twitter @inisfpc être aujourd'hui /
consciemment street enregistraient nouvelle view son très france
j'ai mais selon @michelleblanc
Bon d'accord, ça fait un peu geek...

Avec «Touché», tout, tout devient une interface, même l’eau!

On le sait moins, mais Disney a une équipe de recherche et développement qui s'occupe d'expérimenter de nouvelles interfaces

Cette semaine, l’équipe de Pittsburgh a sorti une vidéo sur YouTube sur un nouvel outil qui devrait modifier notre rapport aux choses...

J'ai présenté cette innovation à l'émission La Sphère aujourd'hui, dans ma chronique techno. Je la trouve tellement vraiment intéressante!



«Touché» est un nouveau senseur pour reconnaître les contacts sur une surface. Mais contrairement aux senseurs conventionnels, il n’est pas basé sur une approche binaire: «contact» / «pas de contact».

Le senseur capture toutes les fréquences et donc offre plus de subtilités dans son décodage. Par exemple une simple pression avec les doigts ou les mains sur un objet crée toujours une micro décharge électrique détecté par le senseur de votre iphone ou ipad. Au lieu de s'en tenir à un simple calcul binaire, le nouveau senseur lit toutes les fréquences, ce qui lui permet d'augmenter le nombre d'interactions avec un objet

Exemples

Une poignée de porte: on peut détecter si c’est 1 doigt, 2 doigts ou la main au complet qui la touche

Une table: on peut détecter si c’est 1 main, 2 mains, les coudes qui la touchent. Même la présence ou non d’une personne est détectable.

De l’eau: on peut détecter si c’est 1, 2 ou 3 doigts ou si la main est complètement immergée. Assez impressionnant, en tout cas.

Notre propre corps: on peut détecter des contacts et des gestes sur notre corps. Croisez les doigts, toucher son poignet, les glisser sur son avant-bras, pourrait permettre de changer de pistes sur son iPod ou de répondre à son téléphone.

Applications

Le sofa intelligent: Le sofa sait quand quelqu’un s’assoit et ouvre la télé Si la personne prend une position confortable pour regarder la TV, alors les lumières baissent en intensité. Si la personne ne bouge plus et s'endort, alors la télévision se ferme. Une application en domotique moins triviale peut aussi être imaginée..

Poignée de porte intelligente: par exemple, par un simple touché, la porte peut indiqué l’état de la pièce pièce de l’autre côté de la porte : réunion en cours, «ne pas déranger je suis au téléphone»,
etc.

Pour le côté liquide, les chercheurs ont imaginé que le senseur peut détecter le type d’objet qui entre en contact avec un liquide (doigts, baguettes, cuiller) et donner une réponse appropriée (dans leur exemple, pour empêcher un enfant de manger avec les mains.

Les exemples dans le vidéos ne sont pas des sommets de créativité, mais il est clair que la possibilité que tout soit une interface un jour n'est plus du domaine de la fiction...

Le rapport Gautrin 2012

Voici les recommandations proposées dans le rapport Gautrin pour « que le gouvernement du Québec prenne le virage du Web 2.0 et devienne ainsi un gouvernement ouvert, transparent, participatif et collaboratif.»

Je mets intégralement les recos ici. j'analyserai une autre fois. Le document complet est ici. Via Michelle Blanc.

Rapport Gautrin [extraits]

RECOMMANDATIONS POUR UN GOUVERNEMENT 2.0

Recommandation 1 : Que le gouvernement divulgue progressivement et de manière proactive, sur un site unique, l’ensemble des données gouvernementales. Ces données devraient être disponibles dans des formats libres et compatibles avec les logiciels de traitement de données.

Recommandation 2 : Que le gouvernement du Québec s’engage à stimuler et à favoriser la participation citoyenne à l’élaboration et à l’évaluation de ses actions et de ses politiques.

Recommandation 3 : Que le gouvernement s’engage à utiliser le potentiel du Web 2.0 pour stimuler et faciliter la collaboration des employés au sein et entre les différents ministères et organismes gouvernementaux.

Recommandation 4 : Que le premier ministre du Québec affirme dans une déclaration sa volonté d’orienter son gouvernement sur la voie du Web 2.0 et de faire de son gouvernement un « gouvernement ouvert ».

LA MISE EN ŒUVRE DU GOUVERNEMENT 2.0

Recommandation 5 : La mise en œuvre du projet doit se faire de façon progressive et coordonnée ; cependant, il importe que, dès le départ, chaque unité fixe des objectifs clairs, un échéancier précis et des moyens d’en mesurer la réalisation.

LA TRANSPARENCE GOUVERNEMENTALE

Recommandation 6 : Que soit instauré un portail unique donnant accès aux données gouvernementales et que, dans un premier temps, celles-ci soient celles inscrites dans le Règlement sur la diffusion de l’information et sur la protection des renseignements personnels.

Recommandation 7 : Que l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) soit le dépositaire de toutes les données statistiques des organismes publics, qui satisfont aux critères de l’Institut.

Recommandation 8 : Que l’ensemble des données gouvernementales qui n’ont pas un caractère statistique soit archivé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui aura la responsabilité d’en vérifier la qualité.

Recommandation 9 : Que ces données gouvernementales soient traduites dans un langage ouvert qui en permettra le traitement et la recherche par ordinateur et que soit développé un moteur de recherche à cet effet.

Recommandation 10 : Que les données gouvernementales déposées sur le site unique « données.gouv.qc.ca » soient placées sous licence libre, du type Licence gouvernement ouvert, un outil juridique qui accorde des droits étendus aux utilisateurs de la plateforme pour la réutilisation des données sans toutefois priver le gouvernement de son droit de paternité.

LA PARTICIPATION CITOYENNE

Recommandation 11 : Que soit mis en place, parallèlement au site de divulgation des données gouvernementales, un système de rétroaction qui permettra de mieux cibler les besoins des citoyens et ceux des entreprises.

Utilisation des données ouvertes

Recommandation 12 : Que soient développés des incitatifs pour encourager une utilisation innovatrice et créatrice des données gouvernementales. Communication gouvernementale

Recommandation 13 : Que dans toute stratégie de communication, les ministères et organismes incluent une dimension médias sociaux et qu’ils élaborent une méthode de gestion de la rétroaction citoyenne pour stimuler le dialogue.

Recommandation 14 : Que l’administration publique se dote d’un système de veille commun afin de réagir aux commentaires formulés sur les réseaux sociaux.

Espaces de débats sur les grands projets gouvernementaux

Recommandation 15 : Que les ministères et organismes, grâce aux outils du Web 2.0, conçoivent des espaces de débats autour de leurs grands projets pour permettre aux citoyens d’y participer, tant dans l’élaboration que dans la prise de décision, et que ces mécanismes fassent partie de leur déclaration de services aux citoyens.

Recommandation 16 : Que soit développé un moyen informatique permettant d’analyser la participation citoyenne et que les ministères et organismes, dans leur stratégie de communication, informent les citoyens sur la façon dont ils tiennent compte de la participation obtenue.

Forum citoyen

Recommandation 17 : Que le gouvernement crée un forum citoyen de dialogue et que celui-ci soit administré au niveau central par le Secrétariat à la communication gouvernementale.

 LA COLLABORATION

Un réseau social interne

Recommandation 18 : Que soit amélioré l’intranet gouvernemental pour y inclure un outil de collaboration du type réseau social, qui permet des fonctionnalités comme le partage de documents, la stimulation du brassage d’idées, la bonification de l’information et les interactions entre les employés de la fonction publique.

Une nouvelle gestion des ressources humaines

Recommandation 19 : Que le gouvernement développe, grâce aux outils du Web 2.0, une vision de l’amélioration de la qualité de ses services qui implique les employés de l’État.

Recommandation 20 : Que l’administration publique québécoise amorce un véritable changement de sa culture organisationnelle en encourageant le partage de l’information, la cocréation de nouvelles connaissances et une plus grande responsabilisation des employés de l’État.

Recommandation 21 : Que le gouvernement fournisse au personnel le soutien nécessaire pour intensifier l’utilisation des outils du Web 2.0 en respectant les normes de l’éthique et l’intégrité professionnelle.

Recommandation 22 : Que le gouvernement responsabilise ses employés en leur accordant sa confiance pour innover et profiter des possibilités offertes par les outils du Web 2.0.

LA GOUVERNANCE

Recommandation 23 : Que la gouvernance du projet soit placée sous l’autorité directe du premier ministre afin qu’il fasse connaître, dans une déclaration, sa volonté quant à la réalisation du projet, tout en rappelant que les changements doivent se faire progressivement.

Recommandation 24 : Que soit constitué un comité de gouvernance formé du représentant du premier ministre, du secrétaire à la communication gouvernementale et du dirigeant principal de l’information ou de leurs représentants.

Recommandation 25 : Que le comité de gouvernance ait pour fonction, en collaboration avec les sous-ministres et les dirigeants d’organisme, d’amorcer et de coordonner les actions menant à la mise en œuvre des différentes phases du projet.

Recommandation 26 : Que dans son travail, le comité de gouvernance soit soutenu par deux structures administratives hébergées au ministère du Conseil exécutif, l’une pour soutenir les ministères et organismes dans l’élaboration des projets de mise en œuvre, l’autre pour établir les échéanciers et valider ces projets.

LA SÉCURITÉ

Recommandation 27 : Que le gouvernement prenne les mesures appropriées pour protéger son identité sur les médias sociaux et ne transmette, sur ceux-ci, qu’une information ciblée compte tenu des risques inhérents aux problèmes d’authentification.

Recommandation 28 : Qu’une attention particulière soit accordée à la protection des renseignements personnels au moment de la mise en place des espaces de réseautage gouvernementaux et qu’une politique de confidentialité ainsi que des conditions d’utilisation respectant la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels et la Loi sur les documents personnels et les documents électroniques soient établies.

LA FRACTURE NUMÉRIQUE

Recommandation 29 : Que le Québec poursuive ses efforts afin de donner accès à la bande passante à haute vitesse sur la totalité de son territoire.

Recommandation 30 : Que les contenus publiés et les espaces de dialogue gouvernementaux soient adaptés à la réalité des citoyens souffrant de handicaps.

Recommandation 31 : Que le coût d’accès à Internet et aux outils technologiques reste raisonnable.

Recommandation 32 : Que des séances de formation soient offertes aux citoyens, quelle que soit leur condition (âge, handicap, exclusion sociale), pour mieux maîtriser ces nouvelles technologies.

--
 Le document complet est ici.
Site de Gautrin 2012

[vidéo] Balado #7: Les jeux vidéo

Avant dernier podcast et deuxième podcast vidéo de Triplex. Au menu, les jeux vidéo.

Je ne joue pas beaucoup aux jeux vidéo, par manque de temps. Je trouve même que les jeux sont davantage une simulation du travail, symboliquement parlant, qu'autre chose.

Il y a un jeu, par exemple, que je trouve particulièrement représentatif de nos vies misérables devant le travail clérical, Plantes versus Zombies (au demeurant, un excellent jeu)

Ce jeu consiste en une série de vagues d’hostiles zombies, toujours plus nombreux, qui tentent de vous submerger jusqu’au K.O. final. Abattre un seul ennemi ne demande pas de compétence spéciale. Il faut plutôt y voir un exercice d’endurance au stress.

Ces attaques de « zombies » sont une façon d’apprivoiser notre vie hyperconnectée. Comment ne pas associer les vagues de courriels, les salves de SMS, tweets et autres messages Facebook à autant de zombies qui nous assaillent? Tous les moyens sont bons pour apprivoiser le stress qu’on associe à l’accélération de la vie.

Dans les films de zombies, la peur viscérale tourne toujours autour de cette notion qu’il faut éviter à tout prix de devenir un zombie aussi. Or, qu’est-ce qu’un zombie, sinon un être unidimensionnel condamné à attaquer chaque proie, sans réfléchir, de façon répétée et sans arrêt? Le tueur de zombies, en voulant se protéger, ne fait pas autre chose. Notre calvaire quotidien pour survivre aux salves des courriels n'est pas mieux...

La vidéo dure environ 40 minutes

L’émission est divisée en sept chapitres :

00:00 – Introduction
00:45 – Les vieux clichés
09:50 – Les grands développements
16:42 – Le marché des jeux pour tablettes
25:00 – Les jeux sociaux
31:00 – La dépendance
35:34 – Développer de nouvelles aptitudes
42:04 – Questions en rafale

Également sur l’iTunes Store ou copiez/collez l’adresse du fil RSS à l’endroit approprié.

Générique de ce  «Triplex en balado» :

Participants et blogueurs : Gina Desjardins, Laurent LaSalle et Martin Lessard
Animateur : Philippe Marcoux
Musique : Pierre Crube
Réalisatrice audio et au contenu : Marine Fleury
Réalisateur vidéo : Cédric Chabuel
Preneur de son : Martin Boulanger
Caméraman : Marion Carassou-Maillan
Édimestre et photographe : Félix-Antoine Viens
Infographe et intégratrice web : Marie-Anne Seim

Pour voir les autres balados de la série «Triplex en balado»

Les pensées compactes


J'adore ces pensées compactes qui montrent que la population a raison quand elle vote du bon bord et qu'elle a tort quand elle vote du mauvais bord. 
"« Je m'attendais à ce que ce soit difficile de faire passer notre message dans la population, mais c'est devenu pire avec le temps », a déclaré en conférence de presse hier Yves-Thomas Dorval, en référence au temps où il a accédé à la fonction de président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), il y a trois ans.
[...]
Il n'y a pas si longtemps, tous les grands débats de société se tenaient principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision, a rappelé M. Dorval. Ces médias étaient soumis à des règles professionnelles et juridiques visant à assurer la rigueur, l'équilibre et la véracité des informations rapportées." (Le Devoir) (via Julien McEvoy, à lire!)
Parole citoyenne

La parole citoyenne qui s'est exercée sur les réseaux sociaux durant le printemps arabe est un exemple de démocratie. Mais, quand ce printemps «érable» devient québécois, surtout quand le discours qui circule ne va pas dans le sens souhaité par les dirigeants, la parole citoyenne est mise alors en doute.
«L'arrivée d'Internet a amené l'explosion de médias sociaux où l'information se fait plus personnalisée, mais aussi beaucoup moins objective, rigoureuse et fiable, estime-t-il. Or une proportion grandissante de la population — particulièrement chez les 35 ans et moins — s'informe désormais principalement auprès de ces médias.»
Est-ce que la population a son mot à dire, tant et aussi longtemps que c'est pour dire la même chose qu'eux? 
«Cette évolution pose un problème particulier aux gouvernements et aux entreprises qui sont soumis à des règles très strictes de communication.»
Quoi? Le rapport de force aurait donc changé?  On reconnait au peuple la capacité de réfléchir, seulement si ce n'est pas cet acte de raisonnement, mais un bien une action de renvoyer la même image? 

Comme si la population n'était pas elle aussi soumise à des règles strictes de communication auparavant. En l'occurrence, le silence radio, car elle n'avait tout simplement pas accès aux outils de communication. Cette stagnation posait un problème particulier aux citoyens, non?

Je blogue, donc je suis

Le rapport de force a changé, car la population peut s'exprimer, à tort ou à raison, car c'est son droit le plus souverain.

A.J. Liebling, célèbre journaliste américain du siècle dernier disait "Freedom of the press is guaranteed only to those who own one." On pourrait paraphraser "Freedom of the speech is guaranteed only to those who own a social media profile."

Une société n'est pas un groupe Facebook

M. Dorval pose une bonne question, et il faudrait y répondre plus en profondeur, mais disons d'emblée qu'il faut s'entendre sur une chose avant d'ouvrir le débat (qui n'aura pas lieu «principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision»): si un message ne passe pas, ce n'est pas nécessairement parce qu'en face on n'écoute pas.

L'approche pragmatique du conseil du patronat du Québec, qui s'était donné pour mission de convaincre les Québécois que «la préservation de leur qualité de vie dépendra de leur capacité de prendre virage de la création de richesse» (objectif noble), ne passe peut-être pas sur les médias sociaux, pour la simple et bonne raison que les définitions de «qualité de vie» et «richesse», qui sont les leurs, ne sont pas nécessairement les mêmes pour les autres.

Si vous n'avez pas beaucoup de «like», ce n'est pas la faute à Facebook...

À lire aussi sur Zéro Seconde



PlaceMe: l'application qui sait tout sur vos déplacements

Une nouvelle application dont on va beaucoup parler, c’est PlaceMe, une application mobile (gratuite, Android et iOS) de la compagnie Alohar. On ne sait pas si on doit être horrifié ou épaté...

Son but? Se souvenir de tous les endroits où vous avez été -- sans faire de check-in!

PlaceMe repère où on est et ce qu’il y a autour de nous. L'application enregistre toutes vos activités, votre location et votre environnement à partir du 3G ou du WiFi. C’est l’ultime outil de tracking personnel! Vous savez exactement combien de temps vous passez à tel ou tel endroit.

On nous affirme que toutes les données sont complètement confidentielles, partagées avec personne d'autre, sauf les serveurs de PlaceMe vers lesquels elles sont envoyées de façon sécuritaire.

Les données de vos déplacement sont cumulées et sont supposées venir nous aider dans notre quotidien.

Par exemple, elle pourrait nous dire que la station d’essence à deux coins de rue offre de l’essence moins chère que celle où on se rend habituellement. Elle pourrait nous avertir de changer de route par ce qu’il y a un accident devant sur la route... et même, elle peut devenir une sorte de «boite noire» en détectant que c’est _vous_ qui avez fait un accident! (selon votre vitesse à la seconde précédente et un arrêt complet subitement, elle peut déduire que vous êtes en difficulté

Et la vie privée? Certains disent que c’est la voie du futur et que «c’est inévitable». Tout de même, ça fait peur, non? Je vais l'essayer quelque temps et je vous en dirai des nouvelles...

D'ici, regardez la vidéo de Scoble sur le sujet.

[vidéo] Balado #6: La télé 2.0

Pour notre sixième balado de Triplex, le blogue techno de Radio-Canada, nous passons en vidéo. C'est tout à fait à propos, puisqu'on y parle de la la webTV, de la télé connectée et la télé sociale.

L'émission est effectivement entièrement filmée. Et le résultat est ma foi très intéressant. Jetez un coup d'oeil, ça vaut la peine.



On y fait le tour de l'état de la webTV, né en catimini comme une façon de s'exprimer hors des institutions, mais qui a pris plusieurs formes aujourd'hui, on discute sur l'évolution du téléviseur sous les coups de bélier de la technologie mobile et informatique et on touche même au transmédia, cette narration créative qui traverse plusieurs médias

L’émission dure 40 minutes :

00:00 – Introduction
01:00 – Est-ce que vous regardez le web à la télévision?
02:40 – La création de contenu vidéo sur le web
10:40 – L’interaction entre la télévision et les médias sociaux
19:45 – La télévision connectée : la télé et l’ordinateur, même mandat
30:40 – Qu’est-ce que le transmédia?
37:40 – Questions en rafale

Vous pouvez vous abonner à la balado sur iTunes ou utiliser le fil RSS pour votre agrégateur.

Équipe de Triplex en balado :

Participants et blogueurs : Gina Desjardins, Laurent LaSalle et Martin Lessard
Animateur : Philippe Marcoux
Musique : Pierre Crube
Réalisatrice audio et au contenu: Marine Fleury
Réalisateur vidéo : Cédric Chabuel
Preneur de son : Martin Boulanger
Caméraman : Marion Carassou-Maillan
Édimestre et photographe : Félix-Antoine Viens
Infographe et intégratrice web : Marie-Anne Seim

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Balado #5: La mobilité et le SoLoMo

Voici le cinquième balado de Triplex, l'extension podcast du blogue collectif que je tiens avec Laurent et Gina sur le site de Radio-Canada. 

Cette fois-ci, ça porte sur le concept de mobilité et en particulier sur celui de SoLoMo, terme qui désigne cette convergence de trois grands courants du web actuel : le social (so), le local (lo) et le mobilité (mo).

Bien qu’Internet nous ouvre sur le monde entier (en nous permettant de nous connecter avec le reste de la planète), on se rend bien compte que c’est à une échelle hyperlocale qu’on se branche le plus souvent (avec nos amis, avec les lieux et avec les services de proximité).

La mobilité des outils émergents change notre approche au territoire et aussi au temps qu'il faut pour le parcourir. Les interactions qu'on y laisse sont les premières tentatives de mêler le réel et le virtuel, floutant les contours de ce qui était de monde autrefois séparé (le 'en-ligne' et le 'dans-la-vraie-vie').

Bonne écoute!

Voici la version sur Youtube:
 

Balado no 5 : la mobilité ou la montée du SoLoMo 

Vers 01:45 : On définit ce qu’est le SoLoMo.

Vers 06:30 : On échange sur les avantages et les désavantages des applications mobiles qui offrent des services de géolocalisation (lire aussi le billet de Gina).

Vers 10:00 : Le SoLoMo, avant tout une philosophie?

Vers 17:45 : La place de Facebook dans le SoLoMo

Vers 24:14 : L’avenir du SoLoMo passe-t-il par la réalité augmentée? 

Vers 29:00 : Les codes QR sont-ils utiles? 

Vers 32:00 : Questions en rafale : nos applications favorites

Vous pouvez vous abonner à Triplex en balado sur iTunes. Si vous utilisez un autre agrégateur de contenu, copiez-collez l’adresse du fil RSS à l’endroit approprié. Vous pouvez aussi le télécharger ici (.m4a).

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«L'incendie» de la bibliothèque de Britannica


L'Encyclopedia Britannica a annoncé qu'il arrêtait son édition imprimée, mardi dernier! (source)

C'était devenu évident. Dans un monde de la connaissance infinie et instantanée, l'idée de posséder 32 volumes qui coûtent plus de 1000$ et qui deviennent obsolètes au moment même où vous ils sortent de presse, ne tient plus la route.

Wikipédia a sûrement joué un grand rôle dans la chute de Britannica. On ne doit plus avoir peur de le dire, Wikipédia est probablement la plus grande expérience de collection de connaissance de tous les temps, bien devant la mythique Alexandrie.
Évidemment, il ne faut pas comparer les deux encyclopédies sur le même pied, ni même se réjouir de la perte de Britannica. Nous sommes simplement passés à autre chose. Peut-être mieux. Peut-être pas. Mais sûrement autre chose. Quelque chose qui représente notre époque avec sa propre chance, ses propres aspirations, ses propres forces et faiblesses.

Mais assurément, une époque où la connaissance s'est démocratisée.

(image: d'après Tabarly)


Follement techno!

«Technophiles ou néophytes, petits et grands curieux, venez découvrir et expérimenter sur le thème des technologies de l’information»




Je me suis dit, ouais, génial, allons découvrir l'exposition «Follement techno!» au Musée de la civilisation à Québec. Ce sera une belle sortie avec les enfants durant la semaine de relâche!

Sauf que, voilà! Toutes les activités présentées, Google Earth, Skype, etc, on le fait déjà à la maison!

Pour le dépaysement, on repassera!

Mais voilà qu'une des activités, inédite, incroyable, géniale vole la vedette!

La suite sur Triplex

Le cas Kony

Voilà un beau cas. Vraiment. Imaginez une prise de conscience qui n'émerge ni de la sphère politique, ni de la sphère médiatique, ni de la sphère académique. Bienvenue à Kony 2012!

Quand j'ai commencé à écrire ce billet hier soir, la vidéo, déposée sur YouTube lundi dernier, avait déjà 11,6 millions de visionnements. Elle frôle les 39 millions au moment de terminer ce billet. Combien en aura-t-il quand vous lirez ce billet?

Mais commençons par le début. Fermez Tweetdeck quelques instants, prenez une grande respiration et placez votre vieux 33 tours d'Harmonium sur le tourne-disque pour vous mettre dans l'atmosphère.

On a mis quelqu'un au monde, il faudrait peut-être l'arrêter

Voici, brièvement, l'histoire de Kony 2012. Je reprends une partie du texte de Dominic Arpin qui résume très bien la situation:
«Le réalisateur et activiste Jason Russel a un rêve : l’arrestation en 2012 de Joseph Kony, un seigneur de la guerre ougandais qui enlève des enfants depuis plus de 20 ans pour les transformer en soldat ou en prostitué.

Mais Jason Russel n’est pas qu’un rêveur. C’est aussi un homme d’action. […] il vient de lancer une campagne sans précédent pour provoquer la capture du criminel de guerre.

[…] Essentiellement, Jason Russel souhaite faire de Joseph Kony une vedette. Pour qu’il cesse d’être "invisible". Pour que l’on sache enfin qui il est. Et pour mettre de la pression sur les gouvernements afin qu’ils accentuent leur recherche de ce criminel de guerre.» 
Pour un instant, j'ai oublié son nom

La vidéo dure environ 30 minutes. Elle est en anglais (elle est destinée aux Américains). Sa facture professionnelle et formelle donne de la valeur au contenu. Ce n'est ni un documentaire, ni du journalisme. C'est une vidéo de promotion d'une cause humanitaire.

Et vous êtes prié, dès le début, de bien porter attention, car vous pourrez jouer un grand rôle pour la paix dans le monde, tout en pleurant toutes les larmes de votre corps:



La vidéo illustre la puissance des réseaux sociaux pour changer le monde. L'auteur défend une cause qui lui tient à coeur: le sort des enfants-soldats kidnappés par l'inhumain Kony. Il y décrit sa tactique pour le faire arrêter: si tout le monde sait qui est Kony, il n'aura plus de place pour se cacher. Personne ne doit oublier qu'il est un des criminels le plus recherchés pour crime de guerre de la planète.

Kony 2012 est une campagne pour s'assurer que plus aucun enfant ne perd son enfance aux mains de ce monstre.

Pour en savoir plus:
- Site officiel
- Info sur Kony, Wikipedia
- Kony 2012: la force du nombre (Dominic Arpin) réaction à chaud, plusieurs liens
- We got trouble (Grant Oyston) mise en garde contre le mouvement Kony 2012
Guest post: Joseph Kony is not in Uganda (and other complicated things) (Foreign Policy)
Réponses aux critiques ci-dessus par les auteurs
- Compléments de nouvelles par l'excellent Guardian
- Une mise en contexte du Figaro
-(ajout) Un aparté très bien documenté de JF Lisée.

J'ai regardé si loin, que j'ai tout compris

Maintenant, intéressons-nous davantage à la forme de la vidéo et du mouvement (je vous laisse le soin de prendre position par vous-même sur le fond).

Nous assistons à une véritable prise de conscience publique, que même les médias et le gouvernement n'auraient jamais réussi à faire [Précision: à faire pour le cas Kony].

Ce mouvement de conscience publique est ce qu'on appelle du «grassroot», il vient de la base et ne relève d'aucune institution.

La vidéo joue sur des cordes (naturellement) sensibles et la rhétorique de l'image et du montage est bâtie de telle façon qu'elle suscite l'adhésion spontanée et le partage immédiat (comme on peut le voir sur les réseaux sociaux).

Elle est virale parce qu'elle est «pleine de sens» (qui ne veut pas arrêter le massacre?). Le «sens», ici, ne doit pas être compris de façon intellectuelle ou journalistique. «Fait sens» ce qui résonne en moi comme un vérité fondamentale. Il y a «sens» quand le passage d'un certain contenu dans mon filtre personnel résonne, fait vibrer une corde sensible en moi.

Un iPad 3 peut «faire sens» dans la communauté geek, mais pas ailleurs. La grossesse de Coeur de Pirate «fait sens» pour les fans de l'artiste. L'élection de Poutine en Russie «fait sens» dans la communauté des journalistes et de ceux qui s'intéressent à l'actualité internationale.

Toutes informations circulent bien dans les réseaux où elles possèdent un «sens». Par contre, l'échographie de Coeur de Pirate n'a qu'une mince chance de survie dans l'écosystème des Mac addicts. L'annonce du nouvel iPad hier n'a jamais probablement traversé le mur des tweets des journalistes politiques. Et peu de fans de Coeur de Pirate savent qu'il y avait des élections en Russie la semaine dernière.

Mais quand la viralité est très forte, elle quitte les sphères spécialisée et passe dans la sphère publique.

C'est ce qui est en train de se passer avec le mème Kony.


Des institutions vivent en roi chez moi (moi qui avais accepté leurs lois)

En prenant de l'expansion dans la sphère publique, la campagne Kony 2012 rencontrera naturellement une opposition («Attention: un peu de perspective! Tout n'est pas si simple!...» --natürlich, darling, on appelle ça la vie!)

Un viral comme Kony 2012 rencontrera inévitablement des anticorps. La fonction des anticorps est de freiner la propagation du mème.

Parfois, dans des cas violents, il y a même une tentative de récupération par les anticorps qui s'opposent à la chose qui prétend se propager.

Ça a été le cas de McDonald dernièrement, avec sa tentative ratée dans les médias sociaux en janvier. Avec sa campagne #McDstories sur Twitter (où les gens étaient supposés raconter de belles histoires sur la chaîne de fast food), McDonald s'est vue rapidement submergé par un détournement majeur où les usagers mécontents ont plutôt fait circuler des histoires d'horreurs avec son hastag.

Pour le mème Kony 2012, les anticorps vont s'attaquer à deux choses en particulier:
Tactique 1) Refuser que le temps cerveau et la passion accumulée servent la stratégie de Kony 2012.
Pas qu'ils soient en désaccord sur le fond, au contraire, mais les critiques vont proposer d'autres façons de dépenser ce capital. Vous verrez des expressions comme «bonne cause, mauvaise approche», «c'est non-productif» ou «c'est beaucoup plus compliqué que ça»...


Tactique 2) Détourner l'attention du message principal (pour ralentir la propagation).
C'est en semant le doute sur des éléments secondaires qu'on touchera au «sens», donc à la viralité, du mouvement: on y pensera à deux fois avant de faire suivre le message quand on «apprend» qu'il y a «deux côtés à une médaille», que «rien n'est simple»! Vous verrez apparaître des critiques sur la crédibilité (gestion des fonds, finalité du mouvement), des procès d'intention (finalité réelle du mouvement), ou des précisions documentaires (Kony n'est plus à telle ou telle place; tel ou tel gouvernement est aussi responsable)...
Nous empêcher de penser en rond exerce l'esprit critique. Parfait. Mais les anticorps servent d'autres causes.

Dis-moi, c'est quoi ta toune (qui revient dans tes oreilles tout le temps)

Les anticorps proviendront principalement de deux institutions, la politique et les médias. Leur point de vue sera évidemment distillé dans le public qui reprendra leurs arguments («oui, mais...!»).*

(*Ajout: C'est de la 'logique institutionnelle' de la sphère politique (l'action) et celle des médias (l'information) dont je parle. Elle génère des logiques d'argumentation critique. Mais les critiques elles-mêmes peuvent venir des citoyens qui ont intégrés ces logiques. Mais à mon avis, les plus crédibles des critiques viendront des membres eux-mêmes de ces sphères)

- Politique

Au niveau politique, il y aura soit une tentative de récupération (de la part des opportunistes) ou une tentative de fin de non-recevoir (les «priorités sont ailleurs!»). Ou une troisième voie: ceux qui sont au courant du dossier, mais qui ne veulent pas se faire bousculer.

Dans nos démocraties représentatives, on n'aime pas trop les demandes du peuple qui sortent des ornières des urnes.

Ce que l'institution politique craint le plus, c'est le rapport de force qu'est en train de bâtir Invisible Children (ceux derrière la campagne Kony 2012). En instrumentalisant la foule, Invisible Children se créent une masse critique dans l'opinion publique, qui attirera inévitablement les politiciens opportunistes. Les tenants de la troisième voie feront alors face alors à du lobbying de l'intérieur.

Quand on sait que la solution n'est pas militaire, mais politique, et, dans ce cas-ci, complètement multilatéral, la résistance sera d'autant plus forte qu'on ne voudra/pourra pas agir unilatéralement. Vous entendrez alors du monde dire qu'il faut «réfléchir avant d'agir».

Ce qui compte en fait pour la sphère politique, c'est de ne pas laisser la sphère publique prendre l'initiative. Elle tentera alors d'appliquer la tactique 1 et refusera la façon que la solution Kony 2012 se met en place. Ceux qui croient en la sphère politique prendront cette position.

- Médias

Au niveau médiatique, il y a certainement un effet de courroie de transmission. Les médias ont bien compris la leçon maintenant qu'il ne peuvent plus contrôler l'agenda public et ils devront rapporter le phénomène dans leurs pages.

Sur la plupart des blogues de journaux, il y aura un petit billet en ligne (peut-être même dans les journaux papier) et le niveau d'enthousiasme variera en fonction du fait que ce soit un vieux loup ou une jeune recrue qui écrira le papier.

Les plus sérieux feront leur devoir et fouilleront l'historique du mouvement. Les autres feront le relais sur Twitter.

Ils utiliseront la tactique 2 en détournant l'attention vers des détails. Parce que le film n'est pas un doctorat de 400 pages qui présente exhaustivement toutes les facettes de la situation, ils citeront certaines personnes qui voudront nous dicter comment se comporter face à la «problématique Kony» («Kony oui, mais Kony 2012, non!»

Il y a toujours quelqu'un pour rappeler qu'il y a «deux côtés à une médaille»! Feignant un insensible cynisme le journaliste pèsera le pour ou le contre inlassablement jusqu'au prochain sujet qui dominera la une.

Les médias montreront les «deux côtés de la médaille», même s'il ne s'agit pas de la même médaille : ils montreront les pourcentages des dépenses des dons ou publieront des commentaires de gens sur le terrain. Tout ça pour notre grand bien (et ceux qui ne le feront pas passeront pour de mauvais journalistes).

L'enjeu n'est pas tant la vérité ou l'action que la perpétuation de l'éternel doute et surtout d'empêcher l'autononomisation de la sphère publique d'agencer les priorités publiques sans leur apport.

C'est toi qui es tombé en pleine face 

Mais pourtant, ici, une fois confirmé qu'il ne s'agit pas d'un canular, ni d'une fraude, le mouvement de conscientisation ne pourra pas être arrêté.

Certains mettront en doute la légitimité du mouvement simplement parce qu'il n'a pas été sanctionné par des institutions (politique, médiatique, académique). Les institutions sont celles qui hiérarchisent les priorités. Les institutions refuseront de facto que la sphère publique puisse le faire.

D'autres crieront au vol, car Invisible Children demande 30$ pour recevoir un «kit de propagande». Ces   mêmes gens le twitteront sur leur iPhone à 500$, pour lequel de jeunes Chinois sont morts. Mais ont-ils compris que le 30$ n'est pas un don, mais bien un échange commercial pour payer le matériel (et probablement un peu de profit) et sauvera peut-être de jeunes Africains. Changer le monde ne devrait que se faire sur une base bénévole?

On reprochera probablement à la vidéo de 30 minutes qu'elle n'ait pas tout dit. Mais cette vidéo n'est pas un cours d'histoire, ni un documentaire, ni un bulletin de 20 h. C'est un mes-sa-ge. Elle ne demande ni approbation, ni confirmation. On y adhère ou non

Toute pression sur les dirigeants pour ramener Kony devant le tribunal pénal est probablement une bonne chose. Et si cette demande vient de la sphère publique, qu'on ne pouvait pas entendre auparavant, c'est aussi une bonne chose.

Aujourd'hui je dis bonjour à la vie

Le cas Kony montre comment la sphère publique, s'il fallait une ultime démonstration, peut orienter les agendas publiques de façon autonome.

Avec la passion d'un père de famille, déterminé à changer le monde pour son fils (c'est la rhétorique persuasive utilisée dans la vidéo) et une certaine maîtrise des codes des médias sociaux (faire appel aux sentiments, provoquer le partage, créer un mème), on voit une foule se laisser diriger non pas vers quelque chose qu'elle ne veut pas (ce que les politiques ont souvent tendance à faire), mais vers quelque chose qu'elle veut.

Ce à quoi on assiste, c'est à la levée d'une sphère publique qui tente de dicter au gouvernement ce qu'elle juge comme une priorité. Elle apprend, aujourd'hui encore maladroitement, à appuyer de tout son poids, avec une conscience d'elle-même, sur des enjeux qu'elle aimerait voir régler. Maintenant. Tout de suite. Au nom des droits de l'Homme.

Car Kony 2012, c'est un choix. Celui de faire connaître ce monstre à tous pour qu'il n'y ait plus personne pour dire que ce n'est pas son problème. Pour que Invisible Children puisse sentir qu'il a enfin un rapport de force pour faire bouger les choses.

Car Kony 2012, c'est de la realpolitik. Celle faite de pression et d'alliances objectives. C'est un mouvement d'opinion qui met Kony et les gouvernements sur la sellette.

Car Kony 2012, ce n'est pas la réalité, c'est comment on souhaite que les choses se passent.

Kony 2012, c'est le désir que la justice soit faite.

Et personne n'a le droit de vous retirer ce rêve.