ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Êtes-vous prêt pour le 21e siècle ?

Quel bonheur, ce matin je reçois un courriel: «Pensez vous que la crise actuelle est plus profonde qu’une simple crise économique … et qu’elle durera plus longtemps qu’on le prétend ?». «Notre passage vers l’ère postindustrielle sera de plus en plus douloureux. Mais, cette rupture nous offre aussi une chance unique de changer notre mode de vie si nous sommes capables d’apprivoiser les mutations qui se développent. » C'est le retour de Constellation W!

Tel le phénix qui renaît de ses cendres, Constellation W, dont j'avais annoncé sa renaissance en mars 2006, puis sa mort en mai 2007, sous prétexte d'un «insuccès» selon son auteur, mais dont j'ai été prompt à refuser ce diagnostic, trouvant trop facile de quitter «à la Zidane» une carrière si prometteuse (mais Ô combien ingrate).

Non seulement le site est de retour, dans un tout nouveau emballage, mais en plus il est accompagné d'un livre : «La Société émergente du XXIe siècle» par Michel Cartier et Jon Husband (disponible ici: Québec, France).

ConstellationW est un site «dédié au développement de notre société ; un espace de réflexion citoyenne sur notre avenir collectif». Et il intègre maintenant la composante environnementale, course à la montre mondiale pour trouver une solution au fait que l'on cochonne notre seul aquarium que nous avons, la Terre: le site se consacre à la recherche « d’un autre monde possible ».

Êtes-vous prêt pour le 21e siècle de Michel Cartier sur Vimeo.


Post-scriptum: voici quelques questions que le site pose:

• Les réseaux à la Facebook chevauchent un fort courant de personnalisation qui déifie les droits individuels, y a-t-il des réseaux qui se préoccupent des droits collectifs ?
• Peut-on vraiment « communiquer » avec moins de 140 caractères ? Si, avec les techno à la Twitter, nous gagnons plus de pouvoir, de liberté et de rapidité, que perdons nous en échange ?
• Est-ce qu’Internet va continuer à être contrôlé que par un seul organisme, l’ICANN (qui relève du Département américain du Commerce), ou va-t-il éclater ?

Les maîtres à l'époque des blogues

Quand on tombe sur cette citation de 1879, on regarde à deux fois la date. On peut être surpris de citer Nietzsche pour expliquer l'émergence des nouveaux acteurs de la blogosphère (ou du web 2.0, ou des médias sociaux, selon vos fixations).

Effectivement, l'aridité habituelle des philosophes allemands ne laisse guère de prise à une facile réinterprétation à l'ère des réseaux. Quand on tombe sur ceci, c'est à se demander si tous les demandeurs de connaissance qu'a généré l'humanité n'ont pas attendu toute leur vie ce qui nous est offert à nous aujourd'hui.
Les maîtres à l'époque des livres

L'éducation particulière et l'éducation par petits groupes se généralisant de plus en plus, on peut presque se passer de l'éducateur, tel qu'il existe maintenant. Des amis avides de savoir, qui veulent ensemble s'approprier une connaissance, trouvent, à l'époque des livres, une voie plus simple et plus naturelle que l'«école» et le «maître».

Nietzsche (1879) «Humain, trop humain», supplément «Opinions et sentences mêlées», 2e partie «Le voyageur et son ombre», strophe #180 Traduction AM Destrouneaux et H Albert (Hachette Littératures, 1988, p. 607)
Il y a amplement de savoirs accessibles en ligne, et récemment générés, pour s'éviter de plonger dans les écrits lointains de l'auteur hermétique de Zarathoustra. Car il faut dire que pour les domaines de pointes, particulièrement pour comprendre Internet, il y a, pour ceux qui se donnent la peine, une pléthore de contenu, de référence, d'interprétation, d'hypothèse pour tenter de saisir notre époque. Mais ce que Nietzsche dit ici, me fait penser que ce besoin (cette tendance?) n'est pas nouveau.

Cette «éducation» par petits groupes a gagné toutes les sphères de la société, à divers degré et à un rythme peut-être disparate, pour nous faire dire qu'à notre époque, «on peut presque se passer de l'éducateur, tel qu'il existe maintenant. » On paraphrase à peine. "Des amis avides de savoir, qui veulent ensemble s'approprier une connaissance, trouvent, à l'époque des [blogues], une voie plus simple et plus naturelle que l'«école» et le «maître»".

Pour poursuivre la réflexion, liste non exhaustive:

affordance.info (Olivier Ertzscheid): Le blogue d'un maître de conférences en sciences de l'information
Alain Giffard: culture, technologies, lecture, mémoire, hypertexte.
Aldus - depuis 2006 (Hervé Bienvault): Un blogue pour suivre l'actualité de la lecture numérique. A la découverte des livres numériques, livrels, ebooks et des nouveaux readers, liseurs, liseuses, tablettes, bouquineurs et autres "lecteurs" électroniques conçus pour les lire ! (Avec un clin d'oeil à Alde Manuce, éditeur-imprimeur à Venise il y a 500 ans...)
Bibliomancienne (Marie D. Martel): Ce blogue s’intéresse à la philosophie, à la littérature et aux bibliothèques à l’ère numérique.
Bloc-notes de Jean-Michel Salaün: Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique
La feuille (Hubert Guillaud): L'édition à l'heure de l'innovation
Mario Tout de Go (Mario Asselin) : Le passage d'une "société de la connaissance" à une "société des connaissants" se fera au moment où les écoles cesseront d'ériger des murs et donneront toute la place aux fenêtres.
François Guité: Les compétences du XXIe siècle

Logique éditoriale d'un blogue

La question paradoxale que l'on se pose est la suivante: si vous avez une réelle expertise dans votre domaine, et que vos clients potentiels sont des novices dans votre domaine, comment font-ils pour vous sélectionner de façon rationnelle? Comment peut-on vous sélectionner si l’on n’est pas expert dans votre domaine? A fortiori s'ils ne savent même pas qu'ils ont besoin de vous?

4 trucs pour percé dans les blogsSur Google, votre futur client va probablement chercher des mots-clefs (aura-t-il les bons?) et tombera sur une multitude de choix. S'il se fie à l'algorithme de Google, il fera un choix parmi les entreprises qui seront affichées en haut de page (à ses risques et périls : l'optimisation de mots clefs ou de la pub contextuelle est parfois un piètre indicateur de crédibilité).

Si vous êtes dans un domaine intellectuel, où vous vendez des services basés sur vos connaissances, il est probable que votre futur client voudra lire des choses de vous avant de prendre une décision.

Internet a apporté pour une majorité de gens la possibilité de pratiquer la lecture et l'écriture après leurs années scolaires -- où pouvait-on lire et écrire intensément avant Internet? À l'école seulement.

Le blogue (ou un site régulièrement mis à jour, mais c'est la même chose) vous offre d'exposer vos qualités et compétences et devient dans certaines industries une façon de se distinguer. Mais d’une certaine manière, on commence tous à zéro sur Internet. Donc les critères habituels de validation de crédibilité ne s’appliquent pas au début (la crédibilité hors réseau ne se transfert pas automatiquement sur le net pour la majorité d'entre nous, faites-vous à l'idée).

En comprenant comment émergent la qualité et l’autorité dans les réseaux sociaux, vous êtes à même de vous bâtir une crédibilité avec le temps.

La pertinence et la plausibilité de votre expertise reposent sur quatre points qui composent la logique éditoriale de votre présence en ligne :

- Susciter l'intérêt. Faites accroître l’intérêt pour votre domaine en éduquant vos futurs clients sur l’importance de votre sphère d'activité. C'est le «what's in it for me»

- Communiquer vos concepts. En favorisant le partage aisé des enjeux ou des nouvelles importants de votre domaine, vous augmentez les chances d’être pertinents pour votre clientèle cible. Pensez en terme de problématique à eux et non vos solutions abstraites à vous. [merci Éric pour ton commentaire]

- Rendez familier votre sphère. Indiquez les impacts que votre domaine provoque dans leur vie / leur travail dans la sphère de votre audience.

- Offrez des points de comparaisons. Donnez des points de références pour que vos futurs clients puissent comparer. Vos lecteurs sont eux-mêmes experts dans leur propre sphère. S’ils peuvent faire le lien entre ce qu’ils connaissent et votre réalité, ils seront enfin capables de juger de votre expertise.

Vos clients sont peut-être novice dans votre domaine, mais ils sont intelligents. Sinon, ils n'auraient pas d'argent pour vous engager.

Cela demande du temps, mais plus votre audience sera compétente, plus ils seront aptes à vous évaluer. Et il n’y a pas de meilleure position que d’être au sommet d’une sphère de connaissance pour sa propre audience. Je dis sphère de connaissance, car vous devez être en constant dialogue avec votre sphère, l'audience et les autres experts, pour continuellement maintenir votre position. Faites référence aux autres, conversez et publiez constamment (ou du moins régulièrement) devient le lot des experts sur Internet.

Et dans une monde de surabondance d'information et de rareté d'attention, assurez-vous de ne pas seulement relayer ce que les autres disent, créez du contenu vraiment original [voir le billet de Seth Godin de ce matin]. Et n'ayez pas peur de diffuser vos connaissances, ce sont pour vos compétences que l'on vous engagera.

Il ne vous reste plus ensuite qu'à trouver une balance entre quantité et qualité pour votre audience.
---
Image de Francescopozzi
---

Les médias sociaux 101

«Les Médias Sociaux 101: Le réseau mondial des beaux-frères et des belles-soeurs» de Michelle Blanc, assisté de Nadia Seraiocco, préfacé par Bruno Guglielminetti, Éditions Logiques, Montréal, 2010, 181pp

Médias sociaux 101Nietzsche écrivit un jour: «Ce qui ne me tue pas me rend plus fort». Le grand philosophe a su plus que tout autre réfléchir sur le «dépassement de soi par soi» comme étant «l'essence même de la vie». Il a su développer le concept, souvent mal interprété, de «surhomme» (übermensch), cet après-homme, non pas au sens d'évolution biologique, mais comme d'un nouveau type d'homme qui devient ce qu'il doit être, par son propre vouloir.

Michelle Blanc ne peut être que plus forte après toutes les épreuves qu'elle a endurées, ayant choisi de «dépasser l'homme» qu'elle était pour devenir une femme. Son cheminement n'est pas le thème de son livre, mais lire ce livre c'est quand même explorer la psychologie intime de cette femme: elle y parle des réseaux sociaux autant qu'elle parle d'elle même. Produit autant qu'actrice des médias sociaux, Michelle Blanc se révèle moins par ce qu'elle affirme que par la manière de l'affirmer.

Michelle Blanc 101

Ce livre est en fait un récit. Celui de Michelle Blanc se créant une place au soleil et établissant son territoire. En toile de fond, les médias sociaux sont comme une rumeur montante qui est un prétexte à la chronique personnelle plutôt qu'à une explication méthodique du thème des réseaux sociaux.

La narratrice nous amène faire un tour dans les sentiers boisés des médias sociaux, avançant au gré des rencontres et des bifurcations qui balisent sa vie. Cette balade plaira à certains qui ont su garder le souvenir des voyages improvisés et ennuieront assurément les plus pressés habitués aux tours guidés de masse. Plusieurs seront jaloux du pouvoir qu'elle se donne pour nous faire découvrir ses sous-bois très fréquentés des réseaux sociaux.

La «volonté de puissance» (concept clé de Nietzsche) évoque pour moi Michelle Blanc, et la sortie de son livre «Les médias sociaux 101» (livre clé pour comprendre cette femme) fait davantage rayonner son autorité souveraine --Petrowsky l'a surnommé, avec une prémonition juste, mais fortuite, la «papesse du web»--, ce qui illustre bien qu'elle tire sa légitimité affirmative de sa seule force, et ce, sans demander l'autorisation de ses titres de noblesse à la toute dominante intelligentsia médiatique.

Elle est de la trempe de ces hommes qui ne doivent pas attendre les autres pour devenir ce qu'elle est: une femme justement. Par son propre vouloir. J'y vois une manifestation d'une lutte interne qui a organisé tout son être depuis qu'elle est née pour aboutir à qui elle est aujourd'hui.

Nietzsche employait l'expression la volonté de puissance («der Wille zur Macht» [voir mon commentaire pour une explication]) pour expliquer le mouvement fondamental de la vie, plus fort encore que la volonté de vivre et qui commence par le corps (autre concept clé de Nietzsche). On peut donc être surpris de voir que le premier livre de Michelle repose sur les réseaux sociaux et non sur sa transformation en femme.

Or, au contraire, c'est exactement cette histoire de réseaux sociaux qui l'a formé et qui donne toute la dimension à sa personnalité. Je ne crois pas que beaucoup de critiques du livre ont relevé cet aspect.

Du blogue au livre, du livre au blogue

Commencer une revue de ce livre en citant Nietzsche, probablement trop absorbant pour beaucoup de malheureuses victimes envoyées ici par Google, m'accorde le loisir de conserver le ton qui est celui de ce blogue, tout en abordant celui du livre de Michelle qui est d'un tout autre ordre. L'exigence est à ce prix.

C'est qu'il faut d'abord accepter le souffle et le rythme particulier du livre. Ce sont, en fait, ceux de l'écriture "bloguesque". On peut en être étonné, un livre appelant un type particulier d'attention, que le genre n'ait pas été davantage remanié pour s'adapter au médium, malgré l'apport de Nadia Seraiocco en réécriture [voir mon commentaire pour plus de précisions]. Mais les auteurs, ni l'éditeur, ne s'en cachent et revendiquent d'ailleurs avec force la filiation avec le format d'origine.

Tout le contenu provient du blogue de Michelle où elle nous dévoile sa vision de l'impact des médias sociaux sur les domaines qu'elle aborde (journalisme, médias, marketing, politique et les rapports interpersonnels) d'une façon moins arbitraire et fugace qu'il n'y paraît, malgré le fait qu'on s'attendrait probablement à une démonstration plus substantielle dans le cadre d'un livre imprimé.

Sur les tablettes depuis 1 mois, ce livre cartonne au palmarès des ventes d'essais canadiens-français au Canada selon le palmarès Gaspard de la BTLF.

Quelques critiques sont déjà sorties dans la blogosphère (je doute de voir la presse y donner écho):
Critiques, toutes sensées, qui sont loin d'avoir épuisé ce que le livre a réellement à offrir.

Médias sociaux 101?

«L’expression "101' jumelée à un vocable laisse normalement entendre que le sujet sera développé sous forme de cours de base ou d’introduction" dit, tout de go, Mario Asselin. La table des matières, effectivement, se lit comme un syllabus d'un «cours sur les médias sociaux», surtout aux yeux de cet ancien directeur d'école (mais pas juste lui).

Même si la quatrième de couverture temporise les attentes en suggérant que le livre documente plus «les changements majeurs que le web apporte au quotidien» qu'elle documente une vision académique, l'expression 101 est tout de même très connotée «apprentissage».

Cette habile manoeuvre éditoriale de l'éditeur (comme quoi le SEO a son équivalent en édition) cache pourtant le sujet premier du livre. Si cours il y a, c'est plutôt pour apprendre à connaître Michelle Blanc. Les chapitres sont basés sur son blogue, notoirement autopromotionnel [« [J]e le répète, j'en fais ouvertement un organe d'auto-promotion» (p.105) (ce qui ne rime pas nécessairement avec le culte du moi) c'est donc de Michelle Blanc il est question dans ce livre avant toute chose.

Indubitablement, on y parle aussi de médias sociaux, et, pour qui prend la peine de lire, y trouvera les métaphores utiles pour saisir de quelles façons ils changent nos habitudes. Ne vous trompez pas, j'y ai pris des notes, comme toujours quand j'écoute Michelle. Dans mon cas moins sur le fond et plus sur la forme: son discours est parcouru par des images d'Épinal qui font percuter les Saint-Thomas du monde 1.0, et j'adore analyser la façon dont elle les bâtit.

Il faut donc comprendre que le titre met de l'avant une expression favorite de Michelle Blanc (les médias sociaux, c'est simple, c'est le «réseau mondial de beaux-frères»). Elle aurait pu titrer aussi "Youhouhou", son cri de joie sur les médias sociaux, pour nous indiquer à quel point ce livre est une invitation à découvrir de façon décontractée et amusante le phénomène.

Les beaux-frères

Pour ce qui est du contenu en tant que tel, le texte est explicitement tiré de son blogue et s'adresse à ceux qui veulent se faire extraire les meilleurs passages qu'elle a écrit durant ces récentes années. Elle a beau nous traiter de flemmards («vous êtes trop paresseux pour fouiller [vous-même sur mon blogue]» p.18), ce qui est probablement vrai pour certains, je crois au contraire que l'on voudrait acheter son livre pour les raisons tout à fait inverses de ce qu'elle prône. Expliquons ce paradoxe.

Pour trier quels billets de Michelle lire sur son site, on ne veut pas l'avis des «beaux-frères». Non. On veut au contraire un tri raisonné parmi ses «2000 billets» par des gens de l'édition (les gens de Librex et Nadia, la coauteure), recoupés de façon synthétique, afin de donner un sens qui ne se trouve pas nécessairement dans la linéarité et l'abondance de son blogue. Bref on veut une recommandation experte de ce qu'il y a à lire sur michelleblanc.com à propos de ce réseau mondial. Exactement le contraire de la sélection par un beau-frère.

Si beaux-frères et belles-soeurs il y a, c'est dans le ton général, très oral (dû à son origine «bloguesque») et des anecdotes périphériques tournées en exemples de cas d'espèce (c'est la recette de ce type de livre). Ça donne un ton léger qui ne se prend pas la tête, avec, parfois, comme dans les dîners avec les beaufs, des débordements avinés de fin de soirée (lire le passage, par exemple, sur les sulfureux échanges épistolaires par Twitter entre l'auteure et @Embruns employant certains mots tirés du vocabulaire du coït humain, ou, par exemple, la comparaison hilare d'internet comme du viagra pour entreprise).

La loi du talion

Pour en finir avec le malaise que peut générer le titre, question de l'évacuer et de se recentrer sur le vrai sujet, le titre, donc, est une boutade en forme clin d'oeil adressé aux médias, aux corporations, au marketeux et aux politiciens -- et tout le livre en est l'exemple éclatant--: vous avez perdu le contrôle face à une foule que vous méprisiez et que vous devrez tôt ou tard être forcer d'écouter. Michelle Blanc se donne en exemple et montre de quelle façon le rapport de force peut s'inverser --ou du moins comment les forces peuvent enfin s'équilibrer.

Les beaufs comme maître du réseau est une image qui réveille la nuit les dirigeants d'entreprise. Et Michelle Blanc les incarne tous, provoquant respect et crainte à la fois.

Michelle Blanc ne tend jamais l'autre joue quand on la frappe et les exemples conservés dans le livre montrent bien que nous sommes plutôt du côté de la loi du Talion, oeil pour oeil, dent pour dent. Petits ou grands, effleurez sa joue, même par inadvertance, et vous vous s'exposer à un retour de droite immédiat. Les réseaux sociaux ont des dents, et Michelle est son pit-bull. Il n'y a que les vierges offensées pour être outrées: le milieu des affaires n'offre pas davantage de sensibleries.

Michelle démontre qu'elle peut mettre à ses genoux à peu près n'importe quelle compagnie québécoise par un simple titrage adéquat de ses billets. Si ce n'est pas l'illustration de la force des médias sociaux, je ne sais pas ce que c'est. Quant à savoir si on peut, tous, reproduire ça chez nous, c'est une autre histoire. Mais en gang, les beaux-frères peuvent réussir a obtenir ce qu'ils veulent, comme on a pu le constater récemment avec le cas du logo de Gap (la compagnie a totalement reculé dans sa volonté de changer son logo face à la pression déchaînée en ligne).

Mais, attention, Michelle y réussit, car elle a su, notons-le, partir à la conquête de ces nouveaux espaces au bon moment. Comme les magnats de l'Amérique que sont devenus ces aventuriers précoces à l'ère de la découverte du nouveau continent. Quand un territoire s'ouvre à l'exploration, les plus forts qui remportent la poche sont souvent les premiers à oser s'y aventurer. Le continent numérique ne fait pas exception. (Que les suivants doivent trimer plus dur pour y arriver est aussi une autre histoire).

Et la preuve: Michelle est là pour le dire, malgré tout ce qu'elle a traversé comme épreuves et critiques. Ça ne l'a pas tuée, au contraire, elle est plus forte.

Lancement livre «Les médias sociaux 101» (le «behind the scene»):

Les médias sociaux 101 (behind the scene)
Lien vers la vidéo sur DailyMotion

e-médiocrité et élitisme

Jean-Sébastien Marsan dans le Devoir de samedi a publié un long commentaire sur Frank Zappa et son regard critique sur Internet qu'il aurait pu avoir s'il était encore de ce monde. L'auteur semble connaître Zappa d'une façon admirable (les 3/4 du texte), mais il s'avance un peu sur la façon que le grand compositeur américain aurait réagi à l'heure de Facebook et compagnie. Vacuité en temps réel, nouvel esclavage, e-médiocrité! Sortons la règle pour taper quelques doigts...

Maître du mondeInternet comme utopie
Marsan souligne le passage des promesses révolutionnaires du web (durant les années 90) à sa récupération marchande en 2000 (la bulle techno) et e 2007 (l'année où il fixe le virage 2.0). Le web 2.0, dit-il, est «étroitement associé à un fantasme égalitaire qui postule que le citoyen, bon de nature, saura oeuvrer à l'avènement d'un monde meilleur». Il compare ni plus ni moins les chantres du «triomphalisme internet» (qu'ils situent dans la Silicon Valley) à des hippies «avec une fleur dans les cheveux» qui cherchant à révolutionner le monde.

L'image fait sourire, mais pour lui, les hippies des années 70 sont ceux qui ont abandonné leur fleur pour une cravate et ont ensuite voté pour les gouvernements de droite et leur libéralisme à tout crin dans les années 80. «L'utopie internet a surtout donné naissance à des empires commerciaux d'envergure planétaire (au premier chef Google) qui n'ont rien à f... de l'amour universel : "They're only in it for the money"» (paraphrase d'un album de Zappa qui coiffe d'ailleurs l'article dans le journal).

La e-médiocrité
Ces accents de gauche (la "traîtrise" est un "concept" typique des gens de gauche, et qui n'existe pas à droite -normal puisque ces derniers n'ont aucun objectif commun sinon du chacun-pour-soi; Madoff n'est pas un traître, juste un financier maladroit) ces accents de gauche, dis-je cachent mal un mépris pourtant élitiste que l'on retrouve normalement à droite. «Le Web 2.0 [...] démocratise aussi l'insignifiance: ces millions de blogues illisibles, de vidéos ineptes sur Yutube, d'articles superficiels signés par des amateurs dans Wikipédia...».

Oui. 146 millions de blogues existent en 2010 (source), 24 heures de vidéos sont télémontées chaque minute sur YouTube (source), et Wikipedia Français a atteint le millionième article le mois dernier (source).

Je ne sais pas si vous saisissez l'ironie, mais l'humanité s'est doté de ces outils pour communiquer; elle a démocratisé la communication et nous en voyons pour la première fois les résultats. Traiter ce contenu de médiocre revient purement et simplement à traiter de médiocre l'être humain. Internet n'a pas généré ce contenu, mais c'est bien l'humanité elle-même; Internet n'a pas pu pervertir l'humanité en si peu de temps, Internet lui a seulement donné des outils. La médiocrité de ces «messages» le précédait.

Soi peuple et tais-toi
Je n'aime pas ce genre de rhétorique antihumaniste et antidémocratique où l'élite fait porter à Internet un crime de lèse-humanité. Le bouc-émissaire était condamné d'avance. Si Marsan devait écouter tous les chuchotements de la planète, «dans la vraie vie» (voir mon billet sur cette expression), il dirait probablement la même chose: que de médiocrités portées à ses oreilles! Il n'y aura que peu de voix pour gagner son respect: normal, l'humanité aura autre chose à faire que de vouloir promouvoir je ne sais quelle utopie il souhaiterait qu'elle porte.

Je ne sais pas si Zappa aurait réellement la nausée devant le web 2.0 (et si oui, il l'aurait alors pour l'humanité dans son ensemble), mais il est clair que ce discours prend racine dans une double méconnaissance du phénomène de surabondance d'information et de démocratisation tous azimuts de la communication. Quand il écrit:

«Cet univers [...] encourage aussi le repli sur soi et de nouveaux esclavages: ces millions de gens qui se regardent vivre sur Facebook, qui draguent exclusivement sur Internet par peur d'une rencontre sentimentale tangible, qui s'expriment sur tout et sur rien, qui document leur vacuité en temps réel ou presque...»,

il montre son dédain pour ce qui émane du peuple (écrire est sacré, le mode épistolaire ne devrait servir qu'aux nobles causes) et le vécu même des individus (comme pour le téléphone et le courrier, Internet transportent les préoccupations de chacun sans jugement). Il cherche à stigmatiser et non à comprendre. Les esclaves n'écoutent plus la voix de leur maître et préfèrent se parler entre eux. L'élitisme a la fâcheuse habitude de dénigrer ce qui vient de la base, per se.

Tirer sur le messager
Inutile de passer beaucoup de temps dans les réseaux sociaux pour se rendre compte qu'ils provoquent les rencontres plutôt qu'ils ne les inhibent. Plus on est branché, plus les occasions de rencontre se multiplient «dans la vraie vie». C'est même une stratégie émergente pour contrer la tendance lourde d'atomisation et d'isolement dans la société occidentale moderne. Quel usage a-t-il fait pour que Marsan arrive à de tels constats?...

La «vacuité en temps réel» dont il parle ne représente que l'absence de sens qu'il ressent face à ces conversations qu'ils captent au hasard des clics. Je le mets au défi de s'enregistrer en continu et voir si son niveau intellectuel se maintient tout le temps. Et que dire alors de ces moments plus «futiles» où il tombera fatalement? Que ce n'est pas de mes oignons, je n'écoute pas aux portes, et que probablement la valeur est tout entière dans la relation qu'il est en train de construire ou maintenir avec la personne avec qui il dialogue.

Et que cette valeur est incommensurable et intransférable: le sous-entendu du texte soi-disant «médiocre» est probablement d'une importance d'ordre relationnel et non pas intellectuel. Dans un monde de surabondance d'information, comme dans une rue très passante, il est de plus en plus probable de capter une conversation qui ne nous est pas adressée. Tout le monde a le droit de communiquer. Personne ne vous force à écouter. Le sens ne vous était pas adressé et est probablement hors d'atteinte...

Et si vous écoutez, ayez l'esprit ouvert pour entendre ces humains qui s'échangent humblement des stratégies de vie, banales pour vous, mais ô combien humain...

Un plan numérique pour le Québec

Le numérique fait partie de notre patrimoine, de notre culture. Ou en tout cas il le deviendra obligatoirement. La communication, les produits culturels, le commerce, les réseaux sociaux sont numérisés un à un. Alors il ne faut pas le laisser entre les mains du seul marché "de la main aveugle" (fiction naïve, la dernière grandes crise nous l'a rappelé dangereusement). Alors je suis heureux de relayer l'initiative ce CommunauTique de demander un Plan Numérique pour le Québec dans un contexte où nous sommes bien avancé dans le XXIe Siècle et aucune plan clair n'existe pour nous faire rayonner.

Appel (extraits)


Nous affirmons la nécessité que le Québec se dote promptement d'un plan numérique global et ambitieux et mobilise résolument l'ensemble de ses forces vives dans sa mise en œuvre afin de relever les défis sociaux, culturels et économiques posés par la révolution sociotechnique mondiale en cours.

En se fixant comme but déclaré de faire d'Internet un bien commun au bénéfice de tous et toutes, un tel plan devrait apporter des réponses pertinentes et créatives aux questions suivantes :

-l'accès des individus, des organisations et des communautés aux réseaux et aux contenus ;

-le développement de la production, de l'offre, de l'utilisation et de l'appropriation des contenus ;

-la diversification des applications, des services et des usages ;

-la recherche et l’innovation techniques et sociales dans tous les secteurs d’activité (administration publique, industrie, commerce, économie sociale, instruction publique, santé et services sociaux, milieux communautaires, institutions démocratiques) ;

-les domaines d'expertise à soutenir prioritairement sur le plan national et international ;

-la formation en milieux scolaires, populaires et de travail dans un contexte de société de l'information et des savoirs ;

-la préservation et le développement des cultures et des savoirs ainsi que du patrimoine culturel ;

-l‘accès ouvert et le partage des données et des savoirs scientifiques

-la compétence des individus et l’innovation au sein des organisations ;

-l'identité numérique et la sécurité des individus et des organisations ;

-les places respectives des logiciels et contenus libres et propriétaires dans une perspective de biens communs ;

-la gouvernance québécoise, canadienne et internationale d'Internet, des normes techniques numériques.

Nous affirmons que la réussite des processus d'élaboration et de mise enœuvre d'un tel plan numérique québécois exige la participation et l'engagement de la totalité des acteurs sociaux, des secteurs d'activités, des segments de la population et des régions concernées.

[...]

Version complète sur Communautique

Dans la communauté YulBiz de Montréal, on avait fait circuler une pétition en forme de lettre ouverte au Premier Ministre québécois pour demander la création d'un plan numérique. Un wiki a suivi. Maintenant, CommunauTique pousse la demande plus loin. Encourageons-les!

Réseaux sociaux et affaires

Voici le premier cahier thématique mensuel du portail RézoPointZéro qui traite des «réseaux sociaux à des fins d’affaires», publié en ligne par la coopérative Innov X.0.

RézoPointZéro - Le guide des réseaux sociaux en affaires

Sur le plan du savoir-faire et de l’innovation web beaucoup a été dit, mais beaucoup reste à dire. Je vois depuis plus d'un an une tentative de la part de beaucoup d'entreprises d'«d'être sur le réseau social». Ce guide répondra probablement à certaines de leurs questions.

Est-ce bon pour eux? Que doivent-ils y faire? Comment s'adapter?

Pour les dirigeants qui cherchent à avoir un coup d'oeil de la question, écrit par des experts sur le terrain, ici au Québec, ce guide donne le ton.

J'ai donné hier une conférence aux membres de l'Ordre des administrateurs agréés du Québec. Il est clair que l'intérêt est là, mais ils constatent que c'est toute une nouvelle dimension à intégrer dans leur domaine. Et ça prend du temps. Et on n'a pas toujours le temps, c'est vrai. Mais ce qui est sûr, et les gens de l'Ordre doivent sûrement être les premiers à le reconnaître, eux qui "réseautent" beaucoup, que le "networking" est puissant et que si les clients, leurs clients, se mettent à "networker", ça ne peut pas ne pas avoir d'impacts pour eux.

Dans certains cas, il y a le "first move advantage". Si c'est le cas dans votre domaine, ça vaut la peine d'explorer ces nouveaux modes de contact avec la clientèle. Au pire, il faut voir au moins si notre compétition y est et les observer de très, très, près.

Guide des réseaux en affaires
Ce guide contient plusieurs articles intéressants. J'y ai écrit sur les bases de la crédibilité sur les réseaux sociaux. D’une certaine manière, on commence tous à zéro sur Internet. Donc les critères habituels de validation de crédibilité ne s’appliquent pas (pour la majorité d'entre nous, en tout cas). Alors, comprendre comment émergent la qualité et l’autorité dans les réseaux sociaux (et la crédibilité avec le temps) devient crucial. On aura probablement l'occasion d'en reparler ici.

Voici un aperçu

Allez voir la table des matières complète

Ou téléchargez
PDF qualité impression (5 Mo)
PDF qualité Web (2 Mo)

Pour les prochains numéros, un abonnement est requis. La coopérative compte publier 10 fois l'an.
Bravo à l'équipe et à Vallier Lapierre (éditeur du portail) et Geoffroi Garon (président de la coopérative)

Je iPade, tu iPades, il iPade

Avec les autres médias, on dirait qu'il n'y a pas de problème, mais avec le iPad je ne sais pas comment nommer son usage. Je «regarde» la télévision, j'«écoute» la radio et je «lis» le journal.

Mais avec le iPad c'est tout ça à la fois. Alors comment on nomme un usage multiple? «Hier soir j'ai "utilisé" le iPad»? Et puis, si on rajoute le «surf web» et les «jeux», le iPad, vraiment multimédia, mais sans être nécessairement un outil aussi «productif» qu'un ordinateur, est un moyen de «consommer» tous les médias. «Je consomme»? Je ne compterais pas sur celle-là.

Non, le iPad est transparent. J'y regarde la télévision, j'y écoute la radio, j'y lis le journal, j'y navigue le web er j'y joue. C'est véritablement une "fenêtre sur le monde". «Hier soir, j'ai regardé par la fenêtre»...

Les 9 principes de l'accélération numérique

Kevin Kelly dans le New York Times magazine d'hier propose une bonne réflexion sur les technologies numériques et comment appréhender cette accélération qui nous assaille de partout. Il propose 9 principes à intégrer, à se répéter comme un mantra, afin d'entrer dans ce tourbillon du futur-maintenant en un seul morceau.
• Toute technologie a ses mauvais côtés. Plus puissante elle est, plus elle peut être détournée. Bien évaluer les tenants et les aboutissants.

• Les technologies évoluent si vite que vous devriez toujours retarder l'achat à la toute dernière seconde. Habituez-vous avec le fait qu'elles deviennent aussitôt obsolètes.

• Avant que vous n'arriviez à maîtriser un outil, une application ou une invention, il sera dépassé; vous allez toujours être un débutant. Donc, développez des aptitudes de bons débutants

• Restez sur vos gardes pour toutes technologies propriétaire. Si vous ne pouvez l'arranger, le réparer ou le modifier par vous-même, ça augure mal.

• La meilleure façon de réagir à une mauvaise technologie est d'en développer une meilleure, de la même façon que la réaction à une mauvaise idée n'est pas de la censurer, mais bien de la remplacer par une meilleure.

• Toute technologie possède un biais inhérent à ses présupposés initiaux: identifiez ce que cela implique comme conséquence.

• Personne ne sait vraiment à quoi va réellement servir une invention. Ce qu'il faut se poser comme question est que se passera-t-il quand tout le monde y accédera?

• Plus longtemps une technologie est installée, plus probable elle sera encore utile longtemps.

• Identifier l'apport de technologie minimale qu'il vous faut pour vous offrir le maximum de possibilités.
Voici la version anglaise originale. Faites-moi part de vos commentaires si ma traduction diffère trop de l'originale.

• Every new technology will bite back. The more powerful its gifts, the more powerfully it can be abused. Look for its costs.

• Technologies improve so fast you should postpone getting anything you need until the last second. Get comfortable with the fact that anything you buy is already obsolete.

• Before you can master a device, program or invention, it will be superseded; you will always be a beginner. Get good at it.

• Be suspicious of any technology that requires walls. If you can fix it, modify it or hack it yourself, that is a good sign.

• The proper response to a stupid technology is to make a better one, just as the proper response to a stupid idea is not to outlaw it but to replace it with a better idea.

• Every technology is biased by its embedded defaults: what does it assume?

• Nobody has any idea of what a new invention will really be good for. The crucial question is, what happens when everyone has one?

• The older the technology, the more likely it will continue to be useful.

• Find the minimum amount of technology that will maximize your options.

Intention d'achat: Facebook fans versus Twitter followers

Une étude américaine montre que les usagers de Twitter qui suivraient une marque sur ce canal sont deux fois plus prompts que sur Facebook à dire qu'ils achèteraient de la marque en question. Et au contraire, les gens de Facebook sont plus nombreux à dire qu'ils n'achèteraient pas. Un abonné à votre «newsletter» se retrouve quelque part entre les deux.

Donc, si on se fie à cette étude, et si les chiffres américains peuvent s'appliquer à d'autres régions, on peut dire qu'un «follower» Twitter de votre marque est plus enclin à acheter chez vous qu'un autre sur Facebook qui vous «like» ou qui serait abonné à votre bulletin.

Intention d'achat

eMarketer
partage quelques statistiques dans un article hier «Are Twitter Followers Better Than Facebook Fans?» où on apprenait que 37% des gens qui suivent un compte Twitter d'une marque (contre 27% pour Facebook et 17% pour la bulletin) se disent prêt à acheter.

eMarketer

Ce sont les fans de Facebook qui sont le moins d'accords (49%) quand on leur demande s'ils seraient enclins à acheter. Un fan, finalement, n'est pas si admirateurs que ça. À ce compte, mieux vaut une bonne grosse base de courriels (27% sont d'accord pour dire qu'ils sont plus enclins à acheter contre 32% qui sont en désaccord).

Intention de recommandation

Dans l'étude, faite en février 2010, les auteurs montrent que c'est aussi du côté de Twitter qu'il y a plus de chance de voir votre marque se faire recommander (33% pour Twitter contre seulement 21%).

eMarketer

Nuances

L'étude de ExactTarget semble donc monter que Twitter serait plus attirant dans une perspective marketing. Mais il faut se rappeler que Twitter a une beaucoup plus petite base de membres que Facebook. Probablement que dans le volume, Facebook rapporte en valeur absolue plus d'adhérents à votre marque. Mais d'un autre côté, Twitter est composé davantage d'influenceurs que Facebook, qui serait lui plus «mainstream», souligne l'étude.

De plus, il faut faire attention, on parle ici d'intention. Les fans Facebook sont souvent, précise le rapport, selon eMarketer, déjà des fans dans la vraie vie et que le «like» n'en serait que le reflet: il leur serait difficile d'augmenter davantage leur achat ou de recommander davantage qu'ils ne le font déjà.
Ceux qui me suivent sur Twitter se rappellent le lien vers une autre partie de cette étude qui donne les motivations de devenir fan sur Facebook d'une marque.

eMarketer

Dans l'article «The Thin Line Between Liking a Brand and Liking Its Social Marketing» eMarketing montre que les motivations pour appuyer sur «like» dans Facebook varient beaucoup et il est donc illusoire de penser que la conversion est de 100%. C'est par contre une façon pour l'usager de monter son intérêt pour la marque comme une façon de s'exprimer dans son réseau social.

Dans le même article, pour mémoire, l'étude montre, pour les internautes américains les principales raisons d'utiliser Facebook en général. Toute génération confondue, les deux principales raisons sont celles-ci:

(1) Pour maintenant ses contacts personnels et
(2) reconnecter avec d'anciens amis ou qui habitent loin

Les 15-17 ont tout de même aussi une préférence pour «se maintenir au courant de son réseau social», besoin qui diminue grandement avec l'âge (diminuant de moitié) peut-être parce que justement les gens au travail et établis dans la vie ont accès à une vie sociale étable hors ligne amplement satisfaisante et que Facebook ne serait que l'appoint.

Ma présentation «Crédibilité[s] : construction de l’autorité dans les médias sociaux»

Avec la montée de l'Internet comme fabuleux réservoir de savoir, on apprend à devenir autonome comme "demandeur de connaissance". Mais émerge alors la question: comment avoir confiance en une information sur le web en dehors des institutions «légitimantes»?

Une institution «légitimante» est une institution qui donne à des individus un pouvoir instantané de crédibilité. Un nouveau journaliste dans un journal n'a pas à «faire ses preuves": on considère qu'il a été justement recruté parce qu'il avait les qualités nécessaires pour exercer sa profession.

Ce n'est pas le cas d'un nouveau blogueur. Et ce n'est pas le cas nécessairement d'une information que l'on retrouve sur le réseau. On doit probablement faire l'exercice de déterminer la crédibilité a posteriori, par nous même, seul.

Quel est ce processus? Qu'est-ce qui est à l'oeuvre quand on décide de s'informer par nous-mêmes sur internet? Comment arrivons-nous à donner crédit à ce qui est dit sur le réseau en l'absence de système de validation classique (bibliothèque, journaliste, professeurs, etc.)

Voici la présentation que j'ai donnée au PodCamp Montréal ( #pcmtl) samedi dernier (voir un extrait vidéo)



Je me suis basé sur trois documents pour construire ma présentation. Oui, trois documents qui ont été validés par une institution légitimante qu'est l'Université. Mais, pour la petite histoire, c'est via le réseau, sans référence d'institutions académiques que je les ai trouvé, par sérendipité pourrait-on dire (qui est en soi l'autre facette, que nous ne discuterons pas ici, du processus d'auto-apprentissage généré par l'accès libre au contenu déposé sur Internet).

The Element of Computer Credibility, par B.J. Fogg et H. Tseng (PDF)

L'aspect de la crédibilité véhiculé par les produits informatiques est au coeur de la préoccupation du docteur Fogg, chef du Persuasive Technology Lab. Il cherche à comprendre et à expliquer de quelle façon l'usage de l'ordinateur change notre comportement (temporairement ou de façon permanente). Autrement dit, comment la manipulation mécanique d'information virtuelle en dehors de tout apport social direct (sans intermédiaire humain) aboutit à un changement de comportement ( comment il «persuade» l'usager).

Ce rapport de recherche, écrit en 1999, fait le point sur le phénomène en définissant les termes principaux et en synthétisant les recherches dans le domaine. Il ouvre ensuite la possibilité d'explorer ce que l'usager fait pour croire en ce qu'il manipule à l'écran. C'est don un bon point de départ.

Construction de l'autorité informationnelle sur le web, par E. Broudroux (PDF)

Le repérage et l'indexation des documents ont radicalement changé depuis l'adoption massive d'internet par le grand public. Des outils «sociotechniques» sont venus classer d'une manière nouvelle l'information en donnant plus de visibilité à ceux qui sont le plus référencés. Cette contribution plus récente d'Évelyne Broudoux sur les “systèmes bâtisseurs de réputation et de notoriété” et les “outils sociotechniques d’autorité cognitive” font émerger ce qui sera discuté dans la troisième source les autorités cognitives. Ce concept débouche sur celui d'influence et est le résultat d’un jeu de forces. La nuance ici qu'elle apporte consiste à signaler qu'une l’autorité informationnelle est plutôt «susceptible d’être portée par un individu ou un groupe, un objet ou un outil cognitif ou encore un média, n’a pas pour fonction principale l’influence, mais celle d’in-former (donner une forme)».

On ne parle pas ici donc d'une autorité traditionnelle (soumission volontaire, sans violence, à une hiérarchie), ou celle fondée sur le droit (autorité institutionnelle légale) ou même une autorité charismatique (fondé sur la seule personne, d'abord par attrait, puis souvent ensuite par coercition). La construction de l’autorité informationnelle sur le web se bâtit à partir d'un mélange d'autorité énonciatrice, institutionnelle, de contenu et de support, bouleversés par l'auto-publication et la baisse relative du filtrage institutionnel qui permet l'arrivée de nouveaux acteurs, et remet en question l'attribution de confiance classique.

Second-hand knowledge: an Inquiry into cognitive authority, par Patrick Wilson (Amazon)

Publié en 1983 par le regretté professeur de Berkeley, ce livre couvre un vaste domaine épistémologique. Si nous devions ne dépendre que de nos propres connaissances personnelles, nous serions sérieusement limités pour comprendre le monde qui nous entoure. En fait, nous dépendons des autres pour la majorité de nos idées et connaissances. Avec les informations que les autres nous rapportent, nous construisons une vision du monde qui nous permet d'agir. Cette connaissance qui nous permet aujourd'hui d’agir est de «seconde main», c'est à dire pas acquise de «première main». Nous devons faire confiance à une «autorité cognitive» car celle-ci ne possède un savoir accumulé (réponses aux questions closes) ou une opinion éclairée (réponses aux questions en suspens) pour nous guider quand nous n'avons pas toute la connaissance ni l'expertise pour juger.

C'est une influence légitime (on ne parle pas d'influence par la publicité par exemple). Partout où l'information et les connaissances circulent librement, le problème du filtrage personnel commence. L'usager, en dehors de sa sphère de compétence, doit sélectionner comme pertinente une connaissance via une source qu'il trouvera crédible dans son domaine. Ce qui pose la question de la fiabilité de l'information disponible sur les réseaux et de la compétence des usagers pour la traiter. Le choix se fait par crédulité ou dogmatisme. Mais il se fait aussi par plausibilité du texte. Quand celui-ci entre en résonance avec le monde que l'on s'est construit, il acquiert davantage de crédibilité. Si tout se résume à de la pure subjectivité, et l'auteur ne cache pas qu'il n'y a pas d'assise objective pour nommer de façon absolue une autorité cognitive, il reste néanmoins que le processus de «crédibilisation» est un fait réel et observable. C'est que ce que j'ai tenté d'observer dans ma présentation.

Je peux développer dans un autre billet si le thème vous intéresse.

Un extrait de la conférence Crédibilité[s] donnée au PodCamp Montréal

J'ai donné une présentation sur les Crédibilité(s) (construction de l’autorité et de la notoriété dans les médias sociaux) au Podcamp (#pcmtl) samedi dernier. Voici un en extrait vidéo.

L'axe choisi tourne autour d'un monde où, dans la surabondance de sources, émergent des formes de construction de crédibilité sur médias sociaux qui se font en l'absence d'institution "légitimante" (un journal transmet de facto une crédibilité au journaliste au jour 1). Comprendre le mécanisme de "crédibilisation" permet alors de voir comment certains, sur un réseau permettant l'autopublication, peuvent devenir une autorité cognitive en se bâtissent une notoriété autour d'un contenu de qualité a posteriori (en absence de validation a priori des pairs).

Je remercie toute l'équipe de Podcamp d'avoir filmé et mis un extrait de la conférence sur UStream. Les aléas de la technique ont fait que la première partie n'est pas disponible (c'est le risque d'être le premier à ouvrir le bal si tôt le matin), mais vous avez la deuxième moitié et ça reste compréhensible quand même.

Crédibilité[s] Martin Lessard. PodCamp Montréal, 11 septembre 2010 (extraits)



Je vous promets de faire un (ou des?) billet(s) reprenant les contenus de la conférence si ça vous intéresse. Laissez moi des commentaires ou des liens vers des pages pour approfondir la réflexion.

Mise à jour: Ma présentation est disponible ici
--

Podcamp / MediaCamp Montréal 2010

La rentrée est particulièrement bien dense en événements cet automne. Celui à ne pas manquer est la double "non-conférence" Podcamp & MediaCamp, 10, 11 et 12 septembre prochain à Montréal. Tout le who's who du Québec numérique s'y est donné rendez-vous.


Interview fait par ZeLaurent (non, non il n'a pas le Parkinson, il tourne avec son iPhone 4) sur ma perception de ce que sera le podcamp de la fin de semaine prochaine. (Si vous êtes sur un iPad, vous pouvez cliquer ici)

Je brise la glace le vendredi matin (au MediaCamp) et samedi matin (à une des deux pistes franco de Podcamp).

Mes "non-conférences" que j'y donne seront d'environ 15-20 minutes suivies d'une discussion ouverte avec la salle d'une période de temps similaire. Je compte bien vous apprendre deux ou trois bricoles, mais je veux qu'en échange vous m'en appreniez autant!

Crédibilité(s) : Construction de l’autorité et de la notoriété dans les médias sociaux
Samedi 09h30 Salle Agora (stream web)
Dans la surabondance de sources, comment se construit une crédibilité de qualité sur les médias sociaux? Devenir une autorité cognitive demande de comprendre comment se bâtissent la notoriété et la fiabilité en réseau.

Je vous ferai part de ce que j'ai appris sur le sujet, appliqué à notre domaine. Et on discutera ensuite de vos perceptions et de vos propres constats, tous ensemble.

La Chaîne des valeurs : comment internet s’arrime-t-il avec l’industrie de la télé
Vendredi 09h30
Introduction à la logique industrielle qui se met en place dans la webTV entre autres, mais aussi pour tout contenu audiovisuel en ligne.

J'explorerai comment la webTV se fait un chemin dans cet univers (pas toujours rose) mais aussi le changement fantastique de paradigme qu'elle apporte et on partagera nos points de vue sur l'inévitable refonte du financement à venir pour supporter la nouvelle génération numérique.

La plus grande densité de gens intelligents au pouce carré à l'est de Mountain View

Ces conférences sont données tous gratuitement (même les conférenciers payent leur entrée!). J'y vois comme une façon d'auto-organiser nos apprentissages en continu dans un contexte où notre domaine nous appelle à changer constamment.

Le programme du PodCamp regorge de sujets plus passionnants les uns que les autres. Voici un aperçu (le choix va être difficile!):

  • Le Podcasting : C’est quoi? Ça vient d’où? Comment en faire? avec Laurent LaSalle
  • Podcasting is bigger than Twitter but who gives a fuck? with Sylvain Grand’Maison
  • La vie après le journalisme, avec Bruno Guglielminetti
  • Search & Social Media for Online Publishers, avec CT Moore
  • Search vs. Social, avec Brian Rotsztein
  • Préparer un événement à l’aide des médiaux sociaux, avec Frédéric Harper
  • Table ronde sur la production de contenu, avec Michel Coulombe, Félix Séguin et Jean-François Poulin
  • Comment être intéressant sur Twitter : L’importance du personnal branding pour attirer les followers, avec Thoma Daneau
  • Revenue Generating Trends for Bloggers, avec Kim Vallée
  • Comment booster l’audience d’un blogue / podcast en utilisant les médias sociaux avec Benoit Descary
  • Enfants pour l’Éducation, avec Félix Trépanier
  • The Art World Invades Social Media - How an artist and gallery owner makes the most of blogging, Facebook, and Twitter, avec Bettina Forget
  • Going against the Grain, avec Chris «Zeke» Hand »
  • To share or not to share? Exploration du Capital Social pour l’utilisation du marketing viral, avec Olivier Mermet
  • Le Dilemme du Réseau, avec Sylvain Carle
  • Introduction à la création d’une communauté et d’une marque autour de soi, avec Kim Auclair
  • I want to pogne : bloguer en français ou en anglais? avec Fanie Grégoire
  • Faut-il s’entêter à tout faire chez soi? L’expérience de communautés sans fil avec les nouveaux médias, avec Laurent Maisonnave et Dave G. Pelletier
  • Mieux comprendre ce qu’est le cyberterrorisme, avec Julie Horn
  • How to efficiently spark professional connections in the arts, with Raphael Ettore
  • Social shopping : Le shopping en mode Gang Bang, avec Yasha Sekhavat
  • Ces images qui mentent, avec Olivier Bruel
  • Small Business and Social Media, with Sandy K. Sidhu
  • Getting Students Engaged through Social Media? with Alexandre Enkerli
  • Strategie média sociaux pour un événement de levée de fonds, avec Marie Annick Boisvert et Camille Desrosiers
  • Gérer son temps à travers les réseaux sociaux, avec Hicham Souilmi
  • et, aussi, bien sûr, la Michelle Blanc, notre grande dame que les journalistes surnomment la papesse du web 2.0.
Au programme du MediaCamp

  • Social TV : Comment réussir à tirer profit de l’activité sociale au croisement de la télévision et de l’Internet ?, avec Laurent Maisonnave et François Bédard
  • Discussion : Le Web amène une vitesse de traitement de l’information de plus en plus rapide qui ne se prête pas à tous les sujets. Est-ce que ça pose de nouveaux défis d’un point de vue déontologique ?, avec Mathieu Lavallée
  • Est-ce que les journalistes auront encore du travail dans 2-3-5 ans, et quelle forme prendra ce travail?, avec Gilles Lajoie
  • Comment tirer le maximum de l’interactivité et des communautés pour les sites d’informations, et quelles sont les craintes injustifiées, avec Bruno Boutot
Détails:

Horaire du PodCamp sam-dim 11-12 sep 2010 Inscription 30$ (incluant le MediaCamp)

Horaire du MediaCmap Ven 10 sep 2010 Inscription 30$ (incluant le Podcamp)

(vous aurez compris, c'est 30$ pour les 3 jours)

Lieu: Cœur des sciences de l’UQAM

Hash tag: MediaCamp #mcmtl , Podcamp #pcmtl

Ping ne sera pas le MySpace killer attendu (loin de là)

Dans la seconde même où Steve Jobs annonçait le lancement de Ping, le nouveau «réseau social de musique» d'Apple, @Scobleizer a tweeté «Apple just killed MySpace. Totally dead now». On peut conclure deux choses: Scobleizer a (1) exprimé l'ampleur de ses attentes messianiques face à un service qu'il ne connaissait pas et (2) démontré qu'il est impossible d'avoir du recul en temps réel.

iPad

[Mise à Jour: lundi 6 sept '10: j'ai ajouté quelques précisions entre crochets et j'ai fait quelques corrections stylistiques et orthographiques]


Pour le point 2, Scobleizer donne parfaitement raison aux détracteurs de la communication en «temps réel» (Virilio en tête: «L'immédiateté est le contraire de l'information») et autres annonciateurs de l'antéchrist [MàJ: Rioux: Avant d'écrire, il fallait d'abord apprendre à se taire].

Je n'aborderai pas ce sujet, le volubile Scobleizer n'étant pas à mon avis dans le paradigme journalistique des faits (modèle de véracité validé a priori) mais plus dans un modèle d'opinions probabilistes --dans le lot de ses intuitions, certaines devraient bien se réaliser (modèle de véracité a posteriori).

Pour le point 1, quand Apple annonce un produit, inutile de dire qu'il dépasse souvent nos attentes. Mais Ping est un service et ce n'est pas la même chose. Et dans le domaine des réseaux sociaux, Apple ne fait pas figure de proue.

Le problème avec Ping

Ping vient avec la dernière mouture d’iTunes (v10). Apple vient y ajouter une composante permettant une sérendipidité sociale pour découvrir de nouveaux morceaux. On peut suivre ses «amis» pour connaître ce qu'ils «aiment», «commentent» ou «achètent» sur iTunes.

Erick Schonfeld de TechCrunch le décrit bien: le plus grand problème qu'il y voit est que Ping est exclusivement confiné à iTunes. «iTunes n'est pas social, il n'est même pas sur le web». Pas moyen (encore) de le relier à d'autres réseaux sociaux (ni même de copier un URL et de le partager).

Contrairement à ce que dit Wired, le web n'est pas mort et le HTML est le langage universel.

Et Apple a comme assomption que ce que vous achetez, vous l'aimez. Hum. Mon iTunes à moi est simplement un magasin en ligne pour toute ma famille. Je n'aime pas tout ce que j'y achète [MàJ: mes enfants, par contre, adorent]. Mon reçu de caisse n'est pas une pétition. Si au moins je pouvais activer le bouton «musique que j'aime» quand j'écoute, ça serait déjà une amélioration --et sémantiquement plus approprié. Le iStore n'est pas l'endroit où je me tiens en permanence [MàJ: iStore est magasin de iTunes, un sous-menu en fait, mais qui représente un espace tout à fait différent du reste du logiciel].

Ping ne s'intéresse qu'à ce que vous faites dans le iTunes Store, pas dans vos listes. Et me retrouver comme un pusher de mp3 (un énorme bouton d'achat apparaît à côté de vos «recommandations») me laisse dubitatif... [MàJ: quand on s'inscrit à Ping, on reçoit un courriel signé «The iTunes Store Team». On ne cache pas ses couleurs]

Pas d'achat, pas de post sur votre timeline.

Eh oui, pour afficher dans mon flot de nouvelles, je dois acheter une chanson.

Bien sûr, les grands de ce monde (comme Cold Play), eux, ont droit à une «timeline» qu'ils contrôlent. Mais pas le citoyen lambda. Voilà bien un réseau social bien médiéval: les puissants ne frayent pas avec le peuple.

Ping dans iTunes est un exemple de sérendipité automatisé pour découvrir des chansons. Le «social» y est plutôt subordonné au commercial.

Apple n'est pas reconnu pour son côté social (il n'a pas de présence dans les médias sociaux comme on pourrait s'y attendre d'une grande compagnie).

C'est une compagnie de hardware et de software, et l'humain y a été modélisé a un tel point (Apple excelle dans la relation humain-machine) qu'ils ont oublié ce que c'est la relation humain-humain...

--

Plus de lecture: 10 things Apple can do to rescue its experiment in social networking (de Philip Elmer-DeWitt de CNN)

51 ans: l'âge moyen des téléspectateurs

Voilà qu'on apprend dans le New York Times de l'édition de dimanche dernier, et je suis surpris que cela n'ait pas fait plus de bruit que ça, que l'âge médian des téléspectateurs des 4 grands télédiffuseurs américains (Fox, CBS, NBC, ABC) était de 51 ans.

Les téléspectateurs ont donc vieilli deux fois plus vite que la population en générale (une façon polie de dire que les jeunes ont quitté les 4 grands pour aller sur le câble ou le web -- autrement dit, du contenu niche)

Ce que l'on va donc voir de leur côté est une recrudescence des publicités pour «vieux» sur ces réseaux... et des programmes plus adaptés pour eux. Ce qui accéléra probablement l'exode des «jeunes». (ou, si vous voulez, vieillira les spectateurs).

La télévision généraliste, une télé pour vieux? Et les niches seraient donc pour jeunes? Agrémenter l'offre de contenu en ligne par l'acquisition de webTV pourrait être une façon pour les télédiffuseurs de garder leur jeune audience...et les revenus publicitaires.

Empire Avenue : la bourse des influences

Empire Avenue est le dernier né des «vitual stock markets», mi-jeu, mi-sérieux, qui met en scènes des influenceurs de la blogosphère et des réseaux sociaux.

Empire Avenue

Sur le même principe qu' Hollywood Stock Market (HSX) qui permet de «trader» des films et des stars dans une bourse virtuelle en ligne (et même si c'est un jeux, le niveau de précision quant au succès futur d'un film ou de la carrière d'un artiste est assez réaliste).

Empire Avenue pousse le concept dans le monde en ligne. Ouvert à tous, mais orienté influents numériques car les actions montent ou descendent en partie en fonction des posts (blogue), tweets (Twitter), updates (Facebook) et partage (Flickr). Ceux qui sont très familiers avec les outils 2.0 auront la part de lion assurément.

L'abonnement se fait en quelques clics, et on entre les coordonnées des sites qui rayonnent votre identité (on ajoute un code, par exemple, sur son blogue, le mien est EAVB_AHDOGSBODN ) et voilà, on commence avec un petit pécule pour monter son portefeuille.

Mes actions sont sous le ticker ZS

Ce qui est intéressant, en ce moment, c'est que l'on peut voir que le principe peut réellement montrer qui a de l'influence dans la sphère technocratie. Sur le web, on peut monter des milliers de followers dans Tweeter ou y suivre des milliers de personnes: ce n'est pas le cas sur Empire Avenue où notre porte-monnaie n'est pas illimité. Il faut dépenser ses sous avec soin.

Je ne sais pas si, à terme, un des buts d'Empire Avenue sera de vendre aussi leur monnaie virtuelle, mais d'ici là, une réelle valeur se crée dans cette bourse, car les actionnaires choisissent avec précaution leurs sous à dépenser.

Impossible de tomber dans l'excès; le système bâtit de la rareté, donc de la valeur. Émerge alors les «vrais» influenceurs, les «rares» qui méritent notre attention (on peut suivre le fil de son portefeuille, donc on est doublement incité à ne sélectionner que la «crème»). La «crème» qui a bien voulu s'inscrire, évidemment, car contrairement à HSX, on ne «trade» que les abonnés au service.

On peut voir aussi ce service comme une une façon de crowdsourcer la recherche des influenceurs, qui ont grande portée (reach) --personnes qui sont utiles pour le modèle d'affaires d’Empire Avenue.

Empire Avenue

Le modèle d'affaires

Empire Avenue se veut un «influence stock exchange» doublé d'une plateforme de publicité qui permet aux individus (et aux compagnies) de convertir leur influence en ligne en revenu. Oui. Car ils espèrent connecter les annonceurs avec les influenceurs. Ceux-ci contrôlent ce qui est publicisé avec leur image, permettant j'imagine une meilleure affinité avec l'audience. Un système de partage de revenu généreux permet de garder tout le monde heureux.

Le temps dira si le concept tient la route et trouve la rentabilité.

Médias traditionnels vs Médias sociaux vs Médias citoyens

J'ai participé hier à Montréal à la seconde édition du Rendez-vous des médias citoyens. ZeLaurent en a profité pour me soutirer quelques réflexions sur la place des médias sociaux face aux médias dits traditionnels et aux médias sociaux.


Sur Youtube (3:44)

Filmé avec son tout récent iPhone 4, le résultat n'est pas mal du tout.

J'ai essayé de distinguer la nuance entre les trois «médias». Les médias sociaux et les médias traditionnels ont été débordés sur leur flanc par les réseaux sociaux, qui sont un modèle de communication à l'horizontale.

Si on voit le média traditionnel comme une communication par le haut («top down»), on voit alors les médias citoyens comme une communication par la base («bottom-up»). Les médias sociaux sont eux bidirectionnels par définition et portent sur tous les sujets et inondent complètement tous les canaux.

L'usage des médias sociaux par les médias citoyens, notamment pour la défense des droits humains, est une opportunité de court-circuiter les gardes-barrières des médias de masse pour rejoindre eux aussi la population et changer le monde.

Bixi en réalité augmentée

L'agence Phéromone annonce la sortie de Bixar pour les utilisateurs de Bixi, afin de repérer les stations les plus proches et leur nombre de Bixi ou de places disponibles.

BixarBixi est la solution écolo Made in Québec de transport urbain sur deux roues. Bixar utilise la « réalité augmentée » (ou Augented Reality, d'où le AR dans BixAR) qui utilise le GPS sur les téléphones intelligents (iPhone, Androïd, 3G), sa caméra photo et superpose à l'écran les points de repère visuels pour indiquer virtuellement la proximité des stations Bixi (il peut aussi faire un mashup sur une carte Google).

Bixar roule sur Layar et Wikitude et est gratuit (Merci à toute ton équipe, Philippe!)

«Ce projet n'implique pas la Ville de Montréal ni Bixi. Les données obtenues sont publiques (open data) et rendues disponibles par la Ville dans le cadre de son projet Bixi. [...] Ce projet original a été réalisé par des membres de l'équipe de Phéromone dans le cadre des initiatives d'innovation personnelles. Il s'inscrit dans les projets de participation à la communauté de l'agence d'interactions.»

En savoir plus: Bixar (post du blog de leur lab) et le communiqué de presse

Si vous êtes intéressé à la Réalité augmentée, j'ai fait une introduction en 5 billets et Bixar correspond à ce que je plaçais dans la catégorie 2.

Rendez-vous des médias citoyens - 2e édition

À un moment charnière où on voit l'arrimage entre les médias de masse et les médias sociaux, comment la sphère publique se démocratise-t-elle et dans quelle direction cela nous propulse? Le Rendez-vous des médias citoyens est de retour pour une deuxième édition: lundi 23 août 2010 à Montréal (inscription gratuite)

Rendez-vous des médias citoyens - 2e éditionJe participe cette année à cet événement unique «Le Rendez-vous des médias citoyens souhaite approfondir les pratiques innovatrices à l’intérieur de l’écosystème des médias citoyens ici et ailleurs dans le monde

- Comment le public s’approprie-t-il les projets afin d’être mieux informé et de se mobiliser?

- Comment les médias citoyens peuvent-ils servir la cause des droits humains?

«Le Rendez-vous des médias citoyens rassemble blogueurs, cinéastes engagés, photographes et journalistes citoyens, experts des médias, praticiens des médias alternatifs et autonomes, entrepreneurs du web médiatique, ainsi que d'autres partenaires du paysage des médias en pleine ébullition.» (source)

Horaire

9h30 : Ouverture des portes

9h30-10h30 : Cinéma Politica rendez-vous vidéos, Exposition d'affiches Imagerie populaire, Réseautage

10h30-13h00 : Panel «Accès et appropriation des médias citoyens afin de mieux informer et mobiliser le public»

14h30-17h00 : Je serai au panel (animé par Frédéric Dubois) : «Utilisation citoyenne des nouveaux médias à la défense des droits humains» avec:

Au plaisir de vous y voir, lundi 23 août 2010, au Palais des congrès de Montréal (201 Avenue Viger Est)

Digg.com : noyauté par la droite américaine

Un réseau de conservateurs américains a été pris la main dans le sac à manipuler digg.com pour favoriser les articles en leur faveur. Un autre cas d'astroturfing. Source: Massive Censorship Of Digg Uncovered [alternet]

iPadLes Américains ont le don d'inventer des mots si évocateurs pour des réalités si actuelles que l'on n'ose pas trouver d'équivalent français.

Si «Grassroot» réfère à un mouvement «venant de la base», Astroturfing, du nom des plaques d'herbes synthétiques pour les stades, dit bien ce qu'il veut dire: du «grassroot» synthétique.

L'astroturfing est ce faux mouvement de la base, délibérément forgé pour donner l'impression qu'il s'agit d'un mouvement populaire spontané ("grassroots"). L'astroturfing cherche à forger l'impression qu'il s'agit d'un véritable mouvement populaire. À l'affût de ce qui se dit dans les médias et le web, ils se rendent sur les "lieux" pour "partager" leur voix et le fond passer pour celle du «peuple»

Cette manipulation sert à créer l'apparence d'un public autonome qui réagit démocratiquement. La démocratie implique pourtant que chaque individu ait une voix et une seule. L'astroturfing triche sur ce point.

Quand un mouvement se fonde sur de fausses identités et de multiples comptes, il n'y a pas de démocratie. Malheureusement, les forums ou les plateformes de participation sont souvent victime d'astroturfing.

«Digg Patriots» est le nom d'un regroupement de conservateurs américains qui sévissaient sur Digg pour promouvoir des articles prônant leur idéologie («digg») et enterrant ceux plus libéraux («bury»).

Ils se mettaient à plusieurs pour manipuler les résultats, votant pour un article choisi afin qu'il se retrouve en première page (et enterrant les autres). Un site promu sur Digg.com fait normalement exploser les visites, d'où l'importance d'être «diggué». Se faire «enterrer» correspond à un encéphalogramme plat côté visite.

La fraude à grande échelle laisse des traces

Pour détecter de telles fraudes, un outil statistique peut créer des graphes de clusters des relations: il est facile de voir qu'une minorité fait systématiquement les mêmes gestes. Statistiquement, on verrait les mêmes membres voter pour les mêmes articles de façon répétée dans le temps.

Le graphe montrerait une excroissance où les usagers se retrouvent rattachés ensemble d'une façon trop rapprochée. Ces patterns sont détectables.

Digg.com dit vouloir sortir sa version 4 qui réglerait une partie du problème (il n'y aurait plus moyen d'enterrer (bury) un article). Attendons. Mais ils auraient pu être plus proactifs avant...

L'imputabilité du contenu généré par les utilisateurs

La différence entre une plateforme de réseau social et de une plateforme de vote, c'est l'imputabilité: sur Twitter ou Facebook, quand on publie quelque chose, c'est notre propre réseau qui le reçoit. On peut pousser tout ce que l'on veut, ce sont des membres (friends ou followers), qui sont consentants, qui reçoivent la nouvelle. Il n'y a pas moyen de frauder le système sans spammer son propre réseau --il n'y a aucun intérêt. L'intérêt, c'est de spammer les autres.

La différence ici tient au fait que sa propre communauté offre une certaine garantie de qualité. Les réseaux sociaux induisent une imputabilité de l'émetteur. Il est plutôt difficile de créer une désinformation de masse, car il faut suivre la personne pour recevoir ses messages. Et le fraudeur se ferait vite remarquer...

Autre billet sur le sujet:
Astroturfing : l'usurpation de représentativité
--