ZEROSECONDE.COM: Get to safe area (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Get to safe area

"Précipitez vous vers un lieu sûr" tel est la consigne que la Northern Illinois University a écrit en page d'accueil de son site web à 15h20 précise, heure locale, aujourd'hui même. Vingt minutes auparavant, un tueur fou venait de décharger toutes ses munitions dans une classe bondée d'étudiants. Le reste, vous savez que vous le trouverez sur CNN, NYTimes, TFI, SRC, Europe1, ChinaNews, Al-Jazira et ... Lipstick.lace.brassknuckles.wordpress.com ?

Sordide époque, ces temps-ci, en Amérique, où il ne fait pas bon étudier sur place, puisqu'il faut ajouter l'adverbe "encore" à "une fusillade sur un campus américain". Ça provoque des tonnes de questions.

Celles que je retiens pour mon carnet sont celles-ci.

Par quel média, cette nouvelle vous a-t-elle rejoint en premier?
Dans mon cas, c'est la radio, plus par hasard que par habitude, sinon je l'aurais appris dans mon journal demain matin. Et je serais le premier surpris que quelqu'un l'apprenne par Zéro Seconde. Ou par la blogosphère. Sauf peut-être par la microblogosphère --les digg-like, les FB status, les Twitter et quelques autres blogueurs accroc à la gâchette facile.

La blogosphère en général prendra le relais très rapidement, pour offrir questions et réponse, cri d'indignation ou conversation émotive, mais elle ne sera pas au centre. Mais elle jouera le rôle de soupape.

Les moteurs du web seront surchargés encore dans les prochaines heures de requêtes concernant ce drame et il y aurait fort à parier que les Google, Yahoo et AOL de ce monde ont su très rapidement que quelque chose se passait à la Northern Illinois University.

Northern Illinois University influence Google Trends

Pourquoi diable l'université a-t-elle écrit sur leur page d'accueil "Get to a safe area"?
Ma dernière réaction aurait été d'aller sur la page d'accueil de mon université. Pourquoi pensait-on que le message pouvait se rendre? Peut-être pcq là-bas, aux États-Unis, le web est beaucoup plus intégré et fiable qu'ici (combien de compagnies sérieuses d'ici ne mettent pas à jour leurs sites ou ne répondent même pas aux courriels envoyés -- ça finit par nous créer des réflexes).

C'est parce qu'il y avait un webmestre présent et qu'il considérait son site web comme un média: "the show must go on". La page d'accueil a été rapidement modifiée et devint la plaque principale pour informer le monde.

Northern Illinois University Page d'acceuil avant et après

Ce qui est étonnant, c'est que le web était apparu dans les médias dans des conditions analogues en 1995. Après le terrible tremblement de terre de Kobe au Japon, des universitaires avaient mis à jour un site pour tenir au courant le reste du monde. Mon étonnement concerne le chemin parcouru depuis 13 ans : avant on utilisait le web pour rejoindre une périphérie qui avait perdu contact, alors que le centre, lui, n'était plus en contact. Autrement dit, le site n'était d'aucune utilité localement (il n'y avait pratiquement plus d'électricité là-bas) mais était une source inestimable pour l'extérieur.

Voilà, aujourd'hui, le web est utilisé pour le local vers le local. De l'extérieur, nous pouvons observer et suivre les événements, comme sur l’holodeck de Star Trek (si vous me permettez la seule image qui me vient à l'esprit tant on se rapproche étonnamment de la science-fiction), mais c'est à une "communication locale à local" auquel on assiste.

Serait-ce une alerte RSS?
"There has been a report of a possible gunman on campus. Get to a safe area and take precautions until given the all clear." (cache) Je ne saurais dire si ce message du webmestre a réellement atteint son audience (des courriels ont aussi été envoyés), mais je vois là, dans une société fortement en "demande de sécurité", s'il ne va pas se mettre en place un système d'alerte via les nouveaux médias portatifs.

On se souvient de la tragédie du tsunami du 26 décembre 2004. Il a été discuté d'un système d'alerte distribué sur le web (un Peer-to-peer Tsunami alert) où un site de surveillance de tsunami serait mis à jour en temps réel afin d'alerter la population. Pas toute la population, seulement un certain nombre dont l'agrégateur aurait reçu une alerte RSS. Le bouche à oreille aurait fait le reste.

Il n'est plus impensable aujourd'hui que les Américains instaurent une fil d'alerte similaire qui envoie des messages tous azimuts (XML, courriel, texto, P2P, etc) pour alerter ses "abonnés". Une procédure permettrait de s'assurer qu'un maximum d'étudiants reçoit l'alerte.

Pourrait-on prévenir le pire?
Trouverons-nous des traces sur Internet qui aurait pu prédire cette catastrophe humaine? Un blogue, un forum, comme dans le cas de la tuerie au Collège Dawson à Montréal il y a un an et demi.

Comme le disait le chef des policiers arrivés sur la scène du crime cet après-midi (deux minutes après le début des coups de feu), il est impossible de complètement empêcher de telles violences.

Get to a safe area. Il n'y en a pas...

On s'en désole.
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9 commentaires:

vendredi, février 15, 2008 3:45:00 AM Fred Bird a dit...

juste pour info : j'apprends la nouvelle par zero seconde. Il faut dire que je vis de l'autre coté de l'atlantique et que j'évite la presse qu'elle qu'elle soit.

vendredi, février 15, 2008 10:04:00 AM Martin Lessard a dit...

@ Fred Bird
Ah bien, ça alors!

vendredi, février 15, 2008 10:10:00 AM Martin Lessard a dit...

Et pour mémoire.
Mon journal local préféré (Le Devoir) a traité la nouvelle ce matin dans un petit entre-filet dans la section des chiens écrasés. Si je n'étais pas à la recherche de cette information, je l'aurais manqué.

Hum, il faut croire que c'est devenu trop banal pour ne plus "faire la nouvelle"...

vendredi, février 15, 2008 11:04:00 AM Anonyme a dit...

J’espère seulement que les universités ou les écoles n’ont pas déjà des pages toutes faites, prête à être mises en ligne, au cas où …, ce qui témoignerait du caractère inévitable, ou du moins prévisible et envisageable de la chose. Les spécialistes en communication de crise vous le diront, il ne s’agit pas de savoir si il y aura crise, mais de savoir quand. J’espère que les écoles américaines n’en sont pas rendus là.

vendredi, février 15, 2008 11:08:00 AM Marc André a dit...

J'ai eu les détails sur 0 sec., mais j'avais vu le titre d'un entrefilet dans un journal gratuit lu par un autre usager du transport en commun. (Ça en dit long sur mon désilusionnement par rapport à l'état de la société que ma première réaction a été "I don't like Mondays".)

Plusieurs étudiants que je connais vont sur les sites Web de leur université avant des cours, surtout lorsqu'ils veulent s'assurer qu'ils ont le bon numéro de local, ou voir si le prof a demandé quelque chose qu'ils auraient oublié...

vendredi, février 15, 2008 11:15:00 AM Martin Lessard a dit...

@ anonyme, bon point.

La communication de crise doit effectivement prendre en compte le site web...théoriquement car dans les faits, dans une crise il y a des priorités.

Ce que je note, c'est que cette université a mis le web en haut de sa liste. Ce qui en dit long sur la place du réseau dans la société américaine.

Je ne sais si on peut en dire autant des universités de la francophone...

vendredi, février 15, 2008 11:20:00 AM Martin Lessard a dit...

@ Marc-André,
pour les détails, je suis plutôt avare.

Mais j'imagine qu'il est normale que le second contact soit le web (blogosphère ou site de news) comme dans ton cas.

Les médias trad (papier et télévisuel) auront toujours le monopole pour nous accrocher avec une nouvelle choc (et j'inclus le fait de lire par-dessus l'épaule ou de le voir dans les stands).

Moi d'ailleurs, c'était pareil. J'ai "reçu l'alerte" (sans détails) par la radio mais je me suis "informé" sur le web.

vendredi, février 15, 2008 2:10:00 PM paul a dit...

Doit on éviter d'en parler et ne pas informer ou en parler et créer une psychose qui permettra plus tard les gouvernements d'instaurer des mesures liberticides ?
Plus le temps passe, plus les textes de lois s'allongent jusque dans nos vies privées ?
N'êtes vous pas choqué par un titre de presse qui indique qu'une mère a kidnappé son propre enfant ? ça frise le ridicule !
Comme c'est progressif, on s'en aperçois moins. "1984" plane.

Maintenant pour cette tragédie aux USA, une des mesures évidentes serait de mieux règlementer la vente des armes à feu.
La violence c'est souvent une réponse à une autre violence et les mesures plus dures en sécurité & co du gouvernement Harper me fait craindre à terme les mêmes sanctions qu'au USA avec ses actes de fou désespéré dont les média de masse font la promotion et le spectacle. il manque plus la mention "Bientôt dans vos Salles de Cinema".

samedi, février 16, 2008 5:21:00 PM Anonyme a dit...

J'apprends également la nouvelle par zero seconde. Depuis
ma "migration numérique", c'est souvent par le web ou le bouche à oreille que je suis informé.

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