ZEROSECONDE.COM: Politique (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Aucun message portant le libellé Politique. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Politique. Afficher tous les messages

Plan maître de la Stratégie Culturelle Numérique du Québec

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a annoncé lundi sa stratégie culturelle numérique (PDF).


Cette stratégie laisse grande place aux recommandations venues des organismes comme la CALQ et la SODEC qui ont consulté leur base pour obtenir le vrai pouls et connaître les vrais besoins.

Le cadre de cette stratégie présenté par le ministre Kotto s'appuie sur celui que j'avais développé pour le rapport de recommandations de la SODEC (PDF) auquel j'ai participé en 2011.

Je suis heureux que cette grille tienne la route si longtemps. Aussi simple qu'elle puisse paraître, elle a l'avantage d'encadrer les diverses demandes émanent des multiples rencontres qu'avait fait la SODEC et qui allaient dans tous les sens.

Dans la synthèse rédigée avec la SODEC, nous avions trois chantiers : un pour combler le retard, un pour soutenir les forces en place, et un autre pour innover pour l’avenir.

Chaque chantier était traversé des trois axes d’interventions : enrichir l’offre de contenu, accroître la visibilité des contenus et offrir des incitatifs propices au développement du numérique.

Cette grille donne les 9 priorités que l'on retrouve aujourd'hui dans la Stratégie.



Dit autrement, on peut résumer ainsi la stratégie en 2 points, qui me tiennent vraiment à coeur.
  • Soutenir ceux qui ont intégré le numérique dans leur production (mais aider aussi ceux qui ont du retard et ceux qui veulent aller plus vite que le peloton).
  • Accroître le rayonnement dans le numérique de notre production culturelle (mais aussi à la fois retourner dans le passé pour numériser nos classiques absents du réseau et encourager l'innovation débridée qui expérimente pour trouver de nouvelles voies).
Je ne peux que constater que le gouvernement a suivi la même approche et le milieu culturel québécois doit être aujourd’hui satisfait que leurs requêtes soient ainsi bien encadrées.

Un contenu culturel qui n’est ni numérisé, ni diffusé en ligne, ni accessible sur les moteurs de recherches, ni agrégé par des sites ou sur les réseaux sociaux est un contenu qui n’existe pas aux yeux des consommateurs.

Avec tout le talent qu’il y a ici au Québec, il n'y a aucune raison qu'on ne brille pas plus sur la Toile.

Pour occuper l’espace numérique: #faire et non juste #planifier

Sylvain Carle, qui a participé aux premières rencontre de la SODEC, suggère maintenant «d'innoculer de la culture des hackers pour rendre effectif ces plans, stratégies, recommandations».

Ça commence par la création d'une liste collaborative pour que les gens commencent à livrer les solutions. Pour lui, «chaque recommandation est un "bug" qu'il faut régler».

Il a tout a fait raison et sa vision rejoint la mienne. Ce niveau de détail est évidemment trop tactique pour être intégré dans le plan stratégique du ministère présenté lundi. Mais je crois que les leviers qui permettront au Québec de développer une économie du savoir basée sur la créativité passent par toute la population.

Pour commencer à s'y attaquer, je donne ici à lire les points du plan maître de la Stratégie Culturelle Numérique.

Pour l'instant, je m'en tient aux numéros qui sont dans le document en les transformant en #hashtag*. C'est un premier début: faire en sorte que tous connaissent le plan maître.

(*MISE À JOUR: Josée Plamondon dans les commentaire suggère que les hashtags ne devraient pas être par point stratégique mais par projet. Ça tombe sous le sens. Je les garde ici tout de même, plus comme référence ultérieure pour les projets, question de savoir si les futurs projets atteignaient la cible).

À nous de jouer.

(Le document stratégique originale (PDF) du Ministère de la Culture et des Communications)

#SCNQ

#A: Enrichir l’offre de contenus culturels numériques

#A1) Rendre disponible l’offre culturelle existante

#A1a Numérisation des contenus existants
Procéder à la saisie numérique des collections, archives et autres contenus culturels québécois, notamment patrimoniaux.

#A2) Soutenir la création numérique originale

#A2a Développement de nouveaux contenus numériques
Soutenir la création d’œuvres numériques inédites destinées aux plateformes numériques Web et mobiles, ainsi qu’aux écrans des espaces publics intérieurs ou extérieurs.

#A3) Favoriser les pratiques émergentes et inédites

#A3a Expérience utilisateur adaptée et augmentée
Favoriser le développement d’outils de médiation et de personnalisation des contenus selon les clientèles, afin d’enrichir l’expérience culturelle et d’inciter la participation du citoyen à l’enrichissement des contenus.

#A2b Usage du numérique à des fins de valeur ajoutée
Développer des expériences numériques mettant en valeur les contenus non numériques à l’aide d’activités afférentes et d’expositions virtuelles.

#A2c Pôles d’innovation et partenariats
Favoriser l’innovation en soutenant les pôles d’expertise et en facilitant les partenariats.

#B: Assurer la diffusion et l’accessibilité des contenus

#B1) Intégrer les logiques émergentes de demande et de multiplication des accès

#B1a Usage accru de médias sociaux et d’applications mobiles
Développer des interfaces aux contenus culturels adaptées aux dispositifs mobiles et aux médias sociaux.

#B1b Valorisation et visibilité sur les plateformes numériques
Assurer le lien des contenus culturels avec les vitrines existantes, et soutenir la valorisation des contenus dès leur création ou numérisation.

#B2) Investir l’espace culturel global avec des contenus québécois

#B2a Optimisation de la diffusion en ligne
Soutenir la diffusion en ligne des contenus culturels, notamment au Répertoire du patrimoine culturel du Québec du Ministère et à la plateforme Web de diffusion culturelle de Télé-Québec.

#B2b Web diffusion
Soutenir la diffusion Web en direct d’événements culturels.

#B2c Regroupement des initiatives
Soutenir l’agrégation et la distribution de la production culturelle.

#B2d Approvisionnement en contenus
Favorise la diffusion à l’aide d’une stratégie globale d’approvisionnement.

#B3) Encourager la collaboration entre les acteurs d’une chaîne plus intégrée

#B3a Mécanismes de financement
Étudier l’opportunité d’adapter le financement des diverses étapes de la création, de la production, de la diffusion et de la conservation de la culture.

#B3b Collaboration, partage et connectivité
Fédérer et intégrer les fonctions culturelles pour créer des initiatives numériques rassembleuses dans différents secteurs d’activité.

#C: Créer un environnement propice au développement du numérique

#C1) Adapter les outils publics d’intervention 

#C1a Révision de lois, règlements, politiques
Voir à l’adéquation de l’appareillage législatif et réglementaire à la réalité numérique.

#C2) Assurer des conditions d’exercice adaptées pour l’ensemble des milieux

#C2a Chantier sur le droit d’auteur
Créer un lieu de concertation afin de proposer des solutions visant au respect du droit d’auteur en matière de diffusion dans l’univers numérique.

#C2b Infrastructures
Soutenir la mise à niveau des équipements des lieux culturels et leur connectivité par une aide distincte du fonctionnement ainsi que le déploiement d’infrastructures de pointe qui couvre l’ensemble des régions du territoire.

#C2c Formation et mise à niveau des compétences
Appuyer le renouvellement continu de la compétence des milieux culturels.


#C3) Favoriser une culture numérique contribuant à l’économie du savoir

#C3a Recherche et innovation
Favoriser la recherche et l’innovation en matière de contenus numériques.

#C2b La culture numérique comme levier d’une société participative
Offrir des outils de médiation éducative et des espaces virtuels de regroupement d’intérêts et d’expression citoyenne. 

--
Le document stratégique originale (PDF) est ici sur le site du Ministère de la Culture et des Communications

Changement de cycle [2] / Élites? Quelles élites?


Depuis que les médias sociaux ont retiré la conversion de la blogosphère, je me désole de voir certains débats tomber dans l'oubli, comme les larmes dans la pluie. Ce billet essaye d'en rescaper l'un d'entre eux. 

Quand le Monde du 26 décembre dernier titrait  «Élites débordées par le numérique», je n'ai pas hésité à extraire quelques lignes pour relancer l'idée qu'on ne peut pas entrer dans ce nouveau tournant historique sans avoir un plan (voir Changement de cycle / Élites hors circuit numérique).

Besoin de précisions

La notion de plan numérique n'est pas encore un concept stable, clair et précis. Je vois que deux idées doivent être développées davantage.

(1) La nature même du sens du vocable «numérique» et
(2) la définition de ce que pourraient en être les biens communs dans le numérique (si cela existe).

De ça découle, ensuite seulement, (3) une possible définition de ce que peut être finalement un plan numérique.

D'ici là, on peut commencer à lire Michel Cartier qui a bien amorcé la réflexion: Le 21e siècle numérique expliqué à nos petits-enfants.


Sur Facebook, des commentaires m'ont été adressés pour m'empêcher de penser en rond.


De quelle élite parlons-nous?

Le débat s'enclenche rapidement sur l'attribution du terme "élite numérique": les faiseurs ou les parleurs?
- Heri Rakotomalala :  Une meilleure comparaison aux élites numériques sont les industriels du 19ème siècle avec leurs machines à vapeur, centrales à charbon et chemins de fer. Sergei brin c est plus un Rockefeller qu'un Voltaire. [...] Sergey Brin, Rockfeller, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos etc. n'ont jamais eu aucune politique publique et n'ont jamais prétendu en avoir une. Ils sont des élites numériques en terme d'empire mais n'ont (et ne veulent) aucun impact social ou politique. Tout au contraire, les élites numériques sont sources d'immobilisme social. Demander à un entrepreneur tech d'aller manifester ou d'être engagé (ie avoir une opinion controversée et l affirmer publiquement), il dira non. La même chose pour Rockefeller et autres barons du 19ème.
Ce qu'Heri déplore, c'est la place qu'on peut laisser à des "élites numériques" qui ne font rien avancer de concret. Les entrepreneurs sont les véritables élites! : «[ils] ne cherchent pas à changer la société, ils cherchent à l'accélérer.» !
Francis Gosselin : [...] Croire que Brin, Zuckerberg ou Rockefeller n'ont eu "aucun impact social ou politique" et ne cherchent pas à en avoir [ne tiens pas la route]. [Francis ne pense pas qu'il faille] penser le monde comme s'il se limitait à une poignée d'entrepreneurs, [...] parions qu'entre les fondateurs de quelques startup du moment et Voltaire, c'est des philosophes dont on se rappellera encore dans 200 ans...
Je résume, bien sûr, mais savoir qui est un leader de la révolution n'est pas une mince tâche. Pas de leader identifié, pas de plan possible! D'où un besoin de définir les termes pour bien voir qui a (aura) de la pertinence maintenant (plus tard). Mais closons le débat pour l'instant:
Francis Gosselin : [...] face au jugement de l'histoire, ces accumulations incongrues de dollars basés sur d'insipides proto-monopoles, extirpés par des rentes, ne feront pas long feu. 
Sylvain Carle : Je dois dire que cette dichotomie penseurs/faiseurs est exactement le contraire de ce qu'il nous faut, comme je le disais vendredi dernier en citant Schulze: "No one cares what you do unless you think about it and no one cares what you think unless you do it."
De quel plan parlons-nous?

Le débat se poursuit sur un autre front ensuite.

Sylvain Carle, de passage aux Matinées Créatives ce mois-ci, comme nous le rappelle Francis,  a dit que les «traditions se construisent sur des décennies, voire des centenaires, et il y a peu de choses qu'une intervention top-down puisse faire pour y remédier» (sinon des crédits d'impôt très généreux, souligne Francis).
Francis Gosselin : [...] Quant à la notion, Martin, qu'il faille un "plan numérique", je récuse toutefois que ce soit d'intervention publique dont il soit ici question. [...] Tu focalises beaucoup sur les grands joueurs (aux pieds d'argile, si tu veux mon avis), en oubliant qu'il y a plusieurs leaders mondiaux au Québec [LP Maurice avec Busbud, Gesca avec La Presse+, Ubisoft Montréal et Louise Guay avec ce qui était son mannequin virtuel]. Il faut admettre que le numérique, comme toute innovation qui comme tu l'exiges soit d'ordre "planétaire", est marqué par une distribution relativement stochastique de ses gagnants avec de forts effets de "winner-takes-all". qui plus est, le pôle Californien attire ces gagnants en raison des nombreuses externalités de réseau perçues par ceux-ci, et ça, nul "plan numérique" ne pourra y pallier. 
À cette question pertinente, que peut faire un "plan numérique" face à ces forces implacables en présence? je réponds:

S'il est vrai qu'un plan "top-down", genre deus ex machina, qui s'apparenterait à une loi qui annulerait la gravité, on peut faire une croix là-dessus. L'attraction de la Silicon Valley est là pour durer. Mais là où un plan top-down, à l'échelle d'une nation, comme le Québec, est souhaitable, c'est au niveau du bien commun.

Ce qui fait un "bien commun" dans le monde numérique reste entièrement à définir. Je ne crois pas qu'il faille "laisser le marché décider seul". Il faut un contrepoids. À la révolution industrielle, les ressources naturelles sont devenues des biens communs (mal gérés parfois). Aujourd'hui, ce plan peut baliser les limites qui conservent la dignité des citoyens ou la richesse d'une nation.

Ex: données ouvertes, accès Internet, vie privée, neutralité du net, ressources cognitives, etc.

À qui ça s'adresse?

Dans les commentaires de mon précédent billet, José Plamondon ajoute:
Josée Plamondon: En cours de mandats auprès de PME (industriel et services), j'ai réalisé que le "numérique" dont on parle ici est à des années-lumières de la réalité de plus de 98% des acteurs de notre économie. Des entreprises pour lesquelles l'informatisation n'a pas apporté de solution à un problème fondamental : l'accès à de l'information pertinente, au bon moment pour prendre la meilleure décision possible. Un problème qui sévit également au sein des administrations publiques.
Les organisations qui ont pris leur place dans la nouvelle économie sont celles qui valorisent (au sens "capitalisation") l'information. Celles qui investissent uniquement dans les stratégies et les systèmes ont préféré l'apparente facilité de la mutation numérique à la transformation radicale de la culture de l'information.
Ce constat (l'informatisation n'a pas apporté de solution à un problème fondamental : l'accès à de l'information pertinente, au bon moment pour prendre la meilleure décision possible) se traduit pour moi ainsi: le numérique n'est que du bruit. La logique sous-jacente ne serait que pure stratégie aléatoire. Ça me semble grave.

Des liens pour penser plus loin

Via Jon Husband

Beyond the Information Revolution, de Peter Druckeroct, The Atlantic, octobre 1999
www.21siecle.com, les synthèses de M. Cartier sur la technologie, l'économie et la société et aussi nouveaumonde2.com

Via Sylvain Carle

What peer progressives really believe, de Steven Berlin Johnson
Present Shock, de Douglas Rushkoff
Where Wizards Stay Up Late: The Origins Of The Internet, de Katie Hafner et Matthew Lyon
The Wealth of Networks: How Social Production Transforms Markets and Freedom, de Yochai Benkler
blog.p2pfoundation.net, son blogue incontournable pour penser "internet et société"

Pour mémoire: 

La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont déposé leur plan numérique. L’Europe, comme un tout, s’est dotée aussi d’une stratégie numérique. Des villes comme New York ne sont pas en reste. Même le sénat canadien possède un rapport sur la question.

#planQc

Changement de cycle / Élites hors circuit numérique


Après l’agriculture et l’industrialisation, nous sommes dans la troisième grande révolution que l’humanité a connue, pour reprendre le titre du livre de Toffler. 


Dans le Monde d'aujourd'hui (26 déc 2013): à propos des «élites débordées par le numérique»:

 « A la différence du XVIIIe siècle, où Voltaire et Rousseau (fait prisonnier pour l’un, conspué par le système pour l’autre) étaient très connectés et ont produit des thèses qui ont eu un écho dans la société, les livres équivalents sur l’époque actuelle ne sont pas encore sortis. Cela va sûrement passer par les réseaux sociaux, qui vont produire ce qui est invisible aux yeux des élites. De là surgiront les intellectuels qui vont donner des mots au monde qui vient. »

Pour sa part, Lyonel Kaufmann, dans son blogue, relève plutôt dans un autre article du Monde (« L’écart entre gouvernants et gouvernés atteint un maximum »), que:

« [Les] liens numériques massifs entre citoyens internautes donnent l’impression que la volonté collective de faire société est davantage assumée par les gens ordinaires que par les élites, qui sont proprement débordées. (...) Le mot qui rend le plus objectivement compte de la situation est bien celui d’« oligarchie » : le gouvernement d’un petit nombre dont les autres doutent qu’ils soient les meilleurs (par opposition à l’aristocratie). [...] On peut imaginer que l’essor mondial d’une société numérique va servir de contre-pouvoir. C’est en tout cas une réalité sur laquelle les élites risquent fort de se casser le nez.»

Le numérique est bien plus que le simple écoulement de marchandises informatiques en ligne durant le temps des fêtes.

Il y a un ministère pour l’agriculture et il y a un ministère pour l’industrie, tous deux chargés de la politique adaptée aux deux premières grandes révolutions de l'humanité.

Et la troisième révolution en cours?

Les nations qui ne négocient pas bien leur entrée dans le numérique se verront colonisées par les forces qui sauront dominantes dans le numérique.

« Il suffit de se rappeler le sort de la Chine au 19e siècle. Cette nation, jusqu’alors de loin la plus riche et la plus puissante, refusa l’industrialisation : elle devint bientôt une proie pour les pays industrialisés », rappelle l’économiste français Michel Volle.

Ne prenons que trois exemples :
  1. Où les tablettes que vos concitoyens vont acheter en masse durant le temps des fêtes ont-elles été imaginées, designées, conçues?
  2. Qui prend son pourcentage quand les créateurs de chez vous déposent livres, films, applications sur une plateforme numérique?
  3. Qui harnache et profite de notre présence en ligne, de nos likes, de nos commentaires, de nos humeurs? En d’autres termes, essayez de voir, pour votre coin de pays, qui possède les leviers de cette nouvelle économie et vous saurez qui dominera demain...
#planQc

Suite: Changement de cycle [2] / Élites? Quelles élites?

[M2 #4] La rupture numérique (avec M. Cartier)

Ce n'est pas anodin. Nous venons de passer le plus grand changement récent dans l'histoire de l'humanité.

Quatrième balado. Nous vous amenons cette fois-ci dans l'antre de celui que l'on a nommé le Grand-père du multimédia au Québec, Michel Cartier, professeur à la retraite, qui a enseigné longtemps les communications et formé toute une génération à la société qui s'en venait.



Hypothèses pour un futur déjà en place

Nous basculons vers l'inconnu, un monde où l’accès à la connaissance est ubiquitaire, tapissé d’écrans et d’objets intelligents, noyé dans un tsunami en temps réel d’informations non validées a priori. Comment allons-nous pouvoir apprivoiser la vie dans une telle société? Michel Cartier a analysé les signes de cette rupture et cherche à nous donner un cadre cohérent pour expliquer ce qui nous arrive.

Allez sur iTunes pour vous abonner à toute la série M2 ou écouter juste cette émission:

M2 #4 ::  La rupture numérique, entretien avec Michel Cartier (balado #4)

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

Qu'est-ce que M2?

M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.

M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.

Abonnez-vous sur iTunes ou directement sur le fil XML (feedburner) de l'émission,

Pour accéder à tous les billets qui touchent la balado M2, cliquer ici

#Internet + #BigData = Big Brother

La plus grande démocratie du monde espionne ses propres citoyens à une échelle inégalée. Bravo, USA. Maintenant ça confirme qu' #Internet + #BigData = Big Brother

Les atomes des pixels de mon dernier billet sur Triplex n'étaient pas encore stabilisés en ligne qu'un scandale d'une ampleur inégalée a détourné le sens de ma première phrase: «La Maison-Blanche à Washington a le mérite de mettre ses priorités à la bonne place.»

Alors que mon billet était axé sur la cybersécurité inter-état et sur l’espionnage commercial par Internet, sujets de discorde entre la Chine et les États-Unis (où évidemment, dans le rôle des vilains, se trouvent les Chinois) voilà que l'actualité inverse totalement le sens des enjeux de cybersécurité.

La plus grande démocratie du monde joue au Big Brother avec ses propres citoyens !


Une agence de sécurité américaine espionne tous, je dis bien tous, t-o-u-s, tous les abonnés du plus grand service de téléphone au pays!

Je vais le reformuler comme le titre de l'article du Guardian qui a déterré le scandale: Le National Security Agency collecte toutes les données téléphoniques de millions d'Américains, quotidiennement.

Une note pour ceux qui lisent en diagonale: je n'ai pas écrit "de millions de terroristes", j'ai écrit "de millions d'Américains". Indistinctement. Juste parce qu'ils sont abonnés à Verizon.


Par où le scandale est arrivé

L'article qui a tout dévoilé se trouve ici:  (The Guardian) Verizon court order: NSA collecting phone records of millions of Americans daily

L'ordonnance secrète du 25 avril qui force Verizon à trahir tous ses abonnés est ici: Verizon forced to hand over telephone data – full court ruling

Le NSA a un accès illimité aux données concernées, pour une période comprise entre le 25 avril et le 19 juillet. «Les données comprennent le lieu, la date et la durée des appels nationaux et internationaux, ainsi que les numéros de téléphone qui y ont participé. L'agence n'a, en revanche, pas connaissance du contenu des conversations.» (Le Monde)

Prenez vos paris. Quand allons-nous apprendre que les autres réseaux de télécommmunication sont sous une ordonnance similaire?

2013, 1984, même combat

Il peut être justifié qu'un service secret de sécurité fasse des choses secrètes dans le cadre de la sécurité de l'État (sinon on n'appellerait pas ça Service Secret de Sécurité). Mais il semble que les lois en place, dont notamment le Patriot Act, permettent à tous les petits potentats des services secrets, et probablement au chef de l'État lui-même, de jouir de pouvoirs qu'Orwell imaginait dans son livre 1984.

Les données recueillies dans le scandale d'aujourd'hui permettent de faire un "Social Graph", grâce au Big Data. La teneur des contenus téléphonique n'est pas connue, mais il est possible de faire une carte des liens entre les personnes comme on fait une carte des noeuds sur un réseau.

Si le faire pour le téléphone est maintenant possible, imaginez sur Internet! (voir la liste des mots "interceptés").


Malheureusement, en demandant d'espionner tout le monde, sans distinction, la première démocratie vient de discréditer tous les cyberoptimistes. Dorénavant, la technologie connectée signifie perte de vie privée, limite des droits et surveillance. Tout réseau devient suspect!

Si ça arrive dans un pays qui représente la quintessence de la démocratie, imaginez ce que les compagnies techno + telco fournissent comme données dans les oligarchies autoritaires dans les coins sombres du monde.

Pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour trouver des ordures, il y a probablement déjà dans votre coin de pays, quelqu'un qui vous espionne. (C'est tellement facile sur Internet. On le savait, mais on imaginait encore que dans une démocratie on le ferait avec distinction...)

Et si ce n'est pas le cas, de toute façon, tous les services en ligne que nous utilisons sont américains, ou sont hébergés chez les Américains, ou passent par leur territoire. Nous sommes tous Américains, comme l'écrivait Le Monde le lendemain du 11-Septembre.

Quelle ironie! 12 ans plus tard, c'est vrai, mais plus par solidarité devant l'adversité. Par le réseau.

[Mise à jour 1 : Suite à une discussion avec Claude Théoret sur Facebook, j'ai ajouté les références dans le texte permettant de lier l'abus de #Verizon avec abus sur #Internet. «Tout réseau devient suspect!» + lien vers les mots-clés "interceptés" sur les médias sociaux et le web en général.]

[Mise à jour 2 : Pour éviter l'amalgame facile Big Data = Big Brother, je précise que le Big Data (de type white hat) permet d'éviter les faux-négatifs (une grande quantité de données permet de filtrer plus finement, et donc de faire moins d'erreur de diagnostic. Même si ça peut faire peur). Mais avec le coup de Vérizon, le Big Data devient black hat et sert à ficher/profiler tout le monde...]

«C'est vrai, je l'ai vu»

La "Conversation visuelle" est le nom d'une conférence de Martin Ouellette, l'esprit libre qui propulse l'agence Commun. C'est aussi un concept qu'il propose à l'ère du visuel tous azimuts: quand les mots ne suffisent plus, les images prennent le relais. C'est ce qui se passe à #OccupyGezi

Je vous laisse le regarder, car ce serait dommage de résumer en mots ce qui relève du visuel.

 

Martin relance l'idée de l'image publicitaire en lui donnant une twist très médias sociaux. Les gens n'ont pas toujours les "mots pour le dire". Alors ils pointent du doigt par image: «c'est ça!». Ils peuvent aussi «converser avec des images». Plus que jamais, l'image sert à passer des messages.

On pourrait penser qu'il ne fait que revêtir de nouveaux oripeaux au concept classique de l'image publicitaire.

Ce qui me semble l'élément central de son concept tient dans cette expression: «C'est vrai, je l'ai vu». Si je le vois, je le crois. Pour un peuple d'incrédules à la Saint-Thomas, Instagram, c'est la réalité.



Stratégiquement, c'est la raison pourquoi on voudrait faire de la "conversation" + "l'image", c'est-à-dire de la «conversation visuelle»: parce que la crédibilité passe aujourd'hui passe par le visuel, mais aussi par le nombre et non plus (juste) par une autorité.

"Instagramiser" ne veut pas dire "Une image vaut 1000 mots, version 2.0"

Non, ça veut dire "1000 images ne peuvent mentir".



Le nombre fait foi

Selon les époques, certaines formes de communication décrivent plus adéquatement la réalité du monde. Le 19e siècle comptait sur l'écrit: la grande presse et ses reportages. Le 20e siècle proposait l’image photographique: c'était «objectivement» plus vrai à travers un "objectif".

Au 21e siècle, avec une société de plus en plus au fait des manipulations médiatiques et des exploits de Photoshop, nous voyons progressivement dans la multiplication des sources une façon de vérifier un événement.

Probablement qu'il est difficile de se faire une idée de ce qui se passe à Istanbul et en Turquie en ce moment, mais avec les réseaux sociaux, et la multiplicité des sources, il est possible de se faire une idée de ce qui se passe. Avec les médias de masse? Impossible si vous êtes seulement nourri d'un entrefilet d'Associated Press en page 37 ou avec des images de gaz lacrymogène pendant 10 secondes au TJ.



L'image regagne sa crédibilité par le nombre de sources. Les médias sociaux sont au cœur de la contestation en Turquie (lien audio sur Soundcloud) comme le rappelle Alain Gerlache sur RTBL.

L'image au coeur du flux

Les organisme qui veulent crédibiliser une caractéristique de leur produit/service/événements (c'est bon, c'est beau, c'est cool, c'est populaire, c'est...) vont alors tenter de le faire par la «conversation visuelle».

Stratégiquement, ce n'est pas dans le choix ou la création d'images que se trouve la valeur du concept de "communication visuelle" mais bien dans la réflexion stratégique de vouloir "imager quelque chose qui ne se dit pas".



En marketing, si votre produit est le fun, laissez vos clients le montrer (et peut-être que je vais l'acheter). Si votre personnel est joyeux, montrez-le-moi (et je vais peut-être vouloir travailler chez vous).

Le visuel est peut-être le langage le plus adapté au flux permanent du «maintenant» médiatisé dans les réseaux. Le texte, c'est pour les archives!

On n'a pas attendu Martin Ouellette pour mettre des images dans nos pubs, nos événements, etc. Mais on sait maintenant pourquoi c'est important: «C'est vrai, je l'ai vu».

À voir : Conversation visuelle par Commun sur Vimeo.

Note: Martin y croit tellement qu'il offre à la première marque de CPG, de produit de consommation courante, un essai gratuit. À qui la chance?

À lire sur Zéro Seconde, dans la même veine, où je m'interrogeais sur les nouveaux types de communication de masse :



Bilan du plan France Numérique 2012

Pour mémoire, puisqu'on parlera du plan numérique québécois dans les prochains jours, je poste ici quelques belles réussites du plan «France Numérique 2012» (PDF) mis en place en 2008.




Ce plan prévoyait 154 actions concrètes, et 80% ont pu être mises en œuvre selon le site officiel du Ministère de l'économie.

Les plus significatives réussites sont :
  • L’accès universel à Internet haut débit, pour moins de 35 euros par mois équipement compris, qui est désormais effectif sur l’ensemble du territoire.
  • Le haut débit et le très haut débit mobile : 95% des Français ont désormais accès à l’Internet mobile haut débit.
  • L’amélioration de la gouvernance de l’économie numérique, avec la création du Conseil National du Numérique

Le prochain plan numérique vise 2020 comme échéance et touchera ces points:
  • La fracture numérique -- surtout les personnes connaissant des difficultés sociales, un handicap, ou des territoires enclavés ;
  • Protection des données personnelles et de la vie privée ;
  • Neutralité d’internet ;
  • Cloud computing ;
  • Amélioration de de l'écosystème du numérique, pour stimuler les initiatives, soutenir l’innovation, et accompagner les entrepreneurs.

Les quatre priorités stratégiques pour 2020
  • Permettre à tous les Français d’accéder aux réseaux et aux services numériques ;
  • Développer la production et l’offre de contenus numériques ;
  • accroître et diversifier les usages et les services numériques dans les entreprises, les administrations, et chez les particuliers ;
  • Moderniser la gouvernance de l’économie numérique.

Les 6 demandes du plan numérique pour le Québec


Enfin, c'est lancé! Voici une amorce d'un plan numérique pour le Québec d'aujourd'hui!

Envoyé sous forme d'une lettre d'opinion aux 4 dirigeants de parti, Mme Pauline Marois, M. Jean-Marc Fournier, M. François Legault et Mme Françoise David et aux journalistes, et écrite par  Mario Asselin, René Barsalo, Michelle Blanc, Cyrille Béraud, Sylvain Carle, Michel Cartier, Monique Chartrand, Michel Chioini, Jean-François Gauthier, Vincent Gautrais, Hervé Fisher, Claude Malaison et Monique Savoie.

Les  13 «étonnés» dénoncent du Québec d'aujourd'hui : un grand retard  et une inaction du gouvernement Québécois sur le plan numérique. Ils formulent 6 demandes. Attendez-vous à plus de détails éventuellement, mais pour l'heure, il est temps de faire le premier pas...

Nos six demandes

• Créer une Agence du numérique qui relèverait de l’Assemblée nationale (comme la Société Hydro-Québec qui a pour mission de gérer toutes les questions énergétiques). Cette agence relèverait du Parlement et devrait transcender les partis politiques et le pouvoir exécutif.

• Co-construire un Plan numérique avec l'ensemble des acteurs et la population de toutes les régions du Québec, capable de développer à la fois l’économie, la culture et les savoirs, dans notre société qui doit s’adapter, comme toutes les autres, au XXIe siècle.

• Créer un Conseil national du numérique qui serait formé des représentants reconnus de l'ensemble des secteurs d'activités et de la société civile. Il serait obligatoirement consulté par le Parlement et les ministères pour toutes questions concernant le développement du numérique sur le territoire québécois. Nous pensons au modèle du Conseil supérieur de l'éducation à l'intérieur de la Loi sur l'instruction publique...

• Créer un forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement, soutenu par celui-ci et une fondation par exemple, avec une gouvernance assurant sa neutralité. Un modèle inspirant : NESTA en Angleterre ou http://www.worldwatch.org/

• Investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances.

• Investir aussi dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse (100 Mb symétrique et plus) et gérer selon les règles "OpenAccess" afin de rendre nos infrastructures interopérables, ouvertes et performantes pour communiquer entre nous et avec l'ensemble des pays avec qui nous entretenons des relations politiques, sociales et économiques.
On digère et on en reparle la semaine prochaine, un point de presse est prévu par ces 13 "étonnés" jeudi!

(Mise à jour: juste pour mettre un peu plus de contexte, voici un billet de 2010 à propos du même sujet. Ça ne date pas d'hier)

Twitter en temps de guerre


Jeudi j'ai écrit sur mon autre blogue, qu'on pourrait s’attendre normalement à ce que des opérations militaires soient lancées dans le plus grand secret, mais que ce ne semble plus être le cas avec le Tsahal et son opération #PillierDeDéfense.

La logique de la propagande semble plutôt aller très bien avec la « transparence » du «web 2.0»

L’armée israélienne avait invité les gens, dans leur communiqué de presse au tout début de l'offensive,  de suivre  « à la source »  le déroulement des opérations et on n'est pas déçu: leur compte Twitter et Facebook était mis à jour avec les derniers développements et indiquant même qui était la cible visée (Ahmed Jabari pour ne pas le nommer).

Comble de transparence, le gestionnaire de communauté a mis sur YouTube une courte vidéo de 10 secondes (elle a été retiré depuis) où on voit la voiture du chef de la branche militaire du Hamas littéralement exploser sous nos yeux.




Je dis "gestionnaire de communauté", mais je me demande si le terme dans dans ce contexte ne cache pas plutôt un "relationniste de presse" ou même un "agent de propagande". Les cyniques diront qu'il n'y a pas de différence.

En temps de guerre, Twitter ou pas, la vérité est toujours la première victime...

N'empêche. Du côté palestinien, ils ont a réagi rapidement en créant un mot-clic #GazaUnderAttack  et Israël ensuite réagi en créant un autre mot clic #IsraelUnderFire pour lister toutes les roquets que le Hamas leur envoi sur la tronche.

Twitter offre une puissante façon de vivre le conflit en direct. Les deux côtés comptent sur le fait que, dans le feu de l’action, les gens vont s’indigner et prendre leur parti.


La pompe à propagande est amorcée, car il n’y aucun moyen de savoir si les faits de parts et d'autres sont réellement dus aux attaques récentes ou non...

C’est une réelle guerre de l’opinion publique se joue dans ces échanges par médias sociaux interposés. Maintenant, les acteurs militaires eux-mêmes sont conscients d’utiliser les médias sociaux comme arme de communication massive!

Il y a sur le web, des gens qui suivent ces "scoops", qui se tiennent informé «à la source même». Les belligérants s'adressent à eux. On ne peut juste qu'espérer qu'ils soient assez éduqués pour faire la différence entre une vraie information et de la propagande...

Twitter, dans ce cas, n'est qu'un simple tuyau. Mais être en ligne en premier permet de répondre et d’orienter les discussions, car on peut introduire le « bon vocabulaire » (qui est un terroriste, qui est une victime) et on peut pointer vers des documents de références.

Et vous qu'en pensez-vous? Est-ce que la guerre via les médias sociaux peut aboutir à quelque chose? Est-ce que les gens liront vraiment ce qui est diffusé ou se cantonneront-ils dans leur position? Être le premier à live-tweeter une attaque que l'on commet change-t-il quelque chose?

Plus d'info: La guerre par médias sociaux interposés sur Triplex

«Lendemain de veille médiatique»

Stéphane Baillargeon nous partage une bonne réflexion ce matin dans le Devoir en page A7.

Intitulé «Lendemain de veille médiatique» (accès membre seulement), il donne à chaud sa vision des médias en ces temps troublés. Encore une fois, les médias ne semblent plus tout à fait en phase avec la société. Une inquiétude pointe.


En gros:

1- Les médias ne prédisent pas l'avenir: aucun analyste, chroniqueur, éditorialiste, commentateurs n'avait vu venir le tsunami orange l'an passé, ni la résistance du PLQ hier. Même les sondages sont dans le champ. Le morcellement des votes et les votes "stratégiques" changent la donne.

2-Les médias ne valent pas mieux que le système [politique]: Aussi injuste que le système électoral, les débats télévisés ont laissé (ou tenter de laisser) de côté des porte-paroles de parti tiers qui font, pourtant, 7,8,9%. À l'identique du système qui permet à un parti avec 30% des voix de prendre le pouvoir.

3- Les médias ne suivent pas le présent: alors que ces élections ont été précipitées par le printemps érable de la crise étudiante, cet enjeu n'a quasiment pas été un sujet de débat et n'a surtout pas été du tout central à la campagne.

4- Les médias ne changent pas le monde, sauf que: la campagne a mobilisé près d'1 nouvelle sur 5 au Québec. Cette couverture monomaniaque a permis de faire sortir le vote, mais montre plus une fracture entre les éduqués [ceux qui lisent, s'informent] et les désoeuvrés, les exclus, les désabusés.

Il y a probablement bien des nuances à apporter:
  •  L'écosystème des médias avec son arrimage plutôt réussi avec les réseaux sociaux doit encore trouver un équilibre (financier, éditorial, social), ce qui est loin d'être simple.
  • Le rôle des mass-médias en démocratie (journalisme, information) ne me semble plus aussi clair dans un monde de surabondance d'information (et de désinformation).
Or j'ai l'impression que l'auto-flagellation a ses limites. Il faut peut-être que la politique change pour intégrer davantage les outils numériques et entrer au 21e siècle. Alors là, le nouvel écosystème médiatique trouvera peut-être un terrain fertile et s'épanouira au lieu de continuer à ne plus finir de dégringoler...

Pourquoi je vote

Le DGE (Directeur général des élections du Québec) fait une campagne de promotion tout azimut en ce moment pour encourager le vote (des jeunes surtout) pour l'élection en cours.




J'ai participé à une de leurs campagnes où on nous demande d'expliquer la raison pourquoi on devrait voter. Je n'y vais pas par quatre chemins.

La voici:

Plus d'informations : pourquoijevote.qc.ca et monvote.qc.ca/fr

Bien entouré

Je suis bien entouré dans cette micro-campagne qui débute aujourd'hui. Le DGE a demandé à trois autres blogueurs de renom, comme mon collègue Benoît Descary:

Et Gab Roy


Et Julie Desormaux

N'hésitez pas à faire partager ces vidéos dans vos réseaux! Les études montrent que la façon la plus sûr de faire voter quelqu'un qui ne sait s'il va voter ou non est d'être soi-même convaincu d'aller voter. Partagez vos convictions pour la démocratie.

Élection Québec 2012 et Twitter

Depuis le printemps érable, à l'automne 2012, ce soulèvement estudiantin québécois qui a dégénéré en une indignation populaire (et qui trouve son aboutissement dans l'élection  actuelle), la montée des médias sociaux, et de Twitter en particulier, a suscité une question qui revient de plus en plus dans les médias: est-ce que ces élections québécoises seront 2.0?

J'avais commencé à répondre à la question sur mon autre blogue, Triplex : pour un politicien, être présent sur les médias sociaux, ça représente des risques, mais aussi des avantages car il peut créer un lien direct avec la population, par delà les journalistes, relais traditionnels.

Est-ce que ça fera de cette élection une élection 2.0? Non. Il ne suffit pas d'ouvrir un compte Twitter au déclenchement des élections pour qu'elle devienne «2.0».

Surtout si on ne compte l'utiliser que comme une extension des communications traditionnelles (communiqué de presse, langue de bois, unidirectionnel descendant), on reste en fait davantage dans le domaine de la communication que de la politique.

S'il y a du «2.0», ça serait alors du «média 2.0». 

Mais c'est tout de même déjà ça de gagné.

Le mythe du temps perdu

Pour être présent sur les médias sociaux, certains politiciens doivent surmonter la crainte viscérale de paraître trop "suiveux" (on se fait reprocher d'utilsier le dernier gadget à la mode) ou pas "sérieux" (Twitter serait le grand frère du SMS, canal qu'on reproche de créer des décérébrés).

Pour vous donner une idée de la pression qu'ils peuvent ressentir, voici ce qui a été publié dans le courrier des lecteurs du Devoir, lieu où on se dit les «vraies affaires»:
«Pour être un hyperactif de Twitter, comme des dizaines de personnes qui gravitent dans la sphère politique en sont, il faut y mettre un nombre d’heures tel que la conséquence très probable de cette implication est de couper les utilisateurs d’une réalité politique et sociale beaucoup plus nuancée et certainement moins dramatique que les bombes qu’elles tentent de faire exploser à tout moment. »
Ludovic Soucisse - finissant à la maîtrise en science politique à l’Université Laval (ses recherches portent essentiellement sur la couverture médiatique de la politique au Canada et au Québec.)
Source
Au lieu de «hyperactif de Twitter» il aurait pu aussi bien choisir «boulimique» ou «accro» que l'effet aurait été le même. L'auteur entretient l'idée qu'être sur Twitter, c'est nécessairement prendre beaucoup de son (précieux) temps qui pourrait être utilisé à meilleur escient. 

Si on met «un nombre d'heures» à gazouiller, c'est nécessairement au détriment d'autres activités à son agenda, non?. C'est un jeu à somme nul, non?

Non.

Il est impossible de mettre «des heures» à écrire des gazouillis. À coup de 140 caractères, on met au mieux 1 minute à écrire sa pensée. Pas question ici de sortir un aphorisme nietzschéen, bien sût. On parle de recopier une pensée qui nous traverse l'esprit.
Si on sort 60 gazouillis par jour, on atteint une heure en temps continu. Mais est-ce une heure de perdue? Est-ce que réellement le politicien a arrêté un discours, un interview, une réunion pour se mettre à gazouiller? Non, il a rempli ces moments morts qui se trouvent tout le long de sa journée (dans le taxi, l'autobus, avant le début d'un discours). 

Il a augmenté la quantité de choses qu'il a faites dans son agenda. Il a rempli les petits interstices de son agenda pour justement commenter son implication politique et la réalité qu'il vit.

«Coupés de la réalité»?

Ceci dit, il est vrai que la «réalité politique et sociale [est] beaucoup plus nuancée» comme l'auteur du courrier des lecteur le dit si bien. Mais à ce compte, toute médiation est une trahison. Les journalistes aussi réduisent les nuances de la vraie vie politique et sociale pour entrer dans les contraintes de temps ou d'espace de leur médium.

Si on persiste à penser qu'on peut faire une couverture journalistique ou un discours politique en 140 caractères, il y a évidemment de quoi s'inquiéter. La limite d'espace sur Twitter s'apparente davantage celle d'un titre d'article ou d'un mot d'esprit. 

J'écrivais dans le même billet sur Triplex que gazouiller est devenu une extension de l’agora, ce lieu de rassemblement et d’échanges. Les échanges sont un point de départ de la politique. Verra-t-on deux politiciens débattre sur leur compte Twitter? Si on a en tête un dialogue entre Bernard Pivot et Umberto Eco à Bouillon de culture, il y en aura quelques-uns qui seront déçus évidemment. Il faut accepter simplement que ce soit un bref échange, entre deux personnes.

Twitter, média d'interpellation et arène romaine

Si on veut qu'il y ait un véritable débat, il faut que ça se poursuive ailleurs. Twitter est un déclencheur, un média d'interpellation. Pour qu'il y ait des élections 2.0, il faut donc tout un écosystème pour que la conversation se poursuive (dans un forum, une liste d'envoi, un blogue, une interview, etc.). La pensée en profondeur ne se fait pas sur un seul gazouillis, mais elle y mène pour peu qu'on y ajoute un hyperlien. 

Au mieux la twittosphère est une arène romaine où les spectateurs votent avec leurs pouces sur le sort des gladiateurs. Si on s'en tient au spectacle, ce ne sera que du pain et des jeux. Si le débat se poursuit dans les gradins, alors là on commence à changer.

«Politique autrement»?

On parlera d'élection 2.0, de politique 2.0 et de démocratie 2.0 (qui sont trois concepts différents) quand les choses se feront «d'une nouvelle manière» (à commencer par cesser de mettre des «2.0» partout).

Nous sommes loin de voir les politiciens converser avec son électorat (pour justement faire ressortir toutes les nuances de la réalité politique), faire remonter des idées de la base (et ce, en tout temps et non 1 fois tous les 4 ans), repenser la représentativité (qui dépasse largement le fait d'être sur une liste électorale).

Cette fois-ci «n'est pas la bonne». Ce ne sera pas une «élection 2.0». Et ce n'est pas grave. 

Nous ne sommes pas dans un pays gros comme les États-Unis où Obama a effectivement intérêt à utiliser les nouveaux canaux de façon massive. Une petite nation est déjà un réseau social et les réseaux socionumériques ne remplacent pas aussi essentiellement les relations de proximité qui sont perdues quand on est un "pays-continent".

Cette fois-ci ce sera plutôt une poursuite de l'intégration des médias sociaux aux médias traditionnels, mais avec une sauce politique.

Les politiciens apprivoiseront la communication sur ces nouveaux canaux, mais ce sera une minorité. Ceux-là vont tenter de gérer l'agenda médiatique, peut-être à coup de "bombe", peut-être par du "salissage 2.0". Je souhaite que non -- une grenade, même en gazouillis, peut toujours nous exposer à la figure.

La twittosphère est un lieu pour la société civile et les politiciens auront fort à faire pour s'y trouver confortables. Ça va venir. Mais pas en 35 jours.

Le bras politique de Wikipédia?

La confiance collective que nous portons en l'encyclopédie ouverte qu'est Wikipédia lui donne un certain pouvoir auquel on ne s’attendait pas. J'ai effleuré le sujet vendredi sur le blogue Triplex de Radio-Canada (Le pouvoir d’une encyclopédie). Reprenons un tout petit peu plus en profondeur ici.


Mon petit clin d'oeil à Diderot, D'Alembert et Wales
C'est partie d'une nouvelle de la semaine passée.

On apprenait que la partie russe de Wikipédia avait fermée pendant une journée pour protester contre l’initiative du gouvernement russe de censurer Internet dans le pays (en permettant de censurer et de fermer tout site Internet jugé « illégal » en créant une liste noire, à la manière du gouvernement chinois). 

Ça nous rappelle cette fermeture partielle de Wikipédia (anglais), en janvier, en protestation contre le projet de loi SOPA. 

Or, le fondateur du site, Jimmy Wales a répété jeudi dernier que l'encyclopédie n’hésiterait pas à recommencer, s’il le faut, pour protéger l’accès libre à l’information en ligne que menacent ces multiples lois gouvernementales qui tentent partout dans le monde de museler Internet. 

Il Elle a donc recommencé en Russie. (MàJ Voir note pour la correction)

Sans vouloir exagérer la portée politique de ce geste, il me semble que nous avons là, tout de même, un rapport de force intéressant entre les gouvernements et l'encyclopédie qui n'est pas anodin. 

Wikipédia continue-t-elle un combat commencé quelque deux cent cinquante années auparavant?

Savoir, c'est pouvoir 
Le projet d'encyclopédie, tel que conçu par Diderot et d'Alembert, avait un but résolument révolutionnaire. Le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, publié entre 1751 et 1772, offrait des définitions de mot qui avaient une connotation politique et s'inscrivait dans la révolution intellectuelle de l'époque, les Lumières. 

Le XVIIIe siècle a été marqué par un rationalisme venu du renouveau philosophique, une pensée axée sur la raison (qui doit beaucoup à Kant et à Descartes). On s'accorde à dire comment cette encyclopédie a préparé la Révolution française de 1789 en tentant de changer la façon dont les gens pensent.

La filiation avec Wikipédia que je vois tient surtout au rôle qu'une encyclopédie peut jouer dans la sphère politique. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'encyclopédie qui se soit approchée autant de la scène politique que Wikipédia depuis celle de Diderot et d'Alembert.

Touchez pas à mon encyclopédie
Quand des projets de loi touchent directement la neutralité et l’accès aux contenus en ligne, Wikipédia se réserve maintenant le droit de réagir et de faire enrager des millions d’utilisateurs en bloquant l'accès à son contenu pendant une journée.

Il est possible ainsi de faire passer un message à tout un pan de la population qui est justement très sensible à l’accès et à la diffusion des savoirs. Quand Wikipédia ferme, c’est le spectre de la noirceur qui s’annonce. Aucun gouvernement d’un pays démocratique ne souhaite ce genre de publicité.

Je concluais ainsi dans mon autre billet: « "Du pain et des jeux" , disait-on en haut lieu pour conserver la quiétude dans la cité. Faudra-t-il bientôt ajouter : " …et Wikipédia?" »

Il me semble encourageant que retirer l'accès à une encyclopédie devienne un "sujet chaud" socialement parlant. Que retirer l'accès à la connaissance soit un irritant majeur est en soi un signe de bonne santé démocratique!

Je sais, donc je suis
On pourra penser ce que l'on veut de Wikipédia,  mais en tant que fille du web, et donc devant la surabondance des informations et des savoirs en ligne, elle reprend les réflexions qui avait déjà court à l'époque de l'Encyclopédie et Diderot et d'Alembert à propos de l'hiérarchie des connaissances, de son accès et de son partage.

À la manière des encyclopédistes, les wikipédistes confrontent aussi un certain ordre des choses. Peut-être pas comme l'auraient fait les philosophes de l'époque (et surtout pas de façon aussi anonyme et collective que pour Wikipédia), mais en rendant accessible une connaissance du monde, du très scientifique au plus trivial, on voit une société civile qui s'autonomise davantage par rapport à la sphère politique.

Souffrir pour savoir n'est plus une fatalité
Les détracteurs de Wikipédia, et a fortiori de ce billet vantant un certain pouvoir politique pour cette encyclopédie en ligne, me semblent en général tomber dans deux a priori qui les empêchent de bien apprécier sa portée.

Leurs deux objections n'ont plus cours en cette ère de surabondance d'information et d'ubiquité de l'accès:

A) il faut de l’effort pour apprendre, de la peine et de la fatigue pour assimiler
B) on apprend qu'avec les maîtres, en les imitant, et avec du travail, par l’expérience

La proposition païenne de «tout savoir en un clic» heurte leur sensibilité héritée du judéo-christianisme.

Le travail d'apprentissage doit être laborieux et solitaire, corvée dont le fruit doit se mériter dans la douleur et la culpabilité, lots des Hommes hors de l'Eden.

C'est à mon avis une façon révolue de concevoir l'accès et l'assimilation de la connaissance.

La compréhension est, quant à moi, d’abord et avant tout, un acte intersubjectif. Le réseau a drastiquement réduit la difficulté d'accéder au savoir et de le partager.

Wikipédia n'est pas seulement une accumulation d'information, c'est aussi un contexte nouveau. Elle radicalise la simplification et la démocratisation des savoirs. Elle offre une rapidité et une facilité de consultation des liens qui mène à une autonomie de jugement pour celui qui explorent ces liens.

Ce jugement vient moins des "idées révolutionnaires" dans le texte, que de la liberté de penser par soi. 

«Je décide quel article lire, quand et comment. J'y fait mes propre ajouts au besoin -- ou du moins je sais que j'en ai la possibilité. Avec Wikipédia, je trouve la réponse à des questions d'ordre général (et même particulier) qui fait de moi un citoyen plus éduqué, donc plus impliqué»

Fermer Wikipédia est un retour en arrière pour ces gens. Et ce geste politique, cette fermeture, en le confrontant à un projet de loi, au USA ou en Russie, montre quel retour en arrière leur est potentiellement proposé par un gouvernement.

Le bras politique de Wikipédia fait ses premières musculations. Le temps dira s'il peut faire à répétition de tels bras de fer...

---

Je suis bien curieux de connaître ce que vous inspire cette piste de réflexion.

(je mettrai un lien vers votre blogue à la fin du billet si vous désirez poursuivre la conversation ailleurs).

Le rapport Gautrin 2012

Voici les recommandations proposées dans le rapport Gautrin pour « que le gouvernement du Québec prenne le virage du Web 2.0 et devienne ainsi un gouvernement ouvert, transparent, participatif et collaboratif.»

Je mets intégralement les recos ici. j'analyserai une autre fois. Le document complet est ici. Via Michelle Blanc.

Rapport Gautrin [extraits]

RECOMMANDATIONS POUR UN GOUVERNEMENT 2.0

Recommandation 1 : Que le gouvernement divulgue progressivement et de manière proactive, sur un site unique, l’ensemble des données gouvernementales. Ces données devraient être disponibles dans des formats libres et compatibles avec les logiciels de traitement de données.

Recommandation 2 : Que le gouvernement du Québec s’engage à stimuler et à favoriser la participation citoyenne à l’élaboration et à l’évaluation de ses actions et de ses politiques.

Recommandation 3 : Que le gouvernement s’engage à utiliser le potentiel du Web 2.0 pour stimuler et faciliter la collaboration des employés au sein et entre les différents ministères et organismes gouvernementaux.

Recommandation 4 : Que le premier ministre du Québec affirme dans une déclaration sa volonté d’orienter son gouvernement sur la voie du Web 2.0 et de faire de son gouvernement un « gouvernement ouvert ».

LA MISE EN ŒUVRE DU GOUVERNEMENT 2.0

Recommandation 5 : La mise en œuvre du projet doit se faire de façon progressive et coordonnée ; cependant, il importe que, dès le départ, chaque unité fixe des objectifs clairs, un échéancier précis et des moyens d’en mesurer la réalisation.

LA TRANSPARENCE GOUVERNEMENTALE

Recommandation 6 : Que soit instauré un portail unique donnant accès aux données gouvernementales et que, dans un premier temps, celles-ci soient celles inscrites dans le Règlement sur la diffusion de l’information et sur la protection des renseignements personnels.

Recommandation 7 : Que l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) soit le dépositaire de toutes les données statistiques des organismes publics, qui satisfont aux critères de l’Institut.

Recommandation 8 : Que l’ensemble des données gouvernementales qui n’ont pas un caractère statistique soit archivé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui aura la responsabilité d’en vérifier la qualité.

Recommandation 9 : Que ces données gouvernementales soient traduites dans un langage ouvert qui en permettra le traitement et la recherche par ordinateur et que soit développé un moteur de recherche à cet effet.

Recommandation 10 : Que les données gouvernementales déposées sur le site unique « données.gouv.qc.ca » soient placées sous licence libre, du type Licence gouvernement ouvert, un outil juridique qui accorde des droits étendus aux utilisateurs de la plateforme pour la réutilisation des données sans toutefois priver le gouvernement de son droit de paternité.

LA PARTICIPATION CITOYENNE

Recommandation 11 : Que soit mis en place, parallèlement au site de divulgation des données gouvernementales, un système de rétroaction qui permettra de mieux cibler les besoins des citoyens et ceux des entreprises.

Utilisation des données ouvertes

Recommandation 12 : Que soient développés des incitatifs pour encourager une utilisation innovatrice et créatrice des données gouvernementales. Communication gouvernementale

Recommandation 13 : Que dans toute stratégie de communication, les ministères et organismes incluent une dimension médias sociaux et qu’ils élaborent une méthode de gestion de la rétroaction citoyenne pour stimuler le dialogue.

Recommandation 14 : Que l’administration publique se dote d’un système de veille commun afin de réagir aux commentaires formulés sur les réseaux sociaux.

Espaces de débats sur les grands projets gouvernementaux

Recommandation 15 : Que les ministères et organismes, grâce aux outils du Web 2.0, conçoivent des espaces de débats autour de leurs grands projets pour permettre aux citoyens d’y participer, tant dans l’élaboration que dans la prise de décision, et que ces mécanismes fassent partie de leur déclaration de services aux citoyens.

Recommandation 16 : Que soit développé un moyen informatique permettant d’analyser la participation citoyenne et que les ministères et organismes, dans leur stratégie de communication, informent les citoyens sur la façon dont ils tiennent compte de la participation obtenue.

Forum citoyen

Recommandation 17 : Que le gouvernement crée un forum citoyen de dialogue et que celui-ci soit administré au niveau central par le Secrétariat à la communication gouvernementale.

 LA COLLABORATION

Un réseau social interne

Recommandation 18 : Que soit amélioré l’intranet gouvernemental pour y inclure un outil de collaboration du type réseau social, qui permet des fonctionnalités comme le partage de documents, la stimulation du brassage d’idées, la bonification de l’information et les interactions entre les employés de la fonction publique.

Une nouvelle gestion des ressources humaines

Recommandation 19 : Que le gouvernement développe, grâce aux outils du Web 2.0, une vision de l’amélioration de la qualité de ses services qui implique les employés de l’État.

Recommandation 20 : Que l’administration publique québécoise amorce un véritable changement de sa culture organisationnelle en encourageant le partage de l’information, la cocréation de nouvelles connaissances et une plus grande responsabilisation des employés de l’État.

Recommandation 21 : Que le gouvernement fournisse au personnel le soutien nécessaire pour intensifier l’utilisation des outils du Web 2.0 en respectant les normes de l’éthique et l’intégrité professionnelle.

Recommandation 22 : Que le gouvernement responsabilise ses employés en leur accordant sa confiance pour innover et profiter des possibilités offertes par les outils du Web 2.0.

LA GOUVERNANCE

Recommandation 23 : Que la gouvernance du projet soit placée sous l’autorité directe du premier ministre afin qu’il fasse connaître, dans une déclaration, sa volonté quant à la réalisation du projet, tout en rappelant que les changements doivent se faire progressivement.

Recommandation 24 : Que soit constitué un comité de gouvernance formé du représentant du premier ministre, du secrétaire à la communication gouvernementale et du dirigeant principal de l’information ou de leurs représentants.

Recommandation 25 : Que le comité de gouvernance ait pour fonction, en collaboration avec les sous-ministres et les dirigeants d’organisme, d’amorcer et de coordonner les actions menant à la mise en œuvre des différentes phases du projet.

Recommandation 26 : Que dans son travail, le comité de gouvernance soit soutenu par deux structures administratives hébergées au ministère du Conseil exécutif, l’une pour soutenir les ministères et organismes dans l’élaboration des projets de mise en œuvre, l’autre pour établir les échéanciers et valider ces projets.

LA SÉCURITÉ

Recommandation 27 : Que le gouvernement prenne les mesures appropriées pour protéger son identité sur les médias sociaux et ne transmette, sur ceux-ci, qu’une information ciblée compte tenu des risques inhérents aux problèmes d’authentification.

Recommandation 28 : Qu’une attention particulière soit accordée à la protection des renseignements personnels au moment de la mise en place des espaces de réseautage gouvernementaux et qu’une politique de confidentialité ainsi que des conditions d’utilisation respectant la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels et la Loi sur les documents personnels et les documents électroniques soient établies.

LA FRACTURE NUMÉRIQUE

Recommandation 29 : Que le Québec poursuive ses efforts afin de donner accès à la bande passante à haute vitesse sur la totalité de son territoire.

Recommandation 30 : Que les contenus publiés et les espaces de dialogue gouvernementaux soient adaptés à la réalité des citoyens souffrant de handicaps.

Recommandation 31 : Que le coût d’accès à Internet et aux outils technologiques reste raisonnable.

Recommandation 32 : Que des séances de formation soient offertes aux citoyens, quelle que soit leur condition (âge, handicap, exclusion sociale), pour mieux maîtriser ces nouvelles technologies.

--
 Le document complet est ici.
Site de Gautrin 2012

Les pensées compactes


J'adore ces pensées compactes qui montrent que la population a raison quand elle vote du bon bord et qu'elle a tort quand elle vote du mauvais bord. 
"« Je m'attendais à ce que ce soit difficile de faire passer notre message dans la population, mais c'est devenu pire avec le temps », a déclaré en conférence de presse hier Yves-Thomas Dorval, en référence au temps où il a accédé à la fonction de président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), il y a trois ans.
[...]
Il n'y a pas si longtemps, tous les grands débats de société se tenaient principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision, a rappelé M. Dorval. Ces médias étaient soumis à des règles professionnelles et juridiques visant à assurer la rigueur, l'équilibre et la véracité des informations rapportées." (Le Devoir) (via Julien McEvoy, à lire!)
Parole citoyenne

La parole citoyenne qui s'est exercée sur les réseaux sociaux durant le printemps arabe est un exemple de démocratie. Mais, quand ce printemps «érable» devient québécois, surtout quand le discours qui circule ne va pas dans le sens souhaité par les dirigeants, la parole citoyenne est mise alors en doute.
«L'arrivée d'Internet a amené l'explosion de médias sociaux où l'information se fait plus personnalisée, mais aussi beaucoup moins objective, rigoureuse et fiable, estime-t-il. Or une proportion grandissante de la population — particulièrement chez les 35 ans et moins — s'informe désormais principalement auprès de ces médias.»
Est-ce que la population a son mot à dire, tant et aussi longtemps que c'est pour dire la même chose qu'eux? 
«Cette évolution pose un problème particulier aux gouvernements et aux entreprises qui sont soumis à des règles très strictes de communication.»
Quoi? Le rapport de force aurait donc changé?  On reconnait au peuple la capacité de réfléchir, seulement si ce n'est pas cet acte de raisonnement, mais un bien une action de renvoyer la même image? 

Comme si la population n'était pas elle aussi soumise à des règles strictes de communication auparavant. En l'occurrence, le silence radio, car elle n'avait tout simplement pas accès aux outils de communication. Cette stagnation posait un problème particulier aux citoyens, non?

Je blogue, donc je suis

Le rapport de force a changé, car la population peut s'exprimer, à tort ou à raison, car c'est son droit le plus souverain.

A.J. Liebling, célèbre journaliste américain du siècle dernier disait "Freedom of the press is guaranteed only to those who own one." On pourrait paraphraser "Freedom of the speech is guaranteed only to those who own a social media profile."

Une société n'est pas un groupe Facebook

M. Dorval pose une bonne question, et il faudrait y répondre plus en profondeur, mais disons d'emblée qu'il faut s'entendre sur une chose avant d'ouvrir le débat (qui n'aura pas lieu «principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision»): si un message ne passe pas, ce n'est pas nécessairement parce qu'en face on n'écoute pas.

L'approche pragmatique du conseil du patronat du Québec, qui s'était donné pour mission de convaincre les Québécois que «la préservation de leur qualité de vie dépendra de leur capacité de prendre virage de la création de richesse» (objectif noble), ne passe peut-être pas sur les médias sociaux, pour la simple et bonne raison que les définitions de «qualité de vie» et «richesse», qui sont les leurs, ne sont pas nécessairement les mêmes pour les autres.

Si vous n'avez pas beaucoup de «like», ce n'est pas la faute à Facebook...

À lire aussi sur Zéro Seconde