ZEROSECONDE.COM: Privatique (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Ceci est votre vie privée donnée pour vous

On peut demander la sauvegarde de son historique Facebook depuis quelque temps, c'est-à-dire télécharger toutes les informations que vous avez entrées dans la plateforme depuis votre inscription. Tenir dans ses mains un concentré de vie privée est une expérience nouvelle.

Jesus is Lord Parking - photo by: Pete Jelliffe, Source: Flickr, found with Wylio.comVous recevrez par courriel un énorme fichier de votre prose sociale (allez voir dans les paramètres de votre compte, détails ici)

Ce qui est le plus marrant, dans cette histoire, comme Matthieu Strélisky m'avait fait remarquer, c'est que Facebook nous met en garde:

«Because this download contains your profile information, you should keep it secure and take precautions»
[étant donné que le fichier contient des informations personnelles, vous devriez prendre des précautions et le mettre à un endroit sécuritaire.]

D'une certaine manière, Facebook nous dit que notre vie privée est une chose trop sérieuse pour la laisser entre nos mains...

Pour une compagnie qui n'a pas montré trop de soucis à ouvrir le coffre-fort à toutes les applications que des programmeurs externes proposaient en 2007 (rappelez-vous que les premières appli avait tous accès à nos datas et même ceux de nos "amis") ni à nous protéger des regards indiscrets (l'an passé, sans trop avertir, nos données se sont retrouvées ouvertes "par défaut").

La non-confidentialité n'est plus à démontrer. Christian Bensi nous le rappelle encore avec cette très récente histoire du tribunal des Prud'hommes de Boulogne-Billancourt qui «venait de donner raison à une entreprise pour le licenciement de trois de ses salariés. Ces salariés dénigraient la hiérarchie de l’entreprise sur leur profil Facebook.»(Source)

Mais savons-nous, sommes-nous prévenus, de ce que Facebook fait de ces données? Xavier de la Porte nous résume l'excellent compte-rendu de Zadie Smith du film The Social Network sur InternetActu. «Quelle philosophie est inscrite dans Facebook ? Et Zadie Smith s’inquiète par exemple de l’Open Graph de Facebook, une application qui permet de voir en un instant tout ce que nos “amis” sont en train de lire, de regarder ou de manger, dans le but de pouvoir faire comme eux. Elle s’inquiète du fait qu’il y a dans la philosophie de Facebook une crainte générationnelle : celle de ne pas être comme les autres, une crainte de ne pas être aimé»

Tout ce que vous écrirez pourra être retenu contre vous

La semaine dernière, «Ecrans.fr le podcast », l’émission hebdomadaire de LibéLabo avec l’équipe d’Ecrans.fr, Erwan Cario, Alexandre Hervaud, et Camille Gévaudan, recevait le journaliste Jean-Marc Manach, auteur du livre La vie privée, un problème de vieux cons? Confrontée à un regard externe, étranger, on peut toujours détourner de son objet initial le contenu d'un fil Facebook. Ce n'est pas ce que vous dites qui est un problème, c'est comment l'autre (le patron, le douanier, l'assureur) qui s'arroge le pouvoir d'interpréter en sa faveur le crime dont vous êtes innocent.

Jean-Marc Manach écrivait cette fin de semaine que le web donne à tous la liberté d’expression (autrefois réservé aux «personnalités politiques, culturelles, intellectuelles, journalistes, “people“») afin de non seulement s’exprimer, «mais aussi et surtout être entendu». Mais voilà, «[l]e problème, c’est que le statut de “personnalité publique“, autrefois réservé à un nombre restreint de privilégiés, est donc aujourd’hui accessible à tout un chacun, en quelques clics.» (source) Et peu savent comment gérer ce nouveau fait.

Un monde sans revers

Ce que j'écrivais il y a 5 ans à propos des blogues (La Blogosphère sans revers) tiens toujours: Il n'y a pas de revers sur Internet, pas de coin pour parler dans le dos de qui que ce soit (du moins pas sur une longue période). Tout finit par se savoir. L'espace privé, finalement, se réduira à terme à tout ce qui n'est pas capté par un appareil de reproduction, volontaire ou non. L'espace pour l'hypocrisie n'existera plus: ce qui émergera éventuellement dans la société en réseau sera soit un obligation de confronter les autres avec nos idées ou de se taire. La confrontation entraînera soit une stratégie de respect mutuel et de conciliation à long terme, soit à une manipulation par pression sociale des pensées à une échelle encore jamais vue (sauf dans les dictatures).

Photo © 2006 Pete Jelliffe (via: Wylio)

En ligne, qui êtes vous?

«Nous n’échapperons pas au Web c’est-à-dire à l’exploitation maximale de la puissance des données par l’analyse, la combinaison, la représentation, la recherche fine, etc. Pas plus que nous n’échapperons au fait que les données deviennent chaque jour un peu plus personnelles, même - surtout - celles qui nous semblent les plus anodines.» (Hubert Guillaud - InternetActu - Que faire face à la puissance des données ?)

Penser l'identité numérique devient un enjeu. Si vous voulez vous en convaincre essayez Personas, du célèbre MIT Lab.

PersonaWeb http://personas.media.mit.edu/personasWeb.html

Entrez votre nom et le logiciel scannera le web pour toute information vous concernant et sert à caractériser votre identité en ligne. Il classe selon des catégories prédéterminé par un algorithme pour créer automatiquement une profil sur vous.

Exactement le genre de chose que l'on peut craindre d'une agence de surveillance débordé et manquant de ressource humaine. Mais à quoi bon avoir des humains, on a des algorithmes!

«Que pouvons-nous faire pour rendre aux gens un peu de contrôle sur les données qu’ils libèrent abondamment dans les sites sociaux notamment ?» Lisez le billet de Hubert Guillaud. Ça dessille.

- Dans le même ordre d'idée, voir aussi l'article de Stéphane Baillargeon dans le Devoir d'aujourd'hui: Ego inc. (abonnement)
- The bachelor thesis IDENTITAT - The "Gestalt" of digital identity
- Who Is Managing Your Online Identity? The shiftedLibrarian (février 2009)

Quand Google indexera-t-il nos têtes?

L'algorithme de Google pour enrayer sa fuite de cerveaux. C'est le titre de 20 minutes d'hier pour expliquer la dernière invention de Google: prévenir la défection des employés avant qu'eux-mêmes ne le sachent. Minority report? (via B-r-ent)

Face au départ de nombreux collaborateurs à "haut potentiel" Google s'est fendu d'un algorithme mathématique pour détecter qui voudrait partir avant même que cette personne ne s'en rende compte elle-même («une hémorragie de cerveaux qui pourrait nuire à sa capacité à long terme à se montrer compétitif»)

En examinant les promotions obtenues et l'historique des salaires, l'algorithme tente d'identifier qui parmi les employés de Google seraient sur le point de quitter la compagnie.

Le 20 minutes cite le WSJ ("Google Searches for Staffing Answers") qui interview Laszlo Bock, la tête des ressources humaines de Google qui dit chercher «à rentrer dans la tête des gens bien avant qu'ils ne sachent qu'ils pourraient vouloir partir» un jour.

if, if, if, l'algorithme de la bête
Je pense que cette idée part de bons principes pour les ressources humaines (prendre soin de ses employés) mais je suis horrifié que Google dise tout haut ce que tout le monde pense tout bas: Google lit dans nos têtes.

Quelle boule de cristal numérique?
1- un algorithme n'est pas un filtre de vérité, c'est un biais qui indique une façon de voir le monde (voir mon billet C'est l'algorithme qui décide)
2- il faudra toujours l'interprétation humaine pour qu'il y ait sens. Et on peut voir ce que l'on veut

À l'ère du web 2.0, ce n'est pas le fait que ses datas personnelles circulent qui cause un problème, c'est l'interprétation que l'autre en fait qui est dangereuse. On est toujours le "méchant" de quelqu'un d'autre...

"Personal data is the currency of Web 2.0"
Sur O'reilly radar justement, on signalait avant-hier les “25 Surprising Things Google Knows About You” .

Un de leurs blogueurs s'inquiétait à juste titre que les compagnies à qui on donne nos datas personnels ainsi sont en fait amoral, c'est à dire au-delà de la morale: la valeur aux actionnaires est tout ce qui compte. Il fait même une demande de protection pour avoir le droit à la vie privée adaptée au 21e siècle. (source Captivity of the Commons de Ross)

La vie privée est devenue une responsabilité, dit-il.

Que Google prétende ouvertement "lire dans nos têtes" ("get inside people's heads") évoque le tabou social ultime de la vie privée cher à l'homme moderne. Qu'en pensez-vous?

Justine on the net

Justin.tv vient de se trouver une "copine" depuis ce matin. (via ZeLaurent). C'est tout de même une étape de plus vers la conception (au sens biologique) du petit Truman (si affinité, l'histoire le dira).

Notons au passage que la caméra est braquée sur elle par moment et que dans une société occidentale fascinée par la beauté féminine, on peut prédire un plus grand succès pour ce spin off.

La transparence totale, dont je parlais hier, pour la célébrité totale?

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Vie privee a la bourse du web 2.0

Il n'y existait aucun avantage autrefois à dévoiler des éléments de sa vie privée. Comment expliquer alors la présente vague d'exposition de vie privée (pas seulement des vidéos intimes, mais la mise dans la sphère publique de ses activités, ses coordonnées, ses préférences, etc) pour accéder à la sacro-sainte église du web 2.0?

L'Amérique est allergique à toute atteinte dans ce domaine, surtout de la part du gouvernement. Et pourtant! "There is a growing generation of people(..) that is unwittingly trading off (or "trading in") privacy for the potential rewards of "discoverablity." (source Simply Albert : Digital Nudity: Discarding Privacy for Discoverablity).

La raison? Les avantages se calculent par une aisance accrue du repérage et pairage dans un réseau social élargie. Ne pas participer serait s'exclure du cercle de la lumière et rester introuvable comme de la matière noire.

Vie privée, vie récluse?
Le "Réseau" n'étant pas la "Vie", certains peuvent s'en exclure sans y perdre au change (le réseau réel prenant le relais). Mais que dire de la génération montante qui vit cette pression sociale du réseau comme un "network or die"?

D'autres peuvent (re)trouver une liberté en affichant toute leur vie en ligne. Mais ce qui est troublant dans tous les cas, c'est ce que l'on ne permet pas au gouvernement, l'est allègrement pour l'entreprise privée. Google vient d'acquérir FeedBurner pour une bouchée de pain (quoi que j'en prendrais bien des miettes) et FaceBook connait tout de votre identité numérique. Mais on en redemande.

Impôt sur le partage
Lorsque vous vous arrêtez sur une page, que vous faites une recherche sur un mot, que vous liez d'amitié sur le web (et l'inverse aussi, vos "non-choix") vous créez du sens : c'est le reflet de vos intérêts, de vos activités, de vos valeurs. Ce sens est extrait du data brut de vos choix volontaires ou non. Ce résultat intangible qui n'avait pas de valeur nécessairement auparavant, en acquière une maintenant sur le réseau.

Pour accéder à cette valeur, elle doit être partagée. L'offre actuelle repose entre les mains des entreprises commerciales. La plus-value que nous créons ne nous appartiennent pas en propre. Le partage de la vie privée est le prix à payer pour en profiter. Mais afin d'être "en affaire", il est important que le système d'éducation enseigne la vraie valeur de la vie privée avant de faire le troc.
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Lectures supplémentaires:
ATX : attention trust plug for Firefox (afin de conserver pour soi la valeur de ses choix)
Google - DoubleClick Deal Draws Attention (NYTimes)
How Public Is Your Privacy? (The Shifted Librarian) où il est question de division générationnelle quant au point de vue sur la vie privée et pourquoi il appert qu'une présence sur le web vaut mieux qu'une absence.
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Tout le programme internet de Nicolas Sarkozy

"Ensemble nous pouvons faire de la France une grande nation numérique. C’est ensemble que tout devient possible".
Nicolas Sarkozy, président de la France

Voici son programme, que j'ai trouvé, résumé et assemblé en 6 catégories à partir d'articles (voir à la fin).

Citoyens
- Haut débit : un service public obligatoire. (1 mégabit minimum)
- Nombre de points d'accès à Internet publics : de 1500( aujourd'hui) à 36 000 12 000 (au moins un tiers des 36 000 communes).
- Protection de la liberté d’expression et donner des moyens de contribuer activement au débat politique.
- Protection aussi les biens et les personnes (face aux agressions numériques)
- Protection et le respect de la vie privée
- Sécurisation des systèmes d’information
- Moderniser la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) et garantir son indépendance

Politique
-Bâtir un forum de concertation permanente doté de la plus large représentation possible (tout projet de réglementation numérique devra en tenir compte et le Parlement prendra ses responsabilités en fonction de ces avis).
-Moderniser l’accès en ligne au droit et au travail parlementaire
-Mise en oeuvre de là la pétition électronique
-Accélération de l'administration électronique
- Supporter l’interopérabilité et l’indépendance technologique européenne


Éducation
- Garantir la disponibilité d'un accès à Internet dans au moins une salle de chaque école de France
- Garantir un accès WiFi dans toutes les universités de France
- Généraliser Microportable.fr permettant aux étudiants d'acheter un ordinateur portable pour 1 euro par mois.
- Rendre l'université un tremplin professionnel.
- Améliorer Iles connexions des universités avec les entreprises, (comme aux États-Unis)
- Créer des incubateurs d'entreprises qui seraient en zone franche.
- Augmenter le budget de l’enseignement supérieur de 50% en cinq ans et l’effort de recherche de 40%,

Start-up
- Statut spécifique de l'entrepreneur : À la fois, être salarié et créateur d'entreprise.
- Défiscalisation des investisseurs ("business angels") à hauteur de 50.000 euros d'impôt sur la fortune (ISF).
- l'État se porte lui même caution auprès des banques pour aider les entrepreneurs
- Réserver une part des marchés publics aux TPE PME pour les soutenir.
- Créer des maisons des entrepreneurs dans toute la France
- Augmenter le budget accordé au passeport numérique ( destiné à aider les entreprises à entrer dans l’économie numérique.)

Travail / chômage
- Exonération des heures supplémentaires de charges sociales et fiscales, au contrat de travail unique, à la réforme de l’imposition .
- Réformer les nomenclatures des formations et des métiers pour s'adapter des professions de l’internet et du numérique
- Doublement du nombre de télétravailleurs (une opportunité d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail.)
- Les revenus tirés d’une activité numérique personnelle seront exonérés de charges sociales et fiscales dans une limite à définir.

Culture
- Politique volontariste de soutien à la création, la production et la diffusion de contenus en ligne.
- Garantir le respect de leurs droits. des métiers de la création, de la production et de l’information,
- Les contenus culturels ou éducatifs du domaine public seront gratuitement mis en ligne et je soutiendrai les sites d’intelligence collective et ceux qui y contribuent

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Sources:
JdN : Tribune de Nicolas Sarkozy : "La France à l’ère numérique"
JdN : Loïc LeMeur : UMP : Internet, une chance pour l'emploi

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Si Google le dit

Le psychologue canadien Andrew Feldmàr, 66 ans, s'est rendu les États-Unis à l'été 2006 et n'a pu franchir la frontière. Les douaniers américains ont refusé de le laisser sous prétexte qu'il a consommé du LSD... en 1974!
"A l'époque, Andrew Feldmàr expérimentait le LSD dans le cadre de ses recherches sur la schizophrénie. Depuis, il n'a jamais retouché à cette drogue.

Au printemps 2001, le psychologue a raconté son expérience au journal étudiant Janus Head.

Le témoignage de M. Feldmàr s'est retrouvé sur le site internet du journal, puis entre les mains des douaniers américains.

M. Feldmàr a été détenu pendant plus de cinq heures à la frontière avant de recevoir l'autorisation de retourner au Canada. Il a toutefois dû signer une lettre d'aveu, dans laquelle il reconnaît «avoir violé le U.S. Controlled Substance Act».

Il est maintenant banni à vie des États-Unis (...)"
Source Technaute

L'axe du moche vient encore de s'étendre...
Soyez averti, jeunes blogueurs, tout ce que vous bloguerez sera retenu contre vous. Y compris ce que vous n'avez pas écrit. Votre parole compte moins qu'une page HTML. Un beau cas de crédibilité web à examiner.
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Axe du moche

Certains pays qui censurent Internet devaient se mordre les doigts de ne pas avoir pensé avant à faire une loi sur l'assainissement d'Internet comme le propose Ottawa. La concurrence ne s'est pas fait attendre : le gouvernement français travaille actuellement à un nouveau projet de décret de la Loi pour la confiance dans l’Economie numérique.

L'axe Ottawa-Paris-Pékin : même projet de contrôle?
Ce décret français préconise la conservation des données par les fournisseurs d’accès et les hébergeurs de sites web en France. Ce qui devrait inclure les blogueurs aussi. L'idée est dans l'air du temps, on dirait. La Chine doit commencer à bien se sentir à l'étroit dans l'axe du moche.

Commençons
Le décret vise à « permettre l’identification de quiconque a contribué à la création du contenu » d’un site, avec obligation de conserver pendant trois ans l’intégralité des informations de l’activité des internautes sur les sites web : numéro de téléphone de connexion, adresse IP, horaires de connexion et de modifications de contenus, identité utilisée et nature des modifications. (source : Écrans.fr)

Ce n'est pas tout
Le décret prévoit aussi la rétention des données sur la création, la modification mais aussi la suppression de contenus web.

Vous n'avez rien vu
En cas de paiement en réseau il faut aussi conserver le type de paiement, l’heure de la transaction, son montant et le le numéro de carte de crédit.

Et une autre pour la route
L’identité est aussi archivé : pseudonyme, nom et prénom, adresse civique, courriel, téléphone et même...mot de passe.

Le bouquet avant le pot
"Police et gendarmerie pourront par ailleurs accéder sur simple demande aux données stockées, et les conserver durant trois années." (Écrans.fr).

Comment on dit déjà? Dérives bureaucratique à tendance Big brother?

(image: www.eff.org)

À lire pour approfondir:
Le Patriot Act à la française d'Affordance
Internet : le retour de Big Brother ? D'Écrans (un site de Libé)
Totalement Crétin propose un achat groupé de 1984 de George Orwell pour envoyer aux ministres, députés, divers membres des cabinets ministériels, etc.


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Projet de loi sur l'assainissement d'Internet

Joy Smith, du parti Conservateur à Ottawa a proposé mercredi dernier une Loi sur l'assainissement d'Internet (C-427). Certains pays qui censurent Internet doivent se mordre les doigts de ne pas y avoir pensé avant. (via Michael Geist)

Sautons tout de suite à l'article 4 si vous voulez bien.

4. (1) Nul ne peut offrir des services de fournisseur d'accès au réseau Internet ou exploiter une entreprise offrant de tels services à moins d'avoir obtenu une licence de fournisseur d'accès au réseau Internet aux termes du paragraphe (2). (c'est moi qui mets en italique)

Je reprends pour être sûr que l'on comprenne tous la même chose : il faut une licence pour devenir fournisseur d'accès. Et qu'est-ce que l'on dit au paragraphe (2) à propos de ce qu'est un fournisseur d'accès au réseau Internet?

2. « Fournisseur d'accès au réseau Internet » Personne qui fournit des services permettant l'accès au réseau Internet, que ce soit gratuitement ou contre rémunération. (c'est moi qui mets en italique)

Je souligne une deuxième fois pour être sûr que tout le monde suit : gratuitement ou contre rémunération c'est la même chose! Tu as bien lu, Mike, ça veut dire aussi Île sans fil. Ou vous, oui vous, avec votre routeur wifi non protégé.

Et qui gèrera la licence? Le CRTC, voyons. Non!? Si!! Lisez vous-même, bande de Thomas!

4. (2) Le Conseil délivre une licence au demandeur qui répond aux conditions prévues par règlement [...]

Définition de ce que veut dire "conseil"?:

2. « Conseil » Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes constitué par la Loi sur le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Le CRTC! Dont la devise est : "la communication dans l'intérêt du public" (sic).

Et sous quels prétextes, SVP? Pour assainir Internet. Oui madame! Pour assainir Internet!

Conservateur comme dans conservateur
Assainir Internet et limiter la communication de ce qui ne plaît pas. Oh, n'allez pas croire que c'est 1984! On commence toujours pour les bonnes raisons.

Ici le projet de loi de madame Joy vise à empêcher l'utilisation du réseau Internet pour la distribution de pornographie juvénile, de documents destinés à préconiser, promouvoir ou encourager la haine raciale et de documents présentant ou encourageant la violence contre les femmes.

Ça ne vous rappelle pas la Child Online protection act de Bush? Qui peut être contre la vertu? Moi!

Car ici on utilise les bons sentiments pour faire une mauvaise chose. On peut criminaliser ces gestes (et je crois qu'ils le sont déjà) mais on ne peut "empêcher" l'utilisation d'un outil pour faire ces gestes criminels ! Et en empiétant sur la vie privée de tout le monde de surcroît!

Pourquoi ne pas empêcher à la place les caméras, les appareils photo, le papier à imprimer, le fil USB, la mémoire Flash?!?! Ou le téléphone, les cassettes VHS, la parole, la pensée. On arrêterait ainsi le mal à la source! Hop une license pour penser. C'est de là que se propage le mal après tout.

Danger, madame Smith, danger!
Comprenez-moi bien. Je suis pour la protection des enfants. Mais on ouvre ici la boîte de Pandore :

13. (1) Aux fins de l'exécution d'un mandat de perquisition délivré en vertu de l'article 487 du Code criminel relativement à une infraction constatée ou soupçonnée à la présente loi, le ministre peut prescrire les pouvoirs spéciaux qu'il juge raisonnablement nécessaires pour faciliter les recherches dans les banques de données, les mémoires ou les systèmes informatiques.

(2) La délivrance d'un mandat conférant les pouvoirs visés au paragraphe (1) est régie par les mêmes principes d'autorisation et de motifs de soupçons, et les mêmes procédures et conditions de délivrance qu'un mandat de perquisition délivré aux termes du Code criminel.

En clair (je veux être sûr que l'on me suive jusqu'au bout) : sous simple soupçon on peut prescrire des pouvoirs spéciaux pour ce que j'appelle une perquisition électronique.

Garde-fou pour gardes fous
Quand la loi sera passée, on aura juste à élargir le spectre des crimes pour accommoder n'importe quelle dérive. Et même, obliger légalement tous les fournisseurs à devenir leurs espions.

10. (1) Le ministre peut ordonner au fournisseur d'accès au réseau Internet de prendre tous les moyens raisonnables à sa disposition pour empêcher les abonnés d'avoir accès aux documents [criminels visés dans le présent projet de loi] qui se trouvent sur le réseau Internet et que le ministre déclare, après une enquête raisonnable, être visés par les articles 6, 7 ou 8.

Pour les articles 6,7 ou 8, je vous laisse faire le travail vous même.

À reculons, tous!
Je crois que cette loi relève d'une vision archaïque provenant des médias traditionnels et ne s'applique pas à Internet.

Au lieu de dépenser nos taxes dans une excroissance cancérigène de la fonction publique, afin de surveiller en copies rose, saumon, jaune et or les accès à internet, investissons dans l'augmentation des affectifs aptes à parcourir le réseau à la recherche de ces criminels. La loi c'est la loi. Pas besoin de projet-ci (et Dieu merci, il y a peu de chance qu'il soit adopté).

Contrairement à un mythe bien répandu, il y a moyen de retracer la plupart des communications ou des transferts sur Internet. Souvent les criminels sont à l'étranger (où se base sur des services à l'étranger) et aucune loi locale comme celle que Madame Smith veut mettre en place n'empêchera ça. Ou si! En imitant la Chine! Bel exemple!

(image de l'affiche via Max)
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Lire aussi sur Zéro Seconde (Mars 2006) à propos de la vie privée
Google et vie privée
Marchants et vie privée de masse
GDrive et privatique
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Gdrive et privatique

Google s'enligne pour offrir le disque dur virtuel pour tous. "Store 100% of User Data" tel est leur devise.

"With infinite storage, we can house all user files, including: emails, web history, pictures, bookmarks, etc and make it accessible from anywhere (any device, any platform, etc)."

Les circonstances dans lesquels est sorti l'information ressemble à Da Vinci Code, et fait jaser dans la machine à rumeurs qu'est devenue la blogosphère anglophone.

Le plan de Google se précise de jour en jour et la dernière "Google analyst day" (où vous pouvez télécharger le pdf) ne fait pas exception : Google veut servir toute l'information du monde entier. Y compris vos fichiers sur votre disque dur.

Outre le défi technologique (bande passante, rapidité de réponse, sécurité), il y a un défi de privautique (privacy) qui s'annonce ardu. C'est qu'il y a possibilité de bris de privauté à grande échelle. Il faudra être vigilant. Le grand public, il ne faut pas se le cacher, suivra massivement si on lui procure des outils gratuits ou à faible prix, avec valeur ajoutée comme un disque dur virtuel. Le danger s'emplifie donc massivement...

La privautique deviendra un enjeu collectif qui devra prendre plus de la place dans les prochaines années. Il ne faut surtout pas laisser les individus se défendre tout seuls... Les gouvernements doivent baliser le terrain, et ce à l'échelle planétaire...

Pour réfléchir sur les disques durs virtuels et la privauté, lisez :
La fin des disques durs d'Olivier Ertzscheid
Should we switch off the Internet? (PPT en PDF) de Peter Schaar
Vie privée et informatique un article sur Wikipedia (avec quelques exemples de dérapages de compagnies)
Lignes directrices de l'OCDE régissant la sécurité des systèmes et réseaux d'information : vers une culture de la sécurité

PS: J'ai changé changé le mot "privauté" pour "privautique" suite à la recommandation de Marc-André Bélanger. Le terme me semble effectivement plus clair et précis (janvier 2010)

L'image provient de Metro Active