ZEROSECONDE.COM: Bibliotheque (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Le bibliothécaire comme DJ

Ça fait un petit bout de temps que je n'ai pas parlé des bibliothèques et du web. Tiens pourquoi pas aujourd'hui.

Oh, ce n'était pas par manque d'intérêt -- j'écris sur le sujet depuis le milieu des années 2000 et j'ai animé des colloques sur la «Bibliothèque 2.0» en 2009 à Montréal -- mais c'est que les gens de ce domaine ont rapidement pris la balle au bond et ont commencé très tôt à se réinventer avant la déferlante des médias sociaux.

De ce côté, il y a longtemps que j'ai passé la main à des spécialistes qui réfléchissent intelligemment sur la question, comme Marie D. Martel (Bibliomancienne), Olivier Ertzscheid (Affordance), Sylvère Mercier (Bibliobsession), Jean-Michel Salaün (Bloc-Note), Hubert Guillaud (La feuille) ou Étienne Cavalié (Bibliothèques [reloaded])... (sans oublier le "Veilleur de Lisbonne": Jose Afonso Furtado sur Twitter)

Comme j'ai croisé Daniel J. Caron (Bibliothécaire et archiviste en chef du Canada), récemment à La Sphère, où il est venu parler des politiques d'archivages à l'ère numérique, ça m'a donné le goût d'en reparler et de vous partager deux idées que j'avais en tête sur le sujet...

La bibliothèque est avant tout un lieu

Tenez pour vous le prouver, juste ce mois-ci, les bibliothèques de Montréal vont s'ouvrir aux jeux --vidéo et plateau. Du 23 février au 10 mars, les Montréalais sont invités à venir dans les bibliothèques publiques de Montréal  pour y jouer. (Plus d'info ici)



La bibliothèque est un lieu, donc. Un lieu où se retrouvent des produits culturels comme le livre, mais aussi la bande dessinée, la musique, les films et maintenant les jeux. Et dans une certaine mesure, le web.

Car pour l'instant le web ne fait pas réellement partie de la bibliothèque: elle lui donne certes l'accès, mais le web ne fait pas toujours partie de la "collection", comme avec les autres produits culturels qui sont passés, eux, à travers un tri "éclairé".

Des tentatives existent et on devrait éventuellement voir une meilleure intégration entre les deux "bibliothèques": celle de votre quartier et celle de la toile.

J'aimerais proposer deux idées:

1- Les bibliothèques comme moine-copistes

J'avais déjà suggéré à un moment donné que les bibliothèques devraient devenir comme des moines copistes pour sauver une partie du web et de la blogosphère en agrégeant (en archivant) des contenus disponibles en ligne --qui risquent un jour de disparaître. La pérennité des contenus en ligne n'est vraie que pour les poches profondes.


Chaque bibliothèque, selon ses compétences, pourrait sauvegarder et valoriser une partie de la connaissance libre, hors du commerce de l'édition, en devant une autorité d'un savoir -- régional, local, thématique, etc. Au lieu de tout vouloir conserver dans tous les domaines, elles se concentreraient sur quelques aspects du savoir, afin d'être le plus exhaustives dans un domaine précis.

Le réseau des bibliothèques, globalement, pourrait ainsi se répartir la charge de sauver le maximum de contenu spontané (dans la blogosphère notamment) selon des compétences locales.

Au fond, on parle ici de la bibliothèque comme gardienne de la longue traîne. Cette idée fera peut-être son chemin.

2- Le bibliothécaire comme Flux Jockey


cc James at Uni
Mais il me semble qu'une autre idée fertile serait de faire jouer le rôle de DJ aux bibliothécaires.

Comme dans les raves, le DJ est la vedette de l'heure qui sait faire groover la salle. Ils se succèdent sur scène et certaines deviennent des vedettes.

À l'heure des flux de contenu en ligne, voir mon précédent billet (On n'ira plus sur le web), il ne faut pas seulement s'attaquer à la queue de la longue traîne (qu'on pourrait associer à la mission de mémoire pour les bibliothèques) mais aussi au foisonnement du temps réel.

Un bibliothécaire, oubliant un peu son devoir de réserve ou son humilité, serait mis au-devant de la scène --et donc en concurrence avec ses pairs d'une certaine manière, mais par émulation-- pour faire sens des flux entrants.

On irait à la bibliothèque à cette heure-là, ce jour-là, cette semaine-là ou ce mois-là, parce que tel ou tel bibliothécaire DJ serait là.

Son rôle: faire de la "curation" en temps quasiment réel des flux entrants de sa localité, de sa région ou mondialement pour repointer vers des ressources dans la bibliothèque ou ailleurs sur le web. (Le terme curation peut être remplacé par médiation si on le souhaite, même si le sens ne recoupe pas tout à fait la pratique auquel le terme anglais fait référence)

Je vois le bibliothécaire dans un monde numérique comme en fait comme un Flux Jockey, un DJ occupé à faire sens de ce qui émerge des médias sociaux et de l'actualité.

Au niveau des modalité, ça pourrait prendre la forme de vidéos-bulles, de conférences, de consultation, d'un blogue, d'une timeline, de podcast, de radio-web, d'activités pédagogiques sur place ou en tournée (écoles, centre pour personnes âgées, place publique, etc.)...

Je laisse soin aux gens concerner de jongler avec cette piste et me laisser un commentaire ci-dessous.

Évidemment, les bibliothécaires ne seraient plus interchangeables


cc Neo Alchemy
Ce qui distinguerait ce bibliothécaire des journalistes ou des chroniqueurs, c'est sa connaissance profonde de ses collections, livres ou blogues (voir point précédent). Mais aussi, il ne serait pas systématiquement en mode push mais pull, où il devra être à l'unisson avec les demandes de son quartier ou de son public. De sa communauté, quoi. Être animateur médiatique, charismatique, populaire. Oh! des mots trop forts?

Culturellement, ça crée un précédent, car il y aurait une forme de vedettariat qui émergerait de ce projet. Mais peut-être est-ce justement une voie qui amènerait les jeunes à voir différemment ce métier.

La bibliothèque de lieu deviendrait une scène.

Que pensez-vous de ces pistes?

Quatre livres pour bronzer techno


La semaine dernière, à l'émission La Sphère à la Première chaîne de Radio-Canada, j'ai suggéré des lectures d'été pour bronzer techno. Pas techno comme dans coder. Mais techno comme technosociété.

Qu'on le veuille ou non, Internet et la technologie ont pris beaucoup d'espace dans notre société, je vous propose quatre livres pour réfléchir de diverses façons sur la technologie ou sur son impacts sur nos vies, les affaires, la société, etc.



L'extrait audio est disponible ici. Ci-dessous, vous trouverez mes commentaires pour chaque livre.


Mon site web chez le psy

Sous-titré 50 pratiques exemplaires dévoilées aux gestionnaires de PME, ce livre de de Stéphanie Kennan aux Éditions Transcontinental. sortie en mars dernier (133 pages), est pour moi une introduction pour démystifier la technologie et le marketing web.


C'est le plus léger des quatre et c'est vraiment comme ça qu'il faut le prendre. Le livre offre des trucs utiles, faciles à saisir, afin de mettre à profit le web, dans un cadre d'affaires. 

Le livre répond à des questions, comme si elles étaient posées par votre site web sur le divan d’un psy:

Pourquoi mon site est ennuyeux? Pourquoi mon site n’apparaît pas sur la première page de Google? Pourquoi mon site est-il si lent? Pourquoi aurais-je besoin d’un blogue sur mon site web? Etc. 

Les questions et réponses tiennent en général en 2 pages et c'est agréable à consulter. Agréable comme le blogue de l'auteure d'ailleurs.




Sous-titré Les architectes de l’information face à l’oligopole du Web, ce livre de Jean-Michel Salaün, aux Éditions La Découverte (151 pages), se veut un compte-rendu de sa réflexion bibliothéconomique du web.

Il est ce professeur à l’École normale supérieure de Lyon et ex-directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (2005-2010) -- son blogue est une mine d'or!

Ici, on monte d'un cran. 


Ce livre s'adresse à ceux qui s'interrogent sur la place du web dans une histoire plus longue. Plus particulièrement, il place le web dans la continuité de la bibliothèque comme institution. Et dans ce sens, le web poursuit un projet millénaire.

Une bibliothèque est centrée sur le «document». Le web aussi. Les deux ont pour but de partager les documents.

À partir de cette similitude, Jean-Michel bâtit un ingénieux modèle pour expliquer que «maintenant le document n’est plus qu’un ensemble de signaux dans un vaste flux» où apparaissent des «néodocuments».

Sur le web, le «je» est un exemple de ce néodocument! L'usager se transforme, avec les outils des réseaux sociaux et des blogues, en document (identité numérique, avatar, etc.) -- ou plutôt, on a radicalisé cette transformation!
Il développe aussi l'idée d'un oligopole du Web que sont les Apple, Google et Facebook de ce monde et qui tente (et réussie jusqu'à un certain point) de maîtriser ces nouveaux flux et donc à contrôler les documents sur le web -- et par extension, si nous sommes devenus des documents, un peu nous tous.



De Boris Baude, géographe, chercheur au sein du laboratoire Chôros de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (Epfl) et Maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

Ce livre aussi cherche à montrer comment Internet change la société dans son ensemble, mais cette fois-ci à travers une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace?

On dit souvent qu’Internet abolit l’espace, or M. Beaude dit qu’au contraire, Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés.

Cet espace internet est un espace relationnel. Mais cet espace n’est pas situé dans un lieu.

On présente souvent Internet comme des versions dégradées des interactions face à face, en personne, or M.Beaude rappelle que l’interaction déborde le strict cadre du face-à-face et qu'Internet a permis toute une dimension relationnelle de s'exprimer de façon multiple et sans contrainte de frontière.

«La capacité d'Internet à créer du contact réticulaire en dépit de la distance territoriale offre aussi une opportunité considérable d'organisation, de production et de coordination. L'intelligence collective, la sagesse des foules ou le crowdsourcing sont autant de notions qui ont émergé de ce potentiel.»

Mais il ne tombe pas dans l'angélisme et fait remarquer aussi qu'il y a un très grand risque de vulnérabilité dû à la concentration et la centralisation excessive, qu'il appelle «l’hypercentralité» qui tend à regrouper l'essentiel des pratiques en un nombre très limité d'espaces et par un nombre limité d'acteurs privés -- ce que Salaün nomme l'oligopole dans le livre mentionné plus haut.

«Le Monde est plus uni, mais il est aussi plus divers, tant il se donne les moyens de l’innovation intense, [...] qui contribuent à l’émergence de singularités insoupçonnées. Ce n’est pas tant à l’homogénéisation du Monde que nous assistons qu’à celle des processus de différenciation».


Le sous-titre est en soi un roman: Rethinking Knowledge Now That Facts Aren't Fact, Experts Are Everywhere, and the Smartest Person in the Room is the Room (256 pages)

«Repenser le savoir, car maintenant les faits ne sont plus des faits, que les experts sont partout et que la personne la plus intelligente dans cette pièce est la pièce elle-même»

David Weinberger n'est plus à présenter. Il est l'auteur de :
- Everything Is Miscellaneous: The Power of the New Digital Disorder (2008)
- The Cluetrain Manifesto: The End Of Business As Usual (classique des geeks! des années 2000)
- Small Pieces Loosely Joined: A Unified Theory Of the Web  (2003)

Dans ce livre, plusieurs idées. Une d'entre elles part du principe que la somme colossale de données qu’il faut amassées pour comprendre des phénomènes complexes (météo, économie, mouvement social) dépasse de loin les capacités d’un seul cerveau humain et qu’il faut déployer une science en réseau.

«Mais que peut-on faire avec une connaissance scientifique qui serait trop énorme pour être comprise?»

En transformant ce que veut dire «comprendre» en terme scientifique!

On a déjà eu ce type de révolution où les scientifiques ont dit que pour comprendre le monde, il fallait le découper en petits morceaux vérifiables (réductionnisme).

Mais voilà que nous nous retrouvons avec trop de petits morceaux! Les modélisations sont si complexes que nous ne savons pas les interpréter.

Seuls les cerveaux artificiels seraient en mesure d'appréhender de telles complexités.

«This new knowledge requires not just giant computers but a network to connect them, to feed them, and to make their work accessible. It exists at the network level, not in the heads of individual human beings.»

Et ce n'est qu'une des idées du livre. Et pour vous en donner un avant-goût, savourer le blogue dédié aux thèmes du livre, c'est passionnant!

Bonne lectures d'été!



De l’utilité des bibliothèques publiques dans le futur

«La bibliothèque du futur continuera de rester un lieu. Mais un lieu où les gens viennent pour travailler ensemble et se coordonner et inventer des projets qui valent la peine de monter ensemble. Assistés des bibliothécaires qui comprennent comment attacher le tout, qui peuvent lier les domaines de connaissance avec ces travailleurs du savoir et rendant possible cette connexion.»


Citation librement traduite de ma part d'un extrait de Seth’s Blog: The future of the library (repéré chez Patrick M. Lozeau)



Wikipédia a 10 ans

Avec Stéphane Baillargeon à la tête de la page Convergence du Devoir, on peut enfin voir régulièrement des informations, plutôt objectives, et moins dénigrantes, sur le thème "internet". À preuve, ce matin, trois articles, un sur Twitter, l'autre sur Mail.ru et un billet sur Wikipédia a l'occasion de ses 10 ans.

Dans ce billet, de Stéphane Baillargeon, Wikipoche, il dépeint la portion sur les articles québécois de l'encyclopédie ouverte comme étant "poche": il s'étonne que les pages concernant le Québec soient de si piètre qualité et se met à rêver d'une grande "corvée de nettoyage" où il voit «les collèges et les universités du Québec [s'occuper] du portail Québec" sur la portion francophone de Wikipédia.

Il pousse maintenant l'idée jusqu'à affirmer que «l'exercice de vérification et de rédaction serait même très formateur pour les étudiants». On voit tout le chemin parcouru depuis son dossier en février 2009 sur le sujet (voir ici). Et surtout quand on sait que son collègue Christian Rioux voue aux gémonies cette idée de laisser les élèves modifier l'encyclopédie (disant du même souffle, CQFD pour ce qui est de la qualité sur Wikipédia) (Source). Que cette idée, portée par Prenzki depuis quelques années, s'étale dans le Devoir de la part d'un de leurs chroniqueurs, on sent que le journal qui a 101 ans est bien au 21e siècle...

Cette idée d'avoir des ambassadeurs numériques est loin d'être farfelue pour des petites nations comme le Québec -- qui n'arrive même pas à faire imposer, pour son propre sport national, des termes comme «bâton de hockey» et «rondelle», écrasé par la francophonie qui n'y voit que "crosse" et "palet" (cité dans l'article de Baillargeon).

Mais rien n'empêche le Québec de cesser de vouloir jouer les règles d'un jeu foncièrement inégal par définition et de commencer à supporter directement ou indirectement les organismes ou les gens qui cherchent à s'impliquer... Via les subsides du gouvernement? Pourquoi pas. Le monde de l'éducation devrait en faire un laboratoire grandeur nature? Probablement que oui. Les associations d'historiens, des chercheurs ou des organismes communautaires? comme condition à une subvention, ça pourrait marcher.

Les idées ne manquent pas. Le numérique est un territoire à conquérir. Bonne fête Wikipédia.

(MàJ) Dossiers à lire en complément: (merci à Chrism)
Critiquer Wikipédia sans passer pour un rétrograde qui n’a rien compris à la révolution 
Wikipédia et éducation : un exemple de réconciliation

(MàJ2) Merci EspaceB
- Excellent Jean-Noël Lafargue : «Wikipedia a 10 ans» (plus développé que mon billet)
- Aljazeera:  Look it up: Wikipedia turns 10

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Faut-il être un peu aristocrate?

Eric Fottorino, pour Le Monde, et republié dans le Devoir, a posé quelques questions à Umberto Eco à l'occasion du lancement en français de son dernier livre (De l'arbre au labyrinthe. Études historiques sur le signe et l'interprétation, Grasset). Une question a attiré mon attention.

Q: Pensez-vous que le savoir et la connaissance seront toujours diffusés par de l'écrit sur lequel on s'appesantit, ou au contraire que la culture de la vitesse, celle d'Internet, va finir par affecter notre capacité de jugement?

Umberto Eco: Je crois qu'il faut rétablir une culture des monastères, qu'un jour ou l'autre -- peut-être serais-je mort avant -- il faudra que ceux qui lisent encore se retirent dans de grands phalanstères, peut-être à la campagne, comme les amish de Pennsylvanie. Là, on garde la culture, et le reste, on le laisse flotter comme il flotte. Avec six milliards d'habitants sur la planète, on ne peut prétendre qu'il y a six milliards d'intellectuels. Il faut être un peu aristocrates de ce point de vue là.

(source)
D'emblée, on est frappé par cette question qui sépare en deux la culture. D'un côté, la "culture du savoir et de la connaissance" qui se transmettrait (et se définirait) par son véhicule privilégié (l'écrit) et de l'autre une "culture de la vitesse" qui affecte l'organe même de la rationalité ("capacité de jugement") au point de ne plus représenter le savoir même, ni la connaissance (sinon, on ne les aurait pas mis en opposition) et qui ne se définirait que par sa modalité (la vitesse de transmission).

Je ne sais pas s'il sous-entendait Wikipédia, Twitter et les forums dans la culture de la vitesse, mais quant au véhicule, il n'y a pas plus "écrit" que ceux-là. Alors d'où vient l'opposition?

Le danger de "l'immédiat", concept porté à son paroxysme, et à bout de bras, par Paul Virilio (hanté par "l'accident intégral" de la société de l'information --et dont je ne partage pas les conclusions comme exprimé dans mon billet en 2009, Virilio et la peur de l'immédiat) est probablement surévalué, mais suffisamment pertinent pour poser la question à Eco.

À quel point faut-il se formaliser que, non seulement Eco ne relève pas la rhétorique de la question, mais qu'il la défend presque ("Il faut être un peu aristocrates de ce point de vue là")

L'aristocratie, à mon avis, refuse aux autres un statut et les outils pour s'émanciper. Le web 2.0 a démocratisé l'accès aux outils, pour les pros comme pour les amateurs. L'élite refuse de voir les avancées parce qu'elle considère que la plèbe ne saurait ni bien l'utiliser, ni en faire quelque chose de noble -- en général sur la base de critères que seule l'aristocratie "maîtrise" (définition tautologique): la culture est ce qu'elle déclare culture.

Et la "culture", c'est le "livre". Ce qui donne des déclarations comme «Pour permettre aux gens dont c'est le métier de réfléchir [pour fournir une analyse en profondeur, un espace de réflexion] sur ce qui se passe sur notre planète. En 140 caractères, on n'a pas beaucoup le temps de faire ça.» (dixit la présidente d'honneur du Salon du livre 2010 de Montréal). Un peu comme si on réduisait la littérature au Harlequin. Ou la télé aux télés-vérité.

Et pourtant, Twitter, pour qui se concentre bien (tiens donc! un verbe d'action qui n'est pas réservé au livre!) sur les bonnes sources, «permet aux gens dont c'est le métier de réfléchir [pour fournir une analyse en profondeur, un espace de réflexion] sur ce qui se passe sur notre planète».

La preuve: cet excellent article Christian Liboiron sur l'ouverture (ambivalent) du Salon du livre de Montrtéal sur le XXIe siècle.

Bibliothèque 2.1

Deux journées vraiment passionnantes que j'ai animées au Forum des Bibliothèques de Montréal : Bibliothèques de Montréal 2.0. la semaine dernière. Pour ceux qui découvrent ce blogue suite au colloque, voici de quoi vous alimenter encore un long bout... jusqu'au web 2.1 ;-)

Blogues de référence sur la galaxie de la bibliothéconomie et consorts


Alain Giffard
"Culture, technologies, lecture, mémoire, hypertexte : Un des blogues les plus sérieux sur le contenu « littéraire » numérique et culturel".

Aldus - 2006
"A la découverte des nouveaux livrels, papiels, e-books, readers et autres "lecteurs" électroniques...

Alain Pierrot
"Spécialiste de l’édition numérique : tout sur le numérique dans le milieu de l'édition et des pouvoirs publics."

Dominique Lahary
"sujets concernant directement ou indirectement les bibliothèques"

Hubert Guillaud
"Observatoire de l’innovation pour comprendre les enjeux de l'édition électronique"

Sylvère Mercier
Le blog 2.0 d’un bibliothécaire bibliobsédé des bibliothèques (2.0)

Oliver Ertzscheid
Affordance: une veille intelligente et intelligible. Plein de chose que l'on retrouvent au hasard, par sérendipité.

Virginie Clayssen
"Une référence dans le milieu du numérique sur l'arrivée des nouveaux outils et des nouvelles possibilités de publication des contenus"

Jean Michel Billaut
"Spécialiste du web 2.0 dans les domaines industriels, avec une vision sur 2-3 ans (autrement dit, l'éternité)"

Jean-Michel Salaün
Directeur de l'EBSI. Passionnant.

Olivier Le Deuff
"Sur la culture de l'information. Le Guide des égarés existe depuis 1999 et était consacré initialement aux bibliothèques."

Bruno Rives
"Blog consacrés au Web et au numérique"

Thomas Chaimbault
"sur le monde des bibliothèques et les Sciences de l'information"

Pierre Chicoine
"Bibliothéconomie + Communication + Technologie = BiblioFusion"

Martin Jacques
Ses intérêts: les réseaux sociaux, la gestion documentaire, de l'information et de la connaissance

ePaper-france
"Actualité sur le e-paper, e-ink (papier et encre électronique) et ebook."

Homo-numericus.net
« Technologies numériques et société »

Bruits et chuchotements
Un bibliothécaire perdu dans l'information

Par-Dela
Sur l’édition et l’environnement numérique.

EBSI 2.0
Un blogue de la communauté étudiante de l'école de bibliothéconomie et des sciences de l'information

Point Livre
Réflexion sur l'édition et l'internet

Technothécaire
Revue des technos qui sont dans les bibliothèques publiques un peu partout dans le monde.

The shifted Librarian
En anglais et très bon !

Nouvellement arrivé(e)s: Marie D. Martel (Bibliomancienne) et Luc Jodoin (Bibliobabil)

Livres

Anderson, Chris. - La Longue traîne : la nouvelle économie est là !, (The long Tail)
« Les innombrables possibilités de connexion confèrent une liberté d’accès sans filtre à la culture et à des contenus de toutes sortes. ».

BOMSEL, Olivier. - Gratuit ! Du déploiement de l'économie numérique,
« Ce phénomène historique et économique singulier est souvent identifié à la baisse continue des coûts de traitement et de transport de l'information. Or il consiste avant tout dans les " effets de réseau "».

CASTELLS Manuel La galaxie Internet
« Essai d'analyse et d'interprétation du bouleversement subi par l'économie, la politique et la société du fait de l'introduction d'Internet, par une étoile montante de la sociologie, spécialiste mondialement connu de la société en réseaux ».

KEENE, Andrew. - Le Culte de l'amateur. Comment Internet tue notre culture
Mise en garde contre « un projet de société basé sur la gratuité ou la distinction entre le producteur et le consommateur tend à s’effacer, où la foule prend le pouvoir. ».

LEBERT, Marie. - Les Mutations du livre à l'heure de l'Internet, 1999
« L'Internet et les technologies numériques bouleversent le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. + une chronologie détaillée et une liste de sites Web ».

MANGUEL Alberto Une histoire de la lecture
« D'une anecdote à l'autre, ce livre, chronique minutieuse des lecteurs et de leurs passions, nous transporte dans un univers quasi mythique ». C'est le livre que suggérait Hubert lors de sa présentation.

SOCCAVO, Lorenzo. - Gutenberg 2.0 : le Futur du Livre,
« Le livre va vivre sa deuxième révolution après celle de Gutenberg, il y a plus de 500 ans. Le livre est un objet qui n'a cessé de connaître des évolutions au fil des millénaires. Il va, durant cette première décennie du XXIe siècle, connaître une révolution, comparable à celle de l'imprimerie au XVe siècle ».

VALADE, Jacques. - La Galaxie Gutenberg face au « big bang » du numérique, rapport d'information fait au nom de la Commission des Affaires culturelles, septembre 2007
« L’avenir du livre dépend en premier lieu – c’est un truisme, mais il faut cependant le rappeler – de l’existence d’un public pour l’acheter et pour le lire. ».

VIGNE, Eric. - Le Livre et l'éditeur
« les conséquences de ce bouleversement du monde de l’écrit sur la fiction, les ouvrages de sciences humaines et l’essai, tente de comprendre cette tendance à partir des pratiques de l’éditeur. »

Accueillir le numérique? Une mutation pour le libraire et le commerce du livre
Vous trouverez aussi d'autres références de livres (je m'en suis grandement inspiré pour ce billet)

Vidéos

Information Overload

Michael Wesch :
-Information R/evolution This video explores the changes in the way we find, store, create, critique, and share information.
- A Vision of Students Today A short video summarizing some of the most important characteristics of students today
- Machine is Us/ing Us (Final Version) "Web 2.0" in just under 5 minutes.

Prometeus :
- The Media Revolution part 1 "The futur of media"
- The Media Revolution part 2 "In the year 2015 People have access to a deep information. However the press as you know it as seed to exist. The road to 2015 began in XX century."

CommonCraft :
- Social Media in Plain English A simple story that illustrates the forces shaping social media
- Social Bookmarking in Plain English A short explanation of the features and benefits of Social Bookmarking sites like Delicious.com.
- Online Photo Sharing in Plain English A short explanation on the benefits and features of online photo sharing
- Blogs in Plain English A video for people who wonder why blogs are such a big deal.

Trois choses dont le livre n'a pas le monopole

Il y a des fois où mon journal (papier) favori lance des flèches détournées sur mon médium favori (le web). Combien de fois je lève les yeux au ciel en me disant : il va bien falloir crever l'abcès un jour.

La connaissance au poidsJean-François Nadeau, dans le Devoir de samedi (et n'essayez pas de le retrouver, l'article est verrouillé) a signé une excellente chronique sarcastique sur son confrère de la grosse Presse Patrick Lagacé et son billet où il dit que le livre meurt (et ce n'est pas grave) --oui, oui, disponible en ligne-- car il, Patrick, ne lit plus ou presque de livre. À cause du web.

«La nouvelle est-elle ici d'apprendre que le chroniqueur a déjà lu des livres ou qu'il n'en lit plus» lance caustiquement Nadeau. Avouez que c'est un bel humour. Mais c'est la suite qu'il faut lire.

Faux, le livre ne se meurt pas, insiste-t-il, «les gens lisent plus de livres que jamais à l'échelle du globe. On en édite d'ailleurs de plus en plus».

(re)lire
Ça, ça fait plaisir à... lire. Même si je ne dirais pas qu'acheter un livre, c'est le lire (ça se donne en cadeau, par exemple --et rien ne dit que l'autre va le lire) ni que la quantité délirante de bouquins que les éditeurs déversent depuis plusieurs années sur le marché est de bon augure pour la qualité, mais je suis trop content pour m'empêtrer dans ces détails et ça nous éloigne trop de notre propos.

Il ajoute ensuite: «Comment peut-on soutenir en effet sérieusement qu'abandonner le mode de lecture que permet le livre serait sans conséquence sociale fâcheuse?"

Bon. Voilà. Pause. Trois choses d'abord.

  1. Le livre n'a pas le monopole de la lecture. Dire que le livre se meurt ne veut pas dire que la lecture se meurt.
  2. Le livre en tant qu'objet sera, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, obligé d'encaisser l'arrivée d'internet, et dans certaines catégories, c'est déjà commencé.
  3. Le livre n'est pas le seul détenteur de l'accès au savoir. D'autres modes d'accès à la connaissance, à la culture, émergent autrement que par la linéarité --même que certaines pensées s'acquièrent plus facilement par les hyperliens.
(é)lire
Jean-François Nadeau avait peut-être ces trois points en tête, car il ajoute ensuite: «La lecture que propose Internet est d'un type nouveau. C'est une lecture par agrégation d'information conçue pour un court terme en dents de scie. Jusqu'à preuve du contraire, le Web ne permet guère une réflexion dans la durée

Je ne sais pas qui il suit sur son agrégateur, mais rien que sur le sujet des livres, de la bibliothèque et de l'information à l'heure du web il y a Olivier Ertzscheid, Silvère Mercier, Bertrand Calenge, Dominique Lahary, Jean-Mary Le Ray, Alain Giffard, ou l'ubiquiste Hubert Guillaud (Internet Actu, La feuille). Voilà de quoi le rendre moins sûr d'affirmer qu'il n'y a pas de réflexion dans la durée.

De ce côté-ci de l'océan, nous ne sommes pas en reste, car on peut suivre avec intérêt Jean-Michel Salaün, Mario Asselin, Remolino, ou les prolifiques Alexandre Enkerli et Mitch Joël.

Et tiens, rajoutons donc dans le lot, ne serait-ce que parce qu'ils ont déjà dit à un moment ou à un autre des choses similaires à ce qu'il reproche à Patrick Lagacé : Nicolas Carr, Mark Pesce, Yann Leroux, Olivier Auber et le prolifique Dave Pollard.

(sa)lire
Statistiquement parlant, Nadeau a raison. La blogosphère n'est pas un haut lieu du savoir. Mais dans ce cas, les bouquins non plus. Statistiquement, regardez les arrivages d'offices et vous perdrez vos illusions...

Les journaux aussi, pris globalement, n'offrent qu'un faible niveau intellectuel, en moyenne. Ah bin ouais! j'inclus, moi, les journaux jaunes, comme lui, je crois, doit inclure skyblogue et myspace dans son décompte du "web".

(dé)lire
Mais peut-être a-t-il autre chose en tête quand il dit «réflexion dans la durée».

J'espère qu'il ne fait pas allusion à la pérennité du papier, dont on sait que les éditeurs peu soucieux n'ont cure en nous refourguant des livres dont les pages s'émiettent et où sa reliure tombe en lambeaux après quelques manipulations.

Ou fait-il allusion à la perte de mémoire du "numérique"? ce qui n'est pas plus différent que la non-réimpression d'un livre...

Je crois que nous avons là plutôt une réaction toute culturelle, peut-être cutanée ou alors simplement motivée par une sainte exaspération de voir la logorrhée 2.0 rendre caduque une certaine conception de la connaissance...

(savoir)lire
Quand il termine (en citant de nouveau Patrick) «"je profite du génie collectif des internautes" lance Lagacé à la va-vite, visiblement peu avisé, en cette ère où règne le blogue, que la pensée en commun conduit le plus souvent à des pensées communes», il émet une opinion, qui en dit long sur ce qu'il pense de "la base qui autopublie ".

Ce que Patrick a dit reflète davantage une réflexion qui a cours depuis plusieurs mois déjà sur Internet : filtrée par une communauté, via un réseau social basé sur des intérêts convergents, parfois temporaires, une certaine co-construction du savoir se fait sur le web. Patrick était au contraire bien avisé d'affirmer son attachement au "génie collectif".

(Tire)lire
Puis-je citer un passage du livre Christian Vandendorpe que Nadeau refuse à Lacacé?«On vit une époque aussi excitante, au plan intellectuel, que la Renaissance. Peut-être même plus. Le pari que je fais, aujourd'hui, c'est qu'on va voir naître une plus grande curiosité, un plus haut degré de connaissance.» Mais j'aurais pu citer tout autant une bonne partie de la blogosphère. Il s’agit seulement de bien sélectionner le bon "génie collectif".

Et en abordant le "génie collectif", Patrick ne fait rien d'autres que dire comment l'électronique n'est pas qu'un nouveau support, mais que la lecture, linéaire et solitaire, se voit déborder sur ses côtés par des modes d'acquisition dialogique ou communautaire qui n'a rien de commun, sauf à insister sur un humanisme myope à certaines émancipations sociales facilitées par le web.

Lire sans support
En ce qui concerne le livre-objet, les journaux-papiers, et les magazines au poids, on y trouvera aussi quelques autres grandes figures qui ont annoncé avoir quitté le monde du papier pour le web. Quand le livre verra un support digne de ce nom le concurrencer, d'autres suivront...

Est-ce que je me trompe?
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À lire sur Zéro Seconde
-Support physique : fin annoncée? 18 novembre 2008
Avec le tout numérique et une conscience écologique,est-ce la fin du support physique du contenu en tout genre (musique, nouvelles, etc.)?
-Fin du papier 9 septembre 2008
On annonce régulièrement la fin des livres. Ce qui sera serait étonnant. Mais serait-ce plutôt la fin du papier qui s'annonce avant.
-Ceci ne tuera pas cela 28 janvier 2008
Bibliothèque comme sélection aléatoire de la connaissance
-Mythologies de la connaissance [1], [2] et [3] Novembre 2006
-Écosystème de l'information: une série de 5 billets en cours:
(1) Twitter surge
(2) P2P News
(3) Info-broker
(4) Context is king
(5) Large scale reactivity

Revue de blogues

Parfait voilà de quoi vous inspirer dans vos discussions autour d'un bon café, sur la plage ou dans des 5 à 7 ennuyeux.

2008 : l'information se cherche un contre-pouvoir
Jean-Marie Le Ray tire les leçons d'un scoop 100% Web qui n'a été relayé ni par la presse traditionnelle ni sur Internet et réfléchit à l'établissement et la crédibilité d'un contre-pouvoir de l'information en ligne.

YouTube évolue pour maintenir la concurrence à distance
Fred Cavazza fait le tour des récentes modifications à Youtube. Tout en soulignant la difficulté de Google de rentabiliser l'entreprise.

Facebook et Flickr
Éric Delcroix prend un moment pour faire le point sur les liens entre les deux sites et offre pour notre plus grand bonheur une liste d'applications.

La nouvelle économie des rédactions du futur
Benoït Raphaël commente les propos de Jeff Jarvis qui propose à la presse de tout donner à Googleà ( et qu'elle se concentre sur le contenu).

Et un p'tit dernier, en anglais
Why Abundance is Good: A Reply to Nick Carr
Clay Shirky répond à Nicholas Carr à propos de l'article qui a fait beaucoup de bruit le mois dernier, Is Google making Us Stoopid?.

"I think, is the real anxiety behind the essay: having lost its actual centrality some time ago, the literary world is now losing its normative hold on culture as well. The threat isn’t that people will stop reading War and Peace. That day is long since past. The threat is that people will stop genuflecting to the idea of reading War and Peace." (source)

Il dit que le respect même envers la culture d'élite suit son cours : il tend à disparaître. Il abonde dans la logique que la surabondance de l'information donnée par Internet modifie la culture, et le rapport à la culture.

Cette dynamique qui dit que la "culture populaire" tue la culture ne date pas d'hier et il ne faut pas s'attrister de cette évolution (mais il faut rester critique) : l'évolution culturelle s'est accélérée dans le dernier demi-millénaire. Il n'y a que les "luddites" qui croient qu'hier était mieux.

MàJ: Il a écrit un addendum pour préciser sa pensée ensuite: Why Abundance Should Breed Optimism: A Second Reply to Nick Carr

PALC à la BNQ

Hum! La Bibliothèque national du Québec (BNQ) a installé un "filtre WebSense" sur leur accès internet Wifi pour "bloquer" des sites "selon une ligne de conduite".

Filtre WebSenseBien! "Utiliser des jeux interactifs sur Internet" ne fait pas parti des pratiques de la BNQ! Bonne nouvelle, laissons la bande passante à ceux qui veulent accéder à la connaissance! Théoriquement...

En fait, l'autre jour, j'ai été victime d'une définition trop laxiste du sens websensien de "jeu": on m'a bloqué 'accès à un billet de... La feuille.

S'il y a bien un seul site qui doit être autorisé à entrer à la bibliothèque, c'est bien celui-là ("Observer l'innovation pour comprendre les enjeux de l'édition électronique").

Ce billet parlait du premier contact d'un natif numérique avec un livre-papier ("Aucun son, aucune image même animée ne vient accompagner ou interrompre la lecture. Je lève la tête. Ca devait être ennuyeux avant, de lire.").

On voit bien que le billet était un "jeu...d'esprit".

WebSense a un bon... WebSense de l'humour....

Serait-ce un cas de "proxy à la con" ( PALC ;-)
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Une façon de court-cirtuiter Websense est d'utiliser
https://crabcakebatter.com/cgi-bin/index.cgi
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Ceci ne tuera pas cela

"Le développement d'Internet et du numérique a décuplé la demande de personnel" pour le métier de bibliothécaire dans les écoles. Interviewé par le journal Le Devoir ce matin Jean-Michel Salaün utilise l'expression c'est un «boom extraordinaire» pour ce métier. (Le Devoir 2008-01-28 : Le retour des bibliothécaires dans les écoles ?)
"[P]our faire face à la pénurie et à d'éventuelles embauches, le ministère a demandé aux universités offrant des formations dans ce domaine de rouvrir des cours sur la bibliothéconomie en milieu scolaire" écrit la journaliste Caroline Montpetit.

Elle ajoute "Et si les enfants ont accès dès leur plus jeune âge aux informations circulant librement sur Internet, ils ont plus que jamais besoin d'aide pour y faire un tri et pour évaluer la pertinence des sources qu'ils consultent."
Source Le Devoir
Je ne sais pas, pour ma part, si les jeunes savent qu'ils ont besoin d'aide, car l'offre des savoirs (ou plus prosaïquement, l'accès aux bases de données de documents numériques) laisse sous-entendre qu'ils peuvent se passer de tout filtre au prix d'une bien pardonnable approximation dans les résultats (compte tenu de l'effort investi).

Bibliothèque comme sélection aléatoire de la connaissance
La caverne aux livres (Photo de Gald)Ces bibliothécaires à venir auront fort à faire, car, comme le disait Dominique Lahary récemment (conférence ABF, Paris, Nov 2008 Un métier hybride à la carte ? De l’idéologie professionnelle au recrutement, fichier PPT, 55 diapos) il ne faut plus transmettre la centralité de la collection, mais mettre en perspective, c'est-à-dire relativiser les standards de la centralité de la collection.

Et tout ça, dans un contexte où l'usager est complètement métamorphosé par rapport à la dernière décennie : Google et consorts ont désenclavé la recherche et simplifié grandement (les puristes diront perverti) la recherche documentaire.

Mutation de l'usager
Il faut certes enseigner des techniques documentaires génériques, mais les bibliothécaires seront-ils formés à accueillir des jeunes pour qui une interface de recherche se limite qu'à un champ (contre une pléthore cabalistique encore en place dans les universités), où l'on cherche avec ses propres mots (folksonomie flexible contre catégorisation savante hermétique) et partout à la fois (recherche par contenu et non par "vedettes matières" ou "catalogues" ou autres regroupements subjectifs).

L'affranchissement des jeunes face aux médiateurs (documentalistes, bibliothécaires, journalistes, outils, accès, etc.) qui filtraient l’information de qualité a provoqué le développement de nouvelles stratégies de recherche.

Déplacement de la barrière à l’entrée
L'accès à l'information n'est plus un problème, c'est la capacité de traitement de cette information qui est devenue la nouvelle barrière. Le jeune se place tout seul au centre de l’information avec toutes ses faiblesses. Il n’y a pour ainsi dire plus aucun tri « en amont » par des experts : l’info est filtrée « en aval » par les usagers.

Or, devoir filtrer seul une information reporte sur l’utilisateur la validation de l’information et alors chacun finit par développer son propre système de filtre : d'où un éventuel problème d’intersubjectivité pour communiquer les « vérités » (voir Umberto Eco, ici dans Zéro Seconde, août 2005 : Le problème du filtrage de l'information sur Internet, 581 mots).

Le titre de ce présent billet fait un clin d'oeil au "Ceci tuera cela" (679 mots) souvent cité par Eco comme exemple de frayeur des nouvelles technologies (auquel il n'adhère pas, d'ailleurs) (Lire Umberto Eco, sur themodernword.com, The Future of the Book, 4762 mots). Bien sûr, ceci ne tuera pas cela, mais il sera drôlement meurtri.

Expérience (sur)vécue
Moi-même, je subis ces mutations cognitives. Récemment, en allant à la Grande bibliothèque (BAnQ), pour trouver un livre sur un sujet en particulier, je me suis heurté à plusieurs reprises à des bibliothécaires avec lesquels nous n'avions plus aucune langue commune pour communiquer: je cherchais des livres sur l'architecture de l'information (requête Google) et on me répondait, hagard, un équivalent sur le web du code 404 (requête BAnQ).

Je cherchais, pourtant, c'est simple, un livre sur l'architecture de l'information. N'importe quel livre. Mais je ne savais pas dans quelle "vedette-matière" ni quelle description utiliser outre les mots "architecture", "information". Compliqué?

N'ayant aucun mot en commun pour désigner nos savoirs respectifs (lui enfermé dans ses "catégories", moi avec mes "mots-clefs") nous avons dû à tâtons, comme jadis Jacques Cartier parlant avec les Amérindiens, construire au vol un vocabulaire approximatif pour "structurer" mon besoin documentaire et lui une stratégie d'interrogation de sa base de données.

Inutile de dire que ce que nous avons trouvé à nous échanger équivalait, j'imagine avec la même déception que le chef Donnacona et Jacques Cartier, à faire du troc avec un bout de miroir et des bijoux de pacotille. Rien de valable, quoi. La recherche nous a laissé bredouille. Lui est retourné à son harassant travail de reclassement des bouquins dans les rayons et moi je suis revenu illico en ligne et à la place j'ai acheté sur Amazon.com.
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Blogs pertinents pour réfléchir davantage sur le thème
Affordance.info (Olivier Ertzscheid)
Bibliobsession 2.0
Bloc-Note (Jean-Michel Salaün)
Urfist Info
Dlog (Dominique Lahary)
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Photo Gald : la caverne aux livres

Appelez le Helpdesk!

Les vieux ne comprendront jamais rien aux nouvelles technologies. Mode d'emploi.


Introduction au livre (suédois s-t français) Via UrfistInfo.
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Liens du lundi

Bon lundi tout le monde. Pas le goût de continuer à travailler? Je vous offre des raisons supplémentaires : il y a tant de chose à savoir!

Le web 2.0 en politique, la collaboration comme valeur émergente, l'entreprise quantique et quelques liens supplémentaire sur la folksonomie pour ceux et celles qui ont participé à mon séminaire sur la bibliothèque 2.0 la semaine dernière.

Le dilemme du prisonnier
Cette célèbre situation théorique se produit aussi dans la vie quotidienne: faut-il collaborer ou trahir? Thierry Crouzet (auteur du Peuple des connecteurs) croit que nous nous dirigeons vers un monde massivement interactif, où la collaboration vaincra de la méfiance.

My.BarackObama.com
La politique américaine est déjà au web 2.0 (via Marc Snyder)

Faites de la création
A l’occasion des 30 ans des Grands Prix de la publicité Stratégies, la rédaction du magazine lance son blog dédié à la création publicitaire pendant 30 jours (et plus si affinités)

Mesh-y Reflections
De retour de la conférence Mesh à Toronto, Mark Federman (du blog "What is the (next) message?") nous donne ses impressions et un résumé de sa théorie originale sur les organisations émergeantes : la théorie organisationnel de valence

Lying, laughing, quirkology
An edited extract from Quirkology, by Richard Wiseman, which use a scientific approach to answering some question on how we, social animals, behave everyday about deception, lies, jokes...

Globalisation et identité
Une conférence en ligne de Manuel Castells, présentant ses réflexions sur le rapport conflictuel entre la globalisation et les projets identitaires (via Affordance)
Twenty Usability Tips for Your Blog
Condensed from dozens of bloggers’ experiences by Tom Johnson

A cognitive analysis of tagging
How the lower cognitive cost of tagging makes it popular, by Rashmi

Thingology
The LibraryThing's ideas blog, on the philosophy and methods of tags, libraries and suchnot.

Filter 101
What kind of filtering works best and under which conditions, by Chris Anderson, auteur du The Long Tail.

Icône du Silk icon set 1.3 de Mark James

Le fantôme de l'Europeana

Europeana Beta est en ligne! J'écrivais récemment sur la contribution française à la Bibliothèque numérique européenne conçue dans le cadre du portail européen The European Library et qui est la "réponse" politique à Google Books. (via Affordance)

Europeana beta est en ligne (22 mars 2007)
Vous y trouverez 12 000 documents libres de droit en version intégrale, du XVIe Siècle au XXe Siècle, classés par thèmes, provenance et langue. Mais la plupart des fonctionnalités annoncées n'y sont pas.

Gros Beta, va!
C'est que Europeana se veut (?) un laboratoire expérimentant des fonctionnalités nouvelles de bibliothèque numérique. Voilà pourquoi la plupart des fonctions ne sont pas encore développées (voir ce qui est illustré dans la maquette ).

Une version beta, quoi, qui sert "à alimenter la réflexion au niveau européen sur la Bibliothèque numérique européenne et à faire évoluer Gallica.

À faire évoluer quoi?! Une nouvelle version de Gallica, la Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France ? Qui reprendra les fonctionnalités d'Europeana en les complétant et en les améliorant?

Et qui s'occupera de Europeana.eu? Ah ce n'est qu'un prototype. Ah? Jean-Noël Jeanneney à la tête de l'équipe de direction d'Europeana a annoncé qu'il quittait la présidence de la Bibliothèque nationale de France le 2 avril prochain. Quoi, la Bavière a signée avec Google Books? Bon on fait quoi maintenant?