ZEROSECONDE.COM: Viral (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Québec: une immunité techno-virale?

Michelle Sullivan publiait cette semaine (ah, heureusement qu'il y en a qui bosse!) un petit résumé des statistiques que Rogers a amassé sur les Québécois en 2012.  C'est sur un joli tableau ici, sur son billet.

J'ai retenu deux faits.  Il semble que le Québec réagisse différemment des autres à deux phénomènes viraux dans deux sphères bien différentes. Je ne parle pas de la grippe. Mais de mode virale.

Commençons par la première statistique.

28% des Québécois ont visionné Gangnam Style

Je n'aurai jamais pensé que quelqu'un poserait ce genre de question dans un sondage: ne reculant devant rien, Rogers l'a posé pour nous!

Donc, oui, c'est 28% des Québécois qui ont succombé au vidéo viral! Tiens, tiens, à peine 1/3. Moi qui croyais que tout le monde, jusqu'à Saint-Élie-de-Caxton, dansait sur la K-pop! Bon, Ok.

Faisons alors un peu de statistique croisée, question de voir ce qu'on peut en tirer d'autres.

Le Québec compte 8 millions d'âmes au pays (selon L'ISQ), alors, on peut estimer qu'environ 2,25 millions de Québécois ont visionné la vidéo virale. (Nota, environ 80% des Québécois utilisent Internet (selon CEFRIO) donc c'est 35% des internautes Québécois qui ont visionné la vidéo virale).

Sachant qu'Internet compte 2,5 milliards d'Internautes (selon IWS), et qu'il y a un milliard de visionnements sur la vidéo de PSY sur YouTube (selon Google), c'est donc, grossièrement, 40% des internautes mondiaux qui ont vu la vidéo.

De ce nombre, donc, 0,2% de ces visionnements seraient dus à mes compatriotes.


Évidemment, ce sont des calculs théoriques:

  • (a) une personne pouvant être compté deux fois par YouTube et 
  • (b) les pays sous-développés, ainsi que les pays techno-ermites, comme la Chine ou l'Iran, sont comptabilisés dans la population d'internautes mondiale, mais n'ont pas (toujours) accès à YouTube pour des raisons de censures ou de bande passante.

Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est que la statistique pancanadienne, elle, montre que c'est 43% des Canadiens qui ont visionné cette même vidéo (selon Rogers)

Donc, si on retire les Québécois du lot, c'est presque 1 Canadien sur 2 qui se serait adonné aux joies du visionnement de la vidéo la plus virale de tous les temps. (Ce sont les provinces maritimes qui ont le plus écouté la vidéo, avec 48% --les stats de Rogers sont plus précises et séparent par genre et âge).

Les Canadiens ont été environ deux fois plus «infectés» que les Québécois, soit environ 13 millions, si mes calculs sont bons. Les Canadiens ont plus visionné la vidéo que la moyenne mondiale, et les Québécois moins.

Et selon l'âge, sans surprise, c'est près de 86% de tous les Canadiens âge entre 18 et 26 ans qui ont écouté la vidéo. Les jeunes clairement adorent -- les 55 ans et plus, beaucoup moins avec seulement 19%, pancanadien.

Cette vidéo étant le viral la plus rapide et la plus fulgurante de tous les temps, elle donne une certaine indication de la pénétrabilité virale selon les cultures à travers le monde.

Une certaine tolérance à la musique pop, au kitch/ridicule, à la parodie est nécessaire pour apprécier et partager cette vidéo. La culture anglo-saxonne y serait-elle plus perméable, et la québécoise (francophone?) y carburerait moins?


À l'émission La Sphère de samedi dernier, Matthieu et Catherine se sont vantés en onde de n'avoir jamais vu la vidéo et se sont bien promis de ne pas l'écouter. Je n'en ferais pas une règle générale, mais ça donne une piste de réflexion: est-ce qu'il serait possible que les Québécois soient ainsi immunisés contre ce type de viral par pure méfiance de ce qui est un viral venant d'ailleurs, une distraction puérile, un vain jeu sociale sans pertinence?

À mon avis, Gangnam Style est incompréhensible si on ne voit pas aussi l'écosystème des parodies qu'il a généré. Vouloir visionner à froid la vidéo de PSY génère plus de questions que de plaisir. C'est l'effet qui accompagne la vidéo qui lui donne une aura. Les Québécois n'ont peut-être pas le même sens de l'humour. Ils sont en tout cas résistants à ce virus venu d'ailleurs.

Passons à la statistiques plus sérieuse.

74% des Québécois croit qu'en 2013, plus de gens seront sur le mobile


J'adore ces sondages qui sondent le plus sérieusement du monde des gens pour connaître les tendances de demain. Toutes les questions sont bonnes à poser!

Donc, les 3/4 des Québécois pensent que plus de gens seront connectés à Internet par le mobile.

Je ne crois pas qu'il faille demander à qui que ce soit de penser quoi que ce soit des tendances de connexion de 2013. C'est 100% sûr que davantage de gens seront sur le mobile l'an prochain!

Que monsieur ou madame Tout-le-monde pense pareil ne prouve qu'une chose: que le message des gourous internet, des journalistes technos et des marchants de bidules électroniques s'est bien rendu à leurs oreilles! Comment peuvent-ils autrement connaître ces statistiques?!

Non, la vraie surprise, c'est que 20% ont répondu non. Non, ils ne pensent pas que plus de gens seront connectés à Internet via un mobile. Mais sur quelle planète vivent-ils? Quoi? Le marché des smartphones serait saturé au pays? Non! Au mieux, cette statistique montre que les répondants à cette question sont incompétents -- mais comment peut-il en être autrement, de toute façon?


En fait, la seule façon de comprendre cette statistique, c'est de la voir comme étant une "intention d'achat" d'un smartphone (on projette sur la société ses propres désirs ou ceux de son entourage).

Là, ça devient clair! : seulement 76% des jeunes Canadiens entre 18 et 24 % pensent que plus de gens seront connectés à Internet par le mobile contre 82% chez les 55 ans et plus. Rogers sait maintenant où se trouve son segment le plus prometteur. Un smartphone n'étant pas à la portée de toute les bourses, plus de jeunes prendront leur mal en patience.

Mais quand on remarque la différence entre les provinces, on découvre autre chose. La moyenne canadienne est de 80% contre 74% au Québec. Est-ce qu'on doit comprendre que la vague mobile sera moins présente au Québec qu'ailleurs en 2013?

Le Québec semble, autant du côté mobile que du côté de vidéo, ne pas suivre le même rythme que le reste de la planète techno. Une certaine immunité techno-virale peut-être...

Avez-vous des pistes d'explications?

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Pour plus de statistiques, consultez directement le Powerpoint sur Slideshare.

Gangnam style franchit le cap du milliard de vues

Le cap a été franchi aujourd'hui, juste à temps pour cette fin du monde, celle que l'on fait dire à la prophétie attribuée au calendrier maya, qui est vraisemblablement fausse, puisque j'arrive à poster un billet ici et vous à le lire.

Je vous en avais glissé un mot, quelques jours avant que la vidéo ne dépasse finalement l'ex-king de YouTube (Justin Bieber) et depuis il a continué son ascension vers le record de tous les temps. (Lire mon billet  Gangnam Style: la K-Pop comme mème virulent).



Pour qu’une vidéo devienne virale, il faut que celui qui la regarde « contamine » au moins une autre personne (en bas de 1, « l’épidémie » se résorbe d’elle-même).

Actuellement, de façon purement arithmétique, on peut émettre l'hypothèse que, grosso modo, la moitié des internautes ont vu la vidéo (1 milliard sur 2 milliards d'internautes). J'arrondis grossièrement.

Donc, on peut induire que la moitié "non-infectée" va vouloir connaître ce que l'autre a vu. Et donc que la montée en flèche de Gangnam Style ne s'arrêtera pas en si bon chemin et ira probablement encore plus loin, beaucoup plus loin (mon pari: le 2 milliards en 2013). Une "explosion virale", quoi!


Évidemment, les "vues", ne sont pas des "visiteurs uniques", donc il serait hasardeux de dire que "tous les internautes ont/vont danser sur Gangnam Style".

C'est le souhait candide que je proposais en sous-texte dans mon '"conte de Noël techno", hier dans mon autre blogue, Triplex, sur les serveurs de Radio-Canada.
L’interconnexion d’Internet permet de se retrouver dans la même tribu, le temps d’une vidéo.

Par delà les temps immémoriaux, rappelons-nous que nous étions tous, une fois, dans la même tribu primitive qui s’apprêtait à quitter le continent africain.

Jadis, il y a 80 000 ans, autour du feu, on était réunis tous ensemble pour danser une dernière fois avec les autres membres avant de se séparer et conquérir la Terre.

Avec la mondialisation, nous nous retrouvons de nouveau, tous réunis, et dansons ensemble avec notre tribu enfin retrouvée, après un long, très long voyage…
Mais il sera plus probable que ce soit le premier milliard d'internautes qui souhaitent plutôt revoir la vidéo durant le temps des fêtes pour justement danser!

Si c'est le cas, l'explosion vers le 2 milliards arrivera bien plus vite qu'on le pense!

Vos photos qui peuvent vous dénoncer

C’est l’histoire d’un employé dans un Burger King qui a téléchargé en ligne une photo où l’on voit ses pieds dans deux plats de laitues. 


 «Voici la laitue que vous mangez chez Burger King» écrit-il anonymement sur le réseau 4chan, un site de partage de photos.

Il est peut-être un employé frustré, mais il n'est pas un employé futé. Il a oublié de retirer les méta-données qui permettent de géolocaliser une prise de vue. 

Déroulement

  • Lundi 16 juillet à 11:38pm la photo est déposée sur 4chan.
  • 9 min plus tard quelqu’un avait déjà retrouvé la ville (Mayfield Heights, Ohio)
  • 3 minutes après quelqu’un avait trouvé l’adresse du Burger King
  • Un autre 5 minutes de plus et voilà qu'on avait déjà contacté les journalistes 
  • Exactement 20 minutes après que la photo a été mise en ligne, un message était envoyé à Burger King, c'en était fini...
Le lendemain matin, le manager responsable de l’ouverture était déjà au courant et l’employé était identifié! 


Morale? 
Si vous voulez faire le malin, ne postez pas n’importe où vos photos avec des métadonnées...
Et même si vous ne voulez pas faire le malin, vos photos en lignes sont peut-être des mouchards qui indiquent où vous avez pris ces photos de chalets, de maison, de votre famille...

C'est la révolution, parce qu'elle est télévisée

J'ai écrit un billet cette semaine sur mon autre blogue, Triplex, sur le 100e jour du mouvement étudiant et sur CUTV en particulier. Voici une suite (inspirée après la lecture d'un billet sur «CUTV et la révolution» d'une lectrice).
Voici un extrait de mon billet sur triplex:

CUTV, l'effet larsen et les médias sociaux

Les grands médias ont assez couvert de manifestations en temps réel par le passé pour savoir que le fait d’ouvrir les caméras sur une foule provoque en retour un effet de rétroaction sociomédiatique : un effet larsen social des médias qui provoque ce qui n’existait pas.


Une boucle de rétroaction est en place quand l’effet est lié à sa propre cause. La réaction entraîne une amplification progressive vers un emballement chaotique. Les médias sont depuis longtemps un élément de cette chaîne, soit comme agent provocant (en montrant la chose), soit comme régulateur (en relativisant la chose).

Quand les nouveaux médias « montrent tout ce qui se passe », les grands médias se retrouvent dans la position de régulateur. Ce qui rend la neutralité journalistique suspecte (être neutre et couvrir tous les points de vue banalise les événements) auprès des manifestants.

Avec CUTV, la boucle de rétroaction est enclenchée, car les effets observés dans la rue entraînent plus de gens indignés dans la rue, comme on le constate soir après soir.
(Billet complet)
Ce qui m'avait le plus surpris, et qui a été un déclencheur pour écrire le billet, c'est de lire en ligne tous ces gens qui, écoutant en direct CUTV, se demandaient «Mais où sont les médias?» quand les policiers chargeaient la foule.

Ils partageaient cette étrange impression que la réalité à laquelle ils assistaient devait être filmée et reprise dans "les médias".  Avec en surcroît, ce petit soupçon jamais très loin d'une conspiration du silence.

Mais étrangement, au même moment, ces médias se faisaient conspuer pour leur biais dans la couverture (pas assez pro-étudiant, trop à droite, ou ceci ou cela). Biais? Probablement. Mais en aurait-il eu un aussi s'il filmait en temps réel la manif, comme le fait CUTV, montrant les petits et grands drames? Probablement aussi.

Donc on ne critiquait pas l'absence des médias, ni leur parti pris...

On critiquait les médias, tout simplement.



Les médias sont critiquables et s'il y a bien une chose que CUTV a montrée, c'est de faire éclater au grand jour la façon ampoulée de couvrir les événements et la lourdeur de leur processus. Mais ils n'ont pas tout faux, au contraire

Ce que j'ai tenté de décrire dans mon billet, c'est que les médias connaissent l'effet larsen. Ouvrir une caméra, en direct, est déjà une forme de prise de position. Et ils en connaissent les conséquences.
On se rappelle les émeutes des finales de la Coupe Stanley à Montréal en 2008, les caméras ouvertes montraient les émeutiers en délire, ce qui invitait davantage de gens à se joindre au carnage. Comme l’effet de rétroaction décrit par Larsen quand on approche un micro d’un haut-parleur.
(Voir mon billet sur ces événements de 2008)
Quand CUTV s'avance vers les policiers qui chargent, en leur demandant pourquoi ils chargent, on se demande s'il ne provoque pas l'événement plutôt que de le filmer. Ça finit toujours par une mise hors d'onde après une bousculade. Effet larsen.

Est-ce que CUTV prend position? Dur d'en douter. Est-ce que CUTV est à blâmer? À ce que je sache, les policiers auraient chargé quand même, caméra ou non. Est-ce que CUTV montre une réalité que les autres médias taisent par peur d'effet larsen? Probablement.

Mais pourquoi cette retenue?

Il n'y a que sur YouTube que l'on peut voir le constable 728 arroser de poivre les innocents passants. Les médias sociaux n'ont pas de valve de sécurité: on écoute la vidéo en boucle et en boucle et on finit par devenir un indigné. Et le soir on passe à CUTV pour braver les policiers --qui nous chargent en retour. Effet larsen.

Les médias de masse jouent les seconds violons dans ces événements. Ils ne peuvent pas être partout à la fois. Les médias sociaux, oui. Les médias de masse ont un boulot à faire (et les événements n'en sont qu'un parmi d'autres à couvrir, chiens écrasés inclus) alors que les médias sociaux sont toujours sur l'adrénaline, jour et nuit, et uniquement sur ce qui compte pour eux à ce moment-là.

Les médias de masse maintiennent un semblant d'équilibre en étant un régulateur des images auto-excitantes. Le direct n'apporte pas nécessairement le degré de réflexion souhaitée:

- Est-ce le rôle d'un grand média de montrer la manif comme elle montre un défilé? J'en doute dans les conditions actuelles de production audio-visuelle.

-Est-ce que ce type d'«absence» sur le terrain amoindrit la légitimité des télés dans leur couverture? Probablement. Car une certaine pertinence a été accordée de facto à CUTV. Celle de montrer le non-dit, la conséquence concrète de manifester dans la rue, la brutalité policière, l'envers des nouvelles.


Mais tous les médias ne doivent pas tous être mis dans le même panier.

La télé -- média qui montre -- a le plus à perdre en discrédit. Comment peut-on la prendre au sérieux quand elle nous montrent des recettes de poulet alors que la brigade anti-émeute racle le coin St-Denis Maisonneuve?

La presse, grosso modo, se débrouille assez bien -- même si elle se rend compte que son opinion n'est pas majoritaire dans le tintamarre des réseaux sociaux.

La logique interne des médias est de traiter cet événement comme tous les autres événements, de lui retirer son caractère exceptionnel.

Oui l'événement fait la première page, quand ils sont 250 000 dans les rues. Mais a-t-on vu un cahier complet, quotidien? Voyons-nous des émissions quitter l'antenne pour annoncer que des étudiants sont en pris en souricière au coin de telles et telles rues? Non, la logique interne des médias demande de préserver un équilibre.

Et cet équilibre et cette objectivité sont perçus comme un immobilisme et un biais en faveur du statu quo. Alors que CUTV, en étant en direct, montre que c'est un état d'exception. 

C'est leur slogan. "La révolution sera télévisée". Et s'ils filment, c'est que ça ne peut être qu'une révolution.


Diagnostic de Diagnostic

Une pleine page. Voilà ce que la Fédération des Médecins Omnipraticiens du Québec (FMOQ) se sont payé. Une pleine page dans le journal aujourd'hui. Pour annoncer quoi? La diffusion d'un «documentaire-choc» sur YouTube! Quand la santé embarque dans les réseaux sociaux.

YoutubeUn exemple de la mutation du paysage audiovisuel, c'est ce «documentaire» de la FMOQ sur le manque de médecins de famille au Québec (1102 exactement -- précision chirurgicale si vous me permettez le jeu de mots).

La mise en page de la pub rappelle celle que Radio-Canada propose parfois pour des grandes émissions ponctuelles. Ton dramatique dans l'image et le texte («la pénurie de médecins de famille s'est aggravée de 45%») et un titre frappant «Diagnostic: un documentaire-choc à visionner sur youtube.com/medecindefamille».

Diagnostiquons «Diagnostic»!

Bon, mettons au clair, avant toute chose: ce n'est pas un documentaire, mais bien une publicité. Un documentaire doit être signé par un cinéaste et ici, ça sent la commande. Il manque totalement le traitement «journalistique» habituel (il n'y a pas de point de vue de politiciens ou d'experts) et le message est clair: c'est un moyen de pression de la fédération pour former davantage d'omnipraticiens.

Au lieu de se ruiner à passer 30 secondes à la télévision, la FMOQ a pu se payer à la place une série de 8 clips bien léchés pour la promotion de leur message. Les clips laissent toute la place pour voir le témoignage de certains docteurs sur la question du manque de médecins de famille et on nous invite à aller s'abonner à la page Facebook pour faire pression sur le gouvernement.

Diagnostic

Côté Youtube

Page dédiée et URL unique, la FMOQ joue toute de suite la carte de crédibilité. Leur canal YouTube est sans pub, avec une image de fond corporative. La vidéo principale reste tout juste en dessous du 10 minutes maximum et une série de 7 vidéos supplémentaires (de 2 à 3 minutes) sont disponibles (principalement des interviews/témoignages).

Les signes d'autorités sont partout (le stéthoscope est dans le design de la page et il n'y a pas un docteur qui ne la porte pas autour du cou). Les témoignages des médecins permettent de montrer leur quotidien, d'une façon peut-être moins stéréotypée que dans une pub ou à travers un reportage télé. En ayant plus de temps pour passer leur message, ils peuvent espérer toucher le coeur des gens (le côté rationnel, lui, est touché par les statistiques qui sont en surimpression par moment sur les vidéos -- «2M de Québécois n'ont pas accès à un médecin de famille»).

Mais je ne crois pas que ce pseudo «documentaire-choc» soit l'objet de la pub pleine page. La pub papier est l'amorce, et YouTube est la page d'atterrissage (landing page). Le véritable appel à l'action (call-to-action) est le groupe Facebook

Côté Facebook

Page Facebook traditionnelle. Environ 1590 personnes ont «aimé la page» (Facebook Like) quand je suis passé ce midi. C'est là que ça devient intéressant. Les gens peuvent aussi donner leur témoignage: « nous sommes 6 dans notre famille des enfants de 13 ans jusqu'a 2 ans et pas de médecin de famille... faut vraiment pas être malade».

Alors que YouTube pouvait faire «arrangé», sur YouTube, les commentaires sont réputés authentiques. Pcq ceux qui postent leurs commentaires le font aussi dans leurs réseaux personnels. Même si cela ne garantit pas de «faux témoignages», la différence ici est que ceux-là le feraient devant leur propre communauté. Les réseaux sociaux induisent une imputabilité de l'émetteur. Il est plutôt difficile de créer une désinformation de masse.

Dans l'ensemble ces témoignages montrent leur perception qu'ils ont d'avoir (ou plutôt de ne pas avoir) un médecin de famille. Et c'est bigrement plus efficace qu'un vidéo de commande. La santé est un thème très porteur, donc il n'est pas difficile de toucher le monde. Les réseaux sociaux peuvent alors permettre de capturer le pouls de la population.

Côté campagne

Le pari de lier une publicité traditionnelle pour démarrer un viral numérique est toujours risqué. La vidéo principale sur YouTube a été visionnée 1500 fois (chiffre de ce midi)[MàJ2 27000 deux jours plus tard et 51000 neuf jours plus tard] }MàJ3: 111 000 2 mois plus tard]. Quand on sait que la rétention est très courte dans les médias traditionnels et que le drive-to-web n'est pas très élevé. Ça ne s'annonce pas bien? Il est encore trop tôt pour conclure, car il existe peut-être d'autres tactiques médias, mais si la pleine page n'a pas joué un rôle de «drive-to-Youtube», elle a bien joué son rôle de marque.

Si la pleine page fait un effet de marque, alors c'est le groupe Facebook qui créera le viral. Leur compte Twitter annonçait que «la FMOQ lance une conversation dans les médias sociaux qui donne la parole aux médecins de famille». Cette conversation se tiendra très probablement que sur Facebook, Twitter n'ayant que peu relayé l'information actuellement (et la limitation de 140 joue pour beaucoup). Comme Facebook est une énorme caisse de résonance, dès qu'elle se met à vibrer, elle attire rapidement l'attention.

Côté apprentissage

La campagne média a été probablement l'initiateur du mouvement du partage de témoignages sur Facebook. Mais elle servira probablement plus à des cibles traditionnelles: les journalistes et les politiciens. «Hey regardez ce que l'on montre aux citoyens» et force est de constater que cette cible ira probablement voir les témoignages sur Facebook.

Mais ce que je vois d'intéressant aussi, c'est l'effet secondaire que ça a engendré. On lance un «document» audiovisuel sans passer par les grandes chaînes de télé, et directement du YouTube, qui se trouve être un canal qui «légitime» la diffusion (et paye la bande passante). Techniquement, un site web aurait pu faire la même chose. Mais la simplicité de laisser Youtube gérer la diffusion l'a emporté.

Le «diffuseur» ne fait plus office d'intermédiaire-filtreur, mais de simple relais. Les politiciens Obama et Harper l'on compris et court-circuitent les «gate-keeper» de la «parole télévisuelle», qu'ils soient journalistes ou chaînes de télé. Ils accèdent ainsi directement à la population sans filtre.

Faire ainsi permet non pas manipuler l'opinion publique, mais de provoquer des réactions qui peuvent être bénéfiques à une cause, sans devoir passer par l'aval d'un gate-keeper.

En engendrant un mouvement de foule médiatiquement orchestré, dont l'apothéose est cette «pétition des témoignages FaceBook», quelqu'un peut réussir à créer un rapport de force contre un acteur social.

Dans le cas présent, pour la FMOQ, ils tentent de mettre leur problématique à l'ordre du jour du gouvernement, un acteur social très sensible aux pouls de la population... À suivre.

Entrevue avec Seth Godin

J'ai rencontré Seth Godin il y a deux semaines lors de son passage à Montréal. Il était venu à Infopresse 360 pour parler des opportunités en temps de crise [présentation ici]. Voici (enfin) l'interview transcrit.

Seth GodinSon discours tournait autour de la puissance des "tribus": quand un changement majeur se fait sentir dans une industrie, il s'accompagne souvent de changement de règles, donc de transfert de pouvoir. Dans une économie d'interruption (publicitaires) en déclin, les marques entourées de "tribus" sauront s'en sortir.

J'ai eu la chance d'avoir un entretien d'un quart d'heure avec lui, voici le condensé de notre courte discussion.

Martin Lessard:
Où peuvent se trouver les tribus? Comment une telle communauté peut se mettre en place?

Seth Godin:
Robin Dunbar, un sociologiste, calcula un jour que nous sommes conçus pour ne pas pouvoir connecter plus de 150 relations. En anthropologie, on remarque les tribus ancestrales, au-delà de 150 membres se scindaient en sous-groupe pour former une nouvelle tribu. 150 semble être cette limite neurologique que nous nous pouvons supporter à entretenir des relations avec des gens à qui l'on fait confiance et que l'on aime.

Ce qu’Internet a fait c'est de prendre ce nombre et de permettre de le pousser à 1000 [le web offrant une extension à nos connecteurs cérébraux en quelque sorte]. Et du coup, il autorise de voir de nouvelles façons de penser et d'agir. En ayant personnellement un ami à Mumbai, lors des récents attentats terroristes, ma vision de l'événement change totalement. De la même façon quand le réchauffement planétaire menacera les côtes du monde entier, un ami de votre réseau sera éventuellement affecté. Cette expansion de notre réseau jouera un rôle sur notre côté tribal pour nous mettre en action.

Notes sur la question 1
[une intro sur le nombre de Dunbar [en] sur Wikipedia et l'article fondateur [en] ; ce nombre a été popularisé auprès du grand public par Galdwell dans son Tipping point ; la limite du réseau centré sur l'intimité semble par contre beaucoup plus basse (7); pour avoir un exemple du réseau en action autour de l'attentat de Bombay, voyez mon analyse du phénomène du microBlogage dans l'écosystème de l'information) ]

Martin Lessard:
Vous insistez pour dire qu'une tribu doit posséder un leader, pourquoi?

Seth Godin:
Si le nombre de connexions permises a augmenté, il faut aussi voir que le nombre d'opportunités pour les leaders augmente. L'expansion des connexions entrantes dans la communauté intéressera un leader qui pourra s'y consacrer, la nourrir, la faire grandir, et en faire lui donner encore plus d'opportunité d'investir en elle.

On peut se reconnaître partout dans le monde comme faisant partie d'une tribu. Une tribu peut se faire autour d'une idée et la question n'est pas comment la faire exister, mais pourquoi: par passion, ou par bénéfice personnel, ou parce que c'est notre description de tâche d'employé. Toutes les raisons sont bonnes. Il s'agit de savoir laquelle.

ML:
Mark Cubain [ le projet de financement Open Source Funding de Cubain ] and Richard Branson [le projet Pitch.tv] propose de rassembler des idéateurs pour pondre des idées sur lesquelles ils offrent d'investir. Sont-ils vraiment des leaders de tribus ou est-ce une simple foule? [une "crowd" ne se rentre pas dans la catégorie "tribe" selon Godin, notamment à cause de l'absence d'appartenance commune.]

SG:
Mark Cubain ne cherche pas à bâtir une tribu. Car il ne cherche pas les faire collaborer ensemble. Ce n'est qu'un moyen pour arriver à ses fins [plus d'info sur le blogue de Godin]. Richard Branson, lui, différemment, ne fabrique pas plus une tribu, mais plutôt une histoire. Il cherche plutôt à raconter une histoire à une audience plus large. Une tribu a ses "insiders" et ses "outsiders", ses membres se reconnaissent entre eux. Ici aucun des projets ne permet d'offrir de tels signes de reconnaissance. Ce qui n'enlève rien à ces brillantes initiatives, mais ce ne sont pas des tribus...

ML:
L'économie va mal. Côté social, on entend tous ces craquements. L'environnement montre des signes troublants. C'est le Jour de la Terre aujourd'hui [l'interview a été faite le 21 avril 2009] toute future idée ne devrait-il pas exclusivement être en fonction de bâtir des projets durables qui prennent en compte...le futur?

SG:
Le problème du jour de la Terre, d'une certaine façon, est que nous n'avons pas d'ennemi. Pour bouger, il faut un ennemi. Gandhi avait un ennemi, les forces colonisatrices. On doit se poser la question: que cherchons-nous à arrêter? Recycler quelques bouteilles aujourd'hui n'est pas la réponse. Dans quoi allons-nous investir pour que la chose fonctionne?

Un jour de réflexion n'est pas assez, il faut agir. Une idée brillante: Obama a proposé que chacun doit contribuer à rendre un service communautaire pour une heure, quelque part. Ce type d'engagement change les gens. Et ce n'est pas difficile.
J'ai ajouté un petit graphique dessiné à la volée sur les étapes qui définit un mouvement de tribu.

Tribe cycle
- Premièrement , il s'agit de créer une histoire (storytelling),
- De connecter la tribu (notamment en offrant une "place" pour se rencontrer),
- Puis de leader le mouvement (la tribu demande de se faire diriger),
- Pour ensuite accéder au changement.

Pour en savoir plus sur Godin et sa pensée
- Mon billet où je pointe vers plein de liens pertinents

Voici quelques vidéos
"All Marketers are Liars" - Seth Godin speaks at Google (48 minutes) 28 févr. 2006
Seth Godin at Gel 2006 (20:26) - 9 août 2006
TEDTalks Seth Godin: Sliced bread and other marketing delights (17 minutes) février 2003
Seth Godin at eBay Live 2008 (5 minutes) Juin 2008
(mise à jour 11 mai 2009) :
Seth Godin TEDTalks Tribes are what matters now Février 2009

Voici quelques liens
Site officiel : sethgodin.com
Son blogue : sethgodin.typepad.com

Voici quelques réactions à sa conférence et à la journée InfoPresse.
Fil twitter lors de la conférence
Adviso: Retour sur la journée Infopresse 360 : «Saisir les nouvelles opportunités d’affaires »
Patricia Tessier: Conférence Seth Godin
Normand Miron: Le Seth Godin Tribes Tour: un Mégashow God(in) Rock mémorable
(2 ajouts du 10 mai)
Isabelle Chrun Seth Godin Lost his Montreal Tribe
Marie-Claude Ducas Seth et moi

Voici d'autres entrevues que j'ai faites
Fred Cavazza (2007) : commentateur et spécialiste Internet. FredCavazza.net
Michael Geist (2007) : professeur en droit d’Internet et du e-commerce. MichaelGeist.ca
Daniel Kaplan (2008): délégué général de la Fing

Préparation pour l'interview avec Seth Godin

Je rencontre Seth Godin, l'auteur américain prolifique et orateur célèbre par son côté motivateur et innovateur dans son approche marketing en réseau. En préparant l'interview que je ferai avec lui demain, j'ai repéré quelques contenus que je trouve pertinent à partager avec vous.

L'entrevue aura lieu grâce à la gentillesse d'Infopresse qui organise une conférence demain (journée Infopresse 360) sur les opportunités d'affaires en période de crise. Je vais publier l'entrevue demain sur zéro seconde ou dès que j'aurais du temps ici.

Son dernier livre
Tribes: We Need You to Lead Us.
Le premier chapitre sur Amazon.
La version complète audio gratuite en ligne.
Version powerpoint qui présente de livre, par Seth Godin lui-même.
Un document d'accompagnement : CurrentTribesCasebook 240 pages, écrit par et autour des tribes.
Review of Seth Godin's Tribes (SEObook)

Vidéos
Seth Godin On How To Build And Lead Your Tribe: une conférence d'une heure, filmé tout croche, mais le contenu est là. Ne vous inquiétez pas, Seth apparaît après la première minute et demi.
Interview entre Andrew Warner de Mixergy.com et Seth Godin (version complète des 5 interview plus bas: 45 min)
Série de 5 interviews avec Seth Godin (extraits de la précédente vidéo)
1- Why You Need To Lead A Tribe (la version courte du précédent vidéo)
2- What Happens When No One Cares About What You Launched?
3- Should You Use “Bribes” To Get New Community Members?
4- How Hard Should You Pursue Money In Business?
5- We’re In An “Ask Economy.” So How Do You Ask?
Loic Lemeur interview Seth : Seth Godin Explains Why You Need a Tribe (et vous saurez aussi pouquoi il porte le nom de Godin).

Interviews
TED Interview: Tribes Author Says People, Not Ads, Build Social Networks
"The people who are successful at it, what they have in common is they take action for the tribe and with the tribe as opposed to doing things to the tribe"
Seth Godin on Tribes (Bigg Success podcast) en 3 parties (avec transcription)
1- What is a tribe? "A tribe is very different than a crowd. A crowd is just a bunch of people (...)A tribe is a group of people that are connected by a common goal, a common language, and common rituals."
2- The Power of One "One person is able to now leverage the work and enthusiasm and passion of hundreds or thousands of people"
3- Change and chaos creates opportunity "There’s no doubt in my mind that we’re going to see newly minted millionaires all over the world because of this chaos."
The Seth Godin Interview:How to Become a Leader by Brian Clark (copyblogger). Vous y trouverez des principes universaux pour bâtir une commuauté:

* People want to belong, they want to be missed when they don’t show up.
* Charisma doesn’t make you a leader, leading gives you charisma.
* Most of all, people care about themselves.
* Faith is belief in the future and it is critical. Religion is a set of rules designed to amplify faith at the same time it guarantees the status quo. As you can guess, heretics have a lot of faith, but not so much patience with religion. And heretics are the ones who make change.
* When in doubt, work with small groups. If you can’t find 5 followers, how will you find 1000?
* Talk to people with respect, don’t advertise at them.
* Transparency is your only option, because the tribe will smell artifice.

Vidéo viraux: les 7 R

La valorisation de contenu sur le réseau, c'est-à-dire l'ajout d'une plus-value à une information --pas nécessairement financière--, dans le cadre de certaines vidéos virales, prend la forme d'un cycle qui se segmente selon les 7 "R" : Regard, Relay, Reposting, Reacting, Remixing, Re-enacting and Reinventing.

Encore ici, cette valeur est particulière au réseau, comme le cas des photos virales sur les réseaux sociaux dont je parlais hier, et elle ne semble pas pouvoir être produite dans les médias traditionnels (du moins pas de cette façon).

C'est Rahaf Harfoush qui est arrivé il y a deux semaines à ce premier cadre original et qui explique les 5 R of Viral Video-- auquel je me suis permis de rajouter deux autres R, "Regard" et un second R, "Relay", pour le remettre dans un contexte d'écosystème de vie d'une vidéo virale.

Ça n'explique pas le mécanisme viral en soi (pourquoi ça marche), mais donne un cadre sur ce qui se passe quand ça marche (c-à-d les signes extérieurs que le viral marche). N'oublions pas, on ne commande pas une vidéo virale.

En analysant une vidéo de famille anecdotique, Rahaf arrive à montrer qu'un viral de ce type crée une communauté ad hoc de "consommateurs-producteurs " et que le contenu subit de multiples métamorphoses --la vidéo ne se fait pas que se propager-- pour permettre la réappropriation par le public.

Les 7 R des vidéos viraux : Regard, Relay, Reposting, Reacting, Remixing, Re-enacting, Reinventing

(7 R : j'ai toujours un petit faible pour ces cadres conceptuels qui possèdent une poésie rythmique baptismale.)

Je me suis permis d'ajouter deux stades pré-curseurs et modifier un peu son ordre pour avoir un bon portrait de l'écosystème d'un tel viral. J'ai conservé la nomenclature anglaise.

Voyons maintenant comment un viral ne vit pas seul et engendre un nouveau type de "cadavres exquis"...

Regard
La connaissance au poidsÉtape primordiale, évidemment, c'est la façon la plus passive de participer au viral : consommer la vidéo, y porter attention. Elle doit posséder des caractéristiques pour attirer l'attention et la conserver. Elle ne répond pas nécessairement à un besoin ni ne porte de message particulier (même si ça aide). Elle
est intéressante en soi (au moins pour la première personne qui la "trouve"), mais souvent le seul intérêt provient du fait même qu'elle a été transmise (1) par son réseau social ou (2) qu'elle figure dans une liste quelconque. C'est en général le seul contrôle que possède la personne qui souhaite créer un viral : trouver un terreau fertile et y exposer son document.

Relay
5 R du viralÉtape suivante, la relayer. C'est la façon la plus simple de donner une portée au contenu : les gens lie (link) ou encapsule (embed) la vidéo sur leur site, blogue, médias sociaux, réseau social ou l'envoie par courriel. Pour ça, la vidéo doit absolument toucher cette fibre : provoquer l'impression d'être devant une petite perle rare (généralement drôle, esthétique ou parfois morbide) et provoquer le besoin d'être le premier à le faire suivre à son réseau (scoop pour engranger du capital social). À cette étape la seule valeur que possède cette vidéo est d'être distribuée par un réseau social ("Si Alice me l'envoie c'est que ça doit être intéressant"). On peut considérer l'envoi par courriel comme un simple relais si on le considère comme une communication" privée", car elle n'implique pas l'acte de "publier" (point suivant).

Reposting
5 R du viralÉtape souvent cooccurrente et complémentaire à la précédente, on republit la vidéo. Le vidéo doit être recopiée à une autre adresse. Pas seulement lié (link) ou encapsulé (embed) mais bien copié. L'acte de "(re)publier" est beaucoup plus actif que le précédent point. Ça mélange aussi les cartes (on ne sait plus quelle est l'adresse originale et on perd les traces statistiques). À ce moment précis, on rentre véritablement dans le viral réseau (et voilà pourquoi Rahaf commence à cette étape): qu'importe le copyright, le propriétaire du vidéo perd à ce moment le contrôle de sa diffusion.

Reacting
5 R du viralLa "réaction", avec la large bande passante et la démocratisation des webcams et des outils d'enregistrements vidéo, l'apparition des "commentaires vidéo" s'est assez courante sur les réseaux sociaux et les plateformes d'agrégation vidéos. Cette étape consiste à montrer sa réaction (primaire ou réfléchie) au contenu référence. Je ne crois pas qu'il faille y voir un acte artistique, mais plutôt un acte épistolaire ou conversationnel. Le consommateur cherche à donner son point de vue "meta" à l'acte de réception.

Remixing
5 R du viralOn monte ici d'un cran hors de la passivité: une personne reprend l'original et le remixe, généralement en rajoutant une forme de commentaire artistique (musique, image, titre, surtitre, effets spéciaux, voice-over). Parfois, quand c'est bien réussi, cette version possède sa propre vie et peut dépasser l'original. Cette étape démarre le véritable "cadavre exquis", particulièrement fertile sur les réseaux entourant les contenus audiovisuels linéaires. Le consommateur cherche à donner son point de vue "éditorial" (ce qui en fait par définition un producteur de contenu).

Re-enacting
5 R du viralCette étape demande plus que le remixing et implique que les auteurs (ou leurs amis) s'impliquent et jouent dans le vidéo: ils "rejouent" la vidéo. C'est un remake, une parodie, une mise en scène décalée. Actuellement la culture entourant cette étape consiste à répéter mot pour mot le vidéo original à la façon des fans de films cultes. Mais elle peut prendre plusieurs formes et implique toujours une mise en scène de nouveaux acteurs (par opposition à un remixing, qui implique le même contenu ou un mélange de contenus.).

Reinventing
5 R du viralCette étape correspond comme à un spin-off, une suite en quelque sorte, une "réinvention" à partir de certains éléments originaux. Le lien est parfois ténu, mais le contenu demande un véritable travail de création. Créativement parlant, c'est l'étape la plus aboutie et le meilleur hommage au vidéo original. On prend un personnage et on l'exploite autrement, ou on ajoute des personnages pour étoffer l'histoire originale ou la prolonger. Cette étape, par son côté référentiel, confirme l'entrée du vidéo originale dans le panthéon du viral.

En allant sur le billet original de Rahaf vous verrez les principales étapes et des exemples qui les illustrent (en anglais). Thanks Rahat for the insight.

Obamicon.me : il y a du Obama en chacun de nous

Martin Lessard  Obama StyleAvoir votre portrait en forme d’affiche inspiré de celui de Shepard Fairey pour Obama, ça vous dit?

Rendez-vous à obamiconme.pastemagazine.com

Prenez votre photo avec votre webcam ou téléchargez votre photo, modifiez le message et voilà!

Jamais dans l'histoire de la communication avons-nous vu si rapide récupération d'une icône. En quelques mois, cette affiche "vintage" est devenue un plug-in web, déjà récupéré à mille sauces (Sarkozy, fido, etc.)

On a attendu 100 ans pour voir Van Gogh passer de l'avant garde incompris à un plug-in Photoshop popularisé devenu exercice de style dans les cours de peinture à la maternelle.

La notion d'original / de copie n'est plus ce qu'elle était...

TV en direct + FaceBook = TV Sociale

L'offre en ligne pour suivre "live" un événement s'est grandement développée. L'association CNN & FaceBook qui a présenté l'investiture du président Obama hier démontre ce que pourrait être la télé en direct dans un future très proche.

Tout en suivant live l'investiture, on pouvait, sur la même page, "chatter" live avec sa communauté Facebook grâce au partenariat CNN Live et FaceBook Connect.

CNN live + Facebook Connect
Statistiques
De Inside FaceBook (via Mario)

• 1,000,000 de personnes ont mis à jour leur statut facebook via l'application sur CNN.com Live Facebook
• 4,000 mises à jour par minute en moyenne durant tout l'événement
• 8,500 mises à jour du statut Facebook durant la première minute du discours d'Obama

• 25 millions de live video streams Via Beet.TV
• Autres statistiques sur NeeTeeVee.

Facebook tire ainsi le tapis sous les pieds de Twitter
FaceBook avait redonné un regain à Twitter en montrant l'utilité du "status", qui est en fait du micro-bloggage. Pourquoi s'embarrasser de tout l'appareil Facebook quand seulement le "status" suffit pour devenir un "média"?

L'idée géniale de CNN et FB a montré toute la puissance de la communauté de Facebook : suivre l'événement est une chose. La suivre en commentant en ligne en est une autre. La suivre avec sa communauté est tout à fait galvanisant.

Twitter n'a pas perdu la partie pour autant. Il reste un puissant outil de "breaking news", de scoops, du "peer to peer news". Mais ici si on veut regarder ensemble un événement, FaceBook + la télé est le nouvel endroit...

La télé sociale
Je ne crois pas que Twitter (ou autre outil de clavardage ou de forum) aurait offert le même degré de confort social: c'est comme aller écouter un événement sur un grand écran dans un bar ou un café, à la différence, dans le cas de CNN+FB, c'est que dans la salle ne se trouvent que des gens que vous connaissez. Les cris seront les mêmes ("Go Obama Go!") que dans une salle remplie d'inconnus, mais lancés ici par votre réseau personnel centré autour de vous.

Comme Facebook a réussi à paraître plus "personnel" (il n'y a pas d'anonymat sur Facebook), le côté "public" de Twitter semble tout à coup moins approprié... (voir en passant l'analyse d'ExVisu de Twitter sur les données linguistiques entourant Obama).

Une nouvelle audience
Comme l'investiture avait lieu en milieu de journée pour les Américains, les employés au travail ont pu se tourner en masse vers les sites web pour accéder à la diffusion en direct.

CNN a tapé dans le mille en attirant sûrement une grande audience qui avait déserté le petit écran. Les "numériques" ont redécouvert un nouvel usage de cette "télévision" qu'ils trouvaient peut-être trop traditionnelle, unidirectionnelle, dépersonnalisée.

Il ne faut pas sous-estimer ce type d'expérience: quand le réseau sera autant fiable que les ondes, il y a fort à parier qu’« accéder à la télévision» se fera par Internet pour ce type d'événements : on ne veut plus être tout seul devant l'écran.

Autres liens
Si vous avez manqué le discours d'Obama, c'est ici pour la video et ici pour le texte anglais (et ici pour des extraits en français)
Et vous pouvez voir toute la scène en 3D avec PhotoSynth (MS SilverLight 2.0 nécessaire) (via Journal du Geek)

Autres réflexions sur la télé et le web sur Zéro Seconde
Les réseaux sociaux comme extension de la culture de masse
::Où je tire un peu les oreilles de Radio-Canada et explique pourquoi les réseaux sociaux poursuivent une lointaine guerre entre culture d'élite et culture populaire.
Pré-diffusion TV
::Lancer sa saison sur le web avant de la lancer à la télé?
TV et le web : faites court
::Les gens peuvent passer jusqu'à 40 minutes sur YouTube, mais ils le font à coup de clips de deux minutes.
Métamorphoses de la télé
Les grandes mutations qui affectent l'industrie de la télédiffusion créent une fenêtre de nouvelles opportunités pour expérimenter et tester les nouveaux médias.
Pour ou contre Facebook?
Il est trop facile d'en faire un combat "vie réelle" versus "vie virtuelle", la dichotomie fondamentale est plutôt "en ligne/hors-ligne".

Du bon usage des blogueurs

Mince. Je tombe sur un billet de Jean-Marie Le Ray à peine quelques heures après qu'un journaliste du journal Les Affaires m'est interviewé sur l'importance des réseaux sociaux pour les entreprises. J’aurai pu lui refiler l'info : voilà un cas, noir sur blanc, où un bon usage des blogueurs peut avoir une importance très nette sur les ventes.

Tiré de Bloggers Increase HP Laptop Sales 85%, Jean-Marie en fait un excellent résumé: L'influence des blogueurs

L'histoire
En 2007, HP sort le "Dragon", un ordi "portable" dont les ventes font patate.

La compagnie s'adresse à Buzz Corps, spécialisée dans le marketing des médias sociaux et lance la campagne des "31 jours du Dragon" cet été.

Le concours
"31 blogueurs high-tech influents (influence calculée selon le nombre de liens, le ranking Google et les recommandations des autres blogueurs), chacun disposant d'un Dragon à faire gagner à son lectorat, tout en étant libre d'organiser son propre concours, d'une durée de 7 jours." résume Jean-Marie

Les résultats
Après un mois de concours: (citation de JM Le Ray) :
  • "Sur les requêtes HP et HP Dragon, les cinq premières pages de résultats de Google pratiquement trustées par les billets des blogueurs participant au concours !
  • Selon Buzz Corps, les 31 blogs ayant organisé les concours ont généré plus de 380 000 liens (sur la requête “31 Days of the Dragon”) !
  • Pour les blogueurs participants, plus de 25 000 occurrences dans les moteurs et un trafic augmenté en moyenne de 150% !
  • Pour HP, une hausse des ventes de 85% sur un produit lancé presque un an auparavant...
  • Mais plus impressionnant encore, des ventes globales en progression de 10% et plus 15% de visites sur HP.com !"

Conclusions
Cette campagne a rejoint une audience estimée dépassant 49 millions d'internautes, pour le coût de 31 portables donnés. Les chiffres sont hors du commun et on a du mal à y croire. Pourtant, certaines personnes s'évertuent à le répéter depuis longtemps.

Voilà des chiffres à se mettre dans le tableur tout de suite pour voir comment ça peut s'adapter à votre marché. Il y aura tout de même des pondérations à la baisse, mais le principe reste le même.

Ça donne un autre ton au polémique débat sur les blogueurs influents dans la blogosphère francophone. La liste des "influents" francophones est ici. La présentation originale est ici.
Word-of-mouth case study: HP 31 Days of the Dragon

Mais l'histoire ne dit pas si mon journaliste va venir voir mon billet à temps pour la tombée de son papier...;-)

La crise financière expliquée aux enfants

L'origine de la crise financière qui secoue en monde en bande-dessinée! Rue89 signale une petite BD qui circule depuis plusieurs mois et qu'ils ont traduit pour nous en français!. Bidonnant!
Et comme ils le disent "(les auteurs) mériteraient le prix Nobel de la vulgarisation, si l'académie suédoise avait la bonne idée de le créer". Mais ils n'auront visiblement jamais la palme du meilleur dessinateur ;-)

Lancer le diaporama

la crise de subprimes en BD

Vous pouvez aussi récupérer la BD en format PDF chez Rue89

Culture en péril - les mystérieux commentaires manquants

Trois quarts de million, tel est le nombre de visionnements du vidéo viral Culture en péril dont je suis à la trace depuis 1 semaine. Mais pourquoi les commentaires n'ont pas suivi la même courbe? Étrange...

En cumulant tous les vidéos sur Youtube (et seulement sur cette plateforme), c'est plus de 750 000 téléchargements qu'il y a eu en 7 jours. Vous trouverez les chiffres ici.

Statistiques
Yves Williams m'a transmis les graphiques suivants Merci! Yves suit aussi ce dossier et tout ce qui a rapport au viral internet durant les élections du gouvernement central.

Cumul de tous les visionnements (première semaine)
Culture en péril -cumul 1 semaine
On remarque que le viral commence à ralentir dans sa croissance effrénée depuis quelques jours

Évolution des visionnements par jour (première semaine)
Culture en péril -Evolution 1 semaine
On remarque que le gros des visiteurs l'a téléchargé le vendredi avec un petit regain mercredi. Dans les deux cas, ça correspond à une exposition à l'avant-plan dans les médias traditionnels.

Évolutions de commentaires par jours (première semaine)
Culture en péril -Evolution commentaires 1 semaine
On remarque que les commentaires ne suivent pas les rebonds de visionnements

Et alors?
C'est en comparant les deux graphiques que l'on est saisi par la question: pourquoi effectivement les commentaires ne suivent-ils pas la même courbe que les visionnements?

On pourrait s'attendre à ce que le taux de gens qui "commentent" une vidéo reste égal (disons 1%) qu'importe le moment où il le visionne (au début ou à la fin de la courbe), selon l'hypothèse que la réception du vidéo est indépendante de la volonté de commenter ou non. Dans ce cas, on devrait trouver que les deux courbes se calquent.

Viral en péril
Mais ce n'est pas le cas, et je ne vois que ces trois possibilités:

Hypothèse 1: les visionnements tardifs sont le fait de personnes qui ont déjà vu la vidéo. Ce sont donc des (re)visonnement qui ne comptent pas dans la courbe de visionnement. On pourrait en conclure que c'est un écho et que les personnes qui avaient à commenter l'ont déjà fait. De plus, la hausse de mercredi peut être le fait du lancement de la version longue.

Hypothèse 2: les tardifs sont moins enclins à commenter. Donc le taux serait variable dans le temps. Les plus rapides seraient plus bavards. Il y aurait corrélation entre commentateurs et relais du viral. On peut penser que les plus rapides sont plus habiles dans la communication internet que les tardifs qui sont peut-être plus "consommateurs" que "commentateurs". De plus, il y a toujours une prime à l'ego à écrire parmi les premiers. Les tardifs se disent peut-être bof, tout a été dit...

Hypothèse 3: une horde de veilleurs commentent les vidéos dans l'espoir d'orienter les réflexions. Ce que l'on pourrait appeler l'astroturfing. L'astroturfing cherche délibérément à forger l'impression qu'il s'agit d'un mouvement populaire spontané. À l'affût de ce qui se dit dans les médias et le web, ils se rendent sur les "lieux" pour "partager" leur voix.

In coda venenum
Cette dernière hypothèse est délicate et sensible. Cherchons à nuancer. Une stratégie d'astroturfing est plus vicieuse qu'un viral en bonne et due forme. On prête moins attention à un message "officiel" et "signé"(surtout provenant du parti adverse) et plus de valeur à l’écho populaire, "source de sagesse du sens commun" et "anonyme" et "sans parti pris"

D'où le fait qu'une stratégie d'astrotufing peut influencer davantage de gens.

Premièrement, cette hypothèse demande que l'équipe d'astroturfeurs d'un ou des parti(s), ou plutôt le cluster d'astroturfeurs, soit assez gros et très agile dans ses communications pour agir rapidement. On pourrait penser que le nombre, ici, est trop élevé pour être crédible. Peut-être.

Mais justement, si on imagine ce cluster composé de sympathisants en ligne, ce nombre peut rapidement devenir élevé. Ce cluster n'a pas à être engagé ou requit de passer un message en particulier: un cluster composé d'électrons libres partageant sensiblement la même idéologie peut rester en essaim et provoquer beaucoup plus de dégâts que si chacun était isolé.

Cela demande un minimum de logistique et pratiquement rien de plus qu'une adhérence des membres à se suivre, comme une nième plaie d'Égypte.

Quel serait l'avantage de l'astroturfing?
Outre l'absence de trace de collusion (les communications sont libres entre les membres d'un parti -- il ne s'agit que de le mettre en branle au début des élections), on peut y voir deux choses:

A) Communiquer tôt dans un événement viral permet peut-être d'influencer les "précoces" dans leurs interprétations de la vidéo ou du message. Ces "précoces" sont des plus grands influenceurs car étant au début d'une pyramide de communication dans leur réseau social ils peuvent transmettre à un plus grand nombre leur message.

B) Mais aussi, communiquer tôt permet quelque chose de plus: éviter la polarisation du débat dans un sens ou dans l'autre: il vous est sûrement arrivé d'être dans un forum comme un chien dans un jeu de quilles où vos commentaires sont totalement à l'encontre des idées diffusées. Ici, en permettant un certain équilibrage des voix, ils autorisent "les gens ordinaires" à donner leur voix aussi, sans sentir a priori à côté de la plaque : d’autres partagent leurs opinions.

Dans ces deuxième cas, l'astroturfing permet un certain retour du grassroot en empêchant le débat de s'enliser dès le départ et permet de confronter les opinions.

La quadrature du viral
L'hypothèse de l'astroturfing n'est pas à être rejetée. Mais elle serait dure à démontrer (Gilles Dauphin a montré que les commentaires se répartissaient relativement également des deux côté --avec une nette animosité du côté des pro-coupure dans la culture).

La solution réside à vérifier l'origine de chaque commentaire et savoir si les personnes qui parlent le font en leur nom et si leur présence sur le web est ad hoc (astroturfing) ou établie depuis un certain temps (grassroot).

Pour ça je passe la main à d'autres...

MàJ : Michel Dumais m'a transmis cette belle pensée/ulr: "Derrière la techno, cherchez l'humain! " ;-)
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MàJ: autres de mes billets sur le sujet
Analyse du phénomène
Billet original

Culture en péril - analyse du phénomène

"Culture en péril" est devenu le premier grand phénomène viral au Québec depuis les têtes à claques. Elle est aussi la première pièce virale francophone des élections en cours.

Culture en périlAux auditeurs qui arrivent de la radio de Radio-Canada, bienvenue.

Vous trouverez dans ce billet des informations supplémentaires suite à l'interview que j'ai donné en fin d'après-midi sur ce sujet. Vous trouverez aussi certains autres billets sur le thème des
vidéos virales ici. Les plus curieux se régaleront avec le menu de mes meilleurs billets ici.

[Note de mercredi soir: je vais mettre à jour le billet pendant encore plusieurs jours, en particulier les statistiques]

Historique
Posté jeudi dernier en fin de journée sur Youtube, le nombre de visionnements a explosé entre vendredi et samedi et la vidéo se retrouve, au moment d'écrire ces lignes, en septième position sur Viral Video Chart.

On peut sentir un ralentissement dans la vitesse de propagation, car il est peu probable que l'accélération se maintienne toute la semaine. L'écho dans les médias traditionnels cette fin de semaine et aujourd'hui a sûrement fait le plein et la vidéo devrait suivre une courbe croissante beaucoup moins prononcée que dans les prochains jours.

La vidéo
Un jury conservateur, parlant un français approximatif et à la culture étroite, s'emmêle dans les explications d'un chansonnier venu demander des subventions gouvernementales, croyant comprendre «fuck» [un juron grossier] lorsque celui-ci chante La complainte du phoque en Alaska ou "tits" [mamelon] pour p'tite. La scène se termine par le rejet du candidat supposément parce qu'il ne représente pas assez la "culture du pays".

Les auteurs du vidéos, outre les 3 acteurs connus, ne sont pas identifiés. Une version de 8 minutes circulerait circule et sera vraisemblement a été présenté à un événement d'artistes demain selon une information obtenue par Paul Cauchon du Devoir.[mise à jour mercredi24 sept. 2008]

[mise à jour mercredi24 sept. 2008] La version longue possède quelques gags supplémentaires, mais le propos s'éternise et la version courte a fait une très bonne job de synthèse qui rend moins punché la version longue.

Stats
[Note: dernière mise à jour des stats vendredi 25 sept 2008 11h40]
La progression ressemble à peu près à ceci (les chiffres varient d'heure en heure, donc j'arrondis)
vc= version courte originale seulement
vl=version longue originale seulement
vd= cumulés --tous duplicata confondu
Jeudi (soir) 3000 [vc]
vendredi (matin) 6000 [vc]
Samedi (matin) 120000 [vc]
Dimanche (soir) 240000 [vc]
Lundi (soir) 375000 [vc]
Mardi (soir) 400000 [vc] ; 520000 [vd]
Mercredi (matin) 422000 [vc]; 1000 [vl]; 625000 [vd]
Mercredi (soir) 442000 [vc] 10000 [vl]; 690000 [vd] *
Jeudi (pm) 460000 [vc]] 19000 [vl]; 709000 [vd]
Jeudi (pm) 475000 [vc]] 29000 [vl]; 760000 [vd]

Réactions
Les réactions ont été très diverses. Tous l'ont trouvé très drôle, mais les critiques négatives tournaient autour de ces thèmes:

-1) Stratégiquement mauvais pour l'image des artistes (Chantal Hébert)
-2) Mauvais usage de la caricature des Anglos (Pierre Cayouette)
-3) Absence de signature au vidéo (Michel Dumais)

Ces personnes ne sont pas nés de la dernière pluie. Mais sans rien enlever à ces grandes plumes, il serait temps de dire comme Freud : «Quelquefois un cigare est un cigare.» Ne tentons pas trop d’extrapoler. Leurs questionnements ne manquent pas de fondement, mais, hé, parfois un sketch comique est un sketch comique.

(On dirait qu'on interdit à quiconque d'ouvrir sa trappe si ce n'est pas pour sortir soit un chef-d'oeuvre universel à la Stanley Kubrick, soit une stratégie immortelle à la Sun Tzu ou Machiavel.)

Je pense, comme Michael Geist, que ce vidéo offre une façon très efficace de relancer le financement de la culture comme enjeu des élections ("provides a far more effective way to make cultural funding an election issue." ). C'est déjà commencé, avec Daniel Lessard à Radio-Canada.

Quant à l'humour kafkaïen d'un chansonnier francophone au pays des red necks, elle est bien plus une satire de la schizophrénie culturelle d'un pays surdimensionné et sous-peuplé avec deux langues dites officielles que la ridiculisation d'une classe de citoyen comme on l'a vu de façon plus cru dans le passé avec I am NOT canadian (qui est hilarant quand même).

Mécanisme
La vidéo possède les caractéristiques d'un bon viral: aucun push de départ, que du pull organique.

Comme je l'ai déjà dit: un viral fonctionne d'autant mieux quand il correspond aux attentes du terrain où il se diffuse: rien de tel qu'un bon terrain fertile pour prospérer.

Un viral possède un terreau fertile avec le web, mais il aspire toujours à trouver un vecteur de propagation plus efficace et ce sont les médias traditionnels.

Les journalistes étant sur le pied de guerre à cause de sélections, c'est effectivement un bon temps pour espérer traverser la rampe et passer sur les ondes ou dans les pages des quotidiens.

En général, contrairement à ce que l'on pourrait penser, un viral peut profiter d'un grand évènement "dans la vraie vie".

Par exemple, le super bowl ou la coupe du monde (ou tout événement qui occupe l'attention du public), sur certains index, palmarès, et autres listes de destinations à la ZeitGeist, apparaître à côté d'un lien populaire peut permettre, par osmose, une visibilité accrue dans les médias ou pour le public.

Mais en général, être proche de la sensibilité des journalistes aide beaucoup.

Parasitage
Comme pour tout phénomène viral, vous verrez les parasites vouloir profiter de la notoriété du mot clé "culture en péril". Juste sur Youtube, toutes les "vidéo réponses" sont du spams (sauf un) et plusieurs autres vidéos ont depuis hier le même titre pour capturer votre attention (voir le Bloc Québécois, ou ceux du grand public qui promeuvent des arguments à 2 sous MAJ la vidéo a été retirée).

On voit aussi des duplications qui commencent à se propager (comme la version sous-titrée anglaise), le clip étant repris à gauche et à droite. Il devient difficile d'avoir un chiffre net et clair.

À observer
Le nombre de 375000 n'est pas nécessairement impressionnant, sur une population de 7 millions, même si ce n'est plus négligeable --mais ce n'est pas un raz de marée*.

* [mise à jour mercredi soir 24 sept 21h00] je me demande si je n'ai pas sous-estimé la vague --c'est peut-être un raz de marée. En mesurant sur une journée complète on voit que la vidéo a pris près de 70000 visionnements de plus. Mais il faut dire que les médias en ont encore remis ce matin suite à la rencontre des artistes à ce propos hier soir. S'il fait 1M d'ici jeudi soir, c'est effectivement impressionnant. [mise à jour jeudi pm: 3/4M seulement.]

Et comme les médias ont dépensé toutes leurs munitions sur ce sujet (il est peu probable qu'ils en reparlent par la suite), nous sommes devant un cas de lancement d'une vidéo qui est sur sa lancé sans espérance d'être aidé de nouveau: alors, on pourra isoler la vraie force du bouche à oreille dans une ou deux semaines (au delà, il sera difficile d'éviter une débordement dans le reste de la francophonie et il sera plus risqué de mesurer en rapport avec la population québécoise).

Si vous vous intéressez au phénomène du viral vidéo dans le cadre des élections du gouvernement central, suivez Yves Williams. (MàJ vendredi 26 sept: et en particulier son analyse du phénomène Culture en péril)
---
MàJ: autre billet sur le sujet
Les mystèrieux commentaires manquants

Kultur Kanadienne : un interlude dangereux

On commence la semaine en riant (jaune), tout en faisant le pont avec ma série d'interludes de vidéos viraux de la semaine dernière. Voilà un tout nouveau, tout beau, tout chaud, qui vient de sortir.

Il plaira à ceux et celles qui suivent l'actualité politique et culturelle canadienne. Le gouvernement central en place a lâchement profité des vacances pour couper dans des programmes culturels comme l'INIS et la SAT.

Le vidéo reprend la stratégie de Buffalax (sous-titrer une oeuvre pour la détourner) comme pour l' interlude 4 que j'avais cité.

Adolf Harper koupe dans la Kultur Kanadienne (Allemand s/t anglais)

Mis en ligne le 20 août sur Youtube

Le procédé a été repris plusieurs fois pour ce segment de film Der Untergang (pour Vista, un vol de voiture ou un bannissement de World of Wordcraft) avec plus ou moins de succès.

Caricature vidéo
Ici, le thème est plus incisive et à-propos. Cette satire déforme certes les traits, mais l'exagération reste représentative d'un sentiment perçu par le milieu et colle à l'actualité. On voit là les caractéristiques de la caricature. Une caricature vidéo, disons "à la web 2.0", avec mashup généré par un utilisateur.

(Il faut comprendre que M. Harper, premier ministre, soutenu traditionnellement par la droite qui se trouve en Alberta, dans l'Ouest canadien, s'est comporté face à la presse de façon peu démocrate et à l'instar du führer ne laisse pas entendre qu'il aime "l'art dégénéré"...)

Pronostiques
Il avait 3 244 "visionnements" (*) quand j'ai publié ce billet et ce nombre devrait monter substantiellement. Mais il restera, à mon avis, probablement loin sous la barrière d'un véritable viral raz-de-marée. La population visée ne concerne que les Canadiens (33 millions) mais ce nombre doit radicalement être révisé à la baisse si on ne compte que les Canadiens conscients de la gravité de la situation.

La "citation" du film Der Untergang effrayera plusieurs médias officiels, autant par le thème (le nazisme) que par l'accroc au droit d'auteur; et il perdra là un vecteur majeur de propagation.

Le buzz sera couvé au chaud par la blogosphère canadienne (anglaise) et servira probablement de leitmotiv motivateur aux diverses manifestations qui auront lieu dans le pays contre les coupures.

La probabilité d'élection à l'automne coupera la durée du viral car le contenu est très d'actualité -- il faut un certain espace temporel pour permettre l'envol d'un viral et trois mois dans un si petit marché n'est pas chose facile...

(*)Mise à jour
5 septembre 2008: 14 626 visionnements
27 octobre 2008: 34 538 visionnements

Interlude 5 : Jesus Friki

Pour notre dernier regard sur ce monde du viral vidéo populaire, je vous propose cette biographie de Jésus, prophète à Los Angeles.

Jesus Christ - The musical


On pense souvent à tort que ces petits vidéos ont été tournés à la va-vite. Deux "making-of "(1 et 2) du petit sketch que vous venez de voir montrent tout de même un certain sérieux dans la préparation (qui laisse quand même place à l'improvisation).

La baisse des coûts (production/ diffusion) a permis l'éclosion de multiples "produits culturels" qui sortent du circuit commercial (le modèle industriel demande une assurance inévitablement d'un retour d'argent pour enclencher le processus - ce qui n'est pas le cas pour les petites productions virales). Le retour, s'il n'est pas financier, se calcule souvent en retombées médiatiques ou en réputation. Si le viral marche.

Ce que l'on remarque, c'est que ces produits Jesus Friki et Didier ze Mime (que je vous ai montré en début de cette semaine) sont faits par des non-Américains et ne nécessitent pas une compréhension obligatoire de la langue anglaise.

Mais leur succès est très relatif et aucun n'atteint des sommets ahurissants que l'on voit sur des vidéos de moindres qualités (1,8 million pour celui-ci). Est-ce que les produits non américains n'ont pas la cote? Est-ce un aveuglement culturel? ou est-ce par que le phénomène viral ne marche que pour les Américains (vu leur nombre et vu leur type de goût)?.

Comme les têtes à claques ont montré qu'il existe de contenus autres qui peuvent avoir du succès viral hors Amérique (ça ne dément pas -ils ont sorti il y a une semaine la version anglaise) il faut croire alors que Youtube n'est pas le Graal pour la culture francophone et hispanophone. À voir le succès de Youku en Chine, par exemple, il manquerait donc un pôle fort en francophonie pour faire lever, de la base, des contenus autres que ce que les médias traditionnels proposent .

Il y a plein de prétendants, mais aucun n'occupe la place centrale qu'a Youtube chez les anglophones. Ou alors le viral à la Youtube serait peut-être insoluble dans la francophonie (qui préfère peut-être l'ordre "d'en haut" au désordre "d'en bas"...)

Interlude 4 : Girly man

La mondialisation a ça de bon. Bollywood mélangé à Michael Jackson et (pseudo)-traduit en anglais. Ça donne 3,7 millions de visionnements pour ce Thriller indien...



La version originale est ici (sans les sous-titres de Buffalax) avec 11 millions de visionnements.

"Buffalaxer" (buffalexed) devient presque un verbe pour nommer ces "traductions" qui sont en fait des transcriptions approximatives des sons "entendus" par une oreille non exercée.

Là encore, le viral fonctionne sur la base d'un regard sarcastique face à un genre culturel (venu de Bollywood) élevé au rang de kitch accompli aux yeux des Occidentaux.

Il ne nous vient même pas à l'idée que l'on peut regarder nos mêmes travers culturels médiatiques sous un angle anthropologique et trouver ça tout aussi "comique".

Eux, ils ne trouvent pas nos travers comiques. Il faut dire qu'ils reçoivent nos représentations médiatisées par des canaux officiels. Les leurs nous arrivent par la bande, détournées, par des canaux officieux. Le rapport au contenu ne peut donc pas être le même.

Le rapprochement des civilisations passe peut-être nécessairement par ce regard croisé par YouTube interposé. Le viral, via les plateformes vidéo, offre une fenêtre sur le monde (ou plutôt un soupirail) sur ce qui se consomme culturellement ailleurs (et que nos monopoles médiatiques locaux ne souhaitent surtout pas que vous aimiez...)

Nous finirons demain avec un petit dernier, pas piqué des vers, et qui nous donnera un petit aperçu derrière le décor.