ZEROSECONDE.COM: Emergence (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Aucun message portant le libellé Emergence. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Emergence. Afficher tous les messages

Pourquoi partage-t-on des informations aux autres ? [1]

Sur le web, on tombe toujours sur ces chemins de traverse. Ceux qui savent de quoi je parle comprennent très bien ce sentiment: en avançant sur un chemin que l'on trace, on voit s'ouvrir sur les côtés quantités d'autres voies. Une vie n'est pas suffisante pour tout explorer.

Au détour d'une conversation sur un billet , dans les conversations, je tombe sur une information qui m'amène sur un chemin de traverse.

(Pour la petite histoire, tout est parti d'un billet au thème polémique de Xavier de la Porte (Twitter, blogue), animateur de Place de la Toile, à France Culture, publié sur l'incontournable blogue de la FING, InternetActu, tenu par le vaillant Hubert Guillaud: voilà qu'Olivier Auber (Twitter, Site), chercheur indépendant de l'Université libre de Bruxelles, mentionne un de ses collègues avec qui il avait animé deux ateliers dans le cadre d'une série des séminaires conjoints du "Global Brain Intsitute" et de l' "Evolution, Complexity and Cognition group" de la Vrije Universiteit Brussel.)

Dans le cadre des commentaires du billet, qui portait sur la (non) présence des intellectuels critiques dans le numérique, Olivier Auber, donc, citait dans les commentaires Jean-Louis Dessalles, cogniticien spécialisé dans le langage à l’ENST (sa page au Telecom Paristech et une vidéo réalisée par UniverScience.TV sur YouTube) parce qu'il développait une “Théorie de la Simplicité” qui serait à même de nous éclairer sur les phénomènes à l’œuvre sur les réseaux.

Heureuse découverte

Heureuse découverte, oui, car je ne le connaissais pas et pourtant il me semble incontournable. Et hop me voilà engagé dans un chemin de traverse.

En fouillant un peu, on finit par tomber sur une vidéo sur Vimeo qui explique «pourquoi donner des informations aux autres ?», une présentation qu'il a faite il y a 2 ans et qui mérite vachement les 75 minutes d'attention ininterrompue que la vidéo demande.

«En 1978, John Krebs et Richard Dawkins, deux spécialistes des signaux dans le règne animal, ont énoncé ce que l'on peut voir comme la "malédiction" de la communication : si les intérêts de l'émetteur et du récepteur convergent, la communication sera utile, rare et secrète ; s'ils divergent, elle aura une forme publicitaire : pauvre, répétitive et publique.»

Donc, double paradoxe.

1: Si deux êtres ont tant intérêt à communiquer ensemble, leur sphère se referme et exclue les autres.

2: Si l'être A veut passer un message M à un autre être B, et que B ne tient pas à l'écouter, A se retrouve à insister lourdement, formater son message et M devient une pub.

Pourquoi alors sommes-nous là en train de communiquer et d'échanger ensemble de façon ouverte sur les blogues et les médias sociaux (le web en général, en fait)?

Modèle d'émergence de la communication 2.0

Ce long préambule aura probablement fait fuir ceux qui cherchent des réponses bien formatées (un message M qu'ils voudront répéter à B).

Sur le web, et les médias sociaux, la communication humaine semble faire exception au double paradoxe : elle est riche, abondante et ouverte. Le Cluetrain Manifesto ne dit pas autre chose (ce manifeste reste encore et toujours d'actualité; à relire).

Le modèle théorique de Jean-Louis Dessalles explique «comment une communication riche peut émerger entre agents égoïstes et rester stable». Il cite les «pratiques de communication 2.0 (Web, blogs, Twitter...)» comme un beau test à sa théorie.

Je vous laisse écouter (ça fait une 1 heure et quart, tout de même) et on s'en reparle dans le prochain billet.


Pourquoi donner des informations aux autres ? from Fondation Telecom on Vimeo.

[M2 #5] Les nouvelles hiérarchies (avec J.Husband)

Jon Husband est en ville!

Cinquième balado. Nous vous proposons de rencontrer Jon Husband de passage à Montréal, ville où il aime bien s'attarder. Il pense le numérique depuis bien avant qu'on appelle ça le numérique. Il confirme que la montée du numérique érode les hiérarchies en place. Rencontre avec un érudit du numérique qui est entré dans le 21e siècle bien avant nous.



Connexion et collaboration horizontales

On parle de "partager la gouvernance", "d'accroître l'étendue de l'autonomie des gens" et de "créer une démocratie de l'information". Tout ceci se trouvait déjà depuis longtemps dans le concept de wirearchy, l'hiérarchie en réseau, de Jon Husband, qu'il a développé il y a une dizaine d'années. Il en profite pour nous parler de la société et de ce qu'elle a été, de ce qu'elle devient, et vers où nous allons. Nous l'avons rencontré à la Société des Arts technologiques de Montréal.

Allez sur iTunes pour vous abonner à toute la série M2 ou écouter juste cette émission:

M2 #5 :: Nouvelles hiérarchies, entretien avec Jon Husband

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

Qu'est-ce que M2?

M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.

M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.

Abonnez-vous sur iTunes ou directement sur le fil XML (feedburner) de l'émission,

Pour accéder à tous les billets qui touchent la balado M2, cliquer ici

MOOC: lignes de fracture et bulle universitaire

Massive Online Open Course. Quatre mots, un acronyme à ne pas oublier. MOOC. Le New York Times a convenu il y a 9 mois que son année était venue. L'enjeu véritable? Mettre toutes les universités de la planète en concurrence entre elles. Mais d'autres joueurs veillent dans l'ombre.


L'arrivée d'Internet a fait naître un espoir de révolution dans l’enseignement universitaire. Les MOOCs ne sont que le dernier avatar du fantasme de la télé-université. Cette fois-ci, les ingrédients semblent être en place pour un changement d'échelle.

Bruits de bottes

Il n'y a que les luddites pour ne s'attarder que sur la paille dans l'oeil pédagogique du Massive Online Open Course et éviter de voir la poutre dans l'oeil de la rupture de la culture didactique.

Des limites au MOOC? Il y en a, assurément! Surtout si on persiste à voir les MOOC comme un «cours "2.0"». 

Il est risible de simplement réduire le phénomène à ses défauts. Des défauts, ça se corrige. Ne l'oublions pas.

Non, il faut voir le réel enjeu qui se trame derrière ce phénomène. Toute université traditionnelle doit être sensible quant au potentiel disruptif des MOOCs pour son avenir.

Ce qui n'empêche nullement de rester critique. Et de ce côté, lisez Hubert Guillaud, L’innovation éducative : une question économique ?, qui offre un bon point de départ ou ce lien référé par JM Salaün, Coursera Jumps the Shark.

Mais cherchons aujourd'hui à comprendre la logique afin de permettre à nos universités, surtout au Québec, à l'heure où leur volonté de représentation commune s'effrite, de ne pas rester seules face à un enjeu qui les dépasse toutes individuellement.

J'ai à quelques reprises bloguer la raison pourquoi les universités devaient considérer d'embarquer dans ce mouvement (La course au MOOC) et surtout pourquoi la francophonie devrait prendre les MOOC très au sérieux (À quand des MOOC en français?) --en particulier pour tout ce qui touche la formation continue, une voie qui me semble cruciale pour l'avenir de l'éducation ("apprendre toute sa vie").

Si j'ai pu écrire qu'un bouleversement de l'université était en vue (Le MOOC, désir de révolution), c'est parce que je souhaitais que les universités francophones ne restent pas les bras croisés. 

Dans mon cas, le tocsin s'est mis à retentir quand, Mario Asselin, toujours au faît des avancées du numérique dans le monde académique, a rapporté sur son blogue cette provocation du professeur Langer de l’Université de Columbia:
« Ne bougez pas, mes amis francophones, nous les anglos sommes prêts à accueillir tous les étudiants qui cherchent à s’instruire sur nos plateformes riches en contenus et propices aux apprentissages. » 
Réveil brutal.

Savoir à l'ère de tous les savoirs



La synthèse la plus claire (et la plus érudite) du sens de la rupture qu'apportent les MOOCs m'a été donné dans un billet de JM Salaün, professeur et auteur d'un livre sur le "néodocument" (lisez un compte rendu que j'ai fait de son livre ,Vu Lu Su).

Voici ce qu'il dit en introduction:
«Après bien des tâtonnements numériques dans l'université, les MOOCs ont ouvert une brèche dans le système, sans doute au profit de pure players du web en déplaçant le marché de l'attention. Il n'est plus, en effet, direct, mais multiface et utilise le calcul et l'algorithmie. Sur ces deux points, les acteurs traditionnels sont faibles et incompétents.»
(source)
Ils sont «faibles et incompétents», rappelle JM Salaün, parce que le système universitaire est basé sur une approche qui n'est «plus adapté[e] à l'évolution des sociétés et au partage du savoir qui caractérise le 21è siècle». 

Cette approche traditionnelle, qui ne serait pas adaptée à la nouvelle rupture, est basée sur deux points, le document et l'éditeur:
  • Le document fondateur dans l'université est le cours présenté en classe, construit sur une économie directe de l'attention.
  • L'éditeur a cristallisé et externalisé ce document académique premier dans le manuel.
Ce qu'il dit, c'est que le cours, ce "document", fonctionne bien tant et aussi longtemps qu'on peut capturer toute l'attention des apprenants: la pédagogie traditionnelle fonctionne si on peut capturer 100% de l'attention autour du professeur.

Dans le désert médiatique et intellectuel des siècles précédents, on pouvait compter sur une attention directe et à peu près indivisée. L'Université était une oasis de connaissance dans un monde sans distraction.

Assoiffé de connaissance, prenant chaque goutte d'eau que lui offrait l'oasis universitaire, l'étudiant traversait le désert intellectuel de sa vie en se concentrant sur les seules sources qu'il avait. Le prof, le cours et le manuel.

Ce n'est plus une fenêtre sur le monde, c'est une passoire! 


Je ne sais pas pour vous, mais ça me rappelle l'image que j'ai d'un village champêtre. La classe ou les champs. Apprendre ou rien.

Aujourd'hui, cet assoiffé de savoirs baigne dans un orgie de connaissance, où à chaque recoin de son univers explosent des sources inédites d'apprentissage sur le monde.

Le cours magistral, exemple canonique de la pédagogie, reprend toutes les caractéristiques du livre, suggère JM Salaün.

L'attention devait être réservée entièrement au manuel, au livre, pour qu'il puisse délivrer ses secrets.  En classe, l'enseignement traditionnelle était dispensé en prenant pour acquis que toute l'attention était captée. D'où le choc quand on fréquente une classe en 2013.

La rupture avec les MOOCs. JM Salaün la place dans le déplacement de l'attention, qui n'est plus direct, franc, uniforme. Elle est fragmentée, multifacettes, dispersée. Le prof n'est plus qu'un des nombreux points de contact avec la réalité intelligible du monde.

Cette rupture dans la méthode traditionnelle de l'enseignement, et dans tout accès au monde et à la connaissance, survient aujourd'hui dans un monde où des adjuvants technologiques d'une puissance inconcevable il y a à peine 10 ou 20 ans (lire mon billet La technologie de Curiosity sur Triplex) viennent décupler nos capacités d'accès, d'acquisition, de traitement et de contribution à la connaissance.

Que veut dire «savoir où se trouve l'Afghanistan» quand Google Map ou Wikipédia offre la réponse au bout des doigts? Quelle valeur culturelle attribuera-t-on à la connaissance de culture générale (du type auquel on fait référence dans le jeu de Trivial Pursuit) quand demain Watson sera dans nos poches (lire mes billets IBM et les « ordinateurs cognitifs » et Intelligence augmentée)?

Face à ces mutations, nos adaptions pédagogiques ont l'air risible. Des professeurs, comme François Guité, ne se gênent même plus pour dire que « les programmes scolaires, dans leur normalisation et dans l’uniformisation des connaissances, sont des laminoirs ». (source)

4 lignes de fracture



MJ Salaün entrevoit au moins 4 lignes de fracture provoquées par les MOOCs. Voici comment je les comprends et résume la différence qu'apportent les plateformes de MOOCs versus l'institution universitaire traditionnelle:

1- Disjonction du lien professeur / apprenant 

Le côté "massif et ouvert" distend le lien direct dans le binôme prof-élève. Le côté "cours en ligne" relativise la place du linaire dans la formation. Cassé aussi est le lien formel de la communauté universitaire : l'inscription est remplacée par un abonnement, l'économie repose sur l'offre à la carte, l'appartenance laisse sa place au clientélisme.

2- Fin du temps long pédagogique

Les cours à la carte, contenant eux aussi des modules à la carte, rend formellement granulaire l'approche pédagogique et réduit le corpus du programme complet à une playlist parmi d'autres. De la même manière que les albums de musique ont perdu de leur attrait quand on pu acheter à la pièce les chansons, on finit par voir les cours du Bac comme une gammick commerciale de bundling excessif qui force l'achat de produits connexes pour accéder à celui que l'on veut.

3- L'autorité éditoriale est challengée par le filtrage social

La valorisation du choix des pairs, augmenté par le côté réellement "massif" de la classe, offre des avantages inédits qui ne retrouvent pas même dans une classe de 400 élèves: accès à une "intelligence collective" et une entraide décentralisée et asynchrone d'où la figure du prof se fait rabattre, dans le pire des cas, comme un G.O. dans ce Club Med académique (figure essentielle, mais échangeable).

4- Personnalisation à l'extrème

L'attention redevient concentrée dès que l'usager suit son propre chemin. Finies les distractions. Sinon, impossible de finir le cours. Le rapport prof-élève semble accessoire: l'étudiant se profile par lui-même, se motive et s'organise pour se concentrer sur ce qu'il a à l'écran. Et s'il veut aller sur Facebook en même temps, c'est son affaire.

Le MOOC réussit là où les classes peinent garder l'intérêt des étudiants...

La "bulle universitaire"



Wallace E. Boston, président & Chief Executive Officer de l'American Public University System, dans un billet publié hier, résume le rapport “The Other Higher-Ed Bubble (The Bubble We Aren’t Talking About).”

Voici les points qui ont accroché mon attention:

1- La demande n'est pas si élastique:  «Gone are the days when higher education was an inelastic commodity.  No longer can schools expect to increase tuitions every year and continue to enroll increasingly larger classes.» Les coûts énormes des universités américaines appellent une réflexion sur le "retour sur l'investissement" (ROI).

2- La différenciation est importante: «[...] most colleges want to be like the most elite but only 5% have any chance of reaching that goal. [...] it’s important for any individual school to differentiate from the others».

3- La valeur des diplômes postsecondaires n'est pas acquise: «Many are beginning to question the value of the academic credential in general.  [...] perhaps higher education does not carry the same value it once did [...]»

Google, Apple, Amazon semblent en savoir plus sur mes goûts et mes intérêts que le prof en avant. La technologie, d'une manière ou d'une autre, doit changer la façon que l'Université fonctionne. Les MOOCs permettent une analyse fine de la clientèle et assurément le feedback permet de s'améliorer.
Combien d'années à ce rythme faut-il pour s'améliorer au-delà du point de non-retour? Et devinez qui sont les meilleurs à ce jeu? Les pures play Internet!

Les MOOCs ont tellement frappé l'imagination que c'est à se demander si les universités ne "dormaient pas au gaz" dans les derniers vingt ans. Certains cours de MOOC sont maintenant crédités. Et ici on ne parle même pas encore d'une révolution pédagogique en tant que telle! Imaginez demain!

Si ce n'est pas perçu comme un défi par les universités, je ne sais pas ce qu'il leurs faut...

[M2 #4] La rupture numérique (avec M. Cartier)

Ce n'est pas anodin. Nous venons de passer le plus grand changement récent dans l'histoire de l'humanité.

Quatrième balado. Nous vous amenons cette fois-ci dans l'antre de celui que l'on a nommé le Grand-père du multimédia au Québec, Michel Cartier, professeur à la retraite, qui a enseigné longtemps les communications et formé toute une génération à la société qui s'en venait.



Hypothèses pour un futur déjà en place

Nous basculons vers l'inconnu, un monde où l’accès à la connaissance est ubiquitaire, tapissé d’écrans et d’objets intelligents, noyé dans un tsunami en temps réel d’informations non validées a priori. Comment allons-nous pouvoir apprivoiser la vie dans une telle société? Michel Cartier a analysé les signes de cette rupture et cherche à nous donner un cadre cohérent pour expliquer ce qui nous arrive.

Allez sur iTunes pour vous abonner à toute la série M2 ou écouter juste cette émission:

M2 #4 ::  La rupture numérique, entretien avec Michel Cartier (balado #4)

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

Qu'est-ce que M2?

M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.

M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.

Abonnez-vous sur iTunes ou directement sur le fil XML (feedburner) de l'émission,

Pour accéder à tous les billets qui touchent la balado M2, cliquer ici

Internet des objets: nos cellules aussi y participeront

Les implants sont probablement la première étape vers les cyborgs. Augmenter l’humain se fera par petits implants à la fois. Et toujours avec de bonnes raisons pour le justifier au début.



Des chercheurs suisses ont présenté la semaine dernière un prototype d’un testeur de sang qui n’implique pas d’aiguille à introduire dans la peau.

Bon OK. C'est quoi le rapport avec Internet?

Le minuscule dispositif implanté juste sous la peau fait des analyses en temps réel des substances dans le corps, via le sang. Il a un module radio qui transmet les résultats à un médecin sur le réseau de téléphonie cellulaire.
Prouesse de la miniaturisation

Avec à peine  1/10 de watt, ce laboratoire sous-cutané fonctionne avec une batterie qui se trouve sur la peau, sur une patch en fait. On change la batterie en changeant de pièce sur la peau.

Mais ce n'est pas tout. Le dispositif détecte 5 de vos protéines et quelques acides organiques. Parfait pour les grands malades qui en ont marre de se faire piquer toutes les trente minutes.

Mais le plus extraordinaire, c'est que le dispositif émet des ondes qui sont captées par la pièce. Cette pièce retransmet l. information par Bluetooth à un cellulaire. Votre cellulaire. Puis le cellulaire envoie les données par  3G/4G au docteur

Allo docteur, ici la cellule cancéreuse de Martin

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve que ça ressemble beaucoup ça: mes cellules vont pouvoir téléphoner à mon docteur directement.

Je crois bien que l'internet des objets voit de nouveaux arrivants sur le réseau: nos organes, nos cellules, nos protéines...

On est pas là encore. Il faudra que les chercheurs suisses réussissent leur petit laboratoire sous-cutané en premier. Mais je ne vois pas pourquoi on s'arrêterait à de simple analyse de sang si on peut aller plus loin...

Gangnam Style: la K-Pop comme mème virulent

Il y a une quinzaine de jours, à Rome, des milliers de personnes se sont réuniess dans une flash mob pour danser sur le succès de musique K-Pop de l'heure: Gangnam Style, de Psy, la vidéo la plus rapidement virale de tous les temps (maintenant rendu à 795 millions de visionnements).

[Mise à jour du lendemain
: 24 h plus tard, ce samedi matin 24 nov 2012, la vidéo de Gangnam Style atteint 805 millions de visionnements, c'est à dire 10 millions, oui, 10 millions de visionnement supplémentaires depuis hier, vendredi, quand j'ai écrit ce billet! Elle dépasse celle de Justin Bieber qui était numéro 1 sur Youtube, devant ainsi la vidéo la plus populaire de tous les temps!]

[Mise à jour du lundi 26 nov: vidéo possède 826 millions de vues, c-à-d 30 millions de plus que vendredi matin quand j'ai écrit ce billet. Loin de ralentir, elle continuera encore jusqu'à atteindre un éventuel plateau. La prochain mème "challenger" aura fort à faire pour le déloger...]

[Mise à jour du 7 décembre 2012: 901 719 146 visionnements sur YouTube. 20 millions de plus depuis le moment où j'ai écrit de billet il y a deux semaines. Voilà le candidat pour le premier milliard de visionnements!]]

[Mise à jour du 21 décembre 2012: franchissement du cap du milliard. J'ai fait un petit billet pour l'occasion, en guise de suite à celui-ci]

Vous avez remarqué qu'aux quatre coins de la planète, Gangnam Style a conquis les foules. En 10 semaines quelques déhanchements faits dans le sud de la péninsule coréenne se sont répandus partout dans le monde. Décodage.




Le magazine Times avait décrété la mode du Gangnam Style morte... au début octobre! Encore un signe de la déconnexion avancée d'une certaine élite irritée face à tous les phénomènes émergeant de la base.

La preuve?

Des milliers de jeunes Italiens, les chiffres varient entre 5000 et 30000, se sont retrouvés un samedi après-midi du début novembre dans le coeur de Rome, à la Piazza del Popolo, pour une foule-éclaire au son du tube planétaire «Gangnam Style»:



Gangnam, le mème de la saison des virus

La notion de « mème », avec le développement des réseaux informatiques n'est plus tout à fait quelque chose d'abstrait.

Le mot vient de l'anglais « meme », forgé par Dawkins en 1976 sur le modèle du gène, vient lui-même, dit-on, du mot français « même » et que l'on prononce de la même manière.

Un mème est un phénomène culturel très précis (une idée, un air, une habitude, une nouvelle, un phénomène social, une mode, etc.) qui se réplique et se transmet par imitation d'un individu à l'autre sur le même principe qu'une maladie infectieuse.

J'en avais déjà glissé un mot ici il y a plusieurs années dans une vidéo de Philippe Martin et Christian Aubry:


Martin Lessard de Zéro Seconde par pmartin

Le « réplicateur » culturel

Même si l'approche de la mémétique n'a pas toutes les assises nécessaires pour être encore une science (à commencer par l'identification du « réplicateur » lui-même), il n'empêche pas moins que certains académiciens s'intéressent au phénomène de façon sérieuse.

Susan Blackmore, dans une conférence TED en fait une bonne démonstration:



Elle pousse le concept jusqu'à affirmer que l'humain, justement, est cette machine qui sert de « réplicateur ».

Les mèmes et les gènes ont  utilisé l'humain pour co-évoluer et se reproduire.

«Vous n'êtes pas intelligents, vous êtes infectés!»

Par exemple, la grosseur du cerveau humain serait due à la présence des mèmes qui ont besoin de place pour se stocker.

Pousser à l'extrême, cette hypothèse permet d'affirmer que les conflits religieux ou culturels ne sont que le reflet du combat des mèmes pour coloniser et occuper l'espace restreint du cerveau. Nous serions parasités par des mèmes et tuerions en leurs noms, alors qu'on pense le faire pour nos idées (le résultat est le même, mais dans le premier cas, on peut arriver à stopper le massacre si on comprend que nos idéaux sont en fait des infections virales).

Blackmore pousse plus loin son hypothèse et dit que si les gènes ont mené aux mèmes, les mèmes ont mené à la création des « tèmes ».

Tème, le mème de la technologie

Les «tèmes», c'est une boîte de Pandore qui a été ouverte et où la technologie se reproduit pour elle-même et par elle-même.

Les serveurs de l'infonuagique ne seraient rien d'autre que d'immenses machines à copier des données d'un disque dur à l'autre. Et là, on est même pas encore entré tout à fait dans l'ère de l'internet des objets!!

Que tant d'Italiens se soient réunis pour danser sur une chanson rythmée de la K-Pop actuelle peut ressembler à une énorme infection mémétique.

Gangnam Style est un complexe de mèmes, car la vidéo originale comprenait beaucoup de gestes «imitables» et pourrait expliquer le succès mémétique de sa propagation à vitesse Grand V.

Beaucoup a été dit sur cette vidéo qui a suscité l'un des engouements de parodies sur YouTube les plus frénétiques. Voici une des compilations:



Retour à l'aube

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, coréen d"origine, a rendu hommage à son compatriote en soulignant qu'il n'y avait "pas de langage requis dans le monde musical". "C'est le pouvoir de la musique, le pouvoir du coeur". (source)

Ce mème de Gangnam Style rappelle aussi, à mon sens, le désir inconscient par delà les temps immémoriaux de renouer avec le moment où, dans les premières tribus primitives qui s'apprêtaient à quitter le continent africain, au tour du feu, on était encore réunis avec les autres membres pour danser une dernière fois tous ensemble.

100 000 ans après, avec la mondialisation nous nous retrouvons de nouveau, tous réunis, et dansons ensemble avec notre tribu enfin retrouvée, après un long, très long voyage...

---

(MàJ 7 déc 2012) Pour lire sur le même sujet:

Le secret démasqué de Gangnam Style, de Lionel Maurel, sur Owni.fr, qui est moins sur le "démasquage" que l'aspect légal et la non-application du droit de copyright comme outil viral. (Via Pier-Alexis Vial)

Le ridicule, clé de la culture karaoké, d'André Gunthert, toujours intéressant, où il définie le ridicule comme ingrédient de l’appropriabilité, facteur d'un autre rapport à la culture, horizontal, antiautoritaire et ludique, qui s'oppose à celle savante, qui reproduit le modèle religieux du recueillement. (via Josée Plamondon)



Twitter en temps de guerre


Jeudi j'ai écrit sur mon autre blogue, qu'on pourrait s’attendre normalement à ce que des opérations militaires soient lancées dans le plus grand secret, mais que ce ne semble plus être le cas avec le Tsahal et son opération #PillierDeDéfense.

La logique de la propagande semble plutôt aller très bien avec la « transparence » du «web 2.0»

L’armée israélienne avait invité les gens, dans leur communiqué de presse au tout début de l'offensive,  de suivre  « à la source »  le déroulement des opérations et on n'est pas déçu: leur compte Twitter et Facebook était mis à jour avec les derniers développements et indiquant même qui était la cible visée (Ahmed Jabari pour ne pas le nommer).

Comble de transparence, le gestionnaire de communauté a mis sur YouTube une courte vidéo de 10 secondes (elle a été retiré depuis) où on voit la voiture du chef de la branche militaire du Hamas littéralement exploser sous nos yeux.




Je dis "gestionnaire de communauté", mais je me demande si le terme dans dans ce contexte ne cache pas plutôt un "relationniste de presse" ou même un "agent de propagande". Les cyniques diront qu'il n'y a pas de différence.

En temps de guerre, Twitter ou pas, la vérité est toujours la première victime...

N'empêche. Du côté palestinien, ils ont a réagi rapidement en créant un mot-clic #GazaUnderAttack  et Israël ensuite réagi en créant un autre mot clic #IsraelUnderFire pour lister toutes les roquets que le Hamas leur envoi sur la tronche.

Twitter offre une puissante façon de vivre le conflit en direct. Les deux côtés comptent sur le fait que, dans le feu de l’action, les gens vont s’indigner et prendre leur parti.


La pompe à propagande est amorcée, car il n’y aucun moyen de savoir si les faits de parts et d'autres sont réellement dus aux attaques récentes ou non...

C’est une réelle guerre de l’opinion publique se joue dans ces échanges par médias sociaux interposés. Maintenant, les acteurs militaires eux-mêmes sont conscients d’utiliser les médias sociaux comme arme de communication massive!

Il y a sur le web, des gens qui suivent ces "scoops", qui se tiennent informé «à la source même». Les belligérants s'adressent à eux. On ne peut juste qu'espérer qu'ils soient assez éduqués pour faire la différence entre une vraie information et de la propagande...

Twitter, dans ce cas, n'est qu'un simple tuyau. Mais être en ligne en premier permet de répondre et d’orienter les discussions, car on peut introduire le « bon vocabulaire » (qui est un terroriste, qui est une victime) et on peut pointer vers des documents de références.

Et vous qu'en pensez-vous? Est-ce que la guerre via les médias sociaux peut aboutir à quelque chose? Est-ce que les gens liront vraiment ce qui est diffusé ou se cantonneront-ils dans leur position? Être le premier à live-tweeter une attaque que l'on commet change-t-il quelque chose?

Plus d'info: La guerre par médias sociaux interposés sur Triplex

Internet comme sixième sens?

En repensant au passé pré-internet (cette ère qui s'estompe tel un rêve dont la véracité nous semble furtivement s'effriter au fur et à mesure qu'on s'en éloigne), on se demande «comment on pouvait faire avant»? André Gunthert apporte dans son blogue quelques réflexions (ici et ici) sur la portée de cette connexion permanente de l'esprit aux données numériques ambiant. Détaillons (Allez vous faire un café, on ne la fera pas à la Twitter).



D'amblée, reconnaissons qu'il ne s'embarrasse pas d'épargner notre sensibilité d'homo-pré-internicus (c-à-d les plus de 20 ans): Gunthert avoue qu'il ne sait pas si, avant, nous étions intelligents, mais il est sûr d'une chose, au moins: c'est qu'avec Internet, nous le sommes davantage.

«Si je tente d’évaluer le nombre de signalements dont je prends effectivement connaissance par le biais des réseaux sociaux, l’ordre de grandeur de la multiplication est largement supérieur à 1000».

Cet enseignant-chercheur, spécialiste des cultures visuelles et des cultures numériques, ne noie pas sous d'obligeantes citations académiques, et autres références pontifiantes, le fait indiscutable qu'Internet a été une grande invention (on se reparlera sérieusement une autre fois de cette lourdeur chez certains académiciens de vouloir toujours éviter l'opinion pour privilégier les sources superfétatoires quand ils tentent de décrire les récents développements d'Internet. D'ici là vous pouvez relire en quoi leur savoir est parfois pesant par rapport à la légèreté de la connaissance profane, sujet que j'ai déjà abordé ici jadis).

Gunthert ne se gêne pas pour affirmer ainsi: «[P]our quelqu’un qui a connu le monde d’avant-internet, [c'est] tout simplement miraculeux.» (source)

“Comment faisiez-vous avant internet?” 


http://www.vintageadbrowser.com/communications-ads-1940s/2#ad12l612i47uomfo

Après une expérience de déconnexion forcée, mais agréable (il s'agissait de vacances hors du territoire de son fournisseur mobile), Gunthert devait reconnecter avec le temps long --celui de la contemplation de la mer-- conditionné par son choix géographique et balnéaire.

Cette déconnexion n'était nullement un retour aux sources, mais une exception dans sa réalité: il n'y a guère plus que le temps des vacances et de la retraite pour s'offrir un tel luxe. «Le chômage, autre forme de temps vide, est beaucoup trop stressant pour qu’on apprécie de profiter nonchalamment d’un temps moins libre que contraint».

L'étrange sentiment qu'il a vécu -- et que vous lecteurs avez aussi vécu, j'en suis certain-- est cet insolite sentiment que le net avait envahi inéluctablement nos vies privées. Nous sommes rendus à prendre pour acquis que nous pouvons en tout temps «interroger notre environnement». Ce n'est plus seulement au travail que nous questionnons le web, mais aussi dans nos moments personnels à propos de tout et de rien qui nous entoure.

Alors, sans connexion internet, on se retrouve à «affronter la vie» comme si on était «aveugle, sourd et muet»:
«Quel temps fera-t-il demain? Quelle est la forme de la côte? A quelle distance suis-je du rivage? Comment s’appelle cet oiseau? Comment s’explique la configuration de ce massif? Quelle est l’histoire de ce quartier? Que signifie le nom de cette rue? Boulet a-t-il posté une nouvelle note? Ai-je des commentaires sur Culture Visuelle?» (source)
Il conclut ainsi (je souligne):
«Pendant toute cette semaine, je me suis aperçu, médusé, de toutes les questions que j’avais pris l’habitude d’adresser à mon environnement, sachant que j’avais de grandes chances d’obtenir un résultat. La puissance documentaire d’internet a élargi le monde et augmenté notre vision dans des proportions inimaginables. Plus que des réponses, le savoir infini du web nous a appris à ne plus jamais refuser de nous demander comment, qui et pourquoi. Plus encore que la connaissance, il nous a apporté un émerveillement, une vigilance et un questionnement inépuisables.» (source)
Les savants ordinaires
http://herd.typepad.com/.a/6a00d83451e1dc69e2016761ca7532970b-800wi

Gunthert ne pense pas que la curiosité était absente du monde pré-internet. Mais notre curiosité y était limitée par la disponibilité des informations et du temps libre à notre disposition. La curiosité savante était affaire de riches; seuls ceux qui étaient indépendants de fortune pouvaient espérer trouver réponse à des questions éloignées des préoccupations terre-à-terre (comme survivre versus traduire un texte grec ancien).

Aujourd'hui, comme évoquée dans les commentaires à son deuxième billet, la curiosité intellectuelle est devenue accessible à tous:

«Pas besoin d’avoir de longues heures de loisir pour s’instruire, ni même de fréquenter des lieux de savoir souvent épeurants pour qui n’est pas tombé dedans tout petit. On se questionne à son rythme, on trouve les réponses adaptées à son entendement.» (source)

Il faudra éventuellement se demander quel type de prédisposition il faut pour qu'Internet devienne ainsi un telle source d'inspiration. À celui qui sait distinguer la crédibilité d'une information, Internet est le plus passionnant des outils d'apprentissage. Pour l'incompétent, c'est une illusion fatale qui l'enferme dans ce qu'il croit déjà savoir.

Il m'est apparu cet été aussi qu'Internet était entré définitivement dans ma vie personnelle (et non plus seulement relié à ma vie professionnelle). Si j'arrivais à éviter d'aller lire mon fil RSS des meilleurs blogues du monde, il m'était difficile de me passer de Google Map, Wikipédia, Facebook ou Twitter, puisqu'ils étaient devenus mes points de contact pour lire, voir et interroger la réalité.

Via mon mobile, Internet est devenu mon 6e sens...

McLuhan et l'extension de nos sens

Marshall McLuhan avait très tôt entrevu --et probablement a été longtemps le seul-- que les impacts sociaux et individuels des réseaux ne résulteraient pas d'une avancée technique per se, mais qu'il découleraient bien d'une redéfinition de l'espace médiatique dans la société même et entre les individus.

Boris Baude, dans son livre, plus récent (voir mon billet), a suggéré une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace? On dit souvent qu’Internet abolit l’espace. Beaude dit au contraire qu'Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés. Internet est un espace relationnel (même s'il n'est pas situé dans un lieu).

Mais McLuhan conçoit les médias électroniques comme une extension des sens. Il a été jusqu'à dire que l'humanité entière deviendrait comme une extension de notre peau. C'est l'autre façon qu'il avait de parler du village global. [Si vous avez du temps libre, écoutez l'émission de Xavier Delaporte qui porte sur McLuhan].

Le médium détermine la perception sensorielle qui sera filtrée par elle. Il établit la manière d'être ensemble, il le façonne même. McLuhan ne dit pas autre chose finalement que ces outils changent notre rapport au monde. Voyez comment vous communiquez différemment via Twitter, Facebook ou LinkedIn.

Il n'est pas de façon plus abrupte de le comprendre aujourd'hui ces théories prémonitoires qu'en se débranchant d'Internet. Plus que toute autre technologie (la télévision, le radio, le téléphone, etc.) nous allons avoir plus de mal à nous en passer...

Je ne dis pas qu'il est indispensable. Je suggère simplement qu'il est devenu pratique d'utiliser ce 6e sens pour mieux appréhender le monde. Les 5 premiers sens permettent à l’homme de percevoir le monde qui l’entoure et correspondent chacun à un organe. Mais à quel organe est relié ce 6e sens?

Ce 6e sens vient de nos capteurs branchés aux bases de données du monde interconnecté.

Réalité intégrée

Si la prémisse est bonne, c'est-à-dire qu'on va réellement embrasser le pouvoir d'interroger à volonté notre environnement, nous ne nous contenterons pas seulement d'optimiser technologiquement nos 5 sens (c'est déjà commencé), mais nous serons tentés aussi de vouloir connecter directement le cerveau aux senseurs eux-mêmes pour accéder à une autre réalité des choses -- des données, organisées ou non, dans des bases qui « augmenteraient» le monde.

La «réalité augmentée» existe déjà. Du moins, le concept est lancé (j'en ai parlé jadis ici) et la première intégration annoncée sera les lunettes Google, encore à l'état de prototype. Dans 20 ans, on trouvera risible ces avancées. Depuis 1 an ou deux, on a déjà réussi à connecter des neurones à des puces de silicones, et le développement d'une communication directe homme-machine n'ira qu'en s'accélérant.



Il semble qu'un chemin se trace devant nous où, dès qu'on ne peut plus se passer d'interroger le monde à travers nos outils --aujourd'hui primitif--, nous chercherons à optimiser cet acquis pour posséder une plus grande puissante pour accéder à la réalité augmentée, qui sera en fait une réalité intégrée.

Se connecter d'une façon ou d'une autre à un accès vers les bases des données sans passer par nos organes (un disque dur cervical? du stockage de données dans notre ADN? du big data pompé dans notre nerf optique?), c'est en fait un nouvel organe qu'on se greffe.

Profitez de vos prochaines vacances déconnectées. Ce seront vos derniers souvenirs de «l'ancien temps»...

introduction aux Enjeux des technologies émergentes

Les objectifs du cours de maîtrise CRM 809 - Enjeux des technologies émergentes, de l'Université de Sherbrooke, dont j'ai donné le premier cours hier consistent en deux points:
- Développer une compréhension globale des enjeux associés aux technologies émergentes et aux environnements médiatiques en mutation.
- Savoir évaluer et utiliser les nouvelles plateformes numériques de diffusion dans les stratégies de communication. 
Autrement dit, faire le grand écart entre la théorique (compréhension globale) et la pratique (savoir utiliser).

Je vais partager ici, au courant de la session, autant que faire se peut, quelques notes sur les contenus du cours et sur les réflexions connexes pour aller plus loin. Vous êtes bien sûr invité à commenter et à alimenter la discussion

Introduction

Dans mon introduction au cours, je fais référence aux soulèvements du Printemps arabe et un rapport de Franck La Rue, des Nations unies, en mai dernier, qui a proposé de reconnaître Internet comme un outil incontournable pour supporter les droits de l’Homme (PDF page 22, Point B, deuxième ligne). L'accès Internet est-il un droit de l'Homme? Pourquoi en sommes-nous rendus à poser cette question? Comment, en 20 ans de web et 40 ans d'internet, on peut associer si rapidement cet outil à la condition humaine? Les technologies émergentes posent de vrais enjeux

(Sur la question des droits de l'Homme, lire Internet Access is Not a Human Right, de Vinton Gray Cerf, co-inventeur du TCP/IP, donc d'Internet),  L'accès à Internet n'est pas un droit de l'Homme (mon billet qui élabore sur le point de vue de Cerf) et le sondage de la BBC qui montre que quatre personnes sur cinq dans le monde considèrent l’accès à Internet comme un droit fondamental.)

Acculturation par le réseau

Entrer sur Internet, c'est s'exposer à une culture marginale qui teinte lentement la globalité de la société. Ce n'est pas une culture, mais un amalgame de cultures, comme le disait Manuel Castells, dans La galaxie Internet, (2002). J'en vois 6, qui en pelure d'ognon, se superposent et ont fait répandre dans la société des  notions de "auto-publication", "décentralisation", "participation", "reconnaissance des pairs"... (Lire Les 6 cultures d'Internet)

Les médias sociaux comme mutation

L'outil émergeant, c'est les réseaux socionumériques. Dans une société qui est passée d'une rareté à une surabondance d'information, rendant tout contenu une commodité (merci Google), le filtrage émerge comme une stratégie de survie pour retrouver du contenu qui "fait sens". Le "sens minimal" c'est de signifier que l'on appartient à la même communauté.

C'est donc pour cette raison que l'axe privilégié durant la session sera de se développer une présence dans les réseaux sociaux. Avec ces nouveaux outils, on y échange ce qui est intéressant.. pour les autres, pas nécessairement pour soi.

Qu’avons-nous d’intéressant à partager? Les étudiants auront à identifier dans un premier temps ces paramètres.


  • - Qui êtes-vous / qui représentez-vous? 
  • - Que souhaitez-vous développer comme présence? Avec quel but?
  • - Vos points forts / vos points faibles
  • - Votre présence en ligne actuelle
  • - Identifiez les communautés pertinentes.
  • - Identifiez les personnalités de votre domaine visibles en ligne.

Ce premier exercice aidera les étudiants à se préparer pour un plan stratégique de présence en ligne.

Pour les étudiants

Le prochain cours sera un laboratoire (avec des ordinateurs sur place) où on touchera à quelques outils essentiels (ouverture de compte, échange en ligne, etc).

- Date: dimanche 15 janvier 2012 (09:00 - 16:00)
- Local du cours: 6660
- Activer votre code d'identification personnel (CIP)
- Pour créer votre courriel Usherbrooke.ca :

Vous aurez besoin du CIP et du courriel pour activer les ordinateurs

Lecture pour le prochain cours




Vivre dans des flux

La popularité d'un blogue est-elle uniquement liée à l'abondance de ses écrits ? La chercheuse Susan Jamison-Powell (Sheffield Hallam University) trouve que le facteur déterminant est le nombre total de mots écrits par la personne durant la semaine. Pas la qualité de ses écrits. (via L'Atelier).

flux En observant 75 blogueurs (anglophones) sur livejournal.com, elle a trouvé que plus on écrit, plus on a de lecteurs (étude en résumé, anglais, PDF).

La quantité et la régularité sont deux facteurs importants pour s'attirer une «popularité» (La Tribune de Genève avance même que la régularité compte moins que la longueur).

Clay Shirky dans «Les Lois du pouvoir, les Blogues et l'Inégalité» («Power Laws, Weblogs, and Inequality») avait déjà constaté en 2003 que «les blogues les plus populaires sont ceux mis à jour quotidiennement et surtout que la popularité d'un blogue ne se décide pas, mais résulte "d'une sorte d'approbation distribuée émanant des autres blogues.» (lien via Emily Turrettin, Les Quotidiennes).

L'étude n'est peut-être pas si surprenant en fin de compte: écrire est le seul vecteur d'influence (le non-verbal est absent), il y a donc une surpondération pour un usage accru de l'écrit.

Ce qu'il y a de nouveau, c'est le développement de tout cet écosystème autour de la surabondance de l'écrit.

Nous entrons dans un monde de flux

On assiste à la fois à une comptabilisation de la «popularité» (on mesure de l'audience et non la notoriété de l'émetteur) et à une redéfinition du contenu de qualité sous une forme de «flux quantitatif»

«Les flux font se succéder rapidement des séquences d’informations sur un thème. Il peut s’agir de microblogs, de hashtags, de flux d’alimentation RSS, de services multimédias ou de flux de données gérées via des APIs.» disait Nova Spivack (source Archicampus.net

Cette métaphore est puissante. L’idée suggère que vous viviez dans le courant : y ajoutant des choses, les consommant, les réorientant.” disait Danah Boyd (source "Streams of Content, Limited Attention: The Flow of Information through Social Media".) (cité et traduit par Hubert Guillaud, InternetActu).

On a maintenant la possibilité de créer, mixer, remixer, relier, hyperlié et diffuser tous les contenus y compris les siens, mélangeant autorités et autoproduction. La chaîne de distribution de l'information traditionnelle déraille et de nouveaux acteurs émergent grâce à de nouvelles règles.

Dans ce contexte, les plus gros «arroseurs» reçoivent une plus grande attention. C'est un jeu de visibilité qui ressemble à un jeu à somme nul. Si je suis plus vu, tu l'es moins. L'attention se dirige vers ceux qui ont le clavier agile et prolifique.

«En offrant la même audience à chacun, on distribue le pouvoir d’attention à tous» écrivait Hubert Guillaud. Mais la redistribution de l'attention vers les «plus populaires» devient une pression quotidienne qui est un véritable ticket modérateur pour les blogueurs. Entre qui veut, mais reste qui peut.

Ratio «placoteux» / «élite»

«Il ne faut pas non plus noyer les lecteurs», ajoute Christophe Thil, interviewé dans l'article de L'Atelier il est essentiel de veiller à la pertinence des articles que l'on publie. [...] on évite le bruit [...] un blogueur qui vous submerge d'informations risque fort de perdre en audience».

Vrai. Mais je crois que l'on fait fausse route en conservant une pensée de «destination» et non de flux. Les journaux et les émissions de télévision se pensent encore comme des destinations. Or, dans une économie de flux, il n'y a pas de «destination». Ou plutôt c'est un concept fluctuant. Les liens renvoient toujours ailleurs.

Nous assistons à une «décentralisation tous azimuts» où le pouvoir est transféré en «périphérie» -- où on assiste à la montée en puissance des noeuds d'un réseau condamné à «écrire» pour exister. On pourrait aussi dire: c'est plutôt un rééquilibrage des ex-sans-voix.

L'élite d'ailleurs ne s'y trompe pas et traite de «communauté de placoteux»* ces hordes de sans-culottes qui dévaluent la parole en inondant le marché de mots au rabais. C'est une des conséquences navrantes de l'alphabétisation des masses: l'écrit s'est démocratisé pourrait-on les entendre dire.

Savoir profane

La recherche, l'acquisition, la transformation et la diffusion du savoir passaient autrefois par le transport et hier les médias de masse. Le flux est aujourd'hui en mesure de modifier la nature même du savoir, sa consommation et sa production.

Oui, on suit ceux qui écrivent beaucoup, car leurs flux de billets créent un continuum qui ressemble le plus au flux de la vie, où les récits gagnent en instantanéité tout en évitant cette élite qui s'interposait jadis entre nous et ce qu'elle décrivait.

Oui, on écrit beaucoup, mais on peut s'inscrire dans les flux, converser et réalimenter à notre tour ce flux pour d'autres.

Consommer pour comprendre, produire pour être pertinent comme le disait si brillamment Danah Boyd.

(929 mots --ça me classe où cette semaine? ;-)
--
*Pour les Nathalie Petrowsky qui pensent que les blogueurs dorment au gaz (pcq ils n'ont pas fait des «ripostes cinglantes» à Madame Bissonnette) j'ai beaucoup écrit sur le sujet en 2005 et 2006. Rien de cinglant. Juste du sensé. Mais c'est derrière nous, maintenant.

La blogosphère et les médias
Internet est un amplificateur de phénomène
Il faut le downloader pour le croire
Blogueurs, journalistes, même combat
Déformation pouvoir-professionnelle
Développement du savoir profane
La société des chroniqueurs
10 facteurs de crédibilité pour votre site webCroire/berner
Le problème du filtrage de l'information sur Internet
Qui croire quand informations et connaissances circulent librement ?

Image: Moebius

(Webinaire) Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

J'aime ces titres très américains, sûr d'eux et frais comme un nouveau-né: «Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux» est le webinaire que je donne avec Michelle Blanc et Guillaume Brunet pour Les Affaires. Vous y trouverez la meilleure introduction aux médias sociaux pour les entreprises prises en entre deux feux: sauter ou ne pas sauter dans le wagon?

Avec tout le buzz entourant le phénomène des réseaux sociaux, certaines compagnies ne savent plus où donner de la tête.

Si dans le cadre de votre travail, vous êtes appelé à initier, concevoir, planifier ou opérer des tactiques sur ce que l'on appelle le «Web 2.0» et que vous vous retrouvé submergé par toute sorte d'information contradictoire, vous aurez l'heure juste dans ce webinaire.

Non, les médias sociaux ne sont pas faits pour tout le monde, mais, si vous décidez d'y aller, il ne faut pas le faire n'importe comment. Il existe des stratégies de base que j'aimerais partager avec vous...

Plus de 250 personnes se sont déjà inscrites.

Vous êtes invité à participer au séminaire en ligne présenté par le Groupe Les affaires et Les affaires.com:

Grandes tendances du WEB 2.0:
Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

11 février 2010, de 12 h 30 à 13 h 30 (Montréal, Temps universel)

Inscription : 50$ membres / 60$ non membres (+taxes)

Les meilleurs astuces pour conquérir les médias sociauxGuillaume Brunet (animateur de ce webinaire),
Directeur marketing et services client, Groupe des nouveaux médias et des solutions numériques, Médias Transcontinental

Michelle Blanc
Spécialiste du marketing sur le Web. Son blogue michelleblanc.com est classé comme l’un des plus influents blogues francophones dans le monde.

Martin Lessard
Conseiller, conférencier, spécialiste en stratégie web et médias sociaux. Il est auteur du Guide des meilleures pratiques web de l'Alliance Numérique et coauteur du livre Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires.

Les 3 catégories de réalité augmentée

Alors que nous réserve de nouveau alors la décennie naissante? Il sera moins du côté médias sociaux (c'était la précédente décennie) que du côté de la « réalité augmentée » où «des objets communicants rendra poreuse la frontière entre le réel et le virtuel, connectant données et les choses, les humains et leur environnement»

Réalité augmentéeAprès l'internet des communautés, c'est l'internet ambiant des objets communicants. En 2010, attendez-vous de voir continuer à déferler la vague de la « réalité augmentée » dans le grand public.

J'ai écrit un article sur le sujet dont la première partie est sortie aujourd'hui sur RézoPointZéro: «Nouvelle décennie, nouvelle révolution : la réalité augmentée (1/2)»

La réalité augmentée, mot générique, (augmented reality en anglais) est aujourd'hui employée de façon plutôt flottante et regroupe divers sens.

Par opposition aux simulateurs et autres cinémas 3D, la réalité augmentée utilise une faible bande passante, une basse définition, un usage constant du réseau (via la webcam notamment) et du cellulaire (via les téléphones de dernières générations).

C’est ce qui la distingue des précédentes innovations plus immersives (et très lourdes).

Virtuel et réel
InternetACTU l'appelle aussi web au carré - pour reprendre l'expression de Tim O'Reilley (Web Squared) - pour évoquer l'évolution géométrique d'Internet. Oubliez le web 3.0, simple incrémentation, nous passerons au web au carré: une communication à deux sens entre le virtuel et le réel. «Nos outils numériques décuplent les infos en enrichissant le contexte de notre environnement physique, et notre monde influence la façon dont les données interagissent entre eux»

Les applications sortent enfin des laboratoires et des ateliers d'artistes où elles ont été développées depuis plusieurs années pour devenir accessibles au commun des mortels. Certaines utilisations sont encore anecdotiques, mais le potentiel est là.

Fille de la réalité virtuelle, les applications de la réalité augmentée se regroupent en trois catégories qui se recoupent partiellement.

Vidéo qui explique la distinction entre la réalité virtuelle et augmentée (Anglais, 2 minutes)


Les trois catégories de réalité augmentée

1- Explorer le 2D en 3D: la première catégorie explore le potentiel de simulation de l'ordinateur via de nouvelles interfaces. On déclenche à l'écran des animations semi-autonomes via des capteurs visuels (webcam). Elle permet l'affichage d'information 3D à partir de code 2D et « augmenter » l'information disponible

2- Explorer le 3D avec le 2D: la deuxième catégorie touche la surimpression de données en ligne au monde ambiant. C'est l'exploration du réel via de l'information ajoutée au contexte. Elle permet de rendre les lieux « parlant ».

3- Connecter les objets et les bases de données: la dernière catégorie recoupe l'interconnexion des bases de données et des objets dans notre monde. La mise en commun massive d'information (de « statuts ») d'objet communiquant rendant la caduque la séparation en-ligne et hors-ligne. Les objets utilisent le réseau pour s'informer sur l'environnement et lui donner des rétroactions.

Ces trois catégories représentent chacune un potentiel d'innovation, une nouvelle course à la recherche et développement qui sera similaire à celle de l'invention du web (1990-2000) et des réseaux sociaux (2001-2009).

Pour de multiples exemples, voir la suite de mon article sur RézoPointZéro: «Nouvelle décennie, nouvelle révolution : la réalité augmentée (1/2)»

Voir aussi sur InternetACTU:
Le rôle des objets et le rôle des hommes
La réalité continue : utiliser le virtuel pour approcher la réalité au plus près
et les 4 articles critiques sur le web au carré (Web²)

Image (CC) Superbomba

Révolution rhétorique?

Narcissique, futile, décadent. Quels ne sont pas les qualificatifs que nous n’entendons pas à propos de la génération Internet. Le plus grand médium écrit de tous les temps, Internet demande pourtant un alphabétisme plus que basique. Rhétorique, stylistique, pragmatique sont en passe de se voir révolutionner par la base comme jamais depuis longtemps.

«new litteracy»Andrea A. Lunsford, professeur à l'Université de Stanford n'hésite pas à aller plus loin: "I think we're in the midst of a literacy revolution the likes of which we haven't seen since Greek civilization" rapporte Wired dans sa dernière édition (en).

Nous oublions bien vite qu'avant Internet la majorité des citoyens n'avaient plus aucune incitation à écrire après l'école ( sauf pour les travailleurs du savoir).

Produire un texte n'était que l'apanage d'une minorité.

Cette expertise se démocratise et Lunsford a trouvé que jauger une audience (on écrit toujours pour une audience) et adapter son ton et sa technique d'écriture pour "passer leur message" devenait une compétence de plus en plus répandue et recherchée.

Voir l'article écrit par Clive Thompson qui n'est pas très long (en anglais): Clive Thompson on the New Literacy (630 mots, 3 min)

Objet trouvé
J'y ai trouvé une notion intéressante : le «kairos», pratique de rhétorique qui gouverne le choix d’une argumentation, dans un but persuasif.

Je m'empresse de voir comment il s'applique à notre domaine.

  • Envoyer un gazouillis à la bonne heure pour maximiser sa diffusion;
  • Usage des mots clefs ou de hastags pour augmenter la probabilité de reprise;
  • Technique de suivi (following);
  • Échange de liens
  • "Followfriday"
Ce sont autant de manières d'attirer l’attention des auditeurs pour augmenter les chances que son message passe. Autrefois réservé aux médias de masse, le «kairos» se démocratise et prend des formes nouvelles. Intéressant.
--
Image: Smithsonian

Épistémè ou mojito?

Même si c'est les vacances, on n'arrête pas de réfléchir pour autant. Petit billet les orteilles de pied en éventail.

Michel Foucault a été l'un des grands penseurs des thèmes de la discontinuité et de la linéarité dans l'histoire.

Il propose de redéfinir de ce que l’on entend par « rupture », « saut », « discontinuité » . Il faut voir ce qui nous semble « nouveau » comme un découpage de période historique entièrement construit à partir d’une lecture «discontinuiste» de l’histoire. Si l’histoire est un continuum, alors la transition d’une période à une autre ( épistémè est le terme qu'il utilise) ne serait rupture que dans la façon de concevoir les choses.

Rupture ou continuité?
On peut étendre sa réflexion et se demander si le web social, ce réseau social du web 2.0, provoque une rupture avec notre passé.

Ceux qui croient en la continuité sont en opposition avec ceux qui voient dans l'apparition d'Internet une discontinuité dans la société. Les premiers pensent que la «continuité de la société» posséderait une permanence absolue puisque la société est ce qu'elle «est» (comme on peut dire que nous sommes toujours identiques à nous-mêmes, même si nous changeons en vieillissant).

Les seconds fondent leur pensée sur une perception parfois indirecte. « Une rupture est une période où la société est en quête de sens ; il y a perte de sens parce que les idéaux qui ont animé notre culture se dérobent. [...] L'être humain vit dans un espace-temps qui façonne la conscience qu'il a de son environnement. Or, parce qu'Internet modifie cet espace-temps, il devient le miroir et le catalyseur des mutations qu'il intensifie pour le meilleur ou pour le pire. » (Michel Cartier, source dans Web Archives)

Dans le doute, accordons-nous pour dire qu'il existerait une «continuité possible dans un changement permanent». J'aime bien le syncrétisme ;-)

Voyons voir, si cela fait sens.

Twitter, Facebook, ne sont rien d'autres que la version élaborée du SMS. Les micro-messages font partie du paysage d'Internet depuis ses débuts. Le courriel est l'arrière-grand-père, toujours bien en forme, de la communication par réseau. On serait bien en peine de définir, autrement que par sa forme, la différence entre la communication via les "réseaux sociaux" comme Facebook, Myspace, etc., et les courriels. Du moins, la filiation est directe.

Anecdote. Cela fait sourire, mais le principe de Twitter, envoyer de courts messages accessibles à tous, semble bien être un besoin qui précède Internet : voir l'annonce du «Notificator» un service d'affichage de notes en public à Londres en 1935.

Qu'est-ce que Twitter, au fond? Un système de micro-messagerie ouvert, basé sur des technologies ayant déblayer le chemin, comme le IM (Instant Messaging) et le IRC (Internet Relay Chat). Sa différence tient moins à sa technologie qu'au facteur social: le rapport entre l'espace privé et l'espace public a changé. Les blogues ont pavé la voie à la culture d'ouverture. Twitter ne serait qu'un IM ouvert à tous.

Internet est utilisé comme un outil de communication horizontale (par opposition à la communication "sommet vers le bas" --top-down-- comme la télévision) basé sur une liberté de parole.

En 1909 on écrivait «Le principal usage du téléphone rural est l'usage social [...]. Le téléphone est utilisé plus souvent pour des conversations de voisinage que pour n'importe quel autre motif [...]» cité par Patrick Flichy dans Une histoire de la communication moderne, p.127

Twitter est notre bon vieux téléphone de campagne où l'on pouvait taper la ligne du rang voisin rien qu'en soulevant le combiné.

L'usage social d'un outil de communication ne nait pas avec la création de l'outil. Selon la lecture et le recul que l'on se donne, le web social ne représenterait donc pas de rupture; la continuité apparaît comme une évidence, et seuls les moyens changent. La discontinuité apportée par les réseaux sociaux ne serait pas significative par essence. On serait d'accord pour le croire.

Mais, pourtant, ces réseaux sociaux virtuels d'aujourd'hui possèdent un véritable impact qui modifie nos comportements, et offre de nouveaux rapports à l'autre et à la connaissance. Voir notamment Clay Shirky à sa conférence TED, "How social media can make history"

Il y aurait donc bien une «continuité possible dans un changement permanent». Je vous l'ai dit, j'aime bien le syncrétisme ;-) On tentera d'y répondre une autre fois... allons prendre un bon mojito maintenant...

L'hologramme numérique : un échantillon de la réalité augmentée

Je suis tombé sur un excellent petit exemple visuel de la réalité augmentée : un "hologramme numérique" (repéré par Valou). À tester dans le confort de votre maison...

GE Smart Grid Augmented Reality
Hologramme numérique
Repère graphiqueEn imprimant ce code-repère particulier, que votre webcam filme, un flash 3D s'anime devant votre écran...

Cliquez ici pour tester. Vous devez avoir une webcam et une version récente de Flash. (PS: Nicole Fodale fait une bonne description détaillée en français)

C'est basé sur le FLARToolkit qui détecte le repère à l'image et calcule la position de la feuille par rapport à la caméra en trois dimensions.

Signe des temps, mon jeune fils a regardé ça et a dit: "oui, pis? juste ça?"

Mise à jour: si le lien ne marche pas, voici une vidéo qui le montre:

Ecosysteme de l'information (3/3) : Info broker

On se préoccupe beaucoup, avec raison, de cette métamorphose qui atteint le monde des médias, entre autres parce que ce que l'on appelait avant un "consommateur d'information" est devenu aujourd'hui un "acteur". Et lui aussi cherche de nouvelles stratégies pour survivre dans la surabondance de l'information.

Source:life  Google imgurl=d5568675f32065af Je poursuis ici une série de 5 3 billets exploratoires (lire Écosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge et Écosysteme de l'information (2/3): P2P news) en me consacrant aujourd'hui à ce qui a modifié le comportement des usagers dans ce nouvel écosystème de l'information.

La mutation qui s'empare du lecteur qui, tout en étant un consommateur pour les info-brokers, participe en même temps à le nourrir, rendant encore plus floue les frontières dans cette chaîne, puisqu'il est à la fois en amont et en aval de l'information.

Changements majeurs pour l'usager

Je me limiterai à citer que quelques points concernant cette évolution de la place du grand public face à l'information dans les deux dernières décennies (Alexandre Serres en dénombrait jusqu'à 7) et dont, il y a déjà un petit bout de temps, je vous avais entretenu.

1-Autonomie de l'usager: affranchissement total des usagers face aux professionnels de l'information (bibliothécaires, journalistes, médias, critiques, professeurs, députés...) dû notamment à leur augmentation (concurrence) et à la multiplication des outils et des canaux. (Si le sujet vous intéresse : The Information Industry Revolution: Implications for Librarians ). Auparavant, en aval, derrière des gardes-barrières, il se retrouve aujourd'hui à filtrer lui-même, à la source (ou plutôt à une multitude de sources) ses informations. Et ce, même s'il ne souhaite pas.
2-Apparition du hasard comme facteur de réussite: d'une recherche structurée avec méthodes et applications, on est passé à l'ère où un document se découvre par hasard au détour d'un clic. (Si le sujet vous intéresse : Chercher faux et trouver juste: Serendipité et recherche d'information). Dans un monde d'abondance, il n'est pas rare de toujours revenir de la pêche avec une bonne prise, qu'importe où l'on pêche. Et ne sous-estimez pas cet effet: quand toute recherche permet de donner une réponse "satisfaisante" la valeur d'une réponse "exacte" (et donc coûteuse) s'écroule.
3-Déplacement de la barrière: l'accès à l'information n'est plus un problème, la capacité de traitement de cette information est devenue la nouvelle barrière. (Si le sujet vous intéresse : Problèmes et enjeux de l’évaluation de l’information sur Internet). Comment traiter 10000 hyperliens trouvés? La "pertinence" comme critère technique est bien dure à atteindre. L'accès n'est plus un problème, mais voilà que son traitement cognitif en est devenu un.
Dans un monde (hyper)riche en information, où les outils nous noient davantage qu'ils nous aident, l'hominidé post-turingien (mmm intéressant comme expression que je viens de créer), que nous sommes en train de devenir, voit dans un néo-tribalisme un chemin de traverse...

Filtre humain
Puisque les filtres ont été court-circuités et que la validation d'un document repose sur l'usager, il lui incombe d'identifier ce qui est digne d'être lu/vu/entendu. Mais comme 99% de nos informations sont de "seconde main" (la plupart des informations sur le monde nous sont relayées et non acquises de "première main") cette tâche s'accomplit en se fiant à des "autorités cognitives ou informationnelles".

Nous choisissons nos sources, ces info-brokers, qui nous alimenteront, filtreront, agrégerons en contenu, pour nous tenir au courant...

Et pour les choisir, rien de tel que de se fier à sa tribu: son ami, sa copine, son père, sa cousine, le collègue, l'instituteur, la directrice, son équipe...

L'outil web Praized ne fait rien de moins que de faire vibrer cette corde et Yahoo Mail s'oriente dans cette même direction.

Disponible chez un info-broker près de chez vous

La qualité n'est évidemment pas assurée, mais dans le lot, on l'a vue, avec la sérendipité, on finit par trouver du contenu potable quand même, un peu comme on trouve toujours un arbre dans sa ligne de vision dans une forêt.

La mobilité et l'interchangeabilité des info-brokers sont telles qu'il donne l'illusion --mais ce n'est plus techniquement vraiment faux-- que l’information se rend à nous et non l'inverse. Qu'elle nous trouve. Ou du moins qu'elle est là où on l'attend.

Reléguant ainsi le (bon) journaliste au "faiseur de bruit" --bruit dans le sens d'information non demandée -- et donc, essentiellement appelé à nous instruire sur ce que l'on ne s'attend pas --et je crois qu'une partie de la crise du journalisme provient du fait que certains ne disent que ce que l'on veut entendre. Mais on déborde du sujet.

Who's the king?
Avec un tel scénario, que reste-t-il à faire? Qu'en est-il du "Content is King" dans un tsunami d'information?

Ce qui émerge depuis quelque temps et qui prend lentement sa place dans la chaîne, c'est "The Context is King". Mais gardons-en nous un peu pour une autre série.
---
Lecture en attendant une prochaine série de billets

10 considérations sur les blogueurs, de François Guillot, qui constitue une des réflexions les plus pertinentes cette année sur la blogosphère dans la chaîne informationnelle.
Le journalisme est malade, interview vidéo de Jean-Claude Guillebault, où il affirme que le journalisme disparaît petit à petit au profit du médiatique. Trahison de la vocation journalistique?
Pourquoi la crise du journalisme? interview vidéo de Jean-Claude Guillebault, parce qu'ils disent tous la même chose.