ZEROSECONDE.COM: Facebook (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Aucun message portant le libellé Facebook. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Facebook. Afficher tous les messages

RIP Facebook, le mème de l'heure [MàJ]

«RIP Facebook» est un mot clé qui domine ce soir sur Twitter, partout sur la planète, avec plus de 8000 tweets à l'heure. Pourquoi? Probablement à la blague. «RIP Facebook Say Hi To Myspace For Me, Sincerely Twitter.» Depuis que Facebook est sortie qu'on annonce sa mort! Mais il y a un fond de vérité pour que le mème ressorte ces temps-ci.

Mise à jour du lendemain:Il faut croire que je ne suis pas le seul à penser ça,
Fred Cavazza vient de faire suivre sur Twitter un lien vers l'article du Business Insider: 
«Facebook Looks Weak To Rivals, And They Are Going In For The Kill» (1er juin)
où on dit que, maintenant, c'est le temps de commencer le pillage de talent chez Facebook!
"Facebook is no longer the upstart. It is now the middle aged man with a stock crisis. [...] Now is the time for all the other companies to strike against Facebook in the war for talent."
«Farcebook»

Dans sa chronique de mercredi Michel Girard, de La Presse,  section Affaires, y va d'un titre mordant: «Farcebook». Il nomme ainsi les soubresauts à la bourse des actions de Facebook qui ont perdu entre 25 et 30 % de leur valeur.  Regardons de plus près.  

«Farcebook» parce que M. Girard déplore le «visage à deux faces» des principaux actionnaires de Facebook dans le cadre de l'introduction du titre en bourse il y a deux semaines. 

Pourquoi les qualifie-t-il de visages à deux faces?
  • Parce que l'appel public à l'épargne à 38 $ l'action avait pour but premier de «permettre à ses hauts dirigeants et importants actionnaires de passer à la caisse»
  • Parce que les dirigeants ont vanté «à tour de bras le potentiel extraordinaire de leur entreprise auprès des investisseurs potentiels alors que l'objectif ultime était de liquider une partie de leurs actions à prix exagéré»
  • Parce que les dirigeants n'ont pas hésité à vendre leurs actions (57%, plus exactement) dans les premiers instants -- se débarrasse-t-on de 57% de la poule aux oeufs d'or?
  • Parce que les principales banques d'affaires et  maisons de courtage (Morgan Stanley, J.P. Morgan, Goldman Sachs&Co) «devaient se douter qu'à un prix de 38,00$US, l'action de Facebook allait tôt ou tard faire l'objet d'une sévère correction.» (ce qui leur a permis de rapporter la «jolie somme de 176 millions US, juste en commissions.»)
  • (source)

L'appât de gain sans effort a séduit ceux et celles qui croyaient investir dans l'eldorado numérique. 

Dessin de Tom paru dans Trouw (via)
Mais que va-t-il se passer avec Facebook maintenant qu'il est coté en bourse?

Tentons un pronostic: 
  • La pression énorme et démesurée des actionnaires, pour retrouver leurs billes, fera en sorte de chauffer à blanc la compagnie afin qu'elle produise de revenus, vite.
  • Immanquablement ces revenus ne seront pas à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires
  • Cette déception fera probablement baisser le prix des actions
  • La baisse sera telle, qu'elle suscitera l'envie d'un géant d'acheter Facebook

Concrètement, qu'a Facebook pour éviter un tel scénario?

La publicité? Peut-être, mais pas sûr. 
Les revenus ne sont pas encore à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires. Un article du WSJ  rapporte que plusieurs compagnies émettent des doutes sur la valeur des pubs sur Facebook. GM, 3e publicitaire aux É.-U. a carrément cesser de mettre de la pub sur Facebook (lire mon billet sur Triplex). Et encore, PCWorld ajoute même que les publicités sur Google sont 10 fois plus efficaces que celles de Facebook. 

Le mobile? Peut-être, mais pas sûr.
Des rumeurs circulent sur le rachat d'Opera, le navigateur chouchou sur les mobiles. Mais qui vient avec une facture salée de plus de 1 milliard $. Ou, encore, cette rumeur d'un téléphone Facebook. Rumeurs qui n'ont pas convaincu les marchés. En fait, ces deux solutions sont des "solutions achetées", donc qui demandent de disperser les ressources financières.  À une semaine après l'entrée en bourse, il est un peu tard pour annoncer que les solutions ne sont pas à l'interne…

Face.com? peut-être, mais pas sûr.
La rumeur d'acquisition du logiciel de reconnaissance faciale a peut-être du bon pour les investisseurs : associer ce logiciel avec la plus grande base de données d'individus sur Terre, c'est probablement de la musique aux oreilles des investisseurs. Mais pour les usagers, je ne sais pas, c'est peut-être le début d'une intrusion dans la vie privée insupportable (une de plus).

Je mets toujours en garde mes clients quand je les vois se précipiter pour ouvrir une page Facebook. Premièrement, ce ne doit pas être un objectif en soi, mais une tactique qui découle d'une stratégie qui découle des grandes orientations de l'entreprise. Et s'ils y vont, je fais toujours attention pour bien leur faire comprendre qu'ils ne doivent pas tout miser sur cette plateforme sur le long terme. Et je sais que je ne suis pas le seul à penser comme cela

Est-ce un bon signe pour Facebook que ce genre de recommandation circule de plus en plus?

Que conclure de cette farce à la bourse de Facebook. 
  • Que la bourse suive un chemin qui est différent de la réalité des usagers est un fait.  
  • Que ceux qui ont investi dans Facebook sur la base du succès populaire de la plateforme n'ont pas nécessairement tout compris les enjeux
  • Que, oui,  évidemment le mobile est l'avenir de Facebook (s'ils arrivent à prendre le tournant).
Mais qu'un titre qui se voit négocié entre 75 et 100 fois les bénéfices est assurément surévalué. C'est à l'image du temps. Avoir ou se faire avoir.


La tyrannie du temps libre

Le tissu qui forme la masse des médias sociaux ne prend sa source qu'à un seul endroit: notre temps libre.

Pour la vaste majorité d'entre nous, les outils de réseautage en ligne ne sont utilisés que dans nos temps libres. 5 minutes, 15 minutes, 1 heure par jour? Parfois plus, parfois rien du tout.

Mais le maigre temps discrétionnaire, extirpé à grande peine de votre agenda surchargé, que vous tentez de consacrer à votre réseau en ligne, ne vous retournera jamais autre chose que ce constat impitoyable: celui du spectacle du temps libre de tous les autres.

Même si vous arriviez à prendre quatre heures par jour pour montrer que vous avez vous aussi du temps libre, votre réseau ne vous retournera que des pages et des pages de gens qui ont encore plus de temps libre que vous.

Tous ces films, livres, sorties que vous ne pouvez pas vous permettre, votre réseau, lui, se le permet. Toutes ces discussions, pensées, anecdotes que vous ne pouvez pas noter, votre réseau, lui, vous le balance en pleine face.

Le réseautage socio-numérique centre notre rapport au monde en nous plaçant tout au milieu. Mais si on n'y fait pas attention, il pourrait aussi complètement nous décentrer et donner l'impression au contraire de se retrouver tout en périphérie.
loisir
FOMO, Fear Of Missing Out, l'acronyme forgé pour exprimer cette angoisse générée par l'impression d'être toujours en train de manquer quelque chose, décrit bien le sentiment tyrannique de se retrouver sur la touche: le peur de manquer quelque chose.

Lorsqu' on prend conscience que les réseaux sociaux ne nous exposent que le temps libre de nos amis, on ne cède plus à cette angoisse du FOMO. Comment croire qu'on ne devrait pas être là où l'on est en ce moment. Cruel effet secondaire de la société des loisirs.

Une fonction des médias sociaux est de réintroduire du nouveau dans le système. Or ce média ne s'alimente qu'avec notre temps libre, libre des préoccupations de survie matérielle (manger, travailler, dormir).

Il est clair alors que si ce temps libre ne sert qu'à décrire notre temps libre, ou la façon de le combler, nous ne créons qu'une déformation ce qu'est le monde. Le FOMO vient alors hanter nos moindres mouvements.

Mais si le contenu de ce temps libre sert aussi à partager des stratégies de vie, à échanger comment, nous simples mortels, nous apprenons à jouer le Grand jeu sans vraiment connaître les règles, si nous évitons la tyrannie du temps libre, une partie du tissu des réseaux sociaux peut venir nous envelopper et servir à nous faire grandir.


Formation de gestionnaire de communauté

L'INIS propose un microprogramme «Devenir gestionnaire de communauté» pour transmettre les connaissances entourant ce nouveau métier, ou à tout le moins, une nouvelle compétence à l'ère des médias sociaux. J'animerai le premier volet cette fin de semaine, accompagné des meilleures spécialistes du domaine à Montréal.
C'est l'aboutissement de plusieurs mois de travail. En travaillant dès la fin du printemps dernier avec l'équipe de Véronique Marino à l'INIS et aussi avec Sacha Declomesnil, à élaborer les bases d'une formation qui serait pertinente pour l'industrie, nous sommes arrivés à mettre en place les bases d'un microprogramme en trois volets.

À l'automne dernier, s'est ajouté l'apport de quatre gestionnaires de communauté reconnue dans le domaine pour préciser les contenus et les rendre le plus proche possible de la réalité terrain du gestionnaire de communauté.

Gestionnaire / animateur

Gestionnaire de communauté («community manager») est le terme consacré pour décrire le rôle des ces gens, à l'intersection des relations publiques, du service clientèle, des communications et du marketing.

Le terme "animateur de communauté" serait peut-être plus approprié si on évitait de restreindre son sens à un aspect simplement récréationnel. Animateur, dans le sens de celui qui se pratique dans les médias (pensez à un talk-show, une speakerine ou porte-parole) est là pour faciliter les échanges, le partage, la prise de parole et le passage de message.

Un gestionnaire de communauté, c'est comme un animateur d'un show dont la ville, la région, le monde sont son studio et où cette personne gère (littéralement) les flux de conversations sur un thème donné.

Dans le cadre de cette formation à l'INIS, on entend par communauté, non pas celle qui existe dans des forums ou des groupes virtuels (ou réels) mais celle des médias sociaux. Donc via les outils des réseaux sociaux, comme Twitter et Facebook.


Buts du microprogramme

Vous trouverez la description du microprogramme ici. Je résume ci-dessous .
  • Habiletés nécessaires pour créer, développer et animer une communauté;
  • Compétences pour interagir efficacement avec les membres d’une communauté et les mobiliser autour d’une marque;
  • Connaissances et les moyens d’évaluer l’efficacité des actions, mesurer l'influence et aptitude en gestion de crise.
Contenu du premier volet : Mission et fonctionnalités (12 heures)

Ce premier volet de douze heures se veut une incursion, les premiers pas, à la fois théorique et pratique dans l’univers du gestionnaire de communauté. Définition du métier, champ d’activités, gestion d’une page fan, utilisation des outils socionumériques, etc.

Je vous invite à faire ce plongeon dans les bases du métier en compagnie de quatre spécialistes qui tour à tour vont venir vous présenter les principaux piliers du domaine.

Bianka Bernier (@biankabernier), gestionnaire de communauté au Quartier des spectacles, abordera les spécificités et traits caractéristiques des différentes plateformes de médias sociaux. Elle touchera aussi la notion de "e-reputation", cette notoriété en ligne et les diverses façon de la comprendre.

Nellie Brière (@nelliebriere), gestionnaire de communauté à Radio-Canada, quant à elle, démystifiera tout ce qui concerne le nuances de Facebook, son paramètrage et la gestion de pages de fans dans un cadre de relation avec le public.

Katerine-Lune Rollet (@katerinerollet), stratège web 2.0 et anciennement de La vitrine culturelle, précisera les différents profils que peuvent avoir un animateur de communauté (titres, tâches, "pedigree"). Elle expliquera les différences entre le domaine des arts et les organismes à but lucratif/marques commerciales
Zelia Lefebvre (@Zelia), gestionnaire de communauté au Groupe Pages Jaunes, présentera des cas concrets (autant succès comme échecs) et la veille stratégique. Elle vous proposera des exercices concrets à faire durant le week-end.



Je serai l'animateur durant toute cette fin de semaine. Je vous attends. Il reste encore quelques place, dépêchez-vous!

CRM 809 Enjeux des technologies émergentes

Je donne un cours à la maîtrise à l'Université de Sherbrooke en communication appliquée cet hiver. Le thème est cousu main pour moi: les enjeux des technologies émergentes. Le cours sera donné les lundis soir au Campus Longueuil. La particularité de ce diplôme est qu'il est ouvert aux adultes dans une optique de formation continue. Il reste des places. Plus d'info ici ou écrire à Dany Baillargeon, coresponsable de programme.
Crm809
Objectifs

Développer une compréhension globale des enjeux associés aux technologies émergentes et aux environnements médiatiques en mutation.

Contenu

Après une décennie qui a vu la montée et l’imposition des médias sociaux comme un ensemble de technologies émergentes incontournables dans la société, les communications et sur le marché, nous assistons à une consolidation de ces nouvelles pratiques et l'émergence de nouveaux modèles d'affaires

Nous verrons comment rester critique face à la montée des nouvelles technologies, mais sans cacher qu'elles indiquent des points de rupture à plusieurs niveaux dans les médias, la société et les entreprises.

La surabondance des contenus générée par les nouvelles technologies émergentes change les rapports de force entre les individus, les consommateurs, les organisations et les compagnies. Nous aborderons ces nouveaux changements via ce qui est convenu d'appeler les médias sociaux et examinerons les impacts dans la société civile en général et les entreprises en particulier et sur les notions d’autorités et d’expertise.

Plan de cours

La première partie du cours portera sur les impacts des médias socio-numériques sur la communication. La deuxième partie sera axée sur les stratégies d'entreprises pour être présente dans les réseaux sociaux. La dernière partie touchera la culture du web 2.0.

Les travaux permettront aux étudiants de se familiariser avec les outils dans un but de comprendre empiriquement comment réussir une présence en ligne selon des objectifs qu'ils se sont fixés. L'emphase est moins mise sur l'établissement d'un plan rigide que de rester flexible pour l'adapter aux réalités.

Le processus devrait mener un étudiant novice dans les médias sociaux à posséder un ensemble de compétences qui lui permettra de rayonner dans sa sphère d'expertise au bout de quelques mois.

Plan de cours CRM 809 Enjeux des technologies émergentes 2012

Bande de veinards

Pour les lecteurs de Zéro Seconde, je vais publier, autant que faire se peut, tout au long de ces 15 cours des documents complémentaires au cours que vous pourrez consulter gratuitement et vous êtes les bienvenus pour commenter. Si vous suivez le mot clé #crm809, vous serez même en mesure de profiter des conseils que je vais prodiguer à la classe.

(source image)

Quand le message est rabaissé au rôle de moyen

Ce que j'aime de la blogosphère, ce sont les conversations.



Elles ont migré pour la plupart sur les plates-formes de réseautage social. En partie, tant mieux. Les conversations futiles (ou personnelles) sont maintenant sur Facebook (et j'y vais pour cette raison), les conversations courtes ou relais (passer un lien) sont sur Twitter (et je l'utilise pour ça). Les questions-réponses sont sur Quora et les appels pour sortir sont sur Foursquare. Quant à Linkedin, c'est le CV constamment à jour. Google Plus est un mélange de tout ça, mais la communauté n'est pas stabilisée encore.

Mais des conversations dans Slideshare?

En général je n'y vois que des commentaires sans vraiment de lien. Mais quand ça arrive, comme dans mon cas quand j'ai déposé ma présentation Le Contenu n'a plus de valeur, ça vaut la peine de la recopier et de la remettre dans la blogosphère.
Conversation originale sur Slideshare

Michel Roland-Guill: Belle présentation, efficace et qui me pose une question, essentielle amha: le lien est-il le moyen du contenu (influenceurs, médiateurs) ou le contenu le moyen et le lien la fin? Ce qui signifierait une mutation fondamentale, et en apparence régressive: la prééminence du lien n’est-elle pas la caractéristique pré-littératique, féodale par exemple?

Martin Lessard: Je ne serais peut-être pas prêt à dire que c’est une ‘mutation fondamentale’ dans le sens que ce phénomène pré-existe au web (voir les études de Lazarfeld et son Two-Step flow), même si ce n’est peut-être pas dans le même contexte, ni à une telle échelle.

Je dirais que je tente de remettre en relief le fait que les échanges communicationnels ont une composante sociale qu’on a tendance à sous-estimer.

En titrant que le Contenu n’a plus de valeur, je pose en creux cet état de fait.

Je laisserai un anthropologue répondre à votre dernière question 

MRG: Je ne suis pas sûr qu’on ait tendance à sous-estimer la composante sociale, tout dépend du ’on’ que l’on (!) suppose.

Par exemple les outils de gestion des signets en ligne se sont appelés, au début du web 2.0, ’social bookmarking’ alors même que leur utilité la plus évidente et immédiate était dans la gestion personnelle de ses signets, ie dans leur orientation «contenu». Voir aussi aujourd’hui les réflexions d’Hubert Guillaud sur la lecture sociale, celles de Marc Jahjah sur le partage des annotations, ou celles de mon ami Christian Jacomino sur le partage de la lecture à voix haute.

Et en amont encore, il y a le travail des théoriciens du texte qui ont déconstruit la notion d’oeuvre. Il me semble qu’aujourd’hui au contraire la tendance massive est à la revalorisation de la composante sociale, votre présentation l’illustre et ce qu’elle montre, et qui me pose question, c’est que cette promotion de la composante sociale ne se limite pas à l’estimation, à l’idée que l’on se fait des échanges communicationnels, mais qu’elle concerne l’évolution même des pratiques.

’Mutation fondamentale’ est peut-être une facilité de langage, mais n’a de sens que dans le contexte particulier des échanges en ligne. D’ailleurs, s’agissant de Lazarfeld, je remarque que sa théorie vise à décrire le mode de percolation des idées, où les leaders d’opinion sont des vecteurs, c’est-à-dire que le sujet reste en fin de compte le contenu.

Votre présentation pose bien la question anthropologique (justement) amenée par l’évolution des pratiques: lorsqu’on envisage le rôle des ’influenceurs’ on reste dans le cadre de la problématique de Lazarfeld, de la diffusion des idées/contenus, mais lorsqu’on pose que le partage devient la valeur, c’est bien d’une mutation qu’il s’agit, où le ’massage’ social devient la fin et le message est rabaissé au rôle de moyen (on pourrait soutenir qu’il en a toujours été ainsi, mais il faudrait alors parler d’une ruse de la raison qui fait consonner deux logiques différentes selon un équilibre éventuellement mis en péril – mais ce serait dépasser les limites d’un commentaire déjà beaucoup trop long  ).

ML: Je dois dire que le YulContenu était une rencontre de jeunes ‘gestionnaires de communauté’ de 20 à 30 ans, pas particulièrement familier avec la théorie (je n’ai d’ailleurs pas cité Lazarfeld). C’est le ‘on’ de mon précédent commentaire.

Votre précision me fait penser que finalement je touche un sujet plus près de McLuhan que de Lazarfeld peut-être. Mais il est vrai qu’une grande partie du contenu social échangée actuellement concerne une forme de communication phatique. Mais j’imagine qu’il faudrait alors commencer à bien délimiter les termes de nos objets avant de poursuivre notre conversation.

Mais poursuivons quand même. Je vais prendre un exemple.

Je suis bien l’évolution de l’écrit et de la lecture à l’ère des réseaux (sans en être un expert comme Hubert). Je sais que si le contenu a une valeur, tout de même, elle est pourtant maintenant effectivement éclipsée dans un monde de surabondance d’information par la relation (je vais lire Hubert avant de lire Marc, parce que je le connais personnellement). La relation ne se limite pas à des rencontres physiques non plus et Marc entrera éventuellement dans ‘ma sphère d’experts’.

Par contre, n’étant plus dans un monde de rareté (relative) d’information, Marc aura grand peine à y entrer tant qu’Hubert réussit à satisfaire (saturer) ma curiosité à ce niveau. La valeur du contenu de Marc n’a donc ‘pas de valeur’ à mes yeux. Il pourra être revalorisé quand mon réseau (ma ‘sphère d’experts’) l’inclura davantage comme un incontournable (ou suite à des rencontres personnelles).

C’est effectivement le sens de ma présentation que vous résumez de si bonne manière: le message est rabaissé au rôle de moyen. La sélection des contenus (à contenu égal) se fait pour des raisons d’appartenance à une communauté (à la construction de celle-ci).

J’ai tout de même l’impression que c’était quelque chose de déjà présent dans la culture et que seul le partage à très grande échelle, comme on le voit sur Internet, le rend plus visible (d’où mon appel à un anthropologue qui connaîtrait la situation — tiens j’en connais un, je vais lui demander…)

Enkerli: (Content de voir des mentions de l’anthropologie, surtout qu’elles semblent pertinentes…) Pas facile d’embarquer en cours de route et j’ai pas tellement la possibilité de me concentrer là-dessus, en ce moment. Mais je vais essayer de contribuer à vif, après une lecture par trop fragmentaire. Un peu comme si j’arrivais dans une salle de conférence à la fin d’une période de questions. On peut dire que c’est la partie «regard éloigné» du travail anthropologique.

Donc, si je comprend bien, on parle du passage du «contenu en soi» à la «lecture sociale». Une grande question sous-jacente, c’est de situer ce changement dans un contexte plus large. Un truc qui se discute souvent, dans le contexte de l’émergence de nouvelles pratiques, c’est le degré de discontinuité entre ces nouvelles pratiques et ce qui les a précédées. Le discours sur l’innovation fait souvent appel à des concepts de «révolution», de «disruption» et de «changement fondamental». Selon ce discours, la lecture sociale est un phénomène fondamentalement nouveau, qui nécessite une description d’un ordre nouveau.

Le contrepoint de ce discours ajoute, bien sûr, une notion de «continuité», d’«évolution», voire d’«émergence». C’est le fameux «rien de nouveau sous le soleil». Dans cette optique, la lecture a toujours été sociale. (J’ai tendance à associer ma voix à ce contrechant.) Mais le discours sur la discontinuité est lui-même diversifié. On peut y entendre le «paradigme» de Kuhn autant que l’«épistémè» de Foucault (j’aime bien les rapprocher, ces deux-là). En ce sens, la lecture sociale est-elle un «changement de paradigme» (au sens strict) ou un «décalage infime, mais essentiel»? Vais répondre sur Lettrures…"

Note: La mise en page a été modifiée par rapport à l’original (retours à la ligne, hyperliens, guillemets) et j'ai fait quelques corrections orthographiques ou stylistiques mineures

Mise à jour: J,ai rajouté le commentaire de Enkerli à 12h30
Autres textes relatifs au «contenu n'a plus de valeur» sur Zéro Seconde:

Billet de départ: Le contenu n'a plus de valeur
Commentaires autour de ce billet de départ
Présentation autour de ce sujet au ContenuCamp Montréal
---

L'effet rendez-vous

Le titre vient de Stéphane Baillargeon, du Devoir, qui m'a interviewé cette semaine sur la rencontre des médias sociaux et de la télévision. (voir son article Médias - TV 2.0 «On ne veut plus juste le voir, on veut aussi participer au savoir» d'aujourd'hui. Extraits.

«Les médias sociaux ont permis de retrouver le rendez-vous que proposait traditionnellement la télévision», dit l'analyste, qui tient un blogue sur les stratégies Web et les médias sociaux. «Franchement, il y a deux ou trois ans, je n'aurais pas été capable de prédire cet effet. Quand il s'est produit, on a eu la réaction qu'on a en découvrant un beau jardin après avoir semé des graines au hasard. En fait, oui, maintenant on peut le dire: c'est tout à fait logique de retrouver cet effet rendez-vous.»
[...]
«Les échanges sont de moins en moins artificiels, de moins en moins forcés, commente Martin Lessard. Aujourd'hui, c'est clair, ce qui intéresse les gens: ils le disent et on voit tout de suite ce qui marche ou ce qui ne marche pas. D'ailleurs, Mirador aurait probablement été retirée des ondes si on s'était fiés aux premiers commentaires négatifs ou aux critiques. La clientèle qui appréciait le côté kitsch de l'émission s'est manifestée et sa diffusion pour une deuxième saison continue en partie grâce aux réseaux sociaux.»
Source Le Devoir

Billets similaires

Si vous êtes intéressé par ce sujet, voici quelques billets que j'ai écrit (et où finalement je vois que contrairement à ce que j'ai dit dans l'interview, je voyais ça venir depuis un peu plus longtemps que je croyais)

TV 2.0 : Sous les RT, la plage horaire? (mai 2010) où j'aborde l'idée du filtre social comme le nouveau syntonisateur de contenu.

TV en direct + FaceBook = TV Sociale (janvier 2009) où on constate qu'on ne veut plus être tout seul devant l'écran.

Television sur internet (février 2009) "Peut-elle être assujettie aux mêmes règles que la télévision traditionnelle?"

Pré-diffusion TV (septembre 2008) où une assiste à une bonne tentative des télé à jouer avec le web (même s'il n'y a pas eu de suite)

Les commentaires ont de la valeur

Bon. Quand j'écris «Le contenu n'a plus de valeur quand les internautes sont dans les réseaux sociaux (c'est la référence qui en a)», il ne faut pas s'attendre à un encéphalogramme plat de la part de mon réseau. Si vous cherchiez une preuve que les réseaux sociaux ont capturé la conversation de la blogosphère, la voilà!. Et c'est passionnant!

Mon article original est ici: Le contenu n'a plus de valeur, et les commentaires se sont retrouvés sur plusieurs plateformes:

SUR TWITTER

Simon, directeur développement des nouveaux médias à @voir, est le premier à sauter sur le morceau et à déclencher une conversation

@SimonJodoin : "le contenu n'a plus de valeur... c'est la référence qui en a" - ça mériterait une réflexion plus profonde que cette phrase.

@martinlessard : Ça mériterait plus, oui. C'est ce que mon banquier me dit.

@SimonJodoin : LOL. Les banquiers, tous les mêmes... Il m'a dit la même chose. Mais sérieusement, mériterait approfondissement.

@martinlessard : C'est qqchose qui me trotte depuis longtemps mais que je n'ai pas développé encore, c'est vrai. Variante de "Context is king"

@SimonJodoin : Je lirai avec intérêt. Réflexion intéressante, aux ramifications terrifiantes.

Sophie, animatrice de communauté à @Generation_INC, est aussi dubitative devant ma déclaration:

@SophieGiroux : Pas certaine d'être d'accord! Il ne prend pas de la valeur au contraire?

@martinlessard : La valeur est donnée par l'élément déclencheur (ex: packaging d'une commodité). Tout contenu peut être remplacé. Pas un ami.

@SophieGiroux : désolé mais je continue de croire que plus le contenu est véhiculé dans les réseaux sociaux, plus il prend de valeur

@martinlessard : Quand le contenu entre dans les réseaux, il est "référé". Le contenu référé survit ("a de la valeur")

@SophieGiroux : et que dire du nombre de partages?

@martinlessard : Le # de partage est la "mesure de succès" d'un contenu dans les réseaux. cqfd?

Ianik, économiste complète:

@IanikMarcil : Mais n'est-ce pas déjà le cas (i.e. qualité de la référence); par ex. NYT vs. le Weekly World News? contexte=notoriété

@martinlessard : oui la qualité de la référence, NYT vs. WWN, existait, mais jamais avec une telle intensité. All the news that fits your mind

SUR FACEBOOK

Luc Jodoin : Le contenu n'a plus de valeur. Mon pote Martin Lessard pousse un peu fort l'oxymore, c'est certainement vrai dans une économie de l'attention et du marketing du chou et du navet, mais y'a pas que l'économie dans le vie, ciel! :). Le contenu n'a plus de valeur économique, hum c'est une tendance, en effet. :). Et à quoi bon la référence, si c'est le vide sidéral au bout...

Lionel Dujol : C'est vrai. Néanmoins, la valeur d'un contenu peut être "bonifiée" parce que partagée, propulsée par des référents influents. Dans ce cas, le contenu à moins de valeur que la référence. Mais on a pas attendu le web social pour mesure le poids des influenceurs.

Luc Jodoin : J'aime l'idée d'un contenu bonifié parce que «indexé», on fait ça depuis des lustres nous les bibliothécaires. Ce que montre le graphique de Martin , c'est qu'il y maintenant 800 000 millions de bibliothécaires potentiels sur Facebook. On a parlé de sursaturation de l'info, on verse lentement dans la sursaturation de la référence ... bon, les plus futés peuvent toujours compter sur des super médiateurs numériques ou des «autorités» cognitives (une expression qui me fait sourire). :)

Lionel Dujol : La sursaturation de l'info devient problématique. Même les veilleurs sensés faire le tri ont tendance à faire ce qu'appelle Marie D. Martel de la veille-spam. Perso, je m’interroge beaucoup là-dessus. Je lève le pied sur ce que je partage sur FB. je me demande si je dois continuer à partager ma veille sur Twitter qui est un format bien trop court pour "bonifier" l'info. Pour te dire je m'interroge même sur la suite à donner à ma présence numérique !

Luc Jodoin : Je suis plutôt d'accord avec toi, mais pour ta présence numérique, je la souhaite permanente. Elle est riche, bien dosée et sympathique :)

Claude Champagne : Si on avait plus de temps, nous aurions un blogue riche et détaillé. Car, ce sont les sites d'infos qui donnent de la matière aux réseaux sociaux. Les FB, Twitter et cie sont des relais minute. J'ai lu ça, j'espère un échange. Parfois, ça arrive, quand c'est dans l'air du temps, quand l'info est publiée en même temps qu'il y a des gens que cela intéresse.

Luc Jodoin : Claude, de la graine de thécaire :)

SUR GOOGLE PLUS

Yves Ouellette -
Donc si je comprends bien la valeur ajoutée est très faible...

Fabián Rodríguez -
Heuh, la référence c'est du contenu.

Martin Lessard -
C'est une image. La valeur (finale) est donnée par l'élément déclencheur (par ex: le packaging d'une commodité lui donne la valeur d'être acheté). Tout contenu peut être remplacé. Pas un ami. Si mon ami me refile un lien, j'ai 1000 x plus de chance de le visiter que le Nième site sur le Xième sujet de mes Zième thèmes que j'aime...

Philippe Beaudoin -
Heu? Et les amis refilent les liens en fonction de quoi alors? Au contraire, avec les médias sociaux, le contenant n'a plus de valeur. Seul le contenu en a.

Martin Lessard -
En fonction de la valeur perçue dans l'échange; le contenu est interchangeable. Les derniers billets de Techcrunch, RRW ou GigaOM se ressemblent, mais celui qui sera retransmis par un ami aura plus de valeur de lecture...

Yves Ouellette -
Si les médias, qui sont le contenant, n'ont pas de valeur. Donc il faut vite développer un média qui rassemble tous les types de post. Nous n'aurons plus à passer de l'un à l'autre pour suivre l'information.. / Je me trompe...

Philippe Beaudoin -
Tout à fait en désaccord, Martin. Le contenu ce n'est pas "l'article de Techcrunch" ou "l'article de RRW", c'est ce dont l'article parle. On se fiche de qui couvre la conférence de presse de Apple, ce qu'on relaie c'est l'information qu'on y apprend. Comme le contenu est le nouveau roi, il sera de plus en plus difficile d'être le leader si on diffuse du contenu facilement accessible à nos compétiteurs, sans l'améliorer significativement.

À mon avis, les médias sociaux vont recentrer le journalisme sur les articles de fond car c'est l'effort que le journaliste fait pour comprendre le sujet et éclairer ses lecteurs qui sera le différentiateur, non plus la force avec laquelle il fait la promotion de son message.

Christiane-Sophie Romano -
Philippe me semble valider la thèse de Martin malgré son approche contradictoire. Ma compréhension du texte de Martin est que le contenu existe, évidemment, mais que le média qui profitera de l'achalandage produit par ce contenu, sera déterminée par l'influence des R-S.

Ex.: si, dans mes activités de veille et de revue de presse, je ne fréquente jamais le site de New York Times, ce site va quand même recevoir des "hits" de ma part si un de mes contacts me suggère un contenu sur ce site.

Ceci me fait toutefois conclure que la variété de mes "contacts" recommandant des liens aura aussi un effet sur la qualité de l'information qui me parviendra. Comme les contacts sont souvent des "silos" (selon les allégeances, affinités, etc.), les R-S appliquent un filtre qui agit différemment sur l'individu. Je me demande si la courbe "macroscopique" est représentative de ce qui se passe au niveau individuel.

Martin Lessard -
Intéressants commentaires!

Philippe Beaudoin -
C'est l'avantage d'un titre sensationnel... :)
(Ceci dit, je crois que Christiane-Sophie résume bien nos différences d'opinion apparente.)

Question de ratio

Il y a 50 ans, écrivait Seth Godin cette semaine sur son blogue, le ratio était de 1 000 000 à 1. Pour chaque personne dans les médias, il y a 1 million de spectateurs. Ce ratio diminue depuis des années.

La majorité des gens étaient en mode consommation. Peu étaient des créateurs de contenu.

100000:1 Les magazines ont ramené ce ratio à 100 000 pour 1. Un rédacteur d'un grand magazine pouvait espérer avoir un impact sur beaucoup de monde.

10000:1 Les canaux spécialisés sur le câble et les magazines spécialisés font baisser ce ratio à 10 000 à 1, continue de raconter Godin. Il est possible de cerner davantage les intérêts particuliers.

1000:1 Puis vient le temps des blogues et des podcasts, de YouTube et de Twitter, où chacun peut maintenant espérer avoir une audience de 1000 personnes.

Tendre vers zéro

Godin se demande à la fin de son billet à quoi peut ressembler un ratio qui tendrait vers zéro.

Je crois qu'on peut lui répondre ceci:

100:1 ? Probablement Facebook.
10:1 ? À n'en pas douter, c'est le courriel.
1:1 ? Hé bien c'est FaceTime. Mais là, le téléphone l'a devancé depuis plus de 100 ans...

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin?

À quoi ressemblerait un ratio inverse? C'est-à-dire zéro lecteur et un créateur?

0:1 ? Un iPod branché à un Nike! Vos baskets vous renseignent sur votre état de santé ou d'avancement dans vos entraînements...


G+ changera-t-il nos usages des médias sociaux?

J'ai eu la chance de pouvoir entrer dans Google Plus (G+ pour les intimes) parmi la première vague (l'ouverture officielle grand public est prévue le 31 juillet 2011) et d'explorer la nouvelle plateforme. Voici mes réflexions, après une semaine d'usage.
Google Plus
Google Plus

Pour une bonne description de ce que fait Google plus voir le billet du blog officiel de Google (english) ou celui de Benoit Descary (Via +michelleblanc)

G+ a attiré les power users, et en tant que tel, on ne peut que se sentir à l'aise. Éventuellement, ça va changer, mais c'est un avantage énorme: un haut taux de signal par rapport au bruit.

L'interface ressemble à Facebook. Pas nécessairement un avantage, ni vraiment un défaut -- quoique dans ce cas-ci, ça appelle une comparaison et je dois dire que pour ce qui est de la présentation du flux, FB a une longueur d'avance, mais pas pour le reste.

Évidemment, vu la nouveauté, les 3/4 des conversations portent sur l'outil lui-même. C'est d'ailleurs très pratique, car on en apprend plus vide les subtilités.

La gestion en "cercle" de ses amis est un peu surestimée. Il est judicieusement placé à la vue pour rappeler de l'utiliser, mais la métaphore des cercles (représentée par... des cercles) finira par perdre son lustre de nouveauté et on exigera un peu plus de fonctionnalités, moins de bonbon, pour gérer plus efficacement ses groupes qui ne tarderont pas à être lourds...

Phrase la plus entendue: «Oh! je viens de découvrir une autre façon de faire des invitations G+»



Facebook

Voilà le réseau qui a le plus à craindre de l'arrivée de G+. À part Martin Ouellette qui a fermé son compte FB pour rester à demeure sur G+, je ne connais pas grand monde qui abandonnera complètement Facebook. Sauf s'ils font encore des conneries avec les éléments de vie privée.

Je ne vois rien dans G+ ce qui justifierait un exode massif comme on l'a vue de MySpace vers FB. Les utilisateurs lambdas vont migrer quand leur réseau va migrer aussi. C'est la question de savoir qui de l'oeuf ou la poule quittera en premier FB...

Il est probable que les usages plus professionnels qui se faisaient dans FB vont se faire plutôt G+ qui a de facto un aspect "sérieux". Surtout lorsque le Géant de Mountain View y ajoutera des passerelles vers des outils comme Blogger, docs et maps. La gestion des cercles permet effectivement de faire travailler en collaboration des travailleurs à la maison plus facilement grâce aux conférences vidéos notamment. L'intégration de G+ dans Andoid est probablement un cheval de Troie pour entrer dans sur la place de travail. L'application est vraiment bien faite et saura plaire à ceux qui veulent rester en contact avec leur équipe.

FB est et restera une place publique pour les conversations légères (photos de vacances, échanges d’humeur, souhaits d’anniversaires). Un lieu de rassemblement pour croiser des gens de tout horizon, car il n'y a pas que des geeks qui utilisent internet. FB sera pour socialiser et G+ pour travailler?

Phrase la plus entendue: «Oh! Je viens d'éternuer»


Twitter

Twitter restera une place de diffusion pour la propagation de nouvelles (liens, primeurs, commentaires à chaud). Car c'est de facto le bulletin mondial de ce qui se passe, le haut-parleur qui scande le rythme de la vie publique des citoyens du monde. Sa structure improbable qui limite invraisemblablement les tweets à 140 caractères reste et demeure son avantage numéro uno. On scanne plus facilement un flux de tweets qu'un flux de G+.

Tweeter restera ce qu'il est et fait de mieux: un endroit pour les petites exclamations. On ne s'enfarge pas dans des conversations qui vont dans tous les sens. Twitter, c'est le fil de nouvelles mondiales (et de potin) et non pas un forum

Phrase la plus entendue: «Oh! Je viens de lire http://bitly.com/abcde»



Foursquare

G+, comme les autres plateformes, fait de la géolocalisation. Mais on est loin de l'intégration de type «check-in» dans un lieu comme Foursquare. Si vous souhaite seulement indiquer où vous êtes, G+ fait bien le travail. Mais si vous voulez indiquer l'endroit où vous êtes (magasins, parc, événement) Foursquare a encore l'avantage et G+ ne le menace pas outre mesure.

Phrase la plus entendue: «Oh! Je suis le maire du McDonald»


Quora

Comme lieu hyperspécialisé pour poser et répondre aux questions, Quora n'a pas à s'en faire. Mais tout réseau social lui fait perdre un potentiel de poser/répondre à des questions, et G+ ne fait pas exception.

Phrase la plus entendue: «Oh! Qui connait la 127e décimale de PI?»


Linkedin

Autre lieu hyperspécialisé pour connecter des gens d'affaires. Comme Rolodex et cv autoorganisé, il reste imbattable. Pour trouver quelqu'un rapidement dans son réseau d'affaires, aussi. Mais le graphe social qui s'ordonne organiquement autour d'un G+ qui attirerait des usagers plus professionnels pourrait lui faire du tort. Il est plus facile de trouver quelqu'un dans son réseau vivant sur G+ en posant une question, que d,envoyer un message sur un répertoire comme Linkedin.

Phrase la plus entendue: «Oh! Je voudrais te rajouter à mes contacts»

--
Et vous, quel est votre point de vue?

J'aime...les élections

Marie-France Bazzo écrivait ce matin : «J'assume et je réitère: De + en+, on vote avec légèreté et incompétence citoyenne. À ts les paliers de gouvernance. #VoteFB»

Le vote de lundi soir en a laissé plus d'un avec un mal de crâne pour expliquer ce qui s'était passé. Faut-il réformer les élections?

À la blague, sur le blogue Triplex de Radio-Canada je proposais mardi des solutions 2.0 pour moderniser les élections dans une démocratie accro aux réseaux sociaux.
  • Mettre des « J’aime » à côté du nom des candidats,
  • Permettre de retweeter son choix, 
  • Distribuer les sièges au Parlement en fonction du nombre de membres des pages Facebook des partis. 
  • Et pourquoi pas? Permettre d’adhérer à plus d’un groupe.
1 vote vaut 1000 like

Pour horripiler les bien-pensants et conforter les dénigreurs des médias sociaux, imaginons ce que Élection Canada pourrait faire pour attirer les électeurs à s'intéresser à la politique à l'ère du 2.0.

Le vote secret? Tellement 2 mai 2011. Non, on rend tout public, c'est tellement plus in:

Pour amener les électeurs sur le lieu de vote, tous les moyens sont bons:


Ou alors on vote dans le confort de Facebook et on connait instantanément les résultats:

Une fois au pouvoir, il y a bien des widgets qui permettraient de créer une démocratie participative. Google Shared Spaces offre un bon point de départ:


Jeu sérieux

Oui, la politique est un jeu sérieux et les médias sociaux ressemblent plus à une foire où règnent la franche camaraderie et parfois la fange immonde. C'est la même différence entre un entraîneur sportif et un gérant d'estrade.

On parle, on s'agite et on dit tout haut ce qu'on pense. Espérant secrètement que les autres vont mettre nos idées en action.

Oui, le web a donné à tous la possibilité d'exercer une forme de pouvoir (un «cinquième pouvoir»?), mais un pouvoir qui confronte davantage et joue sur le terrain des médias  (ce « quatrième pouvoir »).

Le Web 2.0 a-t-il changé la politique ? Indirectement. Il a changé les médias, qui eux ont un pouvoir sur la politique. Mais il l'a en même temps fragmenté les médias, qui se trouvent affaiblis face aux politiques.

Et il n'y a que les élitistes qui se drapent dans la bonne conscience pour refuser la démocratisation des médias comme une bonne chose. Internet a tout au plus brassé la cage, changé la donne, redistribué les cartes.

Et pendant un temps, on va vivre ce que procure le web 2.0, un sentiment de pouvoir. Mais illusoire. Car oui, Facebook nous a habitués avec ces « j'aime...», le sentiment d'être en élection perpétuelle et que nos «votes« seraient pris en compte.

Les marchants en prennent compte. Mais pas en politique. En politique, ce sont ceux qui se battent qui dirigent.

Il n'y a pas une page Facebook, qu'importe le nombre d'abonnés, qui va influencer un projet de loi, un comité, une assemblée. La décision appartient à ceux qui s'impliquent, pas à ceux qui s'abonnent.

Converse toujours, tu m'intéresses

L'influence 2.0 se vérifie toutefois au niveau des opinions. Ou plutôt de la circulation des opinions. D'opinions moins mainstream. C'est l'endroit pour émettre librement une opinion et voir si du monde mord à l'hameçon.

C'est parfait pour consolider ses appuis et préparer ses arguments. Mais ça reste des paroles. Pas des actes. Dans ce sens, le «cinquième pouvoir » et le «quatrième » ne font qu'un. On agite des drapeaux, on signale, on informe.

La médiatisation en continu de la rumeur publique offre un instantané des réactions du peuple pour des institutions aux rythmes sommes toutes plus lents. Mais elle ne garantit pas son intégration dans le processus décisionnel.

Car l'action doit venir des gestes concrets: s'impliquer dans des comités, défendre, envers et contre tous, son idée, la peaufiner et la solidifier. Convaincre à chaque échelon. Et se battre encore même quand tout est gagné.

Alternatives électorales

La consternation face aux résultats de lundi dernier se résume bien dans ce qu'exprime Marie-France Bazzo: le peuple voterait à la légère. Soit. Peut-être qu'il y a matière à réflexion. Des pistes alternatives pour modifier le processus électoral existent...

La démocratie directe: avec l'arrivée d'internet, c'est probablement plus que jamais techniquement possible. Qu'elle soit souhaitable est une autre paire de manche. (lire Les enjeux de la démocratie électronique, Hermès 2000.)

La sortition: c'est un procédé où les représentants sont tirés au hasard. Quand on y pense sérieusement,  comme on a pu le voir lundi, les résultats ont été aussi aléatoires. (plus de détails).

Modes de scrutin: on pourrait aussi changer de mode de scrutin : de scrutin majoritaire uninominal à un tour à celui à deux tours, ou à la proportionnelle, ou mixte. Chacun a ses avantages et ses inconvénients. (lire Les différents modes de scrutin et leurs effets). Dans un pays de patchwork, ce n'est pas un changement évident...

Je reste convaincu que la désaffection des urnes (40% des Canadiens en droit de voter n'ont pas exercé leur droit) reste le plus grave problème. S'il y a un réel problème, il est là.

Et si avec les médias sociaux, la population a commencé à participer, c'est au final une bonne nouvelle. L'intention est là...

(Webinaire) Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

J'aime ces titres très américains, sûr d'eux et frais comme un nouveau-né: «Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux» est le webinaire que je donne avec Michelle Blanc et Guillaume Brunet pour Les Affaires. Vous y trouverez la meilleure introduction aux médias sociaux pour les entreprises prises en entre deux feux: sauter ou ne pas sauter dans le wagon?

Avec tout le buzz entourant le phénomène des réseaux sociaux, certaines compagnies ne savent plus où donner de la tête.

Si dans le cadre de votre travail, vous êtes appelé à initier, concevoir, planifier ou opérer des tactiques sur ce que l'on appelle le «Web 2.0» et que vous vous retrouvé submergé par toute sorte d'information contradictoire, vous aurez l'heure juste dans ce webinaire.

Non, les médias sociaux ne sont pas faits pour tout le monde, mais, si vous décidez d'y aller, il ne faut pas le faire n'importe comment. Il existe des stratégies de base que j'aimerais partager avec vous...

Plus de 250 personnes se sont déjà inscrites.

Vous êtes invité à participer au séminaire en ligne présenté par le Groupe Les affaires et Les affaires.com:

Grandes tendances du WEB 2.0:
Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

11 février 2010, de 12 h 30 à 13 h 30 (Montréal, Temps universel)

Inscription : 50$ membres / 60$ non membres (+taxes)

Les meilleurs astuces pour conquérir les médias sociauxGuillaume Brunet (animateur de ce webinaire),
Directeur marketing et services client, Groupe des nouveaux médias et des solutions numériques, Médias Transcontinental

Michelle Blanc
Spécialiste du marketing sur le Web. Son blogue michelleblanc.com est classé comme l’un des plus influents blogues francophones dans le monde.

Martin Lessard
Conseiller, conférencier, spécialiste en stratégie web et médias sociaux. Il est auteur du Guide des meilleures pratiques web de l'Alliance Numérique et coauteur du livre Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires.

Avatarisation de Facebook

Facebook change ses paramètres de confidentialité, transformant les épais murs en minces parois de verre. Changez les conditions d'un environnement et vous verrez ses habitants changer leur comportement. Exit la sincérité, bienvenue aux avatars!

Facebook permet maintenant de voir TOUS les profils des membres à moins de changer ses paramètresFacebook s'est fait reconnaître pour une plateforme de socialisation fermée, où les échanges à l'intérieur n'étaient pas accessible sur Internet à moins d'être (1) membre de Facebook et (2) "ami" avec la personne (ou encore "ami d'amis"). Les changements de paramètres de confidentialité changent la donne et ouvrent à tout vent les contenus intimes de millions de gens.

Cette brusque lumière braquée sur nos échanges épistolaires numériques engendra une rapide «mise en scène» des profils au détriment d'une "franchise", peut-être naïve, mais créateur d'un véritable échange.

Facebook n’est officiellement plus un réseau social fermé, mais une plateforme sociale ouverte (lire Fred Cavazza, «Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs», 13 janvier 2010).
«[ L]a confidentialité est un élément moteur dans la dynamique communautaire, changez les règles et vous changez la façon dont les utilisateurs vont se comporter» raconte Fred Cavazza dans un texte à la fois intelligent et intelligible sur le changement de stratégie radicale de Facebook.

«[...] Facebook a depuis le début affiché une volonté de privatisation des échanges, ce qui a participé à son succès pour en faire le lieu de rencontre et de partage de référence dans le monde. Mais maintenant la donne a changé : Les profils sont devenus publics par défaut et tant pis pour les informations personnelles et photos que vous avez publié il y a plusieurs mois / années», dit-il, en tablant sur le fait que peu de personnes iront changer leurs paramètres de confidentialité. Autrement dit, les paramètres «par défaut» ont changé, donc ne rien faire équivaut à accepter le changement.

«[...] la confidentialité est un élément moteur dans la dynamique communautaire, changez les règles et vous changez la façon dont les utilisateurs vont se comporter.» Quels comportements? D'échange épistolaire de l'intime ou du privé, la communication sur Facebook devient publique et un profil se transforme de facto en avatar.

Source des citations: Fred Cavazza, «Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs»
Notez bien que la possibilité de retourner aux paramètres privés est possibles, mais sera sûrement peu suivi par la masse...

L'avatar, ambassadeur numérique de l'individu
On imagine souvent l'avatar comme une représentation fantaisiste d'une personne (voir les images associées, les pseudonymes ou les descriptifs dans certains profils de forums ou de plateformes de socialisation)

Mais on oublie que l'avatar peut être votre visage, votre nom et vos "status update": ils créent à eux seuls un avatar en ce sens qu'ils ne sont pas «vous», mais «votre représentation numérique».

L'avatarisation de Facebook signifie que les profils devenus publics auront tendance à contrôler leur image sur la place maintenant ouverte. De la même manière que vous contrôler votre image dans l'espace public.

Vous avez déjà un avatar
Il ne faut pas voir l'avatarisation comme un mal issu du numérique, ce phénomène existait bien avant (même s'il ne portait pas ce nom):

  • Votre CV est votre "avatar" dans le monde professionnel
  • Le choix de votre cravate, de votre robe, votre coiffure ou votre maquillage
  • La marque de votre voiture, votre marque de bière «préférée»
  • Vos sujets de conversation, vos intérêts dévoilés
Tous ces choix que vous vous faites en public révèlent qui vous êtes. Ou plutôt, il révèle pour qui vous voulez vous faire passer. Ensuite, l'adéquation entre le réel et le projeté est une autre affaire : la tension pour équilibrer la "véracité" dépend de la culture sociale ambiante (et changeante).

Mais vous devez reconnaître tout de même que vous avez déjà «avatarisé» votre image publique.

La maison de verre
En en discutant avec Patrick Tanguay dans les jours qui ont suivi la publication de l'article de Fred Cavazza, on remarquait outre l'incongruité du geste de Facebook (ils cherchent à se positionner sur le terrain de Twitter, le "real time", un beau cas inversé où c'est le Boeuf qui veut se faire plus petit que la grenouille), la communauté se retrouve sans réelle alternative:

où aller si on veut retrouver l'intimité des premiers temps sur Facebok? y a-t-il une autre alternative? Une place "publique" fédératrice qui permet des "alcôves d'intimité"?

Si plusieurs voient les réseaux sociaux comme une façon de se faire de la visibilité (en lien avec ce que je prône pour les professionnels), je crois, malheureusement pour Facebook, que puisque la grande majoritédu public ne s'y intéresse pas, il lâche du coup la proie pour l'ombre...

Leçon d'un con

On connait tous l'histoire. Sur Facebook, cette semaine, un sondage généré par un utilisateur sur Facebook demandait « Obama doit-il être assassiné ? ». Rien de moins. Les services secret du président en question ont vite retrouvé les traces du délinquant... un ado.

"Attention à ce que vous postez sur Facebook, cela pourrait se retourner contre vous tôt ou tard." Le président américain ne croyait pas si bien dire, mardi 8 septembre, devant d'une école.

Et oui! 3 semaines après, voilà un jeune qui n'a rien compris du message. C'est que, affirmait Obama, "(...) quand on est jeune, on fait des erreurs, on fait des trucs idiots ". Aujourd'hui, les services secrets ont dû lui répéter ce que le président avait dit. Après avoir été « interrogé en présence de ses parents », le mineur délinquant en question ne serait pas poursuivi, ont-ils dit.

Si vous ne connaissez pas l'histoire, c'est bon signe. Vous ne passez pas votre temps devant l'ordinateur. De plus, il y a fort à parier que votre journal favori n'en a pas parlé (ce qui fait changement du temps, pas si lointain, où les rédactions faisaient les gorges chaudes de la paille dans l'oeil d'internet avant de comprendre qu'ils étaient du mauvais bord de la branche qui se faisait scier)

Avons-nous tirer toutes les leçons de la mésaventure du petit con? Oui? Vraiment? Je ne suis pas si sûr. Reprenons.

"Pour commencer, je voudrais que vous tous fassiez attention à ce que vous postez sur Facebook parce qu'à l'époque de Youtube, quoi que vous fassiez, on vous le ressortira à un moment ou un autre de votre vie" (Dixit Obama , source Le Monde 9 septembre 2009)

Si vous avez compris qu'il ne fallait plus mettre de sondage en ligne sur Facebook, vous n'avez qu'un seul point sur quatre. Même pas la note de passage.

Il y a trois autres apprentissages.

1- l'anonymat et la vie privée n'existe pas. Oubliez les 'privacy policy'. À tout moment, quand le pouvoir en place le décide, il n'y a plus rien qui ne tient: Facebook ou pas, la plateforme va collaborer pour retrouver le délinquant. La Chine le fait. L'Occident aussi. Cessez de croire qu'un droit numérique vous protège dans l'anonymat. Les outils à votre disposition, qu'il soit 2.0 ou non, avec un Privacy Policy béton ou non, vous lâcheront à la première occasion. Appelons ça un attrape-con. La ligue des mineurs fait sa propre auto-sélection.

2- Compte tenu du point 1, il n'y a maintenant plus aucune raison de croire qu'un sondage de ce type puisse être sérieux. Aucun terroriste professionnel ne s'afficherait ainsi. Reste donc les losers. Croire à une conspiration relève du domaine psychiatrique. Quand elle apparait sur Facebook, une telle ânerie ne doit qu'entraîner un appel de service rapidement reléguer aux bleus en formation. Il n'y a peut-être que Dan Brown ou William Gibson pour y trouver une inspiration créative.

3- Les points 1 et 2 montrent que la motivation à un tel geste est tout autre. La notoriété. Cet ado ne cherchait ni à faire un acte politique, encore moins terroriste, ni à communiquer un message. Il cherchait la notoriété. Aujourd'hui, l'acte artistique est warholien. Quelle est la question de sondage qui apporte la plus grande viralité? La question a été créé dans le seul but de provoquer le maximum d'impact viral. Tel est la condition humaine à l'ère du 2.0.

Notons que le jeune possède cette double compétence, celle de programmer une application Facebook et de saisir l'esprit du temps, ce qui fait de lui un magnifique spécimen fonctionnel dans la société d'aujourd'hui.

On aurait peine à croire que les américains stresseraient à propos d'un 'Faut-il tuer yzokraS?' (je verlan pour éviter les indexations hors contexte) ou la même chose avec Ahmadinejad.

Il faut être en diapason avec son milieu et son époque pour provoquer. "Pour commencer, je voudrais que vous tous fassiez attention à ce que vous postez (...)". L'ado a bien compris le message. Il a fait très attention à ce qu'il a posté...

Les moteurs de confiance

Alex Cambell (DTDigital / OgilvyInteractive, Melbourne) écrit dans son blog aujourd'hui: I no longer depend on Google to find stuff (via BrunoBoutot)
«Today I had a stark realisation: I no longer depend on Google to find stuff. I still use it to locate things: e.g. “find me the Wikipedia page on Ted Kennedy’s acquatic activities”. But I rarely - if ever - use it to find businesses, places to visit, interesting blogs, etc.»
"Je ne dépends plus de Google pour trouver de nouvelles choses" dit-il en substance. Google est toujours utilisé, comme assistance à la recherche, trouver ce que l'on cherche (une page Wikipédia, par exemple) mais les réseaux sociaux servent à trouver des choses, des recommandations, des suggestions, des découvertes... (ex. Twitter, Praized, Facebook, Friendfeeds, Linkedin, Viadeo, etc)

In Google we trust?
Il pointe quelque chose d'intéressant: les réseaux sociaux sont basés sur la confiance ("trust"). Ce que n'a pas Google, dit-il.

Il exagère un peu, mais sur le fond, on peut dire qu'avec la montée en puissance des professionnels du rayonnement web, on peut se demander si la pertinence est toujours au rendez-vous...

Je dirais pour être plus juste, Google est plutôt un outil de popularité. Les réseaux sociaux tablent eux vraiment sur la confiance. Voilà une nuance fort pratique lorsqu'il s'agit d'expliquer la valeur stratégique du web 2.0.

La montée de réseaux sociaux
Le genre de discours que porte Cambell rejoint les échos qui grandissent depuis la montée des réseaux sociaux depuis quelque temps. Son mérite est de le formuler d'une façon percutante et libératrice ("nous ne sommes plus dépendants de Google") et en ce sens il rejoint mon point fait hier dans le billet Les couloirs numériques, où je présente Twitter comme outil de sérendipité professionnel.

Mais Cambell s'arrête en chemin -- il fait une conclusion typique de la blogosphère anglophone très portée sur le fonctionnel et l'impératif ("if your brand is not social then it doesn’t exist"). L'ouverture qu'il a créée mérite que l'on ferme la parenthèse pour lui, pour notre plus grand bonheur cognitif.

Descendre du piédestal
Voilà ce qui se passe : Google est en passe de devenir ce qu'il a toujours été : un simple moteur de recherche, un outil pour trouver quelque chose que l'on cherche. Jusqu'à tout récemment son monopole de succès le rendait maître des lieux. Il représentait par métonymie l'Internet au complet.

Ce que Cambell dit, c'est que la sérendipité («fortuité» selon le Grand Dictionnaire) n'est plus une exclusivité de Google. «Fait de trouver quelque chose alors même qu'on recherche autre chose» se fait en butinant sur les réseaux sociaux maintenant. Mais qu'est-ce que chercher?

IR
Olivier Ertzscheid et Gabriel Gallezot, dans Chercher faux et trouver juste, serendipité et recherche d’information (PDF) expliqué qu'il y avait un sens double à "rechercher".

- Il y a « rechercher » de la recherche d’information (Information Retrieval en anglais, IR)
- Et il y a le « rechercher » de l’épistémé, la recherche (Research en anglais).

Bon, ne vous sauvez pas parce que j'ai employé "épistémé": "recherche" est trop ambigu, alors je garde le terme académique.

Pour l’IR, Google est un outil du traitement de l’information sur un corpus documentaire.

Pour l’épistémé, le but est de découvrir, de produire de nouvelles connaissances.

Vous êtes comme M.Jourdain et vous faites de l'épistémé sans le savoir à chaque fois que vous découvrez quelque chose sur les réseaux sociaux (d'ailleurs comment avez-vous "découvert" ce billet?)

Les trois recherches
Ertzscheid et Gallezot résument les 3 « états initiaux » de l'IR (Information Retrieval / recherche d’information).

1- [Je sais] [ce que je cherche] . On fait alors des requêtes (Querying). C'est l'usage que Cambell semble vouloir faire de Google quand il cherche une page Wikipédia sur un sujet.

2- [Je ne sais pas] [ce que je cherche]. On procède par exploration (Searching), induction et abduction (avec moi vous avez des mots qui comptent triple pour le Scrabble). C'est le type de découverte que vous faites en librairie en repartant avec le livre à côté de celui que vous recherchiez. La structure de l'endroit ou du classement favorise ou non la sérendipité. Un BarCamp permet ce type de découverte.

3- [Je sais] [que je ne sais pas ce que je cherche]. Ici, nous sommes en mode d'apprentissage (Learning). C'est l'état dans lequel vous êtes quand vous entrez dans un réseau social. Vous pourriez autant trouver la référence au billet de Cambell que le fait que votre ami mange un sandwich...
Google nous a offert pendant plusieurs années ces trois types de recherche. Ce qui a été dit ici, c'est que le troisième type n'est plus l'apanage de Google, qu'il a perdu (définitivement?) son emprise sur ce secteur.

Quand on dit que ne sommes plus dépendant de Google, c'est affirmer que l’influence de la sérendipité en matière de construction de connaissances ne repose plus dans les mains monopolistiques du géant de Mountain View.

Les réseaux sociaux sont nos moteurs de confiance et carbure à notre saine curiosité. Ils répondent à ce besoin de confort communautaire de construction de la connaissance...

Sur Facebook, tous les 'friends' ne sont pas égaux

En moyenne sur Facebook on collectionne 120 "friends", mais il semble que le nombre de vrais amis avec qui on communique fréquemment se réduit à seulement sept de ses amis.

Parmi les utilisateurs de Facebook qui ont 500 amis, ces chiffres sont un peu plus élevés (16 ou 17) mais montre bien qu'il existe une limite de la sphère de l'intimité.

Ce cercle intérieur ne semble pas s'agrandir nécessairement avec la venue d'outil réseau.

Le vrai cœur d'un réseau tourne autour d'un petit nombre de contacts. En d'autres termes, cette «mise en réseau» de nos réseaux sociaux ne sert qu'à « diffuser» nos vies au-delà de ce cercle de connaissances intimes.

Cet usage de "broadcast de vie", Sébastien Provencher l'avait repéré il y presque deux ans.
Voir l'article publié hier, Primates sur Facebook sur the Economist, qui discute de ces constats (via Andrès sur Twitter)

10 minutes avec "Internet et Opinions"

Petite tournée des blogues de qualité en langue française: aujourd'hui Internet et Opinions. 10 minutes avec François Guillot; appréciez du bon contenu pour l'esprit.

Flashmob et jeu vidéo : la contestation universitaire se diversifie en ligne (17 février 2009)
L’époque est donc à l’apparition ou au retour de nouvelles formes d’action collective.

De la conversation comme jeu (31 janvier 2009)
Entrer dans la conversation implique de se plier à la loi de la communauté à laquelle on prétend s’agréger.

10 mythes du web 2.0 (9 janvier 2009)
10 "Idées reçues" et comment les remettre à leur place.

Les groupes Facebook les plus populaires (24 décembre 2008)
Essai de typologie des mégagroupes Facebook.

Et si la sagesse des foules c’était d’abord celle de se taire ? (5 décembre 2008)
Dans les études comme dans les commentaires ou dans les sites participatifs, la production de l’information repose sur des groupes d’individus assez minoritaires.
Et son premier billet : Il faut bien un premier billet (5 août 2007)

Billets sur Zéro Seconde sur des sujets similaires:
Mythologies de la connaissance [1] - Le mythe de l'apprentissage à distance
Mythologies de la connaissance [2] - Le mythe de l'apprentissage en tout temps.
Mythologies de la connaissance [3] - Le mythe de tout apprendre
Hyperconnectivité - Sur Facebook ou Twitter je retrouve un niveau de conversation "intime" qui était sur les blogues auparavant et qui est maintenant "micro-blogué" sur ces outils.
Les réseaux sociaux comme extension de la culture de masse

TV en direct + FaceBook = TV Sociale

L'offre en ligne pour suivre "live" un événement s'est grandement développée. L'association CNN & FaceBook qui a présenté l'investiture du président Obama hier démontre ce que pourrait être la télé en direct dans un future très proche.

Tout en suivant live l'investiture, on pouvait, sur la même page, "chatter" live avec sa communauté Facebook grâce au partenariat CNN Live et FaceBook Connect.

CNN live + Facebook Connect
Statistiques
De Inside FaceBook (via Mario)

• 1,000,000 de personnes ont mis à jour leur statut facebook via l'application sur CNN.com Live Facebook
• 4,000 mises à jour par minute en moyenne durant tout l'événement
• 8,500 mises à jour du statut Facebook durant la première minute du discours d'Obama

• 25 millions de live video streams Via Beet.TV
• Autres statistiques sur NeeTeeVee.

Facebook tire ainsi le tapis sous les pieds de Twitter
FaceBook avait redonné un regain à Twitter en montrant l'utilité du "status", qui est en fait du micro-bloggage. Pourquoi s'embarrasser de tout l'appareil Facebook quand seulement le "status" suffit pour devenir un "média"?

L'idée géniale de CNN et FB a montré toute la puissance de la communauté de Facebook : suivre l'événement est une chose. La suivre en commentant en ligne en est une autre. La suivre avec sa communauté est tout à fait galvanisant.

Twitter n'a pas perdu la partie pour autant. Il reste un puissant outil de "breaking news", de scoops, du "peer to peer news". Mais ici si on veut regarder ensemble un événement, FaceBook + la télé est le nouvel endroit...

La télé sociale
Je ne crois pas que Twitter (ou autre outil de clavardage ou de forum) aurait offert le même degré de confort social: c'est comme aller écouter un événement sur un grand écran dans un bar ou un café, à la différence, dans le cas de CNN+FB, c'est que dans la salle ne se trouvent que des gens que vous connaissez. Les cris seront les mêmes ("Go Obama Go!") que dans une salle remplie d'inconnus, mais lancés ici par votre réseau personnel centré autour de vous.

Comme Facebook a réussi à paraître plus "personnel" (il n'y a pas d'anonymat sur Facebook), le côté "public" de Twitter semble tout à coup moins approprié... (voir en passant l'analyse d'ExVisu de Twitter sur les données linguistiques entourant Obama).

Une nouvelle audience
Comme l'investiture avait lieu en milieu de journée pour les Américains, les employés au travail ont pu se tourner en masse vers les sites web pour accéder à la diffusion en direct.

CNN a tapé dans le mille en attirant sûrement une grande audience qui avait déserté le petit écran. Les "numériques" ont redécouvert un nouvel usage de cette "télévision" qu'ils trouvaient peut-être trop traditionnelle, unidirectionnelle, dépersonnalisée.

Il ne faut pas sous-estimer ce type d'expérience: quand le réseau sera autant fiable que les ondes, il y a fort à parier qu’« accéder à la télévision» se fera par Internet pour ce type d'événements : on ne veut plus être tout seul devant l'écran.

Autres liens
Si vous avez manqué le discours d'Obama, c'est ici pour la video et ici pour le texte anglais (et ici pour des extraits en français)
Et vous pouvez voir toute la scène en 3D avec PhotoSynth (MS SilverLight 2.0 nécessaire) (via Journal du Geek)

Autres réflexions sur la télé et le web sur Zéro Seconde
Les réseaux sociaux comme extension de la culture de masse
::Où je tire un peu les oreilles de Radio-Canada et explique pourquoi les réseaux sociaux poursuivent une lointaine guerre entre culture d'élite et culture populaire.
Pré-diffusion TV
::Lancer sa saison sur le web avant de la lancer à la télé?
TV et le web : faites court
::Les gens peuvent passer jusqu'à 40 minutes sur YouTube, mais ils le font à coup de clips de deux minutes.
Métamorphoses de la télé
Les grandes mutations qui affectent l'industrie de la télédiffusion créent une fenêtre de nouvelles opportunités pour expérimenter et tester les nouveaux médias.
Pour ou contre Facebook?
Il est trop facile d'en faire un combat "vie réelle" versus "vie virtuelle", la dichotomie fondamentale est plutôt "en ligne/hors-ligne".

recettes.qc.ca : succès Facebook

En mai dernier, Recettes.qc.ca, un site très populaire qui permet aux utilisateurs d’échanger des recettes et d’évaluer celles des autres a lancé une application Facebook pour prolonger l'expérience. Constat 6 mois après.

J'ai participé à cette initiative de Guillaume Brunet, de l’équipe des médias numériques de Transcontinental, pour donner quelques conseils stratégiques sur le widget, designé, développé et intégré par K3 Média.

Le widget Recettes.qc.ca est maintenant plus populaire que l’application Epicurious (leader US).

Le but de l'application était:

• Attirer plus d’utilisateurs
• Prolonger l’expérience en ligne des utilisateurs
• Inciter les utilisateurs de Recettes.qc.ca à s’initier à de nouvelles technologies
• Créer de nouvelles occasions de placement pour les annonceurs

Les résultats* sont:

  • 5 375 téléchargements
  • 31 054 visites
  • Plus de 200 000 impressions publicitaires
Il n'y a pas beaucoup de données disponibles pour des widgets facebook en français. En général, les versions américaines, celles qui réussissent ont des résultats extraordinaires. Mais on connaît peu les chiffres pour les petits marchés.

L'écosystème des widgets n'est pas un milieu facile, il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus.

Le changement récent dans l'interface de facebook facilitera encore moins la tâche.

* Sources des données

Livre : "FaceBook, on s'y retrouve"

Je viens de recevoir le livre des auteurs de "FaceBook, on s'y retrouve!", pour tirer le meilleur des applications de la plateforme.

FaceBook: On s'y retrouveÀ peine quelques mois que la version française est en ligne, voilà un genre de "guide touristique" qui explique au novice comment gérer son compte et produire/diffuser du contenu. Et pour les pros, comment l'utiliser pour rayonner (recrutement, publicité, etc.) Et oui, on y apprend des choses. Si vous n'êtes pas encore sur FaceBook, voilà votre mise à niveau!

C'est le genre de guide que le webmestre peut parcourir en une fin de semaine quand son patron lui arrive un vendredi après-midi en lui disant : " Mon neveu m'a parlé d'un truc, d'une chose, Bouque ou chèvreFace ou quelque chose comme ça, ça serait bien d'y être non? Lundi je veux qu'on y lance une campagne! je compte sur toi, petit".

On y retrouve les applications incontournables selon eux, dont les trois quarts que je ne connaissais même pas! Ça évite de faire la recherche soi-même et ça montre que FaceBook est devenu un univers en soi qu'il est impossible d'embrasser complètement. Le livre a le mérite d'offrir un bon tour technique du jardin, même des coins obscurs pour moi.

Pile je t'aime, Face je te hais
Ce livre arrive au moment même où je me suis fait prendre par l'horrible FunWall, une application dans FaceBook, qu'il faut fuir comme la peste. Je me suis retrouvé à faire suivre à tous les amis un vidéo que je voulais détruire de mon compte. Utilisant mon identité (comme il a utilisé l'identité d'un ami avant moi) je donne l'impression de cautionner le contenu de la vidéo comme significatif. Je suis d'ailleurs désolé pour l'horrible vision qui va s'incruster dans la tête de mes 256 "friends"...

Le livre ne parle pas nécessairement des inconvénients comme celui-ci dans FaceBook. Après un an d'utilisation, il devient pénible de voir que les applications se sont sophistiquées à un point tel que le mouvement de souris peut presque être retransmis viralement à tous et surtout à des compagnies dont on se sait pas trop ce qu'ils en font. Dans le cas de FunWall, je l'ai désactivé, car je n'aime pas être pris pour un imbécile (il n'y a pas de bouton libellé " Forward to all" mais si on clique n'importe où ou presque c'est le résultat que l'on obtient sans possibilité de revenir en arrière).

Mordre à l'hameçon
Et le livre sort tout chaud des presses, que, voilà, on annonce le premier hameçonnage sur FaceBook (twité par Philippe) : les pirates utilisent l'habitude matinale des facebookiens de se loguer entre un café et deux croissants, et, profitant du demi-sommeil, fait miroiter dans un courriel une vidéo idéale pour bien commencer la journée: un clic et hop on se logue sur (un faux) Facebook (Login-facebook.info) et la victime n'y voit que du feu, car elle se retrouve sur Youtube avec ladite vidéo. Mais le user/password hacké, les pirates entre dans le compte Facebook pour s'amuser à usurper l'identité (lire en détail : New Facebook Viral Phishing Scam).

La leçon qu'il faut retenir, même si FaceBook n'est qu'un jeu ou une manoeuvre marketing, il s'adonne que le phénomène joue sur un vecteur hautement sensible : l'identité sur le réseau. Un enjeu majeur, il va sans dire, dans les prochaines années...

---
"FaceBook, on s'y retrouve!" d'Éric Delcroix et Alban Martin
Éditeur Pearson (19 avril 2008)
Broché: 270 pages, ISBN-10: 274409207X, ISBN-13: 978-2744092077
---