ZEROSECONDE.COM: futur (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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[M2 #5] Les nouvelles hiérarchies (avec J.Husband)

Jon Husband est en ville!

Cinquième balado. Nous vous proposons de rencontrer Jon Husband de passage à Montréal, ville où il aime bien s'attarder. Il pense le numérique depuis bien avant qu'on appelle ça le numérique. Il confirme que la montée du numérique érode les hiérarchies en place. Rencontre avec un érudit du numérique qui est entré dans le 21e siècle bien avant nous.



Connexion et collaboration horizontales

On parle de "partager la gouvernance", "d'accroître l'étendue de l'autonomie des gens" et de "créer une démocratie de l'information". Tout ceci se trouvait déjà depuis longtemps dans le concept de wirearchy, l'hiérarchie en réseau, de Jon Husband, qu'il a développé il y a une dizaine d'années. Il en profite pour nous parler de la société et de ce qu'elle a été, de ce qu'elle devient, et vers où nous allons. Nous l'avons rencontré à la Société des Arts technologiques de Montréal.

Allez sur iTunes pour vous abonner à toute la série M2 ou écouter juste cette émission:

M2 #5 :: Nouvelles hiérarchies, entretien avec Jon Husband

Cette émission vous est proposée par Martin Girard et moi-même. Plus d'info.

Qu'est-ce que M2?

M2, c'est M au carré, car nous nous sommes deux Martin derrière la réalisation de cette balado. M, aussi pour mutation. Mutation au carré, car le numérique accélère comme jamais les changements en société.

M2 se veut des conversations autour des métamorphoses apportées par les technologies numériques. Cette baladodiffusion est un pont entre les savoirs des réseaux numériques, des universités, des médias et de la politique avec des gens qui pensent le numérique.

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MOOC: lignes de fracture et bulle universitaire

Massive Online Open Course. Quatre mots, un acronyme à ne pas oublier. MOOC. Le New York Times a convenu il y a 9 mois que son année était venue. L'enjeu véritable? Mettre toutes les universités de la planète en concurrence entre elles. Mais d'autres joueurs veillent dans l'ombre.


L'arrivée d'Internet a fait naître un espoir de révolution dans l’enseignement universitaire. Les MOOCs ne sont que le dernier avatar du fantasme de la télé-université. Cette fois-ci, les ingrédients semblent être en place pour un changement d'échelle.

Bruits de bottes

Il n'y a que les luddites pour ne s'attarder que sur la paille dans l'oeil pédagogique du Massive Online Open Course et éviter de voir la poutre dans l'oeil de la rupture de la culture didactique.

Des limites au MOOC? Il y en a, assurément! Surtout si on persiste à voir les MOOC comme un «cours "2.0"». 

Il est risible de simplement réduire le phénomène à ses défauts. Des défauts, ça se corrige. Ne l'oublions pas.

Non, il faut voir le réel enjeu qui se trame derrière ce phénomène. Toute université traditionnelle doit être sensible quant au potentiel disruptif des MOOCs pour son avenir.

Ce qui n'empêche nullement de rester critique. Et de ce côté, lisez Hubert Guillaud, L’innovation éducative : une question économique ?, qui offre un bon point de départ ou ce lien référé par JM Salaün, Coursera Jumps the Shark.

Mais cherchons aujourd'hui à comprendre la logique afin de permettre à nos universités, surtout au Québec, à l'heure où leur volonté de représentation commune s'effrite, de ne pas rester seules face à un enjeu qui les dépasse toutes individuellement.

J'ai à quelques reprises bloguer la raison pourquoi les universités devaient considérer d'embarquer dans ce mouvement (La course au MOOC) et surtout pourquoi la francophonie devrait prendre les MOOC très au sérieux (À quand des MOOC en français?) --en particulier pour tout ce qui touche la formation continue, une voie qui me semble cruciale pour l'avenir de l'éducation ("apprendre toute sa vie").

Si j'ai pu écrire qu'un bouleversement de l'université était en vue (Le MOOC, désir de révolution), c'est parce que je souhaitais que les universités francophones ne restent pas les bras croisés. 

Dans mon cas, le tocsin s'est mis à retentir quand, Mario Asselin, toujours au faît des avancées du numérique dans le monde académique, a rapporté sur son blogue cette provocation du professeur Langer de l’Université de Columbia:
« Ne bougez pas, mes amis francophones, nous les anglos sommes prêts à accueillir tous les étudiants qui cherchent à s’instruire sur nos plateformes riches en contenus et propices aux apprentissages. » 
Réveil brutal.

Savoir à l'ère de tous les savoirs



La synthèse la plus claire (et la plus érudite) du sens de la rupture qu'apportent les MOOCs m'a été donné dans un billet de JM Salaün, professeur et auteur d'un livre sur le "néodocument" (lisez un compte rendu que j'ai fait de son livre ,Vu Lu Su).

Voici ce qu'il dit en introduction:
«Après bien des tâtonnements numériques dans l'université, les MOOCs ont ouvert une brèche dans le système, sans doute au profit de pure players du web en déplaçant le marché de l'attention. Il n'est plus, en effet, direct, mais multiface et utilise le calcul et l'algorithmie. Sur ces deux points, les acteurs traditionnels sont faibles et incompétents.»
(source)
Ils sont «faibles et incompétents», rappelle JM Salaün, parce que le système universitaire est basé sur une approche qui n'est «plus adapté[e] à l'évolution des sociétés et au partage du savoir qui caractérise le 21è siècle». 

Cette approche traditionnelle, qui ne serait pas adaptée à la nouvelle rupture, est basée sur deux points, le document et l'éditeur:
  • Le document fondateur dans l'université est le cours présenté en classe, construit sur une économie directe de l'attention.
  • L'éditeur a cristallisé et externalisé ce document académique premier dans le manuel.
Ce qu'il dit, c'est que le cours, ce "document", fonctionne bien tant et aussi longtemps qu'on peut capturer toute l'attention des apprenants: la pédagogie traditionnelle fonctionne si on peut capturer 100% de l'attention autour du professeur.

Dans le désert médiatique et intellectuel des siècles précédents, on pouvait compter sur une attention directe et à peu près indivisée. L'Université était une oasis de connaissance dans un monde sans distraction.

Assoiffé de connaissance, prenant chaque goutte d'eau que lui offrait l'oasis universitaire, l'étudiant traversait le désert intellectuel de sa vie en se concentrant sur les seules sources qu'il avait. Le prof, le cours et le manuel.

Ce n'est plus une fenêtre sur le monde, c'est une passoire! 


Je ne sais pas pour vous, mais ça me rappelle l'image que j'ai d'un village champêtre. La classe ou les champs. Apprendre ou rien.

Aujourd'hui, cet assoiffé de savoirs baigne dans un orgie de connaissance, où à chaque recoin de son univers explosent des sources inédites d'apprentissage sur le monde.

Le cours magistral, exemple canonique de la pédagogie, reprend toutes les caractéristiques du livre, suggère JM Salaün.

L'attention devait être réservée entièrement au manuel, au livre, pour qu'il puisse délivrer ses secrets.  En classe, l'enseignement traditionnelle était dispensé en prenant pour acquis que toute l'attention était captée. D'où le choc quand on fréquente une classe en 2013.

La rupture avec les MOOCs. JM Salaün la place dans le déplacement de l'attention, qui n'est plus direct, franc, uniforme. Elle est fragmentée, multifacettes, dispersée. Le prof n'est plus qu'un des nombreux points de contact avec la réalité intelligible du monde.

Cette rupture dans la méthode traditionnelle de l'enseignement, et dans tout accès au monde et à la connaissance, survient aujourd'hui dans un monde où des adjuvants technologiques d'une puissance inconcevable il y a à peine 10 ou 20 ans (lire mon billet La technologie de Curiosity sur Triplex) viennent décupler nos capacités d'accès, d'acquisition, de traitement et de contribution à la connaissance.

Que veut dire «savoir où se trouve l'Afghanistan» quand Google Map ou Wikipédia offre la réponse au bout des doigts? Quelle valeur culturelle attribuera-t-on à la connaissance de culture générale (du type auquel on fait référence dans le jeu de Trivial Pursuit) quand demain Watson sera dans nos poches (lire mes billets IBM et les « ordinateurs cognitifs » et Intelligence augmentée)?

Face à ces mutations, nos adaptions pédagogiques ont l'air risible. Des professeurs, comme François Guité, ne se gênent même plus pour dire que « les programmes scolaires, dans leur normalisation et dans l’uniformisation des connaissances, sont des laminoirs ». (source)

4 lignes de fracture



MJ Salaün entrevoit au moins 4 lignes de fracture provoquées par les MOOCs. Voici comment je les comprends et résume la différence qu'apportent les plateformes de MOOCs versus l'institution universitaire traditionnelle:

1- Disjonction du lien professeur / apprenant 

Le côté "massif et ouvert" distend le lien direct dans le binôme prof-élève. Le côté "cours en ligne" relativise la place du linaire dans la formation. Cassé aussi est le lien formel de la communauté universitaire : l'inscription est remplacée par un abonnement, l'économie repose sur l'offre à la carte, l'appartenance laisse sa place au clientélisme.

2- Fin du temps long pédagogique

Les cours à la carte, contenant eux aussi des modules à la carte, rend formellement granulaire l'approche pédagogique et réduit le corpus du programme complet à une playlist parmi d'autres. De la même manière que les albums de musique ont perdu de leur attrait quand on pu acheter à la pièce les chansons, on finit par voir les cours du Bac comme une gammick commerciale de bundling excessif qui force l'achat de produits connexes pour accéder à celui que l'on veut.

3- L'autorité éditoriale est challengée par le filtrage social

La valorisation du choix des pairs, augmenté par le côté réellement "massif" de la classe, offre des avantages inédits qui ne retrouvent pas même dans une classe de 400 élèves: accès à une "intelligence collective" et une entraide décentralisée et asynchrone d'où la figure du prof se fait rabattre, dans le pire des cas, comme un G.O. dans ce Club Med académique (figure essentielle, mais échangeable).

4- Personnalisation à l'extrème

L'attention redevient concentrée dès que l'usager suit son propre chemin. Finies les distractions. Sinon, impossible de finir le cours. Le rapport prof-élève semble accessoire: l'étudiant se profile par lui-même, se motive et s'organise pour se concentrer sur ce qu'il a à l'écran. Et s'il veut aller sur Facebook en même temps, c'est son affaire.

Le MOOC réussit là où les classes peinent garder l'intérêt des étudiants...

La "bulle universitaire"



Wallace E. Boston, président & Chief Executive Officer de l'American Public University System, dans un billet publié hier, résume le rapport “The Other Higher-Ed Bubble (The Bubble We Aren’t Talking About).”

Voici les points qui ont accroché mon attention:

1- La demande n'est pas si élastique:  «Gone are the days when higher education was an inelastic commodity.  No longer can schools expect to increase tuitions every year and continue to enroll increasingly larger classes.» Les coûts énormes des universités américaines appellent une réflexion sur le "retour sur l'investissement" (ROI).

2- La différenciation est importante: «[...] most colleges want to be like the most elite but only 5% have any chance of reaching that goal. [...] it’s important for any individual school to differentiate from the others».

3- La valeur des diplômes postsecondaires n'est pas acquise: «Many are beginning to question the value of the academic credential in general.  [...] perhaps higher education does not carry the same value it once did [...]»

Google, Apple, Amazon semblent en savoir plus sur mes goûts et mes intérêts que le prof en avant. La technologie, d'une manière ou d'une autre, doit changer la façon que l'Université fonctionne. Les MOOCs permettent une analyse fine de la clientèle et assurément le feedback permet de s'améliorer.
Combien d'années à ce rythme faut-il pour s'améliorer au-delà du point de non-retour? Et devinez qui sont les meilleurs à ce jeu? Les pures play Internet!

Les MOOCs ont tellement frappé l'imagination que c'est à se demander si les universités ne "dormaient pas au gaz" dans les derniers vingt ans. Certains cours de MOOC sont maintenant crédités. Et ici on ne parle même pas encore d'une révolution pédagogique en tant que telle! Imaginez demain!

Si ce n'est pas perçu comme un défi par les universités, je ne sais pas ce qu'il leurs faut...

Dans vos poches, des satellites

C'est arrivé cette semaine. Ça devait arriver tôt ou tard, on s'en doutait. Les ventes de téléphones intelligents ont dépassé les ventes de cellulaires de base au premier trimestre 2013. 

«Les utilisateurs de téléphones veulent des ordinateurs dans leurs poches».

Bien sûr! Mais savent-ils quelle puissance ils vont avoir sur eux?

Même la sonde Curiosity envoyée à grands frais sur Mars est munie d’un processeur, de RAM et de disque dur moins puissants que nos cellulaires actuels (voir mon billet). Encore moins en tout cas que le Galaxy S4 de Samsung qui sort cette semaine.

Mais que ferons-nous de ces téléphones dans quelques mois quand il sera (encore) le temps des changer?

On les balance dans l'espace!

Des Nexus One en orbite




Dire que j'avais ça dans mes poches il y a à peine deux ans. Savez-vous que la Nasa a mis 3 Nexus One en orbite dimanche dernier ?

Oui, trois téléphones Android tournent en ce moment autour de la terre.

La Nasa teste son concept de nanosatellites qui sont littéralement équipé d'un téléphone intelligent comme on a dans nos poches. La Nasa, qui est toujours à la recherche de nouveaux prototypes de satellites, a cette fois-ci décidé de tester la technologie grand public.

Les téléphones intelligents sont déjà étonnamment bien équipés pour ce rôle!
  • Ils sont petits 
  • Ils ont de bons processeurs
  • Ils ont des gyroscopes et des accéléromètres.
  • et des caméras de qualité
Les trois Nexus One en orbite autour de la terre, surnommés affectueusement Alexander, Graham et Bell sont chacune dans une petite boîte protectrice (gros comme la moitié d’une boite de soulier) avec une batterie ou des panneaux solaires, une antenne radio et une app spéciale pour communiquer avec la Terre.

Ils vont rentrer dans l'atmosphère dans quelques jours (et évidemment se désintégrer).
Mise à jour du 29 avril: «Our orbital analysis indicates that the PhoneSats have deorbited on April 27 and have burned in Earths atmosphere as predicted. No one has been able to hear from the satellites since, which confirms the predictions. »

Une expérience de crowdsourcing

Chaque PhoneSat (c'est leur nom) comprend une application spécialement conçue qui aide les téléphones transmettre des informations vers la Terre depuis l'orbite.

A intervalles réguliers, le téléphone transmets des images et des données vers le sol et ce sont des astronomes amateurs vont capter le signal.

Environ 250 astronomes amateurs reçoivent les données,les regroupent et les recomposent sur le site de la Nasa. Plus de 200 paquets de données ont déjà été enregistrés.


La technologie grand public est devenue suffisamment avancée pour venir en support à ce qui s’appelle encore la «rocket science». Et c’est ce qu’on a dans nos poches!

La haute technologie s’est non seulement démocratisée, mais le modèle de développement collectif du logiciel libre entre dans les hautes sphères de l'aérospatial, ce montre toute sa puissance.

La Nasa n'est pas près de changer tout son code pour celui d'Android. Mais avec la mission PhoneSat, elle montre que pour des missions non critiques, elle peut compter sur du matériel commun et une communauté qui assiste...

Une toile d'android sur nos têtes

On pourrait imaginer une couverture basse altitude de ce type de nanosatellites à bas coût (entre 3000 et 7500$ selon la Nasa) qui serait composée de nos cellulaires désuets et ainsi recyclés.

Ce filet n'a pas besoin d'être à tous les points fiable, car à chaque noeud, le PhoneSat peut être remplacé aisément.

Quand je pense que peut-être un des 3 nanosatellites est mon ancien Nexus One. Si c'est le cas, aurais-je le droit de dire que j'ai participé à la conquête spatiale?...


Flash forward: Enregistrer les compétences tactiles?

Mes billets «Flash Forward» : brèves du futur immédiat. Aujourd'hui un robot calligraphe,  demain la numérisation des compétences.



La calligraphie chinoise et japonaise est un art. La reproduction des idéogrammes au pinceau demande beaucoup d’intuition et de pratique pour arriver à les faire correctement. 

Le type de pression du pinceau, le mouvement du bras et du poignet et l’ordre dans lequel sont créés les traits qui forment un caractère chinois sont durs à maîtriser.

Seuls de grands maîtres arrivent à bien manier le pinceau pour reproduire les idéogrammes.

Encoder les compétences

Une université japonaise a fabriqué un robot à qui on peut enseigner les mouvements exacts pour faire de la calligraphie et il peut les reproduire à l’infini.

Le robot capture non seulement le mouvement, mais aussi la pression et les subtilités du maniement du pinceau. Le robot reprend le pinceau et arrive à faire exactement les mêmes traits que l’original.

Voir la vidéo ci-dessous:



L’intérêt, à mon avis, avec cette nouvelle technologie, c'est de permet de capturer le doigté de l’artiste et de le reproduire. C’est une façon nouvelle de créer une banque d’expertise qui serait consultable et reproductible à l’infini...

On serait en mesure de conserver des compétences tactiles sur un disque dur et d’y accéder à volonté. Par réseau même. Ce ne sont plus juste des photocopies ou des reproductions d'oeuvre, mais la copie carbone de l'oeuvre elle-même.

Exemple: je pourrais reproduire des affiches artistiques pour un show local en chinois à partir de compétences enregistrées à Shanghai. L'artisan local, tout en travaillant dans cette ville, pourrait alors offrir ses services au niveau global.
En conclusion:

Une certaine compétence manuelle serait donc possiblement en voie d'être numérisable et transférable.

Une fois la calligraphie maîtrisée, rien n'empêche que d'autres gestes (médicale, technique, etc.) soient enregistrés et restitués de la sorte.

Quel bouleversement pensez-vous que cela fera?