ZEROSECONDE.COM: Twitter (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Aucun message portant le libellé Twitter. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Twitter. Afficher tous les messages

Pourquoi partage-t-on des informations aux autres ? [1]

Sur le web, on tombe toujours sur ces chemins de traverse. Ceux qui savent de quoi je parle comprennent très bien ce sentiment: en avançant sur un chemin que l'on trace, on voit s'ouvrir sur les côtés quantités d'autres voies. Une vie n'est pas suffisante pour tout explorer.

Au détour d'une conversation sur un billet , dans les conversations, je tombe sur une information qui m'amène sur un chemin de traverse.

(Pour la petite histoire, tout est parti d'un billet au thème polémique de Xavier de la Porte (Twitter, blogue), animateur de Place de la Toile, à France Culture, publié sur l'incontournable blogue de la FING, InternetActu, tenu par le vaillant Hubert Guillaud: voilà qu'Olivier Auber (Twitter, Site), chercheur indépendant de l'Université libre de Bruxelles, mentionne un de ses collègues avec qui il avait animé deux ateliers dans le cadre d'une série des séminaires conjoints du "Global Brain Intsitute" et de l' "Evolution, Complexity and Cognition group" de la Vrije Universiteit Brussel.)

Dans le cadre des commentaires du billet, qui portait sur la (non) présence des intellectuels critiques dans le numérique, Olivier Auber, donc, citait dans les commentaires Jean-Louis Dessalles, cogniticien spécialisé dans le langage à l’ENST (sa page au Telecom Paristech et une vidéo réalisée par UniverScience.TV sur YouTube) parce qu'il développait une “Théorie de la Simplicité” qui serait à même de nous éclairer sur les phénomènes à l’œuvre sur les réseaux.

Heureuse découverte

Heureuse découverte, oui, car je ne le connaissais pas et pourtant il me semble incontournable. Et hop me voilà engagé dans un chemin de traverse.

En fouillant un peu, on finit par tomber sur une vidéo sur Vimeo qui explique «pourquoi donner des informations aux autres ?», une présentation qu'il a faite il y a 2 ans et qui mérite vachement les 75 minutes d'attention ininterrompue que la vidéo demande.

«En 1978, John Krebs et Richard Dawkins, deux spécialistes des signaux dans le règne animal, ont énoncé ce que l'on peut voir comme la "malédiction" de la communication : si les intérêts de l'émetteur et du récepteur convergent, la communication sera utile, rare et secrète ; s'ils divergent, elle aura une forme publicitaire : pauvre, répétitive et publique.»

Donc, double paradoxe.

1: Si deux êtres ont tant intérêt à communiquer ensemble, leur sphère se referme et exclue les autres.

2: Si l'être A veut passer un message M à un autre être B, et que B ne tient pas à l'écouter, A se retrouve à insister lourdement, formater son message et M devient une pub.

Pourquoi alors sommes-nous là en train de communiquer et d'échanger ensemble de façon ouverte sur les blogues et les médias sociaux (le web en général, en fait)?

Modèle d'émergence de la communication 2.0

Ce long préambule aura probablement fait fuir ceux qui cherchent des réponses bien formatées (un message M qu'ils voudront répéter à B).

Sur le web, et les médias sociaux, la communication humaine semble faire exception au double paradoxe : elle est riche, abondante et ouverte. Le Cluetrain Manifesto ne dit pas autre chose (ce manifeste reste encore et toujours d'actualité; à relire).

Le modèle théorique de Jean-Louis Dessalles explique «comment une communication riche peut émerger entre agents égoïstes et rester stable». Il cite les «pratiques de communication 2.0 (Web, blogs, Twitter...)» comme un beau test à sa théorie.

Je vous laisse écouter (ça fait une 1 heure et quart, tout de même) et on s'en reparle dans le prochain billet.


Pourquoi donner des informations aux autres ? from Fondation Telecom on Vimeo.

Pamphlet en 140 idéogrammes

«Les 140 caractères vont pour l'esprit de la langue anglaise. Pour le français, il faut 160. Ne me colonisez pas :)»

Lancé par Yves Lanthier la semaine dernière sur Twitter, à propos de la contrainte d'espace sur cette plateforme, me fait rappeller que certaines langues sont effectivement avantagées.

J'avais déjà écrit un billet sur le sujet: Twitter en chinois.

Pour un Chinois, tweeter en 140 caractères n'est pas du tout une contrainte.



La traduction :
«La Chine, ici, est géniale, tant que l'on comprend, s'adapte et utilise correctement les règles tacites. Pourvu que vous vous n'en fassiez pas si le système politique est barbare, immature, sans contrepoids et à l'avenir incertain; si vous fermez les yeux sur une primauté du droit non appliquée, l'absence de justice, l'iniquité dans la société, et la disparité des richesses; si vous n'avez pas besoin de liberté d'expression, de liberté de croyance, d'être à l'abri de la pauvreté, ou de la peur; et si vous ne vous souciez pas de l'épuisement des ressources, de l'effondrement de l'environnement, et de la pollution de l'air, de l'eau et des sols. Eh bien, c'est le paradis.»
Tweeter avec des idéogrammes a bien des avantages. Twitter n'est plus un média d'interpellation, mais devient un média pamphlétaire.

Les médias sociaux en entreprise

Je vous invite au lancement de mon livre “Les médias sociaux en entreprise” que j'ai co-écrit avec Marie-Claude Ducas et Guillaume BrunetDépêchez-vous de vous inscrire pour participer à cet évènement (c'est gratuit)!



Quand : mercredi 24 octobre prochain dès 17h30 chez Infopresse, l'éditeur, dans leur nouvelle salle d'événement (rez-de-chaussée) 4310, boulevard Saint-Laurent, Montréal (Québec).

INSCRIVEZ-VOUS ICI EN CLIQUANT

Au plaisir de vous y voir!


Table des matières (152 pages)


TABLE DES MATIÈRES DU LIVRE 

AVANT-PROPOS : Comprendre, puis agir

PREMIÈRE PARTIE : Comprendre. Se questionner. Écouter.

INTRODUCTION : Les médias sociaux ne sont pas un but en eux-mêmes

1. COMPRENDRE : Que sont au juste les médias sociaux?

2. SE QUESTIONNER : Ce que les médias sociaux viennent transformer

3. ÉCOUTER : Qu’avez-vous à apprendre sur les médias sociaux?

INTERMÈDE : Faites rayonner votre expertise

DEUXIÈME PARTIE : Agir. Entretenir. Évaluer.

4. AGIR : Se lancer avec succès sur les médias sociaux
5. ENTRETENIR : Gérer sa communauté et poursuivre les conversations
6. ÉVALUER : Mesurer l’efficacité de ses actions
CONCLUSION : Le défi de la pertinence



À propos du contenu du livre

Ce livre s’adresse aux dirigeants de petites entreprises ou de grandes organisations, ainsi qu’à tous leurs gestionnaires ou employés qui auront à être présents en ligne. Le but premier du livre est de permettre à ses lecteurs de bien comprendre et maîtriser cette nouvelle réalité. Le sous-titre («les comprendre, les utiliser, en tirer profit») correspond à nos trois envies, complémentaires, d'expliquer à quoi servent les médias sociaux.

Guillaume, par son curriculum en agence, cherche à expliquer comment en tirer profit, Marie-Claude, qui cherchait au début à augmenter ses compétences dans le domaine, veut expliquer comment les utiliser, et moi je cherche, comme toujours, à faire comprendre le phénomène. Le tout donne une bonne introduction au phénomène des médias sociaux en entreprise.

S'il y a une chose à retenir, c'est que les médias sociaux ne sont pas un but en soi. C'est un outil, comme un autre, au service de vos objectifs d'affaires. Le livre explique les diverses façons qu'ils peuvent se greffer à vos objectifs. Mais si on y cherche un bouton automatique «Rendez-moi célèbre» ou «Convertir vidéo en viral» ou «Vendez mes produits sans effort», mieux vaut reviser vos attentes.

Là où on doit porter une grande attention, même si on peut penser ne pas vouloir / pas pouvoir s'impliquer à fond dans les médias sociaux, c'est de comprendre que, de toute façon, les médias sociaux risquent, quand même, d'avoir un impact sur votre compagnie, vos employés ou même l'environnement concurrentiel de votre industrie.

Notre livre propose de comprendre «pourquoi écouter» (et en premier lieu, pourquoi, pour certains, écouter peut être une révolution) et les façons de «faire rayonner son expertise» (en abandonnant notamment le «langage marketing»).

On doit voir les médias sociaux comme un endroit peuplé de gens à la recherche de réponses à leurs questions, des gens qu’on pourrait surnommer des « demandeurs de connaissances ». Qui répond à leur demande ? Les compagnies deviennent, si on peut dire, des « fournisseurs de connaissances ».

Alors, vous, votre entreprise, vous êtes la réponse à quelle question?



À propos de la genèse du livre

Nous avons commencé à écrire le livre en juin 2011 et nous l'avons terminé au printemps dernier. Avec la mise en page, la correction, la vérification, nous voilà à l'automne 2012, enfin, sur papier.

Écrire un livre est processus bien différent de bloguer. Quand nous avions commencé, G+ n'était pas sorti. On se demandait comment intégrer la nouvelle plateforme de Google. Puis à la fin, neuf mois plus tard, la plateforme qui avait été promu à avenir radieux n'avait pas tout à fait décollé encore, comme on aurait pu s'attendre. Entre temps, Pinterest, cette nouvelle coqueluche, était sur toutes les lèvres. Le domaine des médias sociaux change si soudainement et toujours sans prévenir.

Quand on blogue sur les nouvelles technologies, on fait une suite d'instantanées. On a beaucoup moins le souci de la continuité. Un livre est plutôt construit dans la longueur. Il doit survivre à son sujet. Nous croyons qu'après une décennie de croissance exponentielle, les médias sociaux sont arrivés à une étape de consolidation et de début de maturité.

Sur la base des formations en médias sociaux que donne Guillaume Brunet, Marie-Claude Ducas a mis en mot sa structure en 6 étapes, structure qui me semble la meilleure façon de se faire introduire au phénomène: les entreprises pourront de se faire ainsi une idée claire du potentiel des médias sociaux.

Mais il serait difficile de voir où s'arrête et où commence la contribution de l'un de l'autre des auteurs de ce livre. En gros, c'est Marie-Claude qui a porté sur ces épaules une grande part de la rédaction. Ma contribution au livre se situe surtout au niveau de trois chapitres (introduction, l'intermède et la conclusion). Il serait dur maintenant de savoir quel contenu vient de qui, tant nos idées se sont mélangées. Mais en gros, la trame vient de Guillaume, les mots de Marie-Claude, et certaines réflexions («plus philosophiques», pour reprendre l'expression des deux autres auteurs) sont de moi (exemple: le «défi de la pertinence», le «rayonnement de l'expertise», le «filtrage social»...).

On a eu maintes discussions sur le degré de précisions et des détails qu'il fallait garder. Nous avons été assez prudents pour ne prendre que des exemples qui vont, on l'espère, traverser le temps.

Ce livre se veut concret sans être un livre de recettes. Il n'est pas un livre d'opinion ou d'humeur du moment, mais bien un tour guidé où on prend par la main le lecteur pour donner une idée du chemin idéal à prendre pour visiter le continent des réseaux sociaux dans une perspective d'affaires.


MISES À JOUR:
Sites qui parlent de notre livre:
Les Affaires, Olivier Schmouker De quelle question êtes-vous la réponse?

Élection Québec 2012 et Twitter

Depuis le printemps érable, à l'automne 2012, ce soulèvement estudiantin québécois qui a dégénéré en une indignation populaire (et qui trouve son aboutissement dans l'élection  actuelle), la montée des médias sociaux, et de Twitter en particulier, a suscité une question qui revient de plus en plus dans les médias: est-ce que ces élections québécoises seront 2.0?

J'avais commencé à répondre à la question sur mon autre blogue, Triplex : pour un politicien, être présent sur les médias sociaux, ça représente des risques, mais aussi des avantages car il peut créer un lien direct avec la population, par delà les journalistes, relais traditionnels.

Est-ce que ça fera de cette élection une élection 2.0? Non. Il ne suffit pas d'ouvrir un compte Twitter au déclenchement des élections pour qu'elle devienne «2.0».

Surtout si on ne compte l'utiliser que comme une extension des communications traditionnelles (communiqué de presse, langue de bois, unidirectionnel descendant), on reste en fait davantage dans le domaine de la communication que de la politique.

S'il y a du «2.0», ça serait alors du «média 2.0». 

Mais c'est tout de même déjà ça de gagné.

Le mythe du temps perdu

Pour être présent sur les médias sociaux, certains politiciens doivent surmonter la crainte viscérale de paraître trop "suiveux" (on se fait reprocher d'utilsier le dernier gadget à la mode) ou pas "sérieux" (Twitter serait le grand frère du SMS, canal qu'on reproche de créer des décérébrés).

Pour vous donner une idée de la pression qu'ils peuvent ressentir, voici ce qui a été publié dans le courrier des lecteurs du Devoir, lieu où on se dit les «vraies affaires»:
«Pour être un hyperactif de Twitter, comme des dizaines de personnes qui gravitent dans la sphère politique en sont, il faut y mettre un nombre d’heures tel que la conséquence très probable de cette implication est de couper les utilisateurs d’une réalité politique et sociale beaucoup plus nuancée et certainement moins dramatique que les bombes qu’elles tentent de faire exploser à tout moment. »
Ludovic Soucisse - finissant à la maîtrise en science politique à l’Université Laval (ses recherches portent essentiellement sur la couverture médiatique de la politique au Canada et au Québec.)
Source
Au lieu de «hyperactif de Twitter» il aurait pu aussi bien choisir «boulimique» ou «accro» que l'effet aurait été le même. L'auteur entretient l'idée qu'être sur Twitter, c'est nécessairement prendre beaucoup de son (précieux) temps qui pourrait être utilisé à meilleur escient. 

Si on met «un nombre d'heures» à gazouiller, c'est nécessairement au détriment d'autres activités à son agenda, non?. C'est un jeu à somme nul, non?

Non.

Il est impossible de mettre «des heures» à écrire des gazouillis. À coup de 140 caractères, on met au mieux 1 minute à écrire sa pensée. Pas question ici de sortir un aphorisme nietzschéen, bien sût. On parle de recopier une pensée qui nous traverse l'esprit.
Si on sort 60 gazouillis par jour, on atteint une heure en temps continu. Mais est-ce une heure de perdue? Est-ce que réellement le politicien a arrêté un discours, un interview, une réunion pour se mettre à gazouiller? Non, il a rempli ces moments morts qui se trouvent tout le long de sa journée (dans le taxi, l'autobus, avant le début d'un discours). 

Il a augmenté la quantité de choses qu'il a faites dans son agenda. Il a rempli les petits interstices de son agenda pour justement commenter son implication politique et la réalité qu'il vit.

«Coupés de la réalité»?

Ceci dit, il est vrai que la «réalité politique et sociale [est] beaucoup plus nuancée» comme l'auteur du courrier des lecteur le dit si bien. Mais à ce compte, toute médiation est une trahison. Les journalistes aussi réduisent les nuances de la vraie vie politique et sociale pour entrer dans les contraintes de temps ou d'espace de leur médium.

Si on persiste à penser qu'on peut faire une couverture journalistique ou un discours politique en 140 caractères, il y a évidemment de quoi s'inquiéter. La limite d'espace sur Twitter s'apparente davantage celle d'un titre d'article ou d'un mot d'esprit. 

J'écrivais dans le même billet sur Triplex que gazouiller est devenu une extension de l’agora, ce lieu de rassemblement et d’échanges. Les échanges sont un point de départ de la politique. Verra-t-on deux politiciens débattre sur leur compte Twitter? Si on a en tête un dialogue entre Bernard Pivot et Umberto Eco à Bouillon de culture, il y en aura quelques-uns qui seront déçus évidemment. Il faut accepter simplement que ce soit un bref échange, entre deux personnes.

Twitter, média d'interpellation et arène romaine

Si on veut qu'il y ait un véritable débat, il faut que ça se poursuive ailleurs. Twitter est un déclencheur, un média d'interpellation. Pour qu'il y ait des élections 2.0, il faut donc tout un écosystème pour que la conversation se poursuive (dans un forum, une liste d'envoi, un blogue, une interview, etc.). La pensée en profondeur ne se fait pas sur un seul gazouillis, mais elle y mène pour peu qu'on y ajoute un hyperlien. 

Au mieux la twittosphère est une arène romaine où les spectateurs votent avec leurs pouces sur le sort des gladiateurs. Si on s'en tient au spectacle, ce ne sera que du pain et des jeux. Si le débat se poursuit dans les gradins, alors là on commence à changer.

«Politique autrement»?

On parlera d'élection 2.0, de politique 2.0 et de démocratie 2.0 (qui sont trois concepts différents) quand les choses se feront «d'une nouvelle manière» (à commencer par cesser de mettre des «2.0» partout).

Nous sommes loin de voir les politiciens converser avec son électorat (pour justement faire ressortir toutes les nuances de la réalité politique), faire remonter des idées de la base (et ce, en tout temps et non 1 fois tous les 4 ans), repenser la représentativité (qui dépasse largement le fait d'être sur une liste électorale).

Cette fois-ci «n'est pas la bonne». Ce ne sera pas une «élection 2.0». Et ce n'est pas grave. 

Nous ne sommes pas dans un pays gros comme les États-Unis où Obama a effectivement intérêt à utiliser les nouveaux canaux de façon massive. Une petite nation est déjà un réseau social et les réseaux socionumériques ne remplacent pas aussi essentiellement les relations de proximité qui sont perdues quand on est un "pays-continent".

Cette fois-ci ce sera plutôt une poursuite de l'intégration des médias sociaux aux médias traditionnels, mais avec une sauce politique.

Les politiciens apprivoiseront la communication sur ces nouveaux canaux, mais ce sera une minorité. Ceux-là vont tenter de gérer l'agenda médiatique, peut-être à coup de "bombe", peut-être par du "salissage 2.0". Je souhaite que non -- une grenade, même en gazouillis, peut toujours nous exposer à la figure.

La twittosphère est un lieu pour la société civile et les politiciens auront fort à faire pour s'y trouver confortables. Ça va venir. Mais pas en 35 jours.

RIP Facebook, le mème de l'heure [MàJ]

«RIP Facebook» est un mot clé qui domine ce soir sur Twitter, partout sur la planète, avec plus de 8000 tweets à l'heure. Pourquoi? Probablement à la blague. «RIP Facebook Say Hi To Myspace For Me, Sincerely Twitter.» Depuis que Facebook est sortie qu'on annonce sa mort! Mais il y a un fond de vérité pour que le mème ressorte ces temps-ci.

Mise à jour du lendemain:Il faut croire que je ne suis pas le seul à penser ça,
Fred Cavazza vient de faire suivre sur Twitter un lien vers l'article du Business Insider: 
«Facebook Looks Weak To Rivals, And They Are Going In For The Kill» (1er juin)
où on dit que, maintenant, c'est le temps de commencer le pillage de talent chez Facebook!
"Facebook is no longer the upstart. It is now the middle aged man with a stock crisis. [...] Now is the time for all the other companies to strike against Facebook in the war for talent."
«Farcebook»

Dans sa chronique de mercredi Michel Girard, de La Presse,  section Affaires, y va d'un titre mordant: «Farcebook». Il nomme ainsi les soubresauts à la bourse des actions de Facebook qui ont perdu entre 25 et 30 % de leur valeur.  Regardons de plus près.  

«Farcebook» parce que M. Girard déplore le «visage à deux faces» des principaux actionnaires de Facebook dans le cadre de l'introduction du titre en bourse il y a deux semaines. 

Pourquoi les qualifie-t-il de visages à deux faces?
  • Parce que l'appel public à l'épargne à 38 $ l'action avait pour but premier de «permettre à ses hauts dirigeants et importants actionnaires de passer à la caisse»
  • Parce que les dirigeants ont vanté «à tour de bras le potentiel extraordinaire de leur entreprise auprès des investisseurs potentiels alors que l'objectif ultime était de liquider une partie de leurs actions à prix exagéré»
  • Parce que les dirigeants n'ont pas hésité à vendre leurs actions (57%, plus exactement) dans les premiers instants -- se débarrasse-t-on de 57% de la poule aux oeufs d'or?
  • Parce que les principales banques d'affaires et  maisons de courtage (Morgan Stanley, J.P. Morgan, Goldman Sachs&Co) «devaient se douter qu'à un prix de 38,00$US, l'action de Facebook allait tôt ou tard faire l'objet d'une sévère correction.» (ce qui leur a permis de rapporter la «jolie somme de 176 millions US, juste en commissions.»)
  • (source)

L'appât de gain sans effort a séduit ceux et celles qui croyaient investir dans l'eldorado numérique. 

Dessin de Tom paru dans Trouw (via)
Mais que va-t-il se passer avec Facebook maintenant qu'il est coté en bourse?

Tentons un pronostic: 
  • La pression énorme et démesurée des actionnaires, pour retrouver leurs billes, fera en sorte de chauffer à blanc la compagnie afin qu'elle produise de revenus, vite.
  • Immanquablement ces revenus ne seront pas à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires
  • Cette déception fera probablement baisser le prix des actions
  • La baisse sera telle, qu'elle suscitera l'envie d'un géant d'acheter Facebook

Concrètement, qu'a Facebook pour éviter un tel scénario?

La publicité? Peut-être, mais pas sûr. 
Les revenus ne sont pas encore à la hauteur des attentes démesurées des actionnaires. Un article du WSJ  rapporte que plusieurs compagnies émettent des doutes sur la valeur des pubs sur Facebook. GM, 3e publicitaire aux É.-U. a carrément cesser de mettre de la pub sur Facebook (lire mon billet sur Triplex). Et encore, PCWorld ajoute même que les publicités sur Google sont 10 fois plus efficaces que celles de Facebook. 

Le mobile? Peut-être, mais pas sûr.
Des rumeurs circulent sur le rachat d'Opera, le navigateur chouchou sur les mobiles. Mais qui vient avec une facture salée de plus de 1 milliard $. Ou, encore, cette rumeur d'un téléphone Facebook. Rumeurs qui n'ont pas convaincu les marchés. En fait, ces deux solutions sont des "solutions achetées", donc qui demandent de disperser les ressources financières.  À une semaine après l'entrée en bourse, il est un peu tard pour annoncer que les solutions ne sont pas à l'interne…

Face.com? peut-être, mais pas sûr.
La rumeur d'acquisition du logiciel de reconnaissance faciale a peut-être du bon pour les investisseurs : associer ce logiciel avec la plus grande base de données d'individus sur Terre, c'est probablement de la musique aux oreilles des investisseurs. Mais pour les usagers, je ne sais pas, c'est peut-être le début d'une intrusion dans la vie privée insupportable (une de plus).

Je mets toujours en garde mes clients quand je les vois se précipiter pour ouvrir une page Facebook. Premièrement, ce ne doit pas être un objectif en soi, mais une tactique qui découle d'une stratégie qui découle des grandes orientations de l'entreprise. Et s'ils y vont, je fais toujours attention pour bien leur faire comprendre qu'ils ne doivent pas tout miser sur cette plateforme sur le long terme. Et je sais que je ne suis pas le seul à penser comme cela

Est-ce un bon signe pour Facebook que ce genre de recommandation circule de plus en plus?

Que conclure de cette farce à la bourse de Facebook. 
  • Que la bourse suive un chemin qui est différent de la réalité des usagers est un fait.  
  • Que ceux qui ont investi dans Facebook sur la base du succès populaire de la plateforme n'ont pas nécessairement tout compris les enjeux
  • Que, oui,  évidemment le mobile est l'avenir de Facebook (s'ils arrivent à prendre le tournant).
Mais qu'un titre qui se voit négocié entre 75 et 100 fois les bénéfices est assurément surévalué. C'est à l'image du temps. Avoir ou se faire avoir.


Twitter, comme outil de validation de la représentativité en politique?

On me pose à l'instant une question sur l'usage des politiciens de Twitter.

«Les politiciens bâtissent-ils des discours politiques en tenant compte de Twitter comme 'média social' uniquement, ou fondent-ils une communauté autour de l'actualité politique en ciblant sur la force du 'réseau social'?». Je vais faire mon Mario Asselin de moi et vous partager à chaud ma réponse.

Comme Twitter est une plateforme sans essence, toute forme d'usage est possible, et aucune n'est prescrite dans l'outil lui-même. Les contraintes sont sociales et dépendantes donc d'une convention. Venant de la base (et non pas du haut) chacun y va de son interprétation et agrège ceux qui pensent de la même façon.

Les politiciens n'agissent pas autrement et utilisent Twitter comme ils l'entendent. Ils bâtissent des discours politiques en fonction ou non des communautés, selon leur croyance ou leur expérience terrain. Seul la rencontre du «succès» les encourage de poursuivre de l'avant dans leur approche ou non. Par succès on entend une réponse de la communauté Twitter autour du politicien que celui-ci considère comme positive et allant dans le sens qu'il pense optimal pour atteindre ses objectifs.

Comme plusieurs approches sont possibles et qu'il y aurait donc techniquement de multiples stratégies politiques applicables pour un politicien sur les réseaux sociaux, la question qu'il faut se poser est celle de connaître le point commun entre toutes ses stratégies. Il est probable qu'à terme, ce commun dénominateur serait un vecteur essentiel pour comprendre les motivations des politiciens à utiliser les réseaux sociaux, et Twitter en particulier, et ce, qu'importe leur type d'usage.

Il appert, à mon avis, que le socle commun est la popularité. Qu'importe l'usage de l'outil, qu'importe le message envoyé, qu'importe les motivations, le politicien voit en temps réel non seulement le support qu'il a sur son idée, mais aussi sur sa personne. La foule, même virtuelle, a toujours été, en démocratie, un rapport de force dans les agoras.

Le politicien qui, qu'importe son usage, peut se vanter d'avoir X abonnés, détient un argument supplémentaire pour faire valoir son idée, ou du moins son approche, ou au minimum la validité de sa représentativité. Et ce, face à d'autres qui n'auraient pas le même nombre d'abonnés, de plusieurs ordres de magnitude (X/100 par exemple).

La «popularité» (relative), le «score (pseudo) démocratique», la «légitimité du nombre (virtuel)» sont divers libellés que l'on peut appliquer à ce jeu de la validation de la représentativité. Le politicien cherche à valider qu'il est toujours en résonance avec une audience (je n'ai pas dit l'électorat) pour stimuler la légitimité de sa position, de ses dires, de son approche. Ce n'est pas en remplacement des autres méthodes, c'est un complément.

C'est, autrement dit, un outil du star-système, en miniature, appliqué au champ politique.


CRM 809 Enjeux des technologies émergentes

Je donne un cours à la maîtrise à l'Université de Sherbrooke en communication appliquée cet hiver. Le thème est cousu main pour moi: les enjeux des technologies émergentes. Le cours sera donné les lundis soir au Campus Longueuil. La particularité de ce diplôme est qu'il est ouvert aux adultes dans une optique de formation continue. Il reste des places. Plus d'info ici ou écrire à Dany Baillargeon, coresponsable de programme.
Crm809
Objectifs

Développer une compréhension globale des enjeux associés aux technologies émergentes et aux environnements médiatiques en mutation.

Contenu

Après une décennie qui a vu la montée et l’imposition des médias sociaux comme un ensemble de technologies émergentes incontournables dans la société, les communications et sur le marché, nous assistons à une consolidation de ces nouvelles pratiques et l'émergence de nouveaux modèles d'affaires

Nous verrons comment rester critique face à la montée des nouvelles technologies, mais sans cacher qu'elles indiquent des points de rupture à plusieurs niveaux dans les médias, la société et les entreprises.

La surabondance des contenus générée par les nouvelles technologies émergentes change les rapports de force entre les individus, les consommateurs, les organisations et les compagnies. Nous aborderons ces nouveaux changements via ce qui est convenu d'appeler les médias sociaux et examinerons les impacts dans la société civile en général et les entreprises en particulier et sur les notions d’autorités et d’expertise.

Plan de cours

La première partie du cours portera sur les impacts des médias socio-numériques sur la communication. La deuxième partie sera axée sur les stratégies d'entreprises pour être présente dans les réseaux sociaux. La dernière partie touchera la culture du web 2.0.

Les travaux permettront aux étudiants de se familiariser avec les outils dans un but de comprendre empiriquement comment réussir une présence en ligne selon des objectifs qu'ils se sont fixés. L'emphase est moins mise sur l'établissement d'un plan rigide que de rester flexible pour l'adapter aux réalités.

Le processus devrait mener un étudiant novice dans les médias sociaux à posséder un ensemble de compétences qui lui permettra de rayonner dans sa sphère d'expertise au bout de quelques mois.

Plan de cours CRM 809 Enjeux des technologies émergentes 2012

Bande de veinards

Pour les lecteurs de Zéro Seconde, je vais publier, autant que faire se peut, tout au long de ces 15 cours des documents complémentaires au cours que vous pourrez consulter gratuitement et vous êtes les bienvenus pour commenter. Si vous suivez le mot clé #crm809, vous serez même en mesure de profiter des conseils que je vais prodiguer à la classe.

(source image)

L'effet rendez-vous

Le titre vient de Stéphane Baillargeon, du Devoir, qui m'a interviewé cette semaine sur la rencontre des médias sociaux et de la télévision. (voir son article Médias - TV 2.0 «On ne veut plus juste le voir, on veut aussi participer au savoir» d'aujourd'hui. Extraits.

«Les médias sociaux ont permis de retrouver le rendez-vous que proposait traditionnellement la télévision», dit l'analyste, qui tient un blogue sur les stratégies Web et les médias sociaux. «Franchement, il y a deux ou trois ans, je n'aurais pas été capable de prédire cet effet. Quand il s'est produit, on a eu la réaction qu'on a en découvrant un beau jardin après avoir semé des graines au hasard. En fait, oui, maintenant on peut le dire: c'est tout à fait logique de retrouver cet effet rendez-vous.»
[...]
«Les échanges sont de moins en moins artificiels, de moins en moins forcés, commente Martin Lessard. Aujourd'hui, c'est clair, ce qui intéresse les gens: ils le disent et on voit tout de suite ce qui marche ou ce qui ne marche pas. D'ailleurs, Mirador aurait probablement été retirée des ondes si on s'était fiés aux premiers commentaires négatifs ou aux critiques. La clientèle qui appréciait le côté kitsch de l'émission s'est manifestée et sa diffusion pour une deuxième saison continue en partie grâce aux réseaux sociaux.»
Source Le Devoir

Billets similaires

Si vous êtes intéressé par ce sujet, voici quelques billets que j'ai écrit (et où finalement je vois que contrairement à ce que j'ai dit dans l'interview, je voyais ça venir depuis un peu plus longtemps que je croyais)

TV 2.0 : Sous les RT, la plage horaire? (mai 2010) où j'aborde l'idée du filtre social comme le nouveau syntonisateur de contenu.

TV en direct + FaceBook = TV Sociale (janvier 2009) où on constate qu'on ne veut plus être tout seul devant l'écran.

Television sur internet (février 2009) "Peut-elle être assujettie aux mêmes règles que la télévision traditionnelle?"

Pré-diffusion TV (septembre 2008) où une assiste à une bonne tentative des télé à jouer avec le web (même s'il n'y a pas eu de suite)

Les commentaires ont de la valeur

Bon. Quand j'écris «Le contenu n'a plus de valeur quand les internautes sont dans les réseaux sociaux (c'est la référence qui en a)», il ne faut pas s'attendre à un encéphalogramme plat de la part de mon réseau. Si vous cherchiez une preuve que les réseaux sociaux ont capturé la conversation de la blogosphère, la voilà!. Et c'est passionnant!

Mon article original est ici: Le contenu n'a plus de valeur, et les commentaires se sont retrouvés sur plusieurs plateformes:

SUR TWITTER

Simon, directeur développement des nouveaux médias à @voir, est le premier à sauter sur le morceau et à déclencher une conversation

@SimonJodoin : "le contenu n'a plus de valeur... c'est la référence qui en a" - ça mériterait une réflexion plus profonde que cette phrase.

@martinlessard : Ça mériterait plus, oui. C'est ce que mon banquier me dit.

@SimonJodoin : LOL. Les banquiers, tous les mêmes... Il m'a dit la même chose. Mais sérieusement, mériterait approfondissement.

@martinlessard : C'est qqchose qui me trotte depuis longtemps mais que je n'ai pas développé encore, c'est vrai. Variante de "Context is king"

@SimonJodoin : Je lirai avec intérêt. Réflexion intéressante, aux ramifications terrifiantes.

Sophie, animatrice de communauté à @Generation_INC, est aussi dubitative devant ma déclaration:

@SophieGiroux : Pas certaine d'être d'accord! Il ne prend pas de la valeur au contraire?

@martinlessard : La valeur est donnée par l'élément déclencheur (ex: packaging d'une commodité). Tout contenu peut être remplacé. Pas un ami.

@SophieGiroux : désolé mais je continue de croire que plus le contenu est véhiculé dans les réseaux sociaux, plus il prend de valeur

@martinlessard : Quand le contenu entre dans les réseaux, il est "référé". Le contenu référé survit ("a de la valeur")

@SophieGiroux : et que dire du nombre de partages?

@martinlessard : Le # de partage est la "mesure de succès" d'un contenu dans les réseaux. cqfd?

Ianik, économiste complète:

@IanikMarcil : Mais n'est-ce pas déjà le cas (i.e. qualité de la référence); par ex. NYT vs. le Weekly World News? contexte=notoriété

@martinlessard : oui la qualité de la référence, NYT vs. WWN, existait, mais jamais avec une telle intensité. All the news that fits your mind

SUR FACEBOOK

Luc Jodoin : Le contenu n'a plus de valeur. Mon pote Martin Lessard pousse un peu fort l'oxymore, c'est certainement vrai dans une économie de l'attention et du marketing du chou et du navet, mais y'a pas que l'économie dans le vie, ciel! :). Le contenu n'a plus de valeur économique, hum c'est une tendance, en effet. :). Et à quoi bon la référence, si c'est le vide sidéral au bout...

Lionel Dujol : C'est vrai. Néanmoins, la valeur d'un contenu peut être "bonifiée" parce que partagée, propulsée par des référents influents. Dans ce cas, le contenu à moins de valeur que la référence. Mais on a pas attendu le web social pour mesure le poids des influenceurs.

Luc Jodoin : J'aime l'idée d'un contenu bonifié parce que «indexé», on fait ça depuis des lustres nous les bibliothécaires. Ce que montre le graphique de Martin , c'est qu'il y maintenant 800 000 millions de bibliothécaires potentiels sur Facebook. On a parlé de sursaturation de l'info, on verse lentement dans la sursaturation de la référence ... bon, les plus futés peuvent toujours compter sur des super médiateurs numériques ou des «autorités» cognitives (une expression qui me fait sourire). :)

Lionel Dujol : La sursaturation de l'info devient problématique. Même les veilleurs sensés faire le tri ont tendance à faire ce qu'appelle Marie D. Martel de la veille-spam. Perso, je m’interroge beaucoup là-dessus. Je lève le pied sur ce que je partage sur FB. je me demande si je dois continuer à partager ma veille sur Twitter qui est un format bien trop court pour "bonifier" l'info. Pour te dire je m'interroge même sur la suite à donner à ma présence numérique !

Luc Jodoin : Je suis plutôt d'accord avec toi, mais pour ta présence numérique, je la souhaite permanente. Elle est riche, bien dosée et sympathique :)

Claude Champagne : Si on avait plus de temps, nous aurions un blogue riche et détaillé. Car, ce sont les sites d'infos qui donnent de la matière aux réseaux sociaux. Les FB, Twitter et cie sont des relais minute. J'ai lu ça, j'espère un échange. Parfois, ça arrive, quand c'est dans l'air du temps, quand l'info est publiée en même temps qu'il y a des gens que cela intéresse.

Luc Jodoin : Claude, de la graine de thécaire :)

SUR GOOGLE PLUS

Yves Ouellette -
Donc si je comprends bien la valeur ajoutée est très faible...

Fabián Rodríguez -
Heuh, la référence c'est du contenu.

Martin Lessard -
C'est une image. La valeur (finale) est donnée par l'élément déclencheur (par ex: le packaging d'une commodité lui donne la valeur d'être acheté). Tout contenu peut être remplacé. Pas un ami. Si mon ami me refile un lien, j'ai 1000 x plus de chance de le visiter que le Nième site sur le Xième sujet de mes Zième thèmes que j'aime...

Philippe Beaudoin -
Heu? Et les amis refilent les liens en fonction de quoi alors? Au contraire, avec les médias sociaux, le contenant n'a plus de valeur. Seul le contenu en a.

Martin Lessard -
En fonction de la valeur perçue dans l'échange; le contenu est interchangeable. Les derniers billets de Techcrunch, RRW ou GigaOM se ressemblent, mais celui qui sera retransmis par un ami aura plus de valeur de lecture...

Yves Ouellette -
Si les médias, qui sont le contenant, n'ont pas de valeur. Donc il faut vite développer un média qui rassemble tous les types de post. Nous n'aurons plus à passer de l'un à l'autre pour suivre l'information.. / Je me trompe...

Philippe Beaudoin -
Tout à fait en désaccord, Martin. Le contenu ce n'est pas "l'article de Techcrunch" ou "l'article de RRW", c'est ce dont l'article parle. On se fiche de qui couvre la conférence de presse de Apple, ce qu'on relaie c'est l'information qu'on y apprend. Comme le contenu est le nouveau roi, il sera de plus en plus difficile d'être le leader si on diffuse du contenu facilement accessible à nos compétiteurs, sans l'améliorer significativement.

À mon avis, les médias sociaux vont recentrer le journalisme sur les articles de fond car c'est l'effort que le journaliste fait pour comprendre le sujet et éclairer ses lecteurs qui sera le différentiateur, non plus la force avec laquelle il fait la promotion de son message.

Christiane-Sophie Romano -
Philippe me semble valider la thèse de Martin malgré son approche contradictoire. Ma compréhension du texte de Martin est que le contenu existe, évidemment, mais que le média qui profitera de l'achalandage produit par ce contenu, sera déterminée par l'influence des R-S.

Ex.: si, dans mes activités de veille et de revue de presse, je ne fréquente jamais le site de New York Times, ce site va quand même recevoir des "hits" de ma part si un de mes contacts me suggère un contenu sur ce site.

Ceci me fait toutefois conclure que la variété de mes "contacts" recommandant des liens aura aussi un effet sur la qualité de l'information qui me parviendra. Comme les contacts sont souvent des "silos" (selon les allégeances, affinités, etc.), les R-S appliquent un filtre qui agit différemment sur l'individu. Je me demande si la courbe "macroscopique" est représentative de ce qui se passe au niveau individuel.

Martin Lessard -
Intéressants commentaires!

Philippe Beaudoin -
C'est l'avantage d'un titre sensationnel... :)
(Ceci dit, je crois que Christiane-Sophie résume bien nos différences d'opinion apparente.)

Question de ratio

Il y a 50 ans, écrivait Seth Godin cette semaine sur son blogue, le ratio était de 1 000 000 à 1. Pour chaque personne dans les médias, il y a 1 million de spectateurs. Ce ratio diminue depuis des années.

La majorité des gens étaient en mode consommation. Peu étaient des créateurs de contenu.

100000:1 Les magazines ont ramené ce ratio à 100 000 pour 1. Un rédacteur d'un grand magazine pouvait espérer avoir un impact sur beaucoup de monde.

10000:1 Les canaux spécialisés sur le câble et les magazines spécialisés font baisser ce ratio à 10 000 à 1, continue de raconter Godin. Il est possible de cerner davantage les intérêts particuliers.

1000:1 Puis vient le temps des blogues et des podcasts, de YouTube et de Twitter, où chacun peut maintenant espérer avoir une audience de 1000 personnes.

Tendre vers zéro

Godin se demande à la fin de son billet à quoi peut ressembler un ratio qui tendrait vers zéro.

Je crois qu'on peut lui répondre ceci:

100:1 ? Probablement Facebook.
10:1 ? À n'en pas douter, c'est le courriel.
1:1 ? Hé bien c'est FaceTime. Mais là, le téléphone l'a devancé depuis plus de 100 ans...

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin?

À quoi ressemblerait un ratio inverse? C'est-à-dire zéro lecteur et un créateur?

0:1 ? Un iPod branché à un Nike! Vos baskets vous renseignent sur votre état de santé ou d'avancement dans vos entraînements...


G+ changera-t-il nos usages des médias sociaux?

J'ai eu la chance de pouvoir entrer dans Google Plus (G+ pour les intimes) parmi la première vague (l'ouverture officielle grand public est prévue le 31 juillet 2011) et d'explorer la nouvelle plateforme. Voici mes réflexions, après une semaine d'usage.
Google Plus
Google Plus

Pour une bonne description de ce que fait Google plus voir le billet du blog officiel de Google (english) ou celui de Benoit Descary (Via +michelleblanc)

G+ a attiré les power users, et en tant que tel, on ne peut que se sentir à l'aise. Éventuellement, ça va changer, mais c'est un avantage énorme: un haut taux de signal par rapport au bruit.

L'interface ressemble à Facebook. Pas nécessairement un avantage, ni vraiment un défaut -- quoique dans ce cas-ci, ça appelle une comparaison et je dois dire que pour ce qui est de la présentation du flux, FB a une longueur d'avance, mais pas pour le reste.

Évidemment, vu la nouveauté, les 3/4 des conversations portent sur l'outil lui-même. C'est d'ailleurs très pratique, car on en apprend plus vide les subtilités.

La gestion en "cercle" de ses amis est un peu surestimée. Il est judicieusement placé à la vue pour rappeler de l'utiliser, mais la métaphore des cercles (représentée par... des cercles) finira par perdre son lustre de nouveauté et on exigera un peu plus de fonctionnalités, moins de bonbon, pour gérer plus efficacement ses groupes qui ne tarderont pas à être lourds...

Phrase la plus entendue: «Oh! je viens de découvrir une autre façon de faire des invitations G+»



Facebook

Voilà le réseau qui a le plus à craindre de l'arrivée de G+. À part Martin Ouellette qui a fermé son compte FB pour rester à demeure sur G+, je ne connais pas grand monde qui abandonnera complètement Facebook. Sauf s'ils font encore des conneries avec les éléments de vie privée.

Je ne vois rien dans G+ ce qui justifierait un exode massif comme on l'a vue de MySpace vers FB. Les utilisateurs lambdas vont migrer quand leur réseau va migrer aussi. C'est la question de savoir qui de l'oeuf ou la poule quittera en premier FB...

Il est probable que les usages plus professionnels qui se faisaient dans FB vont se faire plutôt G+ qui a de facto un aspect "sérieux". Surtout lorsque le Géant de Mountain View y ajoutera des passerelles vers des outils comme Blogger, docs et maps. La gestion des cercles permet effectivement de faire travailler en collaboration des travailleurs à la maison plus facilement grâce aux conférences vidéos notamment. L'intégration de G+ dans Andoid est probablement un cheval de Troie pour entrer dans sur la place de travail. L'application est vraiment bien faite et saura plaire à ceux qui veulent rester en contact avec leur équipe.

FB est et restera une place publique pour les conversations légères (photos de vacances, échanges d’humeur, souhaits d’anniversaires). Un lieu de rassemblement pour croiser des gens de tout horizon, car il n'y a pas que des geeks qui utilisent internet. FB sera pour socialiser et G+ pour travailler?

Phrase la plus entendue: «Oh! Je viens d'éternuer»


Twitter

Twitter restera une place de diffusion pour la propagation de nouvelles (liens, primeurs, commentaires à chaud). Car c'est de facto le bulletin mondial de ce qui se passe, le haut-parleur qui scande le rythme de la vie publique des citoyens du monde. Sa structure improbable qui limite invraisemblablement les tweets à 140 caractères reste et demeure son avantage numéro uno. On scanne plus facilement un flux de tweets qu'un flux de G+.

Tweeter restera ce qu'il est et fait de mieux: un endroit pour les petites exclamations. On ne s'enfarge pas dans des conversations qui vont dans tous les sens. Twitter, c'est le fil de nouvelles mondiales (et de potin) et non pas un forum

Phrase la plus entendue: «Oh! Je viens de lire http://bitly.com/abcde»



Foursquare

G+, comme les autres plateformes, fait de la géolocalisation. Mais on est loin de l'intégration de type «check-in» dans un lieu comme Foursquare. Si vous souhaite seulement indiquer où vous êtes, G+ fait bien le travail. Mais si vous voulez indiquer l'endroit où vous êtes (magasins, parc, événement) Foursquare a encore l'avantage et G+ ne le menace pas outre mesure.

Phrase la plus entendue: «Oh! Je suis le maire du McDonald»


Quora

Comme lieu hyperspécialisé pour poser et répondre aux questions, Quora n'a pas à s'en faire. Mais tout réseau social lui fait perdre un potentiel de poser/répondre à des questions, et G+ ne fait pas exception.

Phrase la plus entendue: «Oh! Qui connait la 127e décimale de PI?»


Linkedin

Autre lieu hyperspécialisé pour connecter des gens d'affaires. Comme Rolodex et cv autoorganisé, il reste imbattable. Pour trouver quelqu'un rapidement dans son réseau d'affaires, aussi. Mais le graphe social qui s'ordonne organiquement autour d'un G+ qui attirerait des usagers plus professionnels pourrait lui faire du tort. Il est plus facile de trouver quelqu'un dans son réseau vivant sur G+ en posant une question, que d,envoyer un message sur un répertoire comme Linkedin.

Phrase la plus entendue: «Oh! Je voudrais te rajouter à mes contacts»

--
Et vous, quel est votre point de vue?

Tuer la une

Et dire que si c'était sur Twitter, les bien pensants diraient que les réseaux sociaux ne sont qu'un ramassis d'insanités:


(Mais contrairement à un gazouillis, on ne peut pas l'effacer...)

Les talibans sur Twitter

La mutation de l'écosystème médiatique a été un pas plus loin: le mouvement extrémiste taliban d'Afghanistan a officiellement un fil sur Twitter, @alemarahweb qui publie plusieurs messages par jour, dont quelques-uns en anglais (Source the Guardian).


Ile déserte


On les imaginait comme des luddites qui évitent comme la peste les technologies modernes, et occidentales, incluant les lecteurs de cassette et les postes de télévision.


Comment dire. Le village global commence à être très petit....


On le sait peu, mais les talibans se sont mis en fait depuis déjà quelques années à utiliser la technologie moderne pour faire circuler leur information. Dès 2008, des experts avaient annoncé qu'ils avaient bâti un réseau sophistiqué d'échange d'information (source Reuter).


Qu'ils soient sur Twitter n'est qu'une suite logique, quoique surprenant (Twitter a montré certains atomes crochus avec le gouvernement américain (voir mon billet en 2009).


Le Klout Score de talibans


On se demande si les talibans vont chercher à appliquer des recettes pour augmenter leur nombre de followers. Il y a certainement des spécialistes en médias sociaux qui sauront leur donner des tuyaux.


Sur Klout, l'outil qui prétend mesurer l'influence sur les médias sociaux, les talibans possèdent un score de 28.


Klout considère @alemarahweb comme de type "Explorer", c’est à dire:


«You actively engage in the social web, constantly trying out new ways to interact and network. You're exploring the ecosystem and making it work for you. Your level of activity and engagement shows that you "get it", we predict you'll be moving up.»


Avec une telle précision dans les analyses, pourquoi avoir besoin de la CIA?



Tweets de crédibilité: le cas de Ben Laden

Dès l'annonce par la maison blanche d'une conférence de presse impromptue la maison blanche, la machine à rumeur s'est emballées sur Twitter: pourquoi le président Obama voulait parler à la nation à 22 h 30, heure du pacifique?

(image: UOL, Brésil) Rapidement, des rumeurs se sont emparées des médias sociaux. De quoi, de qui allait parler le président américain? De la Libye? de Kaddafi? De Ben Laden? Toutes les options étaient ouvertes.

Comme on peut s'en douter, Twitter a été le canal, encore une fois, d'où est sortie le scoop. Ben Laden venait d'être tué.

Les grands médias ont confirmé peu de temps après. Juste avant qu'Obama l'annonce en direct à la télé.

Un tweet, encore

Un tweet plus crédible fut repéré et retweeté: celui de @Keithurbahn, qui travaillait avec Donald Rumsfeld, le secrétaire à la défense, qui annonçait la mort de Ben Laden.
http://twitter.com/#!/keithurbahn/status/64877790624886784

Au même moment, on découvrait que Sohaib Athar (@ReallyVirtual sur Twitter) avait blogué en direct, sans le savoir, les événements qui se passaient dans sa ville, Abbottabad, où a lieu l'attaque, ce qui rendait plus crédible la situation.



Les nouvelles circulent définitivement plus vite sur Twitter que dans n’importe quel autre média. Ce qui est intéressant à noter ici, c'est  que ni Keithurbahn ni ReallyVirtual n'ont (n'avaient) pas  de grosse audience. Leurs scores PeerIndex sont respectivement de 5 et de 15 au moment d'écrire ces lignes.

Comment peut-on, en l'absence d'autorité comme les grands médias, faire confiance au réseau?

La crédibilité ne vient pas des outils, mais bien d'un réseautage hors ligne.

Ceux qui ont relayé Keith Urbahn savent qui il était et pourquoi sa réputation l'empêchait de lancer une rumeur dans le vide.

Ceux qui ont découvert Sohaib Athar et l'ont relayé pouvaient bien voir que son compte-rendu des événements devançait le début des rumeurs.

C'est comme si une chaîne de crédibilité à grande échelle s’était créée via des relais, qui eux avaient une crédibilité dans leur entourage.

Les outils de mesure de popularité ne sont pas des garants pour la dispersion du scoop. J'avais regardé sommairement peerindex (ici) et klout (ici) pour voir ce qu'ils pouvaient nous offrir pour s'y retrouver dans le tsunami d'information. Intéressant, sans plus.



Ce que vous voyez en haut (source) c'est le flot des tweets à propos de la mort de Ben Laden. Un usager ressort du lot, outre KeithUrbahn, c'est le compte Brianstelter. Avec Un peerIndex de 75, on pourrait penser que c'est la raison de son rayonnement. Mais il plus probable de dire que le fait qu'il soit journaliste au New York Times a joué davantage.

Au jeu de l'influence, le capital de crédibilité qu'on a hors ligne est une monnaie forte, très forte.

Lire aussi:

Twitter just had its CNN moment

Lessons from the Bin Laden coverage, par Frédéric Filloux

Les USA diffusent des vidéos de Ben Laden pour le démythifier, Rue89

Google & The Death Of Osama Bin Laden

Osama Bin Ladens Death in Infographics – Gallery, Visual Journalism

Comme entendu dans les médias sociaux

En entendant à la radio de Radio-Canada, depuis quelques jours, des reportages qui couvrent la révolte en Libye raconter ce qui se passe là-bas via la lecture des tweets en arabe, on sent bien que l'écosystème de l'information cicatrise bien la greffe des nouveaux sur les anciens médias.

motoreillaJ'y vois une confirmation supplémentaire que l'écosystème nouveau est fonctionnel avec, à la tête, les médias qui tentent d' harnacher le flux des médias sociaux. (lire ma série de 3 articles sur le sujet)

Il en reste évidemment certains pour critiquer les contenus que l'on retrouve sur ces réseaux sociaux comme étant futiles ou pire, de la désinformation.

En fait, ils regrettent qu'Internet ne soit pas «édité a priori», pour que seule la qualité circule. Partout où leurs yeux d'experts de l'info se portent, ils ne voient aucune qualité.

Une partie du malaise (de la «blessure narcissique») tient au fait qu'ils se considèrent comme LES experts de l'info, or, leur statut dépendait beaucoup plus du monopole de l'info qu'ils avaient qu'une quelconque expertise exclusive. Cette exclusivité leur a été ravie. Dont acte.

S'ils voient encore peu de qualité dans les nouveaux médias sociaux, c'est qu'ils persistent à penser à une édition centralisée et a priori, or le système est renversé. Pour le meilleur ou le pire, ce n'est plus le centre, mais la périphérie qui tri et qualifie a posteriori.

Le jugement critique est décentralisé et le reportage des faits l'est autant. (voir mon billet sur Publier maintenant, trier plus tard)

En l'absence de journalistes dans une Libye en train de s'écrouler, il est possible, pendant un certain temps, avec les précautions nécessaires, trier le flux de cris provenant de la rivière de sang. Certaines larmes ne mentent pas.

Image via Laurent Vermot-Gauchy

À lire aussi sur Zéro Seconde

Ecosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge

Ecosysteme de l'information (2/3): P2P news

Ecosysteme de l'information (3/3) : Info broker

140 petites frappes dans le temple des médias


Twitter en chinois

«En 2011, le tract, l'appel à la mobilisation, peut désormais entrer en 140 caractères dans un tweet» écrit Fabien Deglise, dans Le Devoir, pour montrer que les outils sociaux numériques peuvent faire partie de la trousse d'un manifestant. À ce jeu, certaines langues ont des «tracts virtuels» beaucoup plus longs que d'autres.

140 caractères sont une limitation qui restreint la pensée que pour les langues alphabétiques. On oublie que dans les langues à idéogrammes, comme le chinois et le japonais, le «caractère» est souvent un mot.

Voici un exemple en 140 caractères pile-poil! En chinois, s'entend.

La chine est géniale

Ce qui veut dire:

«La Chine, ici, est géniale, tant que l'on comprend, s'adapte et utilise correctement les règles tacites. Pourvu que vous vous n'en fassiez pas si le système politique est barbare, immature, sans contrepoids et à l'avenir incertain; si vous fermez les yeux sur une primauté du droit non appliquée, l'absence de justice, l'iniquité dans la société, et la disparité des richesses; si vous n'avez pas besoin de liberté d'expression, de liberté de croyance, d'être à l'abri de la pauvreté, ou de la peur; et si vous ne vous souciez pas de l'épuisement des ressources, de l'effondrement de l'environnement, et de la pollution de l'air, de l'eau et des sols. Eh bien, c'est le paradis.»

En comparaison, tweeter en français correspond à éructer le titre alors que le Chinois, lui, récite tout le livre au complet. Quand on a la place pour aller au-delà du simple slogan, un véritable message peut circuler. Le microbloggage, en chinois, prend tout son sens.

Bien sûr, certains trouveront toujours que ce n'est pas encore suffisant tout faire passer Marx avant de se lancer dans une révolution, mais ça ne rentre pas dans aucun média socionumérique de toute façon (et ça ne marche pas comme ça). 140 caractères (ou mots, dans ce cas-ci) peut être suffisant pour «proposer du sens», sans se faire attribuer le quolibet de nom d'oiseau. En chinois, certainement. On peut passer un appel à la mobilisation et expliquer pourquoi!

Source

J'ai découvert ce «birdy» (un tweet de 140 caractères d'un coup) via un ami, bien au fait de ce qui se passe en Chine. Le Tweet chinois original vient d'un site de microbloggage d'un journaliste chinois,  Cheng Yizhong, tel que rapporté par le blogue de Siweiluozi, d'où j'ai pris la version chinoise et sa traduction http://www.siweiluozi.net/2011/02/this-is-your-paradise.html


Faut-il être un peu aristocrate?

Eric Fottorino, pour Le Monde, et republié dans le Devoir, a posé quelques questions à Umberto Eco à l'occasion du lancement en français de son dernier livre (De l'arbre au labyrinthe. Études historiques sur le signe et l'interprétation, Grasset). Une question a attiré mon attention.

Q: Pensez-vous que le savoir et la connaissance seront toujours diffusés par de l'écrit sur lequel on s'appesantit, ou au contraire que la culture de la vitesse, celle d'Internet, va finir par affecter notre capacité de jugement?

Umberto Eco: Je crois qu'il faut rétablir une culture des monastères, qu'un jour ou l'autre -- peut-être serais-je mort avant -- il faudra que ceux qui lisent encore se retirent dans de grands phalanstères, peut-être à la campagne, comme les amish de Pennsylvanie. Là, on garde la culture, et le reste, on le laisse flotter comme il flotte. Avec six milliards d'habitants sur la planète, on ne peut prétendre qu'il y a six milliards d'intellectuels. Il faut être un peu aristocrates de ce point de vue là.

(source)
D'emblée, on est frappé par cette question qui sépare en deux la culture. D'un côté, la "culture du savoir et de la connaissance" qui se transmettrait (et se définirait) par son véhicule privilégié (l'écrit) et de l'autre une "culture de la vitesse" qui affecte l'organe même de la rationalité ("capacité de jugement") au point de ne plus représenter le savoir même, ni la connaissance (sinon, on ne les aurait pas mis en opposition) et qui ne se définirait que par sa modalité (la vitesse de transmission).

Je ne sais pas s'il sous-entendait Wikipédia, Twitter et les forums dans la culture de la vitesse, mais quant au véhicule, il n'y a pas plus "écrit" que ceux-là. Alors d'où vient l'opposition?

Le danger de "l'immédiat", concept porté à son paroxysme, et à bout de bras, par Paul Virilio (hanté par "l'accident intégral" de la société de l'information --et dont je ne partage pas les conclusions comme exprimé dans mon billet en 2009, Virilio et la peur de l'immédiat) est probablement surévalué, mais suffisamment pertinent pour poser la question à Eco.

À quel point faut-il se formaliser que, non seulement Eco ne relève pas la rhétorique de la question, mais qu'il la défend presque ("Il faut être un peu aristocrates de ce point de vue là")

L'aristocratie, à mon avis, refuse aux autres un statut et les outils pour s'émanciper. Le web 2.0 a démocratisé l'accès aux outils, pour les pros comme pour les amateurs. L'élite refuse de voir les avancées parce qu'elle considère que la plèbe ne saurait ni bien l'utiliser, ni en faire quelque chose de noble -- en général sur la base de critères que seule l'aristocratie "maîtrise" (définition tautologique): la culture est ce qu'elle déclare culture.

Et la "culture", c'est le "livre". Ce qui donne des déclarations comme «Pour permettre aux gens dont c'est le métier de réfléchir [pour fournir une analyse en profondeur, un espace de réflexion] sur ce qui se passe sur notre planète. En 140 caractères, on n'a pas beaucoup le temps de faire ça.» (dixit la présidente d'honneur du Salon du livre 2010 de Montréal). Un peu comme si on réduisait la littérature au Harlequin. Ou la télé aux télés-vérité.

Et pourtant, Twitter, pour qui se concentre bien (tiens donc! un verbe d'action qui n'est pas réservé au livre!) sur les bonnes sources, «permet aux gens dont c'est le métier de réfléchir [pour fournir une analyse en profondeur, un espace de réflexion] sur ce qui se passe sur notre planète».

La preuve: cet excellent article Christian Liboiron sur l'ouverture (ambivalent) du Salon du livre de Montrtéal sur le XXIe siècle.

(Webinaire) Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

J'aime ces titres très américains, sûr d'eux et frais comme un nouveau-né: «Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux» est le webinaire que je donne avec Michelle Blanc et Guillaume Brunet pour Les Affaires. Vous y trouverez la meilleure introduction aux médias sociaux pour les entreprises prises en entre deux feux: sauter ou ne pas sauter dans le wagon?

Avec tout le buzz entourant le phénomène des réseaux sociaux, certaines compagnies ne savent plus où donner de la tête.

Si dans le cadre de votre travail, vous êtes appelé à initier, concevoir, planifier ou opérer des tactiques sur ce que l'on appelle le «Web 2.0» et que vous vous retrouvé submergé par toute sorte d'information contradictoire, vous aurez l'heure juste dans ce webinaire.

Non, les médias sociaux ne sont pas faits pour tout le monde, mais, si vous décidez d'y aller, il ne faut pas le faire n'importe comment. Il existe des stratégies de base que j'aimerais partager avec vous...

Plus de 250 personnes se sont déjà inscrites.

Vous êtes invité à participer au séminaire en ligne présenté par le Groupe Les affaires et Les affaires.com:

Grandes tendances du WEB 2.0:
Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

11 février 2010, de 12 h 30 à 13 h 30 (Montréal, Temps universel)

Inscription : 50$ membres / 60$ non membres (+taxes)

Les meilleurs astuces pour conquérir les médias sociauxGuillaume Brunet (animateur de ce webinaire),
Directeur marketing et services client, Groupe des nouveaux médias et des solutions numériques, Médias Transcontinental

Michelle Blanc
Spécialiste du marketing sur le Web. Son blogue michelleblanc.com est classé comme l’un des plus influents blogues francophones dans le monde.

Martin Lessard
Conseiller, conférencier, spécialiste en stratégie web et médias sociaux. Il est auteur du Guide des meilleures pratiques web de l'Alliance Numérique et coauteur du livre Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires.

140 petites frappes dans le temple des médias

Les médias traditionnels se sont faits détrônés sur deux fronts : rapidité et quantité. Avec Haïti (et l'Iran, et Hudon River, et Mumbai...) qui ne voudra pas croire que les médias sociaux s'imposent comme un acteur de premier plan pour "écrire un premier jet de l'histoire qui se déroule"?

Les médias sociaux à l'assaut des médiasUn nouvel écosystème médiatique s'est mis en place. Avec Twitter, et autre micromessagerie, toute personne peut (potentiellement) "informer la planète" via un simple message texte. Les médias sociaux offrent un genre de "scoop", une nouvelle "brute" qui bouillonne rapidement et créent des remous, avant de passer dans les grands médias.

"Première ligne d'alerte", les médias sociaux ne court-circuitent les médias que dans les premières heures "d'un événement spectaculaire". Comme si les "nouvelles d'intérêts publics" étaient sélectionnées et prises en main par les principaux intéressés.

Couvrir l'actualité en son nom
Mais dans un micro-message de 140 caractères, qu'est-ce qui est transmis? 140 caractères ne produisent ni information ni analyse, au sens journalistique. Ce sont des "titres" d'une actualité en construction. Un nouveau sens doit être donné à "couvrir l’actualité brûlante" (ou plutôt "couver l'actualité" comme on dit "couver une grippe" ;-)

Si le micro-message est comme un court télégramme, alors c'est l'amoncellement de télégrammes qui remplit la fonction d'expliciter le contexte, de donner une certaine "dimension" à l'actualité qui se construit. L'information en réseau est une information en fragments, démultipliée, brute, authentique.

«Authentique» car Twitter a réussi une chose: l'imputabilité de l'émetteur.
Sur Twitter, on doit monter sa propre audience, un a un. C'est un dur labeur et chaque abonné ("followers") doit être mérité et est un labeur de chaque instant (cessez d'être pertinent, et on se désabonne).

Du coup, exit les spammeurs et autres trolls débiles. Pas qu'ils n'existent pas , mais ils ont plus de difficulté: quand ils "spamment", ils affectent leur propre réseau en fait. Qui veut "suivre" un spammeurs, un troll? Plus ils agissent, moins ils ont de "followers".

Ça ne garantit évidemment pas la validité d'un "tweet", bien sûr. Mais si vous montez patiemment votre réseau, vous vous créez une notoriété et une autorité que vous êtes tenu de maintenir le même niveau de crédibilité sous peine d'être rejeté rapidement. C'est votre identité en ligne qui est en jeu. On en a vu des exemples lors des "rumeurs" sur la mort supposée de Johnny et la mort cachée de Lhasa.

Greffe prise, rejet impossible
Les médias traditionnels s'adaptent tant bien que mal à cet ajout dans la chaîne. On a vu cette semaine deux chaînes de télévision importantes incapables de recueillir des interviews lives de première main sur le terrain des opérations de secours en Haïti parce qu'ils n'avaient pas Skype d'installé ou ne savaient comment les utiliser.

«Vous pouvez aider Haïti de l’endroit où vous êtes déjà.[...] Vous pouvez aussi faire des reportages sur Haïti via l’extérieur, avec l’aide des ressources locale déjà présente, sans engorger inutilement le théâtre des opérations.» raconte Michelle Blanc dans Internet Haïti – Les retombées positives d’un simple billet. On voit même des initiatives en ce sens (voir Pierre Côté en communication directe avec Haïti via Skype) en direct sur ustream.

Pour les journalistes, l'ajustement est en train de se faire. (J-C Féraud, a résumé à quoi ressemblerait un «kit de survie à l'heure de la révolution digitale» pour les journalistes). Il ne s’agit pas d'abdiquer bien sûr le rôle de validation de l'information. On s'attend à de la retenue tout de même de la part des médias traditionnels (lire à ce sujet Paul Cauchon dans le Devoir: Haïti, le défi médiatique).

Mais la greffe est prise. Il faut prévoir maintenant un bras de fer avec la possibilité que les journaux se referment derrière des portes payantes (voir la rumeur entourant le NYTimes), dernier mouvant de plaques tectoniques dans l'installation dans ce nouvel écosystème. Ce n'est pas une question de gratuit versus payant, mais bien bien d'économie du lien: comment hyperlier vers des portes payantes? Et surtout comment se faire remarquer dans un monde aux prises avec une surabondance d'information?...