ZEROSECONDE.COM: Conspirationisme (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

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Disrupt or destroy : l'accès Internet comme enjeu stratégique

Quand trois câbles de télécommunication alimentant une partie du Proche et Moyen Orient ont été coupés la semaine dernière, toute cette partie du monde s'est retrouvée privée d'Internet ou fortement ralentie. Courriel, VoiP, vidéo, cybercommerce, etc. Quand un quatrième est coupé dimanche, il est difficile de ne pas penser y voir une conspiration.

Miss -détails (Photo de Vincent Lessard)Bien sûr, des câbles brisés, il y en plusieurs par année. ABCnews en compte facilement jusqu'à 50 dans l'Océan Atlantique seulement.

Donc plutôt courant comme pépin, mais quand il manque de redondance, la situation devient préoccupante. Alors quatre bris simultanés? Parle-t-on alors d'attentats? Dans la blogosphère, la rumeur circule. S'agirait-il d'isoler l'Iran? comme le laisse entendre Bloggernews. Les paris sont lancés!

Réseaux stratégiques
Quoi qu'il en soit, les impacts politique, économique et social sont devenus énormes : perdre le réseau virtuel, c'est une panne tout ce qui a de plus "réel". Et si certains pays n'y voient pas tout de suite, il y a fort à parier qu'ils seront fragilisés dans un proche futur.

L'Inde a vu sa dorsale Ouest s'écrouler et a dû se rabattre sur son unique autre dorsale à l'Est (info trouvée sur ABCnews). Pour un pays où la télécommunication fait travailler beaucoup de cerveaux ou de téléservices à distance, c'est un sacré problème.

Les pipelines de l'or numérique
Un plan de redondance stratégique devrait faire partie de tout bon programme d'autonomie nationale ou régionale, au même titre que l'énergie (électricité et pétrole au premier plan).

On apprenait ce matin dans Le Devoir que le Canada n'a pas de réserves stratégiques de pétrole pour protéger les provinces de l'Est, dont le Québec et l'Ontario. Les dorsales d'Internet sont en quelque sorte des pipelines d'information et si l'information est le pétrole du 21e siècle, doit-on penser les inclure dans toutes stratégies de "défenses"?

La cinquième colonne
En tout cas, ce qui circule depuis 1 an ou 2 sur le réseau c'est le un rapport déclassifié du Department of Defense américain, passablement censuré, qui décrit Internet comme une arme aux mains de l'ennemi. Pas sûr, par contre, tant que le président actuel reste en place, de savoir qui est ainsi désigné comme ennemi, mais poursuivons.

L'information est une arme et l'electronic warfare (EW comme il est nommé dans le document) fait partie des mesures que doivent prendre les militaires.

Disrupt or destroy
Intitulé : "Information Operations Roadmap" et signé par Rumfeld en 2003, le document termine en demandant que soit donné le pouvoir "[to] provide maximum control of the entire electromagnetic spectrum".(...)[to] "disrupt or destroy the full spectrum of globally emerging communications systems, sensors, and weapons systems dependent on the electromagnetic spectrum".

De là à penser que couper des câbles relève de cette stratégie, il n'y a qu'un pas. Je ne sais pas si c'est vrai, mais l'existence du document ne laisse plus de doute sur l'aspect stratégique d'Internet pour les états, les régions et les peuples...

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Work begins to repair severed net, BBC (anglais, 758 mots)
The newest Internet whodunnit? Who cut the cables? C|Net (anglais, 327 mots)
Analyzing the Internet Collapse, ABC (anglais, 1378 mots)
"Information Operations Roadmap" Departement of Defense, PDF (anglais, 78 pages)
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Conspiracy files (BBC)

Un acteur de taille se lance dans le débat entourant la théorie de la conspiration 9-11 : la BBC a offert à la télé dimanche dernier une heure d’enquête sur le phénomène.

Qui aime bien “X-Files” et “24” aime bien suivre la saga conspirationniste du 11-septembre. Il y a du John LeCarré là-dedans. Et on se surprend de douter de la version officielle.

Jusqu'à maintenant, j'ai surtout couvert le sujet lorsque le “mème” se transportait par format audio-visuel sur le réseau. Côté littérature, la somme de sites couvrant cette théorie de la conspiration (et ses contre-théories) est très bien développée et prospère, merci.

Mais sur le terrain Internet, il manquait encore des joueurs de taille pour rivaliser avec les Loose Change : la BBC nous offre dans le cadre de sa série Conspiracy Files un reportage bien mordant sur la théorie... et prends position.

À VOIR : BBC' Conspiracy Files : 9/11 (sur 911blogger.com)

C’est 1 heure chrono, bien serré et bien monté. La BBC, après avoir passé en revue les assertions les plus troublantes des “théoriciens”, en les confrontant une à une avec des témoins oculaires ou des spécialistes, conclut que cette théorie de la conspiration n’est que ce qu’elle est : une théorie.

Trace de conspiration
Elle affirme que s’il y a eu conspiration, c’est peut-être le fait d’avoir masqué après coup les manques de communication entre les agences (FBI/CIA). Ce manque de communication, on le sait, a conduit les terroristes à traverser les mailles du filet.

Et on entend "conspiration" dans le sens où plus d’une personne se serait concertée pour faire dire les mêmes choses. Et dans le cas présent, elle serait a posteriori : le gouvernement et les agences pour cacher leurs manquements auraient manqué sciemment de transparence afin de se couvrir.

Il est intéressant ici d’observer deux choses :

1. Conclure qu’il n’y a pas de conspiration demande le même acte de foi que de croire à la conspiration. Les journalistes enquêteurs ont monté un document tout aussi convainquant, dans sa rhétorique que Loose Change. Car on demande de croire que l’enquête a été faite de bonne foi et que les interviews, les liens et les conclusions sont désintéressés et sincères.

2. La légitimité des journalistes est plus grande : outre leur affiliation à la BBC, qui leur donne une crédibilité instantanée, les journalistes ont effectué leur enquête sur le terrain. Le document montre les théoriciens comme ils sont : des théoriciens. Ces derniers sont dans leur bulle, et leur source est puisée dans les archives accessibles. Les journalistes ont été cherchés les informations manquantes.

La force du journalisme classique est patente : en allant sur le terrain, et interviewant des témoins, et créant de la nouvelle matière, de la nouvelle information, on démontre ainsi, comme le dit Chomski, qu’il naïf de croire que l’on peut faire son enquête derrière un clavier.

La contre-conspiration
La BBC a réussi un beau document, et s’il n’aide pas à rassurer les fans de la théorie de la conspiration (il faut voir les commentaires excessifs laissés sur le site web de la BBC) en évitant de débattre toutes les assertions conspirationnistes (par exemple, sur l’hypothèse d’une démolition préparée d’un ou des immeubles du World Trade Center où on demande de croire sur parole un spécialiste), il donne des munitions à ceux qui cherchent à passer à autre chose.

Complot du complot

Évoquez la théorie du complot du 11-septembre sur votre blog et vous verrez augmenter vos visites. La porno --autre mot qui compte double-- est en passe de se faire recaler.

Je reçois de la visite sur ces mots de façon régulière et croissante. Depuis peu, j'ai droit à des commentaires (automatiques) m'invitant à connaître la vérité sur tel ou tel site. J'ai écrit à quelques reprises sur le sujet et je m'intéresse à l'impact d'Internet dans la diffusion des idées. Il est intéressant de voir l'impact de l'accès en mode "pull" par opposition au mode "push".

Mes billets qui me valent tant de visites:
- 11 septembre reloaded
- avant le 11 septembre
- la toile du 9/11

Mes billets concernant la crédibilité sur Internet (et qui ne me valent aucune visite ;-)
- Croire/berner : les "demandeurs de connaissance" doivent définir la crédibilité d'une page web
- Le problème du filtrage de l'information sur Internet : Umberto Eco sur l'impact de l'Internet sur la diffusion du savoir
-Qui croire quand informations et connaissances circulent librement ? : Knowledge Management et Autorité Cognitive

Le choix des mots
Évoquer autrefois la "théorie du complot" indiquait une prise de distance, souvent sceptique, normalement explicitant le désaccord avec une touche hautaine. L'expression rimait avec rumeur. Aujourd'hui, il n'est pas si sûr que cette distance soit conservée. Les "théoristes" utilisent positivement cette expression. Ils la revendiquent presque.

Sur Wikipédia, excellent endroit pour prendre le poul de l'intersubjectivité populaire, l'article sur la théorie du complot du 11 septembre [fr] utilise l'expression "théorie du complot" sans distance condescendante habituelle mais plutôt dans le sens de "théorie alternative à la théorie officielle".

WikiRumeur
Les rumeurs existent. Dans le sens qu'elles ont une existence réelle. Ce à quoi elles font référence n'est pas nécessaire la vérité. Wikipédia collige les "théories alternatives" sur le 11 septembre et elles ne sont pas toutes à mettre sous la catégorie délire de pananoïaques. Wikipedia a tout de même une tradition de "neutralité" dans sa rédaction et l'article n'essaye pas de faire passer des "faits" (non-vérifiés) pour des "preuves".

Mais avec Internet , nous sommes face à une horde d'enquêteurs de BD, des chercheurs de vérité dans une base de donnée. Nous avons accès à une somme énorme d'information, rapidement et de qualité (technique). Mais comment distinguent-ils le vrai du faux? La rhéthorique n'est plus enseigné, avec quels outils interprêtent-ils alors les informations trouvées sur Internet ? Le sens commun? Mais elle bien mauvaise quand il s'agit de science ou de justice...

Self-learning
À l'ère du "Columbo sur Internet", lister les doutes sur un site web revient à les légitimer. Même si c'est pour son côté ludique, s'intéresser à la chose peut devenir une caution. Je reste sceptique face à ces thèses, même si je me régale de leur ingéniosité, de leur finesse dans les détails logiques et de leurs emboîtements machiaveliques. Pourtant, en faire un billet, c'est en donner un certain echo.

Mais quand Wikipedia commence une phrase avec "Certains observateurs, comme Thierry Meyssan dans son livre (...)", je dis arrêtons de nous monter le bourrichon.

Meyssan, n'est PAS un obervateur. Il n'a rien observé, il n'était pas sur place. Il n'est qu'un "théoricien" du complot et sa thèse n'a que soulevé des suspicions et une suspicion n'est pas une preuve. Une preuve a un lien causal démontrée avec l'effet et ne peut être soumis à un jugement avec le pouce mouillé.

Le pentagone ne répond plus.
Meyssan est celui qui a soulevé le premier la théorie qu'un missile (et non un avion) ait touché le pentagone. Son explication force l'admiration et nous empêche de penser en rond.

Mais l'apparence d'impact de missile N'EST PAS une preuve que c'est un missile. Voler à une basse altitude N'EST PAS une preuve que ce ne pouvait pas être un avion : les avions volent à quelques pieds d'altitude à deux reprises --au décollage et à l'atterrissage --. Ce n'est donc pas impossible.

Un vidéo permet de simuler --sans musique et sans scénarisation dramatique-- les derniers instants du vol 77 qui a percuté le pentagone. Ici, aussi, ce n'est pas une preuve. Seulement une illustration. Elle a l'avantage d'illustrer la version officielle. Peut-être est-ce là son défaut?

Le FBI doit rendre public de nouveaux vidéos de l'écrasement sur le Pentagone le 22 decembre 2006 (source Judicial Watch). C'est un rendez-vous, donc.

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Avant le 11 septembre

"9/11 happened so suddenly. They were no warnings. But Bush knew it ahead. What did he do? Nothing." C'est en ces mots que l'on peut résumer ce nouveau vidéo qui vient d'apparaître sur Google vidéo: 9/11 : press the truth

Via le billet The Antidote to ABC's "The Path To 9/11" ... de Jon Husband

(Mise à jour 7 octobre 2006: le vidéo a disparu de Google. Un aperçu se retrouve sur http://www.911pressfortruth.com/ et aussi ici. Bien évidemment, on peut commander le DVD. Comme j'ai pu voir le vidéo, je peux au moins vous dire que ce n'est pas un racket. Le vidéo est bien fait et possède une structure très sérieuse. Il est par contre difficile de savoir si le but premier était de faire de l'argent sur cette cause. Mon impression est que non. Pas plus en tout cas que Michael Moore et son Farenheit 911)

On dit que près du quart des Américains croit qu'il y eut complot
Encore un vidéo autour des événements du 11-septembre. Mais cette fois-ci, la théorie de la conspiration va un cran plus loin. Ils reprennent exactement des citations des grands journaux américains, les plus crédibles, sur les informations qui ont conduit à l'effondrement des tours jumelles.

Il en ressort que Ousama Ben Laden aurait été instrumentalisé d'une certaine manière par la Maison blanche afin de faire avancer son agenda.

Rhétorique du complot
L'argumentation ici est tout à fait différente de Loose change. Il ne s'agit plus ici de voir des signes qui confirment des théories «a priori».

Par exemple, Loose Change voit des explosions le long des tours jumelles lors de l'effondrement de celles-ci. La vidéo est claire. Le constat est clair : il y a effectivement des signes que quelque chose éclate le long des parois des tours.

Le problème, c'est que les signes ne sont pas les preuves d'explosion intentionnelles. Que des preuves que quelque chose éclate (sous la pression?)

Autre exemple: l'apparence d'un impact d'un missile sur le pentagone n'est pas la preuve d'un missile. La ressemblance des traces n'est pas une preuve d'un complot interne. Tout au plus, elle soulève des doutes troublants. Pas des preuves, mais des ressemblances d'empreintes. Troublant, en tout cas.

Mais à chaque fois, c'est pour faire avaler l'idée d'un «frame-up» global et total.

Un attentat récupéré
Mais ici, le vidéo de 9/11 : press the truth n'embarque pas dans la conspiration d'un complot interne, qui, finalement, il faut l'admettre, est trop "gros". Par contre, démontrer que Bush a "récupéré" un événement pour son propre agenda, ça, c'est troublant : Afganistan, Patriot Act, Irak. Il y aurait eu un détournement immense, si c'est le cas.

Suivez bien la rhétorique cette fois-ci: elle est drôlement plus convaincante que Loose Change et ne cherche pas à prouver le même point, mais pourtant elle pourrait ébranler davantage et faire plus de dégât que l'on pense...

Et comment s'y sont-ils pris? en créant, avec l'intelligence collective et la patience de la collectivité, un "timeline" de la crise du 9/11. Avant, pendant, après. Avec uniquement des sources crédibles : les médias «papier» et télés «traditionnel». Tout ça grâce à complete911timeline.org

Un argumentaire serré, mais pas infaillible
C'est en quelque sorte une "commission libre", des rats de bibliothèque qui recoupent l'information comme aucune commission sur le 9/11 n'aurait pu faire, et uniquement à partir de sources sûres.

Écoutez-le, mais restez critique, car, vous allez voir, à la fin, ils vont manquer à leur propre jeu en citant une source indienne (Times of India) sans jamais se demander si les journalistes auraient pu être manipulés par leur propre service secret (l'article accuse les services secrets pakistanais d'être lié avec l'attentat de New York - ce qui change le cours complet du film). (Indice: la nouvelle n'a jamais d'ailleurs été "reprise" dans les autres médias occidentaux)

Et à un certain moment, ils nous montrent que la machine à désinformer commence à polluer les sources "sûres" (2002-2003-2004). On connaît déjà la malheureuse histoire du New York Times et sa conviction que les armes de destructions massives existaient.

Mais voilà, cette machine à désinformer ne pouvait pas être en marche avant le 11 septembre. C'est là la force du film. Et écoutez bien comment la Maison blanche banalise le fait que rien ne pouvait être prévu. Les sources d'avant le 11-septembre prouvent le contraire.

Et de penser alors que l'équipe de Bush a laissé faire l'attentat d'Al-Qaida pour servir ses propres fins, il n'y a qu'un pas...

Guerre civile sémantique

Sur Peter sloterdijk net (encore), un petit texte politique pas si inintéressant (paru dans Libé en 2002):

"La grande vogue du « stratégisme » est aussi, inévitablement, une mode des dénominations collectives imprécises. De toutes les imprécisions qui, depuis le 11 septembre, se gravent dans les affrontements verbaux de l’opinion publiée, la plus courante est sans aucun doute aussi la plus nocive : c’est celle qui partage le champ de bataille en un extérieur terroriste agressif et un intérieur agressé et pacifique – celui-ci étant présenté sous des titres inclusifs comme « le monde civilisé », la « communauté des démocraties » ou, plus brièvement, « l’Occident ». Depuis un an, les éditorialistes, les ministres de l’Intérieur et les philosophes de la vie engagée nous délivrent des ordres de mobilisation pour un service actif dans la guerre civile sémantique qui secoue le monde entier. Ils le font tous en se référant à un « Nous » occidental global, naturellement forcé de répondre à l’agression unilatérale et injustifiée des nihilistes par la mise en place d’un cordon de protection synchronisé."

S'en suit une délicieuse analogie technologique sur comment la "vieille Europe" a entendu l'appel du va-t-en-guerre W.Bush:

"S’agit-il de défauts d’audition chez le récepteur, d’erreurs de codage chez l’émetteur ? En tout cas, peu après la publication des premiers ordres du jour par le Quartier Général, des problèmes de communication sont apparus. De ce côté-ci de l’Atlantique, on ne parvenait pas à déchiffrer clairement le signal « Axe du Mal », qui paraissait pourtant sans équivoque à son départ de Washington. Les systèmes étalonnés à l’européenne renvoyaient presque sans exception le même signal d’erreur : « Message incompréhensible », « Nom de code erroné » ou « Instruction non admise ». De la même manière, lorsque la consigne « Accepter l’option : guerre préventive » fut envoyée par la centrale, les récepteurs européens sombrèrent un certain temps dans le silence ou réagirent par des réponses du type : « Consigne non exécutable avec nous »."

L'amalgame que veut faire Bush de l'Occident ne tient plus la route dès que l'on voit qu'il existe deux Occidents (et peut-être même trois). Mais "(d)ans la culture actuelle du soupçon exacerbé, on considère de plus en plus souvent que les orateurs participant à la guerre civile sémantique ne disent pas ce qu’ils pensent – ou ce qui pense en eux."