ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Classement des meilleurs blogues au Québec

Chaque mois, Wikio.fr offre un classement des blogues les plus populaires sur le web francophone, classé par thème (techno, droit, politique, loisir, etc.), et par pays. Le Top blog Québec sortira demain. Retrouver aujourd'hui, en exclusivité sur mon blog, le top 20 au Québec du mois de mars 2011.

La liste en primeur est une gracieuseté du gestionnaire de communauté de Wikio (c'était Vincent Abry qui avait eu le «scoop» le mois dernier). Une fois n'est pas coutume (je ne suis pas dans la "business du scoop" mais plus dans l'analyse), mais comme j'apparais en 19e position, ça fait plaisir.
Une belle manière, pour moi, de fêter mon 7e anniversaire de blogue la semaine dernière! J'ai écrit au delà de 1000 billets! Merci à tous ceux qui me suivent via mon fil RSS ou mon compte Twitter (3700 followers) et qui m'encouragent!
Top 20 blog Québec Mars 2011

1 [techno] Blog Marketing Web 2.0 et Techno, de Vincent Abry, infatigable veilleur de l'actualité techno 2.0

2 [techno] Descary.com, de Benoit Descary, autre infatigable et prolifique veilleur techno, un des plus grands influenceurs, notamment avec ses nombreux admirateurs sur Twitter (36 000 abonnés)

3 [recette] Les gourmandises d'isa. Avec Isabelle on manque jamais d'idées. À ne pas rater: sa recette de macaron au caramel !

4 [recette] Les plats cuisinés de Esther B. Avec Esther, aussi, les petits plats simples à cuisiner sont accessibles à tous. Je ne sais pas si c'est un hasard, mais les top 2 des gars sont technos et les top 2 filles sont recettes ;-)

5 [actu] Blogue Patrick Lagacé. Un des premiers journalistes à embrasser la mode des blogues.

6 [techno] Michelle Blanc. Doit-on encore présenter la «papesse des blogues»?

7 [techno] DominicArpin.ca, le patrouilleur du web, à votre service, pour vous faire découvrir l'insolite et le comique en ligne (et en vidéo).

8 [recette] Les mille et un délices de Lexibule. La bouffe à l'honneur, pour ceux qui ont la dent sucrée.

9 [actu ] Richard Hétu, correspondant de La Presse à New York.

10 [Livre] La bibliothèque d'Allie. La lecture à l'honneur et en dixième place. Média trad, prenez note!

11 [design] marevueweb Inspiration et ressource pour le design et le web

12 [recette] Le plaisir de la table. Les plaisirs gourmands à la portée de tous. Remarquez que le tiers des blogues sur cette liste sont consacrés à la bouffe.

13 [recette] Doumdoum se régale! À essayer, son pain blanc d'Amadou !

14 [télé] TVQC - La télé de partout vue d’ici. Téléphages, vous voilà servi!

15 [créatif] Tchoubi. Tchoubi aime le gâteau Royal, sa couverture chauffante, la lueur des bougies, l’odeur de la coriandre et du pain frais. Vous voilà en bonne compagnie!

16 [bibliothéconomie] Bibliomancienne, de Marie D. Martel, sur la philosophie, la littérature et les bibliothèques à l’ère numérique. La preuve par dix que les blogues sont pour les gens intelligents.

17 [cinéma] Hollywood, P.Q. Cinéphiles, vous n'êtes pas en reste !

18 [actu] Blogue de Richard Martineau. Polémiste qui n'a pas son blogue dans la poche.

19 [mon favori ;-] Zéro Seconde. Sur les impacts d'internet sur la société, les communications, nos vies. Depuis 2004. Laissez-moi un commentaire !

20 [actu] Le blogue de l'édito. Où on voit que La Presse a bien saisi comment les blogues pouvaient s'intégrer dans une logique éditoriale d'un journal. Dans ce top 20, trois proviennent de Cyberpresse.

Classement réalisé par Wikio

On remarque que le top 20, les technos, les recettes et les actualités dominent.

Comme entendu dans les médias sociaux

En entendant à la radio de Radio-Canada, depuis quelques jours, des reportages qui couvrent la révolte en Libye raconter ce qui se passe là-bas via la lecture des tweets en arabe, on sent bien que l'écosystème de l'information cicatrise bien la greffe des nouveaux sur les anciens médias.

motoreillaJ'y vois une confirmation supplémentaire que l'écosystème nouveau est fonctionnel avec, à la tête, les médias qui tentent d' harnacher le flux des médias sociaux. (lire ma série de 3 articles sur le sujet)

Il en reste évidemment certains pour critiquer les contenus que l'on retrouve sur ces réseaux sociaux comme étant futiles ou pire, de la désinformation.

En fait, ils regrettent qu'Internet ne soit pas «édité a priori», pour que seule la qualité circule. Partout où leurs yeux d'experts de l'info se portent, ils ne voient aucune qualité.

Une partie du malaise (de la «blessure narcissique») tient au fait qu'ils se considèrent comme LES experts de l'info, or, leur statut dépendait beaucoup plus du monopole de l'info qu'ils avaient qu'une quelconque expertise exclusive. Cette exclusivité leur a été ravie. Dont acte.

S'ils voient encore peu de qualité dans les nouveaux médias sociaux, c'est qu'ils persistent à penser à une édition centralisée et a priori, or le système est renversé. Pour le meilleur ou le pire, ce n'est plus le centre, mais la périphérie qui tri et qualifie a posteriori.

Le jugement critique est décentralisé et le reportage des faits l'est autant. (voir mon billet sur Publier maintenant, trier plus tard)

En l'absence de journalistes dans une Libye en train de s'écrouler, il est possible, pendant un certain temps, avec les précautions nécessaires, trier le flux de cris provenant de la rivière de sang. Certaines larmes ne mentent pas.

Image via Laurent Vermot-Gauchy

À lire aussi sur Zéro Seconde

Ecosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge

Ecosysteme de l'information (2/3): P2P news

Ecosysteme de l'information (3/3) : Info broker

140 petites frappes dans le temple des médias


Watson : l'intelligence augmentée

Depuis cette semaine, on sait donc que la machine peut jouer sur le terrain des questions/réponses au contexte flou avec une pertinence et une rapidité surprenante. C'est en tombant par hasard hier sur un jeu télévisé où un concurrent devait se souvenir du nom du pays, de son nombre d'habitants, de sa capitale et sa monnaie légale à partir des drapeaux disposés devant lui qu'il m'est apparu aussitôt archaïque cette volonté d'admirer les capacités robotisées de la mémoire hypertrophiée d'informations encyclopédiques des candidats. Et du coup, de certains experts...

Watson a gagné. On ne voit pas encore tous les changements symboliques et réels que cela apportera. Voici un petit retour de ce qui s'est dit d'intelligent sur le sujet cette semaine.

Ce billet fait suite à mes deux précédents sur le sujet: Exponentiel, mon cher Watson et Watson 1er

Dans L'Expansion, Raphaële Karayan a recueilli les propos de Jean-Gabriel Ganascia, en science de la cognition:


Que nous montre cette expérience en matière d'intelligence artificielle ?

Jean-Gabriel Ganascia: «Herbert Simon, chercheur à l'Université de Carnegie Mellon, qui a développé Watson avec IBM, avait annoncé en 1957 que les ordinateurs deviendraient capables d'écrire de la musique et de devenir champions du monde d'échecs. On lui rétorquait que c'était impossible. Et puis il y a eu Deep Blue. On a alors dit: "ce n'est pas vraiment de l'intelligence, c'est du calcul abstrait et systématique. La vraie intelligence, c'est le langage." Là, on voit qu'un ordinateur est capable dans des situations très concrètes de se débrouiller de façon étonnante.»

Source

Dans son blogue Automates intelligents sur Le Monde, Jean-Paul Baquiast dresse un portrait réaliste des impacts prochains sur le monde du travail

Ce que l’on pourrait en conclure concernant l’Intelligence artificielle.

Jean-Paul Baquiast: «Contrairement à ce que l’on croit, les plus menacés seront ceux qui font aujourd’hui appel aux formes élaborées de la compréhension du langage naturel et du jugement, en s’appuyant sur des quantités considérables de connaissances accumulées aussi bien dans leurs cerveaux que dans les sources de documentation qu’ils utilisent.»

Source

Ce sont les professionnels qui ont une expertise reposant sur leur capacité à emmagasiner des informations mémorisées et à faire des inférences complexes (on pense aux médecins, aux avocats, aux enseignants, dans leur aspect «question / réponse» de leur emploi) qui peuvent craindre le pire avec le retour en force des «systèmes experts».

Jean-Paul Baquiat reste toutefois sceptique face à une approche informatique basée sur la «force brut» de la machine, face à l'homme qui restera toujours plus imaginatif et créatif.

C'est ce qui lui fait dire que Watson n'est pas une forme d’intelligence artificielle (simulation de l'intelligence) mais une forme d’intelligence augmentée (assemblage et recoupement de connaissances).

Avez-vous lu d'autres conclusions intelligentes sur le sujet?

Watson 1er

Ainsi donc, Watson a gagné. Au jeu télévisé "Jeopardy", la machine a gagné contre les 2 meilleurs participants aux questions de savoir général posé par l'animateur. Les cerveaux électroniques montrent une fois de plus leur supériorité. Vraiment?


WatsonRendons à IBM ce qui appartient à IBM: ils ont réussi en une quinzaine d'années à donner deux camouflets à l'intelligence humaine. Premièrement en rendant Deep Blue maître des échecs en 1997, ils ont retiré la rationalité combinatoire du monopole humain. L'homme comme être exclusivement capable de faire des choix stratégiques venait de mordre la poussière. Et aujourd'hui, deuxième défaite, l'homme qui «sait tout» est renvoyé avec un bonnet d'âne.


La première «vexation» a refroidi le mythe des experts en échecs comme homme intelligent. Regardez les vieux films du XXe siècle et la façon qu'ils ont de «déifié» le bon joueur d'échecs.


La nouvelle «vexation» donnera raison aux tenants de la pédagogie par compétences et non par connaissance. Probablement que d'autres ajustements s'installeront dans la culture pour «guérir» notre «blessure narcissique». Les génies en herbe de ce monde ne seraient donc que des OS organiques bientôt dépassés par le iPad ou... Android.


Je crois qu'il faut se réjouir de voir ces machines étendre l'intelligence de l'humain, tout en acceptant que ce que nous pensions être une exclusivité soit maintenant partagé avec la force brute de la computation informatique. Mais cette «intelligence» a plus à voir avec le dénommé Q.I. --qui aura bientôt bien du mal à rester un barème de mesure de l'être humain. On doit plutôt s'attacher à la véritable nature de la pensée humaine.


La pensée humaine, disait Harendt, se situe dans sa capacité à donner un sens au monde et à interpréter de façon non automatique. Ce qui n'est pas donné à la machine. Mais que celle-ci puisse déchiffrer mieux que nous les données complexes ne fait plus de doute. Qu'elle maîtrise les mots d'une façon que l'on pourrait appeler sémantique, aussi. L'espace laissé à l'humain se rétrécit peut-être, mais elle nous laisse toujours dans un champ interprétatif exclusivement humain.


La «désincarnation de l'intelligence humaine» engendre définitivement des avenues que je n'osais pas imaginer il y a 5 ans*. Mais elle nous force è redéfinir ce que l'on entend maintenant par intelligence.


À lire sur Zéro Seconde


- Exponentiel, mon cher Watson (mon billet de la semaine dernière)


* J'ai correspondu avec Vincent-Olivier en 2004 sur la possibilité que le réductionnisme apporté par l'intelligence artificielle puisse décentrer l'homme de son socle d'être intelligent. J'ai défendu que l'aspect de la sémiosis humaine reste indépassable. Mais il faut reconnaître que l'actualité semble aller davantage dans sa direction. Voici la série de mes réponses:


- Intelligence artificielle et semiosis humaine

- Intelligence artificielle et sémiosis humaine-2

- Godel et le web sémantique




Twitter en chinois

«En 2011, le tract, l'appel à la mobilisation, peut désormais entrer en 140 caractères dans un tweet» écrit Fabien Deglise, dans Le Devoir, pour montrer que les outils sociaux numériques peuvent faire partie de la trousse d'un manifestant. À ce jeu, certaines langues ont des «tracts virtuels» beaucoup plus longs que d'autres.

140 caractères sont une limitation qui restreint la pensée que pour les langues alphabétiques. On oublie que dans les langues à idéogrammes, comme le chinois et le japonais, le «caractère» est souvent un mot.

Voici un exemple en 140 caractères pile-poil! En chinois, s'entend.

La chine est géniale

Ce qui veut dire:

«La Chine, ici, est géniale, tant que l'on comprend, s'adapte et utilise correctement les règles tacites. Pourvu que vous vous n'en fassiez pas si le système politique est barbare, immature, sans contrepoids et à l'avenir incertain; si vous fermez les yeux sur une primauté du droit non appliquée, l'absence de justice, l'iniquité dans la société, et la disparité des richesses; si vous n'avez pas besoin de liberté d'expression, de liberté de croyance, d'être à l'abri de la pauvreté, ou de la peur; et si vous ne vous souciez pas de l'épuisement des ressources, de l'effondrement de l'environnement, et de la pollution de l'air, de l'eau et des sols. Eh bien, c'est le paradis.»

En comparaison, tweeter en français correspond à éructer le titre alors que le Chinois, lui, récite tout le livre au complet. Quand on a la place pour aller au-delà du simple slogan, un véritable message peut circuler. Le microbloggage, en chinois, prend tout son sens.

Bien sûr, certains trouveront toujours que ce n'est pas encore suffisant tout faire passer Marx avant de se lancer dans une révolution, mais ça ne rentre pas dans aucun média socionumérique de toute façon (et ça ne marche pas comme ça). 140 caractères (ou mots, dans ce cas-ci) peut être suffisant pour «proposer du sens», sans se faire attribuer le quolibet de nom d'oiseau. En chinois, certainement. On peut passer un appel à la mobilisation et expliquer pourquoi!

Source

J'ai découvert ce «birdy» (un tweet de 140 caractères d'un coup) via un ami, bien au fait de ce qui se passe en Chine. Le Tweet chinois original vient d'un site de microbloggage d'un journaliste chinois,  Cheng Yizhong, tel que rapporté par le blogue de Siweiluozi, d'où j'ai pris la version chinoise et sa traduction http://www.siweiluozi.net/2011/02/this-is-your-paradise.html


Égypte: le rôle des médias sociaux dans la chute de Moubarak

La rue a finalement eu raison de Moubarak. Mais même si c'est probablement la main «invisible » de l'armée égyptienne qui est derrière la démission-surprise, il y a une heure, de Moubarak de la présidence (après 30 ans de dictature), c'est évidemment la pression populaire qui l'a forcé (lui ou l'armée) à agir. Un exemple de plus, aussi, à mettre sur le compte des médias sociaux...
Noubarak Démissione
Avant de commencer, on s'entend ici pour dire que les «réseaux sociaux» (numériques) n'ont pas inventé les «réseaux sociaux» (humains).

Les réseaux sociaux ont existé de tout temps et précèdent naturellement les réseaux socionumériques. Ce que les réseaux sociaux sur Internet ont apporté c'est la possibilité de garder des traces des échanges dans ces »réseaux sociaux». Des traces écrites ou audiovisuelles. Donc des traces qui permettent de revenir en arrière, comparer, évaluer, juger.

Et aussi de pouvoir s'affranchir de la seule parole comme véhicule de transmission.

Les «médias sociaux», ce sont ces outils qui permettent de communiquer en groupe, en asynchrone ou en direct, selon des modalités très semblables aux médias de masse. La légèreté en plus. Le contenu qui y circule est modulé selon les vrais besoins (ou envies) de ses émetteurs/récepteurs.

Et il arrive ce qui arrive.

Dans le New York Times de dimanche dernier, un récent article décrit très bien le rôle des médias sociaux dans la création des manifestations en Égypte ( «Social media has fueled the fires of the Egyptian protests.»).


L'article décrit comment Khaled Said, un jeune de 28 ans, s'est sauvagement fait battre à mort par deux policiers en civils, en juin dernier, dans un le hall d'un immeuble. Dans la semaine même du drame, une page fut créée sur Facebook (We Are All Khaled Said) qui montrait des images de son corps, méconnaissable, à la morgue, ainsi que des vidéos captant l'attaque sauvage.

130 000 personnes se joint à la page et l'on partagé à leur réseau. Ce qui veut dire que ce sont 130 000 réseaux personnels qui ont été potentiel touché.

«La mort de M. Said est peut-être l'exemple le plus frappant du pouvoir spécial des outils de réseautage social comme Facebook même --ou surtout-- dans un état policier». La page a servi de catalyseur du mécontentement des Égyptiens abonnés. Même s'il existait des vidéos sur YouTube et des blogues sur la brutalité policière, ce cas a créé une communauté autour de ce sujet.

Un paratonnerre de colère

Ce qu'il faut comprendre c'est que même s'il est évidemment difficile d'isoler l'impact réel des médias sociaux pour engendrer les manifestations monstres, il est clair qu'ils permettent de colliger des traces des abus policiers et de catalyser une colère qui se partage ensuite plus facilement.

Les photos et les vidéos sur Khaled Said sont des preuves que l'on se passe et qui ont l'avantage de parler d'elles-mêmes. L'indignation pouvait enfin se concentrer sur un fait incontestable de la répression policière.

C'est cette indignation qui s'est propagée sur les médias sociaux, via Facebook, Twitter, YouTube et les SMS. Car tout le monde pouvait être le prochain Khaled Said.

Sous les gazouillis, la révolte

La vidéo de Khaled Said sur Facebook a été vue par 500 000 personnes. Dans un pays de 84 millions, les blasés peuvent en nier l'importance. Sauf si on se rappelle que ce n'est pas seulement un demi-million de personnes, mais bien un demi-million de réseaux sociaux personnels qui ont été touchés. Pourtant un blasé a écrit:

«S'il fallait en croire certains, sans Facebook et Twitter, il n'y aurait jamais eu de soulèvement en Tunisie et en Égypte. En a-t-on assez lu de ces reportages jovialistes décrivant une jeunesse arabe mondialisée qui passerait ses longues journées à gazouiller sur ces nouveaux médias prétendument "sociaux"?» (Christian Rioux, Journaliste au Devoir)

Je ne sais plus m'expliquer ce lancinant malaise à propos du phénomène des médias sociaux, chez ce chroniqueur en particulier, autrement perspicace sur tous les autres sujets, mais il semble qu'il tombe dans le panneau de chercher à coller une cause unique à des phénomènes complexes (un genre de syndrome d'Archiduc Ferdinand d'Autriche, dont l'assassinat, on le sait, à provoqué l'épilepsie sanglante de la Première Guerre mondiale).

De fil en aiguille

Les réseaux socionumériques permettent une propagation et une coordination qui n'existaient pas avant. Il n'y a pas de cause unique, ni une façon d'isoler facilement son apport. Mais en Égypte, on peut voir un fil conducteur.

La mort de Khaled Said n'est pas la cause de la révolte. Elle est une des étincelles, certes, car il a fallu beaucoup de brins de paille pour embraser Le Caire.

Comme il y avait maintenant 500 000 personnes sur la page de Khaled Said sur Facebook, il devenait tout à coup très simple de publier des invitations à joindre des manifestations dans la rue. Ce que l'administrateur anonyme de la page ne s'est pas privé de faire.

Avec des conversations dans les réseaux sociaux (numériques) qui se muent en foules dans la rue, ayant en leur possession des preuves convaincantes de la brutalité policière, l'État s'est vu forcé d'arrêter les deux policiers. Mais d'autres cas de brutalité mortels ont surgi; les protestants ont continué à se réunir de plus en plus souvent durant l'automne suivant.

Et puis arriva la Tunisie. Avec le succès qu'on lui connait. La voie était montrée.

Alors les groupes Facebook se sont donné le mot pour appeler à une manifestation monstre au Caire le 25 janvier (d'où le hashtag #jan25) et le reste est passé à l'Histoire.

Un (seul) Twitter ne fait pas le printemps

On peut voir les réseaux sociaux comme une étincelle ou un combustible qui met le feu aux poudres (ou l'accélère), même si cette même étincelle ne peut plus grand-chose une fois l'incendie allumée.

Moubarak, comprenant trop tard ce qui s'est joué dans les réseaux socionumériques, a tenté de débrancher internet et de noyauter les groupes Facebook. Mais le vieux dictateur, dépassé par les événements, convaincu que le contrôle des médias traditionnels était suffisant (on se rappelle la pathétique adresse à la nation hier soir) s'incline maintenant devant le printemps arabe qui s'est installé dans son pays.

Source: New York Times «Movement Began With Outrage and Facebook Page That Gave It an Outlet», par Jennifer Preston avec David D Kirkpatrick, Kareem Fahim et Anthoiny Shadid, en direct du Caire).


Photo: Suhaib Salem/Reuters

Exponentiel, mon cher Watson

Quand le pion avança en c4, au dix-neuvième coup, il s'inclina. Kasparov, le maître incontesté des échecs, perdait devant une boîte de conserve appelée Deep Blue. J’ai encore ce souvenir très frais de cet après-midi du 11 mai 1997 où l'humain venait de perdre, face à la machine, dans ce jeu qui symbolisait la suprématie de «l'intelligence» humaine. La semaine prochaine, IBM prépare un autre coup dur pour le genre humain.
Hal avant Watson
L'humiliation infligée par Deep Blue a été vite oubliée et le jeu des Échecs a été «downgradé» au rang des jeux de réflexion computationnelle brute.

Autrement dit, être excellent aux échecs a commencé à signifier être intelligent comme une machine, et deviendra folklorique comme ceux qui récitent le nombre pi jusqu'à la 25e décimale. Alors qu'Excel vous le donne dans une cellule.

Entre en scène Watson.

IBM a créé la machine la plus intelligente sur terre. Branchée à toutes les connaissances en ligne. Un cerveau multiparallèle programmé pour répondre à des questions de... Jeopardy?!

La semaine prochaine, à l'émission NOVA, elle sera en compétition contre les deux meilleurs joueurs (humains) de tous les temps du jeu télévisé Jeopardy (bande-annonce).

En fait Jeopardy est un prétexte pour démontrer la puissance de recoupement en temps réel à une question que l'on considérait jusqu'à lors comme étant du ressort des humains: des questions de connaissance générale.

Si elle écrase ses compétiteurs (ou, même, si elle s'en approche trop), ça en sera fini aussi du «savoir emmagasiné dans sa tête». Tous les savoirs? Probablement pas, mais je ne me mettrais plus ma main au feu. Les questions que l'on «pose» à Google ou à Wikipédia? Sûrement. Watson se veut l'ultime outil de Question/réponse mythique.

Et nous, que deviendrons-nous? Où irons-nous ensuite? Probablement sur des sites comme Quora où on pondérera les réponses en utilisant notre intelligence. Question garder nos distances avec la machine...

Post-scriptum : Oui, Watson a gagné

L'enfer est pavé de bonnes nouvelles

La volonté du CRTC de permettre aux radiodiffuseurs canadiens de mettre en ondes des nouvelles qu'ils savent fausses ou trompeuses est assez inquiétante. Elle pave la voie à des «Fox News» en puissance...

Un avis de consultation signale que le CRTC compte modifier ses règlements pour autoriser la diffusion de nouvelles fausses ou trompeuses (car retirer «l’interdiction de diffuser toute nouvelle fausse ou trompeuse», revient à l'autoriser en retour). C'est cette modification qui ne fait pas de sens.

La proposition pour l'alinéa 3d est la suivante: au titulaire sera interdit «toute nouvelle qu’il sait fausse ou trompeuse et qui constitue ou qui risque de constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public».

Un télédiffuseur qui produit des nouvelles se distingue de la fiction en ce qu'elle relate le réel. Le droit à l'information doit être considéré et évalué selon les intérêts du public-récepteur et non selon les intérêts de l'émetteur.


Expliquons où se trouve le problème.
- Une nouvelle est un fait relatant la réalité qui répond au besoin d'information du citoyen pour exercer son travail de compréhension du monde. Qu'elle soit donc le plus juste possible correspond à une valeur essentielle en démocratie.

- Il n'existe probablement pas de normes pour évaluer justement de qui est vrai ou faux, mais en conservant «l’interdiction de diffuser toute nouvelle fausse ou trompeuse» cela permet de garder la barre haute sur ce terrain.

- Dans le système financier, on sanctionne le fait de répandre dans le public des informations fausses ou trompeuses sur des titres négociés sur un marché réglementé, on devrait s'attendre qu'on fasse de même dans l'espace réglementé de la radiodiffusion des télécommunications.


- Logiquement, le problème consiste à ne pas s'arrêter après «toute nouvelle qu’il sait fausse ou trompeuse» (première partie) car il enlève l'obligation au titulaire de prouver la véracité de ce qu'il diffuse comme nouvelle.


- Les interprétations engendrées dans la seconde partie («et qui constitue ou qui risque de constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public») avec la coordination «et» entre les deux parties fait porter la proscription non pas à la fausseté de la nouvelle, mais à son «degré de dangerosité» qui reste à interpréter, laissant les nouvelles trompeuses jugées «non risquées» circuler.

- Évaluer les risques et les dangers d'une nouvelle fait porter le poids de la preuve sur le récepteur (il a à prouver son accusation) alors que la formulation originale fait porter sur l'émetteur le soin de prouver son point en cas de contestation.

Le CRTC ne doit donc pas aller de l'avant avec cette modification et j'ai signalé mon opposition sur leur site, dont les principaux points sont résumés ici.

Lire aussi:

Le CRTC pense revoir les normes de la radiodiffusion (Anne Caroline Desplanques, Observatoire du journalisme)

Les mensonges des médias désormais permis au Canada? (Jean-Louis Trudel)


Le Droit à l'information (Professeur Pierre Trudel, Université de Montréal)

Mensonges autorisés sur les ondes? La FPJQ craint un changement de règlement au CRTC (Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir)

Égypte et internet, qui contrôle qui?

En écoutant ce matin Thierry Garcin, aux Enjeux internationaux sur France Culture, parler, avec son invité, d'Internet comme «d'un instrument de puissance géopolitique» et du besoin de sa maîtrise par les puissances internationales, ça a titillé mon oreille au moment même où je lisais Christian Rioux dans le Devoir écrire sur les déboires de l'Égypte en minimisant, inversement, l'impact d'Internet, je me suis dit que mon «multitasking» matinal sur les «médias trads» n'était pas si improductif finalement.

Révolution, numérique ou nonÀ la radio, on y disait que « le contrôle d'internet est aussi important que les guerres commerciales et coloniales du 19e siècle» (dixit l'invité, Laurent Bloch, directeur des Systèmes d'information de Paris-Dauphine).

Certains états trouvent ça insupportable, mais n'y peuvent rien (il cite une Europe impuissante devant les Américains qui fabriquent à la fois les logiciels et les matériels qui font marcher Internet), mais d'autres aussi trouvent ça insupportable, mais interviennent pour changer la situation (il cite la Chine qui s'est coupée carrément d'Internet avec un système parallèle de noms de domaines, un "annuaire" d'adresses internet «sinisé»).

La rivalité, maintenant au grand jour, entre la Chine et les États-Unis dans ce domaine, a été ensuite le sujet du reste de l'interview radiophonique (disponible en baladodiffusion pendant quelque temps, ici). Les attaques, organisées, secrètes ou mafieuses, ne sont pas différentes des actes de pirateries en haute mer sur les voies de communication au temps où l'Empire britannique contrôlait les océans.

Aux armes, internautes

Internet est bel et bien une arme stratégique, et commerciale. On en voit les traces notamment avec Wikileaks récemment et la révolution verte en Iran qui ont consacré Twitter comme arme politique de Washington. (Lire mes billets Ligne de démarcation pour comprendre l'assaut étatique contre Wikileaks et Twitter entre dans l'armement stratégique américain, pour les implications politiques dans les médias sociaux).

Que l'Égypte ait coupé Internet il y a quelques jours pour contrecarrer les manifestations en cours démontre probablement la puissance, à double tranchant, d'internet. Dans ce cas-ci, il s'agit d'une «affaire intérieure» et touche principalement la communication et le transfert d'information.

Est-ce que je me trompe, mais n'est-ce pas là la première fois de l'histoire qu'un gouvernement «débranche son peuple»?

Le post de gloire arrivé

En ouvrant le journal ce matin, on peut être surpris (?) de lire de la plume de Christian Rioux, dans sa colonne au Devoir: «S'il fallait en croire certains, sans Facebook et Twitter, il n'y aurait jamais eu de soulèvement en Tunisie et en Égypte. En a-t-on assez lu de ces reportages jovialistes décrivant une jeunesse arabe mondialisée qui passerait ses longues journées à gazouiller sur ces nouveaux médias prétendument «sociaux»?» (source)

Non pas que les médias socionumériques soit au coeur de la révolution (à ce que je sache, il y a de vraies matraques qui cabossent des vraies têtes), mais, avec les autres canaux plus traditionnels, ces nouveaux médias participent à propager le «mème» de la révolution sur les terreaux fertiles.

Quand un média socionumérique peut transmettre un «mème» révolutionnaire, c'est qu'il y a une ligne de fracture déjà existante pour s'y infiltrer. Le filtrage social permet à petite dose de confirmer un sentiment que l'on a et que l'on ne pensait pas partagé. Une vidéo, des écrits, un podcast, diffusent des visions du monde non filtrées (avec tout ce que cela peut aussi amener comme risque), des contenus souvent alternatifs aux visions «officielles», ou, du moins, «dominantes» dans les canaux traditionnels. En général, ces messages proviennent de gens de confiance: des proches dans son réseau social.

Contre nous, la cyberie,

Le journaliste s'étonne: «C'est à se demander comment, malgré le black-out qui s'est abattu sur Internet pendant cinq jours, deux millions d'Égyptiens ont quand même trouvé le moyen de se donner rendez-vous sur la place Tahrir cette semaine. », question de bien remettre à sa place Internet, comme il aime le faire régulièrement (lire mes billets sur ses épidémies blogueuses).

Mais voilà, c'est qu'on ne peut pas facilement éteindre internet: des solutions de contournement variées ont été mises en place (via ZDNet.fr). Mais si on voit plutôt Internet et les réseaux sociaux comme une étincelle qui met le feu aux poudres (comme je le pense), cette même étincelle ne peut plus grand-chose une fois l'incendie allumée.

Comme je l'écrivais cette semaine «Tunisie, Égypte, Algérie, Yémen, Jordanie, tout s'embrase, via les technologies de l'information. Télé, radio, internet.» Mais ce qui y circule c'est l'information. Et, or, ce sont les hommes qui font la révolution dans la rue. Les réseaux sociaux sont comme un déclencheur (ou un «médiateur»). Les racines de toutes révolutions doivent être encrées plus loin dans la chaire de la vie que sur le simple fait d'une émotion épidermique d'un acte de communication.

L'étendard sanglant est twitté

Il y a tout de même le besoin du pouvoir en place d'envoyer ces casseurs mater du jeune révolutionnaire dans la rue pour les disperser et même attaquer et effrayer les journalistes jusque dans leur voiture pour qu'ils ne soient plus témoins. Resteront probablement les réseaux sociaux pour garder un tant soit peu le contact avec l'extérieur, probablement pendant un certain temps. Et probablement ensuite noyé par de la contre-information et l’indifférence.

S'il faut rassurer M. Rioux, Internet ne fera pas la révolution à la place des gens (il a raison). Mais il est bon de souligner qu'un nouvel outil s'est rajouté dans les mains des peuples et ce qu'ils peuvent en faire pourrait potentiellement dépasser même les nations, pour reprendre le thème de mon billet récent. (D'ici là, cet outil nouveau peut servir de coordination décentralisée pour les manifestants...)

Entendez-vous dans les forums

Tiens, en parlant de «dépassement des nations», l'invité de Thierry Garcin a écrit en janvier dernier «L’Internet [est] en rupture radicale avec la structure nationale moderne. Précisément parce qu’il n’est non pas une médiation entre la Nation et le citoyen, une gêne, mais quelque chose qui s’extrait complètement de la Nation pour renvoyer à autre chose que la Nation. » Le grand schisme de l’Internet

Mugir ces féroces réseaux?

À lire en complément

À quoi ça sert de s'activer sur Internet ? Doctorow répond à Morozov sur le blogue de Framablog. Essentiel.

Does Egypt need Twitter? Où Malcolm Gladwell, qui n'est pas soupçonné d'être réfractaire à Internet, écrit dans le sérieux New Yorker que les révolutions ont existé avant Facebook.

yes, malcolm gladwell, egypt does need twitter, une réponse au précédent lien en guise d'introduction à la possibilité enfin offerte de communiquer pour se mobiliser.

Un diplôme jetable

Un ami qui enseigne dans une université du Colorado m'a pointé vers un article du Economist, «The disposable academic - Why doing a PhD is often a waste of time, sur la valeur du doctorat aujourd'hui. «Pourquoi faire un doctorat est-il une perte de temps?». Étrange. Lisons

Post Doc NightmareL'article traite de la surabondance des détenteurs de doctorat dans un monde qui trouve qu'il y en a trop (trop? Comme si la Terre pouvait être trop bleue!) D'aucuns vont même jusqu'à dire qu'entrer dans la course au doctorat est comme entrer dans un schème pyramidal de Ponzi, lit-on.

L'argument principal apporté par l'auteur consiste à se demander si les doctorants qui graduent gagnent plus que ceux du baccalauréat. Une étude britannique démontre que détenir un baccalauréat permet d'avoir des revenus 14% supérieurs à ceux qui auraient pu aller à l'université, mais qui ont décidé de prendre un autre chemin. Pour un doctorat, cette moyenne est de 26%. Où se trouve le problème?

La comparaison perd de son éclat quand on la compare à la «prime» d'avoir une maîtrise, formation qui prend moins de temps qu'un doctorat: 23%.

L'étude montre donc qu'en moyenne avoir un doctorat ne donne que 3% «d'avantages salariaux» par rapport à une maîtrise. Et encore, pas pour tous les domaines: en math, informatique, science sociale et linguistique, cette différence s'estompe. Et en «engineering and technology» (je ne connais pas l'équivalent français) ou en architecture et éducation, l'avantage disparait complètement et devient négatif.

Il faut probablement relativiser ces chiffres britanniques. Mais on est surpris qu'il n'y ait pas plus de différence.

Malus au doc

L'article conclut en racontant que les nouveaux docteurs trouvent difficilement leur place dans le marché malgré leurs talents. Ou plutôt que les talents collatéraux acquis au Doc sont d'une faible utilité dans un monde où le savoir technique doit être assimilé rapidement et présenté clairement et simplement à une vaste audience (comme si le soin apporté à la rédaction et à la validation ne trouvait plus preneur).

L'article mentionne que certaines universités commencent à offrir à leurs doctorants des cours de «soft skill» (hum, un traducteur dans la salle?) comme la communication et le travail en équipe pour les préparer au marché du travail.

Il n'est pas fait mention dans l'article des raisons autres qu'économiques qui motivent une personne à faire un doctorat, mais l'argument financier fait tout de même mal.

Superflue, super flûte!

L'universitaire semble s'empêtrer d'une connaissance superflue s'il se spécialise trop académiquement. Pénalisé par sa persévérance, en quelque sorte. Ou est-ce alors l'Université qui produit trop d'experts de niveau «académique» (particulièrement dans certains champs d'études) sans possibilité de les replacer dans son propre corps? C'est une des questions posées dans l'article -- qui fait aussi le parallèle paradoxal avec un marché du travail qui se plaint d'un manque de ressources spécialisées. (Et revoilà le débat relancé quant à savoir si le rôle de l'Université est de servir les intérêts du marché ou non).

Je suis plus qu'intrigué par le fait que les doctorants ne trouvent pas leur place. Mais qui ne connait pas un étudiant dans cette situation?

Le savoir ordinaire

J'avais abordé il y a quelques années la montée du savoir profane, ce savoir non-académique, qui entre en compétition avec un savoir plus formel (voir un démonstration que j'avais proposée). Peut-être que le «just good enough» s'applique au savoir en entreprise. L'accès à l'information par internet rend-il la connaissance d'une information moins attirante que la compétence de l'acquérir? Cette compétence, effectivement, s'acquiert dès la Maîtrise.

Dans les domaines en ébullition (internet notamment), devient expert celui qui a lu 3 livres de plus que les autres. Dans le domaine des réseaux sociaux, des soi-disants experts n'ont probablement lu que quelques livres de plus que son client et suivent un ou deux bons mots clefs sur Twitter. À ne pas mélanger avec charlatan. Dans un monde informationnel en expansion, ces petites avances peuvent devenir des gouffres infranchissables en quelques années. L'expertise se métamorphose. Il faudra y revenir.

Et vous, qu'en pensez-vous?


3 liens pour comprendre les Kindle Singles

3 petits liens ce matin pour souligner la sortie des Kindle Singles d'Amazon: des livres plus courts, sous forme électronique, pour une époque pressée. Ne vous trompez pas, malgré que ce soit une certaine forme de repackaging/rebranding des eBooks, c'est tout UN changement tellurique qui peut se produire dans le l'industrie du livre. Les liens suivants vous le démontreront.
Un "single" pour Kindle c'est :
- un livre de 5000 à 30 000 mots (environ 15 à 90 pages)
- un prix entre 0.99 $ et 4.99 $ (en général c'est entre 8 et 14 $)
- et qui portera sur une seule idée forte, bien documentée, bien argumentée et bien illustrée
- Boutique Kindle Singles  
Amazon invente le livre "single", d'Olivier Ertzscheid

Ce n'est ni pour la forme (le format ebook "court" existe déjà), ni pour le prix , mais c'est sa ressemblance avec l'industrie musicale (où le «single» à 0,99$ du Apple Store a sauvé la peau de l'industrie de la musique) qui  fera «du "single" LE vecteur de sa stratégie de diffusion au détriment de "l'album"» et «autorisera, comme les "singles" musicaux l'autorisèrent, un déferlement littéralement vertigineux, un fractionnement quasi infini de ce qui peut être un livre, de ce que peut être un livre.»
On n'achète pas une bibliothèque comme un livre, de Jean-Michel Salaün

Avec «l'arrivée du web et surtout la montée des tablettes modifient considérablement la donne et l'attitude du lecteur. Sur un Kindle ou un iPad, on n'achète pas un livre, on se constitue une bibliothèque». La petite révolution consiste à retourner la conception actuelle de la valeur éditoriale d'un livre (et de supposer une élasticité de la demande globale de livres par rapport à leur prix. Autrement dit, de supposer qu'un livre, ou plutôt un titre, est concurrent d'un autre en fonction de son prix, que les livres sont peu ou prou interchangeables»
L’ogre Amazon aux pieds d’argile, d'Hubert Guillaud

Les Singles sont «une offensive aussi redoutablement structurante que celle de l’iTunes d’Apple pour la musique». «Amazon est devenu le vendeur incontournable du livre électronique en se constituant un catalogue à nul autre pareil» ; Le marché ne  «décollera pas tant qu’il sera verrouillé, que ce soit par des DRM ou par des formats trop spécifiques».

Les nations seront dépassées

« Grâce à la liberté des communications, des groupes d'hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées. »


Non, cet aphorisme n'est pas d'un commentateur éclairé de la scène actuelle du Proche-Orient, emportée par les éclats de foules et les feux de protestations contre les potentats corrompus qui les gouvernent.


La citation est bien de Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883 - VP°IV,76), reprise par Enthoven en 2009 (L'Express), qui l'a citée de nouveau il y a deux semaines à son «podcast hertzien» Les Nouveaux Chemins dans le cadre d'une semaine sur le philosophe allemand.


Tunisie, Égypte, Algérie, Yémen, Jordanie, tout s'embrase, via les technologies de l'information. Télé, radio, internet.


Les régimes cherchent tous à empêcher que l'on sache qu'une révolution est en cours. Et voilà que l'Égypte vient de couper internet. On empêche (illusoirement) par tous les moyens les gens de se regrouper virtuellement avant qu'il ne le fasse dans la rue. Internet est coupé? Déjà on voit ressortir les vieux modems pour le recréer, cet internet, et la fondation de communauté continue.«Grâce à la liberté des communications, des groupes d'hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées ».


Bon, bien sûr, il faudra voir encore si la demande de «démocratie» des manifestants ne sera pas au final un cheval de Troie pour l'islamisme, cauchemars de l'Occident.


Mais l'apport de la «liberté des communications», toute relative qu'elle est, alimente la porosité des nations au profit de «sphères» (pour reprendre l'expression de Sloterdijk) où «[l]e lien d'analogie entre voisins [...] ne naît ni par inspiration commune, ni par commerce linguistique, mais sur la base d'une contamination mimétique grâce à laquelle un modus vivendi [...] se propage dans une population» [Sloterdijk, Sphères III: Écumes].


Comment accepter une condition locale quand «l'ailleurs» nous montre des voies alternatives pour «mieux vivre»? Les frontières n'apportent plus l'immunité souhaitée pour garder les cultures nationales isolées.


La télévision avait ouvert la voie. Sous la forme de fiction. Les séries télé, probablement plus que les journaux télévisés, avaient offert à des populations assoiffées de rêves des mondes idylliques. Les scénarios hollywoodiens comme succédanés de «l'ailleurs idéalisés». Mais nuls n'étaient si dupes pour prendre à la lettre ces images.


Alors l'échange par internet a pris le relais et a transmis des «vraies images», des «vrais messages» et des «vraies réalités». À côté, certains vivent à un clic d'un monde différent auquel on peut aspirer.


Ce qui était une pensée esseulée, isolée, trouve lentement sa communauté. «Je ne suis plus seul à penser cela». La conviction se renforce. Et quand on voit que sur la place publique, dans les cercles dirigeants, on étouffe cette vérité, on est convaincu que l'on peut sortir des nations fictives et que l'on ne sera plus seuls pour renverser l'histoire...


En complément:


À quoi ça sert de s'activer sur Internet ? Doctorow répond à Morozov sur le blogue de Framablog. Essentiel.

Le Printemps arabe. Un petit dossier du Devoir

Quand la technologie remplace la discussion… Sur InternetActu sur la question «du fait que notre attention se disperse et que, pour maintenir et améliorer l’attention que nous accordons à nos relations électroniques, nous recherchions celle que nous accordions à nos interlocuteurs physiques.»

A Declaration of the Independence of Cyberspace - John Perry Barlow






Vie et mort dans le virtuel

Marie D. Martel (Bibliomancienne) rapportait samedi comment on meurt de la mort vraie dans les mondes virtuels. Elle décrit la façon dont le jeu, World of Warcraft, est utilisé comme « dispositif pour la mise en place d’un rituel funéraire: une ritualisation opérée par des avatars autour d’une souffrance partagée par une communauté ».




Ces mondes virtuels sont des manières de se créer un double / un avatar pour entrer en relation avec d'autres personnes (d'autres avatars). La technologie aidant, l'aspect le plus remarquable (et remarqué) reste la création en 3D d'espaces pour permettre aux avatars de se mouvoir. Et qui trouble beaucoup de gens quand vient le temps de se poser des questions naïves (comme «est-ce bon ou mauvais?»).

Le réalisme de cet espace, similaire dans son aspect visuel avec le nôtre («dans la vraie vie») ne se retrouve pas toujours dans «d'autres espaces» où nous avons nos «doubles»: échange épistolaire, blogue, émission de télévision où nous portons aussi des «masques»

Je tiens à préciser ici que je suis de ceux qui croient que les relations humaines passent par des «mises en scène» qui ne sont pas l'apanage exclusif des mondes virtuels 3D : Twitter, Facebook, nos échanges courriel et même nos cocktails sont des formes de construction d'une identité publique (même si moins visuelle) où on met de l'avant des caractéristiques personnelles et où on en cache d'autres.

«Contrôler son image» veut dire que l'on contrôle ce qu'on laisse diffuser ou non dans un espace, qu'il soit virtuel ou non, c’est à mon avis une autre façon de «se masquer» et d'entrer en relation avec les autres. Le numérique n'a pas le monopole du « bal masqué»: nos habits, notre maquillage, les endroits que nous fréquentons «dans la vraie vie» sont autant de facettes de notre personnalité que l'on met en scène.

Second Life, World of Warcraft, etc participent du même processus social: ils sont seulement très fortement axés sur l'avatar.

Il n'y a pas en soi de problème à utiliser ces mondes. On peut soit s'y amuser ou entrer en relation significative avec les autres. Si problème il y a, c'est quand on s'en sert pour éviter d'entrer réellement en relation avec les autres. En dénigrant sa propre personnalité (sous le prétexte qu'il ne serait pas «montrable») et en valorisant trop son double chimérique (l'avatar numérique que l'on se construit ou le personnage qu'on invente dans les cocktails), on risque d'affaiblir davantage ses chances de se sentir bien dans sa peau.

Mais je parle ici probablement de cas extrêmes, pathologiques, et je ne crois pas qu'il faille stigmatiser les usagers de ces mondes à cause de l'usage excessif de certains. Il est vrai que l'abus, particulièrement chez les jeunes, empêche de se développer socialement «dans la vraie vie» à un moment critique de leur vie. Mais la plupart des usagers ont un usage sain et ludique de ces mondes. Des formes d'amitiés ou, du moins, des modes exploratoires de relations humaines procurent sûrement des avantages, sinon comment expliquer qu'ils y soient?

Le «rite funéraire» que décrit Marie dans son billet participe du même mouvement. On se réunit là où la relation a eu un sens. Parfois il transcende les mondes et des liens se bâtissent «dans la vraie vie». D'autre fois, le lien est plus «réel» dans le virtuel.

De tout temps, les humains aiment les histoires: on s'immerge dans les films ou on plonge dans des livres. Second Life et consorts offrent encore plus: vivre une histoire dont on est vraiment le héros... Même pour sa propre mort...

Image: Shibuya

Tout au même endroit

Les effets que la surabondance de l'information induit sur la société se reflètent à plusieurs niveaux et je crois qu'il provoquera des changements possiblement gigantesques (positifs ou négatifs) sur la culture et les citoyens. Le dernier en date est «l'information en temps réel», comme on a pu le voir récemment avec la révolution de jasmin en Tunisie, mais aussi, plus prosaïquement, dans notre vie de tous les jours, sur Twitter ou Facebook, y compris les SMS (il n'est pas rare que l'on envoie 100 messages par jour, tous canaux confondus).

Je m'interroge sur les raisons que l'on a de vouloir se plonger dans ce déluge d'information et je me suis posé la question sur la façon que l'on a réagi au tout début de la vague.

Il est bon de se rappeler que la première «mode» sur les tous premiers sites web, à peu près entre 1993 et 1999, a été de bâtir des interfaces surchargées, «bruyantes» et animées (il en existe encore quelques artefacts sur le web si vous cherchez bien). Mais pourquoi donc?


Il faut se mettre en contexte. Avec l'arrivée du web (et des navigateurs Mosaic et Netscape) le grand public accédait, simplement et rapidement, pour la première fois à une énorme quantité d'information, et ce à partir du même endroit: l'écran de son ordi. Auparavant, pour réunir toute cette information, il ne fallait pas compter en secondes, mais en jour.


On a peut-être déjà oublié, mais de tout temps il a toujours été difficile de chercher et de trouver de l'information (voilà pourquoi on paye les journalistes, les professeurs et les bibliothécaires). Trouver l'information demandait un certain savoir et un savoir-faire certain puis, être en mesure de se déplacer ou d'être mis en relation avec les sources.

Écran d'abondance

Or au début du web, les internautes faisaient pour la première fois l'expérience d'avoir tout à la portée de main (littéralement, c'est le cas aujourd'hui avec le iPad). Quand on passe d'une époque où l'information est rare et dispersée, il a été normal que le premier réflexe ait été de tout mettre en tas à l'écran, pour montrer justement que «tout» était là.


Les premiers sites étaient aussi laids les uns que les autres, surchargés et durs à naviguer. Remettons-nous dans l'esprit de l'époque. Quand chercher hors web est long et fastidieux, alors, même face à des «sites laids et lourds», le simple fait de «tomber» sur une mine d’information était un net avantage.

Le souci des «webmestres» consistait simplement à «rendre accessible» tout ce qui était possible. L'usager se grisait avec la «quantité» d'information que le site lui livrait en quelques clics.

Remémorez-vous l'interface de Yahoo. Un capharnaüm. Et le site phare du web 1.0. «Tout au même endroit».

Et c'est par contraste que le héraut du web 2.0, Google, annonciateur des interfaces épurées des années 2000, fit comprendre que «tout au même endroit» ne veut pas dire tout à l'écran...


On dirait que si la première réaction a été de «fêter» la surabondance de l'information en l'affichant sans nuance, on s'en lasse assez rapidement. «L'information en temps réel» suivra probablement le même chemin, même si je ne sais pas quel chemin il va prendre. Le filtrage social est une première stratégie.

- Mais comment la gestion des flux de son réseau se fera de façon organique?

- À quoi ressemble une architecture de l'information d'un graphe social?

- Comment bâtir une ergonomie cognitive du «temps réel»?

Wikipédia a 10 ans

Avec Stéphane Baillargeon à la tête de la page Convergence du Devoir, on peut enfin voir régulièrement des informations, plutôt objectives, et moins dénigrantes, sur le thème "internet". À preuve, ce matin, trois articles, un sur Twitter, l'autre sur Mail.ru et un billet sur Wikipédia a l'occasion de ses 10 ans.

Dans ce billet, de Stéphane Baillargeon, Wikipoche, il dépeint la portion sur les articles québécois de l'encyclopédie ouverte comme étant "poche": il s'étonne que les pages concernant le Québec soient de si piètre qualité et se met à rêver d'une grande "corvée de nettoyage" où il voit «les collèges et les universités du Québec [s'occuper] du portail Québec" sur la portion francophone de Wikipédia.

Il pousse maintenant l'idée jusqu'à affirmer que «l'exercice de vérification et de rédaction serait même très formateur pour les étudiants». On voit tout le chemin parcouru depuis son dossier en février 2009 sur le sujet (voir ici). Et surtout quand on sait que son collègue Christian Rioux voue aux gémonies cette idée de laisser les élèves modifier l'encyclopédie (disant du même souffle, CQFD pour ce qui est de la qualité sur Wikipédia) (Source). Que cette idée, portée par Prenzki depuis quelques années, s'étale dans le Devoir de la part d'un de leurs chroniqueurs, on sent que le journal qui a 101 ans est bien au 21e siècle...

Cette idée d'avoir des ambassadeurs numériques est loin d'être farfelue pour des petites nations comme le Québec -- qui n'arrive même pas à faire imposer, pour son propre sport national, des termes comme «bâton de hockey» et «rondelle», écrasé par la francophonie qui n'y voit que "crosse" et "palet" (cité dans l'article de Baillargeon).

Mais rien n'empêche le Québec de cesser de vouloir jouer les règles d'un jeu foncièrement inégal par définition et de commencer à supporter directement ou indirectement les organismes ou les gens qui cherchent à s'impliquer... Via les subsides du gouvernement? Pourquoi pas. Le monde de l'éducation devrait en faire un laboratoire grandeur nature? Probablement que oui. Les associations d'historiens, des chercheurs ou des organismes communautaires? comme condition à une subvention, ça pourrait marcher.

Les idées ne manquent pas. Le numérique est un territoire à conquérir. Bonne fête Wikipédia.

(MàJ) Dossiers à lire en complément: (merci à Chrism)
Critiquer Wikipédia sans passer pour un rétrograde qui n’a rien compris à la révolution 
Wikipédia et éducation : un exemple de réconciliation

(MàJ2) Merci EspaceB
- Excellent Jean-Noël Lafargue : «Wikipedia a 10 ans» (plus développé que mon billet)
- Aljazeera:  Look it up: Wikipedia turns 10

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Liens rapides du 7 janvier

Info, journalisme, en ligne

La gestion de l'information à l'ère de Wikileaks... et ses dilemmes [Paris Tech Review]
Avec WikiLeaks il s’agit de «la première confrontation majeure entre l’ordre établi et la culture internet». Or les entreprises aussi ont aujourd’hui en main des données sur leur clientèle vulnérables à des fuites préméditées ou accidentelles...

Hypernews, Hyperreaders and Beyond [Journal of Electronic Publishing]
Le lecteur à l'ère électronique: la relation avec le journaliste aujourd'hui. Un regard méthodique.

Pour en finir avec le journalisme citoyen [Aurélien Viers]
Tiens, pour compléter l'article précédent et faire remonter une excellent billet posté il y a 2 ans sur le «témoignage participatif», terme plus approprié que "journalisme citoyen" et moins ésotérique que «hyperreader».

Réseaux sociaux

Your Followers Are No Measure of Your Influence [Advertising Age]
Mélangerait-on popularité et influence? Le «Tipping point» versus la bonne vielle méthode d'arroser tout le monde.

Comment adapter les médias sociaux dans sa stratégie
Une présentation de l'agence Dagobert qui introduit les principes de base des médias sociaux comme Twitter, Facebook, Youtube, blogs, Foursquare et Slideshare. (débusqué par Julien Bonnel)

La gestion de communauté
«Your»...la «Junior-Entreprise» de l'ISC Paris nous offre une introduction sur le sujet

Qu'est-ce que le Big Data

Quand Henri Verdier, CEO de Cap Digital, revient de Silicon Valley en s'écriant «tout ce que nous connaissions du web va changer à nouveau avec le phénomène des big data», il est temps de faire un petit tour d'horizon.


«Big Data» est une expression qui circule depuis quelque temps dans la niche hi-tech de l'informatique dématérialisée (computer in the cloud) et qui fait référence aux outils, processus et procédures permettant à une entreprise de créer, manipuler et gérer de très larges quantités de données. (What is "Big Data?" ZD Net)

Si les géantes corporations (on pense à Google, Visa, eBay, Amazon) sont déjà sur ce terrain, la possibilité de gérer du «Big Data» commence à être accessible pour les plus petites entreprises (Big data analytics: From data scientists to business analysts, O'Reilly Radar).

La démocratisation est en cours, et le «Big Data» s'installera au coeur des entreprises qui sauront y donner une valeur. Nous étions dans le royaume de la science informatique et du génie; maintenant avec une telle somme de données, il est possible de générer de la valeur dans le département marketing: faire émerger des patterns, remonter les signaux faibles, croiser les bases pour faire apparaître des tendances (Data, data everywhere, The Economist).

De nouvelles start-ups offrent des outils pour faciliter la navigation dans ces entrepôts à data (qu'il soit structuré ou non). L'analytic a de belles années devant elle... (Big Data Is Less About Size, And More About Freedom, Techcrunch).

La gestion de ces énormes bases ne se fait pas sans mal. L'usage du «cloud» permet d'accéder de façon plus aisée à ces datas. D'où le lien étroit entre ce dernier et le «Big Data». (The Future Is Big Data in the Cloud, Gigaom).

Les institutions doivent s'adapter aux changements d'échelle gigantesque qui se déroule devant elles depuis des années. Le «Big Data» quitte la sphère des TI pour aller du côté de la «business»...

Autres liens:

Pour vous donner une idée du «Big Data» à un niveau humain, allez explorer Google N-Gram qui vous donne accès à 5 millions de livres numérisés (1000 milliards de mots croisés)...

Articles

Dossier dans Nature sur le Big Data (2008)

Big Data for the year ahead: 10 predictions (ZDnet)

3 "Big-Data" Predictions for 2011

Someone Is Trading Stocks Based on Your Tweets (NYTimes)

(Ajout) Untangling the social web: Software: From retailing to counterterrorism, the ability to analyse social connections is proving increasingly useful (the Economist)  (merci Claude Théorêt pour le lien )

Réseaux sociaux et entreprises? des réponses

Manu, de passage au Québec cette année, interviewe quelques grands noms sur le sujet du Retour dur l'investissement (ROI en anglais) des médias sociaux. J'ai été honoré d'être sur sa liste.

Quel est l'intérêt des médias sociaux en entreprise? Ouvert à la discussion et prêt à se frayer un chemin au somment dans sa niche? Certaines entreprises gagnent à se faire voir et entendre. Dans un monde de surabondance d'information, un simple site web peut ne plus faire l'affaire: être recommandé par ses pairs, ses clients ou les médias est possible en autant que l'on tienne son site "vivant", actuel, en le mettant à jour avec des éléments plus conversationnel, humain ou marqué par l'échange d'information. Un mélange de relation publique et de relation clientèle...

Voici son vidéocast de notre entrevue sur la place des blogues en entreprise:


Séjour trop court au Québec pour ce Français qui mériterait un meilleur sort que de rentrer en France ;-)

Régalez-vous avec cette sélection des entrevues qu'Emmanuel Chila a fait cet automne:

Thoma Daneau Quel est la complexité de la recherche d'emploi sur le net et l'importance de son «marque personnel» (marque personnelle)

Olivier Mermet Quel peuvent être les bénéfices (et les erreurs à éviter) des médias sociaux ?
Julia Vallelunga sur les passions et les blogs professionnels

Benoît Descary Médias sociaux et entreprises, trucs et astuces

Michelle Blanc Interview 1: la gestion des petits buzz et Interview 2: le franc-parler sur les réseaux sociaux

Kim Auclair sur la gestion de communauté

Frédéric Harper (interview 1) et (interview 2) Création et gestion d'événements sur les médias sociaux

Sandra Friedrich sur sa stratégie des réseaux sociaux en entreprise (STM)

Hicham Souilmi sur l'optimisation de la gestion des médias sociaux en entreprise


et de retour en France

Amandine Pacaud Très petites entreprises et médias sociaux


Bonus

Découvrez le Dishcrawl (avec Élizabeth)

Tout et son contraire

En tombant sur un interview d'Umberto Eco j'ai davantage compris son inquiétude devant une société qui propose à tous un accès universel à l'information.

Il propose une distinction entre deux groupes d'utilisateurs d'outils d'accès à l'information: les «pauvres» et les «riches». Ici «pauvres» et «riches» ne sont pas à prendre dans leur connotation matérielle, mais plutôt sous l'angle «d’évolution culturelle». Par exemple «un diplômé est riche, un analphabète est pauvre» (même si évidemment, il peut y avoir des exceptions).

Et ces outils d'accès à l'information, au sens large, c'est-à-dire la télévision, la presse, la radio, internet, n'apportent pas des bénéfices pour tous, selon le groupe qui l'utilise.
«Ainsi, la télévision fait du bien aux pauvres et fait du mal aux riches« dit Umberto Eco. «Aux pauvres elle a appris à parler italien ; elle fait du bien aux petites vieilles toutes seules à la maison. Mais elle fait du tort aux riches parce qu’elle les empêchent de sortir voir d’autres choses plus belles au cinéma ; elle leur restreint les idées.»

«L’ordinateur en général, et internet en particulier, font du bien aux riches et du tort aux pauvres. À moi, Wikipédia apporte quelque chose, je trouve les informations dont j’ai besoin. Mais cela est dû au fait que je n’ai pas une confiance aveugle en elle [...]»

Puisque que les riches sont cultivés, ils sont en mesure de croiser et vérifier les sources. «Le pauvre en revanche gobe la première affirmation qui passe, et point final. Autrement dit, il se pose pour Wikipédia, comme pour Internet en général, la question de la vérification des informations.» Internet conserve autant les bonnes que les mauvaises informations. On y trouve, virtuellement, tout et son contraire.

Sans recoupement des informations, «s'informer» chez les pauvres équivaut à jouer à la loterie.

Avant notre monde de surabondance d'information, l'information était (en proportion) plutôt rare. Ou plutôt, le coût de production et de diffusion des journaux, des émissions de télévision, et des livres limitait la quantité, et forçaient un tri de pertinence a priori. La rareté (relative) et la validation avant diffusion nous permettait, sans trop de mal, de se fier à ce qui existait. Disons que la probabilité était de notre côté.

Maintenant, la question se complique : on trouve tout, et son contraire. Pour chaque théorie, point de vue ou fait, il est possible d'en trouver un autre qui le contredit. Il deviendra ridicule de dire que quelque chose existe ou que l'on appuie la validité de son point de vue sur la base de la «découverte d'une page web qui le confirme sur internet». Une fouille archéologique sur internet rapporte toujours ce que l'on souhaite confirmer. Et son contraire.

Trouver n'est plus prouver

Les outils de recherche ne font que propager une fausse perception de compétence.

Puisqu'internet conserve tout ce qui est écrit, aussi bien les fausses information que les valides, seuls les «riches» ont les moyens de vérifier, car l'étendu de leur sphère de connaissance induit une compétence. L'accès à l'information ne garantit plus rien. Dans mon cas et celui de mes lecteurs aussi, "nous savons que nous savons", mais le système de l'éducation est-il préparé à éduquer ces (nouveaux) «pauvres», ceux qui ne savent pas qu'ils ne savent pas?

Ligne de démarcation

La fonction du discours de la terreur est de servir de prétexte pour la métamorphose du capitalisme libéral en capitalisme autoritaire.

- Peter Sloterdijk

On se rappelle encore avec frisson quand ce dirigeant du pays le plus puissant avait dit «soit vous êtes avec nous, soit contre nous» (ou à peu près ça, je ne ne vais pas chipoter pour des détails de vocabulaire alors qu'il a envahit l'Irak sans même vérifier ses sources). 

La première décennie du 21e Siècle a commencé en Occident ce 11 septembre 2001 (écroulement de deux tours à New York) et s'est terminée le 28 novembre 2010 (écoulement d'un quart de million de télégrammes volés au gouvernement américain).

L' objectif original de Wikileaks est «d’exposer les régimes oppressifs en Asie, de l’ancien bloc soviétique, de l’Afrique sub-saharienne et du Moyen Orient » (source) Ce que l'affaire Wikileaks montre est plutôt une ligne de démarcation en Occident: qui est "avec" et qui "est contre". Les régimes oppressifs ne sont pas là où on le pense.

La classe marchande fait partie des armes défensives du gouvernement américain. Juste retour. Le gouvernement américain fait du lobby pour ses compagnies commerciales (voir "Pression américaine sur les Russes en faveur de Visa et Mastercard"; source Guardian).

Pour mémoire

Je me sens obligé de mettre par écrit les faits, suite au ban de Wikileaks, question de se rappeler de quels bords certaines compagnies sont.

- Amazon.ca expulse Wikileaks pour non respect du droit d'auteur (source Radio-Canada)

- EveryDNS refuse de loger Wikileaks sur son DNS (source ReadWriteWeb)

- Paypal refuse de supporter Wikileaks pcq il est "illégal" (source Le Figaro)

-Twitter bidouille-t-il pour que Wikileaks n'apparaisse pas dans ses "hot trends" (malgré qu'il se maintient à plus de 2000 Tweets à l'heure depuis 3 semaines)? (source) Mes lecteurs savent depuis 2009 que Twitter fait partie de l'armement américain.

-Visa et MasterCard bloque les virements vers Wikileaks. La Bank of America s'est ajouté, avant-hier, aux joyeux larrons (source France Info)

La citation de Peter Sloterdijk mis en exergue nous rappelle que le capitalisme autoritaire continuera à apporter la joie et la paix dans les dollarama et les Tati de ce monde.

Tiens, en prime, des anecdotes:

- Eric Besson, ministre d'un état américanisé sous le dernier roi nu français (Source L'Express) veut décider selon son humeur du moment ce qui peut être hébergé ou non sur ses serveurs français (Source Le Point)

-Tom Flanagan, l'ancien stratège du premier ministre populiste canadien suggère, à la blague, que Julian Assange soit "assassiné"  (source Radio-Canada). À la blague, un mandat d'arrêt d'Interpol devrait être lancé contre lui pour appel au meurtre.

- Mitch McConnell, un sénateur américain, républicain évidemment, accuse le dirigeant de Wikileaks d'être un "terroriste". (source Salon). Un terroriste est un mot à géométrie variable pour les américains (source).

- Time magazine a choisit Zukerberg au lieu d'Assange comme personnalité de l'année. Pourquoi? Facebook ne date pas de 2010, pourtant (il aurait pu recevoir ce titre l'an dernier, ou l'année d'avant, ou encore avant!) Ah oui, il y a eu un film hollywoodien sur lui, cette année. Bien sûr. Bien sûr*.

* Assange lui n'est que de l'actualité récente et superficiel ("comme d'une note en bas de page de l'Histoire"). Effectivement, qui se souvient de ces embarassantes révélations, cette année, sur une attaque de l’armée américaine sur Bagdad (vidéo datant de 2007), de la publication de 92 000 documents de l’armée américaine sur la guerre en Afghanistan (juillet), de la sortie de 400 000 documents secrets sur la guerre d’Irak (octobre) ou des 250 000 télégrammes en novembre? Personne.

À part le gouvernement américain...

Éthique journalistique: questions à l'examen de fin de session

Wikileaks donnera probablement du fil à retordre pour les futurs étudiants en éthique de l'information (au fond, c'est comme si on piratait votre compte Gmail et qu'un site publiait toute votre correspondance ensuite).

- Est-ce que Deep Throat aurait passé par Wikileaks s'il était encore vivant?

- Qu'a-t-il de différent entre lire l'info sur Wikileaks.ch et la lire dans le journal? (réponse, vous serez viré; source Fox)

- Si les révélations coulées jusqu'à aujourd'hui dans les journaux participants (on en reparlera une autre fois) ne fait, contre toute attente, aucune mention de Ben Laden, faut-il y voir une information digne d'être publiée?

Le monde change...