Café amer
Gina raconte une mésaventure d"un commerçant avec Groupon, le Café Posies en Oregon, qui tenté l'aventure avec un rabais de 50 % sur les achats de 13 $ pendant les 6 mois suivant l’offre.
«Cette aventure lui avait finalement coûté près de 8000 $ en coûts de production pour fournir à la demande des milliers de gens qui avaient payé pour bénéficier du bon de réduction».
Lost seller
Les coupons, c'est une logique de vente à perte («loss leader»), il faut donc connaître la probabilité que quelqu'un fasse des achats complémentaires pour retrouver son argent. Ce que le café Posies a sous-évalué...
Faire son épicerie avec des coupons, ça marche parce que ce sont des marchandises de base essentielle et répétitive. Et basé sur une habitude (une fois l'habitude prise de «connaître son épicerie» on est moins porté à changer). Faire son épicerie pour une seule denrée (celui du coupon) ne fait pas beaucoup de sens, encore moins de se déplacer dans 3 épiceries différentes pour bénéficier des rabais. Du moins, pas sur le long terme.
Un café, c'est une dépense discrétionnaire. Donc le risque était plus grand dans cette expérience...
Pour utiliser les achats groupés du point de vue du commerçant, on peut trouver de la valeur de 3 façons:
- visibilité (pour la marque ou le lieu),
- écouler du stock de fins de série avant inventaire,
- achat impulsif sur le lieu de vente.
La tragédie du pauvre commerçant vient du type de partage de recette en leur défaveur... Groupon ayant gardé le gros des recettes... et peut-être le manque d'offre «impulsif» chez le commerçant pour «compléter la transaction»...
Il doit y avoir adéquation entre le nouvel outil d'achat groupé et le type de produit à vendre. Ce commerçant a servi de cobaye...
En triplex de Radio-Canada
Triplex, le nouveau blogue techno de Radio-Canada, qui fait suite au départ de Bruno Guglielminetti, accueille trois blogueurs de la scène québécoise. Je suis le troisième locataire de ce triplex, terme consacré au Québec à ces bâtiments à trois logements, modèle sur lequel est bâti ce blogue: je partage l'édifice avec l'ineffable Laurent Lasalle et la geekette Gina Desjardins.
Tout en continuant sur Zéro Seconde, j'ai maintenant une nouvelle audience qui s'ajoute sur src.ca/triplex avec ma chronique régulière d'une demi-douzaine de billets par mois.
Je compte aussi, dans ce triplex, continuer à relater l'ampleur des impacts d'internet sur notre société et nos vies en particulier sur les thèmes qui me sont chers: l'éducation, les médias, le travail, la politique, le marketing, la communication, la philosophie, l'environnement, les médias sociaux...
Et qu'est ce ça changera pour moi? ( à part un look radio-canadien comme sur la photo :-)
Le rythme.
Écrire un billet tous les trois jours diffère de mon habitude de bloguer ici (j'écris quand je veux), c'est en fait une chronique sur la technologie malgré le nom de "blogue" juxtaposé au nom Triplex. Un rythme impose une contrainte particulière, l'agenda en est le moteur. Un blogue dans sa caractéristique originale du moins, suit l'impulsion du moment: on écrit quand il y a quelque chose à écrire, comme je le fais depuis 7 ans.
Ce rythme c'est partiellement celui de la société du spectacle de Guy Debord, concept caractérisant un certain rapport social médiatisé par des images, où l'information est un simulacre de la réalité. Conséquence d'une chronique régulière basée sur une fréquence éditoriale et non sur les besoins de l'actualité.
La portée.
Moi qui écris depuis quelques années sur la mutation de l'écosystème de l'information, avec l'arrimage des nouveaux outils aux médias traditionnels, je dois dire que maintenant entré dans le ventre du dragon, je dois modifier mon vocabulaire. Médias traditionnels versus nouveaux médias? Ça fait 20 ans qu'ils sont nouveaux, ils ont fini par être vieux; et les trads montrent aujourd'hui qu'ils ont rattrapé leur retard.
Si la longue traîne est l'emblème de la nouvelle économie, je serais alors enclin à utiliser maintenant "petits et grands médias". Et l'adjectif à choisir dépend de l'audience, sa portée et son influence. Il y a des blogues qui ont plus d'influence que certaines chaînes télé sur le câble. Triplex est un "plus grand média" que Zéro Seconde. Radio-canada.ca (portion web) est un «plus petit média» que la Première chaîne de SRC sur le FM ou à la télé. Les moyens ne sont pas même non plus.
Le contenu.
Probablement que j'aurai moins tendance à tenir pour acquis que les gens savent de quoi je parle, sur Triplex. J'aurai peut-être à expliquer davantage certains concepts. Mais je crois que je vais surtout faire attention à ne pas créer d'impairs. Je ne suis pas sur mon espace perso, mais bien sur un espace public restreint.
Dans un espace d'auto-production (comme la blogosphère), chacun est libre de créer du contenu. On n'a qu'à s'en prendre à soi-même si on est jaloux de ceux qui s'y trouvent. Dans un espace médiatique restreint, il y a un choix exclusif qui limite l'espace. Si c'est moi le troisième locataire du triplex, ce n'est pas un autre. On peut donc contester une présence sur la base que la personne prend la place d'une autre. Dans un espace restreint, surtout non autoproduit, ce n'est pas les mêmes attentes.
Le lectorat.
J'ai été choyé d'avoir un lectorat et des commentaires de qualité sur Zéro Seconde depuis le début. Le paratonnerre qu'est Radio-Canada attirera la foudre qui serait tombée à côté. Un auditoire plus grand attire des gens aux points de vue diversifiés, probablement contradictoires, possiblement antagonistes. Il y a une différence entre avoir des conversations de couloir et argumenter avec une foule dans la rue. J'aurai à ajuster ma voix en conséquence.
Je vais probablement faire référence sur Zéro Seconde à la plupart des billets écrits sur Triplex, donc le nombre de billets augmentera ici. Mais à travers ça, je vais sûrement affiner et tester des sujets plus pointus ou diversifiés pour tenter d'explorer les changements en cours au 21e siècle et pas seulement en techno.
Merci à tous de votre présence.
Éduquer au 21e siècle: tout reste à inventer
Michel Serres dresse un portrait clair: «[s]ans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix». La société est en rupture. Le système de l'éducation aussi.
Une rupture? Dans La société émergente du XXIe siècle, Michel Cartier et Jon Husband, on en donne cette définition : «Une société est en rupture quand sa complexité se modifie au point que ses statistiques deviennent exponentielles. Elle se place alors sur les bords du chaos oscillant entre la peur de faire des choix sans aucun point de repère et le bonheur de pouvoir changer sa trajectoire.» (plus de détails ici)
Depuis une décennie déjà, nous avons eu tous les signes que le monde a changé. En partie par le développement de toutes les nouvelles technologies, des avancés scientifiques et des connaissances sociales.
Michel Serres constate que la société du spectacle s'est doublée d'une «société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l'école et l'université. Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement.» Les médias n'ont pas la capacité de clarifier les débats, comme discuté dans mon billet hier, qui alors le fera? Les enseignants?
Cadre à revoir
«Voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l'enseignement, au sein de cadres datant d'un âge qu'ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d'un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu'ils ne sont plus.»
Michel Serres se demande ce que nous pouvons leur transmettre. Le savoir ? «Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. [...] Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c'est fait.»
Internet et son imposant réservoir de contenu changent la donne. Quoi et comment apprendre quand tout est accessible? «Ne dites surtout pas que l'élève manque des fonctions cognitives qui permettent d'assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui.» dit l'éminent intellectuel, probablement emporté par l'enthousiasme.
(S'il a raison de souligner que le problème aujourd'hui n'est plus l'accès, il a tort de sous-estimer l'énorme défi de "recevoir" et "interpréter" toutes ces connaissances, car la problématique fondamentale, quant à moi, devient maintenant ce choix, ce tri en aval de l'information pertinente, pour à peu près toutes les couches de notre société actuelle).
Il en appelle à un redressement des institutions pour accompagner ce changement. «Je vois nos institutions luire d'un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu'elles étaient mortes depuis longtemps déjà.» Et il le dit sans nostalgie aucune. Cette rupture indique un nouveau départ. «Je voudrais avoir dix-huit ans, [...] puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer.»
Il faut tous avoir dix-huit ans, car on doit tout réinventer.
Référence
Petite Poucette, par M. Michel Serres, de l’Académie française
"Nous sommes à un tournant" Interview de Michel Serres, dans Ouest France
Les médias sociaux augmentent-ils la "morbide obésité des points de vue" ? Martin Lessard, Zéro Seconde.
Êtes-vous prêt pour le 21e siècle ?, Michel Cartier, Constellation W
Les maîtres à l'époque des blogues Martin Lessard, Zéro Seconde
Culture et éducation:l'invention d'un medium, Alain Giffard, blogue
L'école n'est pas du tout ce qu'elle pourrait être, Mario Asselin , Mario Tout de Go
L'éducation au 21e siècle, rapport de l'UNESCO, où la Commission suggère 4 « piliers » pour l'éducation : apprendre à vivre ensemble, apprendre tout au long de la vie, apprendre à affronter une variété de situations, et apprendre à comprendre sa propre personnalité.
Les médias sociaux augmentent-ils la "morbide obésité des points de vue" ?
Qui peut le faire, alors? Les intellectuels?
«Ce rôle très dernier-siècle serait pratiquement disparu avec le repli des universitaires dans leur tour d'ivoire surspécialisée.» suggère Baillargeon un temps. «Mais est-ce vraiment le cas? [...] les intellos parlent, constate-t-il, mais en vase plus ou moins clos. Ou bien ils s'y prennent mal, ou bien leur parole n'est pas relayé [en raison de] la difficulté de percer les grands médias pour alimenter les débats» conclue-il en s'appuyant sur les paroles de Dominique Garant, professeur à l'UQAM.
Le débat sur le débat
Je ne suis pas sûr de ce que Garant avance en déclarant ça, mais s'il entend que le débat manque «de personnes compétentes» pour porter un «argument vraiment convaincant», comme on apporte l'arrosoir pour remplir la cruche, je ne suis pas sûr qu'on a réellement avancé sur cette question.
Angenot, dans son livre justement, Dialogue de sourds, souligne l'aporie d'en appeler à une autorité pour faire avancer le débat. Ce raccourci ne fait que repousser le moment où on se fait convaincre.
L'argumentation d'autorité est «un expédient: on n'a "pas le temps" de tout redémontrer, on renvoie à l'autorité établie.»[p.77] Pour accepter l'autorité de l'intellectuel dans le débat, il faut avoir a priori accepté son autorité, donc son point de vue, donc il n'y a pas de débat. On n'a qu'à laisser les intellectuels discuter entre eux, «dans leur tours d'ivoire surspécialisé»
L'autorité de l'autorité
Pas que j'en ai contre l'argument d'autorité, au contraire, mais je me demande, comme Angenot dans son livre, si tout débat sociétal n'est pas «un dialogue de sourds» où chacun campe dans sa position rhétorique. Tout de même, «[l]e monde raisonné et débattu est indémontrable ce qui ne dispense pas de raisonner avec autant de force que possible justement parce qu'aucune argumentation ne sera décisive» [p.426]
Les médias sociaux pour se réchauffer avant d'agir
Si les médias «n'ont pas la capacité de clarifier les débats». Que font-ils alors? Ils sont des relais, des brasseurs d'idées, des amplificateurs de signaux.
Tout média grand comme petit, institutionnel comme social, est un vecteur de propagation d'idées dans la société. Les médias sociaux, eux, ont accéléré le processus de diffusion. Ils permettent le «shared awareness» comme le dit Clay Shirky dans Political Power of Social Media, dans le dernier numéro du Foreign Affairs, c'est à dire l'habilité de chaque membre d'un corps social de non seulement comprendre la situation en cours, mais de savoir aussi que d'autres le sont aussi.
Ce que les médias sociaux ont apporté de nouveau est l'abaissement des coûts de distribution auparavant prohibitifs de certains messages «non mainstream». De là à dire que «les nouvelles technologies [favorisent] une suralimentation du débat, jusqu'à la morbide obésité des points de vue», il n'y a qu'un pas, que Baillargeon suggère comme question dans son article.
Agir avant que ça chauffe
On devra bien y répondre un jour, à cette question, maintenant que la démocratie a bouclé la boucle en permettant à ses citoyens de s'exprimer sur tout et son contraire; comme fait-on pour faire avancer le débat? Le réchauffement planétaire n'attendra pas que le dernier humain soit convaincu pour sévir.
Photo Source (c)
Classement des meilleurs blogues au Québec
La liste en primeur est une gracieuseté du gestionnaire de communauté de Wikio (c'était Vincent Abry qui avait eu le «scoop» le mois dernier). Une fois n'est pas coutume (je ne suis pas dans la "business du scoop" mais plus dans l'analyse), mais comme j'apparais en 19e position, ça fait plaisir.
Une belle manière, pour moi, de fêter mon 7e anniversaire de blogue la semaine dernière! J'ai écrit au delà de 1000 billets! Merci à tous ceux qui me suivent via mon fil RSS ou mon compte Twitter (3700 followers) et qui m'encouragent!
Top 20 blog Québec Mars 2011On remarque que le top 20, les technos, les recettes et les actualités dominent.
1 [techno] Blog Marketing Web 2.0 et Techno, de Vincent Abry, infatigable veilleur de l'actualité techno 2.0
2 [techno] Descary.com, de Benoit Descary, autre infatigable et prolifique veilleur techno, un des plus grands influenceurs, notamment avec ses nombreux admirateurs sur Twitter (36 000 abonnés)
3 [recette] Les gourmandises d'isa. Avec Isabelle on manque jamais d'idées. À ne pas rater: sa recette de macaron au caramel !
4 [recette] Les plats cuisinés de Esther B. Avec Esther, aussi, les petits plats simples à cuisiner sont accessibles à tous. Je ne sais pas si c'est un hasard, mais les top 2 des gars sont technos et les top 2 filles sont recettes ;-)
5 [actu] Blogue Patrick Lagacé. Un des premiers journalistes à embrasser la mode des blogues.
6 [techno] Michelle Blanc. Doit-on encore présenter la «papesse des blogues»?
7 [techno] DominicArpin.ca, le patrouilleur du web, à votre service, pour vous faire découvrir l'insolite et le comique en ligne (et en vidéo).
8 [recette] Les mille et un délices de Lexibule. La bouffe à l'honneur, pour ceux qui ont la dent sucrée.
9 [actu ] Richard Hétu, correspondant de La Presse à New York.
10 [Livre] La bibliothèque d'Allie. La lecture à l'honneur et en dixième place. Média trad, prenez note!
11 [design] marevueweb Inspiration et ressource pour le design et le web
12 [recette] Le plaisir de la table. Les plaisirs gourmands à la portée de tous. Remarquez que le tiers des blogues sur cette liste sont consacrés à la bouffe.
13 [recette] Doumdoum se régale! À essayer, son pain blanc d'Amadou !
14 [télé] TVQC - La télé de partout vue d’ici. Téléphages, vous voilà servi!
15 [créatif] Tchoubi. Tchoubi aime le gâteau Royal, sa couverture chauffante, la lueur des bougies, l’odeur de la coriandre et du pain frais. Vous voilà en bonne compagnie!
16 [bibliothéconomie] Bibliomancienne, de Marie D. Martel, sur la philosophie, la littérature et les bibliothèques à l’ère numérique. La preuve par dix que les blogues sont pour les gens intelligents.
17 [cinéma] Hollywood, P.Q. Cinéphiles, vous n'êtes pas en reste !
18 [actu] Blogue de Richard Martineau. Polémiste qui n'a pas son blogue dans la poche.
19 [mon favori ;-] Zéro Seconde. Sur les impacts d'internet sur la société, les communications, nos vies. Depuis 2004. Laissez-moi un commentaire !
20 [actu] Le blogue de l'édito. Où on voit que La Presse a bien saisi comment les blogues pouvaient s'intégrer dans une logique éditoriale d'un journal. Dans ce top 20, trois proviennent de Cyberpresse.
Classement réalisé par Wikio
Comme entendu dans les médias sociaux
Il en reste évidemment certains pour critiquer les contenus que l'on retrouve sur ces réseaux sociaux comme étant futiles ou pire, de la désinformation.
En fait, ils regrettent qu'Internet ne soit pas «édité a priori», pour que seule la qualité circule. Partout où leurs yeux d'experts de l'info se portent, ils ne voient aucune qualité.
Une partie du malaise (de la «blessure narcissique») tient au fait qu'ils se considèrent comme LES experts de l'info, or, leur statut dépendait beaucoup plus du monopole de l'info qu'ils avaient qu'une quelconque expertise exclusive. Cette exclusivité leur a été ravie. Dont acte.
S'ils voient encore peu de qualité dans les nouveaux médias sociaux, c'est qu'ils persistent à penser à une édition centralisée et a priori, or le système est renversé. Pour le meilleur ou le pire, ce n'est plus le centre, mais la périphérie qui tri et qualifie a posteriori.
Le jugement critique est décentralisé et le reportage des faits l'est autant. (voir mon billet sur Publier maintenant, trier plus tard)
En l'absence de journalistes dans une Libye en train de s'écrouler, il est possible, pendant un certain temps, avec les précautions nécessaires, trier le flux de cris provenant de la rivière de sang. Certaines larmes ne mentent pas.
Image via Laurent Vermot-Gauchy
À lire aussi sur Zéro Seconde
Ecosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge
Ecosysteme de l'information (2/3): P2P news
Ecosysteme de l'information (3/3) : Info broker
140 petites frappes dans le temple des médias
Watson : l'intelligence augmentée
Watson a gagné. On ne voit pas encore tous les changements symboliques et réels que cela apportera. Voici un petit retour de ce qui s'est dit d'intelligent sur le sujet cette semaine.
Ce billet fait suite à mes deux précédents sur le sujet: Exponentiel, mon cher Watson et Watson 1er
Dans L'Expansion, Raphaële Karayan a recueilli les propos de Jean-Gabriel Ganascia, en science de la cognition:
Dans son blogue Automates intelligents sur Le Monde, Jean-Paul Baquiast dresse un portrait réaliste des impacts prochains sur le monde du travail
Que nous montre cette expérience en matière d'intelligence artificielle ?
Jean-Gabriel Ganascia: «Herbert Simon, chercheur à l'Université de Carnegie Mellon, qui a développé Watson avec IBM, avait annoncé en 1957 que les ordinateurs deviendraient capables d'écrire de la musique et de devenir champions du monde d'échecs. On lui rétorquait que c'était impossible. Et puis il y a eu Deep Blue. On a alors dit: "ce n'est pas vraiment de l'intelligence, c'est du calcul abstrait et systématique. La vraie intelligence, c'est le langage." Là, on voit qu'un ordinateur est capable dans des situations très concrètes de se débrouiller de façon étonnante.»
Source
Ce sont les professionnels qui ont une expertise reposant sur leur capacité à emmagasiner des informations mémorisées et à faire des inférences complexes (on pense aux médecins, aux avocats, aux enseignants, dans leur aspect «question / réponse» de leur emploi) qui peuvent craindre le pire avec le retour en force des «systèmes experts».
Ce que l’on pourrait en conclure concernant l’Intelligence artificielle.
Jean-Paul Baquiast: «Contrairement à ce que l’on croit, les plus menacés seront ceux qui font aujourd’hui appel aux formes élaborées de la compréhension du langage naturel et du jugement, en s’appuyant sur des quantités considérables de connaissances accumulées aussi bien dans leurs cerveaux que dans les sources de documentation qu’ils utilisent.»
Source
Jean-Paul Baquiat reste toutefois sceptique face à une approche informatique basée sur la «force brut» de la machine, face à l'homme qui restera toujours plus imaginatif et créatif.
C'est ce qui lui fait dire que Watson n'est pas une forme d’intelligence artificielle (simulation de l'intelligence) mais une forme d’intelligence augmentée (assemblage et recoupement de connaissances).
Avez-vous lu d'autres conclusions intelligentes sur le sujet?
Watson 1er
Ainsi donc, Watson a gagné. Au jeu télévisé "Jeopardy", la machine a gagné contre les 2 meilleurs participants aux questions de savoir général posé par l'animateur. Les cerveaux électroniques montrent une fois de plus leur supériorité. Vraiment?
Rendons à IBM ce qui appartient à IBM: ils ont réussi en une quinzaine d'années à donner deux camouflets à l'intelligence humaine. Premièrement en rendant Deep Blue maître des échecs en 1997, ils ont retiré la rationalité combinatoire du monopole humain. L'homme comme être exclusivement capable de faire des choix stratégiques venait de mordre la poussière. Et aujourd'hui, deuxième défaite, l'homme qui «sait tout» est renvoyé avec un bonnet d'âne.
La première «vexation» a refroidi le mythe des experts en échecs comme homme intelligent. Regardez les vieux films du XXe siècle et la façon qu'ils ont de «déifié» le bon joueur d'échecs.
La nouvelle «vexation» donnera raison aux tenants de la pédagogie par compétences et non par connaissance. Probablement que d'autres ajustements s'installeront dans la culture pour «guérir» notre «blessure narcissique». Les génies en herbe de ce monde ne seraient donc que des OS organiques bientôt dépassés par le iPad ou... Android.
Je crois qu'il faut se réjouir de voir ces machines étendre l'intelligence de l'humain, tout en acceptant que ce que nous pensions être une exclusivité soit maintenant partagé avec la force brute de la computation informatique. Mais cette «intelligence» a plus à voir avec le dénommé Q.I. --qui aura bientôt bien du mal à rester un barème de mesure de l'être humain. On doit plutôt s'attacher à la véritable nature de la pensée humaine.
La pensée humaine, disait Harendt, se situe dans sa capacité à donner un sens au monde et à interpréter de façon non automatique. Ce qui n'est pas donné à la machine. Mais que celle-ci puisse déchiffrer mieux que nous les données complexes ne fait plus de doute. Qu'elle maîtrise les mots d'une façon que l'on pourrait appeler sémantique, aussi. L'espace laissé à l'humain se rétrécit peut-être, mais elle nous laisse toujours dans un champ interprétatif exclusivement humain.
La «désincarnation de l'intelligence humaine» engendre définitivement des avenues que je n'osais pas imaginer il y a 5 ans*. Mais elle nous force è redéfinir ce que l'on entend maintenant par intelligence.
À lire sur Zéro Seconde
- Exponentiel, mon cher Watson (mon billet de la semaine dernière)
* J'ai correspondu avec Vincent-Olivier en 2004 sur la possibilité que le réductionnisme apporté par l'intelligence artificielle puisse décentrer l'homme de son socle d'être intelligent. J'ai défendu que l'aspect de la sémiosis humaine reste indépassable. Mais il faut reconnaître que l'actualité semble aller davantage dans sa direction. Voici la série de mes réponses:
- Intelligence artificielle et semiosis humaine
- Intelligence artificielle et sémiosis humaine-2
- Godel et le web sémantique
Twitter en chinois
«En 2011, le tract, l'appel à la mobilisation, peut désormais entrer en 140 caractères dans un tweet» écrit Fabien Deglise, dans Le Devoir, pour montrer que les outils sociaux numériques peuvent faire partie de la trousse d'un manifestant. À ce jeu, certaines langues ont des «tracts virtuels» beaucoup plus longs que d'autres.
140 caractères sont une limitation qui restreint la pensée que pour les langues alphabétiques. On oublie que dans les langues à idéogrammes, comme le chinois et le japonais, le «caractère» est souvent un mot.
Voici un exemple en 140 caractères pile-poil! En chinois, s'entend.
Ce qui veut dire:
«La Chine, ici, est géniale, tant que l'on comprend, s'adapte et utilise correctement les règles tacites. Pourvu que vous vous n'en fassiez pas si le système politique est barbare, immature, sans contrepoids et à l'avenir incertain; si vous fermez les yeux sur une primauté du droit non appliquée, l'absence de justice, l'iniquité dans la société, et la disparité des richesses; si vous n'avez pas besoin de liberté d'expression, de liberté de croyance, d'être à l'abri de la pauvreté, ou de la peur; et si vous ne vous souciez pas de l'épuisement des ressources, de l'effondrement de l'environnement, et de la pollution de l'air, de l'eau et des sols. Eh bien, c'est le paradis.»
En comparaison, tweeter en français correspond à éructer le titre alors que le Chinois, lui, récite tout le livre au complet. Quand on a la place pour aller au-delà du simple slogan, un véritable message peut circuler. Le microbloggage, en chinois, prend tout son sens.
Bien sûr, certains trouveront toujours que ce n'est pas encore suffisant tout faire passer Marx avant de se lancer dans une révolution, mais ça ne rentre pas dans aucun média socionumérique de toute façon (et ça ne marche pas comme ça). 140 caractères (ou mots, dans ce cas-ci) peut être suffisant pour «proposer du sens», sans se faire attribuer le quolibet de nom d'oiseau. En chinois, certainement. On peut passer un appel à la mobilisation et expliquer pourquoi!
Source
J'ai découvert ce «birdy» (un tweet de 140 caractères d'un coup) via un ami, bien au fait de ce qui se passe en Chine. Le Tweet chinois original vient d'un site de microbloggage d'un journaliste chinois, Cheng Yizhong, tel que rapporté par le blogue de Siweiluozi, d'où j'ai pris la version chinoise et sa traduction http://www.siweiluozi.net/2011/02/this-is-your-paradise.html
Égypte: le rôle des médias sociaux dans la chute de Moubarak
Avant de commencer, on s'entend ici pour dire que les «réseaux sociaux» (numériques) n'ont pas inventé les «réseaux sociaux» (humains).
Les réseaux sociaux ont existé de tout temps et précèdent naturellement les réseaux socionumériques. Ce que les réseaux sociaux sur Internet ont apporté c'est la possibilité de garder des traces des échanges dans ces »réseaux sociaux». Des traces écrites ou audiovisuelles. Donc des traces qui permettent de revenir en arrière, comparer, évaluer, juger.
Et aussi de pouvoir s'affranchir de la seule parole comme véhicule de transmission.
Les «médias sociaux», ce sont ces outils qui permettent de communiquer en groupe, en asynchrone ou en direct, selon des modalités très semblables aux médias de masse. La légèreté en plus. Le contenu qui y circule est modulé selon les vrais besoins (ou envies) de ses émetteurs/récepteurs.
Et il arrive ce qui arrive.
Dans le New York Times de dimanche dernier, un récent article décrit très bien le rôle des médias sociaux dans la création des manifestations en Égypte ( «Social media has fueled the fires of the Egyptian protests.»).
L'article décrit comment Khaled Said, un jeune de 28 ans, s'est sauvagement fait battre à mort par deux policiers en civils, en juin dernier, dans un le hall d'un immeuble. Dans la semaine même du drame, une page fut créée sur Facebook (We Are All Khaled Said) qui montrait des images de son corps, méconnaissable, à la morgue, ainsi que des vidéos captant l'attaque sauvage.
130 000 personnes se joint à la page et l'on partagé à leur réseau. Ce qui veut dire que ce sont 130 000 réseaux personnels qui ont été potentiel touché.
«La mort de M. Said est peut-être l'exemple le plus frappant du pouvoir spécial des outils de réseautage social comme Facebook même --ou surtout-- dans un état policier». La page a servi de catalyseur du mécontentement des Égyptiens abonnés. Même s'il existait des vidéos sur YouTube et des blogues sur la brutalité policière, ce cas a créé une communauté autour de ce sujet.
Un paratonnerre de colère
Ce qu'il faut comprendre c'est que même s'il est évidemment difficile d'isoler l'impact réel des médias sociaux pour engendrer les manifestations monstres, il est clair qu'ils permettent de colliger des traces des abus policiers et de catalyser une colère qui se partage ensuite plus facilement.
Les photos et les vidéos sur Khaled Said sont des preuves que l'on se passe et qui ont l'avantage de parler d'elles-mêmes. L'indignation pouvait enfin se concentrer sur un fait incontestable de la répression policière.
C'est cette indignation qui s'est propagée sur les médias sociaux, via Facebook, Twitter, YouTube et les SMS. Car tout le monde pouvait être le prochain Khaled Said.
Sous les gazouillis, la révolte
La vidéo de Khaled Said sur Facebook a été vue par 500 000 personnes. Dans un pays de 84 millions, les blasés peuvent en nier l'importance. Sauf si on se rappelle que ce n'est pas seulement un demi-million de personnes, mais bien un demi-million de réseaux sociaux personnels qui ont été touchés. Pourtant un blasé a écrit:
«S'il fallait en croire certains, sans Facebook et Twitter, il n'y aurait jamais eu de soulèvement en Tunisie et en Égypte. En a-t-on assez lu de ces reportages jovialistes décrivant une jeunesse arabe mondialisée qui passerait ses longues journées à gazouiller sur ces nouveaux médias prétendument "sociaux"?» (Christian Rioux, Journaliste au Devoir)
Je ne sais plus m'expliquer ce lancinant malaise à propos du phénomène des médias sociaux, chez ce chroniqueur en particulier, autrement perspicace sur tous les autres sujets, mais il semble qu'il tombe dans le panneau de chercher à coller une cause unique à des phénomènes complexes (un genre de syndrome d'Archiduc Ferdinand d'Autriche, dont l'assassinat, on le sait, à provoqué l'épilepsie sanglante de la Première Guerre mondiale).
De fil en aiguille
Les réseaux socionumériques permettent une propagation et une coordination qui n'existaient pas avant. Il n'y a pas de cause unique, ni une façon d'isoler facilement son apport. Mais en Égypte, on peut voir un fil conducteur.
La mort de Khaled Said n'est pas la cause de la révolte. Elle est une des étincelles, certes, car il a fallu beaucoup de brins de paille pour embraser Le Caire.
Comme il y avait maintenant 500 000 personnes sur la page de Khaled Said sur Facebook, il devenait tout à coup très simple de publier des invitations à joindre des manifestations dans la rue. Ce que l'administrateur anonyme de la page ne s'est pas privé de faire.
Avec des conversations dans les réseaux sociaux (numériques) qui se muent en foules dans la rue, ayant en leur possession des preuves convaincantes de la brutalité policière, l'État s'est vu forcé d'arrêter les deux policiers. Mais d'autres cas de brutalité mortels ont surgi; les protestants ont continué à se réunir de plus en plus souvent durant l'automne suivant.
Et puis arriva la Tunisie. Avec le succès qu'on lui connait. La voie était montrée.
Alors les groupes Facebook se sont donné le mot pour appeler à une manifestation monstre au Caire le 25 janvier (d'où le hashtag #jan25) et le reste est passé à l'Histoire.
Un (seul) Twitter ne fait pas le printemps
On peut voir les réseaux sociaux comme une étincelle ou un combustible qui met le feu aux poudres (ou l'accélère), même si cette même étincelle ne peut plus grand-chose une fois l'incendie allumée.
Moubarak, comprenant trop tard ce qui s'est joué dans les réseaux socionumériques, a tenté de débrancher internet et de noyauter les groupes Facebook. Mais le vieux dictateur, dépassé par les événements, convaincu que le contrôle des médias traditionnels était suffisant (on se rappelle la pathétique adresse à la nation hier soir) s'incline maintenant devant le printemps arabe qui s'est installé dans son pays.
Source: New York Times «Movement Began With Outrage and Facebook Page That Gave It an Outlet», par Jennifer Preston avec David D Kirkpatrick, Kareem Fahim et Anthoiny Shadid, en direct du Caire).
Photo: Suhaib Salem/Reuters
Exponentiel, mon cher Watson
L'humiliation infligée par Deep Blue a été vite oubliée et le jeu des Échecs a été «downgradé» au rang des jeux de réflexion computationnelle brute.
Autrement dit, être excellent aux échecs a commencé à signifier être intelligent comme une machine, et deviendra folklorique comme ceux qui récitent le nombre pi jusqu'à la 25e décimale. Alors qu'Excel vous le donne dans une cellule.
Entre en scène Watson.
IBM a créé la machine la plus intelligente sur terre. Branchée à toutes les connaissances en ligne. Un cerveau multiparallèle programmé pour répondre à des questions de... Jeopardy?!
La semaine prochaine, à l'émission NOVA, elle sera en compétition contre les deux meilleurs joueurs (humains) de tous les temps du jeu télévisé Jeopardy (bande-annonce).
En fait Jeopardy est un prétexte pour démontrer la puissance de recoupement en temps réel à une question que l'on considérait jusqu'à lors comme étant du ressort des humains: des questions de connaissance générale.
Si elle écrase ses compétiteurs (ou, même, si elle s'en approche trop), ça en sera fini aussi du «savoir emmagasiné dans sa tête». Tous les savoirs? Probablement pas, mais je ne me mettrais plus ma main au feu. Les questions que l'on «pose» à Google ou à Wikipédia? Sûrement. Watson se veut l'ultime outil de Question/réponse mythique.
Et nous, que deviendrons-nous? Où irons-nous ensuite? Probablement sur des sites comme Quora où on pondérera les réponses en utilisant notre intelligence. Question garder nos distances avec la machine...
Post-scriptum : Oui, Watson a gagné
L'enfer est pavé de bonnes nouvelles
Un avis de consultation signale que le CRTC compte modifier ses règlements pour autoriser la diffusion de nouvelles fausses ou trompeuses (car retirer «l’interdiction de diffuser toute nouvelle fausse ou trompeuse», revient à l'autoriser en retour). C'est cette modification qui ne fait pas de sens.
La proposition pour l'alinéa 3d est la suivante: au titulaire sera interdit «toute nouvelle qu’il sait fausse ou trompeuse et qui constitue ou qui risque de constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public».
Un télédiffuseur qui produit des nouvelles se distingue de la fiction en ce qu'elle relate le réel. Le droit à l'information doit être considéré et évalué selon les intérêts du public-récepteur et non selon les intérêts de l'émetteur.
Expliquons où se trouve le problème.
- Une nouvelle est un fait relatant la réalité qui répond au besoin d'information du citoyen pour exercer son travail de compréhension du monde. Qu'elle soit donc le plus juste possible correspond à une valeur essentielle en démocratie.
- Il n'existe probablement pas de normes pour évaluer justement de qui est vrai ou faux, mais en conservant «l’interdiction de diffuser toute nouvelle fausse ou trompeuse» cela permet de garder la barre haute sur ce terrain.
- Dans le système financier, on sanctionne le fait de répandre dans le public des informations fausses ou trompeuses sur des titres négociés sur un marché réglementé, on devrait s'attendre qu'on fasse de même dans l'espace réglementé de la radiodiffusion des télécommunications.
- Logiquement, le problème consiste à ne pas s'arrêter après «toute nouvelle qu’il sait fausse ou trompeuse» (première partie) car il enlève l'obligation au titulaire de prouver la véracité de ce qu'il diffuse comme nouvelle.
- Les interprétations engendrées dans la seconde partie («et qui constitue ou qui risque de constituer un danger pour la vie, la santé ou la sécurité du public») avec la coordination «et» entre les deux parties fait porter la proscription non pas à la fausseté de la nouvelle, mais à son «degré de dangerosité» qui reste à interpréter, laissant les nouvelles trompeuses jugées «non risquées» circuler.
- Évaluer les risques et les dangers d'une nouvelle fait porter le poids de la preuve sur le récepteur (il a à prouver son accusation) alors que la formulation originale fait porter sur l'émetteur le soin de prouver son point en cas de contestation.
Le CRTC ne doit donc pas aller de l'avant avec cette modification et j'ai signalé mon opposition sur leur site, dont les principaux points sont résumés ici.
Lire aussi:
Le CRTC pense revoir les normes de la radiodiffusion (Anne Caroline Desplanques, Observatoire du journalisme)
Les mensonges des médias désormais permis au Canada? (Jean-Louis Trudel)
Le Droit à l'information (Professeur Pierre Trudel, Université de Montréal)
Mensonges autorisés sur les ondes? La FPJQ craint un changement de règlement au CRTC (Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir)
Égypte et internet, qui contrôle qui?
Certains états trouvent ça insupportable, mais n'y peuvent rien (il cite une Europe impuissante devant les Américains qui fabriquent à la fois les logiciels et les matériels qui font marcher Internet), mais d'autres aussi trouvent ça insupportable, mais interviennent pour changer la situation (il cite la Chine qui s'est coupée carrément d'Internet avec un système parallèle de noms de domaines, un "annuaire" d'adresses internet «sinisé»).
La rivalité, maintenant au grand jour, entre la Chine et les États-Unis dans ce domaine, a été ensuite le sujet du reste de l'interview radiophonique (disponible en baladodiffusion pendant quelque temps, ici). Les attaques, organisées, secrètes ou mafieuses, ne sont pas différentes des actes de pirateries en haute mer sur les voies de communication au temps où l'Empire britannique contrôlait les océans.
Aux armes, internautes
Internet est bel et bien une arme stratégique, et commerciale. On en voit les traces notamment avec Wikileaks récemment et la révolution verte en Iran qui ont consacré Twitter comme arme politique de Washington. (Lire mes billets Ligne de démarcation pour comprendre l'assaut étatique contre Wikileaks et Twitter entre dans l'armement stratégique américain, pour les implications politiques dans les médias sociaux).
Que l'Égypte ait coupé Internet il y a quelques jours pour contrecarrer les manifestations en cours démontre probablement la puissance, à double tranchant, d'internet. Dans ce cas-ci, il s'agit d'une «affaire intérieure» et touche principalement la communication et le transfert d'information.
Est-ce que je me trompe, mais n'est-ce pas là la première fois de l'histoire qu'un gouvernement «débranche son peuple»?
Le post de gloire arrivé
En ouvrant le journal ce matin, on peut être surpris (?) de lire de la plume de Christian Rioux, dans sa colonne au Devoir: «S'il fallait en croire certains, sans Facebook et Twitter, il n'y aurait jamais eu de soulèvement en Tunisie et en Égypte. En a-t-on assez lu de ces reportages jovialistes décrivant une jeunesse arabe mondialisée qui passerait ses longues journées à gazouiller sur ces nouveaux médias prétendument «sociaux»?» (source)
Non pas que les médias socionumériques soit au coeur de la révolution (à ce que je sache, il y a de vraies matraques qui cabossent des vraies têtes), mais, avec les autres canaux plus traditionnels, ces nouveaux médias participent à propager le «mème» de la révolution sur les terreaux fertiles.
Quand un média socionumérique peut transmettre un «mème» révolutionnaire, c'est qu'il y a une ligne de fracture déjà existante pour s'y infiltrer. Le filtrage social permet à petite dose de confirmer un sentiment que l'on a et que l'on ne pensait pas partagé. Une vidéo, des écrits, un podcast, diffusent des visions du monde non filtrées (avec tout ce que cela peut aussi amener comme risque), des contenus souvent alternatifs aux visions «officielles», ou, du moins, «dominantes» dans les canaux traditionnels. En général, ces messages proviennent de gens de confiance: des proches dans son réseau social.
Contre nous, la cyberie,
Le journaliste s'étonne: «C'est à se demander comment, malgré le black-out qui s'est abattu sur Internet pendant cinq jours, deux millions d'Égyptiens ont quand même trouvé le moyen de se donner rendez-vous sur la place Tahrir cette semaine. », question de bien remettre à sa place Internet, comme il aime le faire régulièrement (lire mes billets sur ses épidémies blogueuses).
Mais voilà, c'est qu'on ne peut pas facilement éteindre internet: des solutions de contournement variées ont été mises en place (via ZDNet.fr). Mais si on voit plutôt Internet et les réseaux sociaux comme une étincelle qui met le feu aux poudres (comme je le pense), cette même étincelle ne peut plus grand-chose une fois l'incendie allumée.
Comme je l'écrivais cette semaine «Tunisie, Égypte, Algérie, Yémen, Jordanie, tout s'embrase, via les technologies de l'information. Télé, radio, internet.» Mais ce qui y circule c'est l'information. Et, or, ce sont les hommes qui font la révolution dans la rue. Les réseaux sociaux sont comme un déclencheur (ou un «médiateur»). Les racines de toutes révolutions doivent être encrées plus loin dans la chaire de la vie que sur le simple fait d'une émotion épidermique d'un acte de communication.
L'étendard sanglant est twitté
Il y a tout de même le besoin du pouvoir en place d'envoyer ces casseurs mater du jeune révolutionnaire dans la rue pour les disperser et même attaquer et effrayer les journalistes jusque dans leur voiture pour qu'ils ne soient plus témoins. Resteront probablement les réseaux sociaux pour garder un tant soit peu le contact avec l'extérieur, probablement pendant un certain temps. Et probablement ensuite noyé par de la contre-information et l’indifférence.
S'il faut rassurer M. Rioux, Internet ne fera pas la révolution à la place des gens (il a raison). Mais il est bon de souligner qu'un nouvel outil s'est rajouté dans les mains des peuples et ce qu'ils peuvent en faire pourrait potentiellement dépasser même les nations, pour reprendre le thème de mon billet récent. (D'ici là, cet outil nouveau peut servir de coordination décentralisée pour les manifestants...)
Entendez-vous dans les forums
Tiens, en parlant de «dépassement des nations», l'invité de Thierry Garcin a écrit en janvier dernier «L’Internet [est] en rupture radicale avec la structure nationale moderne. Précisément parce qu’il n’est non pas une médiation entre la Nation et le citoyen, une gêne, mais quelque chose qui s’extrait complètement de la Nation pour renvoyer à autre chose que la Nation. » Le grand schisme de l’Internet
Mugir ces féroces réseaux?
À lire en complément
À quoi ça sert de s'activer sur Internet ? Doctorow répond à Morozov sur le blogue de Framablog. Essentiel.
Does Egypt need Twitter? Où Malcolm Gladwell, qui n'est pas soupçonné d'être réfractaire à Internet, écrit dans le sérieux New Yorker que les révolutions ont existé avant Facebook.
yes, malcolm gladwell, egypt does need twitter, une réponse au précédent lien en guise d'introduction à la possibilité enfin offerte de communiquer pour se mobiliser.
Un diplôme jetable
L'argument principal apporté par l'auteur consiste à se demander si les doctorants qui graduent gagnent plus que ceux du baccalauréat. Une étude britannique démontre que détenir un baccalauréat permet d'avoir des revenus 14% supérieurs à ceux qui auraient pu aller à l'université, mais qui ont décidé de prendre un autre chemin. Pour un doctorat, cette moyenne est de 26%. Où se trouve le problème?
La comparaison perd de son éclat quand on la compare à la «prime» d'avoir une maîtrise, formation qui prend moins de temps qu'un doctorat: 23%.
L'étude montre donc qu'en moyenne avoir un doctorat ne donne que 3% «d'avantages salariaux» par rapport à une maîtrise. Et encore, pas pour tous les domaines: en math, informatique, science sociale et linguistique, cette différence s'estompe. Et en «engineering and technology» (je ne connais pas l'équivalent français) ou en architecture et éducation, l'avantage disparait complètement et devient négatif.
Il faut probablement relativiser ces chiffres britanniques. Mais on est surpris qu'il n'y ait pas plus de différence.
Malus au doc
L'article conclut en racontant que les nouveaux docteurs trouvent difficilement leur place dans le marché malgré leurs talents. Ou plutôt que les talents collatéraux acquis au Doc sont d'une faible utilité dans un monde où le savoir technique doit être assimilé rapidement et présenté clairement et simplement à une vaste audience (comme si le soin apporté à la rédaction et à la validation ne trouvait plus preneur).
L'article mentionne que certaines universités commencent à offrir à leurs doctorants des cours de «soft skill» (hum, un traducteur dans la salle?) comme la communication et le travail en équipe pour les préparer au marché du travail.
Il n'est pas fait mention dans l'article des raisons autres qu'économiques qui motivent une personne à faire un doctorat, mais l'argument financier fait tout de même mal.
Superflue, super flûte!
L'universitaire semble s'empêtrer d'une connaissance superflue s'il se spécialise trop académiquement. Pénalisé par sa persévérance, en quelque sorte. Ou est-ce alors l'Université qui produit trop d'experts de niveau «académique» (particulièrement dans certains champs d'études) sans possibilité de les replacer dans son propre corps? C'est une des questions posées dans l'article -- qui fait aussi le parallèle paradoxal avec un marché du travail qui se plaint d'un manque de ressources spécialisées. (Et revoilà le débat relancé quant à savoir si le rôle de l'Université est de servir les intérêts du marché ou non).
Je suis plus qu'intrigué par le fait que les doctorants ne trouvent pas leur place. Mais qui ne connait pas un étudiant dans cette situation?
Le savoir ordinaire
J'avais abordé il y a quelques années la montée du savoir profane, ce savoir non-académique, qui entre en compétition avec un savoir plus formel (voir un démonstration que j'avais proposée). Peut-être que le «just good enough» s'applique au savoir en entreprise. L'accès à l'information par internet rend-il la connaissance d'une information moins attirante que la compétence de l'acquérir? Cette compétence, effectivement, s'acquiert dès la Maîtrise.
Dans les domaines en ébullition (internet notamment), devient expert celui qui a lu 3 livres de plus que les autres. Dans le domaine des réseaux sociaux, des soi-disants experts n'ont probablement lu que quelques livres de plus que son client et suivent un ou deux bons mots clefs sur Twitter. À ne pas mélanger avec charlatan. Dans un monde informationnel en expansion, ces petites avances peuvent devenir des gouffres infranchissables en quelques années. L'expertise se métamorphose. Il faudra y revenir.
Et vous, qu'en pensez-vous?
3 liens pour comprendre les Kindle Singles
Un "single" pour Kindle c'est :
- un livre de 5000 à 30 000 mots (environ 15 à 90 pages)
- un prix entre 0.99 $ et 4.99 $ (en général c'est entre 8 et 14 $)
- et qui portera sur une seule idée forte, bien documentée, bien argumentée et bien illustrée
- Boutique Kindle Singles
Amazon invente le livre "single", d'Olivier Ertzscheid
Ce n'est ni pour la forme (le format ebook "court" existe déjà), ni pour le prix , mais c'est sa ressemblance avec l'industrie musicale (où le «single» à 0,99$ du Apple Store a sauvé la peau de l'industrie de la musique) qui fera «du "single" LE vecteur de sa stratégie de diffusion au détriment de "l'album"» et «autorisera, comme les "singles" musicaux l'autorisèrent, un déferlement littéralement vertigineux, un fractionnement quasi infini de ce qui peut être un livre, de ce que peut être un livre.»
On n'achète pas une bibliothèque comme un livre, de Jean-Michel Salaün
Avec «l'arrivée du web et surtout la montée des tablettes modifient considérablement la donne et l'attitude du lecteur. Sur un Kindle ou un iPad, on n'achète pas un livre, on se constitue une bibliothèque». La petite révolution consiste à retourner la conception actuelle de la valeur éditoriale d'un livre (et de supposer une élasticité de la demande globale de livres par rapport à leur prix. Autrement dit, de supposer qu'un livre, ou plutôt un titre, est concurrent d'un autre en fonction de son prix, que les livres sont peu ou prou interchangeables»
L’ogre Amazon aux pieds d’argile, d'Hubert Guillaud
Les Singles sont «une offensive aussi redoutablement structurante que celle de l’iTunes d’Apple pour la musique». «Amazon est devenu le vendeur incontournable du livre électronique en se constituant un catalogue à nul autre pareil» ; Le marché ne «décollera pas tant qu’il sera verrouillé, que ce soit par des DRM ou par des formats trop spécifiques».
Les nations seront dépassées
« Grâce à la liberté des communications, des groupes d'hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées. »
Non, cet aphorisme n'est pas d'un commentateur éclairé de la scène actuelle du Proche-Orient, emportée par les éclats de foules et les feux de protestations contre les potentats corrompus qui les gouvernent.
La citation est bien de Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883 - VP°IV,76), reprise par Enthoven en 2009 (L'Express), qui l'a citée de nouveau il y a deux semaines à son «podcast hertzien» Les Nouveaux Chemins dans le cadre d'une semaine sur le philosophe allemand.
Tunisie, Égypte, Algérie, Yémen, Jordanie, tout s'embrase, via les technologies de l'information. Télé, radio, internet.
Les régimes cherchent tous à empêcher que l'on sache qu'une révolution est en cours. Et voilà que l'Égypte vient de couper internet. On empêche (illusoirement) par tous les moyens les gens de se regrouper virtuellement avant qu'il ne le fasse dans la rue. Internet est coupé? Déjà on voit ressortir les vieux modems pour le recréer, cet internet, et la fondation de communauté continue.«Grâce à la liberté des communications, des groupes d'hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées ».
Bon, bien sûr, il faudra voir encore si la demande de «démocratie» des manifestants ne sera pas au final un cheval de Troie pour l'islamisme, cauchemars de l'Occident.
Mais l'apport de la «liberté des communications», toute relative qu'elle est, alimente la porosité des nations au profit de «sphères» (pour reprendre l'expression de Sloterdijk) où «[l]e lien d'analogie entre voisins [...] ne naît ni par inspiration commune, ni par commerce linguistique, mais sur la base d'une contamination mimétique grâce à laquelle un modus vivendi [...] se propage dans une population» [Sloterdijk, Sphères III: Écumes].
Comment accepter une condition locale quand «l'ailleurs» nous montre des voies alternatives pour «mieux vivre»? Les frontières n'apportent plus l'immunité souhaitée pour garder les cultures nationales isolées.
La télévision avait ouvert la voie. Sous la forme de fiction. Les séries télé, probablement plus que les journaux télévisés, avaient offert à des populations assoiffées de rêves des mondes idylliques. Les scénarios hollywoodiens comme succédanés de «l'ailleurs idéalisés». Mais nuls n'étaient si dupes pour prendre à la lettre ces images.
Alors l'échange par internet a pris le relais et a transmis des «vraies images», des «vrais messages» et des «vraies réalités». À côté, certains vivent à un clic d'un monde différent auquel on peut aspirer.
Ce qui était une pensée esseulée, isolée, trouve lentement sa communauté. «Je ne suis plus seul à penser cela». La conviction se renforce. Et quand on voit que sur la place publique, dans les cercles dirigeants, on étouffe cette vérité, on est convaincu que l'on peut sortir des nations fictives et que l'on ne sera plus seuls pour renverser l'histoire...
En complément:
À quoi ça sert de s'activer sur Internet ? Doctorow répond à Morozov sur le blogue de Framablog. Essentiel.
Le Printemps arabe. Un petit dossier du Devoir
Quand la technologie remplace la discussion… Sur InternetActu sur la question «du fait que notre attention se disperse et que, pour maintenir et améliorer l’attention que nous accordons à nos relations électroniques, nous recherchions celle que nous accordions à nos interlocuteurs physiques.»
A Declaration of the Independence of Cyberspace - John Perry Barlow
Vie et mort dans le virtuel
Ces mondes virtuels sont des manières de se créer un double / un avatar pour entrer en relation avec d'autres personnes (d'autres avatars). La technologie aidant, l'aspect le plus remarquable (et remarqué) reste la création en 3D d'espaces pour permettre aux avatars de se mouvoir. Et qui trouble beaucoup de gens quand vient le temps de se poser des questions naïves (comme «est-ce bon ou mauvais?»).
Le réalisme de cet espace, similaire dans son aspect visuel avec le nôtre («dans la vraie vie») ne se retrouve pas toujours dans «d'autres espaces» où nous avons nos «doubles»: échange épistolaire, blogue, émission de télévision où nous portons aussi des «masques»
Je tiens à préciser ici que je suis de ceux qui croient que les relations humaines passent par des «mises en scène» qui ne sont pas l'apanage exclusif des mondes virtuels 3D : Twitter, Facebook, nos échanges courriel et même nos cocktails sont des formes de construction d'une identité publique (même si moins visuelle) où on met de l'avant des caractéristiques personnelles et où on en cache d'autres.
«Contrôler son image» veut dire que l'on contrôle ce qu'on laisse diffuser ou non dans un espace, qu'il soit virtuel ou non, c’est à mon avis une autre façon de «se masquer» et d'entrer en relation avec les autres. Le numérique n'a pas le monopole du « bal masqué»: nos habits, notre maquillage, les endroits que nous fréquentons «dans la vraie vie» sont autant de facettes de notre personnalité que l'on met en scène.
Second Life, World of Warcraft, etc participent du même processus social: ils sont seulement très fortement axés sur l'avatar.
Il n'y a pas en soi de problème à utiliser ces mondes. On peut soit s'y amuser ou entrer en relation significative avec les autres. Si problème il y a, c'est quand on s'en sert pour éviter d'entrer réellement en relation avec les autres. En dénigrant sa propre personnalité (sous le prétexte qu'il ne serait pas «montrable») et en valorisant trop son double chimérique (l'avatar numérique que l'on se construit ou le personnage qu'on invente dans les cocktails), on risque d'affaiblir davantage ses chances de se sentir bien dans sa peau.
Mais je parle ici probablement de cas extrêmes, pathologiques, et je ne crois pas qu'il faille stigmatiser les usagers de ces mondes à cause de l'usage excessif de certains. Il est vrai que l'abus, particulièrement chez les jeunes, empêche de se développer socialement «dans la vraie vie» à un moment critique de leur vie. Mais la plupart des usagers ont un usage sain et ludique de ces mondes. Des formes d'amitiés ou, du moins, des modes exploratoires de relations humaines procurent sûrement des avantages, sinon comment expliquer qu'ils y soient?
Le «rite funéraire» que décrit Marie dans son billet participe du même mouvement. On se réunit là où la relation a eu un sens. Parfois il transcende les mondes et des liens se bâtissent «dans la vraie vie». D'autre fois, le lien est plus «réel» dans le virtuel.
De tout temps, les humains aiment les histoires: on s'immerge dans les films ou on plonge dans des livres. Second Life et consorts offrent encore plus: vivre une histoire dont on est vraiment le héros... Même pour sa propre mort...
Image: Shibuya
Tout au même endroit
Je m'interroge sur les raisons que l'on a de vouloir se plonger dans ce déluge d'information et je me suis posé la question sur la façon que l'on a réagi au tout début de la vague.
Il est bon de se rappeler que la première «mode» sur les tous premiers sites web, à peu près entre 1993 et 1999, a été de bâtir des interfaces surchargées, «bruyantes» et animées (il en existe encore quelques artefacts sur le web si vous cherchez bien). Mais pourquoi donc?
Il faut se mettre en contexte. Avec l'arrivée du web (et des navigateurs Mosaic et Netscape) le grand public accédait, simplement et rapidement, pour la première fois à une énorme quantité d'information, et ce à partir du même endroit: l'écran de son ordi. Auparavant, pour réunir toute cette information, il ne fallait pas compter en secondes, mais en jour.
On a peut-être déjà oublié, mais de tout temps il a toujours été difficile de chercher et de trouver de l'information (voilà pourquoi on paye les journalistes, les professeurs et les bibliothécaires). Trouver l'information demandait un certain savoir et un savoir-faire certain puis, être en mesure de se déplacer ou d'être mis en relation avec les sources.
Écran d'abondance
Or au début du web, les internautes faisaient pour la première fois l'expérience d'avoir tout à la portée de main (littéralement, c'est le cas aujourd'hui avec le iPad). Quand on passe d'une époque où l'information est rare et dispersée, il a été normal que le premier réflexe ait été de tout mettre en tas à l'écran, pour montrer justement que «tout» était là.
Les premiers sites étaient aussi laids les uns que les autres, surchargés et durs à naviguer. Remettons-nous dans l'esprit de l'époque. Quand chercher hors web est long et fastidieux, alors, même face à des «sites laids et lourds», le simple fait de «tomber» sur une mine d’information était un net avantage.
Le souci des «webmestres» consistait simplement à «rendre accessible» tout ce qui était possible. L'usager se grisait avec la «quantité» d'information que le site lui livrait en quelques clics.
Remémorez-vous l'interface de Yahoo. Un capharnaüm. Et le site phare du web 1.0. «Tout au même endroit».
Et c'est par contraste que le héraut du web 2.0, Google, annonciateur des interfaces épurées des années 2000, fit comprendre que «tout au même endroit» ne veut pas dire tout à l'écran...
On dirait que si la première réaction a été de «fêter» la surabondance de l'information en l'affichant sans nuance, on s'en lasse assez rapidement. «L'information en temps réel» suivra probablement le même chemin, même si je ne sais pas quel chemin il va prendre. Le filtrage social est une première stratégie.
- Mais comment la gestion des flux de son réseau se fera de façon organique?
- À quoi ressemble une architecture de l'information d'un graphe social?
- Comment bâtir une ergonomie cognitive du «temps réel»?
Wikipédia a 10 ans
Dans ce billet, de Stéphane Baillargeon, Wikipoche, il dépeint la portion sur les articles québécois de l'encyclopédie ouverte comme étant "poche": il s'étonne que les pages concernant le Québec soient de si piètre qualité et se met à rêver d'une grande "corvée de nettoyage" où il voit «les collèges et les universités du Québec [s'occuper] du portail Québec" sur la portion francophone de Wikipédia.Il pousse maintenant l'idée jusqu'à affirmer que «l'exercice de vérification et de rédaction serait même très formateur pour les étudiants». On voit tout le chemin parcouru depuis son dossier en février 2009 sur le sujet (voir ici). Et surtout quand on sait que son collègue Christian Rioux voue aux gémonies cette idée de laisser les élèves modifier l'encyclopédie (disant du même souffle, CQFD pour ce qui est de la qualité sur Wikipédia) (Source). Que cette idée, portée par Prenzki depuis quelques années, s'étale dans le Devoir de la part d'un de leurs chroniqueurs, on sent que le journal qui a 101 ans est bien au 21e siècle...
Cette idée d'avoir des ambassadeurs numériques est loin d'être farfelue pour des petites nations comme le Québec -- qui n'arrive même pas à faire imposer, pour son propre sport national, des termes comme «bâton de hockey» et «rondelle», écrasé par la francophonie qui n'y voit que "crosse" et "palet" (cité dans l'article de Baillargeon).
Mais rien n'empêche le Québec de cesser de vouloir jouer les règles d'un jeu foncièrement inégal par définition et de commencer à supporter directement ou indirectement les organismes ou les gens qui cherchent à s'impliquer... Via les subsides du gouvernement? Pourquoi pas. Le monde de l'éducation devrait en faire un laboratoire grandeur nature? Probablement que oui. Les associations d'historiens, des chercheurs ou des organismes communautaires? comme condition à une subvention, ça pourrait marcher.
Les idées ne manquent pas. Le numérique est un territoire à conquérir. Bonne fête Wikipédia.
(MàJ) Dossiers à lire en complément: (merci à Chrism)
- Critiquer Wikipédia sans passer pour un rétrograde qui n’a rien compris à la révolution
- Wikipédia et éducation : un exemple de réconciliation
(MàJ2) Merci EspaceB
- Excellent Jean-Noël Lafargue : «Wikipedia a 10 ans» (plus développé que mon billet)
- Aljazeera: Look it up: Wikipedia turns 10
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Liens rapides du 7 janvier
La gestion de l'information à l'ère de Wikileaks... et ses dilemmes [Paris Tech Review]
Avec WikiLeaks il s’agit de «la première confrontation majeure entre l’ordre établi et la culture internet». Or les entreprises aussi ont aujourd’hui en main des données sur leur clientèle vulnérables à des fuites préméditées ou accidentelles...
Hypernews, Hyperreaders and Beyond [Journal of Electronic Publishing]
Le lecteur à l'ère électronique: la relation avec le journaliste aujourd'hui. Un regard méthodique.
Pour en finir avec le journalisme citoyen [Aurélien Viers]
Tiens, pour compléter l'article précédent et faire remonter une excellent billet posté il y a 2 ans sur le «témoignage participatif», terme plus approprié que "journalisme citoyen" et moins ésotérique que «hyperreader».
Réseaux sociaux
Your Followers Are No Measure of Your Influence [Advertising Age]
Mélangerait-on popularité et influence? Le «Tipping point» versus la bonne vielle méthode d'arroser tout le monde.
Comment adapter les médias sociaux dans sa stratégie
Une présentation de l'agence Dagobert qui introduit les principes de base des médias sociaux comme Twitter, Facebook, Youtube, blogs, Foursquare et Slideshare. (débusqué par Julien Bonnel)
La gestion de communauté
«Your»...la «Junior-Entreprise» de l'ISC Paris nous offre une introduction sur le sujet

