ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Les 6 demandes du plan numérique pour le Québec


Enfin, c'est lancé! Voici une amorce d'un plan numérique pour le Québec d'aujourd'hui!

Envoyé sous forme d'une lettre d'opinion aux 4 dirigeants de parti, Mme Pauline Marois, M. Jean-Marc Fournier, M. François Legault et Mme Françoise David et aux journalistes, et écrite par  Mario Asselin, René Barsalo, Michelle Blanc, Cyrille BéraudSylvain Carle, Michel Cartier, Monique Chartrand, Michel ChioiniJean-François Gauthier, Vincent Gautrais, Hervé Fisher, Claude Malaison et Monique Savoie.

Les  13 «étonnés» dénoncent du Québec d'aujourd'hui : un grand retard  et une inaction du gouvernement Québécois sur le plan numérique. Ils formulent 6 demandes. Attendez-vous à plus de détails éventuellement, mais pour l'heure, il est temps de faire le premier pas...

Nos six demandes

• Créer une Agence du numérique qui relèverait de l’Assemblée nationale (comme la Société Hydro-Québec qui a pour mission de gérer toutes les questions énergétiques). Cette agence relèverait du Parlement et devrait transcender les partis politiques et le pouvoir exécutif.

• Co-construire un Plan numérique avec l'ensemble des acteurs et la population de toutes les régions du Québec, capable de développer à la fois l’économie, la culture et les savoirs, dans notre société qui doit s’adapter, comme toutes les autres, au XXIe siècle.

• Créer un Conseil national du numérique qui serait formé des représentants reconnus de l'ensemble des secteurs d'activités et de la société civile. Il serait obligatoirement consulté par le Parlement et les ministères pour toutes questions concernant le développement du numérique sur le territoire québécois. Nous pensons au modèle du Conseil supérieur de l'éducation à l'intérieur de la Loi sur l'instruction publique...

• Créer un forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement, soutenu par celui-ci et une fondation par exemple, avec une gouvernance assurant sa neutralité. Un modèle inspirant : NESTA en Angleterre ou http://www.worldwatch.org/

• Investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances.

• Investir aussi dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse (100 Mb symétrique et plus) et gérer selon les règles "OpenAccess" afin de rendre nos infrastructures interopérables, ouvertes et performantes pour communiquer entre nous et avec l'ensemble des pays avec qui nous entretenons des relations politiques, sociales et économiques.
On digère et on en reparle la semaine prochaine, un point de presse est prévu par ces 13 "étonnés" jeudi!

(Mise à jour: juste pour mettre un peu plus de contexte, voici un billet de 2010 à propos du même sujet. Ça ne date pas d'hier)

Twitter en temps de guerre


Jeudi j'ai écrit sur mon autre blogue, qu'on pourrait s’attendre normalement à ce que des opérations militaires soient lancées dans le plus grand secret, mais que ce ne semble plus être le cas avec le Tsahal et son opération #PillierDeDéfense.

La logique de la propagande semble plutôt aller très bien avec la « transparence » du «web 2.0»

L’armée israélienne avait invité les gens, dans leur communiqué de presse au tout début de l'offensive,  de suivre  « à la source »  le déroulement des opérations et on n'est pas déçu: leur compte Twitter et Facebook était mis à jour avec les derniers développements et indiquant même qui était la cible visée (Ahmed Jabari pour ne pas le nommer).

Comble de transparence, le gestionnaire de communauté a mis sur YouTube une courte vidéo de 10 secondes (elle a été retiré depuis) où on voit la voiture du chef de la branche militaire du Hamas littéralement exploser sous nos yeux.




Je dis "gestionnaire de communauté", mais je me demande si le terme dans dans ce contexte ne cache pas plutôt un "relationniste de presse" ou même un "agent de propagande". Les cyniques diront qu'il n'y a pas de différence.

En temps de guerre, Twitter ou pas, la vérité est toujours la première victime...

N'empêche. Du côté palestinien, ils ont a réagi rapidement en créant un mot-clic #GazaUnderAttack  et Israël ensuite réagi en créant un autre mot clic #IsraelUnderFire pour lister toutes les roquets que le Hamas leur envoi sur la tronche.

Twitter offre une puissante façon de vivre le conflit en direct. Les deux côtés comptent sur le fait que, dans le feu de l’action, les gens vont s’indigner et prendre leur parti.


La pompe à propagande est amorcée, car il n’y aucun moyen de savoir si les faits de parts et d'autres sont réellement dus aux attaques récentes ou non...

C’est une réelle guerre de l’opinion publique se joue dans ces échanges par médias sociaux interposés. Maintenant, les acteurs militaires eux-mêmes sont conscients d’utiliser les médias sociaux comme arme de communication massive!

Il y a sur le web, des gens qui suivent ces "scoops", qui se tiennent informé «à la source même». Les belligérants s'adressent à eux. On ne peut juste qu'espérer qu'ils soient assez éduqués pour faire la différence entre une vraie information et de la propagande...

Twitter, dans ce cas, n'est qu'un simple tuyau. Mais être en ligne en premier permet de répondre et d’orienter les discussions, car on peut introduire le « bon vocabulaire » (qui est un terroriste, qui est une victime) et on peut pointer vers des documents de références.

Et vous qu'en pensez-vous? Est-ce que la guerre via les médias sociaux peut aboutir à quelque chose? Est-ce que les gens liront vraiment ce qui est diffusé ou se cantonneront-ils dans leur position? Être le premier à live-tweeter une attaque que l'on commet change-t-il quelque chose?

Plus d'info: La guerre par médias sociaux interposés sur Triplex

Au salon du livre de Montréal

Venez nous voir au kiosque du distributeur Dimedia (no 433) ce soir (vendredi 16 novembre) de 19 h 30 à 20 h 30 (Marie-Claude y sera avec Guillaume), ou dimanche le 18 novembre de 13 h à 14 h (nous y serons tous les trois).

Guillaume a compilé les liens de tout ce qui a été dit sur le livre jusqu'à maintenant et Marie-Claude l'a mis en forme sur son site :


À quelle question, votre entreprise est-elle la réponse?

La soirée de lancement s'est réellement bien passée, j'en reçois encore beaucoup d'échos. Je lève mon chapeau aux organisateurs, Infopresse.

Je vous partage le petit mot que j'ai dit sur le podium durant la soirée. Ce mot à moi, mot de la fin des quelques petits discours de la soirée, est simple: c'est «pertinence»

J'ai fait ce livre, car je croyais qu'il était pertinent de le faire. Quand Guillaume m'a demandé de participer à la rédaction du livre, avec Marie-Claude, j'avais demandé l'assurance que ce ne soit pas "juste un livre de plus".  On était tous sur la même longueur d'onde.

Ce qui circule dans les médias sociaux doit être pertinent, sinon cela ne circule pas.

Quand on comprend ça, et qu'on comprend que sur les réseaux sociaux les gens sont demandeurs de contenu pertinents, des contenus qui répondent à leurs questions... Alors on comprend que ce sont les réponses aux questions qui circulent.

Si on veut faire affaire dans les médias sociaux, il faut se demander «ma compagnie, mes produits, mes services, à quelle question répondent-ils»?

Nous on sait que notre livre réponds à ce besoin de comprendre les médias sociaux pour les entreprises.

Photo: Infopresse

400 personnes au lancement du livre Les médias sociaux en entreprise

Lancement de livre et atterrissage en douceur. C'est l'aboutissement de plusieurs mois de travail qui a culminé hier soir avec le lancement du livre Les médias sociaux en entreprise que j'ai co-écrit avec Guillaume Brunet et Marie-Claude Ducas aux éditions Infopresse.


Avec un travail sur les médias sociaux en amonts par les auteurs et un travail sur le terrain par l'éditeur, cette soirée a été un succès. Il m'aurait fallu bien plus de temps pour rencontrer et parler à tout le monde.



Merci de votre présence. Si vous avez des questions, utilisez le mot-clic #msee sur Twitter.

Le livre se trouve maintenant disponible en librairie et en ligne (Amazon.ca, Archambault.ca, Renaud-Bray)

Flash forward: Enregistrer les compétences tactiles?

Mes billets «Flash Forward» : brèves du futur immédiat. Aujourd'hui un robot calligraphe,  demain la numérisation des compétences.



La calligraphie chinoise et japonaise est un art. La reproduction des idéogrammes au pinceau demande beaucoup d’intuition et de pratique pour arriver à les faire correctement. 

Le type de pression du pinceau, le mouvement du bras et du poignet et l’ordre dans lequel sont créés les traits qui forment un caractère chinois sont durs à maîtriser.

Seuls de grands maîtres arrivent à bien manier le pinceau pour reproduire les idéogrammes.

Encoder les compétences

Une université japonaise a fabriqué un robot à qui on peut enseigner les mouvements exacts pour faire de la calligraphie et il peut les reproduire à l’infini.

Le robot capture non seulement le mouvement, mais aussi la pression et les subtilités du maniement du pinceau. Le robot reprend le pinceau et arrive à faire exactement les mêmes traits que l’original.

Voir la vidéo ci-dessous:



L’intérêt, à mon avis, avec cette nouvelle technologie, c'est de permet de capturer le doigté de l’artiste et de le reproduire. C’est une façon nouvelle de créer une banque d’expertise qui serait consultable et reproductible à l’infini...

On serait en mesure de conserver des compétences tactiles sur un disque dur et d’y accéder à volonté. Par réseau même. Ce ne sont plus juste des photocopies ou des reproductions d'oeuvre, mais la copie carbone de l'oeuvre elle-même.

Exemple: je pourrais reproduire des affiches artistiques pour un show local en chinois à partir de compétences enregistrées à Shanghai. L'artisan local, tout en travaillant dans cette ville, pourrait alors offrir ses services au niveau global.
En conclusion:

Une certaine compétence manuelle serait donc possiblement en voie d'être numérisable et transférable.

Une fois la calligraphie maîtrisée, rien n'empêche que d'autres gestes (médicale, technique, etc.) soient enregistrés et restitués de la sorte.

Quel bouleversement pensez-vous que cela fera?

Les médias sociaux en entreprise

Je vous invite au lancement de mon livre “Les médias sociaux en entreprise” que j'ai co-écrit avec Marie-Claude Ducas et Guillaume BrunetDépêchez-vous de vous inscrire pour participer à cet évènement (c'est gratuit)!



Quand : mercredi 24 octobre prochain dès 17h30 chez Infopresse, l'éditeur, dans leur nouvelle salle d'événement (rez-de-chaussée) 4310, boulevard Saint-Laurent, Montréal (Québec).

INSCRIVEZ-VOUS ICI EN CLIQUANT

Au plaisir de vous y voir!


Table des matières (152 pages)


TABLE DES MATIÈRES DU LIVRE 

AVANT-PROPOS : Comprendre, puis agir

PREMIÈRE PARTIE : Comprendre. Se questionner. Écouter.

INTRODUCTION : Les médias sociaux ne sont pas un but en eux-mêmes

1. COMPRENDRE : Que sont au juste les médias sociaux?

2. SE QUESTIONNER : Ce que les médias sociaux viennent transformer

3. ÉCOUTER : Qu’avez-vous à apprendre sur les médias sociaux?

INTERMÈDE : Faites rayonner votre expertise

DEUXIÈME PARTIE : Agir. Entretenir. Évaluer.

4. AGIR : Se lancer avec succès sur les médias sociaux
5. ENTRETENIR : Gérer sa communauté et poursuivre les conversations
6. ÉVALUER : Mesurer l’efficacité de ses actions
CONCLUSION : Le défi de la pertinence



À propos du contenu du livre

Ce livre s’adresse aux dirigeants de petites entreprises ou de grandes organisations, ainsi qu’à tous leurs gestionnaires ou employés qui auront à être présents en ligne. Le but premier du livre est de permettre à ses lecteurs de bien comprendre et maîtriser cette nouvelle réalité. Le sous-titre («les comprendre, les utiliser, en tirer profit») correspond à nos trois envies, complémentaires, d'expliquer à quoi servent les médias sociaux.

Guillaume, par son curriculum en agence, cherche à expliquer comment en tirer profit, Marie-Claude, qui cherchait au début à augmenter ses compétences dans le domaine, veut expliquer comment les utiliser, et moi je cherche, comme toujours, à faire comprendre le phénomène. Le tout donne une bonne introduction au phénomène des médias sociaux en entreprise.

S'il y a une chose à retenir, c'est que les médias sociaux ne sont pas un but en soi. C'est un outil, comme un autre, au service de vos objectifs d'affaires. Le livre explique les diverses façons qu'ils peuvent se greffer à vos objectifs. Mais si on y cherche un bouton automatique «Rendez-moi célèbre» ou «Convertir vidéo en viral» ou «Vendez mes produits sans effort», mieux vaut reviser vos attentes.

Là où on doit porter une grande attention, même si on peut penser ne pas vouloir / pas pouvoir s'impliquer à fond dans les médias sociaux, c'est de comprendre que, de toute façon, les médias sociaux risquent, quand même, d'avoir un impact sur votre compagnie, vos employés ou même l'environnement concurrentiel de votre industrie.

Notre livre propose de comprendre «pourquoi écouter» (et en premier lieu, pourquoi, pour certains, écouter peut être une révolution) et les façons de «faire rayonner son expertise» (en abandonnant notamment le «langage marketing»).

On doit voir les médias sociaux comme un endroit peuplé de gens à la recherche de réponses à leurs questions, des gens qu’on pourrait surnommer des « demandeurs de connaissances ». Qui répond à leur demande ? Les compagnies deviennent, si on peut dire, des « fournisseurs de connaissances ».

Alors, vous, votre entreprise, vous êtes la réponse à quelle question?



À propos de la genèse du livre

Nous avons commencé à écrire le livre en juin 2011 et nous l'avons terminé au printemps dernier. Avec la mise en page, la correction, la vérification, nous voilà à l'automne 2012, enfin, sur papier.

Écrire un livre est processus bien différent de bloguer. Quand nous avions commencé, G+ n'était pas sorti. On se demandait comment intégrer la nouvelle plateforme de Google. Puis à la fin, neuf mois plus tard, la plateforme qui avait été promu à avenir radieux n'avait pas tout à fait décollé encore, comme on aurait pu s'attendre. Entre temps, Pinterest, cette nouvelle coqueluche, était sur toutes les lèvres. Le domaine des médias sociaux change si soudainement et toujours sans prévenir.

Quand on blogue sur les nouvelles technologies, on fait une suite d'instantanées. On a beaucoup moins le souci de la continuité. Un livre est plutôt construit dans la longueur. Il doit survivre à son sujet. Nous croyons qu'après une décennie de croissance exponentielle, les médias sociaux sont arrivés à une étape de consolidation et de début de maturité.

Sur la base des formations en médias sociaux que donne Guillaume Brunet, Marie-Claude Ducas a mis en mot sa structure en 6 étapes, structure qui me semble la meilleure façon de se faire introduire au phénomène: les entreprises pourront de se faire ainsi une idée claire du potentiel des médias sociaux.

Mais il serait difficile de voir où s'arrête et où commence la contribution de l'un de l'autre des auteurs de ce livre. En gros, c'est Marie-Claude qui a porté sur ces épaules une grande part de la rédaction. Ma contribution au livre se situe surtout au niveau de trois chapitres (introduction, l'intermède et la conclusion). Il serait dur maintenant de savoir quel contenu vient de qui, tant nos idées se sont mélangées. Mais en gros, la trame vient de Guillaume, les mots de Marie-Claude, et certaines réflexions («plus philosophiques», pour reprendre l'expression des deux autres auteurs) sont de moi (exemple: le «défi de la pertinence», le «rayonnement de l'expertise», le «filtrage social»...).

On a eu maintes discussions sur le degré de précisions et des détails qu'il fallait garder. Nous avons été assez prudents pour ne prendre que des exemples qui vont, on l'espère, traverser le temps.

Ce livre se veut concret sans être un livre de recettes. Il n'est pas un livre d'opinion ou d'humeur du moment, mais bien un tour guidé où on prend par la main le lecteur pour donner une idée du chemin idéal à prendre pour visiter le continent des réseaux sociaux dans une perspective d'affaires.


MISES À JOUR:
Sites qui parlent de notre livre:
Les Affaires, Olivier Schmouker De quelle question êtes-vous la réponse?

Abdiquer «l’intelligence» aux robots?

Combien d’humiliation subirons-nous avant d’abdiquer «l’intelligence» aux robots?

Depuis plusieurs années déjà que se prépare cette sortie. On parle soudainement davantage d’intelligence «émotionnelle», «interpersonnelle», «musicale-rythmique» et même «corporelle-kinesthésique» depuis quelques années...

On diversifie les définitions. Question d'être sûr de ne pas inclure les robots et leur «intelligence artificielle»...

Jouer aux échecs, une intelligente logico-mathématique, est passé aux mains des robots quand, il y a plus de 10 ans, Kasparov a perdu contre Deep Blue.

Les questions de connaissances générales ne sont plus l’apanage des «gens intelligents» depuis que Watson a battu les meilleurs joueurs de Jeopardy.

Ces deuils successifs, principalement du côté déductif, associatif et procédural devant la toute-puissance cybernétique, nous poussent inévitablement à nous redéfinir et à identifier correctement ce qui constitue le génie humain.

Car, côté «intelligence», il faut le reconnaître, nous sommes en train d’externaliser à la technologie, un à un, chaque trait de ce qui faisait auparavant notre fierté.

Définition à l'ère technologique

On doit donc se retrouver à redéfinir ce qu'est l'humain

Une piste consiste à essayer d'intégrer la machine : Hubert Guillaud posait cet été cette question: sommes-nous autonomes? et où on se demande si nous ne sommes pas des machines humaines.

L'autre piste est de refuser l'anthropocentrisme : ce que la nouvelle et prometteuse branche philosophique dite du réalisme spéculatif pose comme question tel que formulé récemment par Tristan Garcia: qu'est-ce qu'un objet? et où on se demande si nous ne sommes pas tous des objets.

Je m'en tiendrai aujourd'hui uniquement à la position du repli: ce qui se passe quand on se retire de certaines activités humaines précédemment vues comme une marque (naïve?) d'intelligence.

La stratégie de la terre brûlée

Suite à mon billet sur Triplex sur le sujet sur le robot LEGO qui résout des cubes Rubik en 5 secondes, quelques commentaires critiques, mais pertinents, m'encouragent à persister à penser que nous sommes devant une stratégie très humaine, ou du moins populaire (folk), de la terre brûlée.

Devant l'avancée de «l'intelligence» des robots, on (re)définit sans cesse l'intelligence --ou plutôt on le (re)précise-- pour éviter qu'il puisse être une qualité que possède aussi les robots.

Combien de temps avant qu'un test de Turing entourant des questions sur la poésie nous force à redéfinir les réponses d'un éventuel futur «robot poétique» comme ne faisant pas partie de ce qu'on appelle «comprendre vraiment ce qu'est la poésie»?

Je ne crois pas qu'il s'agisse ici de paranoïa, mais de sémantique (nous ne sommes pas des robots, ils ne sont pas intelligent). L'emploi de la bonne définition de ce qu'est l'intelligence n'est pas très rigoureux dans la population (ni de ma part --en fait de personne qui n'étudie pas dans ce domaine--)

Mais année après année, d'avancées «cybernétique» en prouesses «d'intelligence artificielle», on décale la frontière de ce qui nous fait paraître «intelligent» pour ne pas inclure les robots. Moi le premier.

Mais on serait mal placé d'affirmer que les robots auront toujours «l'intelligence qu'on leur donnera». Les recherches en cours sont justement du côté d'un «apprentissage autonome» où les réponses du «robot» ne seront plus programmées, mais induites par son interaction avec l'environnement et de ce qu'il en a appris...

Regardez cette petite vidéo du journal Le Point ici sur l'iCub, un robot «qui apprend».



Je constate juste qu'à chaque fois que la cybernétique fait des avancées, on décale la définition de ce qui définit (naïvement?) «l'intelligence humaine» hors de la sphère de «l'intelligence» tout court.

On finit par définir notre essence du côté des «émotions» et de la «créativité». Je ne contredirai personne sur ce point.

Je répète ma question: combien d'humiliation devant la «cybernétique triomphante» subirons-nous avant d'abdiquer «l'intelligence» aux robots?

À lire sur Zéro Seconde sur le même sujet

Watson 1er : sur cette nouvelle vexation que nous fait subir IBM en 2011
Watson, l'intelligence augmentée: où on ne considéra plus jamais la connaissance générale comme un signe d'intelligence.

Intelligence artificielle et semiosis humaine: une réflexion préliminaire pour tenter de comprendre pourquoi il ne sera pas possible d'admettre que les robots sont «intelligents».
Intelligence artificielle et semiosis humaine 2: la suite de ma première réflexion pour tenter d'insérer l'intelligence discursive comme distinction fondamentale de l'intelligence humaine.
Gödel et le web sémantique: suite et fin de la réflexion où je fais intervenir Gödel et sa théorie de l'incomplétude pour tenter, encore une fois, d'exclure les robots du champs de l'intelligence. Mon acharnement m'a conduit, des années plus tard, à plutôt penser que nous appliquons surtout la stratégie de la terre brûlée...

Image du centre: tableau de JM Basquiat

Faire-part de baptême de l'aérospatiale civile

Si la météo le permet,  le projet «Red Bull Stratos» suivra bien son cours, et cet homme fera un saut de 37 kilomètres, à la frontière de l'espace et de la Terre, dimanche.

Felix Baumgartner (43 ans) tentera de monter à 37 km dans les airs grâce à un ballon à l'hélium. Il sera dans une cabine pressurisée. Il portera une combinaison spatiale. Et de là, il sautera.

Préparé de longue date, avec une équipe de plusieurs personnes, sous le parrainage de Red Bull, cette boisson accro aux émotions fortes, Baumgarner tentera de battre au moins 2 records:

- le record du saut le plus haut,
- être le premier humain à franchir le mur du son (1 236 km/h)

Le dernier record est détenu par Joe Kittinger qui en 1960 (!) a sauté de son ballon à une hauteur de 31 km (!!). Quant au mur du son, nul de sait encore quel effet cela peut faire sur une personne en chute libre...

En direct de l'espace à la Terre en 20 minutes !!

Baumgartner a effectué déjà deux sauts de préparation: à 20 km et à 29 km. Il s'agit maintenant d'attendre les conditions idéales pour s'envoler (pas ou presque pas de vent, au sol et en attitude). Ce qui semble être le cas maintenant!

Le compte à rebours se trouve ici sur le site officiel.

On peut l'écouter en direct sur le lien ici: LIVE


35 caméras vont filmer et diffuser live sur Youtube sa sortie de la capsule et son plongeon.

Sa combinaison est entièrement pressurisée (et supporte des températures de 37c à -67c). La visière a son propre circuit de réchauffement pour empêcher la buée.

Et il y a aura des microphones à l'intérieur pour entendre Baumgartner.

En direct sur Internet, sur Youtube plus précisément, vous êtes invités à voir ce que je me permets d'appeler le faire part de baptême de l'aérospatiale civile.

Cliquer ici pour une animation en guide de "bande annonce" ou regardez cette petite vidéo montrant ses précédents sauts:


Faire-part de baptême de l'aérospatiale civile

Je ne parle pas de sa naissance, ni le faire-part de sa naissance, seulement du faire-part de baptême. L'union entre l'aérospatiale et le civil est déjà bien consommée et des rejetons sont déjà sortis de cette union.

Je crois qu'avec le projet Red Bull Stratos, cette semaine, on vous invite de la façon la plus spectaculaire (certains diront debordienne)  à assister à une sorte de baptême, un rites de passage. La guerre froide a donné la Lune. Notre époque au tout-à-l'économie nous donne «Red Bull Stratos». Chacun son époque...

L'aérospatiale civile (commerciale) est bien en selle, même si encore balbutiant, et comme à dépasser la simple mise en orbite de petits satellites. Avec Red Bull Stratos, c'est bien une façon spectaculaire de fêter le passage à cette nouvelle étape de l'exploration aérospatiale post-étatique.

Sous un vernis scientifique, cette commandite montre à quel point les cieux ne sont plus l'apanage des nations bien organisées.

Outre le fascinant spectacle, Red Bull a permis avec son projet le développement de certains outils à l'exploration de l'espace
  • la prochaine génération de combinaison spatiale sera plus résistante, plus maniable
  • des protocoles de sécurité en très haute altitude sont testés en vue du tourisme spatial (il faut prévoir un éventuel problème qui forcerait l'évacuation en très haute altitude).
Un premier exploit du civil est celui du Space X qui a réussi l'envoi d'un cargo (Dragon) à la station spatiale internationale aujourd'hui.

Les visées des commerciaux ne sont pas aussi modestes que le cargo Dragon. La compagnie Planetary Resources cherche carrément à exploiter les minerais dans les astéroïdes environnants et les ramener sur terre.

Ce n'est pas juste Baumgartner qui va faire Boum en traversant le mur du son, je crois bien que l'Humanité entière va traverser demain une frontière qui rendra caduque l'expression «The sky is the limit»

Des signaux, du bruit et des décodeurs

J'anime le mercredi 3 octobre 2012 l'atelier du #ProjetColumbus: «Actualités 2.0 - signaux, bruits et décodeurs» avec Josée Plamondon et Sébastien Provencher.

Pour inscription, allez sur le site Le Lien Multimédia



L'arrimage entre les médias de masse et ceux dits «sociaux» a été fait après une décennie de progression exponentielle des réseaux socionumériques. Arrimage réussi, mais pour quel résultat?

On voit continuer à péricliter l'économie du journalisme. Elle s'accélère même. Alors qu'au même moment où l'institution vacille, les journalistes n'ont jamais été aussi présents et importants. La montée de la société de l'information ne peut être que l'âge d'or du (nouveau?) journalisme.

Mais à quoi ressemble cette actualité dans un monde hyperconnecté? Comment capter les «signaux faibles» qui émanent de toutes les «conversations» en ligne. Ces signaux sont riches de potentialités et méritent d’être entendus et mis à contribution. Écouter. Mais quoi, mais où, mais comment?



Le Projet COLUMBUS organise cet atelier d’une journée pour en discuter. Outre Josée Plamondon et Sebastien Provencher, nous aurons Fabien Deglise (Le Devoir), Patrick White (Huffington Post Québec) et Fahim Moussi (CUTV) pour amorcer des pistes de réflexion.

En groupe, nous allons tenter de dessiner (littéralement) cette carte du territoire, de ce nouvel écosystème de l'information:
  • Qu'est-ce qui pointe vers la nouvelle? 
  • Où circule-t-elle? 
  • Quels nouveaux acteurs ont émergé?
  • Quel type de forme, quelles mutations a subies la nouvelle après l'arrimage? 
  • Quels sont les mécanismes qui permettent de rétrécir le temps entre le premier signal faible et sa propagation dans les grands médias?
  • Quels sont les invariants et les nouveaux vecteurs?
Ce qui me semble émerger, c'est une possible sortie de crise victorieuse pour certains méga joueurs dans de nouveaux espaces continentaux (NYTimes en Amérique, The Guardian en Europe) --parce qu'ils ont les poches profondes et tentent de nouvelles choses--- et des joueurs niches qui se faufilent entre les pattes des géants (Le Devoir au Québec, Rue89 en France, Huffpost dans la blogosphère et CUTV durant Le Printemps Érable) --parce qu'ils ont de faibles dépenses pour une bonne qualité de contenu adapté. Ceux entre les deux? Hum...

Mais entretemps, le datajournalisme refait surface (Deglise rappellera le matin qu'il n'est qu'un retour de qui s'est déjà fait) et l'open journalism fait que les salles de nouvelles collaborent ensemble. Ce ne sont que le point de départ et non l'objectif de la journée. Le journaliste peut-il se retrouver à repenser sa place parmi les signaux, les bruits et les décodeurs?

Cette journée d'atelier n'est pas une conférence de Yalta où on se sépare le monde. C'est plutôt un caucus entre coureurs des bois, sur un continent à découvrir, qui se disent qu'ils ne vont pas attendre les ordres de la capitale pour explorer et trouver le passage vers l'Ouest.

L'autorité qui augmente

«La hiérarchie est animale, il n'y a pas de doute là-dessus», déclare Michel Serres, auteur prolifique et professeur à l'université Stanford, dans son billet sur LePoint.fr de vendredi il y a deux semainesHeureusement, avec les technologies émergentes, une nouvelle démocratie du savoir est en marche, dit-il. Mais dites donc! Serait-ce qu'avec les réseaux, cet appréciable philosophe aurait (re)découvert la wirearchy de Jon Husband?

En quelque sorte, oui.



Wirearchy, est un néologisme de Husband depuis, créé il y a plus d'une décennie, pour nommer cet aplanissement des hiérarchies, en entreprise et dans la société en général. La communication dite horizontale, avec ses paires, devient non seulement praticable, et à moindre coût avec les nouveaux outils des médias sociaux, mais aussi essentiels.

Serres, lui s'attarde moins à la structure qu'à l'impact à son sommet. Là où Husband soulignait la «mutation de l'hiérarchie», Serres s'attarde sur la «crise de l'autorité» qui en résulte. L'autorité doit muter!: «L'autoritarisme a toujours été une tentation des sociétés humaines, ce danger qui nous guette de basculer très facilement dans le règne animal.» dit-il.

La culture humaine a remplacé le schéma animal, selon Serres. Le mot "autorité" en français vient du latin auctoritas, dont la racine se rattache au même groupe que augere, qui signifie "augmenter". Si la  «morale humaine augmente la valeur de l'autorité» alors celui qui a «autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance».

L'autorité aujourd'hui n'est pas out, il a juste subi une mutation!

«La véritable autorité est celle qui grandit l'autre.» 

Serres affirme que le mot "auteur" dérive de cette «autorité qui augmente». Un auteur se porte garant de ce qu'il avance, il en est responsable. «[S]i mon livre est bon, il vous augmente. Un bon auteur augmente son lecteur.»

Rappelons ici que Serres est aussi l'auteur du petit livre sur La Petite Poucette (tiré d'un discours qu'il avait fait, disponible ici en PDF), cette mutante qui consulte et communique le savoir du bout des pouces. De l'essor des nouvelles technologies, il en conclut qu'un nouvel humain est né.

Avant l'accès «à tout», dans le sens que j'ai abordé la semaine dernière, suite aux réflexions d'André Gunthert (lire Internet comme sixième sens), les auteurs, professeurs, journalistes, bref les autorités pouvaient, devaient assumer une présomption d'incompétence à l'égard de leur audience, rappelle Serres.

Il préconise au contraire, pour la société d'aujourd'hui, une présomption de compétence, car chacun est en mesure de faire ses propres recherches sur Internet. L'autorité n'étant maintenant là que pour "augmenter" les compétences des son audience, des ses élèves, de ses patients, des ses lecteurs. etc.

L'autorité cognitive en question

Mais dès que l'on parle des mutations causées par Internet, les penseurs redisent finalement les mêmes choses, n'est-ce pas?

J'avais abordé cette importante question il y a déjà une demi-décennie: quand on accède sur le web à autant d'information diverse (et contradictoire) cela nous donne une meilleure vision du monde (certes!), mais elle passe de plus en plus à travers des connaissances de "seconde main" -- l'écrasante majorité de ce qu'on sait sur le monde ne vient plus d'une expérience directe avec celui-ci.

J'avais donc rapidement fait remonter l'idée que les autorités cognitives allaient devenir un acteur important dans la société. Plus de détail ici sur ce qu'est l'autorité cognitive.

En quelques mots, une autorité cognitive est cette personne vers qui nous nous tournons pour nous donner l'heure juste dans une sphère d'expertise que l'on croit être la sienne. Ce ne sont pas nécessairement les experts d'un domaine (on a pas toujours accès à un expert), mais il a notre confiance pour répondre à des questions ouvertes.

Serres me donne l'occasion de définir ainsi le rôle de cet autorité cognitive (et toute autorité, politique, scolaire, professionnelle): celui de fournir un cadre cognitif à une personne pour lui permettre de mieux remplir son propre rôle (ou son destin) ou régler une problématique quelconque.

Une autorité est adoptée (remarquez ici l'inversion: l'autorité ne s'impose pas) quand son apport permet à une personne d'espérer atteindre un objectif.

Le journaliste comme autorité.

En animant mercredi prochain un atelier Projet Columbus sur l'arrimage entre les medias de masse et ceux dits « sociaux », on se questionnera sur les promesses et les déceptions cette révolution. On y abordera, entre autres, ces signaux faibles qui sont pourtant riches de potentialités et méritent d’être entendus et mis à contribution.

Ces signaux faibles viennent entre autre des lecteurs et de la population en général. Jusqu'à un certain point, l'information remonte de la population jusqu'au journaliste.

Mais quand on voit des débats qui traduisent un éloignement culturel croissant entre les élites et la «populace», et choque Cyrille Frank (un titre dans Le Monde illustrant une attitude condescendante envers le lectorat), il n'est pas insensé de réfléchir à ce que dit Serres.

La responsabilité des élites, et des autorités en particulier, est celle de faire grandir l'autre.

«It's full of lasers»

On a appris cette semaine que des scientifiques de l’Université de Cambridge (Angleterre) ont réussi à imprimer des lasers en utilisant des imprimantes à jet d’encre ordinaire.

Les micropoints d’encre sont déposés sur une surface spéciale par l’imprimante à jet d'encre modifié et quand ces micropoints sèchent, ils deviennent de petits lasers.

Entendons-nous. 
Un laser, c’est un faisceau de lumière concentré d'une longueur d’onde précise (une couleur). On trouve des lasers un peu partout: lecteur DVD, scanneurs de supermarché, équipement chirurgical.

Tous les lasers ne sont pas ces machines de guerre qui coupent le métal. Les lasers ici fabriqués ne sont pas de grande puissance.

Plusieurs façons de fabriquer un laser existent. Une d'entre elles est d’utiliser des cristaux liquides, une matière qui combine des propriétés d'un liquide conventionnel et celles d'un solide cristallisé, comme on en trouve dans les écrans de télé ACL (Afficheur à Cristaux Liquides) ou LCD en anglais (Liquid Crystal Display).

Comment ça fonctionne
On prend une imprimante à jet d’encre ordinaire avec une cartouche remplie de ces cristaux liquides et on imprime sur une surface humide faite d'un polymère spécial.

Quand le tout sèche, les molécules du cristal liquide s’alignent parfaitement pour former un point (1/4mm) qui devient un petit laser individuel. 




C'est la réaction chimique du produit (une teinture) sur la surface de polymère qui génère une petite lumière et c'est grâce aux cristaux liquides alignés que les photons peuvent  être canalisés. Comme dans une caisse de résonance, les photons d'empilent et se concentrent pour former un laser, cette lumière concentrée

Avancées possibles
- Production massive de laser à bas coût
- On peut imprimer des lasers sur toute sorte de surface
- On pourrait créer des «surfaces communicantes» («smart material»): pour éclairer ou pour transmettre de l’information. Un scanneur pourrait capter la lumière des lasers sur un papier peint et lire les informations inscrites (à propos de la salle, etc.)

Il me semble que nous avons affaire à une découverte intéressante, mais dont on connait pas encore tous les débouchés. Probablement qu'on verra apparaître une série de lasers jetables ou des papiers peints qui contiennent des messages codés par les lasers.

Que feriez-vous avec une telle invention, vous?

Source
Des imprimantes à jets d’encre pour imprimer des lasers sur la BBC http://bbc.in/Vma7vV 

Transparence et candeur en temps réel

Étonnante histoire de transparence appliquée à une entreprise prise dans une crise.

À 15h42 (heure du Pacifique), un employé de Storify efface par mégarde la base de données de tous les comptes (il croyait qu'il effaçait une copie sur son poste). Le 404 ne se fait pas attendre. Storify tombe.

Les réactions sur Twitter sont immédiates.



Et alors se produit l'incroyable: Storify revient en ligne et utilise son propre service pour commenter sa gaffe et récolter les commentaires des internautes à ce propos. Le processus de backup y est expliqué et rien n'est caché. Dans la plus pure transparence: Storify raconte ce qui s'est bêtement passé.

Une erreur aussi banale qui a des conséquences aussi graves aurait fait plonger une compagnie en bourse. Ici, ils ont réussi à la jouer autrement, sans utiliser la langue de bois et les pieux mensonges.

Et les internautes semblent avoir passé l'éponge.

Qu'auriez-vous à leur place? Est-ce vraiment une bonne façon de gérer une telle crise qui touche la sécurité même de leur service? Le niveau de sympathie semble a voir été épargnée, pourquoi selon vous? La candeur paye-t-elle a tous les coups? Est-ce un exemple à suivre?

(via @emilejosselin et @unjoyeuxluron)

Internet comme sixième sens?

En repensant au passé pré-internet (cette ère qui s'estompe tel un rêve dont la véracité nous semble furtivement s'effriter au fur et à mesure qu'on s'en éloigne), on se demande «comment on pouvait faire avant»? André Gunthert apporte dans son blogue quelques réflexions (ici et ici) sur la portée de cette connexion permanente de l'esprit aux données numériques ambiant. Détaillons (Allez vous faire un café, on ne la fera pas à la Twitter).



D'amblée, reconnaissons qu'il ne s'embarrasse pas d'épargner notre sensibilité d'homo-pré-internicus (c-à-d les plus de 20 ans): Gunthert avoue qu'il ne sait pas si, avant, nous étions intelligents, mais il est sûr d'une chose, au moins: c'est qu'avec Internet, nous le sommes davantage.

«Si je tente d’évaluer le nombre de signalements dont je prends effectivement connaissance par le biais des réseaux sociaux, l’ordre de grandeur de la multiplication est largement supérieur à 1000».

Cet enseignant-chercheur, spécialiste des cultures visuelles et des cultures numériques, ne noie pas sous d'obligeantes citations académiques, et autres références pontifiantes, le fait indiscutable qu'Internet a été une grande invention (on se reparlera sérieusement une autre fois de cette lourdeur chez certains académiciens de vouloir toujours éviter l'opinion pour privilégier les sources superfétatoires quand ils tentent de décrire les récents développements d'Internet. D'ici là vous pouvez relire en quoi leur savoir est parfois pesant par rapport à la légèreté de la connaissance profane, sujet que j'ai déjà abordé ici jadis).

Gunthert ne se gêne pas pour affirmer ainsi: «[P]our quelqu’un qui a connu le monde d’avant-internet, [c'est] tout simplement miraculeux.» (source)

“Comment faisiez-vous avant internet?” 


http://www.vintageadbrowser.com/communications-ads-1940s/2#ad12l612i47uomfo

Après une expérience de déconnexion forcée, mais agréable (il s'agissait de vacances hors du territoire de son fournisseur mobile), Gunthert devait reconnecter avec le temps long --celui de la contemplation de la mer-- conditionné par son choix géographique et balnéaire.

Cette déconnexion n'était nullement un retour aux sources, mais une exception dans sa réalité: il n'y a guère plus que le temps des vacances et de la retraite pour s'offrir un tel luxe. «Le chômage, autre forme de temps vide, est beaucoup trop stressant pour qu’on apprécie de profiter nonchalamment d’un temps moins libre que contraint».

L'étrange sentiment qu'il a vécu -- et que vous lecteurs avez aussi vécu, j'en suis certain-- est cet insolite sentiment que le net avait envahi inéluctablement nos vies privées. Nous sommes rendus à prendre pour acquis que nous pouvons en tout temps «interroger notre environnement». Ce n'est plus seulement au travail que nous questionnons le web, mais aussi dans nos moments personnels à propos de tout et de rien qui nous entoure.

Alors, sans connexion internet, on se retrouve à «affronter la vie» comme si on était «aveugle, sourd et muet»:
«Quel temps fera-t-il demain? Quelle est la forme de la côte? A quelle distance suis-je du rivage? Comment s’appelle cet oiseau? Comment s’explique la configuration de ce massif? Quelle est l’histoire de ce quartier? Que signifie le nom de cette rue? Boulet a-t-il posté une nouvelle note? Ai-je des commentaires sur Culture Visuelle?» (source)
Il conclut ainsi (je souligne):
«Pendant toute cette semaine, je me suis aperçu, médusé, de toutes les questions que j’avais pris l’habitude d’adresser à mon environnement, sachant que j’avais de grandes chances d’obtenir un résultat. La puissance documentaire d’internet a élargi le monde et augmenté notre vision dans des proportions inimaginables. Plus que des réponses, le savoir infini du web nous a appris à ne plus jamais refuser de nous demander comment, qui et pourquoi. Plus encore que la connaissance, il nous a apporté un émerveillement, une vigilance et un questionnement inépuisables.» (source)
Les savants ordinaires
http://herd.typepad.com/.a/6a00d83451e1dc69e2016761ca7532970b-800wi

Gunthert ne pense pas que la curiosité était absente du monde pré-internet. Mais notre curiosité y était limitée par la disponibilité des informations et du temps libre à notre disposition. La curiosité savante était affaire de riches; seuls ceux qui étaient indépendants de fortune pouvaient espérer trouver réponse à des questions éloignées des préoccupations terre-à-terre (comme survivre versus traduire un texte grec ancien).

Aujourd'hui, comme évoquée dans les commentaires à son deuxième billet, la curiosité intellectuelle est devenue accessible à tous:

«Pas besoin d’avoir de longues heures de loisir pour s’instruire, ni même de fréquenter des lieux de savoir souvent épeurants pour qui n’est pas tombé dedans tout petit. On se questionne à son rythme, on trouve les réponses adaptées à son entendement.» (source)

Il faudra éventuellement se demander quel type de prédisposition il faut pour qu'Internet devienne ainsi un telle source d'inspiration. À celui qui sait distinguer la crédibilité d'une information, Internet est le plus passionnant des outils d'apprentissage. Pour l'incompétent, c'est une illusion fatale qui l'enferme dans ce qu'il croit déjà savoir.

Il m'est apparu cet été aussi qu'Internet était entré définitivement dans ma vie personnelle (et non plus seulement relié à ma vie professionnelle). Si j'arrivais à éviter d'aller lire mon fil RSS des meilleurs blogues du monde, il m'était difficile de me passer de Google Map, Wikipédia, Facebook ou Twitter, puisqu'ils étaient devenus mes points de contact pour lire, voir et interroger la réalité.

Via mon mobile, Internet est devenu mon 6e sens...

McLuhan et l'extension de nos sens

Marshall McLuhan avait très tôt entrevu --et probablement a été longtemps le seul-- que les impacts sociaux et individuels des réseaux ne résulteraient pas d'une avancée technique per se, mais qu'il découleraient bien d'une redéfinition de l'espace médiatique dans la société même et entre les individus.

Boris Baude, dans son livre, plus récent (voir mon billet), a suggéré une géographie du virtuel en posant la question: de quoi Internet est-il l'espace? On dit souvent qu’Internet abolit l’espace. Beaude dit au contraire qu'Internet crée de nouveaux espaces avec de nouvelles propriétés. Internet est un espace relationnel (même s'il n'est pas situé dans un lieu).

Mais McLuhan conçoit les médias électroniques comme une extension des sens. Il a été jusqu'à dire que l'humanité entière deviendrait comme une extension de notre peau. C'est l'autre façon qu'il avait de parler du village global. [Si vous avez du temps libre, écoutez l'émission de Xavier Delaporte qui porte sur McLuhan].

Le médium détermine la perception sensorielle qui sera filtrée par elle. Il établit la manière d'être ensemble, il le façonne même. McLuhan ne dit pas autre chose finalement que ces outils changent notre rapport au monde. Voyez comment vous communiquez différemment via Twitter, Facebook ou LinkedIn.

Il n'est pas de façon plus abrupte de le comprendre aujourd'hui ces théories prémonitoires qu'en se débranchant d'Internet. Plus que toute autre technologie (la télévision, le radio, le téléphone, etc.) nous allons avoir plus de mal à nous en passer...

Je ne dis pas qu'il est indispensable. Je suggère simplement qu'il est devenu pratique d'utiliser ce 6e sens pour mieux appréhender le monde. Les 5 premiers sens permettent à l’homme de percevoir le monde qui l’entoure et correspondent chacun à un organe. Mais à quel organe est relié ce 6e sens?

Ce 6e sens vient de nos capteurs branchés aux bases de données du monde interconnecté.

Réalité intégrée

Si la prémisse est bonne, c'est-à-dire qu'on va réellement embrasser le pouvoir d'interroger à volonté notre environnement, nous ne nous contenterons pas seulement d'optimiser technologiquement nos 5 sens (c'est déjà commencé), mais nous serons tentés aussi de vouloir connecter directement le cerveau aux senseurs eux-mêmes pour accéder à une autre réalité des choses -- des données, organisées ou non, dans des bases qui « augmenteraient» le monde.

La «réalité augmentée» existe déjà. Du moins, le concept est lancé (j'en ai parlé jadis ici) et la première intégration annoncée sera les lunettes Google, encore à l'état de prototype. Dans 20 ans, on trouvera risible ces avancées. Depuis 1 an ou deux, on a déjà réussi à connecter des neurones à des puces de silicones, et le développement d'une communication directe homme-machine n'ira qu'en s'accélérant.



Il semble qu'un chemin se trace devant nous où, dès qu'on ne peut plus se passer d'interroger le monde à travers nos outils --aujourd'hui primitif--, nous chercherons à optimiser cet acquis pour posséder une plus grande puissante pour accéder à la réalité augmentée, qui sera en fait une réalité intégrée.

Se connecter d'une façon ou d'une autre à un accès vers les bases des données sans passer par nos organes (un disque dur cervical? du stockage de données dans notre ADN? du big data pompé dans notre nerf optique?), c'est en fait un nouvel organe qu'on se greffe.

Profitez de vos prochaines vacances déconnectées. Ce seront vos derniers souvenirs de «l'ancien temps»...

Comment les réseaux sociaux peuvent-ils servir la pédagogie?

Ce genre de question m'est posé quand je donne des conférences dans les écoles sur les médias sociaux. Elle est très pertinente. Je ne crois pas qu'aucune réponse n'épuise le sujet. Et je ne crois pas que ce billet fera exception. Mais mon billet d'aujourd'hui cherchera à reformuler la question autrement pour donner une prise à ceux et celles qui se posent sincèrement la question et cherchent à voir un début de réponse...


Les questionnements qui émergent suite à mes rencontres avec les enseignants tournent souvent autour de la façon d'implémenter les médias sociaux dans leurs cours. En 2012, on a parfois l'impression d'être vieux jeu si on n'a pas intégré Twitter dans son syllabus.

Je réponds alors qu'avant de faire entrer une nouvelle technologie dans la classe --surtout les plateformes commerciales Facebook et Twitter-- il faut auparavant les utiliser soi-même. Il faut s'être familiarisé personnellement avec les outils pour comprendre les vraies questions qui émergent à leur contact.

"Toto, I've a feeling we're not in Kansas anymore" 

Les médias sociaux ne sont pas une version alternative à un logiciel déjà existant. Ce n'est pas Chrome qui remplace Firefox, ni Firefox qui remplace Internet Explorer, ou Internet Explorer qui remplace Netscape. Oui ce sont des outils, mais c'est une tout autre façon d'aborder l'accès aux informations et à la connaissance (que j'appelle le filtrage social) qui a été démultiplié grâce à ces nouveaux outils. Les médias sociaux donnent un accès au contenu d'une façon aussi éloigné de nos habitudes que le World Wide Web l'a fait en nous donnant accès à du contenu hyperlié il y a 20 ans.

Si les profs ne l'utilisent pas entre eux les outils des médias sociaux, il ne faut pas espérer alors qu'ils soient en mesure de reconnaître pleinement la réelle valeur dans un cadre pédagogique.

Souvent, pour répondre à la question de savoir comment les réseaux sociaux peuvent servir la pédagogie, je propose de repousser à moyen ou long terme son implantation dans les classes. Du moins tant et aussi longtemps qu'on n'accepte pas certains points implicites des médias sociaux.

De mon point de vue, il faut accepter le fait que le prof devient un accompagnant et non un détenteur de la connaissance. Il n'est plus un garde-barrière, il est un guide.

"It's a twister!"

Cette approche (le prof comme guide) a un nom: elle fait partie du constructivisme, une théorie de l'apprentissage. Je crois que les médias sociaux sont à leur plein potentiel dans le paradigme du constructivisme.

 Les questions que je pose alors en retour sont:

  • Quelle valeur y voyez-vous, pour vous-même, pour vos pairs, pour l'éducation, à utiliser les médias sociaux et à quoi ils donnent accès réellement? 
  • Jusqu'à quel degré le coconstructivisme s'applique dans votre matière?
  • À quelle fréquence et de quelle façon le flux d'information ambiant (médias, réseaux, vie scolaire) influence (ou non) votre matière, le programme pédagogique et la vie des étudiants?

Inutile de faire entrer les réseaux sociaux dans les classes si on ne répond pas à ces questions, si on ne comprend la vraie nouveauté qu'elles apportent (et ses désagréments, notamment au niveau de l'attention). On peut le faire quand même, si vous le souhaitez vraiment. Mais vous aurez de la difficulté  à enlever cette impression que ce n'est qu'une mode...

«Lendemain de veille médiatique»

Stéphane Baillargeon nous partage une bonne réflexion ce matin dans le Devoir en page A7.

Intitulé «Lendemain de veille médiatique» (accès membre seulement), il donne à chaud sa vision des médias en ces temps troublés. Encore une fois, les médias ne semblent plus tout à fait en phase avec la société. Une inquiétude pointe.


En gros:

1- Les médias ne prédisent pas l'avenir: aucun analyste, chroniqueur, éditorialiste, commentateurs n'avait vu venir le tsunami orange l'an passé, ni la résistance du PLQ hier. Même les sondages sont dans le champ. Le morcellement des votes et les votes "stratégiques" changent la donne.

2-Les médias ne valent pas mieux que le système [politique]: Aussi injuste que le système électoral, les débats télévisés ont laissé (ou tenter de laisser) de côté des porte-paroles de parti tiers qui font, pourtant, 7,8,9%. À l'identique du système qui permet à un parti avec 30% des voix de prendre le pouvoir.

3- Les médias ne suivent pas le présent: alors que ces élections ont été précipitées par le printemps érable de la crise étudiante, cet enjeu n'a quasiment pas été un sujet de débat et n'a surtout pas été du tout central à la campagne.

4- Les médias ne changent pas le monde, sauf que: la campagne a mobilisé près d'1 nouvelle sur 5 au Québec. Cette couverture monomaniaque a permis de faire sortir le vote, mais montre plus une fracture entre les éduqués [ceux qui lisent, s'informent] et les désoeuvrés, les exclus, les désabusés.

Il y a probablement bien des nuances à apporter:
  •  L'écosystème des médias avec son arrimage plutôt réussi avec les réseaux sociaux doit encore trouver un équilibre (financier, éditorial, social), ce qui est loin d'être simple.
  • Le rôle des mass-médias en démocratie (journalisme, information) ne me semble plus aussi clair dans un monde de surabondance d'information (et de désinformation).
Or j'ai l'impression que l'auto-flagellation a ses limites. Il faut peut-être que la politique change pour intégrer davantage les outils numériques et entrer au 21e siècle. Alors là, le nouvel écosystème médiatique trouvera peut-être un terrain fertile et s'épanouira au lieu de continuer à ne plus finir de dégringoler...