ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Déformation blogo-professionnelle

Vous ne croyez pas que les blogs déforment les moteurs de recherche?

Hum, je viens de faire le tour de mes stats (seulement les 100 derniers résultats) et je viens de m'apercevoir que certains tombent sur mon carnet de façon tout à fait inopinée.

J'avais déjà analysé le cas d'une requête sur les cellulaires fido qui me donnait en quatrième position. Et bien, 3 mois après, me voilà premier!

On peut conclure que l'observateur modifie l'observation car mon billet qui contient les mots clefs "cellulaire Fido" deviendra lentement un SEBH, un Search Engine Black Hole, attirant davantage de requêtes perdues...

Alors pour me faire plaisir, j'ai été regarder comment mon carnet se positionnait pour les mots clefs recherchés dans les derniers jours.

Voici mon palmarès du 27 mars 2005
Il se peut que les résultats varient si vous lisez ce billet plus tard dans l'année (ou la décennie)

Mon carnet est :

1 ière position sur Google.ca pour fido cellulaire
Ces deux mots pointent sur mon billet CSI:WEB Autopsie d'une requête. Fido a de graves problèmes de positionnement, car leur site n'apparaît même pas sur le premier écran.

2e position sur Google.ca pour +technology +"fido" +cellulaire
Même chose, ça pointe au même endroit, ici

3e position sur Search.yahoo.com pour mouton insignifiant
Mon billet coupable est ici . Ça, c'est de ma faute; j'ai participé à une bombe Google. C'est un péché de jeunesse. Un peu comme la malaria, ça refait surface sur une base régulière.

4e position sur Wanadoo.fr pour NO child left behind
Ça pointe ici. Mais ce n'est qu'une citation que j'avais dans mon billet. Ça n'a aucun rapport direct avec mon sujet. Vous verrez que plus loin que Wanadoo est plutôt premier degré en matière de recherche. D'après Wanadoo, je serai donc la quatrième autorité pour parler de ce sujet très délicat.

4e ex-eaquo sur Google.fr : blog.journaux intimes
Mon billet utilise bien ces mots. (C'est Hou-Hou qui est arrivé premier sur la liste). Mais je ne suis sûr pas que ce soit dans le sens que le pauvre internaute l'entendait. N'empêche que maintenant me voilà collé dans le premier écran de Google France pour ces mots... Vivement le web sémantique pour m'en débarrasser...

6e position sur Google.fr pour la construction de la connaissance
Ah là je suis bien content! Mon billet parle bien de ça. Bravo. Sauf que je suis un peu gêné. Je passe devant des revues de synthèse, l'Université Paris-8 et le congrès de l'ACFAS. Mais bon, les Universités n'ont que ce qu'elles méritent, elles n'ont qu'à auto-archiver, comme je le disais un peu plus tôt...

7e position sur Google.fr pour Haloscan
En fait, c'est un commentaire dans ce billet qui utilise ce mot. Je suis bien surpris que je sois à cet endroit, sachant que ce service web est fort utilisé par les blogueurs de blogger (comme moi). Je me serais attendu à avoir plusieurs sites de techies avant moi. Non... Et dire que je dis rien de plus que de citer le mot dans mon commentaire. Hop. Et un autre internaute qui se cogne le nez.

8e position sur Yahoo.com pour fils rss xml quebec
Ça pointe ici , l'archive du mois d'octobre 2004. Bien. Je suis bien content. Ça a été un sujet dont j'ai beaucoup causé à l'automne. Mais que vais-je faire si je veux en parler de nouveau : vais-je modifier mes anciens billets (car ils seront retrouvés et lus) ou en écrire un nouveau et attendre un hypothétique 6 mois qu'ils percolent vers le haut de la page de recherche? Ici on touche une limite du blog dont je vous en toucherai un mot éventuellement.

9e position sur Wanadoo.fr pour intoxication chevaux
Hum. Pas fort. Un mélange cross-posts entre un billet sur Sloterdijk et son essai d'intoxication volontaire et un autre billet sur les blogs comme chevaux de Troie. Très premier degré, Wanadoo. Si j'ai empêché quelqu'un de passer à l'acte (intoxiquer des chevaux) tant mieux, mais je crois plus que le propriétaire devait être plutôt mal pris (chevaux intoxiqués) et mon carnet n'a été d'aucun secours...

10e position sur Wanadoo.fr pour chaînes de télévision de l'iraq
Voici les mots que Wanadoo a "sélectionné" (cross-posts):
enregistrées qu'elle exploite ces idées (chaînes en bleu). Mais cette chaîne concerne présupposément aussi l'historique de mon idée b :. (...) paid advertisement on my syndicated television (...) Florida hurricanes to the war in Iraq
Comment fait-on pour leur expliquer que la page d'accueil d'un blogue ne devrait pas être indexée?

Et pour finir, un petit ego-surf.

Quelqu'un a trouvé mon carnet avec les mots blog martin. Alors, j'ai fait une petite recherche pour savoir comment je me situais avec ces mots sur quelques moteurs pour me faire un palmarès...

Avec les deux mots blog martin j'arrive :

numéro 1 sur Google.fr
ex-eaquo: Google.ca
numéro 3 sur Yahoo.com
numéro 4 sur Google.de
numéro 5 sur Google.com

Pour finir, la cerise sur le sunday, j'arrive Numero Uno pour Martin Lessard sur Google.com

Ça, ça fait très classe dans les 5 à 7 : "Cherchez moi dans Google" et d'arriver premier...

Merci les blogs!

Démocratiser l'information académique

J'écrivais il n'y a pas si longtemps qu'avec la société des chroniqueurs , une certaine connaissance profane se développe parallèlement au savoir académique, Internet (par la blogosphère notamment) mets en relation une population qui s'échange des idées, des sentiments, des informations pour se construire une vision du monde.

Je disais que "le nouveau savoir qui se développe fait fi des recherches académiques parce qu'elles ne sont pas disponibles. Particulièrement dans la francophonie."

J'ai lu un article dans le Devoir d'hier (26-27 mars 2005, Page G5) qui me dit que cela pourrait bientôt changer: l'auto-archivage par les université des articles scientifiques en accès libre et en circulation gratuite s'amorce.

Marilyse Hamelin dans son article cite une étude de l'UQAM qui démontre que "les articles qui sont mis en accès libre par leur auteurs (...) ont un taux de citation de deux à trois fois plus important que les articles qui ne sont pas mis en accès libre".

L'univers des académiciens ne comporte qu'une loi : publish or perish. Et pourtant il est encore très difficile de trouver un article académique (francophone) en libre accès.

L'Université du Québec à Montréal (UQAM) se propose de promouvoir l'auto-archivage des documents scientifiques produits par les enseignants et les chercheurs de langue française dans tous les domaines.

eprints2.uqam.ca est le serveur où les documents de recherche vont se retrouver. Il supporte la version 1.1 du protocole XML "OAI-PMH" (Open Archive Initiative - Protocol for Metadata Harvesting ) . Ce protocole favorise le repérage et l'accessibilité des documents scientifiques mis en ligne dans l'archive. Pour l'instant, il n'y a guère plus d'une quinzaine de documents disponibles.

Leurs travaux se situent dans le domaine de l'information publique puisque les chercheurs sont payés par les contribuables. Pourquoi si peu d'articles sont en accès libre? On pourra discuter une autre fois sur les raisons qui ralentissent cette conversion vers Internet. L'argument des citations devrait briser leur résistance tôt ou tard. Je crois tout de même que l'avalanche est pour bientôt.

Vous comprendrez aussi pourquoi je disais l'an passé que Google Scholar était un sacré bon coup : avec l'arrivée massive de ces textes académiques la notion de "citation space" va devenir une réalité incontournable. Ce que j'appelais un "hyperlien pondéré avec un certificat d'authentification", la citation-rank, sera un enjeu majeur (et lucratif). Google deviendra le trackback et le moteur de recherche de ces documents (du moins pour le grand public).

Je perçois certains changements à l'horizon:

  1. Pour que la sphère académique s'ouvre au monde, elle doit dans un premier temps passer son discours sous forme numérique et être disponible à une adresse web. La pression du publish or perish va entraîner les nouveaux chercheurs sur ce terrains et la pression d'accès à l'information (financée par les contribuables) servira de verrou pour empêcher les autres de revenir en arrière.

  2. Dans un deuxième temps, sous forme de vulgarisation, le savoir académique pourra se voir diffuser dans le grand public grâce au relais de la blogosphère, par des chroniqueurs de la connaissance. De la même manière que la politique ou le journaliste voient son discours ou son reportage prendre un second souffle sur Internet, les académiciens verront que le grand public (ou du moins certains bloggeurs plus ou moins "profanes") devenir un vecteur de diffusion de leurs théories ou de leurs résultats de recherche.

  3. Puis par un effet réseau et selon les outils d'auto-archivages disponibles, une certaine convivialité hypermédia devraient s'installer : il sera (devrait être?) possible de linker directement à un chapitre ou à une partie d'une recherche par simple hyperlien (à cette manière) . Les universités sont des institutions qui peuvent garantir la perenité d'un hyperlien (ce qui n'est pas vrai dans la blogosphère).

  4. La légitimité des Universités devraient aider à créer cette "blogosphère intellectuelle" et pourrait à terme intégrer le trackback, les commentaires et, pourquoi pas, des forums de discussion ou des wikis.

Il est anecdotique de noter ceci : Pourquoi les universités tardent si longtemps à emboîiter le pas. Internet est pourtant (originalement) leur réseau. Elles sont en retard face à la blogosphère : démocratisez l'information académique!

Yahoo! acquière Flickr

Yahoo! se paye Flickr le service de partage de photo. (via Flickr Blog)

Flickr est reconnu pour sa culture ouverte de communauté en ligne qui utilise particulièrement les tags comme méthode de classement.

Cet achat par Yahoo! démontre le écart significatif entre leur façon de voir l'avenir et celle de Google. Google a récemment fait des démarches pour supporter Wikipedia (hébergement et bande passante - sans échange d'espace publicitaire)

-Yahoo! acquiert. Google supporte.
-Yahoo! s'intéresse aux images. Google aux mots (Del.icio.us pourrait par exemple être un spin off de leur lab)
-Yahoo! est dans le high bandwidth. Google est dans le low bandwidth.
-Yahoo! fait de l'entertainment. Google cherche à organiser l'information (mondiale) et la rendre disponible.
-Yahoo! est dans la publicité. Google dans l'association d'idée.
-Yahoo! vend de la quantité. Google de la qualité.
-Même leur notion de privauté n'est pas la même...

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais on dirait un combat idéologique, plus qu'une simple lutte commerciale...

Safari friendly

Oyez navigateurs Safari : j'ai réglé mon bogue d'affichage qui basculait les billets sous ma barre de gauche, les obligeant ainsi à défiler la page des kilomètres de long.

Une simple histoire de UL qui ne s'était pas terminé au LI

C T réglé ;-)

L'autorité cognitive sur Internet

Je plante une graine.

Une graine pousse dans deux directions. Par la racine et par la cîme. La racine, c'est le passé, les idées des autres, les pistes précédentes. Je cherche à savoir dans quelle mouvance elle s'inscrit, qui m'a précédé. La cîme, c'est une direction de l'avenir, les idées nouvelles, les pistes à découvrir. Je cherche à connaître qu'est ce qui me fascine tant sur le sujet

Par autorité cognitive j’entends celle définie par Patrick Wilson (1983) :
« We shall say that person A is a cognitive authority for person B with respect to sphere of interest S to the degree that what A says about questions falling within sphere S carries weight for B. »
(voir mon billet Qu'est-ce que l'autorité cognitive?)
Internet joue maintenant certains rôles d’éducation qui étaient tenus par les écoles. Dans un document de l'OCDE sur l'école de demain, une conclusion sautait aux yeux :
« Il se pourrait fort que le moyen le plus radical d’assurer un développement systématique de la formation tout au long de la vie réside dans la formule de la « déscolarisation », car celle-ci aurait pour effet de supprimer toute frontière bien définie entre la formation initiale et le large éventail des possibilités d’apprentissage qui peuvent s’offrir tout au long de l’existence. Beaucoup craignent que le défaut de gestion susceptible d’être engendré par l’existence de « réseaux d’apprenants » et l’absence d’équité qui pourrait résulter de « l’extension du modèle du marché », ne l’emportent sur les avantages éventuels. »
(source : L'avenir de l'école et la formation tout au long de la vie (PDF, 2003) page 9)
Internet a engendré un réseau d'apprenants.

Si les idées et les informations circulent de façon fluide sur le réseau, plusieurs sont transmises sans jugement critique ni autorité. Ce qui pose la question de la fiabilité de l'information disponible sur les réseaux et de la compétence des usagers pour la traiter.

Ce que Michel Cartier appellait « le passage des spectateurs anonymes et passifs aux utilisateurs interactifs » s'est réalisé.

Mais pourquoi aujourd'hui? qu'y a-t-il de différent?

Je citais six points en septembre dernier concernant cette évolution subtile de l’avalanche d’information sur la place publique dans les dix dernières années.
1- Nous sommes passé de la dépendance à l’autonomie des usagers : l'affranchissement des usagers face aux médiateurs (documentalistes, bibliothécaires, journalistes, etc.) qui filtraient l’information de qualité force aujourd'hui le développement de nouvelles stratégies de recherche.

Lire The Information Industry Revolution: Implications for Librarianswe became increasingly concerned that professionals and researchers sincerely believe that searching (...) Google, is "good enough.") et Cognitive Stategy in web searchingour research is to develop an empirically-based model of web searching, to help explain how people search for information on the Web»)

2- Démultiplication exponentiel des sources d’information : l'auto publication offert par le web augmente la quantité de documents disponibles en évacuant la question de légitimité. Les blogues ne sont que l'ultime vague.

Lire How much information (2003)This study is an attempt to estimate how much new information is created each year»).

3- L'entrée fulgurante des moteurs de recherche dans nos vies : l'outil est devenu en une décennie une commodité pour trouver de l’information en simulant une compétence de recherche.

Lire Recherche d’information sur Internet : où en sommes-nous, où allons-nous ? Alexandre Serres de l'URFIST de Rennes y distingue schématiquement quatre modalités de recherche d’information : la navigation arborescente (dans les annuaires thématiques, les classifications), la navigation hypertextuelle (dans les sites Web, les cédéroms, les encyclopédies), la recherche par interrogation des banques de données, des catalogues, et la recherche en texte intégral (moteurs de recherche).

4- Montée de la sérendipité comme "adjuvant précieux de la recherche": la maîtrise de l’entropie informationnelle passe par une forme chaotique de recherche. On est passé à l'ère où un document significatif se découvre par hasard au détour d'un clic.

Lire Chercher faux et trouver juste, Serendipité et recherche d'information de Ertzscheid et Gallezot (2003). (« (...)il n'est pas nécessairement plus facile de trouver de l'information dans un système ordonné, structuré et formaté que (...) dans un système d'information caractérisé par une forte entropie [comme le web]»)

5- Déplacement de la barrière à l’entrée : si l'accès à l'information n'est plus un problème, la capacité de traitement de cette information est devenu la nouvelle barrière. « A la différence du problème des outils de recherche, sans cesse perfectionnés, la question de l’évaluation reste, in fine, une question purement cognitive, non automatisable, renvoyant à la dimension "humaine" de l’information. » (Introduction : Problèmes et enjeux de l’évaluation de l’information sur Internet, Alexandre Serres, 2002).

6- Nouvelles stratégies pour retrouver des autorités cognitives : les filtres légitimants ont été court-circuités et la validation d'un document repose sur l'usager. Aujourd'hui, l'usager a accès à ces documents et il lui incombe d'identifier ce qui est digne d'être lu/vu/entendu, en un mot, de légitimer la connaissance qu’il accède.

Un nouveau rapport à la connaissance s’installe. Et c’est l’objet que je veux étudier : l’autorité cognitive sur Internet.

Mes questionnements sur le nouveau rapport à la connaissance

  • Quels sont les codes de reconnaissance sur lequel un usager d'Internet se repose pour décréter une information pertinente?

  • Comment la communication en réseau utilise une nouvelle forme de persuasion pour transmettre la confiance en l'absence de garde-barrière?

  • À quoi ressemble le nouveau mécanisme procédural de légitimation de l'information?

  • Comment se forme les nouveaux réseaux de collaboration entre pairs reposant sur la confiance ?
La négociation de sens passe par une découverte inductive de l’autorité qui a composé le message (ou autorisé sa diffusion). Comme dans le cas d’acquisition et de construction de connaissance par les jeux vidéo (Sim city, Vice city, Myst, Metal gear), où les règles sont découvertes en avançant dans le scénario, une inférence abductive de la part de l’internaute relie des règles d’interprétation pour créer une généralisation.

« L’abduction est un procédé typique par l’intermédiaire duquel, en sémiotique, on est en mesure de prendre des décisions difficiles lorsque l’on suit des instructions ambiguës » (Umberto Eco, Les limites de l'interprétation).

Cette notion d'abduction vient de Peirce, c'est l'activité cognitive que l'on fait quand l'on voit des grains à côté d'un sac : une forme d'affordance circonstancielle nous pousse à penser que les grains viennent du sac. Or rien ne nous dit que le sac renferme d'autres grains ni qu'ils ont pu s'en écouler. Ce qui porte peu à conséquence pour les grains est en revanche crucial quand il s'agit d'interpréter ce que l'on trouve sur Internet

Trois approches en cours me permettent de croire que de telles questions correspondent à un courant de fond (et non pas une mode passagère) :

La Standford University Web Credibility Research Lab se propose d’étudier la "captology", c'est-à-dire les ordinateurs comme technologies de persuasion . B.J. Fogg y étudie les mesures de la crédibilité, le niveau d’engagement et les réseaux de confiance.

À l’URFIST de Toulouse Olivier Ertzscheid (blog) étudie les usages experts et novices en recherche d'information, les modes et stratégies de navigation et la formalisation des concepts de sérendipité en recherche.

Sébastien Paquet propose depuis quelques années la cognitique personnelle en ligne et son utilisation en recherche comme outil de partage de connaissance sans l’intermédiaire des institutions. Malgré les apparences, les carnets favorisent la qualité par le pouvoir des hyperliens (il existe une corrélation entre la qualité d'une page web et son nombre de liens y pointant)
En ayant ces recherches comme toile de fond, je me propose d’engager la mienne sur trois axes :

  1. Le processus d'attribution de l'autorité cognitive à un document (page web, carnet, pdf, etc) trouvé sur le web à partir d'une recherche ad hoc sur un nouveau domaine de la connaissance qu'il cherche à acquérir.


  2. L'apport de la sérendipité comme stratégie pour maîtriser l'entropie informationnelle et comment elle engendre une problématique de l’autorité cognitive.


  3. Répercussion sur la perte de pouvoir des autorités cognitives et institutions existantes (notamment l'enseignement et les médias traditionnels) face à la montée des nouveaux « apprenants » sur Internet.
Je ne suis pas encore arrêté sur des aspects plus pointus concernant l’épistémologie, la méthodologie et la théorie à adopter. Ce sera à l'université que je développerai ces aspects.

Sur ce carnet, ma recherche portera autant vers la racine que vers la cîme, au fil de mes découvertes. La graine est posée.

Par les racines, peut-être que certains termes changeront afin de m'inscrire dans un courant existant (par exemple on parle de gestion de confiance ou de réputation, est-ce que le terme autorité cognitive y est associé?). Des études ont déjà été fait sur les leaders d'opinions et la réception et l'interprétation des textes, alors je chercherai en quoi Internet apporte une différence (s'il y en a).

Par la cîme, peut-être que la collaboration par réseau sera profitable pour faire germer une théorie intéressante. Quand je vois des écoles comme l'institut St-Joseph qui sont en train de former les travailleurs de la connaissance de demain, je me dit que je ne dois pas être le seul préoccupé par cette question...

Il peut paraître paradoxale que je souhaite entrer dans une institution légitimante comme l'université pour y étudier la perte de légitimité de ces mêmes université face à l'Internet*. Ce l'est. Je crois de plus en plus à la force du réseau. Ce sera quelque chose que je devrai résoudre avant d'accepter d'y entrer. Mais ce ne sera que la plus simple des complications qui m'attendent...



*Mise à jour: Ce billet est l'esquisse remanié d'un projet de recherche que j'avais déposé à l'Université de Montréal à l'époque où je cherchais à y entrer pour faire un doctorat (2005). Le projet n'a pas trouvé de terreau fertile. Mais il chemine ici, sur ce blogue, à sa manière, peut-être de façon moins contraignante.

La blogosphère est un vivier de théories profanes

En posant la question récemment qui, du savoir académique ou du savoir profane, a une meilleure connaissance du monde, on serait tenté évidemment d'hiérarchiser sur une échelle de valeur la qualité des savoirs.

Mais y a-t-il un différence?

Il y a dans la méthode académique une méthodologie puissante qui permet de construire une connaissance de façon structurée et perenne.

Le savoir profane, moins rigoureuse, offre néanmoins les qualités du "bons sens commun". Mais il faudrait alors déterminer la signification du sens commun.

Tous les deux offrent des excès. Le premier dans quadropillectomie (l'art de couper les chevuex en quatre) et l'autre dans la paranoïa collective (rumeurs et conspiration).

Mais tous les deux découlent d'un processus cognitif. Le raisonnement de l’activité académique fait partie du bagage que chacun utilise (ou peut utiliser) pour émettre son savoir profane.

Alors la différence réside dans le fait que la connaissance scientifique demande la suspension des croyances et des désirs.


Savoir profane et Folks Theories?

Le savoir académique, structurellement, permet la construction de certains savoirs qui nécessitent un long apprentissage. Une fois arrivée à un pallier conceptuel, ce savoir passe dans le sphère profane. Pensons à Galilé, Newton ou Einstein : leurs révolutions des esprits ne nécessitent plus une formation poussée pour être comprises aujourd'hui (du moins sous leur forme vulgarisée).

Mais aujourd'hui justement, à part d'exceptionnel domaine pointu, la somme des savoirs manipulés par le public profane correspond à un celui d'esprit très avancé à une époque précédente.

Les humains forment des théories sur le monde qui les entoure : nous serions des scientifiques. On collectionne des données, forme des hypothèses, transforme nos idées en tenant compte des données.

Mais les capacités cognitives des profanes reposent encore sur des corps de croyances (ou de connaissances ?) qui constituent des “théories naïves” (appellé aussi folk theories) des domaines manipulées.

Quand on parle de gestion de la connaissance (km) on parle pourtant de ce savoir profane. Quel serait l'intérêt alors si ce savoir là était méprisé? Si ce n'était que des folk thories, pourquoi s'y attarder?

La blogosphère est un vivier de théories profanes. Internet génère la construction et le partage d'une connaissance profane qui n'a pas reçu l'aval d'une institution légitimante. Un savoir émerge et elle se crée ses propres outils d'auto-légitimation.

Je vais vous entretenir sur cet objet de recherche qui me passionne au cours des prochaines semaines...

Rencontre du troisième type

David Weinberger a écrit un texte séminal, qui résume de façon brillante la place que peut prendre la "tagsonomy/folksonomy" dans la catégorisation de la connaissance, avec une mise en contexte simple et éclairant. (via Arkandis)

Taxonomies and Tags: From Trees to Piles of Leaves


"The idea that knowledge is shaped like a tree is perhaps our oldest knowledge about knowledge. Now autumn has come to the forest of knowledge, thanks to the digital revolution. The leaves are falling and the trees are looking bare."

Il décrit les trois types de catégorisation de la connaissance: les arbres, les classifications à facette et les "tags":

  • Because they are unambiguous, trees work well where information can be sharply delineated and is centrally controlled. Users are accustomed to browsing trees, so little or no end-user training is required. But trees are expensive to build and maintain and require the user to understand the subject area well: How do you find the recipe for bread soup if you don’t know to look in the “Tuscan Cooking” category?

  • Faceted systems work splendidly where an application is being used by such a wide range of users that no one tree going to match everyone’s way thinking. They are also easier maintain than trees because adding new item requires only filling in the information about facets, rather having make decision exactly which category it should go into.

  • Tagging systems are possible only if people are motivated to do more of the work themselves, for individual and/or social reasons. They are necessarily sloppy systems, so if it’s crucial to find each and every object that has to do with, say, apples, tagging won’t work. But for an inexpensive, easy way of using the wisdom of the crowd to make resources visible and sortable, there’s nothing like tags.


Avec la tagomania en cours, une nouvelle façon (bottom up) apparaît pour catégoriser collectivement l'information. "(....) that will invoke innovation and businesses – and problems – we necessarily cannot anticipate."

Connaissance du monde

Le commun des mortels va tout simplement affirmer ceci :
Il fait beau aujourd'hui
Dans la blogosphère, ce n'est pas vraiment plus différent :
Il fait beau aujourd'hui (via UnTel)
Les universitaires ont eux par contre un peu plus de d'embûche pour dire la même chose :
Selon Environnement Canada, sur le site de Dorval, les observations météorologiques (Goldbloom & Tardiff 2005) relève une température moyenne à 1 mètre du sol de -7 degré Celcius et un dégagement partiel à complet des nuages (pour une topologie des formations nuageuges, voir Slotzi 1996), ce qui nous permet de déclarer selon l'échelle des valeurs de LaPlane (1954) qu'il fait aujourd'hui Beau (Platon -350).

Références
Aïcha. Relevé météo et épistémologie atmosphérique. PUF, Paris, 2001
Goldbloom & Tardiff. Observation météorologique du 2005-02-26. Environnement Canada, Dorval, 2005
LaPlane. Fine structural observations on the form and distribution of appreciation in public forecast. University of Oxford, Oxford
Slotzi. Dubr z dankts u meteosky. Solidarnosc pressky, Pozdan 1996
Platon. Die großen Dialoge. dtv/Artemis, Berlin

Je faisais référence à la lourdeur des informations des académiciens dans un billet sur la montée du savoir non-académique. J'aurais pu employer le mot dense. C'est que le savoir académique s'oppose aux opinions.

En lisant Gaston Bachelard par après (je vous expliquerai pourquoi je lis des livres d'épistémologies dans le métro une autre fois) je tombe sur des idées qui expliquent cette différence de poids :

"La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion."

"L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes."

"C'est le sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique."

(G. Bachelard. Épistémologie. Puf 1980. P.159)

Hier, pour reprendre une phrase de Wolton (QuiEst?), les recherches académique étaient le seul mode d'accès à la connaissance. Aujourd'hui le phénomène est masqué par la surabondance d'informations. On accède facilement (il faudrait nuancer le mot facilement) à l'information, mais accède-t-on à la connaissance?

Connaissance vs information. Il y a un billet à faire sur le sujet.

Dans mes exemples satiriques du début à quoi se réfère-t-on? L'universitaire semble s'empêtrer d'un formalisme pour accéder à ce que le profane dit sans problème. Mais parlent-ils vraiment de la même chose?

L'un parle de ce qu'il ressent et perçoit comme vrai pour lui et incidemment aussi pour les autres (ne serait-ce que pour chercher à influencer l'opinion des autres).

L'autre définit un cadre théorique de l'objet à analyser et déclare une observation neutre.

Qui a une meilleure connaissance du monde?

365 jours et zéro seconde pile

Mon blogue souffle une bougie aujourd'hui.

Des stats?
138 billets (2-3 par semaine en moyenne)
Plus de 40 000 mots
Entre 100 et 150 abonnées/visiteurs.
Entre 50 et 100 visites par jours
Moyenne de 2 pages vues par visite
Pas beaucoup de commentaires, mais assez pour me garder stimulé ;-)


Merci de votre présence !

Développement du savoir profane

La transformation générale de la nature du savoir à l'ère du réseau passe par sa numérisation.

La recherche, l'acquisition, la transformation et la diffusion du savoir passaient autrefois par le transport et hier les médias de masse.

On peut affirmer, sans provoquer de remous, que le réseau des réseaux est en mesure de modifier cette nature même du savoir, de la même façon que les mass-média ont changé la nature de la culture.

La blogosphère comme incubateur

Dans la blogosphère une certaine connaissance profane se développe parallèlement au savoir académique : si ce dernier n'est pas traduit dans un premier temps sous forme numérique à une adresse web et dans un deuxième temps sous forme de vulgarisation, il y a peu de chance qu'elle se diffuse dans le public ou du moins qu'elle suscite l'intérêt du public. Et la connaissance profane dominera sans partage.

L'hégémonie actuelle de la blogosphère, la montée en force de ce que j'ai appelé la société des chroniqueurs, imposera un ensemble de prescriptions pour légitimer les nouveaux énoncés du savoir.

C'est un secret de Polichinelle que de révéler que les carnets déstabilisent les engins de recherche. En poids, en fréquence et en activité ils prennent de plus en plus de place. Les algorithmes des moteurs de recherche favorisent ces attributs. Les blogues sont des percolateurs d'information, pour reprendre une image que m'a transmise un jour Jean-Sébastien. Et font donc écran à des informations plus "lourdes" comme celle des académiciens.

La blogosphère des chroniqueurs agit comme les chroniqueurs des médias traditionnels, et la rejoint, en réitérant l'éternel discours sur le discours : elle relaie des opinions sur des opinions.

Les académies hors course?

Le nouveau savoir qui se développe fait fi des recherches académiques parce qu'elles ne sont pas disponibles. Particulièrement dans la francophonie. Une action sur le web est source d'expérience. Par action j'entends ici un travail de communication comme les carnets ou les messages dans les carnets.

Surfer sur le web ne modifie pas le web. Mais dès qu'on se met à réfléchir à la structure d'un billet, d'un commentaire ou d'une modif sur un wiki, on participe à ce nouveau savoir. [on le modifie, aussi].

Rappelez-vous les premiers instants dans la blogosphère : la fascination que procurent les traces résultantes des actes de communication d'internautes. Un monde s'ouvre à vous. Une sociabilité nouvelle se crée par l'intermédiaire des carnets, basée sur une volonté manifeste de comprendre la pensée de l'autre.

Alfred Schutz disait : "Toute interprétation est fondée sur une réserve d'expériences antérieures, qui sont nos propres expériences et celles transmises par nos parents et professeurs. Elles fonctionnent comme un cadre de référence sous la forme d'une ‹‹ connaissance disponible ››" (cité par Regis Bectarte (PDF de son mémoire)

Quelle est la nature de cette connaissance disponible?

François Guité mentionnait il y a quelque temps des études de type académique sur un sujet en vogue actuellement dans la blogosphère : la folksonomy. Ce type d'étude n'est pas une opinion sur une opinion, mais bien de la nouvelle connaissance et, à mon avis, montre de quelle façon les académiciens peuvent alimenter le discours dans la blogosphère : réduire [la proportion de ] la rédaction d'opinion sur une opinion [en augmentant la proportion de travaux académiques.]

On pourrait aussi argumenter que la blogosphère influence trop les sujets d'étude des académies. Si la folksonomy est un nouveau terme et que la notion de classification distribuée en ligne paraît nouvelle, la problématique théorique de la catégorisation dite "folk" [n'est pas nouvelle, loin de là, et] peut être rattachée au moins à la recherche en linguistique et en sémiologie [dans les dernières décennies].

Par exemple : l'intérêt scientifique devrait davantage porter à étudier la formalisation des négociations de sens à grande échelle. La blogosphère profane s'intéresse, elle, davantage à la catégorisation elle-même en tant que pouvoir émergent.

N'y a-t-il pas là en fait un symptôme que le statut du savoir change? Les anciennes institutions ne sont plus les seules à promulguer la légitimité d'une connaissance.

Dont acte
.

[modifications apportées entre crochets en oct. 2007]

mSpace

"mSpace is an interaction model to help explore relationships in information."

L'université de Southampton en Angleterre lance un outil sémantique d'interface pour le web qui permet de chercher et apprendre sur un sujet en ligne.

"mSpace helps people build knowledge from exploring those relationships. mSpace does this by offering several powerful tools for organizing an information space to suit a person's interest: slicing, sorting, swapping, infoViews and preview cues."

Les auteurs comparent leur outil à un @Google on iTune". La démo actuel concerne une recherche sur la musique classique.

À explorer.

La Trinité expliquée aux paiens

Comprendre la Trinité "carnet - fil web - aggrégateur" relève de la Foi. La plupart des explications sur le sujet ne sont en fait que des entrées encyclopédiques. Elle ne permettent pas de comprendre, seulement de décrire le concept.

Je suis sûr que vous avez déjà tenter l'explication auprès de novices et avez immédiatement aperçu des yeux rouler d'incrédulité : "encore des buzzwords!". Maudite bulle.

Pour l'instant la plupart des gens carnetiers utilisent trois logiciels pour faire ce qu'un centre de communication devrait faire seul : un outil de courriel, un de blog et un d'agrégation. Dans ce contexte, il est facile de tomber dans la description d'outil. Expliquer aux néophites demande une métaphore.

Voyons le tout non pas comme des outils, mais comme une fonctionnalité supplémentaire aux outils existants.

BMail comme métaphore

J'utilise Blogger et Gmail, mais en fait, je ne vois pas pourquoi ça doit nécessairement être deux logiciels à part.

J'imagine mon logiciel de courriel préféré être modifié ainsi :

TO:
CC:
BCC:
POST:


Alors publier (post) pourrait être considéré comme un message à tous. Ou plus précisément un message à qui de droit. J'écris un "courriel" à qui cela peut intéresser, sur un Dazibao numérique

Si votre message ne s'adresse à personne en particulier, vous le publiez sur votre carnet, en séparant les carnets par des virgules, si vous en avez plusieurs...

Imaginons encore mon logiciel de courriel préféré être modifié ainsi :

Liste de contacts
Liste d'abonnements


J'ai une liste de gens à qui j'écris (contacts) et j'ai une liste de gens dont je veux recevoir leur "à qui de droit" (abonnement). Il faut s'abonner parce qu' un agrégateur n'est finalement rien d'autre qu'un logiciel qui reçoit des "messages publics".

La Trinité en Un

Ma métaphore BMail permet de comprendre un concept en s'attachant à un comportement déjà existant. Je peux expliquer à ma mère, enfin, que pour lire des carnets (et ses quotidiens préférés) elle n'a pas à visiter les sites : elle peut recevoir le tout comme des messages.

Je crois qu'un plugin existe pour outlook afin d'intégrer un agrégateur.

Par contre, aujourd'hui encore, il est plus performant d'utiliser un logiciel tiers. Et, expliquer comme ça, ma mère serait prête à embarquer. Bloglines (web), Netnewswire (Mac), Lektora (PC) pourraient devenir des outils pour elle.

Elle n'a qu'à abandonner l'idée que tous les messages arrivent dans le logiciel de courriel. D'où mon insistance à préférer le vocable 'message' à celui de 'courriel'.

Et si elle veut communiquer à qui de droit, en attendant BMail, là aussi des logiciels tiers sont plus performants : Blogger, Movable Type, WordPress.

Et entre les deux, le RSS. On a réussi à ne jamais le nommer, lui. Il y a quelque mois, j'avais tenté de faire comprendre le RSS en l'abordant de front. Cette fois-ci j'ai fait le contraire.

Les fils d'abonnement ne sont que des technicalités que l'on a ressortie du concept de la Trinité. Qu'il repose en paix...

Le blog comme dazibao numérique

Dazibao. C'est le nom donné au fameux journal mural placardé sur les places publics chinoises et dans les rues des villes et villages à l'époque de Mao.

Ces journaux peu appréciés par les autorités servaient à informer des faits et gestes locaux qui ne sont pas publiés ailleurs. Le mot signifit : "grand journal mural écrit à la main".

Vous me voyez venir?

Au fond, le blog n'est en fait qu'un dazibao numérique...
Dazibao (définition de Wikipédia en date d'aujourd'hui)
"C'est en 1966 que les dazibao firent leur apparition en Chine. Entièrement faites à la main, ces affichettes couvrirent d'abord les murs de Pékin avant de gagner les provinces. Ce média illégal et spontané véhicula l'information non-officielle et eut l'audace d'attaquer les autorités du pays. La répression finit par mettre fin à cette presse libre en 1979."

PS 2005-02-26 : Lire Loïc pour voir un effet dazibao sur la "vraie" presse.

Petit lundi

Micro plaisirs pour bien commencer la semaine...

Vous aimez les minous?
Vous aimez le basket?
Vous aimez la boxe?

Révolution-s

"[D]epuis 1989, au plus tard, les intellectuels ont dû admettre qu'ils n'étaient plus utilisables comme conseillers à la révolution. Je ne veux pas dire par là que nous sommes entrés dans des temps plus calmes, au contraire, les révolutions dans lesquelles nous vivons sont devenus chroniques. Beaucoup d'éléments laissent à penser que nous avons quitté l'espace des révolutions politiques pour entrer dans celui des révolutions techniques et mentales - ce qui met obligatoirement fin au rôle classique de l'intellectuel."

Peter Sloterdijk
Essai d'intoxication volontaire, Conversation avec Carlos Oliveira.
Hachette Litératures, 2001. (Page 65)

Google maps

Imaginez une énorme carte que vous pouvez dérouler et zoomer comme bon vous semble.

Voici Google Maps (IE et Firefox)




Maintenant imaginez ce que peux faire Google Local et Google Maps avec Google AdSense: battre les Pages Jaunies en ligne.

Il manquerait seulement qu'un bouton pour contacter le magasin (un Google VoIP en quelque sorte). Oups ;-) Je crois que c'est déjà dans leur collimateur...
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Sur la téléphonie Internet (VoIP):
Le Journal du net
Le projet du centre de recherche sur les communications du Canada
VoIP How-to

Le wiki comme palimpseste technologique

[English version available here]

La définition d'un palimpseste que j'ai donné dans un billet récent pointe vers un outil qui est lui-même un palimpseste par excellence : le wiki.

Wikipedia est un encyclopédie de pages-parchemins dont on a fait disparaître l'écriture pour y écrire de nouveau...

Je vais donc vous donner in extensio ma définition d'un wiki (à partir de la définition du palimpseste de Wikipedia) sur lequel je vais aussi faire des palimpsesteries, question de montrer en quoi le wiki, comme il se doit, n'est qu'un palimpseste technologique dans la plus pure tradition des moines copistes...
Le palimpseste technologique
(nouvelle définition du wiki)

Texte sur une page web dont les copistes de l'Âge Internet ont effacé l'écriture pour y écrire un autre texte.

Le mot palimpseste vient du grec palimpsêsto (gratté de nouveau) et désigne une page web dont on a fait disparaître la contrainte read-only pour y écrire ad lib.

Cette méthode fut utilisée au début du 21e siècle par des internautes copistes qui réutilisaient la même page pour y écrire de nouveaux textes. Ils contribuèrent donc activement à la création de la culture de partage.

Méthode

Pour créer un palimpseste, on réutilisait la même technologie qu'un serveur web mais qui avait été préalablement rendu ouverte à tous pour modification sans contrainte : aucune autorisation, aucun téléchargement et aucun code HTML. Tous peuvent modifier le palimpseste.

À cause de cette méthode ouverte, plusieurs écrits ont été momentanément perdus. On arrive toutefois à retrouver l'ancien texte dans certains historiques grâce aux techniques modernes de restauration de documents (bouton "ancienne version", Google cache, agrégateur RSS).

Le palimpseste permet une écriture à plusieurs auteurs qui raffine la pensée du groupe sur un sujet particulier. Les applications vont de l'écriture de l'actualité à la création de guides d'instruction car le palimpseste profite de l'intelligence collective pour l'amélioration ou la correction factuelles du document.

Palimpsestes célèbres
  • Le Palimpseste Wikipedia: une renaissance de l'ouvrage Encyclopédique de Diderot.
  • Le Palimpseste CraoWiki: une renaissance de l'Agora athénien.
  • Le Palimpseste Wiktionnaire: une renaissance de l'ouvrage de Larousse
Ces palimpsestes sont accessibles avec n'importe quel navigateur web et attendent vos contributions.
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À lire si le sujet vous intéresse:
Texte: La mort des brouillons (Jean Véronis)
L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte (Jean-Marie Le Ray)

L'enfer plastique

Petite note pour encourager les bloggeurs québécois Valérie, Louis-René et Pascal en tournée en Afrique de l'Ouest.

Depuis novembre 2004, ils relatent leur voyage dans leur blog Baobab sur Paroles Citoyennes, un site de l'ONF (conçu entre autres par Interstructure lors de mon passage en 2004).

Paroles citoyennes

"Le royaume de l'enfer plastique est expansionniste".
"Partiellement construit sur les détritus qui s'empilent en s'avançant dans l'eau, le monstre rampe sur un tas d'ordure."

"Bienvenue dans l'enfer plastique".


Une belle utilisation du blog comme carnet de voyage....

Palimpsesteries

A.J. Liebling était un célèbre journaliste américain du siècle dernier qui a souvent écrit dans le The New Yorker. Certaines de ses citations sont tellement vraies encore aujourd'hui qu'elles méritent qu'on les reprennent ici:

  • "Freedom of the press is guaranteed only to those who own one."
  • "People everywhere confuse what they read in newspapers with news."
  • "I can write better than anybody who can write faster, and I can write faster than anybody who can write better."
Petit palimpseste pour réactualiser le tout. Vous ne m'en voudrez pas j'espère.
  • "Freedom of the speech is guaranteed only to those who own a blog."
  • "People everywhere confuse what they read in blogs with news."
  • "I can post better than anybody who can post faster, and I can post faster than anybody who can post better."
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Voir aussi:
Le wiki comme palimpseste éléctronique

La moisson de l'implicite

"Bernardo Huberman et son équipe du Laboratoire d’information dynamique de Hewlett-Packard travaillent à décrypter comment les e-mails et les informations circulent à travers les organisations. Huberman et son équipe ont étudié des milliers d’e-mails et leurs parcours dans les divisions d’HP pour constater que le travail effectif était accompli par des équipes auto-sélectionnées qui n’avaient rien à voir avec l’organigramme. (...)

Selon Huberman, le groupe informel agrége les meilleurs sources et connaissances pour assurer son efficacité. Huberman indique qu’il souhaite construire un “navigateur de la connaissance d’entreprise” qui permettrait à des organismes de moissonner toute la connaissance cachées dans les cerveaux de leurs employés et pas seulement dans les documents stockés sur des serveurs ou dans les mails."
(via Internet Actu citant Computer world)
Toujours sur le même thème, via Kobelius, sur le même article:
"I see two theories of “knowledge” implicit in this discussion:

• Knowledge sits in people’s heads and can be harvested
• Knowledge emerges from people’s interactions and can be conjured through structured collaboration environments

Both theories are right, to a degree. Knowledge is a personal stock that we each build, and a social force field in which we radiate. Sometimes, you don’t know what you know until somebody/something elicits it from you."
Puisque la technologies évolue rapidement, il n'est pas ridicule de penser que (presque tout) ce que l'on dit ou écrit sera enregistré et traité afin d'extraire de la 'connaissance' (le comment reste à trouver).

Au regard de mon précédent billet, ce qui me gène, dans un scénario qui ne relève plus pour très longtemps de la science-fiction, c'est la possibilité pour une compagnie de faire des liens entre des choses que j'ai dit/écrit/fait pour créer de la valeur intellectuelle qui ne m'appartiendra plus par la suite, ou du moins qui ira enrichir les actionnaires, sans que je sois invité à participer aux bénéfices.

Venant d'un bloggeur semant ses pensées aux quatre vents, cela peut paraître paradoxal, mais je sens qu'ici il y a un enjeu crucial à propos de la propriété intellectuelle. Il est peut-être temps que je m'intéresse aux Creative Commons moi aussi...