ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Web mobile

Quand il y a 50 fois plus de demandes de recherche venant du iPhones que tout autre appareil mobile sur le moteur de recherche Google, il ne fait plus de doute que si d'autres opérateurs emboîtent le pas en rendant l'accès au Web accessible directement depuis leur téléphone mobile, on peut réellement penser que le web mobile prendra son envol.

"The world is changing. Users want an internet without fences. They know how to type in Google.com if they want to get to it," (...) "Two years ago the operators were still playing the role of gatekeepers but that is no longer the role for them."

Je crois que le média-web vidéo-clip (à la YouTube) sortira enfin des desktops pour se répandre sur la place publique via les cellulaires mobiles...

Ce qui fait aussi dire à Sébastien Provencher, de Praized media, que le moment où le cellulaire mobile rencontrera l'hyperlocal n'est plus pour très loin.

Via Praized Blog : Quote of the Day: Vic Gundotra from Google on Apple iPhone Traffic
Apple Insider : Google iPhone usage shocks search giant
Financial Times : Google homes in on revenues from phones

Maroc : 3 ans ferme pour un faux compte Facebook

Le Tribunal de grande instance de Casablanca a condamné Fouad Mourtada à 3 ans de prison pour avoir usurpé l’identité d’un membre de la famille royale marocaine sur Facebook. (Écran.fr)

Il semble qu'il a porté « atteinte aux valeurs sacrées du royaume en la personne du prince ». L'« utilisation de données informatiques falsifiées et usurpation d’identité » n'est pas prise à la rigolade au Maroc.

Surfez sans temps morts - pignez sans entraves
Nonobstant une peine exagérée, très exagérée, et outre le fait que la "victime" était Son Altesse Royale, le prince Moulay Rachid (on se demande quels usufruits il a été privé, des pingnages coquins peut-être), il me semble que l'histoire montre que d'un côté on prend le tout un peu trop au sérieux, et de l'autre, pas assez (emprunter une identité facebook est considéré comme une blague)

Les mécanismes de validation sur internet sont pitoyables depuis les débuts il y a 40 ans (où au fond tout le monde se connaissait et le milieu appelait la confiance des pairs finalement) et la recherche d'une solution "technologique" ne semble pas aboutir. Le Maroc montre (parodiquement) la voie. Dans un monde en réseau, tu es ton identité. C'est le retour de Martin Guerre...

À quand la reconnaissance que l'usurpation de l'identité sur Internet n'est pas un conflit d'enfants, mais une chose à prendre au sérieux?
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Bientôt un commissariat virtuel en France?
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MISE À JOUR 19 mars 2008: Fouad est gracié. Le Monde, CasaFree, Le Monde du blog (via Éric Baillargeon dans les commentaires ci-dessous)

Nouveaux medias et monde arabe

Mon envie d'apprendre la langue arabe a été stoppée le jour où j'ai appris qu'il n'y avait pas 1 langue arabe, mais des langues arabes. Par contre, mon envie de connaître cette culture et ce monde ne s'est jamais éteinte. Quand je suis tombé sur l'émission de Thierry Garcin de mardi de la semaine dernière, sur France Culture, mon oreille s'est dressée, car on y parlait du monde arabe et de l'internet. Je vous partage ce que j'ai retenu.

Osman WaqiallaLes nouveaux médias déplacent partout le centre de gravité de la sphère publique, dans l'ensemble du globe. De la démultiplication des voix institutionnelles à la prise en charge des citoyens de nouveaux moyens d'échange, le pouvoir, toujours associé au savoir, se redéfinit partout. Qu'en est-il dans les pays arabes?

Voici ce que j'ai noté [avec mes commentaires entre crochets]. On peut aussi écouter le podcast, 10 min.

الجزيرة
Dans l'émission, on commençait par la chaîne, symboliquement chargée en Occident et dans le monde arabe, Al-Jazeera, qui représente pour cette sphère du monde, une transformation du paysage médiatique : au milieu des années 90, il court-circuite la logique de télévisions nationales en introduisant une télévision transnationale.

Il amorce aussi le mouvement de ce qui est appelé, dans l'émission sur France Cuture, le "contre-flux", c'est-à-dire une obstruction du débit de l'information circulant uniquement du Nord vers le Sud.

الثورة
Cette révolution ne nous a pas été télévisée. On ne le montre pas beaucoup dans les médias occidentaux, mais le monde arabe aujourd'hui est globalement soumis à une couverture du monde provenant à la fois de l'international et à la fois, tout récemment, de l'interne. Il n'existe plus d'État "ermite", car les chaînes d'information en continu font partie de leur quotidien et l'ouverture sur le monde y est constant.

Avec l'internet, mais aussi bien avant avec la télévision satellitaire, les "nouvelles", largement politiques dans les pays arabes [et fortement occupés par les activistes ou les militants cherchant à imposer leur interprétation de l'Islam et/ou leurs agendas politiques], ont vu leur "domination" dans la sphère publique (du moins les chez les jeunes Arabes) diminuées face au «divertissement», au sens très large. Ce qui inclut les blogues.

بلوق
En 2005, dit-on, le phénomène des blogues démarre véritablement, où une trentaine de milliers de "blogues durables" [sic] sont actifs, apprend-on, dans tout le monde arabe. [Notez le vocable "durable". On élude ainsi la fallacieuse objectivité des statistiques à la technorati où un bon blogue est (aussi) un blogue mort]. En 2006 ce compte est passé à trente milles, seulement au Maroc, c'est dire l'explosion et la rapidité des évolutions.

Le monde arabe, médiatiquement parlant, était centré sur l'Égypte, et même le Liban à l'époque, et voit aujourd'hui son centre de gravité se décaler vers l'Est, vers la péninsule arabique (on pense au Qatar et à Dubaï), ce qui n'est pas étranger aux énormes développements culturels, architecturaux et touristiques mis en place récemment. [Ceux qui ont de ce coin du monde une image d'Épinal avec un chameau dans un désert ont intérêt à mettre à jour leur banque d'images].

العربية
Ces régions, autrefois très en contact avec le français et l'anglais, ont aujourd'hui rapidement tendance à s'arabiser, par un arabe utilisé dans les médias, transcendant les différences nationales, mais aussi en utilisant sans complexe les différents dialectes locaux, par une réappropriation de la langue au niveau individuel, avec toutes les dérives que cela comporte.

Les pouvoirs du savoir, les institutions voient une certaine jeunesse [numériquement plus importante en proportion que dans les pays occidentaux, ne l'oublions pas] s'accaparer des outils des nouveaux médias pour s'affranchir des poids de leur héritage et regarder l'avenir de façon désinhibée, par rapport au Nord, aux autres langues, mais pour ouvrir une communication horizontale.

الاتصا
Cette communication horizontale, par opposition à une communication du haut vers le bas, d'un émetteur vers une masse qui écoute, est sans doute le fait le plus extraordinaire dans ces sociétés, aux dires du professeur interviewé dans l'émission.

Les enjeux internationaux, la capsule de Thierry Garcin, est toujours trop courte et on en aurait demandé plus. On trouvera sur le site de l'émission, tout en bas, avec profit, une liste de livres et de liens portant sur le sujet. Mais je trouve que nous avons là une bonne mise en place pour comprendre l'impact des nouveaux média dans le monde arabe.

Si le sujet vous intéresse, il y a le carnet du professeur interviewé, Yves Gonzalez-Quijano, maître de conférences à l’université Lumière Lyon-II : culturepolitiquearabe.blogspot.com

Un colloque vient justement de se terminer à Lyon et portant sur les médias arabes et le traitement de l'actualité, on a ici l'invitation (PDF, français, 6 pages) et les actes seront publiés dans la Revue Hermès.

On mettra aussi dans son agrégateur Hou-Hou blog, simplement parce que c'est un bon blogue.
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image : dernière oeuvre d'Osman Waqialla (1924-2007)
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Blu-ray par K.O

Bruno Guglielminetti dans le Devoir de ce matin y va son pronostic : les dés sont jetés, Blu-ray a gagné.

BLU-Ray gagnantAprès les studios Warner en janvier, puis Netflix (location de films par Internet) et ensuite Best Buy qui ont confirmé depuis le début de l'année avoir lâché le format HD DVD, c'est automatiquement son concurrent le Sony Blu-ray qui y gagne.

Vendredi dernier, s'il fallait un signal pour les consommateurs, la chaîne Wal-Mart indiquait qu'elle ne supporterait plus le format HD-DVD d'ici l'été.

Bruno retrace très bien la brève histoire de la décente aux enfers du HD DVD et les raisons de la fin du combat des plateformes HD.

La voie est maintenant libre : le marché n'attend plus que vous changiez votre parc audio-visuel pour vous être 100% HD.

(source image)

Get to safe area

"Précipitez vous vers un lieu sûr" tel est la consigne que la Northern Illinois University a écrit en page d'accueil de son site web à 15h20 précise, heure locale, aujourd'hui même. Vingt minutes auparavant, un tueur fou venait de décharger toutes ses munitions dans une classe bondée d'étudiants. Le reste, vous savez que vous le trouverez sur CNN, NYTimes, TFI, SRC, Europe1, ChinaNews, Al-Jazira et ... Lipstick.lace.brassknuckles.wordpress.com ?

Sordide époque, ces temps-ci, en Amérique, où il ne fait pas bon étudier sur place, puisqu'il faut ajouter l'adverbe "encore" à "une fusillade sur un campus américain". Ça provoque des tonnes de questions.

Celles que je retiens pour mon carnet sont celles-ci.

Par quel média, cette nouvelle vous a-t-elle rejoint en premier?
Dans mon cas, c'est la radio, plus par hasard que par habitude, sinon je l'aurais appris dans mon journal demain matin. Et je serais le premier surpris que quelqu'un l'apprenne par Zéro Seconde. Ou par la blogosphère. Sauf peut-être par la microblogosphère --les digg-like, les FB status, les Twitter et quelques autres blogueurs accroc à la gâchette facile.

La blogosphère en général prendra le relais très rapidement, pour offrir questions et réponse, cri d'indignation ou conversation émotive, mais elle ne sera pas au centre. Mais elle jouera le rôle de soupape.

Les moteurs du web seront surchargés encore dans les prochaines heures de requêtes concernant ce drame et il y aurait fort à parier que les Google, Yahoo et AOL de ce monde ont su très rapidement que quelque chose se passait à la Northern Illinois University.

Northern Illinois University influence Google Trends

Pourquoi diable l'université a-t-elle écrit sur leur page d'accueil "Get to a safe area"?
Ma dernière réaction aurait été d'aller sur la page d'accueil de mon université. Pourquoi pensait-on que le message pouvait se rendre? Peut-être pcq là-bas, aux États-Unis, le web est beaucoup plus intégré et fiable qu'ici (combien de compagnies sérieuses d'ici ne mettent pas à jour leurs sites ou ne répondent même pas aux courriels envoyés -- ça finit par nous créer des réflexes).

C'est parce qu'il y avait un webmestre présent et qu'il considérait son site web comme un média: "the show must go on". La page d'accueil a été rapidement modifiée et devint la plaque principale pour informer le monde.

Northern Illinois University Page d'acceuil avant et après

Ce qui est étonnant, c'est que le web était apparu dans les médias dans des conditions analogues en 1995. Après le terrible tremblement de terre de Kobe au Japon, des universitaires avaient mis à jour un site pour tenir au courant le reste du monde. Mon étonnement concerne le chemin parcouru depuis 13 ans : avant on utilisait le web pour rejoindre une périphérie qui avait perdu contact, alors que le centre, lui, n'était plus en contact. Autrement dit, le site n'était d'aucune utilité localement (il n'y avait pratiquement plus d'électricité là-bas) mais était une source inestimable pour l'extérieur.

Voilà, aujourd'hui, le web est utilisé pour le local vers le local. De l'extérieur, nous pouvons observer et suivre les événements, comme sur l’holodeck de Star Trek (si vous me permettez la seule image qui me vient à l'esprit tant on se rapproche étonnamment de la science-fiction), mais c'est à une "communication locale à local" auquel on assiste.

Serait-ce une alerte RSS?
"There has been a report of a possible gunman on campus. Get to a safe area and take precautions until given the all clear." (cache) Je ne saurais dire si ce message du webmestre a réellement atteint son audience (des courriels ont aussi été envoyés), mais je vois là, dans une société fortement en "demande de sécurité", s'il ne va pas se mettre en place un système d'alerte via les nouveaux médias portatifs.

On se souvient de la tragédie du tsunami du 26 décembre 2004. Il a été discuté d'un système d'alerte distribué sur le web (un Peer-to-peer Tsunami alert) où un site de surveillance de tsunami serait mis à jour en temps réel afin d'alerter la population. Pas toute la population, seulement un certain nombre dont l'agrégateur aurait reçu une alerte RSS. Le bouche à oreille aurait fait le reste.

Il n'est plus impensable aujourd'hui que les Américains instaurent une fil d'alerte similaire qui envoie des messages tous azimuts (XML, courriel, texto, P2P, etc) pour alerter ses "abonnés". Une procédure permettrait de s'assurer qu'un maximum d'étudiants reçoit l'alerte.

Pourrait-on prévenir le pire?
Trouverons-nous des traces sur Internet qui aurait pu prédire cette catastrophe humaine? Un blogue, un forum, comme dans le cas de la tuerie au Collège Dawson à Montréal il y a un an et demi.

Comme le disait le chef des policiers arrivés sur la scène du crime cet après-midi (deux minutes après le début des coups de feu), il est impossible de complètement empêcher de telles violences.

Get to a safe area. Il n'y en a pas...

On s'en désole.
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3 sites, 2 logiciels, 1 lien

Trois sites
issuu : Lisez vos PDF comme vous lisez vos livres (via Olivier Ertzscheid)
ooVoo.: Vidéo-chat à plusieurs. Un seesmic-like, vraiment communautaire.
Hooseek : Méta-moteur de recherche. Et c'est pour les bonnes oeuvres.

Deux logiciels (via Benoît Descary)
Videospin : Montage vidéo gratuit.
Virtualdub : Lui aussi.

Un lien
Yahoo's Flash Developpement Center: ActionScript Toolkit for Rich Applications (via Fred Cavazza)
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Espaces et services branchés

Interface[s] Montréal, les rencontres du génie numérique et des affaires à Montréal, rendu[s] à sa troisième saison, propose[nt] mardi prochain sa deuxième table ronde sur le déploiement accéléré des systèmes intelligents et interconnectés dans les espaces de vie. L'internet des "objets" est à nos portes... avant d'y être complètement dedans.

J'y serai présent si tout s'enligne bien. «Le réseau des objets» correspond à un monde d’appareils interconnectés. Et il me semble que ce moment s'annonce pour la prochaine décennie.



Conférence 2 :
ESPACES ET SERVICES BRANCHÉS
Le maillage des espaces

Mardi 19 février
17h30-21h30, à la SAT

INTRODUCTION
Sylvain Carle - Vice-Président Technologies, Praized Media

ESPACES BRANCHÉS : LA PROCHAINE FRONTIÈRE IP?
René Barsalo, Directeur recherche et stratégies, Société des arts technologiques [SAT]

E-CITÉ: LA DYNAMO DU CYBERESPACE DE LA VILLE DE MONTRÉAL
Jean-François Brucel - Conseiller inforoute, division des relations avec les citoyens, Ville de Montréal

NE MOURREZ PAS PAR ERREUR…
Claude-Michel Morin et Philippe Panzini - Président et Co-fondateur, Medical.MD

LE TOUR DU QUÉBEC EN MOINS DE 50 MILLISECONDES
Michel Côté, Directeur de l'exploitation, RISQ

www.interfacesmontreal.org

Tarifs incluant le buffet (taxes incluses)
Prévente
Conférences-démo = 15 $
Tarif étudiant = 10 $

À la porte
Conférences-démo = 20 $
Tarif étudiant = 10 $

Donner pour vendre?

Mettre gratuitement un livre en ligne peut-il être bénéfique pour les ventes? "Les gens téléchargent, mais ne lisent pas. Ils téléchargent pour se donner l'impression de posséder quelque chose qu'un jour ils vont lire. Mais quand les gens ont envie de lire, ils vont acheter les livres." L'expérience de Paulo Coelho l'auteur de "L'Alchimiste" teste durement les nerfs des éditeurs.

Imprimerie 15e siècleOn apprend sur le site de Bruno Giussani (Paulo Coelho: Why I pirate my own books, 4 fév 2008, anglais, 992 mots) que Paulo Coelho a publié en 2000 sur son site un texte qu'il a écrit spécialement pour le Web : "Histoires pour les parents, enfants et petits-enfants".

En cinq mois, le livre a été téléchargé plus de 1 million de fois. Résultat? "Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais eu de commentaire sur ce livre " dit Paulo. (Repéré par Blogging the news)

Téléchargement à volonté
En d'autres mots, télécharger un document du web ne signifie nullement en prendre connaissance. J'ajouterais que cette pratique prolonge l'acte de "photocopie à tout crin" pour ceux qui sont assez vieux pour avoir connu cette technologie ;-)

Si vous êtes comme moi, vous n'avez pas plus lu ce que vous avez photocopié que ce que vous mettez aujourd'hui dans vos signets. Le téléchargement suit le même chemin.

"скачать бесплатно" comme disait ma grand-mère
Mais poursuivons l'histoire de Coelho : il a mis une édition russe de L'Achimiste en ligne ("скачать бесплатно" - free download). À ce moment, les ventes du livre flottaient à 1000 copies par année dans l'empire de Poutine. Pas terrible. En 2001, à la grande surprise de tous, ce nombre est monté à 10 000 exemplaires, puis l'année suivante, à 100 000 exemplaires.

La population avait commencé à lire et/ou à en parler, et comme elle aimait le livre, elle l'a acheté. La troisième année, ils ont atteint 1 million d'exemplaires. "Nous sommes maintenant à plus de 10 millions d'exemplaires en Russie." Depuis il a établi un blogue, Pirate Coelho pour faciliter la transmission de copies électroniques de ses livres, dixit Giussani.

Goûter avant d'acheter
"Vous donnez au lecteur la possibilité de lire vos livres et le choix de les acheter ou non." Et d'ajouter Giussani que dans les librairies américaines, il n'est pas rare de feuilleter un livre et de siroter un café avant de faire le choix des livres à rapporter à la maison. Donc ce butinage n'est pas exclusif au web.

Paulo affirme que la distribution électronique alimente la vente en magasin pour ses livres "parce qu'ils [les lecteurs] ont la possibilité de juger ".

Il n'est pas le seul à penser comme ça.

Des actes contre nature (pour les éditeurs)
"Down and Out in the Magic Kingdom", publié en janvier 2003 par Cory Doctorow, a été proposé en même temps gratuitement sur l'Internet.

"I've been giving away my books ever since my first novel came out, and boy has it ever made me a bunch of money." dit-il dans l'article Giving it away (Forbes, 2006, anglais, 1457 mots)

Le même jour, il y a eu 30 000 téléchargements (sans compter les copies de copies que les utilisateurs ont distribuées). Aujourd'hui, au-delà de 700 000 exemplaires ont été téléchargés à partir du site de l'auteur.

"La plupart des gens qui téléchargent le livre ne finissent pas par l'acheter, mais ils ne l'auraient pas acheté de toute façon, je n'ai donc pas perdu aucune vente, je viens de gagner un public" dit-il.

Encore, encore
Seth Godin sort en 2001 son livre "Unleash the IdeaVirus" (qui se résume ainsi: les idées sont des virus et se propagent comme la grippe.) Et comme les idées gratuites se propagent plus vite, il le met en vente tout en le donnant gratuitement sur son site. Résultats? Premier jour: 3000 téléchargements. Puis après: 1 million. Au bas mot 2 millions de copies circulent. et ça lui a rien coûté pour atteindre cette audience. Hum.

Et toujours
Joël De Rosnay et Carlo Revelli ont publié "La révolte du pronétariat, des mass media aux médias des masses " en 2006. Puis après 6 mois, hop, en ligne. Nous préconisons "la mise à disposition gratuite au plus grand nombre d'un ouvrage de référence sur la révolution du Web". Texto.

Et un dernier pour la route
Loïc Lemeur annonce en 2005 qu'il dépose sur son blogue très influent les chapitres de son "Blogs pour les pros". Ces billets deviennent les chapitres de son livre, incluant les commentaires et les corrections des lecteurs.

Reprenons nos sens
Ces cas, on s'en doute, seraient moins probants pour des auteurs ne possédant pas déjà un lectorat mondial bien établi. On est devant l'oeuf et la poule.

Le livre fait parti de ces biens qui ont la particularité de ne pas pouvoir se "consulter" sans affecter sa valeur (contrairement à un marteau dont l'utilité ne disparaît pas avec son utilisation): lire un livre est l'acte de consommation et normalement le livre ne se consomme qu'une seule fois. Il n'y a donc pas moyen de le consulter sans affecter sa valeur. D'où l'apparente contradiction dans ces histoires de "livres gratuits".

Simplicité d'accès
Je crois quant à moi que la logique en place en est une de distribution: quand un livre possède une distribution très fluide, une recherche sur le réseau n'offre pas la même satisfaction ni la même facilité d'accès. Contrairement à ce que l'on pense, trouver quelque chose de précis sur Internet reste une activité ardue (C'est par contre un excellent outil de recherche par sérendipité.)

Dans ce cas, ce sont ceux qui sont archiconnus qui peuvent peut-être en bénéficier -- les moins connus courent au moins la chance de se créer un auditoire.

Quand on veut lire [un livre], on va encore à la librairie ou à la bibliothèque, on ne fait pas des recherches effrénées sur Google. Et de tout façon tant que la lecture [d'un livre] sera plus pénible à l'écran que sur du papier, ce ne sera pas demain la veille.

Où allons-nous?
Une piste: l'accès et la qualité de l'écran s'améliorent. Alors en ont-ils encore pour longtemps? Même RadioHead a mis fin à leur expérience de téléchargement gratuit. Serait-ce la fin de la récré?

Une autre piste (contraire): Le New York Times annonce aujourd'hui que l'américain HarperCollins donne un accès complet et gratuit en ligne à certains de ses livres dans le but d’augmenter les ventes (via TeXtes). Serait-ce la voie à suivre?

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Piste de lecture
-Jean-Michel Salaün : Le web média, Synthèse (Nov. 2006, français, 1185 mots) où il décrit l'économie qui se met en place sur le web pour tout ce qui est contenu numérisé.
-Frédéric Kaplan : Futur 2.0 : Si les livres pouvaient parler (Avr. 2007, français, 1733 mots) où il narre sa vision du livre d'hier à demain.
-teXtes : Donner c'est donner (12 fév. 2008, français, 466 mots) Retrouvez d'autres cas de livres gratuits pour faire vendre.
-Issuu: widget permettant de visionner sur le mode du "feuilletage de page", sur le web, un pdf comme si c'était un livre. Comptes rendus de Hubert Guillaud et Olivier Ertzscheid.
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Adviso - le blog

On se demandait bien quand Adviso Conseil allait ouvrir un blogue bien à eux. On sait que les dirigeants Jean-François Renaud et Simon Lamarche alimentent depuis longtemps le blogue innovationweb de Branchez-vous avec des billets quotidiens. Ils étaient très bien placés pour comprendre la valeur de posséder le leur bien à eux. Le voilà ouvert depuis ce soir. Tour de piste.

Premier constat : le carnet est ouvert à l'interne, ce qui permet aux talents internes de briller à l'extérieur, et de diversifier autant dans le ton que dans les sujets la couverture du carnet, reflétant ainsi les compétences de la boîte sur la place publique. C'est le but d'un blogue corporatif.

Deuxième constat : le carnet a été nourri en circuit fermé depuis plusieurs mois (octobre 2007) ce qui donne une belle panoplie de billets à l'ouverture. J'imagine que ce rodage a permis d'établir quels étaient les billets de bonne qualité tout permettant de mettre en place un protocole de publication corporatif. C'est essentiel pour conserver un certain contrôle sur la communication vers l'externe.

Troisième constat : l'information est totalement tournée vers la diffusion d'informations et de connaissance et non pas une simple vitrine corporative (le contraire aurait été étonnant). Cette approche en fait alors un équivalent d'une veille tout azimut pour leurs clients ou prospects tout en permettant de se positionner dans les moteurs de recherche.
Ils présentent leur blogue comme "une fuite de leur blogue interne" qui nous permettrait d'accéder à des "contenus autrement confidentiels" et "réservés aux érudits de l'Équipe d'Adviso". ;-) Si je me fie à la topologie des blogues corporatifs dont je parlais en 2005, ils sont dans la catégorie blogue à thème de type persuasion : bâtisseur d'image.

Les thèmes abordés concernent le marketing internet, la stratégie web, l'expérience client, l'ergonomie, les réseaux sociaux et le référencement, entre autres. Les textes sont en français et parfois en anglais.

J'imagine qu'il vont éventuellement nous permettre de faire des commentaires, car en ce moment il faut être enregistré et il n'y a aucun bouton pour le faire...

J'ai relevé ces billets pertinents:

Ranking differently on Google.com whether I search from Canada or US
Où on apprend qu'il y a une très grande variation dans les résultats sur Google.com si la recherche est effectuée à Montréal ou à New York par exemple. Mais si les mots clefs contiennent un nom de lieu, alors le résultat ne varie pas selon le serveur ("computer Canada" donnent les mêmes résultats indépendamment du lieu de la requête). Il n'y a donc aucune façon. à partir de l'accueil de google.com, de connaître le positionnement d'un site aux État-Unis si on est basé à l'étranger (le billet propose une solution).

Faire une bonne page 404 — 10 conseils
Où on nous suggère qu'une bonne page 404 est une page qui ne s'appelle pas 404. Et il faut y ajouter un message qui mentionne que c’est votre erreur et non pas celle de l’utilisateur. Plus un champ de recherche et des liens vers vos pages les plus populaires ou les plus récents. Et évidemment, conserver vos menus de navigations -du moins les principaux- et le plan de votre site, ainsi que vos coordonnées.

Le web prend un virage vert
Où on trouve une une liste de portails pour trouver de bons sites sur le développement durable, le commerce éthique, le commerce équitable et et l'attitude responsable.

The Low Down on Email Certification
Où on explique ce qu'est une certification courriel et les compagnies qui les offrent.

Obtenir le mot clé exact pour Adwords
Où on apprend qu'il est possible de croiser les mots clés Adwords avec des données disponibles dans Google Analytics, ppour répondre à cette triple question: "qu’en est-il du mot clé cherché par le visiteur avant de cliquer sur l’annonce? Quelle était l’intention de recherche initiale? Et ultimement, pourquoi certains mots clés Adwords convertissent si mal sur mon site?"

Il y a aussi une critique de l'ergonomie du nouveaux site de voir.ca et une information concernant le taux de rebond qui a une influence significative sur le revenu d'un site de commerce.

Dominic Arpin : Le patrouilleur du net

"Ladies and gentleman, Dominic Arpin hasn't left the building!" De retour après une pause de quelques mois, il reblogue a nouveau sur son carnet tout neuf. Il devient "Le patrouilleur du net".


Dominic ArpinDominic "l'Arpingleur", le cow-boy qui "lemeurise" tout ce qui blogue plus vite que son atom. Un blogue sain dans un corps sain, telle est sa devise.

Je crois que la moindre des choses que l'on peut s'attendre d'un patrouilleur du net c'est qu'il distribue des billets! Nous voilà ravis! Juste à temps pour le Yulblog de ce soir!

Disrupt or destroy : l'accès Internet comme enjeu stratégique

Quand trois câbles de télécommunication alimentant une partie du Proche et Moyen Orient ont été coupés la semaine dernière, toute cette partie du monde s'est retrouvée privée d'Internet ou fortement ralentie. Courriel, VoiP, vidéo, cybercommerce, etc. Quand un quatrième est coupé dimanche, il est difficile de ne pas penser y voir une conspiration.

Miss -détails (Photo de Vincent Lessard)Bien sûr, des câbles brisés, il y en plusieurs par année. ABCnews en compte facilement jusqu'à 50 dans l'Océan Atlantique seulement.

Donc plutôt courant comme pépin, mais quand il manque de redondance, la situation devient préoccupante. Alors quatre bris simultanés? Parle-t-on alors d'attentats? Dans la blogosphère, la rumeur circule. S'agirait-il d'isoler l'Iran? comme le laisse entendre Bloggernews. Les paris sont lancés!

Réseaux stratégiques
Quoi qu'il en soit, les impacts politique, économique et social sont devenus énormes : perdre le réseau virtuel, c'est une panne tout ce qui a de plus "réel". Et si certains pays n'y voient pas tout de suite, il y a fort à parier qu'ils seront fragilisés dans un proche futur.

L'Inde a vu sa dorsale Ouest s'écrouler et a dû se rabattre sur son unique autre dorsale à l'Est (info trouvée sur ABCnews). Pour un pays où la télécommunication fait travailler beaucoup de cerveaux ou de téléservices à distance, c'est un sacré problème.

Les pipelines de l'or numérique
Un plan de redondance stratégique devrait faire partie de tout bon programme d'autonomie nationale ou régionale, au même titre que l'énergie (électricité et pétrole au premier plan).

On apprenait ce matin dans Le Devoir que le Canada n'a pas de réserves stratégiques de pétrole pour protéger les provinces de l'Est, dont le Québec et l'Ontario. Les dorsales d'Internet sont en quelque sorte des pipelines d'information et si l'information est le pétrole du 21e siècle, doit-on penser les inclure dans toutes stratégies de "défenses"?

La cinquième colonne
En tout cas, ce qui circule depuis 1 an ou 2 sur le réseau c'est le un rapport déclassifié du Department of Defense américain, passablement censuré, qui décrit Internet comme une arme aux mains de l'ennemi. Pas sûr, par contre, tant que le président actuel reste en place, de savoir qui est ainsi désigné comme ennemi, mais poursuivons.

L'information est une arme et l'electronic warfare (EW comme il est nommé dans le document) fait partie des mesures que doivent prendre les militaires.

Disrupt or destroy
Intitulé : "Information Operations Roadmap" et signé par Rumfeld en 2003, le document termine en demandant que soit donné le pouvoir "[to] provide maximum control of the entire electromagnetic spectrum".(...)[to] "disrupt or destroy the full spectrum of globally emerging communications systems, sensors, and weapons systems dependent on the electromagnetic spectrum".

De là à penser que couper des câbles relève de cette stratégie, il n'y a qu'un pas. Je ne sais pas si c'est vrai, mais l'existence du document ne laisse plus de doute sur l'aspect stratégique d'Internet pour les états, les régions et les peuples...

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Work begins to repair severed net, BBC (anglais, 758 mots)
The newest Internet whodunnit? Who cut the cables? C|Net (anglais, 327 mots)
Analyzing the Internet Collapse, ABC (anglais, 1378 mots)
"Information Operations Roadmap" Departement of Defense, PDF (anglais, 78 pages)
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Liens en vrac (Facebook / Blogosphere)

Liens en vracs sur Facebook et sur la blogosphère, qui sont, à mon avis, respectivement un web 2.0 low-fi et hi-fi.

FaceBook? Ça marche encore?! ;-)

Sécurité sur facebook (30 jan. 2008 - 781 mots)
Est-ce que Facebook est sécuritaire pour les mineurs? Vincent Gautrais répond "Oui. Sécuritaire comme une auto".

Le Wall Street Journal devient l'ami de Facebook avec SeenThis ? (30 jan. 2008 - 79 mots)
Éric Baillargeon nous signale l'apparition de SeenThis, un agrégateur de nouvelles multiples sources qui analyse des tendances.

Have Facebook Apps Peaked in Popularity? (anglais, 29 jan. 2008 - 794 mots)
Josh Catone dit que les "Facebook users are beginning to suffer from app fatigue".

Problems in the world of Facebook Apps (anglais, 27 jan 2008 - 164 mots))
Sur Mikel.org, on sent aussi que les applications sur Facebook commencent à ne plus faire sensations.

The BayCHI podcast for December 11, 2007, (vidéo)
"Learning to Create Engaging Apps for Facebook with Dave McClure of Stanford, Psychologist B.J. Fogg"

Microsoft vermarktet Facebook in Deutschland (allemand, 30 jan. 2008 - 310 mots)
Microsoft obtient l'exclusivité de la vente d'espace publicitaire sur Facebook en Allemagne. Une suite logique de leur partenariat.

Mise à jour 21:35
Où l'on reparle de réseaux sociaux, et où l'on continue d'en apprendre de bonnes. (22 jan. 2008, 1060 mots)
Où Olivier Ertzscheid nous apprends qu'un site de "réseau social" n'est pas (sématiquement parlant) un site de "réseautage social", qu'un peu de cadre théorique pour l'analyse des communautés de pratique serait nécessaire, et que même de nouveaux outils méthodologiques pour l'analyse des réseaux sociaux seraient disponibles.
(Fin mise à jour)

Blogosphère! Blogosphère! Est-ce que j'ai une gueule de blogosphère? ;-)

Une remise en question du modèle de viralité fondée sur les influenceurs (28 jan. 2008 - 392 mots)
Fred Cavazza nous signale que selon Duncan Watts, les phénomènes de propagation virale seraient le fruit du pur hasard et ne pourraient pas être amorcés à la demande.

Le Web 2.0 (janvier 2008 - 5176 mots)
Martin Beaudin-Lecours, chargé de projet (Vitrine Technologie-Éducation) nous fait un résumé du phénomène, avec un penchant éducation.

Vidéo : Steve O'Hear, one of Britain's digital evangelists, explores how blogs can be used in schools.

Lifelogging : badges sociométriques (30 jan. 2008 - 335 mots)
Hubert Guillaud relate des expériences au MIT et à Harvad concernant les interactions sociales monitorées par la technologie.

Understanding Weblogs: a communicative perspective. (sept. 2006 - PDF 19 pages)
Voilà une belle recherche académique qui examine les blogues à travers la grille habermassienne de la communication idéale. On sait que le grand philosophe considérait l'état d'un dialogue idéal comme étant composé de deux partenaires égaux dans leus pouvoirs communicationnels (ils sont alors en mesure de vraiment échanger). Il distingue notamment : l'expression personnelle (subjective), le partage de connaissances (objectif) et la critique sociale (intersubjectifs). L'auteur de la recherche montre de quelle façon le blogue est l'outil idéal. Ce que j'aime bien quand on met un peu de philosophie, c'est que ça devient intemporel. L'essai date de 2006.

Ceci ne tuera pas cela

"Le développement d'Internet et du numérique a décuplé la demande de personnel" pour le métier de bibliothécaire dans les écoles. Interviewé par le journal Le Devoir ce matin Jean-Michel Salaün utilise l'expression c'est un «boom extraordinaire» pour ce métier. (Le Devoir 2008-01-28 : Le retour des bibliothécaires dans les écoles ?)
"[P]our faire face à la pénurie et à d'éventuelles embauches, le ministère a demandé aux universités offrant des formations dans ce domaine de rouvrir des cours sur la bibliothéconomie en milieu scolaire" écrit la journaliste Caroline Montpetit.

Elle ajoute "Et si les enfants ont accès dès leur plus jeune âge aux informations circulant librement sur Internet, ils ont plus que jamais besoin d'aide pour y faire un tri et pour évaluer la pertinence des sources qu'ils consultent."
Source Le Devoir
Je ne sais pas, pour ma part, si les jeunes savent qu'ils ont besoin d'aide, car l'offre des savoirs (ou plus prosaïquement, l'accès aux bases de données de documents numériques) laisse sous-entendre qu'ils peuvent se passer de tout filtre au prix d'une bien pardonnable approximation dans les résultats (compte tenu de l'effort investi).

Bibliothèque comme sélection aléatoire de la connaissance
La caverne aux livres (Photo de Gald)Ces bibliothécaires à venir auront fort à faire, car, comme le disait Dominique Lahary récemment (conférence ABF, Paris, Nov 2008 Un métier hybride à la carte ? De l’idéologie professionnelle au recrutement, fichier PPT, 55 diapos) il ne faut plus transmettre la centralité de la collection, mais mettre en perspective, c'est-à-dire relativiser les standards de la centralité de la collection.

Et tout ça, dans un contexte où l'usager est complètement métamorphosé par rapport à la dernière décennie : Google et consorts ont désenclavé la recherche et simplifié grandement (les puristes diront perverti) la recherche documentaire.

Mutation de l'usager
Il faut certes enseigner des techniques documentaires génériques, mais les bibliothécaires seront-ils formés à accueillir des jeunes pour qui une interface de recherche se limite qu'à un champ (contre une pléthore cabalistique encore en place dans les universités), où l'on cherche avec ses propres mots (folksonomie flexible contre catégorisation savante hermétique) et partout à la fois (recherche par contenu et non par "vedettes matières" ou "catalogues" ou autres regroupements subjectifs).

L'affranchissement des jeunes face aux médiateurs (documentalistes, bibliothécaires, journalistes, outils, accès, etc.) qui filtraient l’information de qualité a provoqué le développement de nouvelles stratégies de recherche.

Déplacement de la barrière à l’entrée
L'accès à l'information n'est plus un problème, c'est la capacité de traitement de cette information qui est devenue la nouvelle barrière. Le jeune se place tout seul au centre de l’information avec toutes ses faiblesses. Il n’y a pour ainsi dire plus aucun tri « en amont » par des experts : l’info est filtrée « en aval » par les usagers.

Or, devoir filtrer seul une information reporte sur l’utilisateur la validation de l’information et alors chacun finit par développer son propre système de filtre : d'où un éventuel problème d’intersubjectivité pour communiquer les « vérités » (voir Umberto Eco, ici dans Zéro Seconde, août 2005 : Le problème du filtrage de l'information sur Internet, 581 mots).

Le titre de ce présent billet fait un clin d'oeil au "Ceci tuera cela" (679 mots) souvent cité par Eco comme exemple de frayeur des nouvelles technologies (auquel il n'adhère pas, d'ailleurs) (Lire Umberto Eco, sur themodernword.com, The Future of the Book, 4762 mots). Bien sûr, ceci ne tuera pas cela, mais il sera drôlement meurtri.

Expérience (sur)vécue
Moi-même, je subis ces mutations cognitives. Récemment, en allant à la Grande bibliothèque (BAnQ), pour trouver un livre sur un sujet en particulier, je me suis heurté à plusieurs reprises à des bibliothécaires avec lesquels nous n'avions plus aucune langue commune pour communiquer: je cherchais des livres sur l'architecture de l'information (requête Google) et on me répondait, hagard, un équivalent sur le web du code 404 (requête BAnQ).

Je cherchais, pourtant, c'est simple, un livre sur l'architecture de l'information. N'importe quel livre. Mais je ne savais pas dans quelle "vedette-matière" ni quelle description utiliser outre les mots "architecture", "information". Compliqué?

N'ayant aucun mot en commun pour désigner nos savoirs respectifs (lui enfermé dans ses "catégories", moi avec mes "mots-clefs") nous avons dû à tâtons, comme jadis Jacques Cartier parlant avec les Amérindiens, construire au vol un vocabulaire approximatif pour "structurer" mon besoin documentaire et lui une stratégie d'interrogation de sa base de données.

Inutile de dire que ce que nous avons trouvé à nous échanger équivalait, j'imagine avec la même déception que le chef Donnacona et Jacques Cartier, à faire du troc avec un bout de miroir et des bijoux de pacotille. Rien de valable, quoi. La recherche nous a laissé bredouille. Lui est retourné à son harassant travail de reclassement des bouquins dans les rayons et moi je suis revenu illico en ligne et à la place j'ai acheté sur Amazon.com.
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Blogs pertinents pour réfléchir davantage sur le thème
Affordance.info (Olivier Ertzscheid)
Bibliobsession 2.0
Bloc-Note (Jean-Michel Salaün)
Urfist Info
Dlog (Dominique Lahary)
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Photo Gald : la caverne aux livres

Métamorphoses de la télé (2)

De grandes mutations affectent l'industrie de la télédiffusion (mutations de la chaîne de valeur, du public, des contenus et des modèles d'affaires) et plusieurs initiatives de producteurs trad (télé et cinéma), les plus audacieux d'entre eux, commencent à se créer une fenêtre d'opportunité pour eux afin d'expérimenter et tester les nouveaux médias.

Ce billet fait suite à ma première liste publiée le mois dernier. J'ai ouvert à titre expérimental un groupe de veille sur FaceBook à propos des métamorphoses de la télé sur le web.

Voici la récolte des dernières semaines. Les étoiles (*) sont mes sélections préférées.

* MidWestTeenSexShow.com
Une série de docuweb sur... l'éducation sexuelle. Le titre est volontairement provocateur, la facture équilibre ce côté (ceux qui tombent sur ce lien par mots clefs vont être déçus). Expliqué aux ados, dans un mode décalé, original et rafraîchissant. Le contenu se veut plus de la vulgarisation que de l'éducation et je crois ça vise le bon public, pas nécessairement le Midwest américain...

Pas sûr, par contre, de savoir qui est derrière tout ça, ni quel est le modèle d'affaires. Il y a de la qualité et on est curieux de savoir de quoi ils vivent. Le show est aussi diffusé sur blip.tv

* AlerteRouge!
Le monde est bizarre! Le chef de pupitre d’Alerte Rouge est à la recherche de collaborateurs pour nous montrer la face cachée de l’actualité de façon complètement tordue et tordante. Intéressé!?![ Lire le manifeste complet... ]
Capsules de contenu de fiction, déjanté, professionnel, semi-professionnel et généré par les utilisateurs (qui doivent avoir du talent). Par Media Principea de Ex-Centris.

Plus belle la vie France 3 (Concours) (via Benoit Leteneur)
Vous rêvez d'incarner un acteur de Plus belle la vie? Seul, en famille ou entre amis, choisissez votre scène préférée parmi les 8 proposées, filmez-vous avec votre webcam, votre caméra ou votre portable, et envoyez-nous votre vidéo !
Le casting en ligne, par SkemA.

Télévision 2.0 et vidéo numérique
Un blogue en français pour suivre la télévision 2.0, les communautés et le contenu généré par les utilisateurs. Usages, contenu, économie, technologie, marketing, ce blogue est un lieu d'échange autour des mutations de l'audiovisuel. Câble, ADSL, satellite, TNT, web, P2P TV, mobile, TVHD, interactivité, PVR, TV locales, VoD, vidéoblog, podcast vidéo, télévision 2.0, communautés, user generated content.

[samizdat | biblioweb] Vers une ère post-média (via Aurélien Fache)
Un article sur la jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique qui est en train de s’opérer sous nos yeux et elle s’accomplira sans doute dans la décennie à venir. La numérisation...
la prochaine étape de la tv2.0 ? : la fusion entre l'ordinateur et la télévision

LeLab.TV - un autre monde est visible ! (via Aurélien Fache)
LeLab.tv, c’est un « laboratoire » télévisuel qui s’est donné pour mission d’explorer les cultures émergentes : nouveaux phénomènes de société, cultures numériques, nouvelles formes d’engagement politique, création audiovisuelle, musique, art contemporain, fiction…

www.18h35.com (via Aurélien Fache)
Qu'est-ce que le JT du Web de 18h35 ? C'est tous les jeudis un JT participatif, alternatif, gratuit, citoyen, politique (rayez les mentions inutiles). Comment participer ? Envoyez-nous vos liens, vos reportages, vos interviews et autres contributions ou critiques à : contact@18h35.com

ZeroTV (via Cyril Skinazy)
Placée sous le signe de l’agression collective de tendresse cette flashkiss marquera d’une pierre blanche les trottoirs parisiens avec ces prises d’otages et ses invasions d’autobus. Un streetcast de Cyril Skinazy pour: www.zerotv.info www.streetkiss.com. "The kiss revolution is upcoming"

* Parisk.fr
Une web série française : PARISK ! C'est l’histoire d’un trio à Paris : Ben, Sam et Sacha. Ben est un voleur. Sam est une femme. Sacha est clandestin et le jour de son arrivée, il se fait voler son argent par les hommes de main de Ben.

Belle photo, réalisation bien faite, épisodes courts et à suivre dans l'ordre (le film a été tourné d'un coup et remonté en web épisodes).

TVPT.TV
Avec Ghislain Taschereau. Sans prétention. Un acteur est aussi un média...

De la possibilité de plusieurs îles

Le web 2.0, pour faire une image claire, est un internet devenu "social", un réseau utilisé plus pour connecter les gens que les informations. "Les réseaux sociaux, comme Myspace, Youtube, Bebo ou Facebook, sont de gigantesques ruches, centrées sur le langage" (Geert Lovink)

Geert Lovink, dans un bon interview de Libération de cette fin de semaine (via le blogue Hansen-Love Philosophie), parle de ces "usagers lambda" qui forment littéralement des îles linguistiques sur le réseau, "on constate une balkanisation croissante, centrée autour des différentes langues. Citons simplement le cyberespace japonais ou coréen. La plus forte croissance concerne le Net chinois, littéralement emmuré. Mais que savons-nous de ce qui s’y passe ? À l’intérieur de ces «îles», une multitude de cultures de niches émergent (...)".

Continent linguistique
Je ne suis pas prêt à le suivre si on parle de niche pour le marché chinois, mais l'idée que le réseau se fragmente selon les groupes linguistiques m'apparaît évidente. Bien sûr certaines îles vampirisent d'autres --l'anglais correspond plus à un continent d'émigration qu'à une île peuplée d'indigènes--, et les gouvernements d'États nations utilisant la même langue devront composer avec une population qui s'abreuve à des sources d'information "officielles" qui dépassent leurs compétences législatives.

Balkanisation volontaire
Évidemment, il est trop tard de faire comme les Russes et d'inventer une écriture cyrillique pour compliquer la lecture par le peuple de livres écrits en caractères latins. Et la solution chinoise avec son Grand Pare-feu me semblera qu'une note de bas de page dans l'histoire de l'humanité --du moins, je le souhaite. Alors, le brassage intellectuel global n'utilisera que certains dialectes de certaines îles. Déjà axées en étoile autour de l'anglais --et peut-être demain autour du chinois-- ces langues ne se communiquent plus que très rarement à l'horizontale. Dommage

Le trilinguisme comme dynamique d'ouverture
Comme le Courrier international, je souhaiterais bien voir une veille blogosphèrique du français vers l'italien, du hollandais vers l'espagnol, de l'allemand vers le suédois. Tant d'idées sont enfouies dans la blogosphère, qu'il serait dommage qu'elle brille que si elle s'écrit dans la langue Shakespeare. Je m'essaye parfois à l'Allemand. Et l'Italien, l'espagnol, le hollandais ne sont pas si éloignés. Mais c'est encore la difficulté de tomber sur quelque chose de pertinent...

Archipels
La journaliste de Libé posait d'ailleurs une bonne question "Les blogs produisent-ils de l’information critique ou juste une nébuleuse de micro-opinions ?"

Ma réponse : les deux. Le volume dans des îles peuplées permet l'émergence de contenu de qualité. Mais à la fois, elle repose sur des kilomètres de sédiments d'opinions divers, cultivés ou non. Statistiquement un blogue a toutes les chances d'être insipide, s'il est choisi au hasard. Mais cette nébuleuse permet à une idée perdue de remonter à la surface selon le principe que tout qualité se fait rapidement hyperlier dans la blogosphère.

Naufrage?
C'est que sur une île aussi, le terrain peut être plus fertile à un endroit qu'à un autre et il nous importe de faire nous même le travail de se construire son lopin de terre et d'y inviter des amis pour être bien entourés... La chance que vous ne soyez pas un Robinson Crusoe diminuera...

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Lectures annexes
L’anonymat n’est plus qu’une notion nostalgique, propos recueilli par Marie Lechner dans Libération de Geert Lovink, même si son nom n'est pas indiqué dans l'article --à croire que le titre y est pour quelque chose ;-)
L'interview complète en anglais est ici.
Zero Comments, dont Geert Lovink est l'auteur, est sorti en 2007. Il donne une "théorie générale du blogue" qui identifie la blogosphère comme courant alternatif aux institution du sens.
La langue blog de Fleur De la Haye, Céline Cabourg dans le Nouvel Obs de Novembre 2007 (via Etolan de MediaTIC) sur certaines expressions employés dans la blogosphère française pour faire "pensée spontanée"
De la déontologie et de l'éthique dans les blogs ? de les z’ed sur l'affaire Laure Manaudou qui a été ébruité dans toute "l'île" francophone.
De technologie et d’humanité de Guitef où il disait en décembre dernier que nous disposons d’un lieu commun, une cyberagora où l'humanité jouit d’une seconde chance (la dernière) de façonner le monde.
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FaceBook, le jeu social

Sur les 60 millions d'utilisateurs actifs sur FaceBook, la plupart d'entre eux sont là pour avoir du plaisir, passer du bon temps avec leurs amis et de renouer avec d'anciennes connaissances.

Seuls quelques milliers (les geeks et überGeeks) l'utilisent comme une plateforme de diffusion, le partage des liens intéressants, à la découverte de nouveaux moyens de commercialiser des produits, des services et des idées.

Mais les 59 990 000 autres, pourquoi sont-ils sur Facebook? Ne cherchez pas trop loin, ils s'amusent: FaceBook n'est qu'un jeu. Une lecture brillante de Sébastien à lire absolument (en anglais).

Les ados et les médias sociaux

Les ados américains bloguent. Mais les adolescentes, plus que les gars ( 35% contre 20%). Et 54% des filles aiment publier des photos en ligne, contre 40% pour les garçons en ligne. Mais les vidéos, ce sont les garçons (2 fois plus). Une étude qui montre que l'usage des médias sociaux possède une réelle présence dans la vie des jeunes américains.

Le création de contenu généré par les adolescents continue de croître, car environ 64% des adolescents en ligne se livre à au moins un type de création de contenu (en hausse de 57% des adolescents en ligne depuis 2004).

L'enquête révèle aussi que la création de contenu sert à participer, par d'autres moyens, à la "conversation", une façon de rester en contact.

Accès à l'étude: Teens and Social Media (Pew Internet and American Life)

L'ADN de mon blogue

Idée originale découverte sur le carnet Tchac de Alexandre Gravel : quel est l'ADN de votre blogue? Il utilise les 10 chapitres de notre livre "Pourquoi bloguer dans un contexte d'affaires" pour "contribuer à la définition de sa marque personnelle (personal branding)."

Il y a effectivement une multitude de façons (et de raisons) de bloguer (en fait 3 628 800 permutations possibles) en listant dans un nouvel ordre les 10 chapitres du livre.

Voici, en ordre d'importance, mes 10 raisons de bloguer :
  1. Apprendre (Mario Asselin)
  2. Se définir (Sylvain Carle)
  3. Communiquer (Marc Snyder)
  4. Se souvenir (Claude Malaison)
  5. Réseauter (Marie-Chantale Turgeon)
  6. Être vu (Philippe Martin)
  7. Informer (Tristan Péloquin)
  8. Influencer (Martin Lessard)
  9. Vendre (Michel Leblanc)
  10. Provoquer (Martin Ouellet)
Hé oui, je suis spécialiste sur l'influence des blogues et la stratégie de communication sur le web, mais la raison qui me motive à maintenir ce carnet depuis 4 ans est tout fondamentalement très personnelle. Je crois qu'à un niveau individuel, c'est le moteur principal. Mais à un niveau corporatif, je ne serai pas surpris que cette liste doit être lu de bas en haut (en excluant "provoquer" qui m'apparaît comme être la marque de commerce d'une seule compagnie ;-)

Et vous? Quel est l'ADN de votre blogue? Choisissez votre ordre ;-)

Des illusions mediatiques

Avez-vous déjà eu l'impression que la société qui vous entoure ne ressemble en rien à ce que décrivent les médias? Les médias décrivent-ils un monde extérieur que vous n'expérimentez pas quotidiennement?
"J'étais, comme en beaucoup d'autres domaines, victime de l'illusion médiatique, de la construction par les médias d'une image de la société qui leur ressemble.

Dans les médias, même populaires, les journalistes aiment que la société leur ressemble alors qu'il n'en est rien. Vous me direz qu'ils font oeuvre d'éducation; j'en doute. Ils font oeuvre d'autosatisfaction."

Gil Courtemanche, le Devoir
Quelles sont les raisons de cette déformation de la réalité par les médias?

La première raison réside dans leur subjectivité : les journalistes généralisent à partir du matériau qu'ils ont à leur portée. Or cette bulle de la réalité qui les entoure ne représente que leur monde et partiellement le nôtre.

La deuxième raison se situe à l'opposée : les journalistes citent des statistiques qui décrivent objectivement le monde. Or, outre le fait que ces données peuvent être déformées --et d'une certaine manière, elles le sont toujours un peu--, les chiffres donnent à voir un monde tel qu'il est d'un point de vue impossible pour aucun d'entre-nous --c'est à dire omniscient et de partout à la fois--.

Dans les deux cas, leurs points de vue recoupent rarement le nôtre. Ou s'il l'est, c'est pour la première raison citée : ils extrapolent subjectivement leur portion de la réalité pour construire la société et rejoignent du coup notre propre construction.

Vous marchez dans la rue et vous vous dites (selon les médias qui vous aveuglent) : mais où sont les voyous qui doivent mettre à feu et à sang ma patrie? mais où sont les érudits qui parlent philosophie dans les cafés?

Marcher sur les Champs Élysées ou être à Argenteuil ne donne pas nécessairement accès au même "monde".

Interviennent alors les statistiques : ils décrivent le monde tel que les chiffres le montrent. Mais malheureusement, l'homme moyen avec son salaire moyen et sa culture moyenne n'existe pas plus. Mais les statistiques n'en sont pas moins réels dans le sens qu'ils émanent d'observations réelles.

La juxtaposition statistique ne donne pas immédiatement sens, et est souvent contre-intuitif, mais elle est là pour contre balancer nos observations subjectives.

Les médias ne sont donc pas nécessairement en cause: au fond ils reproduisent nos travers. Les journalistes sont comme nous. Il n'y a simplement peut-être pas assez pour que l'on se fasse une idée juste du monde.

La blogosphère, quand on prend le temps d'en faire le tour, nous donne cette perspective multisubjective, une co-construction de la réalité, qui nous permet de nous faire une idée peut-être plus nuancée des choses. Je ne serais pas étonné d'y découvrir les germes de la méfiance qui s'instaure à l'encontre des médias.

Peut-être que nous sommes tout simplement incapables d'en faire le tour que nous nous en prenons ainsi aux médias de ne pas cerner totalement la réalité pour nous. Ou alors soupçonnons-nous peut-être quelques complots dans l'usage des statistiques pour nous forcer à avaler des couleuvres. Dur dur d'être libre de choisir...

La francophonie est-il soluble dans FaceBook?

Lorsque même dans Elle.Fr on parle de FaceBook, on sait que l'on est devant un phénomène. Ou une bulle? Brasse-méninge.

Si le Canada, avec ses 8M d'usagers sur FaceBook (environ le quart de la population du pays), figure actuellement en deuxième position juste derrière les États-Unis --mais sera vraisemblablement dépassé par la Grande-Bretagne sous peu -- au Québec, le taux de pénétration ne dépasse pas 12% (source Éric Baillargeon) et en France, c'est moins de 2% (soit 6 fois moins en proportion qu'au Québec).

Mais alors pourquoi dans les médias n'arrête-t-on pas de parler de ce service s'il est si peu utilisé par la population?

Pour quelques arpents de friends
Avec seulement 900 000 membres québécois et 1 million de français, il est clair que l'on ne peut pas dire que FaceBook s'est généralisé dans la population.

Soit! il faut bien être bilingue pour utiliser ce service, même si ce fossé semble vouloir se combler, (et la pression vient de l'intérieur) mais ce n'est pas la barrière première. Alors pourquoi avons-nous l'impression que FaceBook est au-devant de la scène?

La réponse est classique, on parle de FaceBook parce qu'il a frappé l'imagination des acteurs des médias traditionnels. Ou plus précisément, des gens de "communication". Parce qu'ils l'ont adopté (ou du moins tâté) et par faux effet empathique, ils pensent que tous l'utilisent aussi (comme ils pensent qu'on aime tous la bouillie qu'ils nous passent). Et alors, faut-il y être présent "pour être dans le coup"?

Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus viral
Le défi numéro 1 en communication, c'est la difficulté de voir son message atteindre son auditoire. FaceBook est l'outil viral par excellence. Vous pouvez déclencher une chaîne de "bouche à oreille" en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Un exploit qui impressionne les gens de communication.

Vous aurez d'ailleurs sûrement remarqué vous-même que c'est le cercle élargi
dépassant celui des geeks qui utilisent FaceBook. Ce sont ceux qui n'ont pas accroché la première fois avec les blogues, les wikis, les tags ou tout autre outil du web 2.0. qui sont maintenant emparés de cet outil, qui est au fond, un amalgame low-res centralisant des outils décentralisés plus performants déjà existants dans le web 2.0.

Un VIH communicationnel
Même si on n'est pas sûr de connaître tous les attentes et les usages de ce nouvel outil, cet outil fait mouche en offrant le web 2.0 "for the rest of us"...

Les gens des médias ont été premièrement alertés de l'arrivée du web 2. 0 quand, l'an passé Time Magazine a nommé "vous", la personnalité de l'année 2006. Vous, les internautes, les producteurs de contenu, les tagueurs, ceux qui font une "expérience sociale à grande échelle", selon les mots du Time.
À ce moment je disais que le grand public venait alors de recevoir le faire-part de naissance du web 2.0, une naissance dont il n’était pas au courant!

L'écho médiatique entourant la couverture du Time n'a laissé place à aucun doute: les médias, avec leur force d'agenda-setter, ont mis sur la place publique, et sous le nom de web 2.0, ce qui se passe sur le internet. À un tel point que votre mère vous demande aujourd'hui si elle ne doit pas mettre ses économies à l'abri au cas où le web 3.0 s'en viendrait ;-)

Et ensuite est alors arrivé FaceBook. Et la prophétie s'est faite chair. En 2007 chacun pouvait être 2.0. Ou plutôt ceux dont le métier ou la passion les rivent devant un écran d'ordinateur: les travailleurs de symboles, candidats idéals pour cette sixième culture d'internet. FaceBook a concrétisé le "vous".

Business as inusual
Alors, les gens d'affaires, qui ont entendu parler de FaceBook durant le temps des fêtes, recoupant ce que leurs neveux leur disaient depuis des mois et ce que les chroniqueurs de la presse people ont raconté pour remplir la période creuse, se demandent durant leur quart d'heure annuel de réflexion avant le retour au boulot: faut-il être présent sur FaceBook?

Vu le petit nombre de participants (dans la francophonie), ce marché n'est pas pour tout le monde. Mais si votre produit ou votre service doit surfer sur une image pour se vendre (pensons à des produits toxiques destinés à la consommation humaine dans restauration rapide ;-) vous avez devant vous les relais par excellence (mais attention aussi les plus critiques) car vous voilà dans le réseau social promu par des gens de communication.

3 réseaux sociaux et puis s'en vont
Si on se risque dans les simplifications, on peut regrouper les trois grands réseaux sociaux (mySpace, Skyrock et FaceBook) selon leur clientèle:
  • mySpace concerne les artistes,
  • Skyrock les ados et
  • FaceBook les travailleurs qui génèrent de l'information, de la connaissance ou de l'émotion.
Ces derniers sont des "opérateurs de symboles", ce que Robert Reich appelait en 1990 les "symbolic analysts". Ils sont des travailleurs de la connaissance sous toutes ses formes (écrit, visuel, audio), ceux qui génèrent du sens (ou qui les gèrent).

Plus prosaïquement, ce sont ceux dont l'ordinateur est un outil de travail et qui se font convertir, un à un, au fait qu'il existe un deuxième écran sur le monde.

Si tel est votre clientèle. elle fuit la télévision. Peut-être qu'il est temps de les suivre là où ils sont...
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Image : Julien Ferrari du groupe-pétition Facebook en français,