ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Pétitions 2.0

L'apparition de sites ad-hoc est fascinante. Avec la montée des blogues où chacun à sa voix, on cherche tout de même, collectivement, à vouloir dire la même chose, sur le même site. En fait nous sommes en train de voir une forme originale de pétition : l'auteur du site dit, si vous pensez comme moi, téléchargez votre photo - ce qui correspond à votre signature. Elle n'a pas de but politique autre que celui de manifester un point de vue.

Ce type d'action se distingue des forums (un thème, plusieurs voix) ou des blogs (une voix, plusieurs thèmes) et porte un message que normalement seuls les médias traditionnels peuvent retransmettre (reportage d'une manif, sondage, vox-pop).

C'est l'émergence de la pétition adaptée au réseau multimédia. Voici ceux que j'ai rencontré :

Projet MyKyoto.org
Ce site rassemble des messages audio-vidéo des participants de la 11e conférence annuelle des nations Unies sur les changement climatiques à Montréal. Malheureusement limité à ceux qui étaient sur place. (10 déc 2005)

We're not afraid
Show the world that we're not afraid of waht happened in London, and that world is a better place without fear. (7 juillet 2005)

Sorry Everybody
Some of us are trying to understand and appreciate the effect our recent (US 2004) election will have on you, the citizens of the rest of the world. And we'll say we're sorry, even on the behalf of the ones who aren't. (décembre 2004)

Apology Accepted
We, wanderers of the world outside the US, have been touched by the initiative of www.sorryeverybody.com, and the huge amount of photos they received. The initiators of this website would like to show to the American people that they appreciated that message. (décembre 2004)

FUH2.com
Fuck You and Your H2, home of the official Hummer salute. (juillet 2003)

Charte comparative des outils de blog

Susannah Gardner du Annenberg School for Communication de l'Université de la Californie du Sud publie dans leur Online Journalism Review de jeudi dernier une charte comparative des blogs disponibles sur le marché.

Sont comparés : Blogger, Typepad, Blogware, Wordpress, Movable Type et Expression Engine.

Bien détaillé et parfait pour se faire une tête avant de se lancer ou de changer. Lire également la fiche descriptive de la charte.

7/7: Flickr, les tags et les sites adhoc

Suite aux attentats à Londres, la directrice des infos de la BBC explique :
"Les gens prennent de plus en plus de photos ou de vidéos au quotidien avec leur téléphone. Ils ont peu à peu pris le réflexe de nous en envoyer lorsqu'un incident majeur se produit. (...) Cela montre l'incroyable niveau de confiance qui règne entre nous et notre audience, créant une relation bien plus proche, intime. A chaque gros événement, nous le constatons".

via PointBlog : la maturité du journalisme citoyen (à lire : "Londres montre une nouvelle maturité des médias face aux témoignages citoyens : ils ne sont plus des illustrations d'après-coup, mais participent à la construction du récit en temps réel.")
Les nouveaux médias seraient en train de s'arrimer avec les médias traditionnels.

Flickr : the London eye
À chaque événement majeur sur la planète, les outils sur le web prennent leur place dans notre monde.

Cette fois-ci, outre les blogs (notamment metroblogging), les photos par téléphone avec Flickr viennent de se frayer un passage dans l'imaginaire collectif et s'insérer dans la chaîne des communication de masse : le photojournalisme citoyen.

"(...) camera phones will become part of a reporter's toolbox for information-gathering in the future. Photojournalists will carry them to communicate with editors immediately by sending digital snapshots of what they see before actually working with more professional cameras" (source - version surlignée-).

Tag : nommer l'événement
“London”, “London Explosion”, “London Explosions” et“London Bomb”. Sur technorati, on pouvait retrouver ce qui se disait à propos de l'événement. Ces mots étaient les mots clefs pour faire une recherche. Mais l'apparition du tag "7/7" est remarquable car elle a été spontanée et permettait d'éviter les écueils de la recherche habituelle (le mot London est trop vague).

Tagger un événement permet à quiconque de contribuer à former nos perceptions sur ce qui se passe dans le monde, en redirigeant une information. Encore peu perçu par le grand public, les médias eux connaissent la valeur d'une telle redirection pour leur recherche...

Site adhoc : communication anonyme
werenotafraid.com (via Der Spiegel): ce site a été monté peu de temps après les événements. À la manière de SorryEverybody.com il permet aux internautes de publier une photo exprimant que le terrorisme ne leur fait pas peur. Ce type d'action porte le signe d'une volonté d'un dialogue citoyen, que normalement seul les médias peuvent tenir.

Si on considère que les terroristes ont passé un message, il faut reconnaître que ce type de site correspond à la réponse. Non pas une réponse des autorités, mais celle d'un groupe de citoyen à travers le monde. À la différence de Flickr, ici les photos sont sémantiquement politisées pour signifier un message précis. Une parole de citoyens anonymes qui ne peut pas être réinterprétées par les autorités, les médias et les sondages...

Autres lectures (en allemand et en anglais):
"I'm ok" - Die neue Art, sich und andere zu informieren.
Dutzende Tote und Verletzte
Blogger aus London
Bombenanschlag in London: Augenzeugen bloggen
(Déjà une théorie de la conspiration!) London Underground Bombing 'Exercises' Took Place at Same Time as Real Attack

Firmes de RP et les blogues

Steve Broback sur Blog Business Summit Archives a fait un test intéressant : combien de firmes de relations publiques utilisent le mot blog sur leur site web.

13 sur 51 seulement

Steve n'a aucune prétention scientifique, mais je me demande si les usagers qui font des recherches ont un soucis scientifique.

Votre site web peut révéler des choses sur votre compagnie, par ce qui y est écrit...ou ce qui n'y est pas écrit.

Sachant que le mot "blog" est un buzz word actuellement, les sites répertoriés n'ont soit pas de point de vue sur le phénomène, soit n'ont pas mis à jour leur site web. Je pencherais pour ce dernier.

Steve Flanagan, un relationniste connu au Québec, a ouvert un blog à l'automne dernier. Mais il n'a pas posté depuis décembre 2004. Il faut croire que l'enjeu numéro un sur le web c'est la mise à jour.

À ne pas sous-estimer si votre compagnie veut se lancer dans l'action...

Yulblog : Le mur des l a m e n t a t i o n s

(Ce billet a été écrit suite au yulblog et représente un spin-off d'une conversation, c'est à dire que je reprends essentiellement des idées discutées et rajoute des réflexions lors de la retranscription)

Marie-Chantal (vu d'ici) et les blogues, c'est une histoire d'amour. Cette passionnée voudrait convertir tout le monde. Mais, comme moi, elle s'est rapidement heurtée à une incompréhension hébétée de son entourage. Elle a donc trouvée une métaphore pour expliquer ce qu'elle entend par bloguer.

Métaphore religieuse
Le perron de l'église d'antan était l'endroit où on échangeait les nouvelles. Que ce soit en parlant ou en affichant un papier sur le babillard, ce tableau d'affichage communautaire. La blogosphère reproduit virtuellement ce moment de contact perdu.

La limite que j'y voyais pour ma part, en choisissant cette métaphore, c'est qu'elle fait appel à un comportement actuellement disparu et que réinterprété aujourd'hui elle semble dire que l'on doit se déplacer à un endroit qui ne nous est plus familier, pour rencontrer des gens, somme toute, suspect d'une croyance en une force peu rationnelle et qui cherche à nous convertir.

Pas de quoi donner le goût de comprendre ce que sont les blogues.

Métaphore religieuse (bis)
Pour apporter mon grain de sel à la conversation, j'ai inversé la question : et si on trouvait la métaphore sur ce que sont les blogues, mais du point de vue du non-blogueur...

Inversée ainsi, l'approche me semble plus fertile pour identifier la façon de désamorcer l'appréhension des non-bloggueurs. Quelle est donc cette métaphore que je propose?

Je crois que la blogosphère leur apparaît comme le mur des l a m e n t a t i o n s (pour un non-croyant). C'est à dire une rangée de gens qui écrivent sur des petits bouts de papiers et qu'ils coincent dans une fente du mur.

Comment peut-on penser une seconde que l'on puisse retrouver ce que le blogueur avaient à dire et pourquoi diable ne fait-il pas juste se retourner un peu et parler à son voisin, si la conversation l'intéresse tant?

Bref, les blogueurs seraient des freaks, devant leur mur-internet, qui pensent que l'on va retrouver leurs multiples messages mélangés. Que ce soit en plus des l a m e n t a t i o n s, n'aide pas à s'intéresser aux blogues. Si c'est ça leur vision...

Déconstruire la métaphore
Comment rendre opérationnel cette métaphore? En la cassant!

Éliminer l'idée de la "synchronicité". Sauf exception, on ne choisit pas entre bloguer ou voir des gens. On blogue quand on ne peut pas les rencontrer. Bloguer est la continuation de la conversation par d'autres moyens.

Éliminer l'idée du babillage d'ado. Sauf exception, écrire dans un blogue n'est jamais du texto comme on en trouve sur le SMS des cellulaires (Small Text Messaging sur les portables). On blogue des choses personnelles, intimes si l'on veut, ou intellectuelle autrement. Mais ça reste des écrits personnels, jamais des commandes. Et ce que nos semblables vivent ou pensent peuvent nous en apprendre beaucoup, ne serait-ce que parce que l'on y trouve nous ressemble étrangement...

Éliminer l'idée que les messages se perdent. On ne parle pas tout seul avec un micro dans une pièce vide. Le fil web, les engins de recherche et les agrégateurs permettent de faire percoler le billet de façon suffisamment longue pour qu'il trouve son public. En 2005 on ne retrouve pas l'info sur le web comme en 1995. C'est à dire par chance, à travers les What's New et les signets que l'on revisite fréquemment.

Le dernier point induit des explications techniques. Leur faire comprendre que l'on peut "s'abonner" suffit en général pour leur donner confiance. "Fouiller" sur le web, n'est pas une activité passionnante pour tous, surtout quand les probabilités donnent 99% de pages inintéressantes.

Ce qui rend les pages intéressantes? Le réseau de ses connaissances. Si vous connaissez déjà la personne, il y a de forte chance que ce qu'elle a à dire vous intéresse. Ou si quelqu'un a quelque chose d'intéressant à dire, vous voudriez peut-être faire sa connaissance.

C'est l'embryon d'un réseautage.

Et fondamentalement, si la personne ne voit pas l'intérêt d'un réseautage (au sens large, pas seulement au sens professionnel), il y a peu de chance qu'elle s'intéresse aux blogues (en tant que producteur de contenu).

Le blogue est un outil de réseautage (au sens large) asynchrone et public (au sens strict). Pour l'asynchronie, outre le mot à 4 syllabes qui comptent triple dans les coins du Scrabble, c'est simple, c'est comme le courriel. Et le courriel ne fait que poursuivre ce qui se faisait avec le courrier traditionnel. Rester en contact en temps différé.

Quant à l'ouverture sur le public, cette condition est nouvelle. Mais il n'y a aucune barrière technique, seulement un changement de perspective dans l'acquisition de contacts. Mais là, on déborde largement de l'objectif de ce billet. Je note et on s'en reparle...

Mise à jour le 12 juillet :
Sylvain me fait remarquer que j'aurais pu rajouter que "l'ouverture au public" est du même ordre qu'un "courriel à tous", comme je l'avais écrit il y a quelques mois. Je suis pris en flagrant délit de ne pas (re)lire mes propres archives, comme je le déplorait dans un billet il y a quelques jours...
J'ai aussi profité de la mise à jour pour préciser le sens de ma métaphore du point de vue des non-blogueurs et corriger des fautes d'orthographes ;-(

Yulblog : La crédibilité d'un url

(Ce billet a été écrit suite au yulblog et représente un spin-off d'une conversation, c'est à dire que je reprends essentiellement des idées discutées et rajoute des réflexions lors de la retranscription)

Avec Sylvain Carle (a frog in the valley - à moins que ce ne soit son jumeau cosmique Rubyjam) nous avons discuté de la visibilité du url des blogues.

Opossum et Ixmédia logent les blogueurs parmi les plus intelligents du Québec. Il s'adonne que plusieurs n'ont pas d'adresse personnelle mappée sur le serveur de blog et l'adresse de l'hébergeur apparait.

Nécessairement, en voyant systématiquement des adresses redondantes dans nos agrégateurs, un peu de notoriété et crédibilité rejaillissent sur les hébergeurs. Et c'est tant mieux.

Comparez radio.weblogs.com et skyblog.com ou monblogue.branchez-vous.com

Il y a de forte chance que votre blogroll ou votre agrégateur contienne le premier mais aucun des autres (Ça aurait pu être le contraire, le propos resterait le même). Mais forcément, radio.weblogs abrite une communauté dont les membres créent la réputation du url. Et le url en retour transmets la réputation à ceux qui y participent.

On a ici une belle illustration de la théorie linguistique de la dichotomie signifiant/signifié. L'un est un contenant (sans odeur, transparent, simple porteur) et l'autre est un sens, une connotation. On attribue a radio.weblogs ou carnets.ixmedia une connotation qu'elles n'ont pas en soi (ce ne sont que des adresses après tout).

Une idée en passant
Si vous avez une petite ferme de carnets dans votre entreprise, considérez l'ouvrir à l'externe pour accueillir des gens qui pensent comme vous ou qui oeuvrent dans votre domaine mais qui n'ont pas d'hébergeur.

Sur le web, comme dans les médias traditionnels, votre url acquière de la notoriété par une exposition répétée. C'est ce que l'on appelle contribuer à rester top of mind...

Nids-de-poules

Je viens de tomber sur chicagocrime.org, une autre utilisation de Google Maps.

A partir de Citizen ICAM un portail public branché sur la base de données des crimes rapportés au département de police de la ville, vous pouvez voir l'endroit exact des crimes, classés par district et type de crime, etc...

(pour une liste complète des utilisation de Google Maps voir le billet d'Éric Baillargeon.)

À quand une utilisation similaire à Montréal? (je ne parle pas de mapper les crimes, mais d'utiliser une information publique d'un côté et un service web de l'autre, puis de l'offrir au grand public...)

Ça demande que la ville de Montréal soit ouverte (sacré défi) et des programmeurs intéressés (ça devrait se trouver).

Voici ma suggestion :
  • Faire un site qui permet au public d'indiquer où se trouvent les nids-de-poules dans les rues de Montréal.
  • Ensuite envoyer l'adresse aux responsables de la ville (car je ne sais pas s'il savent ce qu'est un trackback).
  • Quand la ville va reboucher les trous, le seul moyen de faire disparaître les points sur notre carte sera de rendre disponible leur base de données des coordonnées des trous rebouchés.
  • Notre système pourra alors se brancher à leur système et vérifier l'état de routes automatiquement.
La ville y gagne, car elle aura un service d'alertes gratuit (très utile au printemps) et les contribuables pourront voir leur taxe à l'oeuvre. Car actuellement, l'étendu des dégâts est inconnu et tout le monde y va de son estimation, en général excessivement pessimiste...

Ce type d'application peut être utilisé pour d'autres besoins. Mais l'idée est de forcer la main à la ville de rendre les données disponibles ou, si elles le sont déjà, de les rendre utiles...

Utilisons la force du réseau...

Notes:
Lire le point de vue d'un Indonésien sur ChicagoCrime (et la relation Gmaps et les datas publiques) : andryshuzain.com

Yulblog : Le blogue comme antidote du small talk

(Ce billet a été écrit suite au yulblog et représente un spin-off d'une conversation, c'est à dire que je reprends essentiellement des idées discutées et rajoute des réflexions lors de la retranscription)

Seuls quelques rares carnetiers montréalais paraissent ne pas avoir pris connaissance du blogue de Martine Pagé (ni.vu.ni.connu), une froguette in the valley revenue au bercail avec un carnet sous le bras.

Entre autres sujets discutés avec elle, celui sur les conversations asynchrones offertes par la blogosphère semble apporter une pierre à l'édifice.

Le big talk
Au sortir de l'université, quand la vie, le travail, la famille réduit en cendre les derniers millimètres d'espace-temps personnel il devient excessivement rare de pouvoir soutenir régulièrement ou fréquemment des conversation d'un niveau élevé

Par élevé s'entend une conversation alimentée par une envie de partager et d'apprendre, en général autour d'un thème peu trivial, souvent idéaliste, tout le temps passionnant.

Pour y arriver il s'agit souvent de combiner quatre facteurs furtifs :
  • les bonnes personnes,
  • le bon timming,
  • le bon sujet et
  • une énergie suffisante.
La probabilité de rencontrer ces quatre facteurs diminue avec le temps. Le small talk s'installe.

Le small talk
Le small talk c'est la version conversationnelle de la musique d'ascenseur.
C'est :
  • le débat sur la météo,
  • le point de vue sur le match sportif de dimanche
  • l'échange sur les plaies de lit,
  • la revue des émissions télé de la veille ou
  • les vertus des derniers produits à la mode.
  • (ajoutez ici les derniers mots échangés avec votre collègue près de la machine à café)
Avec les blogues je peux retrouver, de façon asynchrone, les quatre facteurs décrits plus haut:
  • Il me faut le Url du blogue des gens intéressants,
  • Je choisis l'heure et le jour (ou plutôt la nuit car dans mon cas c'est toujours sur mon temps de sommeil que je blogue)
  • Je recherche le thème de discussion
  • ...et quand j'ai l'énergie je participe à (ou démarre) ces conversations asynchrones.
Cet avantage permet de regrouper des temps morts et d'augmenter le ratio discussion profonde versus le small talk. Notez que je n'ai rien contre le small talk, des fois un bon Kool-Aid rafraîchit davantage qu'un jus hyperconcentré aux agrumes.

L'antidote
Comme j'ai deux enfants en bas âge, les horaires de sorties ne coincident pas toujours (pour ne pas dire jamais) entre ceux de mes amis, de ma famille et de mon corps.

Le blogue me permet de ne pas être disconnectés des autres cerveaux ou de ne pas disconnecter le mien (après un certain temps d'inaction, la machine se mets à sleep et passe en hibernation jusqu'au bal de graduation du petit dernier; ensuite essayez de faire un reboot sur un vieux système, vous m'en direz des nouvelles).

La conversation asynchrone s'affranchit de l'espace-temps. Elle ne remplace pas la vraie conversation (synchrone, sur place). Elle la complète. Dans mon cas, la blogosphère est l'antidote du small talk qui me guette dans mon quotidien épuisant.

Mais le blogue n'a pas cette vertu en soi. Quelqu'un pourrait l'utiliser pour faire le contraire, s'il le veut. Mais si la parole est personnelle et sincère l'antidote devrait faire effet.

Médicament "passé date"
Ce qui est dommage c'est de voir que la conversation est aussi prisonnière de la pression médiatique de la nouveauté. Les archives des blogues ne sont pas si (ré)utilisées qu'il parait. On se contente de lire les derniers posts. Il est effectivement rare qu'un billet d'il y a deux ans (ré)sucite un débat sur le post original ou qu'il provoque une réactualisation ailleurs...

Je vais revenir sur ce dernier point...

Yulblog : La blogosphère sans revers

(Ce billet a été écrit suite au yulblog et représente un spin-off d'une conversation, c'est à dire que je reprends essentiellement des idées discutées et rajoute des réflexions lors de la retranscription)

Avec Mike Lenczner (mtl3p) (qui m'avait décerné un "mike lenczner award for brilliance" en février dernier) et François Proulx de Edito.qc.ca (que j'ai découvert récemment) nous avons discuté à bâton rompu de la responsabilité de sa voix en public.

Au fond un blog ne fait que rendre formelles des contraintes qui existaient avant. Notre voix ne nous appartient pas tout à fait. Notre personnalité dans la sphère publique n'est pas entièrement sous notre contrôle. Une certaine pression extérieure existe dans la sphère de l'auto-publication finalement.

Un exemple
Notre employeur possède un droit de regard sur ce que l'on dit (qu'un bloggeur se fasse congédier ne fait que prouver que le blogue est un média; si la parole offensante avait été dite devant un public hors Internet, le résultat aurait été le même).

Le blogue est une parole en public. Si tu veux parler contre quelqu'un, il est impossible que cela se fasse dans son dos : toute parole est obligatoirement frontale. Un certain consensus de respect s'installe. Ou alors, puisqu'il n'y a pas d'échappatoire, la confrontation ne peut être que violente puisqu'il n'y a pas d'autre soupape (à moins de ne pas publier - une problématique dont Martine souligne les ravages aujourd'hui).

Conversation frontale
Il n'y a pas de revers dans la blogosphère, pas de coin pour parler dans le dos de qui que ce soit (du moins pas sur une longue période). Si l'envie de parler est plus fort, l'attaque est alors la meilleure stratégie. L'hypocrisie ne peut pas subsister longtemps. Tout finit par se savoir.

Ce qui émerge c'est plutôt une stratégie de respect et de construction. Si je sais que l'autre va lire (éventuellement) ce que j'ai écrit, je dois l'écrire en conséquence. À terme, ceux qui maintiennent des blogues (avec commentaires ouverts) protègent leur espace et respectent celui des autres. Une forme d'auto-censure...

Mon premier Yulblog

J'ai été hier à mon premier YulBlog, une rencontre mensuelle de carnetiers de Montréal (YUL est le code de l'aéroport de Montréal).

J'ai eu de belles conversations. En temps réel.

Il y avait une bonne trentaine de personnes, mais je n'ai eu que le temps de parler avec :
Il est étonnant de voir que les filles ont des blogs avec un nom qui touche l'organe de la vue (ni.vu.ni.connu, vu d'ici, de mes yeux vu).

Il y avait aussi Ed (blork) et Christian Aubry (ami calmant) mais l'occasion ne s'est pas présenté. On s'est tout de fois serré la main : "Alors ça blooogue? On se commente et on déjeûne!"

Les prochains billets seront des spin off des conversations que j'ai pu avoir avec ces gens...

Yahoo Mindset

Motrech nous signale l'arrivée en Beta de Yahoo Mindset, l'outil de recherche qui permet de distinguer une recherche d'une information et une recherche d'un objet.


Un slider permet de trier les résultats selon un objectif de 'shopping' ou de 'Researching'. Au vol, Yahoo Mindset reclasse les entrées et fait monter la page qui serait la plus pertinente en fonction du contexte. Il permet de désambiguïser une recherche sur le mot "ordinateur" par exemple...

Ergonomie cognitive pour la recherche d'information
J'avais déjà fait l'autopsies d'une requête pour "Fido Cellulaire" où je concluais que les usagers ne savaient pas comment utiliser un engin de recherche de façon 'avancée'.

Yahoo, visiblement, cherche à faciliter la vie des pauvres internautes qui ne cessent de tomber sur mon site avec les mots clefs "Fido Cellulaire abonnement". Avec le slider, ils peuvent enfin envoyer mes pages dans le bas de la liste. Par contre, comme Fido est très mal indexé, ils ne trouveront pas plus ce qu'ils cherchent.

L'approche par 'mindset', le contexte cognitif, a de beaux jours devant lui. Nous ne possédons pas une nombre infini de 'cluster' de besoins de recherche : consommation, information, définition/orthographe, contact, résumé, recette, sur/de, etc. Il sera alors possible de préciser la recherche (de donner un biais sémantique) sans devoir explicitement entrer des métatags (comme je l'avais noté dans l'autopsie dont je parlais) de façon relativement simple. Cette aisance cognitive que procure Yahoo Mindset sera très apprécié par le grand public...

Les enjeux à venir
Mais la solidité de l'outil réside entièrement dans la capacité de l'outil d'appliquer les métatags ('Shopping', 'Researching') aux bons sites...

Contrôler des sites de tagsonomy/folksonomy (comme FURL ou Del.icio.us) risque de créer une économie du signet sur Internet... Les tags que l'on applique pourraient permettre, à terme, de 'qualifier' les sites selon des 'Mindset' pré-établis.

Par contre, pour l'avenir du 'slider' je suis moins sûr: que peut bien signifier être au trois-quart vers le 'Shopping'?

J'habite sur un nuage

Ou plutôt juste en dessous...
Google Maps vient de mettre en haute résolution la partie ouest de l'île de Montréal...

Blog rentre dans le Petit Larousse

Le Petit Larousse 2006 a fait entrer le mot 'blog' dans le dictionnaire (via Jean Véronis):

BLOG n.m (mot angl.). Site Web sur lequel un internaute tient une chronique personnelle ou consacrée à un sujet particulier. SYN. : weblog.

Mmm. Pas de trace de Bloc-Note comme le recommandait récemment la Commission générale de terminologie et de néologie (France 2005) ;-) ou de 'blogue' de L'Office québécois de la langue française (2000) :-(.

Le premier terme je peux comprendre, mais le second a été volontairement ignoré. Encore un régionalisme qui vient d'être créé de facto.

La définition a l'avantage d'être concis. Mais la concision demande de faire des choix. Examinons-les :

BLOG n.m (mot angl.)...
Nom masculin? Je me demande ce qui a amené la langue française à donner le genre masculin. Au fond, comme c'était un mot nouveau étranger il y avait 50% de chance d'être féminin. Je ne connais personne qui l'aurait féminisé, par contre. Pourquoi? Un linguiste dans sur le fil?


Site web sur lequel un internaute...
Redondance, ici? On circonscrit en fait la sphère d'activité: ce n'est pas pour tout le monde (sinon on aurait écrit Site web sur lequel quelqu'un...). Internaute semble relever de l'appartenance à un club. On évite en tout cas les termes controversés 'journalisme' ou 'diariste', somme toute réducteurs. Je persiste à croire que la notion de public est un élément essentiel du blog (voir
Le blog comme page web avec public
), mais ça aurait rallongé la définition ;-)

...tient une chronique personnelle...
J'avais souligné l'aspect du chroniqueur dans mon billet "La Société des Chroniqueurs". Ce terme possède l'avantage de lier le fait d'écrire dans l'immédiat, l'écriture à chaud, avec une certaine périodicité. L'ajout à 'chronique' du qualificatif 'personnelle' donne une teinte 'diariste' (Auteur d'un journal intime; Écrivain qui tient un journal intime) ou du moins précise (mais sans le mentionner) que l'auteur ne subit aucune contrainte éditoriale extérieure... La notion d'auto-publication est passée sous silence, peut-être parce qu'elle est réputée sous-entendue dans l'environnement Internet.

...ou consacrée à un sujet particulier.
Le 'ou' oppose les deux phrases. La 'chronique personnelle' serait alors un journal intime. Mais le 'sujet particulier' ne s'en trouve pas moins personnel pour autant. Il n'a pas par contre comme objet un 'sujet général'. On tomberait alors dans les limites du portail ou de A-List Blog), flou artistique qu'il faudra démêler un jour.

Synonyme : Weblog.
Étymologiquement parlant, peut-être. Mais je pense un jour que l'on reconnaîtra la différence entre les blogs, les weblogs et les tags : je crois que Del.icio.us (et al.) est le descendant du weblog, mais que les blogueurs sont les descendant des colomnists (pour les blogs à 'sujet particulier') ou des écrivains de journaux intimes (pour les blogs à 'sujet personnel').

La définition du Petit Larousse a l'avantage d'être courte et ma mère la comprendrait. Elle me semble recouper celle du Merriam-Webster:

BLOG noun [short for Weblog] (1999) : a Web site that contains an online personal journal with reflections, comments, and often hyperlinks provided by the writer.

La notion diariste est ici plus présente avec une touche intellectuelle (reflections, comments) et une fonctionnalité explicitée (hyperlinks). La définition française ne parle pas de 'writer' et s'attache davantage au contenu que la définition anglaise qui est un peu plus 'technique'...

Google versus Yahoo : le combat n'aura pas lieu

C'est Sylvain Carle qui m'a dit ça:

1. Yahoo occupe le territoire de l'entertainment en ligne que AOL cherchait à occuper il y 10 ans.

2. Google occupe le territoire de l'accès au contenu d'Internet que Yahoo cherchait à occuper il y 10 ans.

Très bon constat.

L'annuaire qui voulait devenir un boeuf
En Amérique du nord, on se rappelle d'AOL comme étant le géant numéro 1 qui cherchait à contrôler l'accès à Internet et à proposer du contenu "riche" (dans un environnement propriétaire). Aujourd'hui, Yahoo occupe ce territoire avec son portail (dans un environnent ouvert TCP/IP): aux États-Unis, il est la destination numéro 1 pour ce qui est du contenu structuré. Mais sa portion "annuaire web" est passée au "deuxième écran" (il faut maintenant "scrollé" pour le voir), car ce n'est plus sa priorité.

Le roseau et le chêne
On se rappelle pourtant qu'il y a 10 ans, Yahoo était l'annuaire par excellence de l'Internet. Avec sa célèbre grille de navigation, son indexation manuel, ses "what's new", Yahoo était la porte d'entrée numéro 1 sur le web. C'est le territoire qu'occupe Google, aujourd'hui, avec son algorithme. Google est devenu incontournable : le "data" du web qui n'est pas sur Google est réputé inexistant...

Cela explique pourquoi aussi que Yahoo, qui se trouve à égalité avec Google aux États-Unis, est partout dans le monde en perte de vitesse. En s'occupant du contenu, Yahoo devient culturellement marqué : comme tout portail, son public se restreint à des marchés nationaux ou locaux.

Les fables de l'Internet
Dans les conditions actuels, je ne crois pas qu'il y aura un combat de titan entre Google et Yahoo, du moins pas de façon frontale, peut-être sur certaines marches, en périphérie, dans des manoeuvres de contournement, car il est clair qu'ils n'occupent plus le même territoire. C'est devenu un mythe.

Voici leur mission
Yahoo : To be the most essential global Internet service for consumers and businesses. (source)

Google : Organize all the world information and make it universally accessible and useful. (source)
Il reste qu'ils représentent deux conceptions très similaires "d'interface à l'information". Mais leurs mission semblent se distancier aujourd'hui. On comprend aussi pourquoi le premier reste américain et le second est mondial...

Le reste n'est que fabulation.

(Texte légèrement mise à jour vendredi 8 juillet 2005)

15 000 jours



15 000 jours. C'est l'âge que j'ai pile aujourd'hui. Un "anniversaire" fêté avec ma famille et mes amis. En toute simplicité.

Nihao, la cigogne !

Je disais justement ce matin que la blogosphère tendrait à être moins rationnelle, plus marquée par le relationnel, que le côté diariste est l'utilisation majoritaire des blogs.


Et je reçois en même temps un courriel de mon ami qui vient tout juste d'ouvrir un blog pour nous tenir au courant de son voyage en Chine pour aller chercher sa deuxième fille. Beau, touchant, plein d'émotion, voilà un bel exemple de blog relationnel.

Nihao, la cigogne ! : "Le destin, c'est comme une forme de rendez-vous hasardeux avec la vie et auquel on donne un sens."

La blogosphère rythmée

Alain Giffard vient de terminer une série originale de trois billets sur les blogs:
  1. Le blog comme outil technique distinct
  2. Une enquête sur l’idée de « journal »
  3. La notion de communauté

La première partie examine la place de la datation et de la présentation chronologique inversée.

Ensuite, autour de la notion de journal, il cherche à comprendre se qui se joue derrière le "contenu" des blogs, ces "journaux en ligne".

Dans la troisième partie, il aborde la question du collectif, de la communauté des blogueurs. Notamment celle de Skyblog.

Les billets d'Alain méritent le détour parce qu'ils mettent en évidence que la blogosphère possèdent un rythme (cardiaque?) qui constituent à la garder en vie. Expliquons.

Ordre chronologique inversé

Selon Alain cette particularité des blogs n'est pas un banal détail technique.


D’après cette convention, l’ordre d’écriture, celui de publication, et l’ordre de lecture sont les mêmes. Il s’agit bien d’une convention, pas d’une norme technique : l’auteur, l’éditeur, le lecteur font « comme si » le dernier mot lu était le dernier écrit, ou publié. (Source)

Jusqu'à la lecture de son billet, j'ai souvent pensé la particularité de l'ordre chronologique inversée comme une métaphore du fil de presse. Mais au fond, je crois qu'il faut le voir comme une pagination horodatée. Quand je rempli mon carnet (papier), chaque page indique ma progression. La date est accessoire. Quand je rempli mon carnet (web), c'est le temps qui indique ma progression. La date joue un rôle de classement.

Or pourtant rien n'empêche d'écrire sur le web sans date. Par exemple en utilisant un wiki. Mes idées seraient tout aussi bien servies. La date sur le blog n'est donc pas anodine.

Synchronisation

Pour le blog, la datation joue un rôle catalyseur.

"Pour les médias qu’on peut qualifier d’ « asymétriques », où il n’y a pas simultanéité ou « co-temporalité » de l’émission et de la réception, et/ou pour les médias périodiques, que la périodicité soit physique/externe (presse) ou artificielle/interne (télé, radio), la date de publication joue un rôle important de programmation : c’est elle qui assure qu’une partie de l’audience sera au rendez-vous.

(...)

La datation et l’ordre chronologique inversé ne produisent pas seulement le « rendez vous » nécessaire pour rapprocher le blogueur et ses lecteurs.

Plus généralement ils créent une co-temporalité rhétorique, une impression de faire la « même chose en même temps », finalement, un « cadre de vie » commun aux blogueurs.
(Source)

La date ne sert pas seulement à dater un écrit. Ce qu'Alain dit, c'est qu'elle sert à créer une simultanéité aussi entre les blogs, dans la blogosphère. "Ce n’est rien d’autre, mais dans le cadre du « self-média », de l’expression individuelle, que l’équivalent de la grille des programmes, un autre exemple de cette tendance à la synchronisation des activités et des esprits, caractéristique des mass médias." La date sert à créer et à rythmer la blogosphère.

La blogosphère rythmée

La fonctionnalité de la date dans un outil blog transcende sa simple fonction. Il donne vie à ce qui ne serait que des pages webs, de l'information. En ce sens Technorati, bloglines et les agrégateurs de blogues en ligne sont des organes vitaux pour faire vivre ce média.

La temporalité de la blogosphère est déterminante, à mon avis. C'est ce qui la distingue de la sphère intellectuelle universitaire notamment (qui est rythmée par les idées) - les wikis comme craowiki sont, dans ce cas, plus proche de ce lieu de communication sans date, axé sur les idées, que les blogues en général.

La marche du temps correspond plus à une expérience ressentie qu'intellectuelle. La chronologie constitue la façon profane la plus répandue de classement des expériences. L'espace rationnel la considère comme un attribut parmi d'autres.

La blogosphère tendrait donc à être moins rationnelle, plus marquée par le relationnel. D'ailleurs, le côté diariste est, qu'on le veuille ou non, l'utilisation majoritaire des blogs. Mais le fait que le taux d'abandon des blogues soit plus élevé pour ce type d'utilisation indique que le blogue, pour l'aspect relationnel (de type émotionnel/intimiste) n'est peut-être pas l'outil le plus approprié (le Instant Messaging ou les forums constituent une alternative peut être plus adéquat pour l'aspect relationnel).

L'un n'empêche pas l'autre. Mais on ne peut évacuer le relationnel qu'induit le blogue.

Une carte du territoire

Une géographie de la blogosphère semble démontrer que ces deux types (blog intimiste et blog d'idées) sont cloisonnés. Alain donne l'exemple des deux millions de blogs de Skyblog. Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais rencontré un seul de ces blogues en déambulant d'un billet à l'autre, ou en utilisant un moteur de recherche. Je dois taper directement l'adresse de skyblog pour les lire.

Je m'avancerais à illustrer la blogosphère comme un immense territoire rythmé par le temps qui passe, constitué d'un vaste territoire, d'un hinterland, où l'immense majorité des blogs vivent en petites tribus, peu denses, hors des grands axes communicationnelles, avec parfois des rassemblements urbains regroupant des blogs plus actifs, culturellement plus riches. La capitale de cet "état" serait les A-List Blogs, ces blogs-médias, les slashdot de ce monde et autre boing-boing, qui constituent à élever le skyline du centre-ville à des sommets impressionnants.

Mais tous nous vivons sur le même fuseau horaire...

Le blog n'est pas un weblog

On pense souvent /Weblog/ = /web/ + /log/...

Or, Alain Giffard dit "le blog est autre chose qu’un web/ autre chose qu’un log/ autre chose que la combinaison des deux." (Source)

Cette idée est fertile car elle permet de voir se dessiner une définition du blog qui s'affranchit de son aspect technique.

Alain Giffard ajoute que les premiers logs étaient des opérations de veille, de filtre et d’aiguillage. Il fait commencer le weblog à Tim Berner-Lee. J'inclurais aussi les Chroniques de Cyberie.

"Fondamentalement, dit-il, [les weblogs] visent et permettent de renforcer la connectivité du réseau. (...) Le log enrichissait le web, le web était la condition et la matière du log."

Si on tombe d'accord sur le fait que les blogs ne sont plus des "weblogs", c'est à dire des logs de sites web alors les blogs serait une évolution du weblog, forme elle-même évoluée des bookmarks.

Alain parle que cette évolution aurait démarrée en 1999 quand Peter Merholz créait le mot blog, le séparant en we (nous) et blog : we blog (nous bloguons).

Cette idée est fertile car elle me permet de dessiner un arbre généalogique : le weblog aurait ainsi donné naissance à deux branches plus spécialisées, les blogs (pour ce qui est de faire le "pointage" des idées ou des sentiments) et le social tagging à la del.icio.us (pour ce qui est du "pointage" des sites webs).

La première branche, les blogs, s'est spécialisée en création de contenu, et la seconde en liste de pointeurs (tagging).

J'en tiens pour preuve le fait que maintenant plusieurs blogueurs utilisent un service comme del.icio.us pour indiquer leur découverte et ne se dérangent même plus à la publier dans leur blog. Dans mon cas personnel, j'ai un fil rss de liens del.icio.us séparé. Mais certain vont jusqu'à créer un fil amalgamé qui inclue dans leur fil web de blog le fil web des bookmarks. Même que certains y ajoutent leur fils Flickr (images).

Le blog, nouvelle manière, naturellement, reste ainsi réservé à un espace de création de contenu personnel...

PS du 14 juin : Lire le billet De la bûche au bloc de Marc-André pour connaître une explication étymologique derrière le mot weblog

Etre journaliste sur le web...

(English version)

Apophenia pose une question : "Are Bloggers Journalists?" Elle répond "Wrong Question."

(tableau : Martine Rassineux "Les Rois")

Elle souligne que l'on peut tous nommer des carnetiers qui ne sont pas et qui ne veulent pas être des journalistes. Ça ne les rabaisse pas à de simples diaristes, non plus.

Elle propose de changer de métaphore. Le papier. Quel usage en font les gens? Prendre des notes, écrire des listes, documenter leur vie et publier des idées. N'est-ce pas ce que l'on fait avec les blogues? Techniquement, ce sont deux outils différents. Mais l'usage est similaire. C'est un carnet de note. Ouvert, dans mon cas.

Mais si un bloggueur fait du journalisme, est-ce que le choix d'un écran au lieu d'un papier réel fait de lui un sous-journaliste?

Et comment fait-on pour déterminer qui est journaliste?

Hé bien, historiquement la sélection se faisait sur la base de l'accès au matériel, c'est à dire au papier et à la presse à imprimer. Les institutions se sont bâties sur cette accès exclusif. L'institution pouvait ensuite 'nommer' qui était journalisme. L'institution avait l'autorité de faire ainsi parce qu'elle possédait le monopole. Personne ne pouvait, seul, par mérite, devenir journaliste, s'il ne possède pas déjà les presses...

Les corporations commerciales se sont appropriées ce droit : la propriété donne l'autorité. Il n'existe pas d'organisme indépendant qui nomme les journalistes...

Mais aujourd'hui l'accès à la diffusion érode leur pouvoir. Plusieurs sites offrent des blogues gratuits. Une nouvelle façon de se créer une autorité s'installe lentement. Quelque chose basé sur le mérite.

L'accès se démocratise

Mais ne soyons pas trop vindicatif. Ce n'est qu'un changement de garde, pas une rupture. L'accès à la diffusion poursuit son lent chemin jusqu'au grand public ...

Bienvenu à l'ère des médias citoyens...


AJOUT 11 juin:
Alain Joannès dans un commentaire sur mediaTIC blog ajoute plus de clarté à la question 'qu'est ce qui fait un journaliste':

Il dit en substance :
1- Un journaliste est quelqu'un qui a un accès privilégié aux sources d'information (grâce à la crédibilité de l'institution ou plus rarement par sa propre crédibilité)

2- Un journaliste est quelqu'un possédant une culture professionnelle et technique

Un blogueur qui raconte ce qui se passe dans son entreprise n'est pas automatiquement un journaliste, c'est un "insider".

Un blogueur peut assister au déroulement d'un fait d'actualité important, c'est un témoin.

Ce qu'Alain amène c'est qu'un journaliste fait partie de l'institution. Et l'institution crée les journalistes...

Rien n'empêche un blogueur de faire "comme si". "Une crédibilité personnelle donne un accès privilégié à certaines sources d'information" (pensons aux universitaires). Une technique bien maîtrisée permet au blogueur d'égaler le journaliste.

Ce sera alors un blogueur qui fait du journalisme. Pourquoi pas. Je suis sûr qu'on pourrait trouver des exemples. Mais, comme Alain, je crois plutôt que la blogosphère démontre tout sa puissance par « un devoir de vigilance qui devrait inciter les bloggeurs à corriger les erreurs, compléter les informations tronquées, dénoncer les lacunes, les défaillances, les abus journalistiques ».

AJOUT 12 juin
Pour mémoire, l'origine de la discussion à propos des blogueur-journalistes est bien synthétisée par Danah Boyd in Broken Metaphors: Blogging as Liminal Practice (PDF) (les italiques sont de moi)
Consider this New York Times headline: “Web Diarists Are Now Official Members of Convention Press Corps” . Although the author consistently uses the selfascribed term blogging when discussing the practice of her interviewees, the editorial staff chose to label the article using the common metaphor furthest removed from a conception of journalism. This headline is innately political, revealing biases of the editors:

1) Bloggers should not be given credentials because this implies that bloggers are journalists.

2) Bloggers are not journalists (like us) and it is problematic (to us) that they are perceived this way.

To remedy their concern about how blogging is perceived, the New York Times chose not to use “bloggers” in their headline. By employing “web diarists,” they signify that bloggers are not journalists because their content is solely about personal experiences.

This headline also serves to discredit the convention press corps for allowing nonjournalists to participate. Bloggers, in turn, read the headline as indicative of the New York Times’ fear that bloggers challenge the legitimacy of traditional journalism’s authority.
(Source) (PDF)

Citation chirurgicale

(An english translation can be retreived on my English blog)

Je rêve depuis longtemps de citer une page web de façon "chirurgicale", c'est à dire non pas seulement "citer" la page web (son url) mais bien exactement le passage en question. J'ai trouvé un moyen.

Par exemple dans un récent billet j'ai fait référence aux "demandeurs de connaissances" sur un billet de Mario Asselin. Si vous cliquez sur le lien, vous tombez sur son permalien.

Bien.

Sauf que Mario étant particulièrement en forme, vous aurez trois écrans de texte bien serrés à vous taper pour retrouver pourquoi je cite sa page sous le terme "demandeurs de connaissances".

Le titre de son billet ni fait ni référence au terme, ni ne décrit le concept. Il parle davantage des compétences pour la vie que peut développer un cyberportfolio pour ces "demandeurs de connaissances".

Ma citation aurait besoin d'être plus précisément retrouvée. Non pas que le texte ne soit pas intéressant (au contraire) mais parce que je cherche dans un premier temps à préciser que le terme "demandeurs de connaissances" et que ce terme doit s'entendre dans le sens évoqué dans le cadre du billet de Mario. Car pour bien me faire comprendre, j'aimerais pointer, je dirais même surligner, le passage cité (pour mes lecteurs et moi-même) afin d'offrir un contexte lors de la lecture ou de la validation de la source.

Hé bien, ceux qui se sont rendu à ce paragraphe seront peut-être heureux d'apprendre que j'ai trouvé un moyen de le faire (à moins que je ne sois le dernier des abrutis à avoir compris comment le faire). Je n'ai rien inventé, seulement utilisé autrement un outil existant... (Comme je vante les mérites de l'ouverture sur le réseau, il m'apparaissait normal de 'détourner' un outil existant pour répondre à mon besoin.)

Je peux maintenant surligner sans trop d'effort des passages entiers des liens que je propose pour le plus grand plaisir de mes lecteurs.

Je profite de la fonction cache de Google.

Il faut attendre premièrement que Google indexe la page. Puis vous cherchez la phrase (entre guillemets) qui correspond à votre citation.

Dans la page résultat de Google, à moins d'être malchanceux, vous trouvez votre lien. Cliquez sur le lien cache. Et voilà. Il ne cous reste plus qu'à faire un hyperlien vers cette cache

Par exemple si je fais référence à l'autorité cognitive, je ne tiens pas à ce que vous ayez à parcourir tout mon billet pour retrouver la définition. Je passe par la cache. En cliquant sur ce lien vous tombez sur la page en cache sur les serveurs de Google. L'avantage c'est que les mots clefs recherchés sont surlignés!

Je ne sais pas comment encore indiquer que le lien pointe vers la cache et non la page originale.

Voici une proposition:

"La définition de Wilson de l'autorité cognitive (version surlignée) comporte ..."

Dans la mesure du possible je vais tenter d'utiliser ma citation chirurgicale si le besoin se fait sentir. Ce n'est pas à tout épreuve, mais ça facilite grandement la "traçabilité" de l'information...

Mise à jour 3 juin:
Aurel propose une extension pour Firefox qui permet de faire des citations chirurgicales avec GreaseMonkey et le script Ahoy.
Hubert signale un serveur qui permet de faire des citations par paragraphes.