ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Le journaliste-réseau

«Le journalisme, dit-on, c'était un cours magistral, c'est maintenant un séminaire ou une conversation. On peut bien le regretter, mais l'époque des journalistes-maîtres à pensée est révolue. À l'ère des Facebook et Twitter, le journalisme doit apprendre à dialoguer avec le public» dit Florian Sauvageau, directeur du Centre d'études sur les médias qui va co-présenter aujourd'hui le colloque international sur l'avenir du journal indépendant. [1]

Ça commence raide, cette nouvelle décennie. Voilà finis les tiraillements de poulailler, où les journalistes faisaient la gueule contre la blogosphère. Puis contre les réseaux sociaux, avant les embrasser (à leur manière).

On a beau affubler internet de tous les maux, la crise qui les frappent est double --la financière (les publicitaires ont accès à leur audience sans passer par la presse) et celle de légitimité (l'autoproduction de contenu retire leur privilège d'être les seuls à commenter l'actualité)-- elle a mené depuis 10 ans à développer un nouvel écosystème de l'information. J'estime aujourd'hui qu'entre les médias traditionnels et les médias sociaux, l'arrimage est amorcé.

L'hyperjournalisme

«L'irruption des blogues et des opinions de toutes sortes dans Internet nous rappelle que l'opinion n'est pas notre privilège» ajoute Edwy Planel, ancien directeur de la rédaction du Monde et maintenant fondateur de Médiapart, l'un des intervenants au colloque, «que notre métier c'est d'abord l'enquête, le reportage et la mise en perspectives. Internet est un bouillonnement démocratique qui, loin de dissoudre le journalisme, nous rappelle à ce que nous devons faire». [2]

La question qui se pose aujourd'hui au colloque se résume ainsi: «le public intéressé à la vie citoyenne est-il suffisant pour faire vivre un journal indépendant et de qualité?»

«Le journal qui réussira demain est celui qui fournira une information recherchée par une partie significative de la population, tout en offrant de la valeur ajoutée» dit Sauvageau [1] .

Plenel ajoute : «Le journal en papier doit bouger, car il s'adresse à un public qui a déjà eu de l'information» [2].

Follow the money

«Pour la première fois, les annonceurs peuvent se passer largement des journaux, et même de l'information, pour diffuser leurs messages publicitaires» dit Bernard Poulet, auteur de La fin de journaux, coup de tocsin dans le paysage médiatique francophone [3].

Les publicitaires suivent leur audience là où elle s'agglutine. «La manne publicitaire est de plus en plus captée par d'autres acteurs qui ne se soucient guère de produire de l'information (moteur de recherche, sites de services ou de rencontre, etc).» ajoute Poulet.

«Le journalisme n'a plus le monopole de l'Info»

C'est ce qu'a dit la journaliste Lisa-Marie Gervais [4]. Voilà qui en dit long sur la fin des hostilités dont j'ai commenté à quelques reprises ici.

Clay Shirky écrivait dans The Edge récemment que «la rareté crée de la valeur» [5]. Alors le surplus signifie donc que ce qui avait de la valeur auparavant (à cause de la rareté) ne l'est plus. Publier, autrefois réservé à une élite, n'est plus un acte «rare». Donc publier n'a plus de valeur «en soi», car le simple fait de «publier» ne rapporte plus d'argent. La rareté des publications leur donnait une valeur.

Les bénéficiaires d'un système où s'enrichissent ceux qui «rendaient les choses publiques», comme les académiciens, les politiciens, les docteurs et les reporters, continue Shirky, possédaient un privilège qui est maintenant partagé par tous: l'abondance des pensées du public renverse l'ordre passé.

«On veut rentrer chez nous»

Ce cri du coeur vient des journalistes, mis en lock-out il y a plus d'un an par les dirigeants du Journal de Montréal, dans une publicité qui circulent ces jours-ci.

Ce lock-out est une expérience sur la presse d'aujourd'hui grandeur nature. Les cadres du Journal tiennent le fort depuis plus d'un an. Tous les jours. Or le Journal se porte très bien. Les lecteurs n'ont pas déserté. Et les ventes n'ont pas baissé. Et les annonceurs sont encore au rendez-vous.

Un an que le journal fonctionne sans journaliste. Un an.

Tous ces journalistes qui ont investi de précieux moments de leur vie et qui voient aujourd'hui que leur absence ne change en rien la «qualité» du contenu. Il y a de quoi faire une dépression. Leur pub «On veut rentrer chez nous» est symptomatique d'un gros malaise: où sont-ils pour dire qu'ils ne sont pas «chez eux»? Ils sont sur le web !! Quelle ironie.

Le nouveau job du journaliste

Ces journalistes devraient prendre Le Post comme exemple. Jeff Mignon a interviewé Benoît Raphaël, le rédacteur en chef du Post: ce journal web où chaque journaliste est en relation avec son public, coordonne des «amateurs» qui sont «les yeux de la salle de rédaction» [6]. La nouvelle tâche du journaliste est devenue un «producteur de nouvelles, un agrégateur et un organisateur de communauté. C'est le journaliste-réseau.

Référence

[1] Florian Sauvageau et Marc Raboy, Indépendant, mais à quel prix? La qualité de l'information constitue toujours un enjeu social important (Le Devoir, 10 mars 2010)
[2] Christian Rioux L'«hyperjournaliste» Plenel et Internet - Le numérique doit dorénavant se situer en amont de la chaîne « L'information est une marchandise qui mérite d'être protégée dans son intégrité (Le Devoir, 10 mars 2010)
[3] Bernard Poulet, L'information à deux vitesses - Tout est à réinventer Aucune société ne peut vivre sans information (Le Devoir, 10 mars 2010)
[4] Le Devoir trouve sa place dans le Web 2.0 (Le Devoir, 12 mars 2010)
[5] Clay Shirky, The shock of Inclusion in The Edge Annual Question — 2010 How is the Internet changing the way yo think? (The Edge.org)
[6] Jeff Mignon, Le Post : a successful and innovative news site that mixes pro and am content (Media Café, 26 février 2010)

Autres liens sur Zéro Seconde

Les 5 foules

Nicolas Carr vient de publier un billet sur les différentes "foules" en ligne: «there's not really any such thing as "The Crowd."»
A typology of crowds

"Social production crowd": composé d'un grand groupe de personnes dont leur talent spécifique sert à la création de certains produits (comme Wikipédia ou Linux).

"Averaging crowd": un groupe qui fournit son avis et qui, dans certains cas, est plus précis que le jugement d'un seul individu (prédiction de marchés d'actions, par exemple).

"Data mine crowd": un grand groupe qui par ses actions explicites en ligne produit un ensemble de données comportementales pouvant être recueillis et analysés (exemple, ceux qui nourrissent le pagerank de Google et système de recommandation d'Amazon).

"Networking crowd": un groupe basé sur système de partage de l'information (tels que le réseau téléphonique ou Facebook ou Twitter)

"Transactional crowd": un groupe dont le principale ou unique usage ponctuel est d'ordre transactionnel (les foules rassemblées par Match.com, eBay, Innocentive, LinkedIn et les concours de crowdsourcing à la Prix Netflix)
Sa liste préliminaire a le mérite de casser le mythe de «LA foule». Il y a effectivement plusieurs types de foules en fonction des types de sites. Je les reprends ici en proposant une traduction française et en ajoutant quelques commentaires:

Les 5 types de foules

La foule de co-construction: elle aime produire quelque chose ensemble (Quirky.com, Wikipédia, Google Wave). Chacune apporte une «expertise» à la réalisation d'un projet commun. [Dans mon cas, je ne le réduirais pas seulement à des faits sociaux comme Carr le laisse entendre dans son choix de mots]

La foule d'avis: elle aime donner son opinion démocratique. La somme des intentions indique soit une popularité (vote) ou une "sagesse populaire" (opinion publique), soit, elle offre des "insights" («plusieurs têtes valent mieux qu'une»). [On peut voir le graphe social résultant comme une étoile: chacun n'a pas nécessairement de lien ensemble sauf avec le noeud central --comme dans les commentaires d'un journal]

La foule comportementale: ce sont moins des opinions que des gestes. Par les choix de navigation (cliquer à gauche ou à droite?), on peut déduire des choses qui ne sont pas explicitement exprimés, mais interprétables comme telles. [Ce groupe est le considéré comme un ensemble d'objets et non de sujets]

La foule de réseautage: elle aime échanger et se retrouver ensemble. La monnaie d'échange n'est pas l'argent, mais généralement l'information (blogosphère), des objets (freecycle), ou simplement l'amitié (Facebook) ou des intérêts communs (forum). [Ce groupe recoupe essentiellement tous les autres, mais strictement parlant, ce qui est co-construit ici est la relation, le réseautage et les liens sociaux]

La foule transactionnelle: Elle est composée de pairs ad hoc. Elle transige un bien en échange d'un autre (eBay, Kijiji). [J'aurais tendance à ajouté ici le flash mob --un individu transige sa présence avec le flash mob en échange d'une participation exceptionnelle-- et chatroulette --échange au hasard-- et tout ce qui est Peer-to-peer en général].

Je ne suis pas sûr que la typologie de Carr soit si solide : networking, average et social production me semblent être des foules de co-constructions (l'objet co-construit ne diffère seulement que par sa nature --relation, opinion, savoir). Dans ce cas, il ne resterait que trois grand types: co-construction, comportemental et transactionnel. Le type de foule s'identifierait par le type de résultat, respectivement : construction, données, commerce.

L'Arnaque ne répond plus

Cette semaine, suite à une décision de justice du Tribunal de Commerce de Paris, le terme "arnaque" est retiré des suggestions de recherche que propose Google lorsqu'on tape des mots clés («Google Suggest»). (source Legalis.net, via Journal du Net)

L'Arnaque ne répond plusLe Google «autocomplète» les mots clés au fur et à mesure de la saisie des requêtes, mais certaines compagnies voyaient à côté de leur nom le mot "arnaque". Autant dire une cicatrice qui défigure le visage de leur marque.

CNFDI (Centre National de Formation à Distance), était une des "victimes" de ces requêtes les accusant d'arnaque. L'histoire ne dit pas si c'était fondé.

Finalement, Google a retiré le terme "arnaque" de ses suggestions. Jusqu'à lors, pour se défendre, Google invoquait le caractère automatique, sans intervention humaine, de son algorithme. C'est un processus complètement automatique, disent-ils. Pourtant, le moteur de recherche évite les propositions «qui pourraient offenser un plus grand nombre » comme «les termes grossiers, ainsi que les termes incitant à la haine ou à la violence». Ce qui laisse entendre qu'il y a effectivement intervention humaine.

Le tribunal n'a pas mordu à l'hameçon (source). Google a été obligé de coopéré et de réparer. Arnaque n'est plus un mot suggéré.

On oublie trop souvent que derrière le moteur se cachent des principes implicites de classification du savoir et d'organisation de la connaissance. Les peuples, les cultures et leur gouvernement doivent impérativement s'intéresser à ce phénomène au risque de voir disparaître un pan de sa connaissance parce qu'un "algorithme en a décidé ainsi"...

Maintenant ce sont les avocat qui décident...

Brevets frelatés

Actuellement, ce sont les tribunaux et les avocats qui pavent la voie du futur: on a qu'à regarder le double camouflet que le département des brevets américains a donné au gros bon sens.

La semaine dernière Facebook se voyait octroyer le brevet pour le "newsfeed" et Google a réussi à décrocher le brevet de publicité local (Location-based Ad patent). Deux brevets déposés de longue date, à une époque qu'on pourrait qualifié de pré «web 2.0».

Facebook a breveté le fait que vos "actions" dans votre réseau social apparaissent dans le newsfeed (apparemment, ça ne concerne pas vos changements de statut). La liste automatique de "untel est devenu ami" et "un autre va à cet événement" est devenue propriété intellectuelle de Facebook.

Google possède quant à lui, la propriété intellectuelle “determining and/or using location information in an ad system.”, c'est-à-dire déterminer ou utiliser le positionnement géographique comme intrant à un système publicitaire ciblé. Dans le monde du mobile, c'est un énorme avantage.

Le US Patent and Trademark est le même organisme qui avait octroyé à Amazon le 1-click buying, la possibilité d'effectuer un achat en un clic. Ils ont vraiment de la suite dans les idées. Mais ils n'ont aucune idée dans quel monde nous sommes.

Le juridisme dans le numérique n'a pas sa place.

Lors d'une consultation d'un moteur, la page de résultat qui s'affiche est peut-être un savant algorithme, il n'en est pas moins une représentation du monde, où se cachent des principes pas toujours neutres de classification du savoir et d'organisation de la connaissance.

De la même façon, les brevets ne sont pas des avis techniques sans conséquence, il façonne le marché et bloque l'innovation. Le web s'est bâti à coup de sédiment sur un code et une infrastructure majoritairement dans le domaine public.

Il y a quelque chose de pourri dans ce royaume.

Et je ne peux même pas ajouter arnaque...

Le journal indépendant : Vue de l’esprit ou phare de la démocratie ?

«Le journal indépendant : Vue de l’esprit ou phare de la démocratie ?» C'est le nom de la journée-colloque organisé par Média@McGill, le Centre d’études sur les médias et Le Devoir, le vendredi 12 mars.

«Dans le contexte actuel d’incertitude pour toute la presse quotidienne, quelle place reste-t-il pour le journal quotidien indépendant ?»

Seront présents:
  • Edwy Plenel, l’ancien directeur de la rédaction au quotidien, Le Monde,
  • Josée Boileau, rédactrice en chef au quotidien, Le Devoir;
  • Persephone Miel, qui a dirigé le projet The Media Re:public, au Berkman Center for Internet and Society à l'Université Harvard
  • John Honderich, l’ancien éditeur du Toronto Star;
  • Anne Nivat, journaliste indépendante, auteure de Lendemains de guerre (2004) et Chienne de guerre (2000).
  • Karen Dunlap, présidente et directrice générale du Poynter Institute;
  • Robert Picard, économiste, de la Jönköping International Business School en Suède, fondateur du Journal of Media Economics et du Journal of Media Business Studies.
  • Bernard Poulet, rédacteur en chef au magazine économique français, L’Expansion (auteur du livre du livre La fin des journaux (2009) dont je vous avais entretenu l'an passé)
«Les journaux tels que nous les connaissons seraient-ils une espèce en voie de disparition? Qui se chargera de la collecte des nouvelles et de leur traitement journalistique si les grands quotidiens qui en sont les principaux fournisseurs ne disposent plus des ressources nécessaires pour le faire? Et quelles en seront les conséquences pour la vie démocratique?» questionnent les organisateurs (source de cette citation: Mur.Mitoyen)

«Le journal indépendant : Vue de l’esprit ou phare de la démocratie?»

Vendredi 12 mars 2010, de 9 h à 17 h 30

Lieu : La Grande Bibliothèque, 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal

Ouvert au public / Entrée libre.

Pour vous inscrire : www.ledevoir.com/colloque
Pour plus d’information (et le programme) : www.media.mcgill.ca
Je me réserve cette journée et je tenterai de vous en partager mes découvertes via Twitter ou ici...

Complément de conférence

Je donne aujourd'hui un deuxième atelier sur la webTV dans le cadre des ateliers Multitalents pour multimédia organisé par l'INIS pour Téléfil Canada: on a passé en revue les enjeux de la chaîne de valeurs de l'industrie audio-visuelle québécoise.

J'insiste surtout sur la chaîne de valeur, la culture du web et l'importance des réseaux sociaux. encore plus cette année qu'avant. C'est souvent un nouveau territoire pour les gens de l'industrie de la vidéo et du cinéma.

Je vous partage les documents qui peuvent vous servir si vous souhaitez poursuivre la réflexion:
Le guide que j'ai écrit pour l'Alliance Numérique pour établir une charte de qualité dans l'industrie du web.
PS: voici des liens que j'ai présentés:
- L'état d'internet de Jess3 (vidéo)
- Augmented ID
- James Cameron's Avatar Toys Augmented Reality Demo
- Panorama des médias sociaux

Les laboratoires vivants

Un article du cefrio a attiré mon attention sur le concept de laboratoire vivant ("Living lab') qui existe depuis quelques années déjà. (via Frank Briand)

Un Laboratoire vivant est « un système pour construire la future économie dans lequel, l’innovation et la recherche orientée sur l’usage de l’utilisateur dans des conditions réelles, sont des techniques normales de cocréation pour les nouveaux produits, services et structures sociales »

L'innovation centrée sur l'utilisateur
Le concept du « Living Lab » vient du MIT et succède en partie à la notion de « clusters » des années 80. mais où les TI sont au cœur et «constitue une réponse à l'impossible croissance économique basée sur une plus grande productivité: la solution réside aujourd’hui plutôt dans l’innovation,».

L'idée est de faire émerger les bonnes idées au bon moment :

- accélérer le processus de création ;
- recueillir des données pouvant servir à d’autres projets ;
- s’approprier et promouvoir plus rapidement et largement les produits, services ou structures,etc.

Un laboratoire vivant veut gérer, traiter, partager les connaissances avec différentes communautés de savoirs entre elles.
Concrètement, c'est un dispositif d’innovation multi acteurs dont les futurs utilisateurs qui sont étroitement associés à chaque phase du processus d’innovation et bénéficient de l’expertise technique des partenaires. « Un living lab a pour but de mettre le futur utilisateur au centre du dispositif d’innovation pour faire émerger de nouvelles solutions correspondant au mieux à ses besoins » (source).

Il existe 129 Living Labs actuellement dans le monde dont 119 en Europe. C'est dire comment le concept a trouvé son terreau fertile.

MàJ : Voici l'adresse du Living Lab de Montréal et son blogue

En passant, si vous êtes intéressé par la mobilité, The Living Labs Global Mobility Report a un blogue.

Webothon-Haïti: Les médias sociaux, ça change pas le monde?

L'événement Webothon Haïti a lieu le dimanche 21 février 2010, en direct ici sur UStream de 12 h à 16 h (heure de Montréal), 18 h à 22 h (heure de Paris), ou 9 h à 13 h (heure de San Francisco). J'en ferai partie.

Avec le tremblement de terre en Haïti, l'apport des médias sociaux a été amplement remarqué. Pour en témoigner, réfléchir et échanger sur le sujet, Michelle Blanc a eu l’idée de créer un Webothon dans le but à la fois de lever des fonds pour venir en aide à Haïti et de partager les connaissances sur ce nouveau médium.

En direct des studios de VOX Montréal (Vidéotron) et avec Skype Montréal sera en lien avec Paris, Bruxelles, Vancouver, Washington et San Francisco pour discuter comment les médias sociaux peuvent être utilisés par les médias traditionnels et les organismes d'aide afin d'ajouter une dynamique d'interactions entre les intervenants les spécialistes et le public.

Je participe au premier segment de l'émission.

http://www.flickr.com/photos/freeparking/1279927021/

Segment 1 – Théorie médias sociaux

Fred Cavazza (Paris)
Cyrille De Lasteyrie --alias Vinvin-- (San Francisco)
Martin Lessard (Montréal), votre serviteur

Segment 2 – Médias sociaux et ONG /Gouvernement

Denis Coderre (Député fédéral canadien)
Junia Barreau (Vice-consule Haïti)
Claude Malaison (Montréal)
Jon Husband (Vancouver)
Oxfam & CECI

Segment 3 – Médias sociaux et journalisme

Bruno Guglielminetti (Montréal)
Damien Van Achter (Bruxelles)
Mateusz Kukulka (Bruxelles)
Clothilde Le Coz, Reporter sans frontières (Washington)
Carla Beauvais (Montréal)

Segment 4 – Comment faire les médias sociaux

Multilink Haiti (Haïti)
Pierre Coté (Montréal)
Philippe Martin (Montréal)
Christian Aubry (Montréal)

Les présences web du Webothon Haïti
Le blogue http://haiti.guignoleeduweb.org/
La page Facebook http://www.facebook.com/pages/Webothon-Haiti/#!/pages/Webothon-Haiti/305368703692
Le « hashtag » Twitter (le # sur votre clavier suivi du mot-clé) #webhaiti
et le canal Ustream pour écouter en direct partout sur la planète http://www.ustream.tv/channel/webothon-haiti

(Webinaire) Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

J'aime ces titres très américains, sûr d'eux et frais comme un nouveau-né: «Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux» est le webinaire que je donne avec Michelle Blanc et Guillaume Brunet pour Les Affaires. Vous y trouverez la meilleure introduction aux médias sociaux pour les entreprises prises en entre deux feux: sauter ou ne pas sauter dans le wagon?

Avec tout le buzz entourant le phénomène des réseaux sociaux, certaines compagnies ne savent plus où donner de la tête.

Si dans le cadre de votre travail, vous êtes appelé à initier, concevoir, planifier ou opérer des tactiques sur ce que l'on appelle le «Web 2.0» et que vous vous retrouvé submergé par toute sorte d'information contradictoire, vous aurez l'heure juste dans ce webinaire.

Non, les médias sociaux ne sont pas faits pour tout le monde, mais, si vous décidez d'y aller, il ne faut pas le faire n'importe comment. Il existe des stratégies de base que j'aimerais partager avec vous...

Plus de 250 personnes se sont déjà inscrites.

Vous êtes invité à participer au séminaire en ligne présenté par le Groupe Les affaires et Les affaires.com:

Grandes tendances du WEB 2.0:
Les meilleures astuces pour conquérir les médias sociaux

11 février 2010, de 12 h 30 à 13 h 30 (Montréal, Temps universel)

Inscription : 50$ membres / 60$ non membres (+taxes)

Les meilleurs astuces pour conquérir les médias sociauxGuillaume Brunet (animateur de ce webinaire),
Directeur marketing et services client, Groupe des nouveaux médias et des solutions numériques, Médias Transcontinental

Michelle Blanc
Spécialiste du marketing sur le Web. Son blogue michelleblanc.com est classé comme l’un des plus influents blogues francophones dans le monde.

Martin Lessard
Conseiller, conférencier, spécialiste en stratégie web et médias sociaux. Il est auteur du Guide des meilleures pratiques web de l'Alliance Numérique et coauteur du livre Pourquoi bloguer dans un contexte d’affaires.

Fonds TV5 pour la création numérique 2010

Le Fonds TV5 accorde des financements aux créateurs canadiens (18 à 35 ans) pour la production de séries originales de cinq capsules de 1 à 4 minutes chacune.

Les créateurs sont invités à déposer une proposition avant le 1er mars pour un maximum de 15 000 $ pour la production de chaque série. Il est fortement suggéré de faire parvenir un courriel d’intérêt avant le lundi 22 février prochain.

Les objectifs du Fonds TV5 sont :

  • Encourager directement les créateurs canadiens de la relève en vidéo et nouvelles technologies
  • Participer à la recherche et au développement de nouvelles techniques de création vidéo
  • Contribuer à faire rayonner la production canadienne francophone partout au pays et à travers le monde
  • Rejoindre de nouveaux auditoires en offrant des contenus originaux et mieux adaptés aux habitudes émergentes de consommation média
Tous les documents pour la préparation d’une demande sont disponibles ici http://fonds.tv5.ca

« Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net »

#huisclos est terminé. Qu'avons-nous appris? «Ce sont rarement les réponses qui apportent la vérité, mais l’enchaînement des questions» disait Pennac. Oui mais, certaines questions n'ont pas été posées, d'autres réponses ont été il y a longtemps répondues.
Ces conclusions (partielles) que les journalistes (dé)cloisonnées ont parsemées dans les médias traditionnels me laissent perplexe. Voyons celles que j'ai retenues (n'hésitez pas à partager d'autres liens si vous en avez).

Nicolas Willems
« Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net, c’est que Twitter est un réseau, un système d’alerte et de recherche de contact. » Le Soir.be
Désolé, Nicolas, celle-là fait partie des prémisses de l'expérience, et n'est en rien une découverte. Twitter n'a pas été choisi au hasard...

Je vous cite d'emblée Nicolas, non pas pour le pointer du doigt, mais bien pour vous signaler au contraire la personne qui a rapporté ses propos. Quand on connaît son sujet, on ne choisit pas cet extrait, on lui repose de nouvelles questions! (voir les miennes ). Nous verrons plus bas en quoi cela est un révélateur.

Anne-Paule Martin (RSR)
« Les gens qui sont sur Twitter sont dans une logique de guerre, de concurrence entre les médias traditionnels et les nouveaux médias comme les réseaux sociaux. Ils ne veulent pas entendre que l’expérience Huis clos n’est pas partisane ». Le Soir.be
Bien vu. Mais, comment dire..., je vais la paraphraser autrement pour expliquer mon point: « Les gens qui sont en Irak sont dans une logique de guerre, de concurrence entre les "traditionnels" et les Occidentaux. Ils ne veulent pas entendre que l’expérience de l'invasion américaine n’est pas partisane ». Vous voyez ce que je veux dire?

Bien sûr, elle a raison, l'expérience a démontré une extrême sensibilité des internautes (qui n'ont pas été toujours tendres envers le huis clos). Mais les journalistes, jadis, ont salement accueilli la blogosphère, et le dénigrement systématique du web 2.0 n'a cessé seulement quand il était clair que la crise des médias allait en s'accélérant (et que l'industrie de la news en portait une grande responsabilité). Que les «habitués des médias sociaux» aient été facilement irritables, n'est que juste retour des choses, non?

Benjamin Muller (France Info)
Il retient trois apprentissages (France Info)

1- La première est la rapidité de relais qu’offre Twitter.
2- Les médias traditionnels nous manquent pour comprendre et pour décrypter l’actualité qui nous parvient. (les médias offrent du contexte)
3- Le troisième enseignement est la hiérarchie qui ressort de Twitter. Hiérarchie évidemment différente de celle des médias classiques.
Point 1, ici, encore, on tente de faire passer une des prémisses de l'expérience en une de ses conclusions. Non seulement la viralité est inscrite au coeur même de ses outils (un clic et c'est retransmis), mais la "rapidité" n'est rien en comparaison à la co-création « d'effet de réel » (un support « fait exister » une information qui circule dessus) qui est une des grandes avancées démocratiques de l'outil.

Point 2, là, hors jeu. Je signale que cette contrainte (se couper des médias traditionnels) est une donnée imposée par les auteurs mêmes du projet. Je répète ici mes prédictions données avant le début de l'expérience: ce n'était pas "5 journalistes isolés sur le web", mais bien "5 journalistes isolés de leurs confrères, ressources, contacts, outils pour faire leur boulot de journalistes". Dans ces conditions il est évident que "décrypter l'actualité" est plus difficile.

Point 3, il a raison, l'hiérarchie y est définitivement différente. Mais voilà déjà quelques années [2005] que cette information a été démontrée dans une étude. L'information internationale, partout sur le Net, est en régression. J'y vois là une opportunité pour les journalistes de s'organiser en relais de cette information.

Nour-Eddinne Zidane (France Inter)
«Le principal enseignement est d'avoir eu le sentiment d'être situés "entre deux mondes" : Du côté de ceux qui maîtrisent les réseaux sociaux, (...) ; et de l'autre côté, certains journalistes des médias dits traditionnels considéraient ça comme une expérience tout à fait futile, avec ces réseaux sociaux dans lesquels on ne peut pas avoir confiance ou qui relayent des fausses rumeurs. Il a fallu un peu de temps pour expliquer aux gens qu'on n'était pas là pour démontrer quelque chose, mais pour voir ce qui se passait sur ces réseaux concrètement, sans a priori" RTBF
Bon point. Nour-Eddine recoupe l'apprentissage d'Anne-Paul Martin ("les experts en médias sociaux ont grimpé dans les rideaux") et il repère "un retard certain de (quelques) journalistes francophones dans leur pratique d'internet" [MàJ: voir article contre #huisclos d'un journaliste suisse. Ou peut-être de leur rédaction.]

Janic Tremblay (SRC)
«Aucun journaliste ne peut concurrencer un tel réseau. Mais sur une base quotidienne, c'est beaucoup plus facile de s'en remettre aux médias traditionnels pour savoir ce qui se passe dans le monde. Ce n'est pas une affaire de supériorité. Simplement de ressources et de temps.»RTBF
Bon point. D'où les appels du pied d’internautes: on partage le même terrain, mais chacun à sa manière.

«Vous allez me répondre que vous avez compris cela depuis longtemps et que pour vous, Twitter est une source d'information complémentaire et un outil de socialisation", ajoute-t-il.

Oui. Effectivement.

[Mise à jour: Janic a publié ses conclusions ici]

Conclusions?

« Ce qu’il faudra, et c’était prévu depuis le départ, c’est refaire un point dans quelques mois. »RTBF

On peut faire le point tout de suite: comprendre les médias sociaux, ça prend du temps, beaucoup de temps. Comme dans toute pratique.

Commencez maintenant. Lisez les blogues spécialisés dans le domaine, toutes les conclusions y sont dans leurs archives depuis longtemps. Il y a un réseau très bien ficelé d'experts qui partagent ouvertement leurs pensées: si vous voulez, voyez-vous comme des géants sur les épaules des nains.

Et dans ce domaine particulier, la presse anglophone est particulièrement en avance. Il me semble que le monde journalistique francophone n'a pas su profiter de leur expérience. Je mets ça sur un trait culturel: l'écrit est sacré pour les francophones. On n'aime pas quand le peuple s'en empare. La "littérature" anglophone regorge d'idée et de piste sur le "nouveau journalisme".

Voici mes conclusions

L'expérience de huis clos représente en fait un exercice d'arrimage entre les deux mondes. Et c'était une entreprise très agréable en fait. Maintenant, il faut mettre des veilleurs à temps plein et non plus seulement pour "une simple expérience".

Le journalisme hybride doit se voir comme :

- Un reporter qui apporte la bonne histoire, dans le bon format, au bon moment, au bon endroit (par exemple, la nouvelle #lille #boum se passait sur Twitter et dans Facebook. Ne pas attendre que l'audience se rende à vous).

- Un passeur crédible entre communautés, où il apporte, avec sa conversation, un espace d'échange qu'il doit entretenir.

- Un joueur d'équipe a qui on a prêté le rôle important de valider l'information.

- Un courtier d'information parmi d'autres qui juge de la valeur de l'information et doit négocier les sens en tout temps.

---
Ma série de billets sur #huisclos
1- IVI: Interruption Volontaire d'Information : Décryptage. Où on repose les questions du projet (et y réponds).
2- Huis Clos J-1: Où peut-être on sent un petit flottement dans la préparation ou du moins l'annonce du projet.
3- Huis clos J+2: Où on effleure la difficile tâche de synchroniser les hiérarchies de l'actualité.
4- Huis clos : fin de parcours: Où un #boom permet de voir le travail de filtrage à l'oeuvre.
5- « Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net » : Où on ne cache pas notre perplexité face à certaines "conclusions".

Huis clos : fin de parcours

L'expérience «Huis Clos sur le Net» arrive à son terme demain et d'intéressantes conclusions peuvent être déjà apporté sur la façon dont les réseaux sociaux sont intégrés dans l'écosystème de l'information.

Huis clos sur les HoaxOn rappelle que "l'expérience" consiste en cinq journalistes "isolés" sur Facebook et Twitter, sans possibilité de consulter les médias traditionnels ni surfer sur le web (seule la possibilité de suivre un lien donné sur une des plateformes est possible -- mais sans continuer à cliquer plus loin).

Bien sûr l'appellation "huis clos" étonne, car être "isolé" sur le net est exactement l'inverse d'un huis clos. Et aller "s'isoler" physiquement dans le Périgord ne fait pas plus de sens si le but est d'investir les mondes virtuels.

En fait, il s'agissait d'isoler de ces journalistes de leurs propres confrères journalistes et de leur propre réseau professionnel (et personnel) d'informateurs via les outils traditionnels (téléphone inclus).

J'ai expliqué récemment comment en fait les prémices de l'expérience ne sont pas en fait celles annoncées: elle établit les balises d'une interconnexion entre les systèmes de diffusion d'information bottom-up et top-down.

Honni soit qui mal y surfe

Il ne fait aucun doute dans l'esprit des participants que l'accès à l'information ne semble plus être un véritable problème: par contre, la capacité de traitement, de recoupement, de hiérarchisation de cette information a été le vrai défi.

Le bouillonnement sur Twitter et Facebook donne le pouls en temps réel de "l'importance" ressenti par l'audience sur un sujet -- à ne pas confondre avec son importance qui est une hiérarchisation analytique et contextuelle, mais pose tout de même la question de la pertinence de la sélection des nouvelles.

Quand mon Twitter fait #boom

Prenons un exemple. Tard mardi soir, une explosion a été entendue à Lille. Les réseaux ch'ti s'animent, à la recherche de la cause. Rapidement un des journalistes "isolés" écrit sur Twitter : «Quelqu'un aurait-il un lien avec une info sur #Lille ???».
Le «boum» entendu au dessus de Lille ne semble pas être une rumeur, car à moins d'une coordination cachée (toujours possible) la diversité et la spontanéité des sources permettent de conclure que le "bruit entendu" était réel.

Par contre, les causes et les conséquences, elles, sont définitivement moins claires.

Le premier réflexe était de voir si une information sur les réseaux sociaux permettait d'en savoir plus. Puis sur les sites des médias traditionnels (oui, la communauté qui suit #huisclos n'est pas astreint aux règles que les cinq journalistes se sont auto-imposés). Rien à se mettre sous la dent.

Bien sûr, il faut savoir trier le bon grain de l'ivraie dans le flot qui a suivi (#lille et #boom sont devenus rapidement insalubres, et le groupe sur Facebook aussi -- monté à 14 000 membres! ). Que de l'intox se mêle à l'info est courant sur les réseaux sociaux, particulièrement quand il fait parti d'une boucle de rétroaction (sachant que plusieurs se sont ruées sur les réseaux en pensant à une catastrophe, on en remettait!)

Mais déjà, à qui savait trier, il y a quelque chose à interpréter...

Le tweet ne fait pas le moine

Parmi les "accident nucléaire", "incendie de gaz", "crash d'avion" (tous relayés semble-t-il, pour faire rire), pas assez de cohérence: de telles catastrophes impliquent nécessairement une grande quantité de gens et une progression dans les infos. Ici tout était plat. La même info revenait sans cesse (ce qui est normal aussi: on "retweet" en vue d'attirer l'attention de gens (crédible) qui peuvent confirmer...).

Au bout d'un certain temps, une seule conclusion: l'événement, le "boum" (info presque sûre) n'a pas l'ampleur d'une catastrophe (l'incident est mineur; presque sûr). Donc non-événement, au sens médiatique du terme.

Mais le fait est réel tout de même. Les réseaux ont ressemblé à ces charmants citoyens réveillés en pleine nuit, sortant en pyjamas dans la rue, et commentant tous une nouvelle dont ils ne savaient rien: un bon moment, pour se faire peur et ensuite pour faire la conversation. Pour Tintin, tintin.

Les RT ont finalement fait leur boulot. Rejoignant qui de droit. L'affaire a été réglée quand un journaliste a confirmé la nouvelle sur Twitter (un Mirage passant le mur du son dans le cadre d'un exercice). Les médias traditionnels ne font pas dans la conversation de couloir.

Jamais d’yeux sans toi

Mais si vous n'en concluez que les journalistes ont encore une bonne cote de crédibilité (c'est vrai), c'est un peu court. Il faut remarquer le petit détail, celui qui montre que le nouvel écosystème de l'information est en place et se solidifie: c'est que notre contributeur journaliste a relayé article d'un journal et il été porté la nouvelle là où elle avait le plus d'impact. Sur les médias sociaux.

Bien sûr, la nouvelle a besoin d'un bon URL (celle d'une institution crédible --même s'il faut toujours resté vigilant) et d'être relayé par une personne crédible (un journaliste ou toute personne soucieuse de sa propre réputation). Mais au lieu de s'attendre à ce que le public se dirige vers lui, ou attende le lendemain pour sortir et aller chercher le journal, le journaliste se démène pour aller rejoindre sa clientèle.

Ça donne des idées à des journaux?

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Écoutez-moi en parler sur les ondes du 101,1 aujourd'hui à l'émission de Michel Dumais (14h00-14h30)

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Ma série de billets sur #huisclos
1- IVI: Interruption Volontaire d'Information : Décryptage. Où on repose les questions du projet (et y réponds).
2- Huis Clos J-1: Où peut-être on sent un petit flottement dans la préparation ou du moins l'annonce du projet.
3- Huis clos J+2: Où on effleure la difficile tâche de synchroniser les hiérarchies de l'actualité.
4- Huis clos : fin de parcours: Où un #boom permet de voir le travail de filtrage à l'oeuvre.
5- « Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net » : Où on ne cache pas notre perplexité face à certaines "conclusions".

Huis clos J+2

Fin de la première journée de Huis clos sur le net. Un des journalistes tweet: «Aucune idée si j'ai eu les nouvelles les plus importantes». Ah la phobie de «manquer quelque chose»!

Erreur 404Les «grandes manchettes» c'est comme la mode, la pression est forte pour nous faire sentir à côté, hors coup!

Se débrancher des médias traditionnels, tout la twitterati vous le dira, est une expérience qui donne peut-être au début des papillons dans l'estomac (comme sauter en parachute): on a l'impression qu'il y a toujours une information qui nous manque.

Ou alors c'est l'impression que les médias traditionnels nous donnent (pas de théorie de conspiration, S.V.P.), car ils ont tendance à se copier entre eux et donc font mousser davantage une information plutôt qu'une autre. La concurrence des nouvelles, quoi.

Mais en se libérant de cette emprise, on devient serein. Une information qui doit venir à vous finira par venir.

Miroir, miroir, dis-moi quelle est la dernière nouvelle
Bien sûr, le stress pour les journalistes dans le Périgord réside dans le fait qu'ils ne peuvent pas attendre que la nouvelle vienne à eux. D'où cette impression de ne pas savoir s'ils ont eu les nouvelles les plus importantes. Les journaux, la radio et la télé nous rassurent en confirmant une hiérarchisation standard des nouvelles (et qu'ensuite on veuille s'en dissocier est l'affaire de chacun, mais la référence semble rassurer).

Les journalistes ont la (fausse) impression qu'ils doivent démontrer qu'ils sont sur la même planète que les autres, c'est-à-dire synchroniser les hiérarchies de l'actualité comme les autres journalistes. On ne veut pas être le dernier à apprendre ce qui est arrivé à Haïti.

Mais à trop vouloir savoir ce « qui est important », on ne se rend pas compte que « l'importance » est donné par son réseau social. Ne soyez pas surpris que vous ne connaissiez rien de ce qui arrive aux Philippines, au Sri Lanka, ou en Côte d'Ivoire.

Ça me rappelle ce que Chomsky disait à la fin des années 80 dans « Manufacturing Consent » que la principale fonction des médias de masse aux États-Unis était de mobiliser l'opinion publique autour d'intérêts particuliers du gouvernement et du secteur privé.

Je me demande ce que « huis clos » va découvrir quant à la « fonction des médias sociaux »...

(image source)
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Ma série de billets sur #huisclos (mise à jour 7 février 2010)
1- IVI: Interruption Volontaire d'Information : Décryptage. Où on repose les questions du projet (et y réponds).
2- Huis Clos J-1: Où peut-être on sent un petit flottement dans la préparation ou du moins l'annonce du projet.
3- Huis clos J+2: Où on effleure la difficile tâche de synchroniser les hiérarchies de l'actualité.
4- Huis clos : fin de parcours: Où un #boom permet de voir le travail de filtrage à l'oeuvre.
5- « Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net » : Où on ne cache pas notre perplexité face à certaines "conclusions".

Comment promouvoir un film avec le web et les médias sociaux

Comment promouvoir un film avec le web et les médias sociaux? Je réponds en live et en public avec Sacha Declosmesnil, mardi prochain 9 février 2010, 17h00-19h30

Carte blanche Multiplateforme : Réseaux sociaux, consultations en direct.

Carte blanche à deux spécialistes en stratégie web & réseaux sociaux : Martin Lessard, Sacha Declomesnil.

La 4e Carte blanche est entre vos mains ! Nous vous invitons à proposer des cas pratiques jusqu’au 20 janvier (une réalisation ou un thème). Les consultants choisiront 6 cas et les travailleront avant la rencontre. Le fruit de leur recherche sera livré pendant l’atelier... C’est ce qui s’appelle une consultation en direct !

L’INIS, FCTNM et le RPM, se sont associés pour proposer cette série d’ateliers pratiques et interactifs reliée aux nouvelles plateformes. Des personnalités de terrain sont invitées à partager leurs expériences et communiquer leur savoir-faire. Les 6 thèmes définis par les organisateurs permettront de couvrir les questions clés relatives à la convergence : de la création de contenu à la mise en marché.
- Une initiative soutenue par Téléfilm Canada, le Fonds Bell, Astral Media, CTVM, Le lien multimedia

Lieu : Salle de visionnement – Edifice Astral Media – 2100 Sainte-Catherine Ouest – 2e étage – métro : Atwater

Prix pour les membres INIS, FCTNM, RPM : 20$ - Non membres : 30$ Pass 6 conférences : 100$ pour les membres, 150$ pour les non-membres Participation limitée à 50 personnes Chaque atelier est précédé d’un cocktail de réseautage.

Lien.

L'avent du livre électronique

L'attente messianique du livre électronique (comme, par exemple, la 3ième table biblique offerte par La Pomme cette semaine) suggère-t-il la fin de la «lecture». Je porte à votre attention un bon billet de Jean Larose qui semble le croire.

worth1000L'intellectuel québécois Jean Larose, dans l'Avent du livre électronique, publié dans le Devoir d'hier, est un autre cri du coeur* d'écrivain voyant la "montée" d'Internet et de sa "culture" comme barbare: «Une nouvelle humanité est en gestation dans la matrice, à qui l'étrange mot de «lecture» n'inspirera qu'un sourire de barbare supérieur. »

«Un spectre hante le monde du livre. [...] Le livre électronique n'est pas encore réel, mais chacun sent que toute résistance est vaine». Il s'en prend aux évangélistes, pourrait-on dire, qui annoncent un monde meilleur (Pierre Assouline, Hubert Guillaud, Brad Stone).

En particulier parce qu'ils prêchent une pratique d'une nouvelle lecture qui n'est ni encore effective ni réelle selon lui («je ne connais personne qui ait lu un livre au complet sur un écran»)

Les révélations des «croyants» aux nouvelles pratiques hypertextuelles semblent braquer l'auteur. «L'Avent du livre électronique répond en réalité à une vaste intimidation exercée contre tout ce qui réfléchit seul, lit seul, écrit seul

Je ne sais d'où vient cette sensation de persécution.

J'aimerais bien la comprendre parce qu'elle revient souvent: ceci tuera cela? Je ne crois pas. Nostalgie? Incompréhension? Une erreur de diagnostic? Ou tout simplement des appels de phare pour annoncer un naufrage de la pensée?

Pourtant même à la lecture de Pierre Assouline, qui écrit si bien,( N’ayez pas peur, ceci ne tuera pas cela !) il ne semble pas convaincu.

Sommes nous dans un dialogue de sourds?

Mise à jour: voir la réponse d'Hubert Guillaud à ma question sur La feuille

À lire aussi sur Zéro Seconde sur le même sujet:

* Autres cris du coeur dans Le Devoir dans la dernière année

  • Christian Rioux : "la lecture de longs articles sur internet [étant] tellement fastidieuse qu'elle favorisait le zappage au lieu de la concentration [entraînant] une grave régression intellectuelle" ( Voir mon billet Épidemie blogueuse)
  • Jean-François Nadeau : "Jusqu'à preuve du contraire, le Web ne permet guère une réflexion dans la durée.»(voir mon billet Trois choses dont le livre n'a pas le monopole)
  • Louis Hamelin: «Dans ce merveilleux monde de la Gogosphère où la petite culotte d'une chanteuse et un coup d'État en Ouzbékistan avaient exactement le même poids.» Le devoir, samedi 3 janvier 2009, p. e7
  • Gil Courtemanche: «Tout est permis. C'est le message du monde Web, d'un univers dépourvu dorénavant de références et de paramètres.» samedi 19 septembre 2009, p. c2
Mais au Devoir (heureusement) chacun est «libre de penser».
Source image
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Huis Clos J-1

C'est J-1 avant le début de l’opération « Huis Clos sur le net » où cinq journalistes des radios publiques francophones n'auront ni télévision, ni radio, ni presse écrite, ni dépêches d'agence, mais seulement accès à l'information qui émerge de Facebook et Twitter (voir mon analyse préliminaire: IVI: Interruption Volontaire d'Information).

Leur blogue est maintenant ouvert: le premier billet, très laconique, ne révèle rien de plus. Pas de contexte, pas de liens vers une page expliquant le projet et surtout pas de "hashtag", le mot clef sur Twitter pour colliger bottom up les infos sur le projet.

Pas de contexte?
Il n'y a effectivement pas de trace de contexte explicité : le contexte sera probablement donné par les radios qui participent à l'événement. Il le sera probablement aussi par les réseaux sociaux: pour se rendre sur le site on suivra un lien, en provenance d'une autorité cognitive ou influente, où son sens sera suffisamment explicité pour qu'il donne envie de le suivre.

Le contexte est principalement implicite: il faut être au courant du projet pour découvrir et suivre le blogue (assez courant dans la blogosphère)

Un des journalistes participants, Benjamin Muller, a tweeté "il est temps que #HuisClosNet commence, car on commence à lire tout et n'importe quoi sur le net à ce sujet !!". Je ne sais pas à quoi il fait allusion, mais s'il a déjà cette attitude, il n'est pas au bout de ses peines. S'il y a un déficit d'information, hyperlier les pages qui parlent du projet ne nuirait certainement pas. Ou les compléter non plus. Il y aurait peut-être moins de confusion et alors un tweet vers la page pourrait répondre à bien des questions...

Pas de tag?
Un certain soin a été porté à la diffusion de l'expérience à travers les médias traditionnels (rencontre de presse, interview), mais curieusement, comme aucun hashtag n'a été proposé sur le blogue, on se demande comment ils pensent pouvoir agréger les commentaires en ligne.

Une bonne pratique qui émerge lors de rassemblement qui implique une participation en ligne décentralisée est d'offrir une "hashtag" qui permet aux gens de se "retrouver" et se suivre mutuellement.

Les tags qui émergent actuellement sont #huisclos et #husclosnet. J'aime l'originalité de #8clos (très court) mais moins #huisclossurlenet (trop long). Un hashtag coordonné aurait pu éviter de perdre de nombreux caractères: comme #hcn mais il est plutôt cryptique et trop tard pour le lancer bottom-up.

Un tag parallèle : #perigord, utilisé principalement de façon ironique, comme dans "j'informe le #perigord : le tremblement de terre en Haïti est un coup de la CIA".

Pas de liens?
Par contre, ce qui est intéressant à noter, c'est l'absence totale de lien vers les comptes Twitter ou Facebook des journalistes. Peut-être une politique internet ou une difficulté technique. Ou une volonté de ne pas "exposer" leurs journalistes?

Comme je l'ai mentionné plus tôt cette semaine, les réseaux sociaux vont plutôt devenir les observateurs et non les observés et que les journalistes vont avoir des supporters de bonne foi pour les "alimenter" en info du monde "extérieur', modifiant considérablement l'expérience.
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Webographie
Le projet :
Huis clos sur le net (les radios francophones publiques)
Les comptes Twitter
@HuisClosNet/lesjournalistes
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Ma série de billets sur #huisclos (mise à jour 7 février 2010)
1- IVI: Interruption Volontaire d'Information : Décryptage. Où on repose les questions du projet (et y réponds).
2- Huis Clos J-1: Où peut-être on sent un petit flottement dans la préparation ou du moins l'annonce du projet.
3- Huis clos J+2: Où on effleure la difficile tâche de synchroniser les hiérarchies de l'actualité.
4- Huis clos : fin de parcours: Où un #boom permet de voir le travail de filtrage à l'oeuvre.
5- « Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net » : Où on ne cache pas notre perplexité face à certaines "conclusions".

IVI: Interruption Volontaire d'Information

«Huis clos sur le net». Cinq journalistes s'isoleront cinq jours durant, coupés de tous médias traditionnels, avec pour seule mission de "resté informé" à travers "les réseaux sociaux" comme seules sources. Décryptage.

Ile déserte

Du 1er février au 5 février 2010, cinq journalistes des radios publiques francophones n'auront ni télévision, ni radio, ni presse écrite, ni dépêches d'agence, seulement l'information qui émerge de 2 réseaux sociaux, Facebook et Twitter.

Mais la réelle expérimentation de ce projet n'est pas là où on le pense...

Description du projet «Huis clos (sur le net)»
«L'idée, c'est de comprendre quelle représentation du monde on se fait à travers les réseaux sociaux, nous allons tenter de faire le tri entre les informations très vite relayées et la surabondance d'humeur» explique un des journalistes à Stéphane Baillargeon dans Le Devoir.

«Notre but est de démontrer qu'il y a différentes sources d'information et de voir la légitimité de chacune de ces sources », ajoute Hélène Jouan, directrice de la rédaction de France Inter dans la Dépêche.

On annonce que ce "jeu" consiste à simuler une consommation d'information strictement limitée au "tweet" et "status" de la communauté en ligne, avec la seule exception d'un suivi de lien (c.-à-d., dans un message Facebook ou Twitter, ils peuvent cliquer sur un lien qui mène à une page web, mais sans cliquer plus loin - le surf est interdit). «Comment être informé et informer à son tour, quand on est coupé des sources traditionnelles d'information ?»

Sur le site des Radios publiques de langue française, qui lance cette initiative "inédite", on dit vouloir mesurer la valeur des infos diffusées sur les réseaux sociaux en se posant ces questions:

  1. La lecture du monde, dans ces conditions, est-elle pertinente ?
  2. Est-on informé de la même manière qu’avec les médias classiques ?
  3. Comment se construit alors l'information ?
Philippe Chaffanjon, directeur à France Info ajoute : «Cette expérience ne cherche pas à démontrer que les médias traditionnels sont indispensables, au contraire. Ce que nous cherchons à faire est de savoir si on s'informe de la même façon à travers les réseaux sociaux qu'à travers les médias traditionnels» (source en anglais) (PressGazette, ouvert, citant Le Parisien, verrouillé)

Pour plus de détails sur le projet, ici: Huis clos sur le net sur France-Info.

Un projet peut en cacher un autre
Que ce projet s'appelle "huis clos" étonne beaucoup: être sur le net est exactement l'inverse d'un huis clos. Qui plus est, sur les réseaux sociaux! Alors comment expliquer qu'un journal titre "Journalistes coupés du monde" (La Dépêche et Le Républicain Lorrain) (l'emphase est de moi)

C'est que, contrairement à ce que le projet laisse entendre, l'isolation n'est pas là où on le pense: un "huis clos" pour ces journalistes, c'est s'isoler de leurs confrères, de leurs réseaux de sources fiables.

Ils ne vont pas seulement être "coupé des sources traditionnelles d'information", ils seront surtout coupés de leur réseau de contacts et de validation!

Dans ma tête, la vraie mission je préfère la résumer tout de suite ainsi:

  • Reformulons: Nos 5 journalistes pourront-ils faire leur boulot de journaliste seulement avec les 2 réseaux de contacts en ligne (et sans pouvoir valider par téléphone, ni par courriel, et surtout sans surfer sur le web pour trouver des répondants ou recouper les sources)?
L'enjeu ici en est une des autorités informationnelles en ligne: comment se crée une autorité cognitive sur Internet dans un monde de surabondance d'information où l'internaute doit développer de nouvelles stratégies pour trier et filtrer l'information. Espérons qu'ils vont partager leurs découvertes et non seulement de cocasses anecdotes.

La candeur des 3 questions citées plus haut peut faire sourire, mais essayons d'y répondre plus bas, question d'éviter que le débat entourant le projet s'enlise trop facilement dans un combat "bonne information" versus "mauvaise information" ou que l'on rejette du revers la main le projet en le pensant pipé d'avance (Numerama -- qui aurait dû tourné 7 fois son clavier entre les mains avant de publier).

Mais il faut admettre qu'il est normal que certains puissent être dubitatifs devant le projet en apprenant les grandes lignes:

«Il y a une volonté de démontrer la supériorité des médias traditionnels pour s'informer. C'est comme si on se disait: "On va utiliser le téléphone, mais on n'aura pas accès au bottin". Il faut poser un regard plus nuancé sur ces outils et l'usage qui en est fait.» ( Colette Brin, professeure agrégée du département d'information et de communication de l'Université Laval cité par Stéphane Baillargeon dans Le Devoir)

Frederic Montagnon, entrepreneur internet, ajoute sur son blogue «On serait mieux informé en habitant à côté de la maison de la radio à Paris que dans un gîte rural dans le Périgord? Sourire.» (source)

C'est vrai que la page web du projet Huis clos sur le net est plutôt laconique sur les raisons sous-jacentes et que les règles sont particulièrement ambitieuses.

Plusieurs journalistes nous ont longtemps habitués à une caricature du phénomène des réseaux sociaux. Alors, ne boudons pas notre plaisir quand on nous propose d'en isoler cinq d'entre eux pour qu'ils nous donnent leur point de vue à chaud... de l'intérieur. D'autant plus que dans la blogosphère, la question de qui informe qui a été évacuée il y a longtemps. On se demande vraiment ce que pourrait être «une lecture du monde SANS les médias traditionnels».

Tirons donc des hypothèses et tentons de comprendre ce qui va se passer la semaine prochaine.

1- «La lecture du monde, dans ces conditions, est-elle pertinente ?»

Ce n'est pas un reproche, mais pour ceux qui s'intéressent aux médias, on se demande si les contraintes qu'ils se sont données a priori (défense de surfer) ne biaisent pas le but de la recherche (y a-t-il une pertinence à lire le monde via les médias sociaux SANS surfer le web?). Mais si on est prêt à jouer le jeu, on doit relever trois mises en garde:
Premièrement, il faut comprendre tout de suite que d'objet d'étude pour ces journalistes, les réseaux sociaux vont plutôt devenir les observateurs d'une étude inversée où ce sont eux qui deviendront les cobayes et non l'inverse. Ou tout au moins, l'observateur et l'objet d'observation seront en forte interaction. Au pire, l'observateur devient l'observé.

Deuxièmement, tout en reconnaissant que le huis clos est impossible (le public est au contraire tenté de s'inviter), l'isolation relative n'est pas "inédite" : une bonne partie de l'intelligentsia de la webosphère, déjà férue d'interruption volontaire d'information traditionnelle, s'y adonne régulièrement. Ce qui est inédit, ce sont les règles plus strictes (usage limité à Facebook et Twitter) qui accentuent la dépendance aux filtres sociaux d'une façon artificielle.

Troisièmement, les conclusions à la question «La lecture du monde, dans ces conditions, est-elle pertinente ?» sont connues d'avance. Rémy Charest les résume en trois points:

1- Twitter et Facebook sont des illustrations parfaites de l'idée d'auberge espagnole: on y trouve bel et bien ce qu'on amène avec soi.

2- On n'y signale pas nécessairement les nouvelles les plus importantes (déjà reprises ailleurs) mais souvent celles méconnues.

3- À peu près tous les médias offrent des fils de diffusions sur les réseaux sociaux.

Si on tient compte du point 3, les journalistes devront purger leurs signets --ce qu'ils feront (source)-- car effectivement on peut suivre tous les médias dans les réseaux sociaux sans jamais passer par un intermédiaire.

Mais voilà, en ne suivant uniquement que les fils médias, ce serait manquer ce qui fait la particularité des réseaux sociaux --conversation, percolation en direct de l'information, empêcheurs de penser en rond, etc.).

De plus, pour éviter de dénaturer leur projet, ils devraient aussi exclurent leurs "intermédiaires informationnels" fiables habituels (iront-ils jusqu'à les bloquer si leur réseau de confiance cherche à les recontacter?).

Les nouveaux "intermédiaires" devraient provenir d'un nouveau cercle (ce qui est plus passionnant comme défi) et ils devraient éviter de rebâtir leur cercle déjà existant (ce qui est la raison de l'absence de téléphone et de carnets d'adresses).

La vraie essence du projet consiste à faire passer ces journalistes sous respirateurs informationnelles durant tout leur séjour et les sevrer des canaux habituels en ne s'abreuvant qu'à ce qui sera poussé dans les réseaux vers eux pour enrichir leur veille.
On commence à voir, maintenant, que ce sera moins une étude sur les réseaux sociaux que sur les réseaux journalistiques: ils seront en mesure durant 5 jours de mesurer tout ce qui leur manque "hors ligne" pour bien filtrer ce que qui est en ligne...

2- «Est-on informé de la même manière qu’avec les médias classiques ?»

On peut prévoir tout de suite qu'une des trois possibilités d'interprétations suivantes émergera à la suite de l'expérience (dépendant des intérêts et compétences personnels des "Robinsons des communications").

a. Les réseaux sociaux désinforment et ne sont pas pertinents (si on suit @oprah et @aplusk)
b. Les réseaux sociaux informent autant que les médias (si on suit @lemondefr et @nytimes)
c. Les réseaux sociaux complémentent bien les médias trad (si on suit @rue89 et @martinlessard) (joke ;-)

La réponse serait entre b et c. Les réseaux sociaux, contrairement aux journaux, sont des coquilles vides dont la valeur dépend de ce qu'on y bâtit.

Nos journalistes dévoileront plutôt la compétence "transmettrice" du réseau qu'ils ont bâti (c'est donc leur propre "représentation du monde" qu'ils ont construit plutôt qu'un quelconque portrait "des réseaux sociaux" at large).

Ils dévoileront aussi leurs compétences techniques et stratégiques, car la consommation passive d'information ne fait toujours qu'un temps:

  • Quels mots-clés (hashtag) vont-ils suivre sur twitter?
  • Quel groupe vont-ils suivre sur Facebook?
  • Comme vont-ils interpréter les signaux fiables pour hiérarchiser l'information?
  • Et puis, de quelle hiérarchisation est-il vraiment question ici?
Les médias n'ont plus le monopole de "gérer les agendas": les médias sociaux sont aussi un percolateur de "sujets d'actualité" (lire mon billet sur l'agenda-setting).

Alors, évidemment non, dirons-nous en guise de réponse, on n'est pas "informé de la même manière qu'avec les médias classiques".

La question à se poser aurait dû être plutôt «Quels sont les codes de reconnaissance sur lequel le journaliste se reposera pour décréter une information pertinente?»

3- «Comment se construit alors l'information ?»

Se constituer un réseau social fiable pour relayer une information de qualité exige temps et compétence. Les journalistes démontreront sans aucun doute leur savoir pour décoder "l'information de l'humeur". En se coupant de leurs pairs journalistes et en se fondant dans les réseaux sociaux, ils auront à rebâtir leur réseau de confiance.

Alors, pour répondre à la question, on doit se poser celle-ci : «Comment se forme les nouveaux réseaux de collaboration entre pairs reposant sur la confiance ?» Le court laps de temps (5 jours) pour rebâtir un réseau rend la tâche plus ardue, mais pas impossible (on verra pourquoi à la fin).

On aimerait bien connaître la façon qu'ils développeront pour discriminer les différents acteurs susceptibles d'entremettre des informations de qualité. Y aura-t-il une réelle collaboration dans le nouvel écosystème qui est maintenant en place entre des relais hors institutions et ceux qui les valident dans les médias classiques?

Il m'apparaît clair que l'usage de Facebook et de Twitter sera très différencié. Je pari sur la supériorité de Twitter pour piquer la curiosité (première ligne d'alerte) et sur Facebook pour donner un peu plus de contexte (Facebook en particulier pour le journaliste québécois qui a annoncé qu'il veut "tenter l’expérience sans sortir des deux sites" (Numérama)).

Au final, un Tweet avec un lien sera définitivement plus performant pour le but de l'expérience (s'informer), ne serait-ce que par son côté ouvert (une information relayée circule plus loin) et l'effet de chambre d'écho (on peut suivre un mot clé sans nécessairement être abonné à un fil).

L'Information se "coconstruit" en développant des affinités, des liens de confiance, basés sur les intérêts mutuels. On touche ici le thème l'identité numérique. Malheureusement, les règles imposées empêchent de valider en ligne, car il faut pour ça surfer.

On peut conclure

Ce sera plutôt «Huis Clos suivi de Les Mouches». Bon OK, le jeu de mots est ringard (Huis Clos de Sartre est souvent suivi par Les mouches dans les collections de poches), mais l'image est la bonne: ce huis clos numérique sera suivi par un essaim de lecteurs numériques.

Et ça, c'est l'ultime donnée non prévue dans ce projet: si la webosphère s'empare du phénomène, comme je l'ai signalé dans ma première mise en garde, il faudra composer avec un bombardement de messages de toute part. Mais seront-ils de l'intox ou de l'info?

- Intox: on peut s'inquiéter (à tort) que de fausses informations leur sera transmises pour les tromper. Mais pour ça il faudrait que tout le monde se mette de connivence. Or j'ai déjà souligné dans un billet antérieur à quel point les réseaux sociaux induisent une imputabilité de l'émetteur: quand je transmets une fausse nouvelle, c'est à tout mon propre réseau que je le transmets et non à une seule personne!

- info: je crois plutôt que le réseau abreuvera le réseau des 5 journalistes de plein de détails. Ils seront gavés d'info et n'auront que l'embarras du choix.

Si l'accès à l'information n'est plus un problème, alors la capacité de traitement de cette information sera le vrai défi: que leur restera-t-il à faire? "Ré-hiérarchiser" l'information! (lire Olivier Ertzscheid Twitter : le hiératique contre le hiérarchique). Dure tâche quand on est "coupé du monde" (des journalistes).

Mais quelle est la signification de faire du journalisme sans être avec des journalistes?

Ma foi, cela démontera qu'il n'existe pas de différence fondamentale entre les processus de hiérarchisation "amateur" et "professionnel". À compétence égale les deux feront tout aussi bien. Le journalisme se distingue seulement par son appartenance au groupe des journalistes qui ont le pouvoir de concentrer l'attention de leur (large) audience.

Mais dans le nouvel écosystème de l'information qui se met en place, et dont ce projet est une belle illustration, ce sera plutôt l'audience qui concentrera l'attention de ce (petit) groupe de journalistes...

L'équipe de Huis clos sur le net (stats en date de mercredi matin)

Communiqué Huis clos sur le net sur France-Info.
@HuisClosNet 0 tweets, 5 Following, 374 Followers,16 Listed
@HuisClosNet/lesjournalistes 295 followers de la liste

@Benjamin_Muller 142 tweets, 341 Following, 367 Followers, 38 Listed
@nicolaswill 12 tweets, 99 Following, 100 Followers, 12 Listed
@janictremblay 54 tweets, 256 Following, 245 Followers, 27 Listed
@zizou78700 53 tweets, 67 Following, 133 Follower, 20 Listed
@AnnePauleMartin 147 tweets, 154 Following, 195 Followers, 14 Listed
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Ma série de billets sur #huisclos (mise à jour 7 février 2010)
1- IVI: Interruption Volontaire d'Information : Décryptage. Où on repose les questions du projet (et y réponds).
2- Huis Clos J-1: Où peut-être on sent un petit flottement dans la préparation ou du moins l'annonce du projet.
3- Huis clos J+2: Où on effleure la difficile tâche de synchroniser les hiérarchies de l'actualité.
4- Huis clos : fin de parcours: Où un #boom permet de voir le travail de filtrage à l'oeuvre.
5- « Ce qu’on a découvert grâce à Huis Clos sur le Net » : Où on ne cache pas notre perplexité face à certaines "conclusions".

Du financement pour la web-télé au Québec!

Le Fonds indépendant de production (FIP) a approuvé un programme pilote de financement de séries dramatiques destinées aux plateformes de diffusion numériques!

«Dans un contexte où les sources de financement pour les webséries sans licence d’un télédiffuseur sont limitées, le soutien du FIP stimulera le développement de nouvelles formes de contenu.»

Bonne nouvelle!
La contribution aidera les producteurs indépendants à explorer des «formes narratives innovatrices pour la diffusion de séries dramatiques de grande qualité». Le FIP supporte les concepteurs de contenu Web à développer de la fiction sur les plateformes numériques.

Dates de dépôt 2010

31 mars Séries dramatiques pour le Web: Soumission de projets et Projets spéciaux

1er mai Séries dramatiques pour la télé et Projets spéciaux

15 octobre Séries dramatiques pour le Web (selon disponibilités de fonds),

Détails de soumissions de projets sont disponibles ic: www.ipf.ca

140 petites frappes dans le temple des médias

Les médias traditionnels se sont faits détrônés sur deux fronts : rapidité et quantité. Avec Haïti (et l'Iran, et Hudon River, et Mumbai...) qui ne voudra pas croire que les médias sociaux s'imposent comme un acteur de premier plan pour "écrire un premier jet de l'histoire qui se déroule"?

Les médias sociaux à l'assaut des médiasUn nouvel écosystème médiatique s'est mis en place. Avec Twitter, et autre micromessagerie, toute personne peut (potentiellement) "informer la planète" via un simple message texte. Les médias sociaux offrent un genre de "scoop", une nouvelle "brute" qui bouillonne rapidement et créent des remous, avant de passer dans les grands médias.

"Première ligne d'alerte", les médias sociaux ne court-circuitent les médias que dans les premières heures "d'un événement spectaculaire". Comme si les "nouvelles d'intérêts publics" étaient sélectionnées et prises en main par les principaux intéressés.

Couvrir l'actualité en son nom
Mais dans un micro-message de 140 caractères, qu'est-ce qui est transmis? 140 caractères ne produisent ni information ni analyse, au sens journalistique. Ce sont des "titres" d'une actualité en construction. Un nouveau sens doit être donné à "couvrir l’actualité brûlante" (ou plutôt "couver l'actualité" comme on dit "couver une grippe" ;-)

Si le micro-message est comme un court télégramme, alors c'est l'amoncellement de télégrammes qui remplit la fonction d'expliciter le contexte, de donner une certaine "dimension" à l'actualité qui se construit. L'information en réseau est une information en fragments, démultipliée, brute, authentique.

«Authentique» car Twitter a réussi une chose: l'imputabilité de l'émetteur.
Sur Twitter, on doit monter sa propre audience, un a un. C'est un dur labeur et chaque abonné ("followers") doit être mérité et est un labeur de chaque instant (cessez d'être pertinent, et on se désabonne).

Du coup, exit les spammeurs et autres trolls débiles. Pas qu'ils n'existent pas , mais ils ont plus de difficulté: quand ils "spamment", ils affectent leur propre réseau en fait. Qui veut "suivre" un spammeurs, un troll? Plus ils agissent, moins ils ont de "followers".

Ça ne garantit évidemment pas la validité d'un "tweet", bien sûr. Mais si vous montez patiemment votre réseau, vous vous créez une notoriété et une autorité que vous êtes tenu de maintenir le même niveau de crédibilité sous peine d'être rejeté rapidement. C'est votre identité en ligne qui est en jeu. On en a vu des exemples lors des "rumeurs" sur la mort supposée de Johnny et la mort cachée de Lhasa.

Greffe prise, rejet impossible
Les médias traditionnels s'adaptent tant bien que mal à cet ajout dans la chaîne. On a vu cette semaine deux chaînes de télévision importantes incapables de recueillir des interviews lives de première main sur le terrain des opérations de secours en Haïti parce qu'ils n'avaient pas Skype d'installé ou ne savaient comment les utiliser.

«Vous pouvez aider Haïti de l’endroit où vous êtes déjà.[...] Vous pouvez aussi faire des reportages sur Haïti via l’extérieur, avec l’aide des ressources locale déjà présente, sans engorger inutilement le théâtre des opérations.» raconte Michelle Blanc dans Internet Haïti – Les retombées positives d’un simple billet. On voit même des initiatives en ce sens (voir Pierre Côté en communication directe avec Haïti via Skype) en direct sur ustream.

Pour les journalistes, l'ajustement est en train de se faire. (J-C Féraud, a résumé à quoi ressemblerait un «kit de survie à l'heure de la révolution digitale» pour les journalistes). Il ne s’agit pas d'abdiquer bien sûr le rôle de validation de l'information. On s'attend à de la retenue tout de même de la part des médias traditionnels (lire à ce sujet Paul Cauchon dans le Devoir: Haïti, le défi médiatique).

Mais la greffe est prise. Il faut prévoir maintenant un bras de fer avec la possibilité que les journaux se referment derrière des portes payantes (voir la rumeur entourant le NYTimes), dernier mouvant de plaques tectoniques dans l'installation dans ce nouvel écosystème. Ce n'est pas une question de gratuit versus payant, mais bien bien d'économie du lien: comment hyperlier vers des portes payantes? Et surtout comment se faire remarquer dans un monde aux prises avec une surabondance d'information?...

NYTimes + iPad =$ ?

La rumeur circule depuis hier matin, New York Magazine rapporte que le New York Times tentera une fois de plus de faire payer les internautes. Tiens, juste à temps pour la sortie probable de la fameuse «tablette Apple» (qui est aussi une rumeur persistante depuis une semaine). Changement en vue?

Serait-on arrivé à ce tournant tant attendu où la fin de la récréation résonne? Le tout gratuit de l'info journalistique a-t-il fait son temps?

Le NYTimes avait tenté avec TimeSelect d'offrir un abonnement à certains chroniqueurs réputés, sans grands succès. Pourtant, le gratuit a amené le journal new-yorkais à devenir le journal de référence globale en langue anglaise. Remettre le contenu derrière un mur payant nuira-t-il à sa notoriété? Il semble que le temps est venu de faire payer le lecteur en ligne...

Le milieu, en mal de plan d'affaires, regardera attentivement l'expérience de près, à n'en pas douter. Mais il me semble que la sortie possible de la tablette Apple (iSlate? iPad) fait partie de l'équation. Si c'est le cas, faut-il s'attendre à une répétition de l'iTunes et de l'iPod (pour la musique) et de l'iPhone (pour la téléphonie)? Dans ce cas Apple prépare la sortie de chemin de Damas pour le contenu journalistique en ligne avec sa tablette.

Deux rumeurs, certes, mais leur cooccurrence semble trop bien arrimée...

[Mise à jour: La rumeur pour le NYTimes s'est avéré vraie, mais le portail payant est prévu pour l'an prochain seulement, janvier 2011.]
[mise à jour: j'ai changé le nom donné par la rumeur «iSlate» par iPad, maintenant que le nom est connu, question de ne pas mélanger le lecteur qui tomberait ici plus tard]

Avatarisation de Facebook

Facebook change ses paramètres de confidentialité, transformant les épais murs en minces parois de verre. Changez les conditions d'un environnement et vous verrez ses habitants changer leur comportement. Exit la sincérité, bienvenue aux avatars!

Facebook permet maintenant de voir TOUS les profils des membres à moins de changer ses paramètresFacebook s'est fait reconnaître pour une plateforme de socialisation fermée, où les échanges à l'intérieur n'étaient pas accessible sur Internet à moins d'être (1) membre de Facebook et (2) "ami" avec la personne (ou encore "ami d'amis"). Les changements de paramètres de confidentialité changent la donne et ouvrent à tout vent les contenus intimes de millions de gens.

Cette brusque lumière braquée sur nos échanges épistolaires numériques engendra une rapide «mise en scène» des profils au détriment d'une "franchise", peut-être naïve, mais créateur d'un véritable échange.

Facebook n’est officiellement plus un réseau social fermé, mais une plateforme sociale ouverte (lire Fred Cavazza, «Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs», 13 janvier 2010).
«[ L]a confidentialité est un élément moteur dans la dynamique communautaire, changez les règles et vous changez la façon dont les utilisateurs vont se comporter» raconte Fred Cavazza dans un texte à la fois intelligent et intelligible sur le changement de stratégie radicale de Facebook.

«[...] Facebook a depuis le début affiché une volonté de privatisation des échanges, ce qui a participé à son succès pour en faire le lieu de rencontre et de partage de référence dans le monde. Mais maintenant la donne a changé : Les profils sont devenus publics par défaut et tant pis pour les informations personnelles et photos que vous avez publié il y a plusieurs mois / années», dit-il, en tablant sur le fait que peu de personnes iront changer leurs paramètres de confidentialité. Autrement dit, les paramètres «par défaut» ont changé, donc ne rien faire équivaut à accepter le changement.

«[...] la confidentialité est un élément moteur dans la dynamique communautaire, changez les règles et vous changez la façon dont les utilisateurs vont se comporter.» Quels comportements? D'échange épistolaire de l'intime ou du privé, la communication sur Facebook devient publique et un profil se transforme de facto en avatar.

Source des citations: Fred Cavazza, «Comment les nouvelles règles de Facebook vont modifier le comportement des utilisateurs»
Notez bien que la possibilité de retourner aux paramètres privés est possibles, mais sera sûrement peu suivi par la masse...

L'avatar, ambassadeur numérique de l'individu
On imagine souvent l'avatar comme une représentation fantaisiste d'une personne (voir les images associées, les pseudonymes ou les descriptifs dans certains profils de forums ou de plateformes de socialisation)

Mais on oublie que l'avatar peut être votre visage, votre nom et vos "status update": ils créent à eux seuls un avatar en ce sens qu'ils ne sont pas «vous», mais «votre représentation numérique».

L'avatarisation de Facebook signifie que les profils devenus publics auront tendance à contrôler leur image sur la place maintenant ouverte. De la même manière que vous contrôler votre image dans l'espace public.

Vous avez déjà un avatar
Il ne faut pas voir l'avatarisation comme un mal issu du numérique, ce phénomène existait bien avant (même s'il ne portait pas ce nom):

  • Votre CV est votre "avatar" dans le monde professionnel
  • Le choix de votre cravate, de votre robe, votre coiffure ou votre maquillage
  • La marque de votre voiture, votre marque de bière «préférée»
  • Vos sujets de conversation, vos intérêts dévoilés
Tous ces choix que vous vous faites en public révèlent qui vous êtes. Ou plutôt, il révèle pour qui vous voulez vous faire passer. Ensuite, l'adéquation entre le réel et le projeté est une autre affaire : la tension pour équilibrer la "véracité" dépend de la culture sociale ambiante (et changeante).

Mais vous devez reconnaître tout de même que vous avez déjà «avatarisé» votre image publique.

La maison de verre
En en discutant avec Patrick Tanguay dans les jours qui ont suivi la publication de l'article de Fred Cavazza, on remarquait outre l'incongruité du geste de Facebook (ils cherchent à se positionner sur le terrain de Twitter, le "real time", un beau cas inversé où c'est le Boeuf qui veut se faire plus petit que la grenouille), la communauté se retrouve sans réelle alternative:

où aller si on veut retrouver l'intimité des premiers temps sur Facebok? y a-t-il une autre alternative? Une place "publique" fédératrice qui permet des "alcôves d'intimité"?

Si plusieurs voient les réseaux sociaux comme une façon de se faire de la visibilité (en lien avec ce que je prône pour les professionnels), je crois, malheureusement pour Facebook, que puisque la grande majoritédu public ne s'y intéresse pas, il lâche du coup la proie pour l'ombre...