ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

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Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Réalités augmentées: retour d'expérience et futurs usages

Le 29 juin 2010, démonstration du potentiel de la réalité augmentée à L'Échangeur, Métro Arts et Métiers à Paris. Il y aura des conférences et des tables rondes sur ce sujet émergeant et très porteur dans le domaine marketing récemment (et qui a été le sujet d'une série de 5 billets détaillés ici sur Zéro Seconde). (via Julien Bonnel)

Réalité augmentéeOri Inbar, le président du Augmented Reality Consortium sera l'invité du jour («Historique, état des lieux et perspectives de la Réalité Augmentée»).

La première table ronde portera sur les usages, les bénéfices et la place de la RA dans le marketing expérientiel. J'imagine que le marketing est effectivement le vecteur porteur pour le RA.

Claire Boonstra, la cofondatrice de Layar fera une intervention («La Réalité augmentée, mass média de demain ?»). Layar est derrière les premiers fureteurs de réalité augmentée.

La seconde table ronde portera sur les données géolocalisées, les smartphones et fin des écrans.

Les démos interactives prévues: Immersion, int13. Metaio, Mobil'Factory, Nomao, ogmento, Projet Reves, previznet, Total Immersion. Je ne connais pas, mais Julien Bonnel a les liens vers la compagnies pour que vous puissiez juger par vous même.

Si vous êtes dans le coin et avez un peu de temps libre (et d'argent de poche), ça vaut peut-être le détour.

Pour vous inscrire : L'échangeur Augmente la Réalité (350 euros, tout de même)

Pour suivre l'évènement : @AREchangeur
Référence : mes 5 billets d'introduction à la réalité augmentée:

1- Intro: appréhender le monde en réalité augmentée . De simple gadget, voici un outil important d'accès aux informations de façon plus intuitive et en contexte
2- Catégorie 1: du réel dans le virtuel . L'effet «nouveauté» fait son chemin, c'est le premier contact pour le grand public.
3- Catégorie 2: du virtuel dans le réel . La naissance des fureteurs géolocaux, une sorte de révolution dans notre mobilité en temps réel.
4- Catégorie 3: objets communicants . Les «médias hyperlocalisés» résident dans des objets bavards communiquant leur «statut».
5- Conclusion: la décennie RA . Les téléphones «intelligents» sont le cheval de Troie de la réalité augmentée

Posséder à l'ère du 2.0?

C'est ma chronique mensuelle à l'émission radiophonique Citoyen numérique de Michel Dumais (CIBL 101,5). Nous continuons aujourd'hui l'exploration de la redéfinition du sens de certains mots clefs à l'ère du numérique.

J'avais discuté aux deux dernières émissions sur les notions de «relation» et de «temps» qui se sont légèrement infléchies pour refléter des réalités de la surabondance de l'information et des réseaux sociaux numériques.

Il est important de bien saisir que si le monde change, change aussi le sens des mots ou des usages.

Sur la «relation»

Dans un contexte de crise de confiance autour des journalistes, je disais que l'écrit médiatique avait perdu sa valeur, qu'il était désacralisé, qu'il s'était démocratisé, que tous pouvaient prétendre écrire: C'est la fin de la relation monopolistique du journaliste entre l'information et le public.

Ce qui reste, entre le journaliste et son public, c'est justement la relation qu'il a avec le public. Dans un monde de surabondance de l'information, divers type de relation entre les gens pour filtrer l'information. Ce que j'appelle le filtre social.

Sur le «temps»

On voit l'accès à la connaissance se répandre et emprunter des canaux non contrôler par les institutions traditionnelles du savoir. Une «légitimation informelle» des savoirs profanes se crée. Or aujourd'hui la légitimation de certaines connaissances n'est plus juste basée sur la «validation», mais aussi (et de plus en plus) sur la «participation».

Et qui dit «participation» dit temps pour participer. Wikipédia est un bon exemple: tous peut participer à la co-construction des savoirs, encore faut-il avoir du temps. Le temps compte plus que l'expertise. Qu'est ce que cela va donner au final? On ne le sait pas encore…

La propriété à l'ère du 2.0

Un certain déplacement est perceptible. Particulièrement pour ce qui est de l'information. Que veut dire posséder une information.C'est ce que je vais discuter à l'émission Citoyen Numérique.

Premièrement, qu'est ce que veut dire posséder quelque chose dans un mon de surabondance. Qu'est-ce que ça veut dire avoir quelque chose qui peut être immédiatement remplaçable à bas coût. Et pour ce qui nous intéresse, qu'est ce que ça veut dire aujourd'hui dans une économie numérique posséder de la musique, des ebooks, des applications iphones? Que possède-ton vraiment à l'ère du 2.0

Le iPad sort demain au Québec. Qu'est-ce qui peut pousser les gens à aller s'acheter cet iPhone géant. On dit que c'est la bouée de sauvetage des magazines et des journaux. Pourquoi? Comment? Le iPad offre un rapport différent du web à la possession de l'information. On en discutera.

La vie privée. Sujet de l'heure avec le changement (encore!) des paramètres de confidentialité de Facebook. Qu'est-ce qui nous appartient? Qu'est-ce qui est du domaine privé? Depuis que l'individu crée des documents sur lui- même, qu'il se documentaliste, qu'est-ce qui est à lui, qu'est-ce qui appartient aux autres? Cette question qui était une préoccupation des politiciens et des stars s'est démocratisée. On en discutera

Le copyright. Même chose. Que veut dire produire du contenu aujourd'hui, alors que tout est copiable. Que vend-on réellement? Qu'achète-t-on? Qu'est-ce que l'on possède au fond quand on produit ou que l'on crée? Sujet délicat que le droit d'auteur. Mais aujourd'hui la notion même d'auteur varie.

Alors, que possède-t-on dans un monde de surabondance? De quoi on est propriétaire? Quand tout peut être copié, pirater, envoyer, reproduit? Quand posséder un objet ou une information ressemble plus à un emprunt, ou une location, ou même à un abonnement?

Il nous reste la réputation , la crédibilité , la confiance .

Aujourd'hui, 13h30-14h00 à CIBL 101,5 . Et ne manquez pas, tout de suite après moi, Émilie Ogez qui est de passage à Montréal. Belles conversations en perspective.

Viral Québécois

«Créer un état souverain de langue française par une action démocratique constante!» René Lévesque, 1968, revisité 2010! Viral en vue!



Cette vidéo, rythmée merveilleusement par Fred Poirier, est un excellent exemple de viral qui peut rejoindre toute la société québécoise.

Une vidéo virale se répand sur des terreaux fertiles déjà sensibles à un message. Lancée récemment, cette vidéo va commencer à faire son plein dans les jours qui vont suivre, au fur et à mesure qu'elle sera connue.

On peut être surpris de la qualité «obamesque» du discours de René Lévesque. Comme quoi des dirigeants à la langue subtile et claire, imagée et évocatrice, ont déjà existé ici.

Le souverainisme québécois à sa base même (la vidéo est le discours du fondateur du parti Québécois) est intégrateur, démocratique, pacifiste et ouvert sur le monde. On est loin des bobards de ceux qui crachent sur la «gang de séparatisses», ici au Québec, et un peu partout dans le reste du Canada.

Le travail artistique de Poirier est un bel exemple d'appropriation numérique de la culture à l'ère des réseaux ( autopublication venant de la base, repiquage et remixage, réappropriation et partage)

« Ce qui nous laisse petits, c'est la peur de devenir grands. »

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Vidéo virale
Discours original (4:19) (à écouter absolument!!)
Fred Poirier : MySpace et Facebook
[mise à jour]
Stats 21 mai 2010: 15h00: 6364
Stats 27 mai 2010: 23h45: 8400
Stats 08 juil 2011: 23h05: 16059
+ variantes avec d'autres hommes politiques

TV 2.0 : Google Télévision

Google Télévision a été annoncé officiellement hier. Petit tour d'horizon.

Premièrement, n'espérez pas en voir un avant l'automne 2010 (et aux États-Unis seulement) ou même l'été 2011. Une annonce n'est pas une livraison.



Côté utilisateur

Google TV c'est le web à l'écran. Mais centré autour du célèbre rectangle magique: la boîte de recherche. Recherchez et vous trouverez. Google vous amène la vidéo trouvée sur le web directement à votre téléviseur.

Là où Apple TV vous «streamait» vos vidéos stockées sur iTunes, Google TV prend tout ce qui bouge sur Internet (YouTube, Netflix, VOD, vidéo podcast) et vous le projette à l'écran.

En un mot, il vous donne accès à toute la longue traîne de l'offre audio visuelle sur le réseau.

Les grandes chaînes comme le vulgaire canal de votre neveu dans son sous-sol sur YouTube seront là sur le même écran. Sauf que vous allez peut-être enfin regarder davantage votre neveu (ou d'autres, qui vont fatalement éclore) car vous n'aurez pas à réduire la fenêtre d'Excel pour l'écouter: il sera dans le confort de votre salon, sur votre grand écran.

Google met sur la même scène amateurs et professionnels, c'est-à-dire sur le même pied d'égalité. Ou plutôt dans la même base de données. Car avec Google TV, pas de grille horaire, mais un moteur de recherche qui a fait ses preuves auprès du grand public : «passez moins de temps à chercher, passez plus de temps à regarder» ont-ils dit.

Proposer le web sur le téléviseur n'est pas nouveau. Mais Google possède l'aura de rendre ça «mainstream» par sa légendaire «simplicité».

Plus d'info: 20 minutes, Gizmodo, Korben

Côté technique


La plateforme Google TV est basée sur leur système d'exploitation Android, qui équipe les téléphones intelligents lancés par Google il y a 1 an. Il tourne une version optimisée de Chrome, un navigateur web. Il faut un téléviseur spécial (Sony a déjà annoncé qu'il va en fabriquer) ou un boîtier dédié, tous deux équipés d'une puce Atom d'Intel.

Il sera possible aussi de traduire en temps réel les sous-titres. Une caractéristique qui, pour toute banale qu'elle puisse être, sera à mon avis très appréciée.

Le système possède aussi un accès au Blu-Ray et la fonction d'enregistrement (en cours ou différé).

Les Apps d'Androïd seront disponibles sur la Google TV, ce qui lui donne une longueur d'avance. L'intégration TV/mobile est quelque chose qui me semble tout à fait inexplorée encore. Mais l'accès aux Apps permettra probablement l'émergence d'une série d'innovations qu'il faudra observer de près...

Google annonce que le système, via le mobile, pourrait aussi être activé par la voix (via le mobile Android.

Autre chose. Regarder la télévision web ne veut pas dire se couper des autres outils internet: Twitter sera accessible en tout temps pour «accompagner» vos émissions...

Et pied de nez à Apple: Google TV supportera le Flash d'Adobe.

Plus d'info: Mashable, ReadWriteWeb FR, Abondance

Côté impact

Comme pour le web, Google propose de simplifier l'organisation de l'information: on met tout dans une base de données et on l'interroge. Pas de grille horaire, pas d'arborescence, seulement une boîte de recherche.

Si dans un premier temps, nous allons rechercher les émissions professionnelles auxquelles les grandes chaînes nous ont habitués, on ira probablement rapidement du côté des webtélé, au début pour essayer, puis de plus en plus souvent (parce que la qualité augmentera nécessairement et surtout parce notre réseau social le recommandera). Une véritable aubaine pour «l'industrie» de la webtélé.

Les agrégateurs comme Hulu.com ou Tou.tv seront alors pris en tenaille. Un bras de fer s'engagera avec Google TV pour savoir s'ils laissent entrer le loup dans la bergerie. Pour l'instant les premiers sont en position de force (ils possèdent tout le contenu de qualité télévisuelle disponible).

Mais les producteurs et les diffuseurs, une fois les questions de droits de diffusion tous azimuts réglées, chercheront éventuellement à donner le plus grand éventail de fenêtres pour leur production (on ne produira plus «de la télévision» mais bien du «contenu», or ce contenu peut/doit être vu qu'importe la plateforme). Si Google amasse des audiences records, ce sera difficile pour les diffuseurs et les producteurs de choisir de rester dans des châteaux forts assiégés.

Et finalement, avec l'absence de grille horaire (de toute façon devenue ingérable), la boîte de recherche deviendra aussi ingérable : que choisir, quel mot mot clef prendre, quoi regarder?

Là intervient notre réseau social. Une fois bien entouré, il est possible de vivre en diapason audiovisuel avec ce que ta communauté regarde. Ah! Toujours et encore, le filtre social...

TV 2.0 : Sous les RT, la plage horaire?

Nous sommes en 40 après internet; toute la Culture est occupée par le web… Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Télévisions résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les garnisons de téléphiles cathodiques des camps retranchés de Radio-Canada, France Télévisions, RTBF, RTS, Télé-Québec et TV5…

Web Télé 2.0

J'ai eu le privilège de donner une conférence sur la «Télé2.0» qui a servi de point de départ aux Journées de la CTF, la Communauté des Télévisions (publiques) Francophones lundi dernier à Québec.

La télévision, depuis plus d'un demi-siècle, est au centre de la culture populaire partout en Occident. Or, l'arrivée d'Internet dans le paysage audiovisuel change la donne, comme elle l'a fait pour l'industrie de la musique et comme elle le fait pour l'industrie de la presse écrite.

La culture web façonne nos habitudes, crée de nouvelles demandes et bouleverse les acteurs de tout l'écosystème audiovisuel pour mettre en place un nouveau terrain de jeu dont il faut apprendre les nouvelles règles.

Comment faire de la télévision en 2010 avec une atomisation de l'attention et une audience mutante qui multiplie les tâches et les écrans et qui crée elle-même une longue traîne de contenu inédit qu'elle consomme distraitement, mais massivement?

Le filtre social est devenu le nouveau syntonisateur de contenu.

La surabondance des canaux ne peut que renforcer l'agrégation et le filtrage a posteriori.

Comment faire, effectivement, pour savoir ce qui est bon et souhaitable d'écouter? Quand notre réseau laisse percoler la qualité, distillé par de multiples «retweets» et de «FaceBook j'aime», elle nous indique, comme un guide horaire social, ce qui «fait sens» dans notre communauté.

Oui, on vit la fin de l'hégémonie de la télévision comme puissant vecteur de la culture populaire et de la culture démocratique.

Sous les RT, la plage horaire?

La «web télé sociale», c'est la rencontre du «temps réel» et du direct. C'est le capital social comme pôle magnétique (comme «aimant à pupilles»).

La télé comprend que l'affranchissement de ses téléspectateurs, devenu «utilisateurs» sous les coups répétés des têtes de béliers du multimédia, passe par un transfert de pouvoir. Car ce n’est pas une question de savoir si Internet va modifier la télévision. C’est plutôt comment et à quelle vitesse.

Le contenu généré par les utilisateurs? Les utilisateurs «perdent» leur temps à écouter ces contenus? Non, ils «occupent» leur temps à produire ces contenus. C'est la «télé à moments perdus», cette télé nomade qui occupe les trous dans notre horaire, sur la route, ou entre deux appels. Une opportunité pour la télé si elle sait lâcher une partie de son contrôle. Mais ce n'est pas nécessairement leur rôle ni l'avenir.

Le temps cerveau? «Nos émissions ont pour vocation (...) de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages» Patrick Le Lay, PDG de TF1 (2004). Oui. Mais pas entre deux messages. Entre deux activités. Un défi pour la télé car si on ne peut concurrencer directement Youtube, le terrain de combat est le même : le temps cerveau. Le temps tout court.

La nouvelle barrière est la capacité limitée de réception. Ce n'est pas une barrière technique, mais bien humaine. Le filtrage social est devenu une stratégie essentielle pour se retrouver dans la surabondance de contenu.

Voir au loin

Télévision veut dire «voir au loin». Alors quand elle regarde devant, que voit la télé?

Que l'heure de pointe est perpétuelle et distribuée à travers la société et toute la journée. Que ce qui se joue se passe dans les interstices de sa pratique.

Alors, elle regarde sur ses côtés: elle voit les nouveaux joueurs. Des amateurs qui font que YouTube, 5 ans après son ouverture, a 2 milliards de visionnements par jour. Des industriels qui refont la télévision: Google, Intel et Sony proposent Google TV [MàJ: lancement annoncé aujourd'hui pour l'automne 2010]qui vous apportera le web dans votre salon.

Elle se regarde de l'intérieur et voit sa culture institutionnelle qui l'alourdit, ses chaînes de droits qui le ralentit, sa complexité qui le handicape. Face à ce mutant multiforme qu'est le web, où la notion même d'auteur, de scénario, de production est complètement redéfinie, sinon absente, elle voit son poids devenir un frein à l'innovation, alors que la seconde d'avant, c'était son avantage...

Elle regarde surtout dans son angle mort -- à ce jeu, sur l'autoroute de l'information comme dans la vraie vie, on sait que la survie c'est d'être vu. Être vu ou périr.

Le devoir de se taire

Poussons un peu plus loin le débat sur le silence, l'authenticité et la critique en ligne à l'ère du 2.0 (voir mon billet d'hier L'authenticité doit-elle être violente?).
Alex 661 Il ne serait pas nuisible de lire le dernier papier de Christian Rioux. Dans sa chronique de ce matin [abonnement; cache], il prend à partie une jeune étudiante de cinquième secondaire (Alex661). Elle s'est exprimée dans les commentaires du blogue du Devoir sur la réforme en éducation au Québec, dans un langage confus et truffé de fautes. [voir son texte]

Précisons que ni le nombre de fautes ni l'articulation des argumentations (du «niveau de la fin du primaire») ne l'incommodent au point d'en faire un article. Il est par contre outré par «l'absence totale d'inhibition chez son auteur.»

L'art d'écrire et non le besoin de s'exprimer
«Personne n'a jamais expliqué à Alex qu'avant d'écrire, il fallait d'abord apprendre à se taire — c'est d'ailleurs le plus difficile. Qu'il fallait lire beaucoup avant de songer à énoncer une petite idée. Qu'il valait mieux faire de nombreuses rédactions sur l'automne et peut-être même apprendre quelques poèmes par coeur avant de penser à avoir une opinion. Et que le vrai travail ne commençait qu'au moment de se relire.»
Il prône le devoir de silence, en quelque sorte. Une auto-censure qui va au-delà de mon billet à propos du débat où Steve Proulx (Twitter ou téteux?) parlait de: «l'exhibitionnisme stratégique sur les réseaux sociaux [qui] a créé [... ] la foire du jovialisme 2.0. Le web 2.0 est le « au royaume de la tape dans le dos», dit-il.

Rioux, lui, dit, au fond, et c'est plus radical: sans la méthode d'écrire correctement, ne dites rien.

À qui appartient la langue écrite?

«L'irruption des blogues et des opinions de toutes sortes dans Internet nous rappelle que l'opinion n'est pas notre privilège» a dit Edwy Planel , ancien directeur de la rédaction du Monde et maintenant fondateur de Médiapart, l'un des intervenants au colloque international sur l'avenir du journal indépendant.

Dans un monde d'autopublication, tout le monde a son mot à dire (cf la fameuse épidémie blogueuse du même Christian Rioux).

Rioux accuse la réforme scolaire d'avoir encouragé les jeunes à donner leur opinion sur tout et n'importe quoi. «Incitée à s'exprimer le plus librement possible, notre étudiante a donc choisi en toute logique de se "libérer" aussi des contraintes de la langue.»

Ce qu'il lui reproche le plus, «c'est l'absence de compréhension de ce qu'est la langue écrite».

Il n'a pas tort.

Opinion sous-entendue

Attention, la prémisse sous-entendue est : il existe des règles de combat dans la joute de l'écrit qu'il faut respecter.

Autre sous-entendu possible: la désacralisation de l'écriture est devenue un mal répandu. Comme l'art chevaleresque tombé en désuétude ou la fin des combats en ligne lors des guerres d'indépendance en Amérique; une «façon de faire» passe à la trappe.

Pendant que l'élite pointe du doigt la désacralisation de l'écriture, l'écrit évolue aujourd'hui pour quitter la sphère des oeuvres littéraires et rejoindre le langage parlé : désacralisation qui rime avec démocratisation.

Là où Steve Proulx dit que «la critique [sur Internet] est tout à fait légitime» (en réaction à la «moumounerie de la gentillesse 2.0» (comme surnommé par Michelle Blanc), Rioux répond, oui, mais avec la forme!

L'authenticité doit-elle être violente?

L'anonymat sur Internet a apporté son lot de désolation. Spam, troll, vulgarité et lynchage. L'arrivée de l'identité numérique en serait-elle l'exact opposé?

WarhammerSteve Proulx, du journal Voir, pense que oui et emprunte ces mots à Teddy Wayne du USA Today: «nous nageons de plus en plus dans une sorte d'Internet "aseptisé", où le ton badin est utilisé à toutes les occasions. [...] Facebook et Twitter, c'est la mort de l'authenticité...». Nuançons.

Steve Proulx insiste pour dire que «la critique est tout à fait légitime. Plusieurs, d'ailleurs, pensent la même chose. Mais personne ne le dit.» Il y a comme une retenue sur les réseaux sociaux. Mais encore plus de retenue sur Facebook que sur Twitter. Car, et Michelle Blanc le souligne bien dans sa réponse à Proulx, Facebook «est une collection de ce que l’on nomme " des amis " ».

«On est solidaire de toutes les causes. On aime tout ce que font nos amis. On félicite en série. Et quand c'est l'anniversaire de quelqu'un, on beurre son babillard de fleurs.»Ce débat porte sur la responsabilité de sa voix en public. Blanc répond«[Sa] vision « moumounesque » de la gentillesse 2.0 est donc à mon avis très parcellaire.» Essayons de discerner pourquoi elle est parcellaire.

Identité, authenticité, voix

Ce qui se discute ici, c'est la responsabilité de sa voix en public. Et Twitter/Facebook ne fait que rendre formelles des contraintes qui existaient avant. En utilisant les médias sociaux, nous y associons notre identité et notre voix.

Or, notre voix ne nous appartient pas tout à fait. Et oui! Notre personnalité dans la sphère publique n'est pas entièrement sous notre contrôle. Même dans le monde merveilleux de l'autopublication, on ne publie pas tout ce que l'on veut. Une certaine pression existe.

Paroles publiques, pas de lieux privés


L'usage des médias sociaux est une prise de parole en public. Si tu veux parler contre quelqu'un, il est impossible que cela se fasse dans son dos : toute parole est obligatoirement frontale. Il n'y a pas de place pour «parler dans le dos de quelqu'un». Il n'y a pas de revers, tout ce que l'on affirme sur quelqu'un lui arrive aux oreilles (ou sur son agrégateur). Tout finit par se savoir (ou se faire indexer).

Or, nous ne sommes pas prêts à parler contre quelqu'un devant lui, tout le temps, tout de suite. Il faut des arguments. Il faut se préparer à se battre, à essuyer des coups et répondre. Twitfight, flame, trolling. C'est inévitablement violent (à tort ou à raison). Ce n'est pas quelque chose que l'on fait tous les jours. Le silence est alors parfois un bon sanctuaire.

Auto-censure

Un certain consensus de respect s'installe. Ce qui émerge c'est une stratégie de respect et de construction où nos voix se mélangent et où les médisances n'ont pas facilement leur place (une parole méchante est si facilement échappée). Sur le web, chacun a une authenticité contrôlée, comme dirait Michelle Blanc.

Ou alors, puisqu'il n'y a pas d'échappatoire, la confrontation ne peut être que violente puisqu'il n'y a pas d'autre soupape. L'anonymat permet ça. La distance ou l'ignorance aussi. Ou la détermination d'avoir raison.

Ce qui tend à se mettre en place c’est donc ça: le respect et de la construction de bonne relation. Si je sais que l'autre va lire (éventuellement) ce que j'ai écrit, je dois l'écrire en conséquence. À terme, on protège ainsi notre espace et respecte celui des autres. Une forme d'auto-censure...

Authentique

Être soi-même, ce qu'on appelle être authentique, et c'est ce que vise Proulx, n'implique pas le laisser-aller à toutes ses impulsions. Mais que le surplus de civilité remarqué dans les réseaux sociaux ne le surprenne pas. Il y a tant de choses à faire dans les merveilleux mondes numériques, que tout différent ne mérite plus bataille. Et si on peut étendre cette civilité au-delà de notre cercle et englober une grande partie de la population, grand bien nous en fasse...

Diagnostic de Diagnostic

Une pleine page. Voilà ce que la Fédération des Médecins Omnipraticiens du Québec (FMOQ) se sont payé. Une pleine page dans le journal aujourd'hui. Pour annoncer quoi? La diffusion d'un «documentaire-choc» sur YouTube! Quand la santé embarque dans les réseaux sociaux.

YoutubeUn exemple de la mutation du paysage audiovisuel, c'est ce «documentaire» de la FMOQ sur le manque de médecins de famille au Québec (1102 exactement -- précision chirurgicale si vous me permettez le jeu de mots).

La mise en page de la pub rappelle celle que Radio-Canada propose parfois pour des grandes émissions ponctuelles. Ton dramatique dans l'image et le texte («la pénurie de médecins de famille s'est aggravée de 45%») et un titre frappant «Diagnostic: un documentaire-choc à visionner sur youtube.com/medecindefamille».

Diagnostiquons «Diagnostic»!

Bon, mettons au clair, avant toute chose: ce n'est pas un documentaire, mais bien une publicité. Un documentaire doit être signé par un cinéaste et ici, ça sent la commande. Il manque totalement le traitement «journalistique» habituel (il n'y a pas de point de vue de politiciens ou d'experts) et le message est clair: c'est un moyen de pression de la fédération pour former davantage d'omnipraticiens.

Au lieu de se ruiner à passer 30 secondes à la télévision, la FMOQ a pu se payer à la place une série de 8 clips bien léchés pour la promotion de leur message. Les clips laissent toute la place pour voir le témoignage de certains docteurs sur la question du manque de médecins de famille et on nous invite à aller s'abonner à la page Facebook pour faire pression sur le gouvernement.

Diagnostic

Côté Youtube

Page dédiée et URL unique, la FMOQ joue toute de suite la carte de crédibilité. Leur canal YouTube est sans pub, avec une image de fond corporative. La vidéo principale reste tout juste en dessous du 10 minutes maximum et une série de 7 vidéos supplémentaires (de 2 à 3 minutes) sont disponibles (principalement des interviews/témoignages).

Les signes d'autorités sont partout (le stéthoscope est dans le design de la page et il n'y a pas un docteur qui ne la porte pas autour du cou). Les témoignages des médecins permettent de montrer leur quotidien, d'une façon peut-être moins stéréotypée que dans une pub ou à travers un reportage télé. En ayant plus de temps pour passer leur message, ils peuvent espérer toucher le coeur des gens (le côté rationnel, lui, est touché par les statistiques qui sont en surimpression par moment sur les vidéos -- «2M de Québécois n'ont pas accès à un médecin de famille»).

Mais je ne crois pas que ce pseudo «documentaire-choc» soit l'objet de la pub pleine page. La pub papier est l'amorce, et YouTube est la page d'atterrissage (landing page). Le véritable appel à l'action (call-to-action) est le groupe Facebook

Côté Facebook

Page Facebook traditionnelle. Environ 1590 personnes ont «aimé la page» (Facebook Like) quand je suis passé ce midi. C'est là que ça devient intéressant. Les gens peuvent aussi donner leur témoignage: « nous sommes 6 dans notre famille des enfants de 13 ans jusqu'a 2 ans et pas de médecin de famille... faut vraiment pas être malade».

Alors que YouTube pouvait faire «arrangé», sur YouTube, les commentaires sont réputés authentiques. Pcq ceux qui postent leurs commentaires le font aussi dans leurs réseaux personnels. Même si cela ne garantit pas de «faux témoignages», la différence ici est que ceux-là le feraient devant leur propre communauté. Les réseaux sociaux induisent une imputabilité de l'émetteur. Il est plutôt difficile de créer une désinformation de masse.

Dans l'ensemble ces témoignages montrent leur perception qu'ils ont d'avoir (ou plutôt de ne pas avoir) un médecin de famille. Et c'est bigrement plus efficace qu'un vidéo de commande. La santé est un thème très porteur, donc il n'est pas difficile de toucher le monde. Les réseaux sociaux peuvent alors permettre de capturer le pouls de la population.

Côté campagne

Le pari de lier une publicité traditionnelle pour démarrer un viral numérique est toujours risqué. La vidéo principale sur YouTube a été visionnée 1500 fois (chiffre de ce midi)[MàJ2 27000 deux jours plus tard et 51000 neuf jours plus tard] }MàJ3: 111 000 2 mois plus tard]. Quand on sait que la rétention est très courte dans les médias traditionnels et que le drive-to-web n'est pas très élevé. Ça ne s'annonce pas bien? Il est encore trop tôt pour conclure, car il existe peut-être d'autres tactiques médias, mais si la pleine page n'a pas joué un rôle de «drive-to-Youtube», elle a bien joué son rôle de marque.

Si la pleine page fait un effet de marque, alors c'est le groupe Facebook qui créera le viral. Leur compte Twitter annonçait que «la FMOQ lance une conversation dans les médias sociaux qui donne la parole aux médecins de famille». Cette conversation se tiendra très probablement que sur Facebook, Twitter n'ayant que peu relayé l'information actuellement (et la limitation de 140 joue pour beaucoup). Comme Facebook est une énorme caisse de résonance, dès qu'elle se met à vibrer, elle attire rapidement l'attention.

Côté apprentissage

La campagne média a été probablement l'initiateur du mouvement du partage de témoignages sur Facebook. Mais elle servira probablement plus à des cibles traditionnelles: les journalistes et les politiciens. «Hey regardez ce que l'on montre aux citoyens» et force est de constater que cette cible ira probablement voir les témoignages sur Facebook.

Mais ce que je vois d'intéressant aussi, c'est l'effet secondaire que ça a engendré. On lance un «document» audiovisuel sans passer par les grandes chaînes de télé, et directement du YouTube, qui se trouve être un canal qui «légitime» la diffusion (et paye la bande passante). Techniquement, un site web aurait pu faire la même chose. Mais la simplicité de laisser Youtube gérer la diffusion l'a emporté.

Le «diffuseur» ne fait plus office d'intermédiaire-filtreur, mais de simple relais. Les politiciens Obama et Harper l'on compris et court-circuitent les «gate-keeper» de la «parole télévisuelle», qu'ils soient journalistes ou chaînes de télé. Ils accèdent ainsi directement à la population sans filtre.

Faire ainsi permet non pas manipuler l'opinion publique, mais de provoquer des réactions qui peuvent être bénéfiques à une cause, sans devoir passer par l'aval d'un gate-keeper.

En engendrant un mouvement de foule médiatiquement orchestré, dont l'apothéose est cette «pétition des témoignages FaceBook», quelqu'un peut réussir à créer un rapport de force contre un acteur social.

Dans le cas présent, pour la FMOQ, ils tentent de mettre leur problématique à l'ordre du jour du gouvernement, un acteur social très sensible aux pouls de la population... À suivre.

Topo sur Foursquare

Foursquare a atteint son million d'usagers récemment. Il est peut-être temps d'en savoir un peu plus.

Voici une intro «business» à foursquare (par Gregory Pouy)



Voici un document d'introduction au système Foursquare, par Régis Vansnick (via Julien Bonnel)

Conférence SQPRP sur les réseaux sociaux

Je donne une conférence jeudi prochain sur les médias sociaux et les relations publiques au Club St-James à Montréal dans le cadre des formations de la SQPRP.

La puissance des médias sociaux au service des relations publiques de votre organisation ou votre entreprise.
Jeudi 6 mai 2010 de 8 h 30 à 11 h 30, au Club St-James de Montréal - 1145, rue Union (Inscription)

Cette formation vise à montrer comment aborder les réseaux sociaux (sa culture, son étiquette, ses conventions) et de connaître les bonnes pratiques. Cette formation fait suite à « Comment choisir les réseaux sociaux appropriés pour votre organisation ou votre entreprise? » qui a eu beaucoup de succès en février (je l'ai donné deux fois)

Plus particulièrement, nous aborderons Twitter et Facebook et les différentes façons d'être présent sur ces deux réseaux en fonction de besoins de l'entreprise.

1. Comment aborder les réseaux sociaux (Culture web et "clash" d'entreprise; «converser»: pourquoi, comment)

2. Apprendre des bonnes pratiques (et je toucherai la gestion de crise)

3. Développer une stratégie de communication en trois étapes

Tous les détails et inscription ici.
Je répète souvent que les réseaux sociaux concernent davantage les RP que la pub. C'est vrai dans la mesure ou les relationnistes ne cherchent pas à pousser leur info mais bien à chercher à entrer en relation. Évidemment, ça demande du temps et ce n'est pas à la portée de tous. Mais ne pas jeter un coup d'oeil du côté des médias sociaux serait tout de même une erreur...

Le filtre social

Internet a définitivement démocratisé les moyens de production de l'information (que tous ne s'en prévalent pas est un autre débat). Mais avec l'autopublication sans barrière sur le réseau, on a assisté à une multiplication exponentielle des sources d’information et le moins que l'on puisse dire est qu'une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

RhizomePas que l'information soit de mauvaise qualité, mais il est noyée sous le bruit (discours dominant chez les biens pensants, où évidemment leurs paroles, elles ne sont jamais du bruit). Car si l'accès n'est plus un problème (je dis bien l'accès, car «retrouver» est une autre paire de manches), on ne sait plus où donner de la tête.

En fait, la principale conséquence de la surabondance de l'information n'est pas un déficit technologique (les outils sont probablement presque tous là pour retrouver à peu près tout), mais un déficit cognitif.

Si l'accès au contenu n'est plus un problème, la nouvelle barrière est notre capacité limitée de réception. C'est donc une limite "humaine" et non “technique” .

Le filtrage social émerge comme stratégie de navigation

Diverses stratégies sont déployées pour retrouver le sens dans toute cette mer d'information. On assiste à des regroupements par communauté d’intérêts, à des créations de cercles de filtres par affinités. On partage d’informations dans son propre réseau social. Et l'information acquiert une valeur, un sens, quand il est filtré par mon réseau social. Le passage à travers le filtre social lui donne un sens: il est d'intérêt pour mon réseau, donc pour moi.

À l'époque de la rareté, avec les médias traditionnels, l'information nationale ou régionale --peut-être même de ma ville-- était accessible en «gros». Mais c'était une information plutôt standardisée (un consensus de la moyenne des goûts) et non pas personnalisée.

L'information de proximité a toujours été plus populaire que l'information internationale: principalement à cause de l'abstraction des conséquences réelles [vous allez peut-être bientôt vous intéresser plus à Athènes et sa crise financière quand la contamination atteindra votre coin du monde].

Mais la proximité s'est aujourd'hui dématérialisée pour inclure ce qui est proche de vos intérêts et non plus proche physiquement de vous (la proximité physique est une conséquence lointaine d'un monde où télécommunication et déplacement étaient limités). On peut s'attendre à une augmentation du partage des tensions partout dans le monde dû aux multitudes de connexions par delà les frontières, via les nouveaux canaux en temps réels, car chacun pourra se sentir touché par un événement loin de chez lui.

Le média c'est moi

En étant au centre de cette sphère de filtre social, s'il est bien construit, on s'offre une vision en accord avec nos intérêts. Mais qui n'est pas exempt de «bruits», c'est-à-dire d'informations non sollicitées qui nous permettent de sortir de vos ornières. Mais ce ne sera plus le privilège de nos merveilleux journalistes, toujours soucieux de nous dire ce qu'il faut voir ou entendre.

S'il fallait avoir un autre exemple de l'arrimage entre les médias sociaux, dont je vous entretiens depuis un an ou deux, c'est ce fameux bouton «j'aime» de Facebook, («FB like button»). Il permet à votre réseau social sur Facebook de virtuellement «filtrer» l'information de vos canaux traditionnels.

Like Button . me

likebutton.me vous permet de voir ce que votre réseau partage, classé par catégories et canaux de diffusion. Quels sont les liens partagés sur le New York Times, Le Washington Post? Likebutton.me vous montre ce que votre réseau a partagé.

Au pupitre des journaux traditionnels, les experts font leur possible pour donner une «forme» à l'actualité quotidienne. C'est bien, c'est beau. Mais ce n'est plus suffisant.

Si je lis ces journaux, c'est qu'il m'intéresse. Et j'estime donc ses lecteurs. Et ce que ses lecteurs choisissent de lire (et de partager) m'intéresse tout autant. Et si c'est mon réseau personnel qui partage, alors ça devient franchement intéressant.

Tous les journaux devraient faire de même et inclure un accès aux réseaux sociaux les plus populaires. Un avantage de la lecture «en groupe»: on lit plus. On clique plus.

Quelqu'un prend des notes?

Salut NULL

Ah! Ça commence bien la semaine! On ouvre sa messagerie et on trouve ce message de pourriel. Ou comment rater son envoi massif dès la première ligne!

Salut NULL

Règle numéro 1: ne jamais envoyer ses courriels un vendredi soir, après une semaine éreintante. Une erreur est si vite arrivée ;-)

Règle numéro 2: bien suivre la règle numéro 1 et bien comprendre la règle numéro 3

Règle numéro 3: dans un monde de surabondance, offrir du contenu n'apporte plus aucune valeur en soi -- dans un monde de rareté, peut-être. Ce qui a de la valeur, plus que jamais, est le sens. Offrez du sens qui me permet de me retrouver dans le tsunami de l'info. J'irai chercher la vidéo après.

Vivre dans des flux

La popularité d'un blogue est-elle uniquement liée à l'abondance de ses écrits ? La chercheuse Susan Jamison-Powell (Sheffield Hallam University) trouve que le facteur déterminant est le nombre total de mots écrits par la personne durant la semaine. Pas la qualité de ses écrits. (via L'Atelier).

flux En observant 75 blogueurs (anglophones) sur livejournal.com, elle a trouvé que plus on écrit, plus on a de lecteurs (étude en résumé, anglais, PDF).

La quantité et la régularité sont deux facteurs importants pour s'attirer une «popularité» (La Tribune de Genève avance même que la régularité compte moins que la longueur).

Clay Shirky dans «Les Lois du pouvoir, les Blogues et l'Inégalité» («Power Laws, Weblogs, and Inequality») avait déjà constaté en 2003 que «les blogues les plus populaires sont ceux mis à jour quotidiennement et surtout que la popularité d'un blogue ne se décide pas, mais résulte "d'une sorte d'approbation distribuée émanant des autres blogues.» (lien via Emily Turrettin, Les Quotidiennes).

L'étude n'est peut-être pas si surprenant en fin de compte: écrire est le seul vecteur d'influence (le non-verbal est absent), il y a donc une surpondération pour un usage accru de l'écrit.

Ce qu'il y a de nouveau, c'est le développement de tout cet écosystème autour de la surabondance de l'écrit.

Nous entrons dans un monde de flux

On assiste à la fois à une comptabilisation de la «popularité» (on mesure de l'audience et non la notoriété de l'émetteur) et à une redéfinition du contenu de qualité sous une forme de «flux quantitatif»

«Les flux font se succéder rapidement des séquences d’informations sur un thème. Il peut s’agir de microblogs, de hashtags, de flux d’alimentation RSS, de services multimédias ou de flux de données gérées via des APIs.» disait Nova Spivack (source Archicampus.net

Cette métaphore est puissante. L’idée suggère que vous viviez dans le courant : y ajoutant des choses, les consommant, les réorientant.” disait Danah Boyd (source "Streams of Content, Limited Attention: The Flow of Information through Social Media".) (cité et traduit par Hubert Guillaud, InternetActu).

On a maintenant la possibilité de créer, mixer, remixer, relier, hyperlié et diffuser tous les contenus y compris les siens, mélangeant autorités et autoproduction. La chaîne de distribution de l'information traditionnelle déraille et de nouveaux acteurs émergent grâce à de nouvelles règles.

Dans ce contexte, les plus gros «arroseurs» reçoivent une plus grande attention. C'est un jeu de visibilité qui ressemble à un jeu à somme nul. Si je suis plus vu, tu l'es moins. L'attention se dirige vers ceux qui ont le clavier agile et prolifique.

«En offrant la même audience à chacun, on distribue le pouvoir d’attention à tous» écrivait Hubert Guillaud. Mais la redistribution de l'attention vers les «plus populaires» devient une pression quotidienne qui est un véritable ticket modérateur pour les blogueurs. Entre qui veut, mais reste qui peut.

Ratio «placoteux» / «élite»

«Il ne faut pas non plus noyer les lecteurs», ajoute Christophe Thil, interviewé dans l'article de L'Atelier il est essentiel de veiller à la pertinence des articles que l'on publie. [...] on évite le bruit [...] un blogueur qui vous submerge d'informations risque fort de perdre en audience».

Vrai. Mais je crois que l'on fait fausse route en conservant une pensée de «destination» et non de flux. Les journaux et les émissions de télévision se pensent encore comme des destinations. Or, dans une économie de flux, il n'y a pas de «destination». Ou plutôt c'est un concept fluctuant. Les liens renvoient toujours ailleurs.

Nous assistons à une «décentralisation tous azimuts» où le pouvoir est transféré en «périphérie» -- où on assiste à la montée en puissance des noeuds d'un réseau condamné à «écrire» pour exister. On pourrait aussi dire: c'est plutôt un rééquilibrage des ex-sans-voix.

L'élite d'ailleurs ne s'y trompe pas et traite de «communauté de placoteux»* ces hordes de sans-culottes qui dévaluent la parole en inondant le marché de mots au rabais. C'est une des conséquences navrantes de l'alphabétisation des masses: l'écrit s'est démocratisé pourrait-on les entendre dire.

Savoir profane

La recherche, l'acquisition, la transformation et la diffusion du savoir passaient autrefois par le transport et hier les médias de masse. Le flux est aujourd'hui en mesure de modifier la nature même du savoir, sa consommation et sa production.

Oui, on suit ceux qui écrivent beaucoup, car leurs flux de billets créent un continuum qui ressemble le plus au flux de la vie, où les récits gagnent en instantanéité tout en évitant cette élite qui s'interposait jadis entre nous et ce qu'elle décrivait.

Oui, on écrit beaucoup, mais on peut s'inscrire dans les flux, converser et réalimenter à notre tour ce flux pour d'autres.

Consommer pour comprendre, produire pour être pertinent comme le disait si brillamment Danah Boyd.

(929 mots --ça me classe où cette semaine? ;-)
--
*Pour les Nathalie Petrowsky qui pensent que les blogueurs dorment au gaz (pcq ils n'ont pas fait des «ripostes cinglantes» à Madame Bissonnette) j'ai beaucoup écrit sur le sujet en 2005 et 2006. Rien de cinglant. Juste du sensé. Mais c'est derrière nous, maintenant.

La blogosphère et les médias
Internet est un amplificateur de phénomène
Il faut le downloader pour le croire
Blogueurs, journalistes, même combat
Déformation pouvoir-professionnelle
Développement du savoir profane
La société des chroniqueurs
10 facteurs de crédibilité pour votre site webCroire/berner
Le problème du filtrage de l'information sur Internet
Qui croire quand informations et connaissances circulent librement ?

Image: Moebius

Colloque «Le journal indépendant» diffusé sur Canal Savoir

Le Canal Savoir diffusera 3 émissions issues du colloque Le journal indépendant : vue de l’esprit ou phare de la démocratie? dont j'avais déjà rapporté quelques notes précédemment. Voilà une occasion pour ceux qui ont manqué l'événement.
Au programme :

Le mardi 20 avril à 20 h

Pour une presse libre, une conférence d’Edwy Plenel, président et directeur de publications de Mediapart.fr, un journal payant sur Internet lancé en mars 2008. Une occasion d’entendre les réflexions de celui qui a œuvré pendant 25 ans au quotidien Le Monde.

Le vendredi 23 avril à 21 h 30

Le journal indépendant du 21e siècle : ses rôles, ses contenus, ses publics, une table ronde présidée par Florian Sauvageau, directeur du Centre d’études sur les médias. Avec John Honderich, président du conseil d’administration de Torstar, la société éditrice du Toronto Star, dont il a été éditeur pendant de nombreuses années; Persephone Miel, conseillère principale à l’ONG Internews Network qui a dirigé à l’Université Harvard (2007-2008) un projet de recherche sur le journalisme et la démocratie dans le nouvel environnement numérique; et Anne Nivat, journaliste indépendante qui a couvert plusieurs des grands conflits des dernières années en Afghanistan, en Irak et en Tchétchénie pour divers médias.

Le mardi 27 avril à 20 h

L’avenir des journaux indépendants d’ici, une table ronde présidée par la sénatrice Joan Fraser, ancienne rédactrice en chef du journal The Gazette. Avec Josée Boileau, rédactrice en chef au quotidien Le Devoir; Colette Brin, professeure de journalisme au Département d’information et de communication de l’Université Laval; Jean Paré qui a mené une longue carrière de journaliste, notamment comme éditeur et rédacteur en chef du magazine L’actualité; et Patrick Pierra, pionnier d’Internet au Québec et coprésident de BV! MEDIA, société éditrice du portail BRANCHEZ-VOUS.com.
Le Canal Savoir diffuse aussi en direct sur www.canalsavoir.tv. Les heures sont basées sur le fuseau horaire de Montréal.

Quelques notes prises lors de la conférence pour vous donner un avant-goût.

Plus de détails sur le colloque.

Consolidation dans le monde des médias sociaux

Naïvement, on peut penser que les médias sociaux, avec la montée de Twitter ou FourSquare, sont une nouveauté. Disons, à la place, que l'adoption «grand public» est une nouveauté. Nous venons plutôt de vivre une décennie de progression exponentielle des médias sociaux en ligne. N'espérez plus un sursaut similaire, nous commençons à entrer dans la consolidation.

Réseaux SociauxDe la même manière que dans la guerre des moteurs de recherche, on a atteint un premier palier où les géants tenteront de consolider leur position et d'éliminer les petits joueurs. Après le boom, l'accalmie. Et suite à ce calme, une remontée lente, mais solide de joueurs alternatifs.

Pour les moteurs de recherche, c'est Google qui avait gagné la guerre. Aujourd'hui, des joueurs alternatifs (WolframAlpha, Facebook, etc.) rognent les franges de l'empire et installent leur marche pour dominer chacun une niche que le maître central peine à satisfaire (le fameux «web profond»). Ensuite, d'autres géants se relèvent pour préparer un combat à venir (Bing de Microsoft et iAd d'Apple sur le mobile).

Pour la guerre des navigateurs, c'était le même scénario. Internet Exporer a raflé la cagnotte avant l'an 2000. Et après une décennie, des joueurs alternatifs reprennent maintenant l'initiative et étrangle lentement le joueur dominant. Firefox, Opera Unite, Flock. Et des géants fourbissent leurs armes pour un affrontement prochain (Chrome, Safari) sur des continents qui émergent (Téléphone intelligent).

Mais dans tous les cas, après l'explosion, c'est l'accalmie. Qu'un prochain conflit éclatera ne fait que confirmer la période de grâce qui s'est installée.

Pour les réseaux sociaux, nous en sommes là.

Avec l'annonce hier que Ning va fermer son service gratuit de communauté, c'est une nouvelle ère qui commence: la consolidation.

Ning payant

«We will phase out our free service. Existing free networks will have the opportunity to either convert to paying for premium services, or transition off of Ning.» a-t-on appris sur CNET. Le service gratuit sera graduellement abandonné et les comptes devront soit passé au payant soit quitter.

La communauté que l'on pouvait bâtir à moindre coût n'existera plus: le prix d'entrée éliminera les comptes qui ne sauront pas monétiser leur réseau.

Google dans les cordes

Google Buzz et Google Waves sont deux astéroïdes qui brillent dans le ciel, mais leur lueur s'estompe. Le géant Google n'a pas réussi à s'imposer avant que les grillent ne se referment. On peut par contre gager que ces deux services seront gardés au feu doux en attendant l'opportunité de reprendre du territoire...après la période d'accalmie

Facebook grand gagnant?

On pourrait le penser qu'il est le grand gagnant de la course au réseaux sociaux. Mais la bête coûte chère à nourrir et le modèle n'est pas tout à fait solide: par contre, sa position dominante lui laisse de l'espace pour trouver une solution.

Twitter le challenger?

Twitter a annoncé cette semaine son système de publicité par mot clef. Le modèle risque de marcher puisque, comme pour le AdWords de Google, l'usage du service et l'achat de mots-clés ne sont pas aussi incompatibles que pour Facebook (qui existe dans l'espace semi-public de la sphère privée de ses membres).

Twitter ne joue plus du tout dans les mêmes platebandes que Facebook. C'est plutôt Facebook qui va tenter de le déloger du territoire du «flux temps réel».

YouTube, champion poids lourd

Sans surprise, YouTube devient la référence du court clip vidéo. Google va même jusqu'à annoncer elle va fermer les uploads sur Google Video. DailyMotion tient le fort, mais pour combien de temps? La différenciation se fera par affinité esthétique: Vimeo et compagnie iront chercher des sous-groupes attachés à une certaine qualité (technique et contenu).

Mais la transformation de YouTube en télé sociale est inévitable et barre définitivement la route à tout prétendant. De retour dans 10 ans pour la suite.

Les spécialités poussent Google vers le «search tone»

Qui l'eut cru: d'abord la risée des réseaux sociaux, les plateformes de recherche par format consolident leur baronnie: SlideShare pour les PowerPoint, et Scribd pour les documents Word.

YouTube a ouvert la voie: on cherche par format de document, puis par contenu. Des niches, certes, mais très porteuses... Reléguant Google à un généraliste «search tone» (comme on dit dial tone en téléphonie, ce signal de base).

Les prochaines escarmouches

Surveiller du côté de FourSquare et compagnie: les applications hyperlocales des réseaux sociaux. Leur rachat éventuel montrera qui cherche à reprendre le dessus.

N'espérez pas les voir devenir le «prochain succès du net». Oui, ils le sauront... mais pour les investisseurs. Leur service doit et sera intégré à quelque chose de plus gros. Les liens de proximité sont plus que porteur, c'est la base de prochaine économie. Mais une simple App ne fait pas le poids et il doit être consolidé dans un ensemble plus grand.

FutureStates.tv

Que sera le monde dans 25 ans, 50 ans? Independent Television Service (ITVS) a demandé à 11 réalisateurs, confirmés ou émergents, de raconter l'Amérique de demain. Le résultat? FutureStates.tv: 11 courts métrages originaux, d'une vingtaine de minutes, qui montrent les dangers, les peurs, les espoirs et les possibilités de ce monde qui a/va changer. iTVs, une télé qui ne vous prend pas pour un Couch Potato.

Future States

Mes préférés:

Plastic Bag de Ramin Bahrani, avec la narration de Werner Herzog. Le voyage existentiel d'un sac de plastique à la recherche de ses créateurs et qui trouve le nirvana (18m30s)

(Visionnez sur le site original)

Play, par David Kaplan et Eric Zimmerman. La réalité virtuelle des jeux vidéo transposée dans nos vies. Ou serait-ce l'inverse? (19m15s)

(Visionnez sur le site original)

Regardez-les tous ici sur FutureStates.tv.

Chaque court métrage vient avec un vidéo d'accompagnement (making of ou documentaire) et une galerie d'images.

Ils ont aussi ajouté la section Predict-o-meter pour permettre à l'audience de devenir l'oracle et décrire le futur.

iPad jour zéro

On se réveille un jour et le monde a changé. Le iPad espère créer cette impression aujourd'hui, jour de son lancement. Réflexion autour d'un petit café pour ceux qui sont loin du centre du monde (c'est-à-dire un Apple Store américain).

iPadLe iPad possède un avantage certain, relève Doc Searls sur son blogue hier: il arrive avec 100 000 applications prêtes à l'emploi. Bien sûr, dit-il, la première version, comme toutes les premières versions (voyez le iPhone premier génération), sera rapidement démodée et ressemblera à une antiquité dans un an.

Cela n'empêche pas les fans de faire la file pour s'en procurer, raconte Michel de Guilhermier, à 1h du matin ce matin, sur 5e Avenue à New York, près de 60 personnes étaient déjà en place devant le Apple Store. Pour les réactions à chaud dans la file ou à l'ouverture des portes, une collection de canaux vidéo en direct saura vous combler, dont celui d'ubiquiste et ineffable Scoble. [MàJ: lire le compte-rendu du jour 1d'un early adopter: CFD raconte sa journée avec un iPad]

Ceci est mon iPad, livré pour vous. iMen!

« iPad, c’est notre technologie la plus avancée dans un appareil magique et révolutionnaire, à un prix incroyable », avait déclaré Steve Jobs au dévoilement en début d'année.

Sera-elle la technologie miracle qui fera consommer le grand public le contenu numérique des médias traditionnels? Son écran tactile, le WiFi, l'autonomie de la batterie et l'ergonomie de l'acquisition de contenu payant (aka l'appStore) et son bas coût (500 $us pour le modèle d'entrée) sont autant d'arguments en sa faveur.

Le Kindle, maître incontesté du marché avant la sortie du iPad, est maintenant un artefact qui semble avoir appartenu à l'homme du Néandertal. Je crois qu'il y a un momentum sur le marché. Apple, en gonflant le iTouch en iPad (c'et foncièrement le même appareil, mais en plus large), s'avance en terrain connu et décoiffe tous les concurrents actuels.

Est-ce le succès miracle donc? Je n'ose pas m'avancer. Je crois que le iPad a toutes les caractéristiques pour révolutionner l'industrie du contenu. Mais en cette matière, ce sont les consommateurs qui décident du marché. Que le produit soit révolutionnaire ou non. On verra avec l'adoption... et la réaction de la concurrence.

Les voies impénétrables d'Apple

Dans la file d'attente, à New York, il y aura Benoît Raphaël, pense que Steve Job aurait «peut-être encore mis le doigt sur le point de rupture d'une nouvelle révolution. Mais de quelle révolution parle-t-on? »

Il a écrit cette semaine, à propos du «frisson irrationnel» qui parcoure l'industrie médiatique « J'ai même entendu (de mémoire): Le web, c'est fini. C'était un mauvais cauchemar. Nous allons pouvoir nous remettre au travail comme avant et vendre nos journaux. Le iPad, c'est le nouveau kiosque à journaux.» (source)

Mais il met un bémol.

Attention à la consanguinité

Avant toute chose, tout comme lui, je suis convaincu que le système de micropaiement offert par le système de l'AppStore (déjà présent sur le iPhone et ayant déjà quasiment avalé toute l'industrie de la musique avec l’iTunes) fera en sorte que les utilisateurs paieront pour du contenu numérique.
C'est en effet un kiosque unique global. L'appStore, qui prendra 30 % de commission au passage (comme c'est déjà le cas pour les applications iPhone), est le seul canal de distribution possible. Une ruée vers l'or? Apple s'en frottera les mains.

Mais la vraie révolution de l'iPad, comme l'explique Benoît Raphaêl, c'est l'interface, pas l'accès au contenu. «Nous sommes passés de l'ère du site web, à celle du portail, puis à celle de l'info liquide. Les supports nomades tactiles signent le retour de l'interface. Une interface qui ressemble à la "vraie vie", qui nous rapproche des gestes quotidiens... [...] Ce n'est en effet pas tant le contenu que l'on va vendre, que l'usage appliqué à ce contenu facilité par l'interface.» (source)

Mais les médias traditionnels, presse papier et audiovisuel, qui s'empresseront de pousser leur contenu tel quel sur le iPad seront fort déçus. Le packaging devra être revu sous peine de non-recevoir de la part des usagers. Une interface agréable, comme pour les magazines. C'est que les gens achèteront. Le contenu brut, sans valeur ajoutée, porté tel quel sur le iPad, comme le contenu qui l'a été jadis sur le web, n'aura pas de valeur.

Ce qui aura de la valeur, comme le suggère benoît Raphaël, c'est l'hyperconnectivité, les réseaux sociaux et de l'interconnexion des datas.

Exemples d'interface iPad, par industrie

- [vidéo] Magazine Wired
- [vidéo] Chaîne spéalisée: Sport Illustrated
- [video] Comic book: Marvel
- [vidéo] Jeu de course: Real Racing HD
- [vidéo] Journal: Wall Street Journal
- [vidéo] Bourse: E*Trade Mobile Pro
- [vidéo] Jeu de table: Scrabble (avec le iTouch)
- [vidéo] Navigation web: Safari
- [vidéo] Courriels: Mail

Mais la rébellion se prépare

Aussi bon soit-il, le iPad n'arrive pas seul sur un terrain vide: même si Apple contrôle toute la verticalité de son écosystème (de ce qui entre via les AppStores et jusqu'aux périphériques), des joueurs à l'horizontale, nous rappelle Doc Searl, entreront probablement dans le jeu très rapidement avec Android et Sebian (qui sont des OS qui peuvent rouler sur d'autres tablettes).

Ce qui se joue ici est la liberté d'accès au contenu. Le iPad sera sûrement fantastique, mais Apple ne me laissera pas jouer avec ce que je veux et de la façon que je le veux. C'est une prison dorée pour contenu riche.

Introduction à la réalité augmentée

Après l'interconnexion des réseaux sociaux du web 2.0, on peut imaginer que l'interconnexion des objets à travers internet sera dans la prochaine décennie une la source d'innovations et de ruptures tout aussi stupéfiante.

La réalité augmentéeLa réalité augmentée est l'expression consacrée en ce moment pour désigner les applications qui superposent à la perception tactile ou visuelle de l'environnement des stimulus provenant des objets.

La réalité augmentée désigne ces différentes méthodes qui incrustent des objets virtuels par dessus notre perception du monde réel, en y ajoutant des informations supplémentaires, non perceptibles sans un outil particulier (en général l'ordinateur ou le mobile).

Le concept de réalité augmentée («augmented reality» en anglais) n'est pas récent: il sort enfin des laboratoires et des studios d'artiste pour rejoindre le grand public. Hier, 29 mars prochain, est sortie l'édition spéciale « 50 ans » de Télé 7 jours en réalité augmentée, où Johnny Hallyday en couverture s'adresse au lecteur. En quelques mois, le phénomène est en passe de devenir grand public.

Je vous propose en 5 billets un petit récapitulatif en guise d'introduction à la réalité augmentée:

1- Intro: appréhender le monde en réalité augmentée. De simple gadget, voici un outil important d'accès aux informations de façon plus intuitive et en contexte
2- Catégorie 1: du réel dans le virtuel. L'effet «nouveauté» fait son chemin, c'est le premier contact pour le grand public.
3- Catégorie 2: du virtuel dans le réel. La naissance des fureteurs géolocaux, une sorte de révolution dans notre mobilité en temps réel.
4- Catégorie 3: objets communicants. Les «médias hyperlocalisés» résident dans des objets bavards communiquant leur «statut».
5- Conclusion: la décennie RA. Les téléphones «intelligents» sont le cheval de Troie de la réalité augmentée.
D'autres sites en parlent abondamment, voici quelques liens:

Common Craft: La réalité augmentée expliquée (en anglais)par Lee Lefever. La meilleure intro que vous pourrez avoir.
SVM mag : Réalité augmentée: ne pas croire tout ce que l'on voit. Une autre intro grand public
http://www.loria.fr/~gsimon/ra/ Une intro sur le concept scientifique :
Site dédié à la RA http://www.la-realite-augmentee.fr/
Un incontournable : Fred Cavazza

Source image : SVM mag

Réalité augmentée: la décennie RA

[5/5] Est-ce que 2010 sera l'année de la réalité augmentée? C'est aller un peu vite en affaires. Elle est surtout cantonnée à des expériences marketing pour l'instant, premier contact pour le grand public. Le vecteur de propagation mainstream sera probablement les applications touchant le «local augmenté», où on pourra s'informer sur un lieu «just-in-time». Conclusion de ma série sur la Réalité augmentée

Ce billet fait partie d'une série de 5 sur la réalité augmentée


La réalité augmentée, en reliant un objet à du data en ligne, permet quelque chose de diamétralement opposé au web: naviguer sur le web, c'est encore aujourd'hui, être physiquement en un endroit (devant son écran d'ordi) et vagabonder ailleurs dans le monde virtuel de la connaissance, à des lieux d'où on est. Il y a une dichotomie entre où se trouve sa tête et où se trouve son corps. La réalité augmentée est profondément ancrée dans l' «ici et maintenant».

On est/doit être présent dans un lieu pour expérimenter cette réalité augmentée. Les «objets qui parlent» ont physiquement des coordonnées spatiales et non pas seulement un URL.

C'est un peu sens du «locative media, nouveau concept pour exprimer le «média» attaché à un lieu et permet des interactions sociales (asynchrones ou non).

Les applications «hyperlocales» sont les têtes de pont entre le virtuel (les datas en ligne) et le réel (les «immeubles» qui ont des coordonnées), et vu le véritable avantage de posséder des informations sur un lieu, il ne serait pas étonnant que ce soit par ce vecteur que se démocratisera l'usage des la réalité virtuelle.

Certains peuvent dire que la réalité augmentée distrait du réel, mais il faut y voir a priori plutôt une chance de transporter avec soi un savoir tacite qui nous permet d'intégrer un nouvel environnement plus rapidement.

Les commerçants veulent vous augmenter la réalité pour diminuer votre portefeuille

Les commerçants ont rapidement vu le potentiel et ils sont les premiers à vouloir «augmenter notre réalité». Par exemple

- Les «pages jaunes» immersives: on peut repérer les commerçants et les services autour de vous.


- Les marques de céréales, en manque de traits distinctifs, chercheront à se distinguer de leurs concurrents [le genre d'expérimentation qui réduit le phénomène à un gadget inutile]


- Les Legos augmentés: offrir de voir le produit final avant d'acheter


Comprendre le monde qui nous entoure

Parfois l'idée n'est pas de vous faire acheter quelque chose, mais de vous aider à comprendre comment marche le monde.

Pour les aveugles, par exemple, la »réalité augmentée» peut leur permettre d'interpréter les objets: la valeur d'une note de banque par exemple. Ou, comme dans le prochain exemple, offrir une «interaction encyclopédique» avec des réalités biologiques difficiles à expériementer : quelle grandeur a le foetus dans le ventre de la mère? L'expérience, pour être «virtuelle» n'en est pas moins très près du réel.

- How big is the baby?


- Relier le papier au numérique


Dans l'exemple au-dessus, Rocoh propose «icandy» qui identifie du contenu non pas à partir de code-bar, mais à partie de la signature visuelle du texte: les caractéristiques naturelles de la page forment le code (ou plutôt le pattern) qui est reconnu par une base de données et permet de recevoir de l'information supplémentaire sur un magazine, ou un livre. Amazon a fait l'acquisition l'an passé de SnapTell qui fait à peu près la même chose (avec la différence que l'application permet de trouver l'endroit le moins cher pour acheter le livre).

Les deux exemples suivants le font avec des objets.

- Google Goggles - reconnaissance d'objets


- Nokia Point & Find - reconnaissance d'objets


Les interfaces naturelles

Fred Cavazza a écrit un bon billet sur les nouvelles interfaces naturelles, «bientôt dans notre quotidien», et qui s’interroge sur la pertinence du modèle «écran / clavier / souris». La réalité augmentée fait partie de ces interfaces de l'avenir.

Actuellement la recherche d'informations demande une recherche procédurale (ouvrir son navigateur, aller dans un engin de recherche, taper les mots clefs), alors que les interfaces naturelles, la réalité augmentée et les objets parlants devraient rendre tout ça beaucoup plus «naturel».

- et comme dessert:

Demo of Augmented Reality Cookies from Tellart on Vimeo.

Un début, pas une fin


Que le succès arrive cette année, je serai surpris, mais on peut parier que «réalité augmentée» a un avenir radieux au courant de cette décennie : l'omniprésence des téléphones dits «intelligents» est le cheval de Troie pour envahir l'espace public et s'incruster dans les habitudes des gens.

Actuellement la réalité augmentée offre de nombreuses possibilités dans une dizaine de secteurs:

- Le tourisme et marché locatif: guide assistée
- Le secteur manufacturier et industriel: instruction assistée, réparation
- La vente au détail: catalogue augmenté
- Les publications: extra interactif
- La publicité directe: dépliants augmentés
- L' éducation et la médecine: apprentissage et assistance opérationnelle
- Le secteur militaire: examen de scénario
- L'art, décoration et architecture: prévisualisation in situ
- Les jeux: apparition d'hybride jeu de plateau et vidéo

On quittera bientôt le niveau anecdotique pour aller une intégration encore plus essentiel. Cette décennie sera celle de la réalité augmentée...

FMC: Le Fonds des médias du Canada

Un nouvel organisme vient d'être créé au Canada pour supporter la création de contenus numériques canadiens novateurs. Les Politiques et principes directeurs des programmes ont été annoncés aujourd'hui. C'est tout chaud.




Le FMC possède 2 volets de financement :

  • Le volet expérimental : soutien à la création de «contenus novateurs et d'applications logicielles d'avant-garde destinés à être intégrés à des plateformes médias canadiennes grand public». Enveloppe: 27 millions de dollars. Contribution maximale par projet 75 % des dépenses admissibles ou de 1 million de dollars.

  • Le volet convergent : soutien à la création de contenus télévisuels et numériques convergents. Enveloppe: 277 millions de dollars

"En accordant plus de 350 millions de dollars sous forme d'aide financière, le FMC renforcera les industries canadiennes de la production et de la diffusion, qui sont appelées à s'ajuster à l'évolution des modes de consommation de contenus du public canadien" a dit M. Roquet, président du conseil d'administration du Fonds des médias du Canada) (source Alliance Numérique).

Relier. Créer. Innover.

C'est le thème, ça. «Relier. Créer. Innover.» Ça fait comme «réseaux sociaux, création, technologie». Bon signe. J'avais participé à une rencontre préparatoire le mois dernier, et je me demandais si les médias sociaux allaient pris en compte. Du moins dans l'intention, ça semble le cas.

Le premier volet me semble le plus intéressant pour l'industrie du multimédia: il inclut les applications logicielles, les contenus expérimentaux non linéaires et interactifs (Web, WiFi, mobile, iPad)et il demande que le concept soit associé à une émission de télévision. Par contre, je me demande ce que veut bien dire "applications liées au milieu culturel canadien...

Plus d'info sur le site de l'Alliance numérique

Les politiques et les principes directeurs des programmes du FMC peuvent être téléchargés sur le site du FMC: www.cmf-fmc.ca.