ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Valorisation de l'information et réseaux sociaux

Il est intéressant de voir que les réseaux sociaux sont aussi un canal de valorisation de contenu. Valeurs pas toujours monétaires : ils permettent de donner une importance relative à une information au détriment d'une autre. Exemple.

Sans enlever le fait que le réseau social (que l'on appelait avant "social software") est aussi à la remorque ("est un parasite") des médias traditionnels, il peut aussi générer une valeur pour une information.

Quand cette valeur est exclusive au réseau, ça devient intéressant. Voyons voir.

Deus ex Ottawa
Prenons cette photo d'Obama en visite récemment dans une marche limitrophe de l'empire.
Obama cachant harper
La photo est cocasse. L'hôte, derrière la main du président iconique, est le dirigeant exécutif du comité directeur du pays qui le reçoit. Les habitants du patchwork territorial en question comprennent immédiatement l'humour de la situation : l'aura d'Obama fait de l'ombre à toute autre personne.

Dans ce cas-ci, vu leur position idéologique antagoniste sur la façon de gouverner, l'ironie est que Obama représente le futur, balayant de la main les idées du passé. Juste image de la situation actuelle.

J'aurais laissé cette anecdote-là où je l'ai trouvé (sur Facebook) s'il n'était pas un (autre) exemple de ce que j'illustre dans mes conférences: le web social crée de la valeur à partir d'éléments sans valeurs pour les médias traditionnels. Je m'explique.

Mood market
Cette photo ne pourrait jamais apparaître sur la page frontispice des quotidiens, ni au TJ de 20h. L'éthique journalistique ne le permet (heureusement) pas. Elle n'a donc aucune valeur pour ces médias (sauf à titre anecdotique marginal).

Cette photo "rejetée" a été valorisée sur Internet. Ce qui était proprement impossible de faire sur les canaux traditionnels, même s'ils le voulaient...

Le message caricatural a trouvé un terreau fertile sur les réseaux sociaux. Comme je l'ai déjà dit à propos du viral "Culture en péril": un viral fonctionne d'autant mieux quand il correspond aux attentes du terrain où il se diffuse: rien de tel qu'un bon terrain fertile pour prospérer.

Culture de net
Bien sûr les médias ne sont pas là pour donner ce que le peuple demande (officiellement, du moins, car par moment, inutile de jouer aux surpris, pour certains médias, on se le demande). Voilà le besoin que remplissent les réseaux sociaux dans le nouvel écosystème de l'information (sujet d'une série de 5 billets que je me promets de terminer) : c'est un média qui leur ressemble (tiens, on dirait un slogan de chaîne de télé populaire).

Ce média valorise l'information qui n'a pas été valorisée ailleurs. Il n'y a que l'élite qui s'offusque de voir le peuple s'occuper de ce qui l'intéresse...

Sur Facebook, tous les 'friends' ne sont pas égaux

En moyenne sur Facebook on collectionne 120 "friends", mais il semble que le nombre de vrais amis avec qui on communique fréquemment se réduit à seulement sept de ses amis.

Parmi les utilisateurs de Facebook qui ont 500 amis, ces chiffres sont un peu plus élevés (16 ou 17) mais montre bien qu'il existe une limite de la sphère de l'intimité.

Ce cercle intérieur ne semble pas s'agrandir nécessairement avec la venue d'outil réseau.

Le vrai cœur d'un réseau tourne autour d'un petit nombre de contacts. En d'autres termes, cette «mise en réseau» de nos réseaux sociaux ne sert qu'à « diffuser» nos vies au-delà de ce cercle de connaissances intimes.

Cet usage de "broadcast de vie", Sébastien Provencher l'avait repéré il y presque deux ans.
Voir l'article publié hier, Primates sur Facebook sur the Economist, qui discute de ces constats (via Andrès sur Twitter)

Dejeuner avec Heidegger

J'ai toujours dû lutter dur avec la pensée de Heidegger. Premièrement, il faut se faire violence pour comprendre qu'il y a effectivement une pensée cohérente (et non une forme de poésie dégénérée). Et deuxièmement, il m'arrive fréquemment de me retenir pour ne pas balancer le bouquin par la fenêtre tellement on peut penser que l'on me mène en bateau. Penser l'internet est un peu pareil.

HeideggerC'est pour ça que j'ai toujours trouvé plus facile de lire les critiques de Heidegger que lui-même. Avec la philosophie allemande, on ne sait jamais si on a affaire une mauvaise traduction ou si réellement l'auteur cherche à nous rendre comme l'être-qui-est-là-à-se-prendre-la-tête.

Les gens à qui je donne des formations ces temps-ci (des producteurs télé et cinéma) sont à la fois fascinés et horrifiés par Internet. Mais je me demande si parfois s'ils ne voient pas les consultants web comme Heidegger (pour ma part j'espère que non) quand on parle des traits cabalistiques des réseaux comme flux web, conversation, architecture de participation, identité, etc.

Les chemins qui mènent nulle part
Voilà que je tombe sur un récent billet de Tribak Ahmed sur son blogue "Penser" (Heidegger et le chemin) qui me donne enfin à comprendre un concept porté par Heidegger qui m'a toujours semblé attirant, mais incompréhensible: les promenades dans les chemins de la forêt (dit comme ça ça fait bizarre, mais Heidegger parle de Chemins qui mènent nulle part ("holzweg" - littéralement chemin dans le bois), de l'Etre (oui avec un E majuscule) et l'étant). Parler d'Internet entre initiés peut avoir l'air aussi abscons parfois.

Tribak résume la pensée de Heidegger dans son billet et je serais flatté si vous m'accordez l'intelligence de pouvoir vous en faire un résumé (supplémentaire) sans rien déformer ni vous ennuyer --vous ai-je déjà ennuyé auparavant? ;-)

"Penser c’est comme l’acte de marcher dans une forêt où les chemins ne sont pas sûr ". Ce sont les holzwegs. À n'importe quel moment on peut finir dans l'impasse. "[M]ais cela ne veut pas dire que ces chemins sont totalement bouclés, puisque les forestiers et les bûcherons s y connaissent parfaitement dans ces chemins imprévus".

Se sentir perdu
On peut se perdre donc, mais on ne s'y perd pas forcément. Certains se perdent, alors que les bûcherons s'y retrouvent.

"Les deux savent bien ce que veut dire marcher dans ces chemins qui pour eux mènent là où ils veulent ; par contre, ceux qui n’ont pas le savoir et l’expérience de la forêt n’arriveront nulle part, ils ignorent ces chemins."

Vous ne connaissez peut-être pas la densité des livres de Heidegger, mais si vous avez jonglé avec l'idée de le lire, ça c'est un antisèche à écrire sur la page frontispice.

"La forêt est donc pénétrable et même facile à traverser par les uns, mais très compliquée pour les autres." La forêt est la métaphore de la pensée (autre anti-sèche à rajouter). "Ainsi est le chemin de la pensée ! Il est plus clair pour ceux qui en ont l’expérience, ils y passent en faisant usage de leurs expériences, cela ne veut pas dire que ces chemins sont faciles pour eux, mais ils ont conscience de son aspect imprévisible."

Vous venez probablement de vous épargner la lecture du bouquin quoique je crois que c'est sûrement une lecture essentielle pour les philosophes comme d'aller à Lourdes pour les chrétiens.

Se perdre sur les chemins de la pensée qui ne mènent nulle part
Tribak écrit "Le chemin de la pensée n’est pas un espace plat et organisé, il est tortueux et appelle à l’attention puisqu’il est imprévisible [...] il est plutôt à découvrir, ou pour mieux dire, il est à dévoiler ! Par la force de l’interprétation." Je crois que la compréhension sur Internet suit un cours similaire.

L'interprétation est une force qui mène le web, via la blogosphère entre autres. Mais c'est à travers ces interprétations que l'on peut avancer (et je dois alors m'inscrire en faux contre cette idée que "la machine Internet" est un cerveau global).

La compréhension de l'impact d'Internet passe par de multiples interprétations. Ceux qui sont perdus dans la forêt d'Internet rencontrent des bûcherons qui leur indiquent peut-être des directions différentes.Le passant cherche une carte quadrillée. Mais les bûcherons savent qu'ils suivent chacun leur Holzweg. Ils mènent tous au bon endroit.

Bon déjeuner ;-)
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Heidegger et le chemin, 1300 mots, de Tribak Ahmed , blogue "Penser"
Chemins qui ne mènent nulle part, 661 pages, de Martin Heidegger, Gallimard, idées.

Zero Seconde a 5 ans

Cinq années se sont écoulées depuis mon premier billet sur zéroseconde. Bilan.

818 billets en tout
Avec une longueur de billets franchement accrue avec le temps, ça me donne une moyenne de 2 à 3 billets par semaine en moyenne. Je développe davantage ma pensée sur ce blogue et réserve principalement mes découvertes sporadiques pour del.icio.us ou Twitter.

187 000 visites en tout
Ce qui donne une moyenne de 102 visiteurs par jour sur 5 ans. Mais c'est actuellement une moyenne de 200 visites environ par jour qui se répartit moitié-moitié entre la France et le Québec. 60% arrivent par les engins de recherche, 25% en provenance de sites référents, 15% en tapant directement mon adresse...

1100 abonnements par fils web
Selon feedburner, mais ça varie beaucoup selon la vitesse du vent et de la pression pascale à ce que je vois, ça monte lentement mais sûrement.

Top
Philippe Martin, Michelle Blanc, Benoît Descary et Claude Malaison me mettent dans leur palmarès québécois des 10 ou 25 plus grands influenceurs québécois. Wikio en France me place quelque part parmi les 200 blogues les plus lus de la francophonie sur les nouvelles technologies.

Je suis très flatté d'être lu par les plus grand(e)s. Ce que je suis encore plus fier, c'est la qualité des commentaires que j'ai ici. Malgré cette relative popularité, je ne suis pas affecté par un nivellement par le bas de mon lectorat, au contraire!

Mais les chiffres et les stats ne sont pas tout. La plupart des blogues que je suis n'ont pas ces chiffres et pourtant ils sont de très haute qualité. J'ai un blogoliste sur le côté pour vérifier par vous-même.

Populaire vs intéressants
Depuis que j'utilise Google analytics pour suivre les statistiques sur mon site, je remarque que certains billets très secondaires par rapport à ma ligne éditoriale sont en tête du palmarès des billets les plus lus.

Je me suis intéressé un temps au phénomène de la "conspiration" en ligne et j'ai écrit 11 septembre reloaded le 26 mars 2006 à propos du film Loose Change. Ça reste un hit Google (3500 lectures l'an passé encore). Un court billet sur Youtube HD sans envergure ramasse des visites comme le miel attire les mouches (2262 lectures en 9 mois, surtout depuis l'automne). Heureusement, mes 6 cultures d'internet vient sauver la mise ;-) avec une moyenne de 4:27 de temps de lecture.

Google Juice à donner
Paul me signale que j'ai 6/10 en ranking Goolge (et Alexa rank de 785000 [merci pour la correction, Paul]). Sûrement à cause de la plateforme Blogspot sur laquelle ce blogue tourne, ou à cause de son âge. Me retrouver haut dans l'échelle Google me fait plaisir, mais cela m'apporte plein de visiteurs pas toujours très compétents et qui repartent souvent aussitôt, effrayés de devoir lire du contenu dense et se tenir la tête entre les mains pour réfléchir à ce que j'écris.

Le ranking varie entre autre quand un blogue bien placé pointe vers un blogue moins indexé.

Comme je ne me sers pas vraiment de ce "google juice", trinquons et échangeons nos "fluides". D'ici la fin de mois de février, je vais lister ici tout ceux qui pointent vers mon blogue à partir du leur. (Si mon agrégateur ne vous capte pas, faites moi un p'tit signe dans les commentaires ou par courriel). Ça devrait modifier des rankings ou au moins faire du référencement croisé entre blogues francophones.

Michelle Blanc
Clandestins
La Feuille
Armania 360
zelaurent
Nicole Fodale
Fontaine de Pierre
Levidepoches.fr
ovologic
Crise dans les médias
Blogue marketing Interactif
InternetActu.net
Smart Mob
La pub et le droit
David Toutet
WebCom
Crise dans les médias

10 minutes avec "Internet et Opinions"

Petite tournée des blogues de qualité en langue française: aujourd'hui Internet et Opinions. 10 minutes avec François Guillot; appréciez du bon contenu pour l'esprit.

Flashmob et jeu vidéo : la contestation universitaire se diversifie en ligne (17 février 2009)
L’époque est donc à l’apparition ou au retour de nouvelles formes d’action collective.

De la conversation comme jeu (31 janvier 2009)
Entrer dans la conversation implique de se plier à la loi de la communauté à laquelle on prétend s’agréger.

10 mythes du web 2.0 (9 janvier 2009)
10 "Idées reçues" et comment les remettre à leur place.

Les groupes Facebook les plus populaires (24 décembre 2008)
Essai de typologie des mégagroupes Facebook.

Et si la sagesse des foules c’était d’abord celle de se taire ? (5 décembre 2008)
Dans les études comme dans les commentaires ou dans les sites participatifs, la production de l’information repose sur des groupes d’individus assez minoritaires.
Et son premier billet : Il faut bien un premier billet (5 août 2007)

Billets sur Zéro Seconde sur des sujets similaires:
Mythologies de la connaissance [1] - Le mythe de l'apprentissage à distance
Mythologies de la connaissance [2] - Le mythe de l'apprentissage en tout temps.
Mythologies de la connaissance [3] - Le mythe de tout apprendre
Hyperconnectivité - Sur Facebook ou Twitter je retrouve un niveau de conversation "intime" qui était sur les blogues auparavant et qui est maintenant "micro-blogué" sur ces outils.
Les réseaux sociaux comme extension de la culture de masse

"500 000 vols de films par jour en France"

" Il y a 500 000 vols de films par jour en France : 500 000 connexions illégales. Les internautes français détiennent ce triste record du monde", dixit le réalisateur/producteur Luc Besson. On dirait une cassette publicitaire à la défense des gros lobbyistes. Mise au point.

Maître Eolas, le fameux avocat blogueur, répond à l'article de Luc Besson, "Halte au piratage à grande échelle via Internet !" dans le Monde daté de samedi dernier.

Luc Besson: "Il est un délit maintenant reconnu de tous : celui de visionner des films gratuitement sur son ordinateur via Internet. On appelle ça le "piratage", bien que l'image soit bien moins glamour que celle du capitaine Sparrow bravant les forces de l'océan."

Maître Eolas: "[...] visionner un film gratuitement sur internet n'est certainement pas un délit. C'est même en principe parfaitement légal, ça ne devient illégal que si la personne qui diffuse les images n'en est pas l'auteur et n'a pas reçu l'autorisation de celui-ci. Ainsi, la plupart des vidéos sur les sites du type Youtube ou Dailymotion sont parfaitement légales."

Luc Besson: "Le piratage est tout simplement "un vol caractérisé"."

Maître Eolas: "(...) le piratage n'est pas un “vol caractérisé”, expression qui ne veut rien dire. Un vol non caractérisé, ça s'appelle une relaxe, et un vol est l'appropriation frauduleuse de la chose d'autrui. Or il n'y a aucune dépossession en cas de copie illégale d'un film, ce qui exclut tout vol (il en va différemment si on vole la copie d'un film dans un supermarché sans la payer, par exemple, mais c'est le support, non l'œuvre, qui est volé, à son propriétaire, le supermarché, l'auteur ne subissant aucun préjudice).

Le “piratage” est en réalité une contrefaçon. (...) ce sont surtout des millions de particuliers qui occupent un terrain déserté par l'offre légale. "
Maître Eolas ne défend pas le piratage, mais il ne manque Besson pour lui rappeler ceci: "La loi défend déjà ces artistes, la contrefaçon d'œuvres protégées est punie depuis bien avant l'invention de l'internet."

"Une fois de plus, face à une situation qui ne lui convient pas, une industrie appelle l'État à l'aide pour se faire voter une loi sur mesure, négligeant ce qui existe déjà et croyant qu'il suffira d'un beau texte au JO pour régler le problème. Ça fait longtemps que juristes et économistes moquent ce travers français. Ça n'est donc ici qu'un —mauvais— remake."

Marrant! L'intégralité : Quelques leçons de droit (et même un peu d'économie) à l'attention de Luc Besson (via Post.fr)

Internet: vecteur des droits de l'Homme

Internet est le plus récent vecteur de propagation de la mondialisation. Elle transporte les mèmes de plusieurs cultures d'un bord à l'autre de la planète. Brassant ainsi les idées des hommes de bonne foi. Les droits de l'homme semblent particulièrement profiter de ces nouvelles technologies...

Life Picture source tbn0.google.com/hosted/images/c?q=1c3fc14ffd41d8eb_largeIl y a clairement un effet positif, particulièrement pour l'accès à internet selon une présentation scientifique pour le colloque 2009 de l'International Studies Association (ISA) portant sur les nouvelles technologies de télécommunications et les droits de l'homme (PDF, anglais) (débusqué par Yasha sur SmartMobs).

Accédez au document complet: The Blog vs Big Brother: Information and Communication Technologies and Human Rights, 1980–2005 (PDF). Plus d'info ici sur iRevolution.

Trois façons de voir ça
Ce que certains appellent Human Rights 2.0 bénéficie-t-il de la société de l'information?

- Les optimistes répètent en choeur que l'accès renforce la liberté d'expression (et augmente les échanges d'idées, générateur de changement);

- Les pessimistes ressassent les risques de la surveillance, du contrôle et de l'augmentation de l'inégalité (le "digital divide");

- Les sceptiques haussent les épaules: il n'y a pas moyen de valider ni l'un ni l'autre.

Les sceptiques seront confondus: il y a effet positif; l'accès à Internet augmente significativement le respect des droits de l'Homme dans les pays, selon les professeurs de l'étude, statistiques élaborées à l'appui (tiré de la base de données de International Telecommunication Union portant sur une dizaine d'années).

Augmenter les coûts de la non-transparence
Ils rappellent que les nouveaux outils "permettent de disséminer rapidement des informations sur des cas ou des abus, autrement invisibles". Cela "augmente le coût pour les gouvernements qui cherchent à cacher leurs méfaits" --mais aussi la répression, ce qui pourrait annuler paradoxalement l'effet positif.

Leurs calculs montrent que l'accès à la télévision n'est pas un facteur favorisant les droits de l'homme (elle est plutôt corrélé négative sur certains points, P.16-17)

Surprenant, le téléphone cellulaire ne semble pas avoir d'impact significatif (p.18-19). Le téléphone résidentiel (à fil), lui, semble clairement corrélé négativement avec les droits de l'homme, à ce que j'en comprends.

Ils semblent que les auteurs ont bien pris des précautions pour ne pas capter des effets parasites (i.e. que les résultats proviennent d'autres causes, comme le type de gouvernement, l'urbanité. etc)

Internet semble dans tous les cas supporter les initiatives civiles, ce qui favorise les réformes plutôt que la répression devenue trop coûteuse.

Alignement des pas-nets
Cette conclusion arrive particulièrement à temps.

Prenons le cas d'un petit pays, au hasard, où son gouvernement délinquant glisse dans l'illégalité internationale de jour en jour (voir Conseil des droits de la personne de l'ONU - La réputation du Canada mise à mal -Le Devoir 13 février 2009).

Ce pays verra deux présidents américains sur son territoire prochainement:

1) Le président Bush sortant «fera part de ses réflexions au sujet des huit importantes années passées à la Maison-Blanche (...)», en mars à Calgary (source Cyberpresse 13 février 2009)

2) Le nouveau président Obama rencontrera le chef du gouvernement minoritaire à Ottawa cette semaine. Parleront-ils du rapatriement d'un citoyen illégalement emprisonné à Guantanamo?

Le premier l'a mis en prison à l'âge de 15 ans, le second pourrait le libérer maintenant à l'âge de 22 ans.

Mais le gouvernement "n'a pas l'intention d'aborder le cas d'Omar Khadr lors de son tête-à-tête avec le président Obama" (source Le devoir 12 février 2009). Quant à Calgary, on se fait une joie d'être le premier à avoir rapatrié le président sortant.

Cause
Je sais que ce n'est qu'un petit pays d'Amérique sans grande envergure, mais si vous souhaitez pousser les droits de l'Homme 2.0 dans les pays en voie d'écrasement, voici quelques adresses dans FaceBook:

FaceBook: For the immediate release of Omar Khadr from Guantanamo Bay (5900 membres)
FaceBook: The Campaign for JUSTICE for Omar Khadr (6200 membres)
FaceBook: The Campaign for JUSTICE for Omar Khadr (Mini-Feed)
FaceBook: (nouveau) Mr Harper, demandez au président Obama le rapatriement d'Omar Khadr ! & Prime Minister Harper, tell President Obama bring Omar Khadr home, now!

Quelques liens : "Par les gens, pour les gens"

Quelques liens pour accompagner vos croissants et la lecture de tooooous vos courriels accumulés durant le week-end...

L’innovation sociale pour nous sortir de la crise ! (InterNet Actu)
Il existe bel et bien. Un “bureau de l’innovation sociale” est en cours de création à la Maison Blanche. Une appellation qui prône l’innovation “par les gens, pour les gens”. Et Internet Actu en profite pour montrer 3 pistes pour l’innovation sociale à la française

La lente disparition du terme “Web 2.0″ (TechCrunch FR)
L'expression ”Web 2.0″ semble glisser dans les tendances de recherche sur Google Trends. (Tiens, Web 3.0, aussi --à la bonne heure!).

La "vraie" valeur de Facebook ? (Adscripteur)
Une valorisation fait le doigt en l'air. Mais il y a 175 000 000 facebookiens tout à fait concrets en date de la semaine dernière.

Google (presque) Fatal Error (Affordance)
Google fait une erreur et la totalité du web devient "indésirable". La meilleure analyse du 'bug" du 31 janvier 2009...

Sqworl.com
"Un service en ligne qui permet de réunir sous une même url quelques ressources que l’on souhaite partager." (Repéré sur Arkandis)

Au dessert
Et deux aventures à la douane/ sécurité d'aéroport (en anglais)
Délit de maman (Jill/txt) et délit de consultante (Facilitating Change)
Quand je disais que les blogues sont aussi un endroit d'échanges de stratégies de vie...

Television sur internet

"Peut-elle être assujettie aux mêmes règles que la télévision traditionnelle?"

Mouse Trap.JPG - http://flickr.com/photos/billselak/427719926/Au Canada le débat est miné.

Le paysage audiovisuel canadien, lourdement subventionné, miné de toutes parts par des conventions corporatives, bâti sur une schizophrénique prémisse autistique (il existerait une culture canadienne, qui est en fait double et transparente l'une à l'autre, basée pour l'une sur une volonté de se différencier de son voisin américain et sur l'autre de se reconnaître dans une mer anglophone), ce paysage est une construction artificielle complètement réglementée.
Internet est tout son contraire.

Que veut dire alors la "télévision sur internet" au Canada? Quand le CRTC, un "organisme public indépendant chargé de réglementer et de superviser la radiodiffusion et les télécommunications" fait des audiences sur le sujet, c'est comme donner un coup de pied dans un ruche d'abeilles.

On pourrait résumer l'enjeu de cette façon:

Si internet offre une "concurrence déloyale" aux radiodiffuseurs, alors :
- soit internet doit aussi être réglementé,
- soit les radiodiffuseurs doivent être déréglementés.

Les logiques implacables en jeu sont alors les suivantes :

- Les associations d'artistes sont dans la position intenable de demander de réglementer internet (du moins, de prouver les "effets pervers de l’Internet sur la profession de leurs membres" (voir le billet de Yannick sur la lettre sans équivoque de l'association des réalisateurs régionale), moitié par ignorance, moitié par intérêt vital.

- Les regroupements de télédiffuseurs devront défendre l'évidence : pour avoir une déréglementation dans leur secteur, ils laisseront Internet non réglementé au risque de perdre de l'argent en se phagocytant (déplacer leur clientèle payante vers un canal "gratuit"), mais en gagnant les coudées franches pour pouvoir engranger seul les profits.

- Les télécoms, via leurs fournisseurs d'accès internet, seront poussées par leur actionnariat à réclamer l'arrêt de la neutralité du net --même si ça veut dire tuer le net. (voir le billet de Michael Geist sur l'importance des audiences sur la neutralité du réseau)

- Et le géant du web, Google, doit absolument défendre la neutralité du net pour la simple et bonne raison que le chaos régnant sur le réseau rend son service de recherche incontournable.

Les audiences publiques commencent la semaine prochaine.

Plus d'info:
CRTC - Avis de consultation et d'audience La radiodiffusion canadienne par les nouveaux médias
Les affaires - Le CRTC sommé de réglementer les nouveaux médias
Autres articles sur CRTC sur Zéro Seconde

Restant de tabs

Petite revue de liens glanés qui ont retenu mon attention récemment.

Idées

Comprendre le net pour s'y adapter...
La meilleure revue de liens récents sur la presse trad en déconfiture, la presse en ligne qui se cherche, les usages en mutation dans une économie informationnelle en abondance (novövision)

Comptes rendu du séminaire 2008 de Mémétique
Pour ce 5ième séminaire de Mémétique francophone (Paris les 27, 28 et 29 juin 2008): 3 PDF, Quelle sorte d’humanité après l'individu ?, Mémétique et Enseignement, Mémétique et Transformation de la Société

Enseignements

Enseigner l’identité numérique
Nécessité d’une éducation à l’identité numérique, à la culture informationnelle numérique, par tranche d’âge et segments. Enjeux et pratiques d’une construction identitaire sur Internet (via Florence Meichel).

From Knowledgable to Knowledge-able: Learning in New Media Environments
De Michael Wesch , Kansas State University, professeur en Anthropo digital, qui nous a donné The Web is Us/ing us, les structures physiques, sociales et cognitives nous freinent...

Web et audiovisuel
Réponse à l’ARRQ (Association des Réalisateurs et Réalistrices du Québec)
L'association lance un appel afin de connaître la liste des “effets pervers” de la diffusion des vidéos sur le web.

La WebTV et l'art de se faire voir sur le web
Version écourté d'une présentation de Sacha Declosmesnil

Médias sociaux
La recette du succès d’une communauté en ligne (partie 1)
Un résumé de Guillaume Brunet et Martin Aubut des ingrédients pour réussir sa communauté Web 2.0. La partie 2 est ici.

En vrac

Best Practices in Writing Email Subject Lines
The most 100 popular Twitter Applications

Les ambassades numériques

« Que valent finalement les quelque 8350 articles sur le Québec de Wikipédia (...)? » lance Stéphane Baillargeon dans le Devoir d'hier. « Des pistes, pas des références ». Réfléchissons sur l'implication de la Francophonie dans ce savoir qui s'écrit en ligne .

WikipediaDans 4 courts articles publiés samedi dernier, Baillargeon réussit à bien survoler les contours et les enjeux de l'encyclopédie, ouvert aux contributions du monde entier, dans le cadre d'une petite nation.
Wikibec et Quépédia
Une production tout-tout-tout (verrouillé)
Des chicanes dans ma cabane (verrouillé)
La pire des options?

8350 articles, 1 peuple

Bien sûr, Wikipédia se fait taper sur les doigts pour toutes ses imprécisions encyclopédiques à propos de ce pays trop incapable de se mettre en scène, même sur le réseau (« à peine 7% des rédacteurs de tous les textes en français proviennent du Québec ») : "Il faudra aussi rehausser la qualité des articles [sur le Québec]" fait-il dire à Sébastien Savard, un administrateur québécois du Wikipédia francophone.

Sources ouvertes
Un bon point soulevé : alors que les archives nationales allemandes ont fourni récemment 100 000 images de l'histoire de l'Allemagne et que le gouvernement américain met automatiquement libre de droit tout ce qu'il produit, « les fonds d'archives québécois ne facilitent pas la reproduction d'image ».

Critique critique
Baillargeon souligne bien d'autres enjeux (notamment, le refoulement des régionalismes même sur des sujets régionaux, ou encore l'effet rouleau compresseur de Wikipédia sur les autres encyclopédies savantes). Il conserve tout son sens critique face à ce phénomène, même si ça revient, d'une certaine manière, à répéter que Wikipedia ne peut être crédible pcq on a trouvé telles ou telles fautes...

Comme le dit si bien Fagtstein après la lecture du dossier du Devoir, Wikipedia n'a jamais réclamé être crédible, "It doesn’t want to be trusted", il demande seulement au visiteur de "vérifier les faits, chaque fait, dans chaque article" et de les corriger. C'est là un changement de paradigme complet qu'il est important de souligner quand on parle du phénomène.

Média du savoir
Stéphane Baillargeon interviewe d'ailleurs Jean-Michel Salaün, Directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal, qui a toujours le don de bien résumer les situations :

« Une encyclopédie jusqu'à maintenant servait à fixer le savoir. Wikipédia semble avoir complètement renversé ce raisonnement avec sa construction continuelle du savoir, plus près du média que de l'encyclopédie traditionnelle ».

« D'un point de vue commercial, c'est une destruction de valeur. Du point de vue du savoir, c'est le contraire... ». (source: Une production tout-tout-tout -Le Devoir, verrouillé)

La société des savants
Cette série d'articles fait, à mon avis, suite au billet incendiaire de Christian Rioux sur la société des blogues, dont j'ai commenté à plusieurs reprises sur ce carnet certaines exagérations, où il disait tout le bien qu'il pense de la montée de monsieur tout le monde dans la participation au spectacle du monde (voir aussi la controverse actuelle avec Facebook et l'enseignement).

Mes précédents billets sur ce sujet :
La pêche aux idées
Les prénumeriques
Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux

Je reviens sur lui ici notamment pour le passage où il vilipendait Mark Prensky qui suggère aux professeurs de proposer à leurs élèves d'écrire des articles sur Wikipédia, « une encyclopédie sans comité scientifique, bourrée d'approximations et d'erreurs».

Le savoir en mouvement
"Si, grâce aux idéologues d'Internet, le premier élève peut se prendre pour d'Alembert ou Diderot, il n'est pas besoin de chercher longtemps les causes du décrochage scolaire." (source: société des blogues -Le Devoir)
Dans la pensée prénumérique, le savoir s'arrête quand on publie. Mais si on voit le texte pondu comme étant un point de départ, on change de perspective! Les d'Alembert en herbe ne font que démarrer l'exercice et les lecteurs comblent les manques.

Mais ici encore, il s'agit de s'assurer d'avoir une masse critique : une crainte toute légitime est de voir ces "futurs décrocheurs" prendre toute la place. Christian Rioux n'exprimait que cette crainte.

Quantité= qualité en percolation
Si on s'accorde pour dire que la quantité de modifications d'un article garantit un tant soit peu sa qualité, il faut une masse critique de visiteurs pour polir les articles de Wikipédia.

Les articles concernant l'histoire des petits peuples, surtout s'ils ne participent pas en nombre au réseau, soit par le manque de ressource, soit par manque d'intérêt sont réduits à laisser les autres réécrire leur histoire.

Ces petits peuples doivent alors trouver une autre façon de prendre leur place.

En termes plus clairs et directs, si le Québec n'a pas la masse critique de gens à partir duquel un faible pourcentage d'érudits se dévoue à être bénévole pour ce savoir qui s'écrit en ligne, il doit prendre d'autres moyens pour y arriver.

Comprenez-moi bien, il n'y a pas de mal à être un peuple pas assez nombreux pour réussir à s'inscrire dans les réseaux participatifs qu'offre le web 2.0 (à quoi sert un réseau social virtuel, quand les peuples sont, en soi, par leur proximité, déjà un meilleur réseau social dans la réalité?).

Mais laisser L'encyclopédie de l'Agora et les institutions gouvernementales ou non gouvernementales sans les moyens d'y participer n'est pas une bonne stratégie.

In .gov we trust
Je dois avouer que je me fie moins à Wikipédia francophone pour des sujets concernant notre culture francophone à cause de cette masse critique manquante et je me fie davantage à Wikipédia anglophone, pour cette même masse critique présente, pour des sujets mondiaux, larges ou scientifiques.

Mais rien n'empêche la Francophonie de cesser de vouloir jouer les règles d'un jeu foncièrement inégal par définition (il y aura toujours moins de francophones que d'anglophones) et de commencer à supporter directement les organismes ou les gens qui cherchent à s'impliquer...

À quand nos ambassadeurs numériques?...

TV5 : un reportage sur la webTV

La semaine dernière, une émission sur TV5 abordait la Webtélé. L'équipe de l'émission québécoise Club Social est venue m'interviewer sur le phénomène.

Ceux qui sont intrigués par le phénomène pourront aussi y voir quelques interviews de certains acteurs de la scène WebTV au Québec et leurs motivations.

Notez au passage la "parodie" que l'équipe télé faite de la webTV: ils simulent une émission web improvisée, mal cadrée, brouillonne et inintéressante. Exactement le contraire de ce qui se fait actuellement sur le marché.

L'émission est ici, MAJ : "Le lien de TV5 n'est plus disponible en consultation") et pour accéder au passage sur la webtélé (environ 10-15 minutes) allez à 25:00 (vous devrez attendre que le vidéo se télécharge pour pouvoir accélérer jusqu'au passage). Ne perdez pas le lien pcq il est quasiment impossible de le retrouver à partir de la page de l'émission...

La pêche aux idées

Pour les travailleurs du savoir, la conversation entre blogueurs représente essentiellement un échange d'idée plutôt que de texte. C'est une forme de "connexion à travers le contenu"basée sur la confiance et la possibilité de transcender les spécialités... C'est une des conclusions à laquelle est arrivé Lilia Efimova dans son doctorat sur le sujet. Une occasion de faire le pont avec l'escarmouche de Christian Rioux, du journal Le Devoir, à propos de l'épidémie blogueuse...

Dans son billet d'humeur en début d'année, Christian Rioux nous a offert une porte ouverte sur la pensée prénumérique des travailleurs du savoir (et du matériel pour plusieurs billets encore ;-) (voir Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux).
"(...) il m'arrive le plus souvent de déplorer la médiocrité de ces «nouveaux» contenus qu'est censé offrir Internet. Chaque fois que je lis les blogues de mes collègues [journaliste] qui s'adonnent à ce nouveau vice, je suis déçu. Déçu d'y trouver des textes généralement bâclés, improvisés et mal écrits, qui ne font pas toujours honneur à leur talent. C'est ce que j'appellerais du journalisme de comptoir, où l'expression du premier jet et donc du sentiment premier prime sur tout. Or écrire, même un simple article, c'est se donner le temps de réfléchir et de se relire." (Source Le Devoir 09 janvier 2009, le gras est de moi)
Retour sur une déception
Toute la déception de Rioux repose sur des attentes préconçues (légitimes, certes, mais attentes hors de propos). Les lecteurs de mon blogue savent bien que tant que l'on s'obstine à voir dans les blogues du journalisme, c'est réduire le phénomène à son contenu. (Voir Être journaliste sur le web et La blogosphère et les médias).

Quand Rioux dit, "je ne vois pas grand-chose que je n'aurais pu trouver autrefois sur papier. (...) [S]ur le plan du contenu, le résultat aurait été à peu près le même", une certaine dimension manque.

Nous voyons donc dans ses commentaires une matière pour explorer le mécanisme réflexif d'un prénumérique sur un phénomène, a priori nouveau dans le monde des travailleurs du savoir. Je laisserai le soin à d'autres de dire si cela est vraiment révolutionnaire

"L'épidémie blogueuse" parmi les travailleurs du savoir
Le "premier jet" et le "sentiment premier", défaut ou vice selon Rioux, permettent dans la blogosphère en général un autre type d'échange que celle de simple contenu. Car tout échange n'est pas que journalistique. Lilia Efimova le montre bien dans le résumé de son dernier chapitre (la version longue est ici).

Lilia nous propose une vision très mûrie (elle a eu le temps de "réfléchir et de se relire") sur la pratique des blogues parmi les travailleurs du savoir.

Sa conclusion gravite autour de 4 points: les idées, les conversations, les relations et les tâches (et un 5e point, le contexte):

On peut voir les blogues comme une couveuse à idées. Les idées circulent, s'entrechoquent, provoquent des conversations, qui a leur tour créent des relations. Ces idées sont ensuite cueillies lorsqu'elles sont prêtes pour répondre à un besoin, une tâche. Ces éléments varient selon le contexte.
Les idées
Son étude du réseau de blogueurs montre l'importance d'un "réseau de partage du sens".

- Les blogues sont utilisés pour suivre le "cours des idées", sous forme de micro-lectures, généralement à partir d'autres blogues considérés comme sources fiables et avec l'aide de son réseau comme filtre.

- Les blogues procurent un espace pour capturer et articuler des idées qui seraient autrement non documentées ou cachées dans des espaces privés; les blogues représentent un carnet ouvert de contenu "croyable" ("trusted").
Ça me rappelle qu'au début de la blogosphère, il était courant de parler des billets comme des "idées à moitiés cuites" (half-baked ideas). On peut voir la blogosphère comme une fontaine à idées, dommage pour ceux à qui cela donne des ulcères. De la quantité donc, des idées à profusion, oui, mais dont beaucoup seront mis aux poubelles.
Les conversations
Les blogues répondent à un besoin de partager une perspective du monde, en général sur ce que l'on travaille, et des informations diverses, sans peur de "spammer" (pousser l'information à d'autres qui ne l'ont pas de mander) --le blogue étant fondamentalement en mode "pull" (on va à l'information, l'information ne nous est pas poussée).

-Les conversations de la blogosphère offrent à la fois un historique des écrits individuels et à la fois un historique des interactions entre blogueurs (conversation ou rétroliens). Mais ces contextes ne sont ni nécessairement explicites ni nécessairement "retraçable" pour quiconque.

-En comparaison avec d'autres outils, la participation dans les conversations demande un effort accru où la recherche laborieuse du contexte (fragments de conversations éparpillés) limite grandement l'échelle ou la fréquence des conversations. Ce qui la réserve à un réseau proche et très connecté.

-En ce sens, on peut dire que les blogues ne procurent qu'un support occasionnel plutôt que constant aux conversations.

-Participer aux conversations de la blogosphère contribue à développer des idées et des relations qui transcendent les spécialisations et excluent les intermédiaires.
Le support constant de la conversation, plusieurs l'ont remarqué, s'est déplacé sur les moteurs de micro-blogging comme Twitter. La difficulté de retracer les conversations reste une barrière, encore, pour le grand public.

Le tiers exclus
Mais le plus intéressant est le dernier point sur l'exclusion des intermédiaires.

L'apparente mise au rancart des journalistes comme "courtier d’idées" (ou de l'information) est ainsi expliquée. D'où leur première réaction épidermique face à la blogosphère. Ils ont depuis repris une place dans le nouvel écosystème de l'information. Actuellement la tension est plutôt disparue.

Rioux étant un cas à part, ne voulant ni partager ses idées "à moitié cuites " (tout à fait compréhensible) ni prendre part à la conversation (ce que d'ailleurs plusieurs journalistes boudent toujours -car règle générale, ils ne commentent que sur leur propre blogue), il représente une façon de faire "prénumérique": le collectif est généralement responsable de la médiocrité, le public est généralement ignare -- les courriers des lecteurs et les lignes ouvertes à la radio le démontrent tout le temps.

La conversation journalistique
D'une certaine façon, la conversation est pourtant déjà utilisée par les journalistes. Pour eux le téléphone entre collègues est et restera encore longtemps le meilleur moyen "pour capturer et articuler des idées qui seraient autrement non documentées ou cachées dans des espaces privés ". Comme ce canal fonctionne bien, il peut être compréhensible que la conversation dans la blogosphère leurs semble inutile

La blogosphère des travailleurs du savoir n'est qu'une version numérique, décentralisée, démocratique de ce besoin d'aller "à la pêche" ou de valider son point de vue ("à moitié cuite").

Je vous laisse le soin de lire le reste du texte de Lilia sur les autres points.
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Obamicon.me : il y a du Obama en chacun de nous

Martin Lessard  Obama StyleAvoir votre portrait en forme d’affiche inspiré de celui de Shepard Fairey pour Obama, ça vous dit?

Rendez-vous à obamiconme.pastemagazine.com

Prenez votre photo avec votre webcam ou téléchargez votre photo, modifiez le message et voilà!

Jamais dans l'histoire de la communication avons-nous vu si rapide récupération d'une icône. En quelques mois, cette affiche "vintage" est devenue un plug-in web, déjà récupéré à mille sauces (Sarkozy, fido, etc.)

On a attendu 100 ans pour voir Van Gogh passer de l'avant garde incompris à un plug-in Photoshop popularisé devenu exercice de style dans les cours de peinture à la maternelle.

La notion d'original / de copie n'est plus ce qu'elle était...

WebTV: les facteurs de succès

Je donne aujourd'hui, à l'INIS, un atelier sur la webTV dans le cadre des ateliers Makila 2008-2009 organisé par l'agence TOPO. : on passe en revue les enjeux, défis, les stratégies et les facteurs de succès de la WebTV.

Faisant suite à une présentation la semaine dernière de Yannick Gélinas sur et précédent celle de Sacha Declosmesnil, les participants auront droit à un bon aperçu des outils et enjeux dans le domaine de la vidéo en ligne.

Je parle surtout de la chaîne de valeur, de la culture du web et de l'importance des réseaux sociaux. C'est un survol stratégique du nouveau territoire pour les gens de l'industrie de la vidéo et du cinéma.

Je vous partage les liens vers les quelques séries de webTV abordés --il y a tellement d'autres que je ne peux tout aborder-- et les liens les documents de recherche qui sont disponibles sur le web et que je demande aux participants de lire pour en savoir davantage.

Documents de recherches
Cefrio - statistiques NetTendances
Digiworld 2007
Digital Economy Fact Book
Étude AFPTQ : Les nouvelles plateformes de diffusion média - Des mutations profondes pour les industries de l’audiovisuel et du multimédia
Bear Stearns Media Research : The Long Tail: Why Aggregation & Context and Not (Necessarily) Content are King in Entertainment

La culture Internet
Web 2.0 ... The Machine is Us/ing Us (video de M. Wesch)
Les 6 cultures du web (Martin Lessard)

Les webTV

"Talking Heads"
RocketBoom
Daily Mahalo
WallStrip
WebbAlert
Epic Fu
Le Tapis Rose de Catherine (Cinéma, Québec)
"Séries"
L'univers LG15
We Need Girlfriends
Dorm Life
Gravityland
Break a leg (the sitcom)
Hello Geekette (Français comme son nom l'indique)
ChezJules.tvà (Québec)
Inspector Bronco (Québec, traduit du Hindi ;-)
Where are the Jones? (scénario interactif; terminé)
"Films découpés"
Take Me Back (Québec)
Parisk.fr (France)
Survive The Outback (Interactif)
"Sketchs" (Québec) (il y en a tellement plus !)
Têtes à claques
Le cas Roberge (en dormance)
Les Tronches
La minute Blonde (version Québécoise)
Les Trois de Piques
Galacticast (anglais; en dormance)
Kapout.tv
Les Moments de Maman
BananaCam.tv
Didier Ze Mime
TVPT.TV
Urler.tv
Les "agrégateurs"
Kartel.tv
33Mag
Montreal.TV
AlerteRouge.TV
Paroles Citoyennes
Étoiles.TV
Collège de stars
Docu
The story of stuff
The Meatrix
VBS.tv
MidWest Teen Sex Show

TV en direct + FaceBook = TV Sociale

L'offre en ligne pour suivre "live" un événement s'est grandement développée. L'association CNN & FaceBook qui a présenté l'investiture du président Obama hier démontre ce que pourrait être la télé en direct dans un future très proche.

Tout en suivant live l'investiture, on pouvait, sur la même page, "chatter" live avec sa communauté Facebook grâce au partenariat CNN Live et FaceBook Connect.

CNN live + Facebook Connect
Statistiques
De Inside FaceBook (via Mario)

• 1,000,000 de personnes ont mis à jour leur statut facebook via l'application sur CNN.com Live Facebook
• 4,000 mises à jour par minute en moyenne durant tout l'événement
• 8,500 mises à jour du statut Facebook durant la première minute du discours d'Obama

• 25 millions de live video streams Via Beet.TV
• Autres statistiques sur NeeTeeVee.

Facebook tire ainsi le tapis sous les pieds de Twitter
FaceBook avait redonné un regain à Twitter en montrant l'utilité du "status", qui est en fait du micro-bloggage. Pourquoi s'embarrasser de tout l'appareil Facebook quand seulement le "status" suffit pour devenir un "média"?

L'idée géniale de CNN et FB a montré toute la puissance de la communauté de Facebook : suivre l'événement est une chose. La suivre en commentant en ligne en est une autre. La suivre avec sa communauté est tout à fait galvanisant.

Twitter n'a pas perdu la partie pour autant. Il reste un puissant outil de "breaking news", de scoops, du "peer to peer news". Mais ici si on veut regarder ensemble un événement, FaceBook + la télé est le nouvel endroit...

La télé sociale
Je ne crois pas que Twitter (ou autre outil de clavardage ou de forum) aurait offert le même degré de confort social: c'est comme aller écouter un événement sur un grand écran dans un bar ou un café, à la différence, dans le cas de CNN+FB, c'est que dans la salle ne se trouvent que des gens que vous connaissez. Les cris seront les mêmes ("Go Obama Go!") que dans une salle remplie d'inconnus, mais lancés ici par votre réseau personnel centré autour de vous.

Comme Facebook a réussi à paraître plus "personnel" (il n'y a pas d'anonymat sur Facebook), le côté "public" de Twitter semble tout à coup moins approprié... (voir en passant l'analyse d'ExVisu de Twitter sur les données linguistiques entourant Obama).

Une nouvelle audience
Comme l'investiture avait lieu en milieu de journée pour les Américains, les employés au travail ont pu se tourner en masse vers les sites web pour accéder à la diffusion en direct.

CNN a tapé dans le mille en attirant sûrement une grande audience qui avait déserté le petit écran. Les "numériques" ont redécouvert un nouvel usage de cette "télévision" qu'ils trouvaient peut-être trop traditionnelle, unidirectionnelle, dépersonnalisée.

Il ne faut pas sous-estimer ce type d'expérience: quand le réseau sera autant fiable que les ondes, il y a fort à parier qu’« accéder à la télévision» se fera par Internet pour ce type d'événements : on ne veut plus être tout seul devant l'écran.

Autres liens
Si vous avez manqué le discours d'Obama, c'est ici pour la video et ici pour le texte anglais (et ici pour des extraits en français)
Et vous pouvez voir toute la scène en 3D avec PhotoSynth (MS SilverLight 2.0 nécessaire) (via Journal du Geek)

Autres réflexions sur la télé et le web sur Zéro Seconde
Les réseaux sociaux comme extension de la culture de masse
::Où je tire un peu les oreilles de Radio-Canada et explique pourquoi les réseaux sociaux poursuivent une lointaine guerre entre culture d'élite et culture populaire.
Pré-diffusion TV
::Lancer sa saison sur le web avant de la lancer à la télé?
TV et le web : faites court
::Les gens peuvent passer jusqu'à 40 minutes sur YouTube, mais ils le font à coup de clips de deux minutes.
Métamorphoses de la télé
Les grandes mutations qui affectent l'industrie de la télédiffusion créent une fenêtre de nouvelles opportunités pour expérimenter et tester les nouveaux médias.
Pour ou contre Facebook?
Il est trop facile d'en faire un combat "vie réelle" versus "vie virtuelle", la dichotomie fondamentale est plutôt "en ligne/hors-ligne".

Les prénumeriques

"Les prénumériques regardent l’heure sur une montre, ils trouvent leur chemin sur une carte pliée en accordéon, [...ils] écoutent la météo sur leur poste de radio, regardent les infos routières à la télévision. Pour préparer leurs vacances, ils vont dans une agence de voyages et ils prennent les dépliants avec les horaires de trains. Au retour, ils font développer leurs photos et en font des doubles pour leurs proches."(source)

Le iphone de mon grand-pèreVous regardiez les photos, en noir et blanc, de vos (grands) parents, toutes écornées, dans la boîte à soulier, émerveillé comme Howard Carter découvrant le tombeau de Toutânkhamon, d'avoir une vue sur "l'ancien monde".

Aujourd'hui il s'agit de se faire décrire comment nous vivions dans le pré-numérique pour retrouver ce frisson du temps disparu. Mais est-il vraiment disparu?

Jacques-François Marchandise, directeur de développement de la FING, a fait un bon billet jeudi sur "les prénumériques" pour nous dire que les temps ont changé, mais aussi que tout n'est pas changé.

"Nous retenons mieux ce que nous lisons sur le papier qu’à l’écran, et nous avons un peu peur de la disparition du livre, que nous trouvons fonctionnel et portatif, et que nous aimons bien, parce qu’il a son histoire et qu’il est dans la nôtre."

Point d'orgue
Je crois que son billet vient clore un cycle de discussion sur les "digitals native / digital immigrants" que j'ai commencé la semaine dernière [Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux et Épidémie blogueuse] :

"On est toujours le prénumérique de quelqu’un. [...] Comprendre ce qui change, c’est aussi comprendre ce qui précède". Il dit croire que "nous sommes donc durablement prénumériques; quant aux digital natives, ils naissent ou sont nés dans un monde où le numérique existe, mais où le prénumérique préexiste, et il n’y a pas lieu de s’en inquiéter, mais d’y prêter toute l’attention nécessaire."

En commentaires sur InternetActu
Philippe Cazeneuve ajoute : "Nous avons beau travailler dans des environnements numériques, la construction de nos connaissances et la capitalisation de nos expériences, la façon dont nous mémorisons les informations que nous échangeons et produisons relèvent toujours me semble-t-il de logiques qui ne sont pas d’ordre binaire."

Erwan, ajoute :"Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut avant tout de la curiosité pour la chose numérique, ainsi qu’un peu de patience. À l’époque où nous nous trouvons, ces (pré)dispositions comptent bien plus que l’âge, et ça risque de durer encore un moment…"
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Autres liens
"Enseigner et apprendre en milieu nomade" : l'intervention vidéo de Jacques-François Marchandise

2 interviews cette semaine

Deux interviews coup sur coup que j'ai donné cette semaine. L'Atelier , sur les usages des réseaux sociaux en ligne et La Presse Affaires, sur la Web télé.

Montée des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux virtuels L'Atelier (un réseau de veille de UNP Paribas) commente une étude (US Media Myths & Realities) sortie récemment qui démontre que près de 33% des consommateurs (américains) fréquentent les réseaux sociaux pour s'informer, contre 17 % en 2006, et l'usage des blogues est passé de 13% à 26%.

"Sur les sites d'achats, les consommateurs partagent des stratégies de vie, de consommation. [...] Cette étude confirme une tendance pressentie depuis plusieurs années" ai-je dit au journaliste. La suite: Sur le Web, le consommateur débat partout (398 mots)

L'étude montre à quel point l'écosystème de l'information se transforme avec les nouveaux outils en ligne (et il faudra bien que je continue ma série de billets sur le sujet). Il existe une fragmentation des usages: les "consommateurs-influenceurs" consomment davantage de canaux alternatifs que la population en général --une autre preuve que sur le web ce n'est pas la quantité, mais la qualité-- et que les sources traditionnelles commencent un lent glissement dans les soudages (de 71% à 65% pour l'usage des réseaux de télévision comme source d'information).

"All channels can now link with one another, allowing more collaboration and participation than ever. The melding of media is also demonstrated in the actions of legacy media, which are continuing to embrace and implement the principles of new media. Conversely, the journalistic principles that underline news organizations - accuracy, timeliness, objectivity and so forth - will move to other delivery channels. Regardless of where we get our information, we want the source to be credible."

La WebTV bientôt à la TV?
La web tv La Presse Affaires parle des téléviseurs branchés et des téléphones intelligents, vus au Consumer Electronics Show, qui place le contenu vidéo tiré d'Internet au centre de l'attention, où de nouvelles dispositions facilitent l'affichage sur téléviseur ou sur téléphone de contenu vidéo tiré d'Internet.

«La télé nous amène à un clic du «couch potato», ce qui fait cruellement défaut aux productions Web d'ici [...] Pour que la Web télé marche, ça prend une masse critique et la télé leur procurerait cette masse critique là." ai-je dit à Alain McKenna. La suite: La naissance d'une industrie de la Web télé grand public?

Aussi interviewé dans l'article, Laurent Maisonnave croit aussi que le « rapprochement entre le web et la télé, c'est le sujet de l'heure». Au Québec, «On a déjà l'avantage culturel: les séries qui collent à la culture québécoise vont davantage intéresser les téléspectateurs d'ici que les séries étrangères» continue-t-il. Dans son blogue, Laurent ajoute que la question majeure est celle de la taille du marché et du volume de publicité. Lire
Le grand public au secours de la Webtélé québécoise.

Tout ça remonte à la problématique question du modèle d’affaires de la WebTV et de sa percée auprès du grand public. Personne n'a vraiment de recette. MoBuzz a fermé avant les fêtes, Le cas Roberge prend une pause.

Je crois fermement que pour subsister en ce moment il faut que les coûts soient réduits au strict minimum et produire plusieurs formules de front: comme il est dur de prédire ce qui marchera, le public tranchera dans les statistiques de fréquentation. Un ensemble de petits succès peut donner des ailes à l'ensemble.

Ça oriente la créativité, ça peut la contraindre même. Mais, comme on dit en anglais, "It's scalable".

Épidémie blogueuse

"Si ce type de lecture devait remplacer le journal et le livre, alors oui, s'en suivrait une grave régression intellectuelle" parce que "la lecture de longs articles sur internet [étant] tellement fastidieuse qu'elle favorisait le zappage au lieu de la concentration". [Christian Rioux dans un commentaire chez Mario Asselin]

"L'épidémie blogueuse" [voir mon dernier billet] induit la lecture en ligne, et dans mon cas, pour de longs articles, la blogosphère --sans remplacer le journal et le livre, en ouvrant une voie bien à elle --, particulièrement avec les écrans que nous avons encore, affecte oui la lecture telle que nous la connaissons.

Loin de moi l'idée de vous faire régresser, mais il y a beaucoup de bons billets qui sont parus sur le billet d'humeur de Christian Rioux du Devoir qui sont intéressants à lire

Mario Asselin (Mario tout de Go): Je blogue davantage pour apprendre que pour toute autre raison
Où, dans les commentaires on voit une réponse de Rioux. Mario propose que l'écriture/lecture sur le web repose sur de tout autres prémices que pour le journalisme.

Clément Laberge (Remolino) : Écrire à l’oral
"Tant mieux pour lui s’il trouve ailleurs tout ce dont il a besoin pour alimenter sa vie sociale et intellectuelle (...) Pour ma part, j’ai besoin de _ma_ blogosphère pour y arriver." Clément, autant que Mario, sont des prototypes de cette blogosphère qui réfléchit en publiant. Et la "relecture": c'est avec toute l'audience que cela se passe...

Aurélie Aulume : Pas d'accord pantoute
Bloguer c'est "une curiosité, un désir de partage, d’échange, une envie de participer à des discussions." "Avez-vous déjà dit à votre Oncle Georges que ce qu’il disait au Party de Noël n’avait aucune valeur parce qu’il n’était pas journaliste et qu’il ne fallait surtout pas qu’il se prenne pour ça".

Michelle Sullivan : Reflet d’une nouvelle réalité : le journalisme en mutation
"Et qui dit que cette nouvelle réalité ne nous poussera pas, nous, messieurs et mesdames tout le monde, à devenir plus critiques envers nos sources d’information?" Pendant que des journaux virent en agrégateur papier de capsule de nouvelles, le web permet la démocratisation de la transmission du savoir et des opinions.

Michel Monette : Chistian Rioux a raison et tort
"Pour ce qui est de la critique de Rioux envers le support de lecture, j’imagine que les moines copistes ont été aussi durs envers l’imprimé jadis."

et le dernier et non le moindre
Michel Dumais : Pas de commentaires
La société de l'admiration mutuelle engendre de ridicules polémiques, ahhhh «what's next ?»
Est-ce que Rioux aurait pu demander à ces blogueurs de "soumettre leur texte à une rédaction, comme il le fait depuis trente ans et comme le font les journalistes et les auteurs en général"? Et qu'aurait signifié une commande de réécriture?

Autres liens
On lira (ou butinera?) ces billets qui donnent une autre perspective au débat général de la rencontre de la blogosphère et des journalistes:
Philippe Gammaire (UniversMedia) : Blogs de journalistes : la liberté de ton retrouvée
Martine Pagé: L’auteur et l’auto-promo Web qui résume Bloggers Vs. an Author: No one Wins.

Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux

Marc Prensky a beaucoup fait pour favoriser l'introduction des nouvelles technologies à l'école ou faciliter son acceptation dans la population, avec une belle formule-choc : les jeunes sont natifs du numérique, les vieux sont des immigrants. Mais il est temps maintenant de neutraliser ce mythe du natif versus immigrant qui a fait plus de tort qu'autre chose.

La cité numérique Comme prétexte pour vous en parler je prends mon journal (papier) préféré qui nous propose une attaque frontale contre la blogosphère, ce qui nous change des petites flèches de côté qui ont eu cours dans la dernière année.

Épidémie blogueuse
Christian Rioux, dans le Devoir de vendredi (eh oui, vous pouvez le lire en ligne) a signé un mordant billet d'humeur sur "la société des blogs" (et, admettons-le, c'est assez franc, parfois juste, mais trop corrosif pour de pas refléter une frustration) sur "l'épidémie blogueuse" (avouez que l'expression est bien trouvée) qui ne génère que "zappage numérique", "médiocrité" et rien de moins qu'une "grave régression intellectuelle" [*].

Essayons d'y voir clair le temps d'identifier une source d'incompréhension sur la blogosphère et proposons ensuite une nouvelle métaphore plus pratique pour débloquer la situation...

Je vous laisse le temps de le lire (843 mots), le croissant à la main (joignons l'utile à l'agréable), et on se retrouve au paragraphe suivant.

Dissonance cognitive
D'emblée, l'auteur se traite de "dinosaure", comme pour excuser ce qu'il aura à dire et cite une entrevue avec Prenski, que signe Michel Dumais en guise de cadeau de retour comme collaborateur spécial dans les pages du journal, sur les natifs et les immigrants du web.

Selon Prensky, les jeunes seraient des "natifs" des nouvelles technologies, car, comme Obélix, ils seraient "tombés dedans". Pour les autres, ce ne sont que des "immigrants" qui ont dû tout réapprendre pour vivre dans ce Nouveau Monde...

Rioux serait donc un "dinosaure", voué à l'extinction s'il ne s'adapte pas. Mauvais diagnostic, comme on le verra plus loin.
Sur le thème de Prensky, on peut lire avec profit ces pièces --tiens, je vais faire exprès-- sur la blogosphère, lieu où l'on retrouve, selon Rioux, un "ramassis de banalités et d'énormités souvent sans nom" (et ne on ne peut le lui reprocher sur le fond, mais il a tort dans les faits):

- « Immigrants et natifs numériques», un bref résumé par une bibliothécaire un peu geek et très curieuse.
« Génération Digital Natives », petite histoire d'une génération spontanée ou Lamarck au pays des TICE.
- « Comment les jeunes vivent-ils et apprennent-ils avec les nouveaux médias ? », un billet d'Hubert Guillaud plus fouillé et allant au-delà des concepts de base.
Pour retourner aux sources, vous pouvez relire Prensky:
- « Digital Natives, Digital Immigrants», PDF 2001
- « The Emerging Online Life of the Digital Native », PDF 2004
Résidents versus visiteurs
À quoi rime de dire que les "jeunes" sont "natifs" par défaut?

Oui l'accès aux nouvelles technologies est plus prégnant pour cette génération, mais il ne provoque ni usage prescient spontané, ni compréhension transcentale: la plupart sont tout aussi "clueless" que n'importe quel "newbie" de 40 ans et plus devant Twitter, FaceBook et le Web 2.0...

Il est de loin préférable de voir le territoire numérique peuplé de "résidents" auxquels s'adjoignent par vagues temporaires des "visiteurs".

Les "résidents" habitent une ville numérique, comme d'autre la cité politique, et connaissent bien tous les us et coutumes, les recoins et les raccourcis, les rabais et les pièges de ces lieux. Ces habitants construisent les divers quartiers de cette ville nouvelle.

Les autres, les visiteurs, ne seront que de perpétuels touristes, puisqu'ils "habitent" ailleurs, hors ligne, dans d'autres sphères de l'activité humaine.

Rioux est un junky de news, de politique et de culture d'élite qui constituent son pain quotidien. Il est un impénitent résident de cette autre sphère, celle de l'actualité politique et de la culture d'élite, qui sait reconnaître les touristes qui s'aventurent dans "sa" ville.

Les visiteurs du numérique, ces touristes, envahissent la cité numérique au gré des saisons de vacances de leurs sphères d'activités principales à la recherche de quelque repos ou pour se ressourcer. Certains vont y devenir résidents, mais la plupart resteront plus ou moins "étrangers" aux us et coutumes de cette ville.

Nous sommes tous les touristes de quelqu'un d'autre
Cette métaphore est beaucoup plus prêt de la réalité en ce sens, que la démographie des résidents e des visiteurs ne recoupe pas nécessairement la séparation entre les générations.

Croire le contraire relève du jeunisme. Certains jeunes sont aussi "dinosaures" que Rioux si moindrement leur vie ne se centre pas autour d'internet. Il est préférable de dire qu'ils sont des visiteurs. On excusera plus facilement s'il ne se retrouve pas facilement dans la ville...

Sur ce thème, je réfère ces liens
- "Visiteurs et résidents" de Jean-Michel Salaün qui résume David White, “Not ‘Natives’ & ‘Immigrants’ but ‘Visitors’ & ‘Residents’,” TALL blog, juillet 23, 2008

Je soupçonne toutefois que Rioux ressemble au touriste européen qui vient visiter Montréal "pour ses beaux bâtiments" et qui apporte avec lui sa façon de ne pas être dépaysé.

Il déplore dans sa tournée de la cité la médiocrité des "nouveaux contenus", comme le touriste déplore la médiocrité de l'architecture locale, avant de comprendre qu'il doit d'abord baisser sa caméra et se mettre à converser avec les habitants. Ceux qui connaissent Montréal comprennent de quoi je parle.

Je reviendrai peut-être plus tard, dans d'autres billets, sur les divers autres critiques qu'il adresse aussi à la blogosphère, la plupart vraies sur le fond, mais faux dans les détails. Commençons seulement par enlever ces lunettes qui déforment la réalité et embrouillent les esprits.

L'auberge digitale
Internet est une auberge espagnole et on y trouve ce qu'on y apporte. Il existe effectivement des "résidents", qui ne sont pas autre chose que des "visiteurs" de longue date, qui vivent dans cette ville numérique et certains visiteurs viennent régulièrement grossir leurs rangs.

Cette métaphore de la ville résout bien des problèmes: une ville est composée de plusieurs quartiers, chics, paumés, dangereux, ennuyeux, branchés. Réduire la ville a un de ses quartiers ne donne en rien un bon aperçu. Et tout mettre sur le même pied non plus...

Quand Rioux dit que dans la blogosphère, "la parole de l'expert vaut celle de [sa] concierge", c'est comme dire Paris ne vaut rien, car, "les Champs Élysées côtoie la Goutte d'or". Non, mais! Ce sont deux quartiers différents, avec des attraits différents.

Le visiteur bourgeois qui se perd dans le XIXe arrondissement n'a qu'à avoir une meilleure carte, comme le visiteur honnête qui s'ennuie de voir la débauche des m'as-tu-vu sur les Champs n'a qu'à se faire suggérer des endroits plus intéressants.

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Quand Rioux trouve qu'il y a trop quartiers "mal famés" dans la blogosphère, ces "tribunes téléphoniques permanentes sans modérateur", il oublie qu'il n'est plus dans un monde de "radiodiffusion" -où le contenu éditorial est une norme- mais, d'une certaine façon, directement dans la centrale téléphonique écoutant virtuellement toutes, vraiment toutes, les conversations qui ont lieu simultanément. Juger la pertinence de la sphère "téléphonique" dans sa totalité n'a aucun sens.

Que Rioux ne trouve pas son quartier approprié à ses goûts est un autre problème. Sauf à vouloir rester ce touriste impatient de revenir chez lui, il est normal qu'il doive s'attendre à trouver autre chose.

En premier lieu, reconnaître qu'il n'y a pas qu'une blogosphère, mais des blogosphères. Et que s'il traîne dans les endroits de "commentaires spontanés lancés à tort et à travers", c'est comme traîner la nuit à Pigalles et de détester la faune présente...

Qu'on ne se trompe pas: il a raison de trouver que les Pigalles sont un trop nombreux dans la blogosphère. Il a tort de ne pas penser qu'il existe des havres de civilisation dans cette cité. Chacun a à fabriquer sa carte des lieux.

Dans un espace limité comme en "radiodiffusion", où l'espace est rare et chaque auteur occupe la place d'un autre, on peut critiquer. Dans un espace infini comme sur le web, il y a de la place pour tous et personne n'empêche l'autre d'être au centre.

La blogosphère est une cité où son centre est partout. Il faut prendre le temps de trouver son propre centre. Le reste, on ne le visite pas...

Plus de lecture
-"The Internet as a City: Thoughts on the Connected Brain"
- "Hanging Out, Messing Around, Geeking Out": A Conversation with the Digital Youth Project (Part Two)
- "Are digital natives a myth or reality?: Students’ use of technologies for learning" PDF Glasgow Caledonian University, UK dont il existe une présentation courte : "Myth Of Digital Native: Students' use of technologies"

[*] Note ajouté le 13 janvier 2009
Rioux a plus tard précisé chez Mario Asselin:"Si ce type de lecture devait remplacer le journal et le livre, alors oui, s'en suivrait une grave régression intellectuelle" parce que "la lecture de longs articles sur internet [étant] tellement fastidieuse qu'elle favorisait le zappage au lieu de la concentration". Je laisse entendre dans mon billet que c'est "l'épidémie blogueuse" qui crée cette régression intellectuelle. L'épidémie entraînant la lecture en ligne, et dans mon cas, pour de longs articles, je ne crois avoir trop déformé sa pensée. La lecture en ligne, particulièrement avec les écrans que nous avons encore, affecte oui la lecture, mais moins dans la régression que dans le développement d'un autre mode de lecture. D'autres ont développé davantage sur ce point; Rioux préfère y voir une perte.

Plus de lecture [ajouté 19 janvier 2009] sur la notion de ville
Interfaces : comprendre ce qu’est le contexte (H.Guillaud, InternetActu) : avec les technologies ambiantes, nous aurons les moyens de ne pas déambuler pus dans les rues dangereuses, car elles n’apparaitront même plus sur nos cartes électroniques.
Comment la ville nuit-elle à notre cerveau ? (H.Guillaud, InternetActu) : le simple fait de vivre dans un environnement urbain à des effets sur nos processus mentaux de base