ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Un Pearl Harbor numérique?

La nouvelle est tombée en milieu de journée, hier, non pas sur les fils de presse ou via une conférence de presse, mais, signe des temps (s'il en fallait un supplémentaire), sur le blogue officiel de Google: A new approach to China révèle les détails d'une attaque cybernétique sur le réseau Google en Chine (et sa réponse). Très révélateur des changements à venir.

Avions se préparant pour un bombardemantComme pour beaucoup d'autres organisations internationales, les attaques de pirates cybernétiques sont courantes. Google a subi à la mi-décembre , apprend-on dans le billet signé par le Chief Legal Officier, une attaque d'une ampleur remarquable ("attaque très sophistiquée et ciblée [de taille]") sur ses infrastructures qui s'est révélées non pas être un incident de sécurité habituel, mais une attaque en règle et massive contre «au moins une vingtaine [d'autres] grandes entreprises».

À l'issue de l'attaque, il était clair, selon Google, que l'objectif premier des assaillants était l'accès aux comptes Gmail de militants chinois des droits de l'Homme. L'attaque semble avoir échoué. «Seuls deux comptes Gmail semblent avoir été consultés, et [...] l'activité était limitée aux informations des comptes (comme la date à laquelle le compte a été créé) et ligne d'objet, plutôt que le contenu des courriels eux-mêmes

Ouverture des hostilités
C'est ensuite que ça se corse, et vous verrez pourquoi cette attaque-surprise me semble un Pearl Harbor numérique.

Dans le cadre de leur enquête interne, Google a découvert que des comptes de divers usagers Gmail à travers le monde (et comme par hasard, des défenseurs des droits de l'Homme) ont été systématiquement «consultés par des tiers» (non pas à travers une brèche de sécurité chez Google, mais à travers de vulgaires «malware» installés sur les ordinateurs des personnes).

Google en a tiré une conséquence politique franchement hors de l'ordinaire. Il mettra carrément la clef sous la porte en Chine si le gouvernement de Pékin ne le laisse pas accomplir sa mission qui est d'offrir l'accès à toute l'information du monde.

Voir le monde de façon différente
Voici les résultats aujourd'hui sur images.google.cn (Chine) pour le terme «Tiananmen»

Recherche de Tianmen sur google.cn

Voici les résultats au même moment sur images.google.com (US) pour le même terme «Tiananmen»
Recherche de Tianmen sur google.cn
Aujourd'hui dans une société de surabondance d'information, rechercher sur le web n'est plus un simple acte technique, c'est une construction d'une représentation du monde et de l'état de ses connaissances à une question posée.

Ici on voit la préoccupation massive des Américains pour un événement géopolitique majeur et on voit que pour les Chinois, elle représente plutôt une information touristique. Ou plutôt, le gouvernement chinois avec ses règles de censures veut le faire croire. Et jusqu'à maintenant, Google y participait...

Chine éternelle
À l'aube d'une décennie naissante on remarque la montée en force de la Chine comme acteur global : après les jeux olympiques en 2008, leur succès dans la crise de 2009, sa victoire morale à Copenhague, et l'exposition universelle de Shanghaï bientôt) et la presse mondiale n'a pas manqué de pointer les inflexions subtiles mais significatives de la baisse de pouvoir des États-Unis face à son nouveau rival (Obama ne reçoit pas le Dalaï-Lama avant de se rendre en Chine; il traite à égalité le président chinois; s'assoie avec le premier ministre à Copenhague; sans compter le silence sur les droits de l'Homme à l'empire du Milieu).

Au moment même où plus aucun politique n'ose affronter le futur dirigeant de la planète, se complaisant dans une attitude si munichoise, on se demande qui va élever la voix et frapper sur la table pour dire que le roi est nu.

Hé bien, Google se lève, tape de rage et revient sur sa décision de "collaborer avec le gouvernement chinois" (voir leur profession de foi en 2006 (En)). Il menace carrément de fermer boutique en Chine si le gouvernement de Pékin ne le laisse pas accomplir leur mission.

Les marchants défendent les citoyens
J'avais déjà remarqué que le géant Internet se substituait de plus en plus à la tâche des gouvernements de protéger ses citoyens, particulièrement du côté de l'information et sa libre circulation.

J'avais écrit dans mon ( Etrangler net ), on se rappelle, que le gouvernement central de la marche nordique de l'empire américain laissait un membre de l'oligarchie local en télécommunication tenter de s'attaquer à la "neutralité du réseau". Google a dû défendre les Canadiens contre leur propre instance gouvernementale.

La liberté d'expression et Internet ne font pas bon ménage en Chine. Mais nos géants favoris -Google, Yahoo, Microsoft- s'y amusaient comme larrons en foire (voir mon billet You got jail ! ). Cette attaque-surprise sonne le glas du "non-interventionnisme" de Google, comme l'a fait Pearl Harbor à une autre époque pour les États-Unis.

Une logique de "guerre" s'enclenche et attendez-vous à une balkanisation du web lézarder Internet selon des lignes de fractures culturelles, politiques et économiques. On commencera par une bi-polarisation de l'imaginaire des mots-clefs...

Enjeu politique
Ce qui s'en suivra, car il ne fait nul doute que Pékin de bronchera pas, est que les marchants deviendront les derniers remparts de la démocratie.

En toile de fond, le capitalisme occidental et oriental s'affronte, sous l'oeil indifférent des nos politiques, pour défendre chacun une vision du monde opposé: l'économie supplante la démocratie comme outil de développement social, et l'issue n'est rien de moins que la pertinence ou non de la démocratie pour le bien-être de la population.

Inutile de chercher la poutre dans l'oeil du voisin, La Canada a déjà choisi son camp en fermant son parlement (lire Démocratie agaçante de Manon Cornellier et Le Parlement nuit à l'économie de Hélène Buzzetti dans le Devoir de ce matin).

Google défend bien sûr ses intérêts. Mais voilà que les droits de l'homme et la démocratie sont à la remorque des commerçants...

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Autres articles sur Zéro Seconde sur ce thème

Etrangler net (juillet 2008)
"Bell ralentit volontairement le trafic sur le Web. Et cette pratique est «illégale» selon Google, qui a officiellement demandé au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’intervenir."

Google et protection de la vie privée (mars 2006)
Google et la protection de la vie privéeUn juge fédéral a autorisé Google à ne transmettre qu'une partie limitée des informations que le Département de Justice américain exigeait.

Marchants et vie privée de masse (mars 2006)
Il est vrai que peu de gens portent attention aux questions de vie privée (tant que ça ne leur arrive pas à eux). Mais quand il s'agit de vie privée de masse, de mass privacy, il y a là matière à inquiétude.

Gdrive et privautique (mars 2006)
La privautique deviendra un enjeu collectif qui devra prendre plus de la place dans les prochaines années. Il ne faut surtout pas laisser les individus se défendre tout seuls... Les gouvernements doivent baliser le terrain, et ce, à l'échelle planétaire...

Projet de loi sur l'assainissement d'Internet (avril 2007)
«It's not fascism when we do it»

L'axe du moche (avril 2007)
L'axe Ottawa-Paris-Pékin : même projet de contrôle?

You got jail ! (Septembre 2005)
La liberté d'expression et Internet ne font pas bon ménage en Chine. Mais nos géants favoris -Google, Yahoo, Microsoft- s'y amusent comme larrons en foire. Déluge d'indignations.

3 jours de deuil sur l'internet chinois (mai 2008)
Les Chinois ont reçu un mot d'ordre : "Pas d'amusement public". Mais voilà, Internet subit aussi ce "black out". Et vous qui pensiez qu'internet était du domaine privé.

Pourquoi Internet ne sauvera pas Tiananmen de l'Oubli (juin 2009)
On peut être sidéré aujourd'hui de voir qu'à l'époque d'Internet, si peu de Chinois, surtout les jeunes, s'intéressent à cet événement charnière de l'histoire de l'Humanité. Internet peut-il jouer un rôle. Loin d'être sûr. Explications.

Logo JO des jeux de Beijing (août 2008)
Il y a de ces images qui restent gravées dans la mémoire comme taches d'encre sur une chemise. Comment détruire un logo en 15 secondes.

La poutre dans la caméra des médias (août 2008)
Les médias ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de filmer ce qu'ils ont provoqué.

Réseauter en ligne: "no keyword, no candy"

«Réseauter en affaires : une habitude vieille comme le monde !» Mais réseauter en ligne est bigrement différent. Explorons.

réseautageOn se rappelle tous ces pénibles moments dans les cocktails où on sentait "la vente" venir: vendre son CV, vendre ses services, vendre ses talents ou sa compagnie. Pas étonnant que plusieurs pouvaient se vanter de n'entretenir aucun réseau, synonyme d'aucune compromission.

On associe souvent le réseautage à la fâcheuse manie de distribuer ou collectionner des cartes d'affaires

Le réseautage en ligne participe d'une toute autre logique: il ne s'agit plus d'exposer "qui vous connaissez", mais bien maintenant de montrer "ce que vous connaissez" et de "participer à l'échange de connaissance".

«Échange de connaissance»?! Quoi, mais que vend-on alors?

Avant le spécialiste disait: appelez-moi (et payez) pour savoir. La rétention de l'information était l'enjeu numéro 1. Je sais et tu ne sais pas. Paye.

Logique pas mauvaise en soi. Il faut bien vivre.

Mais par contre, dans un monde de plus en plus transparent, où le flux d'information dépasse tout ce qui a pu être imaginé auparavant, la rétention d'information constitue un suicide professionnel. Si vous ne dites pas ce que vous savez sur Internet, on ne vous trouve même pas ("no keyword, no candy").

Participer à la circulation de l'information devient vital, partager ses connaissances (montrer ce que vous savez ou partager ce que vous apprenez) devient un enjeu de taille pour se faire remarquer dans ce monde qui se syntonise de plus en plus sur les algorithmes en ligne. Google montre la voie: pas de contenu, pas d'indexation.

Mais alors que reste-il? Si on dit tout dans un blogue, Twitter, Facebook, qui va nous engager?
Apprenez par coeur cette comptine: ( ">" veut dire est «supérieur à»)

ce que je sais sera toujours > à ce que je peux dire
ce que je peux dire sera toujours > à ce que je peux écrire
ce que je peux écrire sera toujours > à ce que l'autre peut lire
ce que l'autre peut lire sera toujours > à ce que l'autre peut retenir
ce que l'autre peut retenir sera toujours > à ce que l'autre peut dire

Votre valeur tient à cet avantage marginal. Tout le reste n'est que commodité.
Ce qui est partagé aujourd'hui dans les réseaux sociaux, en particulier les réseaux professionnels, ce sont principalement des sources d'information. Mais la valeur reste dans la tête des gens, et c'est le savoir tacite - ce savoir "dans notre tête" que nous avons si souvent du mal à décrire et à expliquer.

Or dans une société de surabondance d'information, le savoir qui compte le plus est le savoir tacite, un type de savoir bien différent du savoir explicite qui lui peut être décrit et diffusé à tous: le savoir tacite ne circule pas facilement. Il demande une très grande "bande passante" de contexte et un bon pouvoir d'interprétation:

Que peut bien signifier un message comme «La stratégie emarketing du #hashtag sur Twitter http://j.mp/8vNZXt»? Il manque trop de contexte pour permettre à une personne hors du domaine de saisir de quoi il en retourne.

Le réseautage en ligne demande ce type de compétence. Il demande d'être en mode partage des aprentissage tout en créant une attirance: celui qui a posté le message plus haut (en l'occurrence Jean-Luc Raymond) exprime sa compétence par le choix du lien (parmi tous les liens possibles et innimaginables) et affiche son utilité (si je m'intéresse aussi à ce lien, il peut peut-être m'aider).

Le réseautage en ligne est en fait un apprentissage continue. En partageant ses connaissances (explicites --on a vu que les connaissances implicites sont difficile à partager) on montre un saine curiosité, un respect pour son audience (dans la constance et a qualité du partage) et même une capacité d'entraide.

En fait le jeu n'est plus un push (on poussait nos compétences dans les cocktails) mais bien un pull (ceux qui ont besoin de votre aide vous retrouveront). Ils se "pré-sélectionnent" d'une certaine façon: s'il n'aiment pas ce que vous diffuser, ils ne vous appellent tout simplement pas...

C'est pour ça que LinkedIn, excellent rolodex de CV, mais très "réseautage 1.0" (il faut "pousser" pour accéder à un réseau) a opté pour la fonctionnalité Question/Réponse: au delà de l'accès à des listes de "compétents" (à travers leur pedigree) on peut juger de leur "compétence" à travers la ou les réponses que la personne donne.

Réseautage en ligne et ses trois avantages:

- Le processus rédactionnel contribue au développement de la compréhension.
- La participation aux échanges de flux informationnels augmente la visibilité et la pertinence d'une personne dans son milieu.
- L'apprentissage en retour nourrie le savoir tacite que l'on possède.

Et c'est le savoir tacite qui a de la valeur!
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Compléments de lecture

Networking reconsidered, Harvard Business Review, John Hagel III and John Seely Brown.
(4 janvier 2010) Comparaison entre le réseautage traditionnel et en ligne

Vie privée : le point de vue des “petits cons”, InternetACTU, Jean-Marc Manach
(4 janvier 2010) Grand tour d'horizon sur le partage sociale (non-professionnel) des jeunes adolescents

Mes outils web 2.0, Rémi Thibert
(21 décembre 2009) Exemple de partage d'un enseignant: les types d'outils en ligne qu'il utilise

Social Networking: Rethinking Productivity, Steve Pavlina
(23 novembre 2009) Autre exemple de partage: sur les avantage de faire du réseautage sociale

Les 3 catégories de réalité augmentée

Alors que nous réserve de nouveau alors la décennie naissante? Il sera moins du côté médias sociaux (c'était la précédente décennie) que du côté de la « réalité augmentée » où «des objets communicants rendra poreuse la frontière entre le réel et le virtuel, connectant données et les choses, les humains et leur environnement»

Réalité augmentéeAprès l'internet des communautés, c'est l'internet ambiant des objets communicants. En 2010, attendez-vous de voir continuer à déferler la vague de la « réalité augmentée » dans le grand public.

J'ai écrit un article sur le sujet dont la première partie est sortie aujourd'hui sur RézoPointZéro: «Nouvelle décennie, nouvelle révolution : la réalité augmentée (1/2)»

La réalité augmentée, mot générique, (augmented reality en anglais) est aujourd'hui employée de façon plutôt flottante et regroupe divers sens.

Par opposition aux simulateurs et autres cinémas 3D, la réalité augmentée utilise une faible bande passante, une basse définition, un usage constant du réseau (via la webcam notamment) et du cellulaire (via les téléphones de dernières générations).

C’est ce qui la distingue des précédentes innovations plus immersives (et très lourdes).

Virtuel et réel
InternetACTU l'appelle aussi web au carré - pour reprendre l'expression de Tim O'Reilley (Web Squared) - pour évoquer l'évolution géométrique d'Internet. Oubliez le web 3.0, simple incrémentation, nous passerons au web au carré: une communication à deux sens entre le virtuel et le réel. «Nos outils numériques décuplent les infos en enrichissant le contexte de notre environnement physique, et notre monde influence la façon dont les données interagissent entre eux»

Les applications sortent enfin des laboratoires et des ateliers d'artistes où elles ont été développées depuis plusieurs années pour devenir accessibles au commun des mortels. Certaines utilisations sont encore anecdotiques, mais le potentiel est là.

Fille de la réalité virtuelle, les applications de la réalité augmentée se regroupent en trois catégories qui se recoupent partiellement.

Vidéo qui explique la distinction entre la réalité virtuelle et augmentée (Anglais, 2 minutes)


Les trois catégories de réalité augmentée

1- Explorer le 2D en 3D: la première catégorie explore le potentiel de simulation de l'ordinateur via de nouvelles interfaces. On déclenche à l'écran des animations semi-autonomes via des capteurs visuels (webcam). Elle permet l'affichage d'information 3D à partir de code 2D et « augmenter » l'information disponible

2- Explorer le 3D avec le 2D: la deuxième catégorie touche la surimpression de données en ligne au monde ambiant. C'est l'exploration du réel via de l'information ajoutée au contexte. Elle permet de rendre les lieux « parlant ».

3- Connecter les objets et les bases de données: la dernière catégorie recoupe l'interconnexion des bases de données et des objets dans notre monde. La mise en commun massive d'information (de « statuts ») d'objet communiquant rendant la caduque la séparation en-ligne et hors-ligne. Les objets utilisent le réseau pour s'informer sur l'environnement et lui donner des rétroactions.

Ces trois catégories représentent chacune un potentiel d'innovation, une nouvelle course à la recherche et développement qui sera similaire à celle de l'invention du web (1990-2000) et des réseaux sociaux (2001-2009).

Pour de multiples exemples, voir la suite de mon article sur RézoPointZéro: «Nouvelle décennie, nouvelle révolution : la réalité augmentée (1/2)»

Voir aussi sur InternetACTU:
Le rôle des objets et le rôle des hommes
La réalité continue : utiliser le virtuel pour approcher la réalité au plus près
et les 4 articles critiques sur le web au carré (Web²)

Image (CC) Superbomba

Gestionnaire de communauté à la hausse

Vous aussi, vous avez dû voir passer de plus en plus de demande de ce genre: "recherche gestionnaire de communauté" (ou "Communauty Manager" ) ou "animateur de réseau" ("Network Gardener"). Un job en demande (mais pour combien de temps?)

Jacques Froissant donne une courte (et bonne) description:« "The Community Builder" ou "Community Manager" : [...] son principal objectif est de connecter les gens qui partagent un même centre d’intérêt (en relation avec la marque) et d’animer les communautés ainsi constituées. La marque, projetée au cœur des conversations, en tirera nécessairement des bénéfices en termes de visibilité, de notoriété ou de retour commercial.» (source)
Il me semble que ce type de poste (ou de compétence) est à cheval entre les RP, les communications et la bibliothéconomie. Peut-être aussi le marketing, mais je ne crois pas, pour ma part, que ce soit une bonne idée (l'animateur doit savoir posséder une authentique crédibilité). J'ajouterai peut-être journalisme ou animation communautaire. L'écriture est souvent au coeur de cette compétence.

Par contre, je parie que ce poste sera plus un job de management : à terme il y a une équipe de qui sera affecté à la veille réseau, comme il existe une équipe de téléphonistes. Le "web communauty management" deviendra rapidement à mon avis un job très similaire au "télémarketeurs". Mais axé sur l'écoute plutôt que l'intrusion. Pour l'instant, un poste haut de gamme, mais à terme il devra être entré-de-gamme. Peut-être même 'outsourcé' dans des pays tiers...

Protégez vos enfants des nouvelles addictions

Cette décennie qui commence verra dans l'adoption massive de la culture numérique un des grands changements majeurs pour les civilisations avancées. Elle se répandra à travers la plupart des couches de la société, relayée par les nouveaux journalistes affranchis de leur peur atavique du web.

http://www.flickr.com/photos/rutlo/3532951266/Pour entrevoir le saut culturel que nous allons vivre, je vous invite à lire le message "inquiétant" du psychologue clinicien Yann Leroux qui mets en garde les parents contre l'usage incontrôlé du off-line ("Les nouvelles addictions"):

«Depuis quelque temps [...] dans les cours de récréation, on ne joue plus à Nintendogs ou à Legend of Zelda mais au Loup ! Les enfants se courent après et doivent s’attraper. Pris dans l’excitation du jeu, il arrive que certaines saisies et certaines poussées soient trop brutales et, inévitablement, les cas d’accident se multiplient.»

«Il n’y a rien de moins créatif que ces jeux», dit-il, et les parents devraient s’alarmer de ce que leurs enfants se détournent ainsi de «ce qui consiste le cœur de nos sociétés». C'est-à-dire la culture numérique.

Ironique à souhait, brillant dans sa parodie, Yann Leroux reprend nos travers quand il s'agit de critiquer la culture numérique d'aujourd'hui.

La culture numérique est arrivée
Pourtant, l'informatique a franchi un formidable pas dans la dernière décennie (j'ai écrit récemment que la montée des médias sociaux constituait la nouveauté des derniers 10 ans sur Internet) en montrant qu'elle n'isole plus les individus, mais les réunissait davantage.

On ne dit plus «Internet», le «web» ou le «net», mais bien «réseau», comme dans «réseaux sociaux numériques». Le tabou est tombé, le réseau n'est plus une «dépendance néfaste»; la culture numérique peut commencer à se diffuser (lire mon billet Péché originel des réseaux sociaux numériques et Révolution rhétorique?).

«Ce qui est au cœur de notre culture, c’est la complexité, et c’est de cette complexité que le numérique est à la fois le vecteur et l’image.
Une simple quête de Legend of Zelda ou de World of Warcraft fait surgir succession de quêtes emboîtées les unes dans les autres. Il faut se souvenir des lieux, de la chose à faire, des personnages. Il faut construire la narration, il faut élaborer des hypothèses, il faut construire des stratégies. La complexité augmente encore lorsque l’on joue en multijoueur puisqu’il faut accorder les délicats mécanismes sociaux pour pouvoir réussir la quête.
»

En situant son discours dans un monde où le retour au off-line est pratiqué par les plus jeunes, Yann Leroux parodie les bien-pensants qui paniquent dès que de leurs jeunes ne font pas comme eux: «Voilà que maintenant des enfants tournent le dos aux apprentissages premiers de la complexité [numérique]? Quels types d’adultes est ce que ces enfants deviendront ? »

Lire la suite sur Psychologik : Les nouvelles dépendances, par Yann Leroux...

Éditorialisation a posteriori

J'évoquais en 2004 les 3 conditions pour que le RSS devienne grand public. Les trois conditions ont été accomplies (on dit "fil web" et le logo est normalisé; on peut s'abonner en 1 clic; tous les grands navigateurs l'ont intégré). Mais alors pourquoi le RSS est-il si peu utilisé par le grand public? Parce qu'il est resté cantonné à un usage technique. Le RSS a été remplacé par Twitter et Facebook.

http://www.freemediagoo.com/display.asp?result=202Le RSS est une commodité qui facilite le suivi d'info en ligne. Mais le grand public ne suit pas un fil web. Il suit un collègue, un ami pour qu'il le pointe vers une ressource nouvelle. Un ami (un "relais") joue ainsi le rôle du fil RSS. Un filtre social.

Là où le RSS indiquait ce qui était (techniquement) nouveau, le filtre social permet de trouver ce qui est "socialement nouveau" dans son cercle de relations (pus ou moins étendu). À quoi ça sert de savoir que tel billet est nouveau si personne de son entourage ne s'y intéresse?

Notifications à la main
On veut savoir ce qui éveille l'attention de notre groupe : si le fil RSS permet de suivre ses aiguilles dans la botte de foin, il les présente à plat, sans hiérarchie. Twitter et Facebok offre une fonction d'éditorialisation a posteriori. L'information acquiert une métadonnée supplémentaire: elle représente le Zeitgeist, l'esprit du temps (de son cercle).

Facebook et Twitter offrent la possibilité de faire suivre des liens vers des ressources d'informations quasi instantanément. Facebook, plus privée et Twitter plus public, sont des médias sociaux bottom up.

Le partage de liens constitue, ma foi, l'usage le plus intéressant de ces réseaux. Or, pourtant, Delicious était là bien avant. Pourquoi le "social bookmarking" n'a-t-il pas été adopté par le grand public? Il offre pourtant les mêmes avantages de partage et même plus.

Facebook, parce qu'il permet de restreindre sa communauté à un cercle (plus ou moins) limité. Le partage n'a pas de visée universelle, mais est presque tribal.

Twitter, parce qu'il a su mettre de l'avant le nombre d'abonnés ("followers") entrant ainsi de plain-pied dans l'économie de l'autopublication en adhérant à la monnaie commune : la reconnaissance. Connaître et identifier son audience grandissante offre une "récompense" à celui qui autopublie.

À mon sens, Twitter a une avance sur ce côté. Le nombre d'abonnés sur Facebook fait moins de sens que sur Twitter. Ce dernier se place mieux dans le nouvel écosystème de l'information.

Tri en périphérie
Le filtre social est une réponse à la surabondance d'information des réseaux. Le tri de l'information ne se faisant plus en amont, il est déchargé en aval sur l'utilisateur qui doit adopter de nouvelles stratégies de tri pour gérer cette subite augmentation de connaissance.

Le filtrage social retient ce qui est pertinent dans son cercle de connaissance et répond à une loi toute humaine du moindre effort : une info qui n'est pas de "qualité" (insérez ici vos critères personnels) ne se rend pas jusqu'à vous (ou alors vous vous êtes mal entouré).

Avec la montée des médias sociaux durant cette décennie qui se termine, le filtrage social par la base a atteint une échelle proprement vertigineuse et nous verrons dans les prochains dix ans l'impact que cela aura sur la société. Je suivrai pour vous ces avancés en 2010.

Lire sur le même thème sur Zéro Seconde:

2009-l'année des médias sociaux
Twitter, sous-traitant des moteurs ?
Les moteurs de confiance
Les couloirs numériques
Parler pour ne rien dire
Ecosysteme de l'information

2009-l'année des médias sociaux

2009 comme l'année de Twitter? Peut-être. La révolution manquée en Iran et la mort de Michael Jackson auraient intronisé cet outil auprès du grand public occidental. Et si c'était plutôt celle du passage des réseaux sociaux du côté du mainstream? En fait 2009 clôt une décennie de progression exponentielle des médias sociaux en ligne. C'est l'année qui a consacré les médias sociaux comme partie intégrante d'une nouvelle écologie de l'information.

filtres sociauxLa mutation en cours concerne les consommateurs et les info-brokers, le web participatif rendant encore plus floues les frontières dans la chaîne de l'information. Je vous avais déjà fait la description en 3 parties l'an passé (L'écosystème de l'information: 1- Twitter Surge, 2- Le P2P news, et 3- l'info-broker)

En lisant le livre de conversation, sortie récemment, entre Jean-Claude Carrière et Umberto Eco (N'espérez pas vous débarrasser des livres), ce dernier disait :

«Avec Internet, qui vous donne tout et qui vous condamne [...] à opérer un filtrage non plus par la médiation de la culture, mais de votre propre chef, nous courrons le risque de disposer désormais de six milliards d'encyclopédies. Ce qui empêche toute entente»

Encyclopédies à gogo
Umberto Eco entend "encyclopédie" dans le sens de référents communs et partagés par une communauté. Paris est en France (et non au Texas) et c'est Madonna qui a eu une fois l'air de Maryln Monroe (et non l'inverse). L'encyclopédie commune à une culture permet de dialoguer. Si tous les référents manquent, il n'y a plus de conversation.

Le problème de filtrage a déjà été soulevé à mainte reprise par Umberto Eco, et j'en ai fait écho (sans jeu de mots) ici Le problème du filtrage de l'information sur Internet (2005).

Mes conclusions sont tout aussi valides aujourd'hui: puisque les filtres culturelles ont été court-circuités et que la validation d'un document repose sur l'usager (la crainte de Eco), il doit trouver de nouvelles stratégies de filtrage. 99% de nos informations reçues sont de "seconde main" (le "monde" nous est relayé et rarement acquis de "première main") cette tâche s'accomplit en se fiant à sa communauté, à des "autorités informationnelles", à son filtre social.

Dans ce cas, ce n'est pas vrai qu'il y aura 6 milliards d'encyclopédies. Un filtre social est forcément une affaire de groupe et il est peu probable que ces groupes soient hermétiques les uns aux autres. La perméabilité des cloisons fait en sorte que l'information circule autant qu'avant. À l'exception peut-être pour certaines nouvelles, imposées d'en haut et relayées par les biens pensants de la culture.

Les cerbères de la culture
Cette culture et ces gardiens de la connaissance questionnent cette "compétence collective" émergente. Le filtrage social implique un type de pensée qui renonce à un sens normatif et unique d'interpréter l'information.

Je ne peux décider seul de ce que je vais lire et interpréter si ma communauté d'intérêts ne lit pas et n'interprète pas les mêmes choses que moi. Il y a un travail de co-interprétation, de co-construction des savoirs. Évidement, il faut ensuite apprendre à se mesurer au groupe, provoquer des interprétations divergentes, nouvelles, sous peine de faire aveugler.

Le filtrage "par soi-même" ne se fait pas isolément. Je cherche à calibrer mes sélections, à valider mon interprétation auprès des autres et à défendre mes choix. Il y a aucun intérêt à être tout seul avec son encyclopédie face à toute cette information. La connaissance favorise la socialisation, l'abondance sans filtre ne la défait pas.

Umberto Eco pensait en terme d'autorité traditionnelle. Le nouveau modèle de légitimation qui se met en place pour "valider" l'information brise cette autorité, la confronte et se taille un chemin. Elle ne remplacera pas tout l'édifice. Mais elle ne se noiera pas dans 6 milliards d'encyclopédies...

Johnny Hallyday, cheval de Troie de Twitter

Jean-Philippe Smet (plus connu sous son nom d'artiste Johnny Hallyday), lors de son hospitalisation récente, a alimenté la machine à rumeur sur Twitter. La France, qui entre timidement sur Twitter (1 million d'abonnés seulement), découvre en masse ces jours-ci le fil de presse de la plus puissante caisse de résonance de l'opinion publique.

Giovanni Domenico Tiepolo, 1773 (Détails)Quand sur France Info la nouvelle annonçant que le mot clé Johnny cartonne au palmarès Twitter passe avant son bulletin de santé il faut se rendre à l'évidence que Twitter quitte la niche des 'early adopters'.

Bien sûr, il y en aura toujours qui vont se gausser que ce canal n'apporte que du futile et du superflu. Pourtant, si on se mettait à écouter toutes les conversations téléphoniques simultanément sur le même thème, je ne suis pas sûr que le niveau sera plus élevé. Alors, pourquoi ne crache-t-on pas aussi sur le système téléphonique pour les mêmes raisons?

À ce que je sache, les usagers de Twitter et du téléphone ne vivent pas sur deux planètes! (On a la fâcheuse tendance d'accorder à l'écrit un statut sacré où tous les usages ne sont pas permis)

Non, l'hospitalisation de Johnny n'est pas autre chose que ce qu'il est, tout canal confondu, journaux compris: un potin. Inutile de tirer sur le canal.

Twitter comme "dial tone" de l'opinion publique
La conversation autour des rumeurs n'a pas attendu Internet et correspond à un processus participatif consistant à entrer dans une boucle de rétroaction sociale où chacun cherche à s'approprier le message qu'il l'a ébranlé en le redistribuant.

Par contre, ce qu'il y a d'intéressant, c'est l'amplification du rôle du canal: comme pour Michael Jackson chez les Américains, qui a connu un sort plus triste, les Français expriment leur passion (ou leur dégoût, c'est selon) sur ce nouveau médium. La rumeur "Johnny" pourrait être ce cheval de Troie qui donnera à Twitter la chance d'acquérir une plus grande audience.

Mais pourquoi diable avons-nous besoin d'un autre canal, puisqu'il y a déjà Facebook comme "média social", demandent certains?

C'est que Twitter participe à un nouvel écosystème de l'information dans nos sociétés de communication de masse. Je n'ai aucun problème à croire que Facebook, aussi, a résonné autant (sinon plus) que sur Twitter sur ce potin. Mais, voyez-vous, Twitter permet la libre circulation de l'information et l'hyperlien. Je m'explique.

Là où Facebok offre une viralité (une des plus hallucinantes de l'histoire de la communication), l'information est limitée par un seul facteur (qui d'ailleurs fait sa force à l'intérieur de ce réseau) le "graphe social", les liens d'affinité explicites. Si je ne suis pas 'friend' avec des gens parlant du potin, je suis non seulement hors circuit, mais j'ai aucun moyen de m'y référencer... aucun moyen de "linker" vers la source primaire du potinage, aucun moyen de rechercher hors de mon réseau.

Médias sociaux, médias horizontaux
Entendons-nous ici sur le sens d'écosystème de l'information: Facebook ou Twitter ne remplacera pas les médias traditionnels ni le bouche-à-oreille. Ils en font partie. Ils en sont une des composantes. Le citoyen s'y appuie pour se forger une opinion, au grand dam de l'élite journalistique.

Et c'est là une des forces de Twitter: quand on apprend la nouvelle que Johnny est hospitalisé, Facebook n'est d'aucun secours si notre propre réseau ne s'intéresse pas.

Twitter permet l'accès ouvert à tous les "statuts " de tous les abonnés ouverts (il y a moyen de le rendre privé) et la convention "#" avant un mot permet de suivre un "thème" improvisé (n'importe qui peut mettre un # devant n'importe quel mot et ça devient un thème). Plus simplement, la recherche plein texte permet de retrouver l'occurrence "Johnny" et de suivre ce qui se dit.

Là où sur Facebook une information suivait les lignes de moindre résistance dans le "graphe social", sur Twitter, l'information est réellement libre de se rendre à celui qui veut l'accueillir ou la chercher.

Percolation de la qualité
Bien sûr, il reste à trier le bon grain de l'ivraie. Dans ce cas, les RT ("ReTweet", retransmission), autre convention, avant le nom d'un usager, qui indique que l'on a tout simplement retransmis (recopié) ce que la personne a écrit précédemment, est une façon de repérer les informations "importantes" (une forme d'éditorialisation a posteriori).

Un RT acquiert souvent l'aura d'une information "validée" (non pas au sens de vérité, mais au sens d'approuvé par son réseau) --tout le travail restant consiste à se monter un réseau fiable, on va s'en reparler une autre fois -- d'ici là, relisez le chapitre 3, Comment le carnet Web stimule la qualité, du célèbre billet de Sébastien Paquet...

Twitter, par son ouverture, offre une possibilité aux autres médias de s'y accrocher, de la mesurer, de s'y (hyper)lier et de la citer ouvertement sur la place publique. Chose impossible pour Facebook (car il faut y être abonné*).

Ceux qui connaissent la valeur d'avoir une voix sur la place publique en comprennent très bien la valeur.

MàJ: * FaceBook, comme pour prouver mon point, commence cette semaine à rendre les fils des statuts accessibles (lire Tech Crunch), ce qui était un réseau privé devient public (et je ne suis pas sûr que ça va plaire à tous!)

MàJ2: 13 décembre: voici un billet sur NouvelObs qui confirme que la France reconnaît Twitter comme un réseau social. Le timing n'est pas anodin...

Smartsourcing

Si on comprend que le but de toute entreprise est d'acquérir une clientèle, alors il faut accepter qu'elle n'ait seulement que deux fonctions de base: la commercialisation (marketing) et l'innovation (R&D). « Le marketing et l'innovation produisent des résultats, tout le reste : des coûts.» Crowdsourcer l'innovation serait un non-sens selon Graham Hill. Smartsourcing est mieux.

http://www.flickr.com/photos/freeparking/1279927021/Graham Hill, (How Understanding Customer Jobs turns Crowdsourcing into Smartsourcing) ne croit pas que pour l'innovation certaines entreprises peuvent utiliser leurs clients pour générer des idées de nouveaux produits.

Cette pratique est connue sous le terme «crowdsourcing» ou «idéagoras», comme le nomme si joliment Claude Malaison (voir son dernier billet) ou «l’approvisionnement par la foule», pour être plus prosaïque comme Alexis Mons (voir son dernier billet).

Hill démonte deux entreprises de crowdsourcing pour montrer qu'il faut faire du «smartsourcing», c'est-à-dire repérer que les perles et ignorer le gravier...

Les foules peuvent-elles innover?
Par exemple, pour Dell IdeaStorm, les idées qui ont été mises en œuvre à ce jour montent à 2,9% du total. Faible.

My Starbuck idea a uniquement mis en œuvre 315 idées à ce jour, un maigre 0,4% du total. Encore plus faible dit-il.

  • 1er constat: les clients, en très grande majorité, produisent typiquement des idées «moyennes», sans génie particulier, des innovations incrémentales, plutôt que des sauts innovants que les compagnies espèrent.
  • 2e constat: le très faible taux de mise en œuvre, car les clients n'ont en général qu'une faible connaissance du véritable fonctionnement de l'entreprise et de ses capacités d'affaires.
Qui peut innover?
En contraste frappant avec les exemples précédents, Hill donne l'exemple de Toyota qui met en oeuvre plus de 1.000.000 idées des salariés, chaque année, 95% d'entre eux dans les 10 jours de son introduction. Les employés savent exactement où sont les meilleures possibilités d'innovation et ce qui peut raisonnablement être mise en œuvre.

Si on cherche à remplacer son département de R&D, Hill a raison: n'attendez pas que votre consommateur vous donne tout cru dans la bouche la solution à vos déboires. Cela dit, on aurait tort de décrier le crowdsourcing comme inefficace comme il le fait, même si son point est pertinent concernant l'innovation. Sinon comment expliquer que Google Product Ideas permet sur une grande échelle la réception de feedbacks sur leurs produits.

Smartsourcez!
Par contre, son idée de « smartsourcing » consistant à se concentrer sur des idées, sur des points particuliers, sur des «douleurs» (comme on dit dans le métier) ou des opportunités peut se révéler une vraie mine d'or en information sur sa clientèle (qui est le but premier de l'entreprise, rappelons-le).

Il faut donc bien avoir quel type de retour on espère avoir, de façon réaliste. Des fois, une amélioration quantitative est nécessaire (Le Guardian demande à ses lecteurs de parcourir les comptes de dépenses des députés) ou qualitative (voir l'enquête qui démontre le réseautage viaTwitter/Facebook avec les consommateurs est payant).

Le seul fait que la plupart des utilisateurs ne disposent tout simplement pas de bonnes idées n'est pas une bonne raison de ne pas vouloir « harnacher » le désir des usagers à vous aider.

Est-ce que les foules innovent? Je crois que non. Entrez dans une grande surface, regardez la foule faire leurs emplettes. Solliciter leur aide ne fera pas de vous le prochain IKEA.

Mais ne pensez-vous pas qu'ils sont aux premières loges pour vous partager des améliorations sur le management, la disposition, les produits, etc.?

Référence
How Understanding Customer Jobs turns Crowdsourcing into Smartsourcing
ComMetrics on Crowdsourcing Innovation: You’re Doing It Wrong
Crowdsourcing: Three Ways to Find a Great New Company or Product Name Free or at Low Cost
(PDF) Ranking the Top 100 Global Brands. Who’s most engaged?
Facebook et Twitter font bondir les profits

Source image

tck tck tck

Ça faisait un p'tit bout de temps que je voulais mettre en ligne ce que Dominic Arpin, le patrouilleur du net, était venu tourner au Yulbiz d'octobre. Le voici!

« L’idée de Kofi Annan était simple : inviter les internautes de la planète à enregistrer un « tck » à la caméra afin de former une horloge humaine, une chaîne vidéo sans fin qui sera remise aux dirigeants gouvernementaux lors du Sommet sur le climat à Copenhague [le 7] décembre prochain. Time for climate justice était né.» (source Dominic Arpin)

« [L]es blogueurs d’ici devaient d’abord montrer l’exemple. [Son] projet était donc le suivant: réaliser une vidéo d’une minute dans laquelle 60 blogueurs québécois allaient chacun "interpréter" une seconde. »

60 blogueurs, 60 secondes, une bonne cause. (Par Dominic Arpin)



Pour mémoire, je suis autour de la 40e seconde (photo Arpin)

http://www.flickr.com/photos/freeparking/1279927021/

Tag: COP15

Le climat et la communication : plus que du vent

Sur les dangers climatiques, les scientifiques ne convainquent pas. Ils démontrent, par la raison. La population ne veut pas raisonner mais croire. Hum. On va avoir comme un problème, bientôt.

http://www.flickr.com/photos/freeparking/1279927021/ Si on veut du changement et freiner la catastrophe environnementale, on doit tous changer nos comprtements. Mais que faire? Qui croire?

«Les climatologues ont toujours mal saisi la dynamique de la crédibilité et la confiance populaire. Ils tiennent pour acquis que la conviction se bâtit à coup de faits et que le confiance du public s'appuie sur l'autorité institutionnelle. Sauf quelques rares communicateurs hors pair, ils évitent souvent de faire appel à des valeurs plus profondes ou de créer des rapprochements émotionnels avec le public – en fait, ils voient ça comme une atteinte à leur indépendance professionnelle.(George Marshall, The guardian.co.uk)

Or l'enjeu planétaire qui se joue avec le réchauffement du globe ne laisse que peu de marge de manoeuvre: nous devrons communiquer et ce à grande échelle, pour transmettre de formidables et complexes informations: que ce se passe-t-il dans notre écosystème? et que faire pour la protéger?

Un des enjeux dans les prochaines années sera que cette information -- la bonne information -- soit retransmise. Des informations sur l'état réelle de la situation (et de s'entendre sur la façon de la mesurer) et des informations sur comment éviter le pire (et s'entendre aussi sur les actions à prendre).

Gaston Bachelard avait écrit: "La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion."

Mais c'est actuellement l'opinion qui fait bouger les choses. Une adéquation nécessaire est demandée entre les journalistes, les politiciens, les scientifiques et les médias sociaux pour retransmettre les connaissances appropriées à une prise de décision efficace.

Oui j'ajoute les médias sociaux car ils forment une courroie de transmission virale qui pourrait être bénéfique pour une action à grande échelle et sur le court terme...

Du 7 au 18 décembre c'est la Conférence de Copenhague. A quelles conséquences pouvons-nous nous attendre, et que pouvons-nous faire? À suivre de près sur le site de conférence (en français) car peut-être qu'Internet recevra le Nobel de la paix en 2010 (en anglais) ?

(Image : L’aube en hiver)

Yulbiz : rencontre de la numéricratie montréalaise

Le Yulbiz est une chose vivante. Il a une vie en soi et évolue par lui-même. Ça m'a frappé hier, lors du dernier Yulbiz, qui avait lieu au Jello bar: plus tout à fait le même, différent, mais toujours une même énergie vitale de se rencontrer.

YulBizD'emblée je le dis, le Yulbiz n'est plus ce qu'il était : mais il est ce qu'il est; plus, il sera ce qu'il doit devenir.

Au début, un peu dans la tradition du Yulblog dont il est issu, l'événement se passait à endroit fixe. Succès immédiat, les fondateurs, Philippe Martin et Michelle Blanc, il y a plus de trois ans, pouvaient s'enorgueillir d'avoir démarré ce qui se voulait une communauté d'intérêt ad hoc autour de l'usage du blogue comme outil professionnel

En discutant hier soir avec Philippe il nous apparaissait évident que depuis que le Yulbiz est devenu itinérant, se déplaçant d'un endroit à l'autre chaque mois, il s'est acquis une nouvelle clientèle: ce qui semblait être au début une secte (lieu fixe = membership de type club) est devenu un rendez-vous d'initiés branchés (lieu mouvant = seules les connexions permettent de retrouver le lieu et la date).

Renouvellement
De quelques blogueurs, mâles en majorité, du début, voilà que s'est rajouté une nouvelle foule dans la mouvance des réseaux sociaux, de la WebTV et de Twitter, équilibrant le ratio homme femme, augmentant celui des 'peoples', abaissant la lumière et augmentant le son de la musique. Voilà ce qui ressemble plus à party mensuel branché.

Ceux qui me suivent savent comment j'ai rapporté les Yulbiz précédents depuis 3 ans, à ma façon: discussion, rencontres, réflexions. Dans Yulbiz en 35 sujets de discussion écrit il y a 2 ans, on peut y voir le chemin parcouru jusqu'à aujourd'hui. On n'y discute plus de la même façon.

De rares, les moments de rencontres entre gens de la numéricratie montréalaise se sont depuis généralisés, diversifiés, spécialisés --les 'camps' et autres non-conférences ont pris l'espace de discussion et de réflexion-- et le Yulbiz est devenu l'after-party où on se voit, se fait voir et regarde l'élite numérique. Car quand la musique est si forte et la lumière si basse, les paroles deviennent inutiles.

Translation
Yulbiz était au début "un regroupement de blogueurs d'affaires qui vise à favoriser le réseautage et la pratique des blogues dans un contexte professionnel". C'était la façon qu'on le présentait alors que j'étais sur le conseil d'administration. Il est aujourd'hui le lieu de rencontre branchée et de réseautage d'une élite web, de micro-entrepreneurs et d'artistes.

Un élément de plus pour le rayonnement internet de Montréal. Pas étonnant que Tourisme Montréal se soit associé au précédent Yulbiz...

Guy Kawasaki et l'entrepreneuriat 2.0 à Montréal

Guy Kawasaki était à Montréal la semaine dernière pour l'événement Rendez-Vous 2009 de ChallengeYourWorld.com.

ChallengeYourWorld.com est un site de crowdsourcing d'idées encourageant les idéateurs à entreprendre des projets réconciliant le social, l'environnement et les profits. Le Rendez-vous était leur premier événement phare servant de lancement. J'accompagne ce client depuis plus d'un an afin de lui bâtir leur présence en ligne et sur réseaux sociaux, ainsi que lui développer les mécanismes de crowsourcing.

- «Le crowdsourcing qu'est-ce que c'est?» ( Sur Zéro Seconde, 15 septembre 2009)
- «Crowdsourcing: mettre la foule à profit » ma conférence donné à WebCom 2009 concernant ChallengeYourWorld
- «Ma conférence sur le crowdsourcing, version vidéo»
La soirée a accueilli près de 700 personnes, une performance hors pair pour un premier événement de la part d'une compagnie inconnue du grand public. Je vous raconterai un peu plus tard ce qu'est Challenge Your World, une compagnie à but non lucratif que j'aime beaucoup --et qui m'a tenu dans les deux derniers mois assez à l'écart de ce blogue ;-)

Dès que j'aurai compilé quelques statistiques sur les réseaux sociaux et l'achalandage sur le web ce soir-là, je vous en ferai part (nous sommes arrivé numéro 2 sur les hash tag twitter franco ce soir-là!)

Guy! Guy! Guy!
Guy KawasakiLa soirée accueillait Guy Kawasaki, célèbre évangéliste chez Apple et maintenant partenaire et entrepreneur résident de Garage Technology Ventures, société de capital risque initial présent à Montréal.

J'aime bien quand il parle de "sauter à la prochaine vague" (to jump to the next curve): il ne suffit pas de créer une meilleur produit, ou d'augmenter de 10 % l'efficacité d'un produit ou d'un service. Un entrepreneur doit carrément chercher la prochaine vague, la créer même. C'est que que ChallengeYourWorld propose: voir le développement durable comme la prochaine grande courbe (que de toute façon nous allons tous prendre de force...)

Le contenu de la conférence de Guy a été admirablement bien résumé ensuite par une foule de personnes compétentes présentes dans la salle:

Guy Kawasaki donne 10 conseils pour innover au Rendez-vous 2009 de Challenge Your World, par Jean-Sébastien Chouinard (Adviso)
Guy Kawasaki : la sagesse d'un hockeyeur de 55 ans, par Alex Lesieur
Ship, then test!” says Guy Kawasaki, by Lisa Chandler
10 conseils pour les entrepreneurs par Guy Kawasaki, by Thoma Nadeau
Challenge Your World : inspirer pour réaliser, par Audrey Myrand-Langlois (Les Affaires)
Guy Kawasaki : «Foncez, les jeunes», par Audrey Myrand-Langlois (Les Affaires)
Le tour de force de Guy Kawasaki…, par Claude Malaison (Émergenceweb)
Rendez-Vous 09 - Challenge Your World avec Guy Kawasaki, par Emmanuelle Vincent
Top 10 tips for innovative entrepreneurs from Guy Kawasaki, by Julie Matlin (NFB)
Guy Kawasaki « Il n’a jamais été aussi facile de démarrer une entreprise. », par Vallier Lapierre (RezoPointZero)

We are off to see the wizard of us
Même si on a déjà vu Guy Kawasaki, je crois qu'il y avait une atmosphère ce soir-là assez magique, rendant la conférence inspirante et fraîche, qui nous permettait de le redécouvrir et de se laisser imprégner par son discours entrepreneurial. J'adore quand il y a un petit "plus" qui rend un événement véritablement "expérientiel " et non seulement "consommable".

Sûrement que la salle (le théâtre Impérial, aux allures du Rex) et la gestion de l'événement par Lulu&Castagnettes étaient pour beaucoup. ChallengeYourWorld a bien réussi son entrée au monde. On s'en reparle.

Webtv: les cobayes

Le dimanche matin est propice pour découvrir les nouvelles wetélé. Voici Les Cobayes de Véronique O'Reilly.

Les Cobayes

Les aventures de Véro, qui, pour sa thèse de maîtrise, filme ses amis, crée des situations... et mets en ligne les résultats. Ce sont les cobayes de Véro!

Le premier épisode est en ligne.

Ce type projet utilise les procédés qui sont selon moi les caractéristiques de la webtv : équipe réduite, scénario éclair, quasi-improvisation, situation quotidienne ou simili-"caméra réalité". La simplicité n'exclut pas la qualité. Ce ne sont juste pas les mêmes critères que la télévision conventionnelle... et c'est frais!

"Web Analytics" de Malo et Warren

Mesurer le succès et maximiser les profits de votre site web, c'est ce que propose le livre de Nicolas Malo et Jacques Warren, Web Analytics, qui sort ces jours-ci. Après 20 ans, bâtir un site web demande une telle diversité de ressources et de compétences que l'on se demande s'il peut exister des "petits sites". L'analyse des résultats de votre site web, elle aussi, demande un oeil exercé et un minimum de bagage.

Web Analaytics de Malo & WarrenVoilà pourquoi j'ai été enchanté du livre "Web Analytics", aux Éditions Eyrolles: un livre simple, clair et en français.

La première fois que Jacques m'a parlé du concept Web Analytics, il y a quelques années, j'étais loin de me douter qu'allait y naître une industrie.

Pas que ce soit, en soi, compliqué - il n'y a rien de vraiment cryptique- mais les éléments forment maintenant un ensemble qui s'apparente à une science.

Ou du moins, à une méthode et des paramètres mesurables. Et ce n'est plus toujours facile de s'y retrouver.

La formule de base est simple:
Traffic --> Site web --> Résultats

Mais les auteurs varient ensuite divers paramètres pour nous faire voir l'importance de tel ou telle valeur. Évidemment, ils insistent sur cette équation Web + Analytics = Profit. Je ne sais pas si je vais devenir riche avec ce livre, mais je le lis avec profit.

Le livre est bâti de façon plus académique que le livre de Avinash Kaushik : Web Analytics, One hour a day. Ce dernier, très axé sur la pratique, empêche de se bâtir un point de vue stratégique. Si vous voulez une comparaison, le livre de Kaushik serait pour l'analyste terrain et le livre de Malo & Warren serait pour le cadre ou le stratège qui cherchent à acquérir une nomenclature commune pour converser avec son équipe et bâtir des plans stratégiques. (Pour voir à quel moment on doit réfléchir à la chose en bâtissant un site web, lisez mon guide des meilleures pratiques web.)

La première partie liste les raisons d'être et les objectifs de votre site web. Même un site artistique possède des "raisons d'être". Et cela peut se mesurer. Mais on imagine bien que les sites de cybercommerce ont plus à y gagner. Comme pour les autres secteurs de l’entreprise, le web demande ces indicateurs clés de performance et son propre tableau de bord.

"Il n'y a aucun bénéfice à mesurer quelque chose que l'on ne peut pas changer" disent les auteurs.
Un indicateur de performance possède 10 qualités:

1- S'aligner sur la vision stratégique (si la haute direction ne tient pas en compte vos données dans leur décision, il fort à parier que votre plan sera déchiqueté à la première bourrasque)
2- Être assigné à un individu ou une équipe (Management 101: si personne n'est responsable ou ne possède pas les leviers pour influencer une mesure, elle tombera en désuétude au premier rush)
3- Permettre la prédiction (c.-à-d., une donnée aléatoire n'apportera rien de neuf à la compréhension du système).
4- Susciter l'action (on devrait toujours savoir comment influencer une donnée dans le sens voulu
5- Être peu nombreux (au maximum une quinzaine)
6- Être facile à comprendre (Éviter les indices à plusieurs variables, sous peine ne pas pouvoir isolé ce qui modifie l'index)
7- Être déclencheur de changement (Les données doivent être utilisées pour s'améliorer)
8- Être standardisé (La signification d'une mesure est la même à toute les hiérarchies -- ne sous-estimé pas ce point)
9- Être mis en contexte (Une donnée seule ne signifie rien: quel est l'historique, quel seuil faut-il surveiller, quelle cible faut-il atteindre)
10- Être pertinents (Les indicateurs ne sont pas éternels; il faut les revoir régulièrement

J'aime bien la base décimale, mais je m'en tiendrais à cinq: les numéros 1 à 3, 5 et 8. Pourquoi faire plus compliqué.
Je vais sûrement y faire référence à ce livre dans mes prochains billets, tellement je le trouve stimulant. Le livre offre des compléments en ligne : http://www.webanalyticsprofits.com/fr/complements.html

Je crois vraiment que c'est un livre de base, essentiel, à ceux qui veulent connaître le web analytics. Ceux qui ont aimé mon guide des meilleures pratiques web. et qui s'intéresse à l'étape 1 (stratégie) ou 5 (maintenance) seront ravis. Bravo aux auteurs.

En ligne, qui êtes vous?

«Nous n’échapperons pas au Web c’est-à-dire à l’exploitation maximale de la puissance des données par l’analyse, la combinaison, la représentation, la recherche fine, etc. Pas plus que nous n’échapperons au fait que les données deviennent chaque jour un peu plus personnelles, même - surtout - celles qui nous semblent les plus anodines.» (Hubert Guillaud - InternetActu - Que faire face à la puissance des données ?)

Penser l'identité numérique devient un enjeu. Si vous voulez vous en convaincre essayez Personas, du célèbre MIT Lab.

PersonaWeb http://personas.media.mit.edu/personasWeb.html

Entrez votre nom et le logiciel scannera le web pour toute information vous concernant et sert à caractériser votre identité en ligne. Il classe selon des catégories prédéterminé par un algorithme pour créer automatiquement une profil sur vous.

Exactement le genre de chose que l'on peut craindre d'une agence de surveillance débordé et manquant de ressource humaine. Mais à quoi bon avoir des humains, on a des algorithmes!

«Que pouvons-nous faire pour rendre aux gens un peu de contrôle sur les données qu’ils libèrent abondamment dans les sites sociaux notamment ?» Lisez le billet de Hubert Guillaud. Ça dessille.

- Dans le même ordre d'idée, voir aussi l'article de Stéphane Baillargeon dans le Devoir d'aujourd'hui: Ego inc. (abonnement)
- The bachelor thesis IDENTITAT - The "Gestalt" of digital identity
- Who Is Managing Your Online Identity? The shiftedLibrarian (février 2009)

Clavardage en direct

Votre entreprise doit-elle investir dans les réseaux sociaux ? Quels sont les avantages pour un travailleur autonome d'être sur Twitter?

Vous pourrez discuter de ces questions lors d’une séance de clavardage en direct avec moi jeudi 29 octobre, à midi. Elle sera animée par le chroniqueur et blogueur René Vézina sur lesaffaires.com. Je vous invite à vous inscrire sur http://www.coveritlive.com/

Ça sera ma première expérience. Je vous conterai ensuite...

Twitter, sous-traitant des moteurs ?

Jean-Michel Salaün propose une lecture intéressante de la situation actuelle de Twitter: puisque la compagnie ne semble pas vouloir se faire racheter (la "stratégie de sortie" des compagnies web 2.0), se pourrait-il qu'il se positionne comme revendeur de valeur de liens?

« (...)Twitter ne cherche pas à être racheté, mais à vendre les informations procurées par le flot de milliards de gazouillis lancés par les 54 millions d'utilisateurs mensuels. En théorie, ce flot devrait permettre d'affiner le pagerank puisque nombre de ces messages sont en réalité des liens flottants répétés et donc facilement modélisables. Inversement, ces recommandations échappent aux moteurs et donc effritent leur efficacité. Twitter deviendrait une sorte de sous-traitant des moteurs. Reste qu'il s'agit encore une fois d'un pari, notamment sur la pérennité des accros au service.» (source)

La valeur du web en temps réel n'est pas passée inaperçue pour Google (en mai dernier Larry Page ne l'a pas caché). Ni pour les autres (le "real-time Web" est le sujet de la prochaine conférence LeWeb). JM Salaün débusque tout de même le talon d'Achille de Twitter: étant un réseau social, il est est à la merci des usages sociaux, et, comme Second Life, peut passer de l'endroit "hot" en ville à un lieu démodé (voir mon billet sur Second Life, La métaphoe du bar "in").

Google est dans le marché du "knowledge Just-in time", Twitter serait-il viable dans un marché du "real-time web?"....

Leçon d'un con

On connait tous l'histoire. Sur Facebook, cette semaine, un sondage généré par un utilisateur sur Facebook demandait « Obama doit-il être assassiné ? ». Rien de moins. Les services secret du président en question ont vite retrouvé les traces du délinquant... un ado.

"Attention à ce que vous postez sur Facebook, cela pourrait se retourner contre vous tôt ou tard." Le président américain ne croyait pas si bien dire, mardi 8 septembre, devant d'une école.

Et oui! 3 semaines après, voilà un jeune qui n'a rien compris du message. C'est que, affirmait Obama, "(...) quand on est jeune, on fait des erreurs, on fait des trucs idiots ". Aujourd'hui, les services secrets ont dû lui répéter ce que le président avait dit. Après avoir été « interrogé en présence de ses parents », le mineur délinquant en question ne serait pas poursuivi, ont-ils dit.

Si vous ne connaissez pas l'histoire, c'est bon signe. Vous ne passez pas votre temps devant l'ordinateur. De plus, il y a fort à parier que votre journal favori n'en a pas parlé (ce qui fait changement du temps, pas si lointain, où les rédactions faisaient les gorges chaudes de la paille dans l'oeil d'internet avant de comprendre qu'ils étaient du mauvais bord de la branche qui se faisait scier)

Avons-nous tirer toutes les leçons de la mésaventure du petit con? Oui? Vraiment? Je ne suis pas si sûr. Reprenons.

"Pour commencer, je voudrais que vous tous fassiez attention à ce que vous postez sur Facebook parce qu'à l'époque de Youtube, quoi que vous fassiez, on vous le ressortira à un moment ou un autre de votre vie" (Dixit Obama , source Le Monde 9 septembre 2009)

Si vous avez compris qu'il ne fallait plus mettre de sondage en ligne sur Facebook, vous n'avez qu'un seul point sur quatre. Même pas la note de passage.

Il y a trois autres apprentissages.

1- l'anonymat et la vie privée n'existe pas. Oubliez les 'privacy policy'. À tout moment, quand le pouvoir en place le décide, il n'y a plus rien qui ne tient: Facebook ou pas, la plateforme va collaborer pour retrouver le délinquant. La Chine le fait. L'Occident aussi. Cessez de croire qu'un droit numérique vous protège dans l'anonymat. Les outils à votre disposition, qu'il soit 2.0 ou non, avec un Privacy Policy béton ou non, vous lâcheront à la première occasion. Appelons ça un attrape-con. La ligue des mineurs fait sa propre auto-sélection.

2- Compte tenu du point 1, il n'y a maintenant plus aucune raison de croire qu'un sondage de ce type puisse être sérieux. Aucun terroriste professionnel ne s'afficherait ainsi. Reste donc les losers. Croire à une conspiration relève du domaine psychiatrique. Quand elle apparait sur Facebook, une telle ânerie ne doit qu'entraîner un appel de service rapidement reléguer aux bleus en formation. Il n'y a peut-être que Dan Brown ou William Gibson pour y trouver une inspiration créative.

3- Les points 1 et 2 montrent que la motivation à un tel geste est tout autre. La notoriété. Cet ado ne cherchait ni à faire un acte politique, encore moins terroriste, ni à communiquer un message. Il cherchait la notoriété. Aujourd'hui, l'acte artistique est warholien. Quelle est la question de sondage qui apporte la plus grande viralité? La question a été créé dans le seul but de provoquer le maximum d'impact viral. Tel est la condition humaine à l'ère du 2.0.

Notons que le jeune possède cette double compétence, celle de programmer une application Facebook et de saisir l'esprit du temps, ce qui fait de lui un magnifique spécimen fonctionnel dans la société d'aujourd'hui.

On aurait peine à croire que les américains stresseraient à propos d'un 'Faut-il tuer yzokraS?' (je verlan pour éviter les indexations hors contexte) ou la même chose avec Ahmadinejad.

Il faut être en diapason avec son milieu et son époque pour provoquer. "Pour commencer, je voudrais que vous tous fassiez attention à ce que vous postez (...)". L'ado a bien compris le message. Il a fait très attention à ce qu'il a posté...

Documentaire interactif recherché

Hugues Sweeney de l'ONF m'envoie ce petit rappel concernant l'appel de projets interactifs au Doc Circuit Montréal dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal (RIDM 2009).
Trois projets seront retenus pour une présentation devant jury et public le 12 novembre

Le gagnant recevra une bourse de $7500 pour le développement d’un projet de documentaire interactif.

Date limite de soumission: 9 octobre 2009

Détails: www.onf.ca/defi-multimedia-2009