ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts du numérique sur la communication, notre société, nos vies.

Les ambassades numériques

« Que valent finalement les quelque 8350 articles sur le Québec de Wikipédia (...)? » lance Stéphane Baillargeon dans le Devoir d'hier. « Des pistes, pas des références ». Réfléchissons sur l'implication de la Francophonie dans ce savoir qui s'écrit en ligne .

WikipediaDans 4 courts articles publiés samedi dernier, Baillargeon réussit à bien survoler les contours et les enjeux de l'encyclopédie, ouvert aux contributions du monde entier, dans le cadre d'une petite nation.
Wikibec et Quépédia
Une production tout-tout-tout (verrouillé)
Des chicanes dans ma cabane (verrouillé)
La pire des options?

8350 articles, 1 peuple

Bien sûr, Wikipédia se fait taper sur les doigts pour toutes ses imprécisions encyclopédiques à propos de ce pays trop incapable de se mettre en scène, même sur le réseau (« à peine 7% des rédacteurs de tous les textes en français proviennent du Québec ») : "Il faudra aussi rehausser la qualité des articles [sur le Québec]" fait-il dire à Sébastien Savard, un administrateur québécois du Wikipédia francophone.

Sources ouvertes
Un bon point soulevé : alors que les archives nationales allemandes ont fourni récemment 100 000 images de l'histoire de l'Allemagne et que le gouvernement américain met automatiquement libre de droit tout ce qu'il produit, « les fonds d'archives québécois ne facilitent pas la reproduction d'image ».

Critique critique
Baillargeon souligne bien d'autres enjeux (notamment, le refoulement des régionalismes même sur des sujets régionaux, ou encore l'effet rouleau compresseur de Wikipédia sur les autres encyclopédies savantes). Il conserve tout son sens critique face à ce phénomène, même si ça revient, d'une certaine manière, à répéter que Wikipedia ne peut être crédible pcq on a trouvé telles ou telles fautes...

Comme le dit si bien Fagtstein après la lecture du dossier du Devoir, Wikipedia n'a jamais réclamé être crédible, "It doesn’t want to be trusted", il demande seulement au visiteur de "vérifier les faits, chaque fait, dans chaque article" et de les corriger. C'est là un changement de paradigme complet qu'il est important de souligner quand on parle du phénomène.

Média du savoir
Stéphane Baillargeon interviewe d'ailleurs Jean-Michel Salaün, Directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal, qui a toujours le don de bien résumer les situations :

« Une encyclopédie jusqu'à maintenant servait à fixer le savoir. Wikipédia semble avoir complètement renversé ce raisonnement avec sa construction continuelle du savoir, plus près du média que de l'encyclopédie traditionnelle ».

« D'un point de vue commercial, c'est une destruction de valeur. Du point de vue du savoir, c'est le contraire... ». (source: Une production tout-tout-tout -Le Devoir, verrouillé)

La société des savants
Cette série d'articles fait, à mon avis, suite au billet incendiaire de Christian Rioux sur la société des blogues, dont j'ai commenté à plusieurs reprises sur ce carnet certaines exagérations, où il disait tout le bien qu'il pense de la montée de monsieur tout le monde dans la participation au spectacle du monde (voir aussi la controverse actuelle avec Facebook et l'enseignement).

Mes précédents billets sur ce sujet :
La pêche aux idées
Les prénumeriques
Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux

Je reviens sur lui ici notamment pour le passage où il vilipendait Mark Prensky qui suggère aux professeurs de proposer à leurs élèves d'écrire des articles sur Wikipédia, « une encyclopédie sans comité scientifique, bourrée d'approximations et d'erreurs».

Le savoir en mouvement
"Si, grâce aux idéologues d'Internet, le premier élève peut se prendre pour d'Alembert ou Diderot, il n'est pas besoin de chercher longtemps les causes du décrochage scolaire." (source: société des blogues -Le Devoir)
Dans la pensée prénumérique, le savoir s'arrête quand on publie. Mais si on voit le texte pondu comme étant un point de départ, on change de perspective! Les d'Alembert en herbe ne font que démarrer l'exercice et les lecteurs comblent les manques.

Mais ici encore, il s'agit de s'assurer d'avoir une masse critique : une crainte toute légitime est de voir ces "futurs décrocheurs" prendre toute la place. Christian Rioux n'exprimait que cette crainte.

Quantité= qualité en percolation
Si on s'accorde pour dire que la quantité de modifications d'un article garantit un tant soit peu sa qualité, il faut une masse critique de visiteurs pour polir les articles de Wikipédia.

Les articles concernant l'histoire des petits peuples, surtout s'ils ne participent pas en nombre au réseau, soit par le manque de ressource, soit par manque d'intérêt sont réduits à laisser les autres réécrire leur histoire.

Ces petits peuples doivent alors trouver une autre façon de prendre leur place.

En termes plus clairs et directs, si le Québec n'a pas la masse critique de gens à partir duquel un faible pourcentage d'érudits se dévoue à être bénévole pour ce savoir qui s'écrit en ligne, il doit prendre d'autres moyens pour y arriver.

Comprenez-moi bien, il n'y a pas de mal à être un peuple pas assez nombreux pour réussir à s'inscrire dans les réseaux participatifs qu'offre le web 2.0 (à quoi sert un réseau social virtuel, quand les peuples sont, en soi, par leur proximité, déjà un meilleur réseau social dans la réalité?).

Mais laisser L'encyclopédie de l'Agora et les institutions gouvernementales ou non gouvernementales sans les moyens d'y participer n'est pas une bonne stratégie.

In .gov we trust
Je dois avouer que je me fie moins à Wikipédia francophone pour des sujets concernant notre culture francophone à cause de cette masse critique manquante et je me fie davantage à Wikipédia anglophone, pour cette même masse critique présente, pour des sujets mondiaux, larges ou scientifiques.

Mais rien n'empêche la Francophonie de cesser de vouloir jouer les règles d'un jeu foncièrement inégal par définition (il y aura toujours moins de francophones que d'anglophones) et de commencer à supporter directement les organismes ou les gens qui cherchent à s'impliquer...

À quand nos ambassadeurs numériques?...

TV5 : un reportage sur la webTV

La semaine dernière, une émission sur TV5 abordait la Webtélé. L'équipe de l'émission québécoise Club Social est venue m'interviewer sur le phénomène.

Ceux qui sont intrigués par le phénomène pourront aussi y voir quelques interviews de certains acteurs de la scène WebTV au Québec et leurs motivations.

Notez au passage la "parodie" que l'équipe télé faite de la webTV: ils simulent une émission web improvisée, mal cadrée, brouillonne et inintéressante. Exactement le contraire de ce qui se fait actuellement sur le marché.

L'émission est ici, MAJ : "Le lien de TV5 n'est plus disponible en consultation") et pour accéder au passage sur la webtélé (environ 10-15 minutes) allez à 25:00 (vous devrez attendre que le vidéo se télécharge pour pouvoir accélérer jusqu'au passage). Ne perdez pas le lien pcq il est quasiment impossible de le retrouver à partir de la page de l'émission...

La pêche aux idées

Pour les travailleurs du savoir, la conversation entre blogueurs représente essentiellement un échange d'idée plutôt que de texte. C'est une forme de "connexion à travers le contenu"basée sur la confiance et la possibilité de transcender les spécialités... C'est une des conclusions à laquelle est arrivé Lilia Efimova dans son doctorat sur le sujet. Une occasion de faire le pont avec l'escarmouche de Christian Rioux, du journal Le Devoir, à propos de l'épidémie blogueuse...

Dans son billet d'humeur en début d'année, Christian Rioux nous a offert une porte ouverte sur la pensée prénumérique des travailleurs du savoir (et du matériel pour plusieurs billets encore ;-) (voir Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux).
"(...) il m'arrive le plus souvent de déplorer la médiocrité de ces «nouveaux» contenus qu'est censé offrir Internet. Chaque fois que je lis les blogues de mes collègues [journaliste] qui s'adonnent à ce nouveau vice, je suis déçu. Déçu d'y trouver des textes généralement bâclés, improvisés et mal écrits, qui ne font pas toujours honneur à leur talent. C'est ce que j'appellerais du journalisme de comptoir, où l'expression du premier jet et donc du sentiment premier prime sur tout. Or écrire, même un simple article, c'est se donner le temps de réfléchir et de se relire." (Source Le Devoir 09 janvier 2009, le gras est de moi)
Retour sur une déception
Toute la déception de Rioux repose sur des attentes préconçues (légitimes, certes, mais attentes hors de propos). Les lecteurs de mon blogue savent bien que tant que l'on s'obstine à voir dans les blogues du journalisme, c'est réduire le phénomène à son contenu. (Voir Être journaliste sur le web et La blogosphère et les médias).

Quand Rioux dit, "je ne vois pas grand-chose que je n'aurais pu trouver autrefois sur papier. (...) [S]ur le plan du contenu, le résultat aurait été à peu près le même", une certaine dimension manque.

Nous voyons donc dans ses commentaires une matière pour explorer le mécanisme réflexif d'un prénumérique sur un phénomène, a priori nouveau dans le monde des travailleurs du savoir. Je laisserai le soin à d'autres de dire si cela est vraiment révolutionnaire

"L'épidémie blogueuse" parmi les travailleurs du savoir
Le "premier jet" et le "sentiment premier", défaut ou vice selon Rioux, permettent dans la blogosphère en général un autre type d'échange que celle de simple contenu. Car tout échange n'est pas que journalistique. Lilia Efimova le montre bien dans le résumé de son dernier chapitre (la version longue est ici).

Lilia nous propose une vision très mûrie (elle a eu le temps de "réfléchir et de se relire") sur la pratique des blogues parmi les travailleurs du savoir.

Sa conclusion gravite autour de 4 points: les idées, les conversations, les relations et les tâches (et un 5e point, le contexte):

On peut voir les blogues comme une couveuse à idées. Les idées circulent, s'entrechoquent, provoquent des conversations, qui a leur tour créent des relations. Ces idées sont ensuite cueillies lorsqu'elles sont prêtes pour répondre à un besoin, une tâche. Ces éléments varient selon le contexte.
Les idées
Son étude du réseau de blogueurs montre l'importance d'un "réseau de partage du sens".

- Les blogues sont utilisés pour suivre le "cours des idées", sous forme de micro-lectures, généralement à partir d'autres blogues considérés comme sources fiables et avec l'aide de son réseau comme filtre.

- Les blogues procurent un espace pour capturer et articuler des idées qui seraient autrement non documentées ou cachées dans des espaces privés; les blogues représentent un carnet ouvert de contenu "croyable" ("trusted").
Ça me rappelle qu'au début de la blogosphère, il était courant de parler des billets comme des "idées à moitiés cuites" (half-baked ideas). On peut voir la blogosphère comme une fontaine à idées, dommage pour ceux à qui cela donne des ulcères. De la quantité donc, des idées à profusion, oui, mais dont beaucoup seront mis aux poubelles.
Les conversations
Les blogues répondent à un besoin de partager une perspective du monde, en général sur ce que l'on travaille, et des informations diverses, sans peur de "spammer" (pousser l'information à d'autres qui ne l'ont pas de mander) --le blogue étant fondamentalement en mode "pull" (on va à l'information, l'information ne nous est pas poussée).

-Les conversations de la blogosphère offrent à la fois un historique des écrits individuels et à la fois un historique des interactions entre blogueurs (conversation ou rétroliens). Mais ces contextes ne sont ni nécessairement explicites ni nécessairement "retraçable" pour quiconque.

-En comparaison avec d'autres outils, la participation dans les conversations demande un effort accru où la recherche laborieuse du contexte (fragments de conversations éparpillés) limite grandement l'échelle ou la fréquence des conversations. Ce qui la réserve à un réseau proche et très connecté.

-En ce sens, on peut dire que les blogues ne procurent qu'un support occasionnel plutôt que constant aux conversations.

-Participer aux conversations de la blogosphère contribue à développer des idées et des relations qui transcendent les spécialisations et excluent les intermédiaires.
Le support constant de la conversation, plusieurs l'ont remarqué, s'est déplacé sur les moteurs de micro-blogging comme Twitter. La difficulté de retracer les conversations reste une barrière, encore, pour le grand public.

Le tiers exclus
Mais le plus intéressant est le dernier point sur l'exclusion des intermédiaires.

L'apparente mise au rancart des journalistes comme "courtier d’idées" (ou de l'information) est ainsi expliquée. D'où leur première réaction épidermique face à la blogosphère. Ils ont depuis repris une place dans le nouvel écosystème de l'information. Actuellement la tension est plutôt disparue.

Rioux étant un cas à part, ne voulant ni partager ses idées "à moitié cuites " (tout à fait compréhensible) ni prendre part à la conversation (ce que d'ailleurs plusieurs journalistes boudent toujours -car règle générale, ils ne commentent que sur leur propre blogue), il représente une façon de faire "prénumérique": le collectif est généralement responsable de la médiocrité, le public est généralement ignare -- les courriers des lecteurs et les lignes ouvertes à la radio le démontrent tout le temps.

La conversation journalistique
D'une certaine façon, la conversation est pourtant déjà utilisée par les journalistes. Pour eux le téléphone entre collègues est et restera encore longtemps le meilleur moyen "pour capturer et articuler des idées qui seraient autrement non documentées ou cachées dans des espaces privés ". Comme ce canal fonctionne bien, il peut être compréhensible que la conversation dans la blogosphère leurs semble inutile

La blogosphère des travailleurs du savoir n'est qu'une version numérique, décentralisée, démocratique de ce besoin d'aller "à la pêche" ou de valider son point de vue ("à moitié cuite").

Je vous laisse le soin de lire le reste du texte de Lilia sur les autres points.
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Obamicon.me : il y a du Obama en chacun de nous

Martin Lessard  Obama StyleAvoir votre portrait en forme d’affiche inspiré de celui de Shepard Fairey pour Obama, ça vous dit?

Rendez-vous à obamiconme.pastemagazine.com

Prenez votre photo avec votre webcam ou téléchargez votre photo, modifiez le message et voilà!

Jamais dans l'histoire de la communication avons-nous vu si rapide récupération d'une icône. En quelques mois, cette affiche "vintage" est devenue un plug-in web, déjà récupéré à mille sauces (Sarkozy, fido, etc.)

On a attendu 100 ans pour voir Van Gogh passer de l'avant garde incompris à un plug-in Photoshop popularisé devenu exercice de style dans les cours de peinture à la maternelle.

La notion d'original / de copie n'est plus ce qu'elle était...

WebTV: les facteurs de succès

Je donne aujourd'hui, à l'INIS, un atelier sur la webTV dans le cadre des ateliers Makila 2008-2009 organisé par l'agence TOPO. : on passe en revue les enjeux, défis, les stratégies et les facteurs de succès de la WebTV.

Faisant suite à une présentation la semaine dernière de Yannick Gélinas sur et précédent celle de Sacha Declosmesnil, les participants auront droit à un bon aperçu des outils et enjeux dans le domaine de la vidéo en ligne.

Je parle surtout de la chaîne de valeur, de la culture du web et de l'importance des réseaux sociaux. C'est un survol stratégique du nouveau territoire pour les gens de l'industrie de la vidéo et du cinéma.

Je vous partage les liens vers les quelques séries de webTV abordés --il y a tellement d'autres que je ne peux tout aborder-- et les liens les documents de recherche qui sont disponibles sur le web et que je demande aux participants de lire pour en savoir davantage.

Documents de recherches
Cefrio - statistiques NetTendances
Digiworld 2007
Digital Economy Fact Book
Étude AFPTQ : Les nouvelles plateformes de diffusion média - Des mutations profondes pour les industries de l’audiovisuel et du multimédia
Bear Stearns Media Research : The Long Tail: Why Aggregation & Context and Not (Necessarily) Content are King in Entertainment

La culture Internet
Web 2.0 ... The Machine is Us/ing Us (video de M. Wesch)
Les 6 cultures du web (Martin Lessard)

Les webTV

"Talking Heads"
RocketBoom
Daily Mahalo
WallStrip
WebbAlert
Epic Fu
Le Tapis Rose de Catherine (Cinéma, Québec)
"Séries"
L'univers LG15
We Need Girlfriends
Dorm Life
Gravityland
Break a leg (the sitcom)
Hello Geekette (Français comme son nom l'indique)
ChezJules.tvà (Québec)
Inspector Bronco (Québec, traduit du Hindi ;-)
Where are the Jones? (scénario interactif; terminé)
"Films découpés"
Take Me Back (Québec)
Parisk.fr (France)
Survive The Outback (Interactif)
"Sketchs" (Québec) (il y en a tellement plus !)
Têtes à claques
Le cas Roberge (en dormance)
Les Tronches
La minute Blonde (version Québécoise)
Les Trois de Piques
Galacticast (anglais; en dormance)
Kapout.tv
Les Moments de Maman
BananaCam.tv
Didier Ze Mime
TVPT.TV
Urler.tv
Les "agrégateurs"
Kartel.tv
33Mag
Montreal.TV
AlerteRouge.TV
Paroles Citoyennes
Étoiles.TV
Collège de stars
Docu
The story of stuff
The Meatrix
VBS.tv
MidWest Teen Sex Show

TV en direct + FaceBook = TV Sociale

L'offre en ligne pour suivre "live" un événement s'est grandement développée. L'association CNN & FaceBook qui a présenté l'investiture du président Obama hier démontre ce que pourrait être la télé en direct dans un future très proche.

Tout en suivant live l'investiture, on pouvait, sur la même page, "chatter" live avec sa communauté Facebook grâce au partenariat CNN Live et FaceBook Connect.

CNN live + Facebook Connect
Statistiques
De Inside FaceBook (via Mario)

• 1,000,000 de personnes ont mis à jour leur statut facebook via l'application sur CNN.com Live Facebook
• 4,000 mises à jour par minute en moyenne durant tout l'événement
• 8,500 mises à jour du statut Facebook durant la première minute du discours d'Obama

• 25 millions de live video streams Via Beet.TV
• Autres statistiques sur NeeTeeVee.

Facebook tire ainsi le tapis sous les pieds de Twitter
FaceBook avait redonné un regain à Twitter en montrant l'utilité du "status", qui est en fait du micro-bloggage. Pourquoi s'embarrasser de tout l'appareil Facebook quand seulement le "status" suffit pour devenir un "média"?

L'idée géniale de CNN et FB a montré toute la puissance de la communauté de Facebook : suivre l'événement est une chose. La suivre en commentant en ligne en est une autre. La suivre avec sa communauté est tout à fait galvanisant.

Twitter n'a pas perdu la partie pour autant. Il reste un puissant outil de "breaking news", de scoops, du "peer to peer news". Mais ici si on veut regarder ensemble un événement, FaceBook + la télé est le nouvel endroit...

La télé sociale
Je ne crois pas que Twitter (ou autre outil de clavardage ou de forum) aurait offert le même degré de confort social: c'est comme aller écouter un événement sur un grand écran dans un bar ou un café, à la différence, dans le cas de CNN+FB, c'est que dans la salle ne se trouvent que des gens que vous connaissez. Les cris seront les mêmes ("Go Obama Go!") que dans une salle remplie d'inconnus, mais lancés ici par votre réseau personnel centré autour de vous.

Comme Facebook a réussi à paraître plus "personnel" (il n'y a pas d'anonymat sur Facebook), le côté "public" de Twitter semble tout à coup moins approprié... (voir en passant l'analyse d'ExVisu de Twitter sur les données linguistiques entourant Obama).

Une nouvelle audience
Comme l'investiture avait lieu en milieu de journée pour les Américains, les employés au travail ont pu se tourner en masse vers les sites web pour accéder à la diffusion en direct.

CNN a tapé dans le mille en attirant sûrement une grande audience qui avait déserté le petit écran. Les "numériques" ont redécouvert un nouvel usage de cette "télévision" qu'ils trouvaient peut-être trop traditionnelle, unidirectionnelle, dépersonnalisée.

Il ne faut pas sous-estimer ce type d'expérience: quand le réseau sera autant fiable que les ondes, il y a fort à parier qu’« accéder à la télévision» se fera par Internet pour ce type d'événements : on ne veut plus être tout seul devant l'écran.

Autres liens
Si vous avez manqué le discours d'Obama, c'est ici pour la video et ici pour le texte anglais (et ici pour des extraits en français)
Et vous pouvez voir toute la scène en 3D avec PhotoSynth (MS SilverLight 2.0 nécessaire) (via Journal du Geek)

Autres réflexions sur la télé et le web sur Zéro Seconde
Les réseaux sociaux comme extension de la culture de masse
::Où je tire un peu les oreilles de Radio-Canada et explique pourquoi les réseaux sociaux poursuivent une lointaine guerre entre culture d'élite et culture populaire.
Pré-diffusion TV
::Lancer sa saison sur le web avant de la lancer à la télé?
TV et le web : faites court
::Les gens peuvent passer jusqu'à 40 minutes sur YouTube, mais ils le font à coup de clips de deux minutes.
Métamorphoses de la télé
Les grandes mutations qui affectent l'industrie de la télédiffusion créent une fenêtre de nouvelles opportunités pour expérimenter et tester les nouveaux médias.
Pour ou contre Facebook?
Il est trop facile d'en faire un combat "vie réelle" versus "vie virtuelle", la dichotomie fondamentale est plutôt "en ligne/hors-ligne".

Les prénumeriques

"Les prénumériques regardent l’heure sur une montre, ils trouvent leur chemin sur une carte pliée en accordéon, [...ils] écoutent la météo sur leur poste de radio, regardent les infos routières à la télévision. Pour préparer leurs vacances, ils vont dans une agence de voyages et ils prennent les dépliants avec les horaires de trains. Au retour, ils font développer leurs photos et en font des doubles pour leurs proches."(source)

Le iphone de mon grand-pèreVous regardiez les photos, en noir et blanc, de vos (grands) parents, toutes écornées, dans la boîte à soulier, émerveillé comme Howard Carter découvrant le tombeau de Toutânkhamon, d'avoir une vue sur "l'ancien monde".

Aujourd'hui il s'agit de se faire décrire comment nous vivions dans le pré-numérique pour retrouver ce frisson du temps disparu. Mais est-il vraiment disparu?

Jacques-François Marchandise, directeur de développement de la FING, a fait un bon billet jeudi sur "les prénumériques" pour nous dire que les temps ont changé, mais aussi que tout n'est pas changé.

"Nous retenons mieux ce que nous lisons sur le papier qu’à l’écran, et nous avons un peu peur de la disparition du livre, que nous trouvons fonctionnel et portatif, et que nous aimons bien, parce qu’il a son histoire et qu’il est dans la nôtre."

Point d'orgue
Je crois que son billet vient clore un cycle de discussion sur les "digitals native / digital immigrants" que j'ai commencé la semaine dernière [Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux et Épidémie blogueuse] :

"On est toujours le prénumérique de quelqu’un. [...] Comprendre ce qui change, c’est aussi comprendre ce qui précède". Il dit croire que "nous sommes donc durablement prénumériques; quant aux digital natives, ils naissent ou sont nés dans un monde où le numérique existe, mais où le prénumérique préexiste, et il n’y a pas lieu de s’en inquiéter, mais d’y prêter toute l’attention nécessaire."

En commentaires sur InternetActu
Philippe Cazeneuve ajoute : "Nous avons beau travailler dans des environnements numériques, la construction de nos connaissances et la capitalisation de nos expériences, la façon dont nous mémorisons les informations que nous échangeons et produisons relèvent toujours me semble-t-il de logiques qui ne sont pas d’ordre binaire."

Erwan, ajoute :"Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut avant tout de la curiosité pour la chose numérique, ainsi qu’un peu de patience. À l’époque où nous nous trouvons, ces (pré)dispositions comptent bien plus que l’âge, et ça risque de durer encore un moment…"
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Autres liens
"Enseigner et apprendre en milieu nomade" : l'intervention vidéo de Jacques-François Marchandise

2 interviews cette semaine

Deux interviews coup sur coup que j'ai donné cette semaine. L'Atelier , sur les usages des réseaux sociaux en ligne et La Presse Affaires, sur la Web télé.

Montée des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux virtuels L'Atelier (un réseau de veille de UNP Paribas) commente une étude (US Media Myths & Realities) sortie récemment qui démontre que près de 33% des consommateurs (américains) fréquentent les réseaux sociaux pour s'informer, contre 17 % en 2006, et l'usage des blogues est passé de 13% à 26%.

"Sur les sites d'achats, les consommateurs partagent des stratégies de vie, de consommation. [...] Cette étude confirme une tendance pressentie depuis plusieurs années" ai-je dit au journaliste. La suite: Sur le Web, le consommateur débat partout (398 mots)

L'étude montre à quel point l'écosystème de l'information se transforme avec les nouveaux outils en ligne (et il faudra bien que je continue ma série de billets sur le sujet). Il existe une fragmentation des usages: les "consommateurs-influenceurs" consomment davantage de canaux alternatifs que la population en général --une autre preuve que sur le web ce n'est pas la quantité, mais la qualité-- et que les sources traditionnelles commencent un lent glissement dans les soudages (de 71% à 65% pour l'usage des réseaux de télévision comme source d'information).

"All channels can now link with one another, allowing more collaboration and participation than ever. The melding of media is also demonstrated in the actions of legacy media, which are continuing to embrace and implement the principles of new media. Conversely, the journalistic principles that underline news organizations - accuracy, timeliness, objectivity and so forth - will move to other delivery channels. Regardless of where we get our information, we want the source to be credible."

La WebTV bientôt à la TV?
La web tv La Presse Affaires parle des téléviseurs branchés et des téléphones intelligents, vus au Consumer Electronics Show, qui place le contenu vidéo tiré d'Internet au centre de l'attention, où de nouvelles dispositions facilitent l'affichage sur téléviseur ou sur téléphone de contenu vidéo tiré d'Internet.

«La télé nous amène à un clic du «couch potato», ce qui fait cruellement défaut aux productions Web d'ici [...] Pour que la Web télé marche, ça prend une masse critique et la télé leur procurerait cette masse critique là." ai-je dit à Alain McKenna. La suite: La naissance d'une industrie de la Web télé grand public?

Aussi interviewé dans l'article, Laurent Maisonnave croit aussi que le « rapprochement entre le web et la télé, c'est le sujet de l'heure». Au Québec, «On a déjà l'avantage culturel: les séries qui collent à la culture québécoise vont davantage intéresser les téléspectateurs d'ici que les séries étrangères» continue-t-il. Dans son blogue, Laurent ajoute que la question majeure est celle de la taille du marché et du volume de publicité. Lire
Le grand public au secours de la Webtélé québécoise.

Tout ça remonte à la problématique question du modèle d’affaires de la WebTV et de sa percée auprès du grand public. Personne n'a vraiment de recette. MoBuzz a fermé avant les fêtes, Le cas Roberge prend une pause.

Je crois fermement que pour subsister en ce moment il faut que les coûts soient réduits au strict minimum et produire plusieurs formules de front: comme il est dur de prédire ce qui marchera, le public tranchera dans les statistiques de fréquentation. Un ensemble de petits succès peut donner des ailes à l'ensemble.

Ça oriente la créativité, ça peut la contraindre même. Mais, comme on dit en anglais, "It's scalable".

Épidémie blogueuse

"Si ce type de lecture devait remplacer le journal et le livre, alors oui, s'en suivrait une grave régression intellectuelle" parce que "la lecture de longs articles sur internet [étant] tellement fastidieuse qu'elle favorisait le zappage au lieu de la concentration". [Christian Rioux dans un commentaire chez Mario Asselin]

"L'épidémie blogueuse" [voir mon dernier billet] induit la lecture en ligne, et dans mon cas, pour de longs articles, la blogosphère --sans remplacer le journal et le livre, en ouvrant une voie bien à elle --, particulièrement avec les écrans que nous avons encore, affecte oui la lecture telle que nous la connaissons.

Loin de moi l'idée de vous faire régresser, mais il y a beaucoup de bons billets qui sont parus sur le billet d'humeur de Christian Rioux du Devoir qui sont intéressants à lire

Mario Asselin (Mario tout de Go): Je blogue davantage pour apprendre que pour toute autre raison
Où, dans les commentaires on voit une réponse de Rioux. Mario propose que l'écriture/lecture sur le web repose sur de tout autres prémices que pour le journalisme.

Clément Laberge (Remolino) : Écrire à l’oral
"Tant mieux pour lui s’il trouve ailleurs tout ce dont il a besoin pour alimenter sa vie sociale et intellectuelle (...) Pour ma part, j’ai besoin de _ma_ blogosphère pour y arriver." Clément, autant que Mario, sont des prototypes de cette blogosphère qui réfléchit en publiant. Et la "relecture": c'est avec toute l'audience que cela se passe...

Aurélie Aulume : Pas d'accord pantoute
Bloguer c'est "une curiosité, un désir de partage, d’échange, une envie de participer à des discussions." "Avez-vous déjà dit à votre Oncle Georges que ce qu’il disait au Party de Noël n’avait aucune valeur parce qu’il n’était pas journaliste et qu’il ne fallait surtout pas qu’il se prenne pour ça".

Michelle Sullivan : Reflet d’une nouvelle réalité : le journalisme en mutation
"Et qui dit que cette nouvelle réalité ne nous poussera pas, nous, messieurs et mesdames tout le monde, à devenir plus critiques envers nos sources d’information?" Pendant que des journaux virent en agrégateur papier de capsule de nouvelles, le web permet la démocratisation de la transmission du savoir et des opinions.

Michel Monette : Chistian Rioux a raison et tort
"Pour ce qui est de la critique de Rioux envers le support de lecture, j’imagine que les moines copistes ont été aussi durs envers l’imprimé jadis."

et le dernier et non le moindre
Michel Dumais : Pas de commentaires
La société de l'admiration mutuelle engendre de ridicules polémiques, ahhhh «what's next ?»
Est-ce que Rioux aurait pu demander à ces blogueurs de "soumettre leur texte à une rédaction, comme il le fait depuis trente ans et comme le font les journalistes et les auteurs en général"? Et qu'aurait signifié une commande de réécriture?

Autres liens
On lira (ou butinera?) ces billets qui donnent une autre perspective au débat général de la rencontre de la blogosphère et des journalistes:
Philippe Gammaire (UniversMedia) : Blogs de journalistes : la liberté de ton retrouvée
Martine Pagé: L’auteur et l’auto-promo Web qui résume Bloggers Vs. an Author: No one Wins.

Pour en finir avec les natifs versus les immigrants digitaux

Marc Prensky a beaucoup fait pour favoriser l'introduction des nouvelles technologies à l'école ou faciliter son acceptation dans la population, avec une belle formule-choc : les jeunes sont natifs du numérique, les vieux sont des immigrants. Mais il est temps maintenant de neutraliser ce mythe du natif versus immigrant qui a fait plus de tort qu'autre chose.

La cité numérique Comme prétexte pour vous en parler je prends mon journal (papier) préféré qui nous propose une attaque frontale contre la blogosphère, ce qui nous change des petites flèches de côté qui ont eu cours dans la dernière année.

Épidémie blogueuse
Christian Rioux, dans le Devoir de vendredi (eh oui, vous pouvez le lire en ligne) a signé un mordant billet d'humeur sur "la société des blogs" (et, admettons-le, c'est assez franc, parfois juste, mais trop corrosif pour de pas refléter une frustration) sur "l'épidémie blogueuse" (avouez que l'expression est bien trouvée) qui ne génère que "zappage numérique", "médiocrité" et rien de moins qu'une "grave régression intellectuelle" [*].

Essayons d'y voir clair le temps d'identifier une source d'incompréhension sur la blogosphère et proposons ensuite une nouvelle métaphore plus pratique pour débloquer la situation...

Je vous laisse le temps de le lire (843 mots), le croissant à la main (joignons l'utile à l'agréable), et on se retrouve au paragraphe suivant.

Dissonance cognitive
D'emblée, l'auteur se traite de "dinosaure", comme pour excuser ce qu'il aura à dire et cite une entrevue avec Prenski, que signe Michel Dumais en guise de cadeau de retour comme collaborateur spécial dans les pages du journal, sur les natifs et les immigrants du web.

Selon Prensky, les jeunes seraient des "natifs" des nouvelles technologies, car, comme Obélix, ils seraient "tombés dedans". Pour les autres, ce ne sont que des "immigrants" qui ont dû tout réapprendre pour vivre dans ce Nouveau Monde...

Rioux serait donc un "dinosaure", voué à l'extinction s'il ne s'adapte pas. Mauvais diagnostic, comme on le verra plus loin.
Sur le thème de Prensky, on peut lire avec profit ces pièces --tiens, je vais faire exprès-- sur la blogosphère, lieu où l'on retrouve, selon Rioux, un "ramassis de banalités et d'énormités souvent sans nom" (et ne on ne peut le lui reprocher sur le fond, mais il a tort dans les faits):

- « Immigrants et natifs numériques», un bref résumé par une bibliothécaire un peu geek et très curieuse.
« Génération Digital Natives », petite histoire d'une génération spontanée ou Lamarck au pays des TICE.
- « Comment les jeunes vivent-ils et apprennent-ils avec les nouveaux médias ? », un billet d'Hubert Guillaud plus fouillé et allant au-delà des concepts de base.
Pour retourner aux sources, vous pouvez relire Prensky:
- « Digital Natives, Digital Immigrants», PDF 2001
- « The Emerging Online Life of the Digital Native », PDF 2004
Résidents versus visiteurs
À quoi rime de dire que les "jeunes" sont "natifs" par défaut?

Oui l'accès aux nouvelles technologies est plus prégnant pour cette génération, mais il ne provoque ni usage prescient spontané, ni compréhension transcentale: la plupart sont tout aussi "clueless" que n'importe quel "newbie" de 40 ans et plus devant Twitter, FaceBook et le Web 2.0...

Il est de loin préférable de voir le territoire numérique peuplé de "résidents" auxquels s'adjoignent par vagues temporaires des "visiteurs".

Les "résidents" habitent une ville numérique, comme d'autre la cité politique, et connaissent bien tous les us et coutumes, les recoins et les raccourcis, les rabais et les pièges de ces lieux. Ces habitants construisent les divers quartiers de cette ville nouvelle.

Les autres, les visiteurs, ne seront que de perpétuels touristes, puisqu'ils "habitent" ailleurs, hors ligne, dans d'autres sphères de l'activité humaine.

Rioux est un junky de news, de politique et de culture d'élite qui constituent son pain quotidien. Il est un impénitent résident de cette autre sphère, celle de l'actualité politique et de la culture d'élite, qui sait reconnaître les touristes qui s'aventurent dans "sa" ville.

Les visiteurs du numérique, ces touristes, envahissent la cité numérique au gré des saisons de vacances de leurs sphères d'activités principales à la recherche de quelque repos ou pour se ressourcer. Certains vont y devenir résidents, mais la plupart resteront plus ou moins "étrangers" aux us et coutumes de cette ville.

Nous sommes tous les touristes de quelqu'un d'autre
Cette métaphore est beaucoup plus prêt de la réalité en ce sens, que la démographie des résidents e des visiteurs ne recoupe pas nécessairement la séparation entre les générations.

Croire le contraire relève du jeunisme. Certains jeunes sont aussi "dinosaures" que Rioux si moindrement leur vie ne se centre pas autour d'internet. Il est préférable de dire qu'ils sont des visiteurs. On excusera plus facilement s'il ne se retrouve pas facilement dans la ville...

Sur ce thème, je réfère ces liens
- "Visiteurs et résidents" de Jean-Michel Salaün qui résume David White, “Not ‘Natives’ & ‘Immigrants’ but ‘Visitors’ & ‘Residents’,” TALL blog, juillet 23, 2008

Je soupçonne toutefois que Rioux ressemble au touriste européen qui vient visiter Montréal "pour ses beaux bâtiments" et qui apporte avec lui sa façon de ne pas être dépaysé.

Il déplore dans sa tournée de la cité la médiocrité des "nouveaux contenus", comme le touriste déplore la médiocrité de l'architecture locale, avant de comprendre qu'il doit d'abord baisser sa caméra et se mettre à converser avec les habitants. Ceux qui connaissent Montréal comprennent de quoi je parle.

Je reviendrai peut-être plus tard, dans d'autres billets, sur les divers autres critiques qu'il adresse aussi à la blogosphère, la plupart vraies sur le fond, mais faux dans les détails. Commençons seulement par enlever ces lunettes qui déforment la réalité et embrouillent les esprits.

L'auberge digitale
Internet est une auberge espagnole et on y trouve ce qu'on y apporte. Il existe effectivement des "résidents", qui ne sont pas autre chose que des "visiteurs" de longue date, qui vivent dans cette ville numérique et certains visiteurs viennent régulièrement grossir leurs rangs.

Cette métaphore de la ville résout bien des problèmes: une ville est composée de plusieurs quartiers, chics, paumés, dangereux, ennuyeux, branchés. Réduire la ville a un de ses quartiers ne donne en rien un bon aperçu. Et tout mettre sur le même pied non plus...

Quand Rioux dit que dans la blogosphère, "la parole de l'expert vaut celle de [sa] concierge", c'est comme dire Paris ne vaut rien, car, "les Champs Élysées côtoie la Goutte d'or". Non, mais! Ce sont deux quartiers différents, avec des attraits différents.

Le visiteur bourgeois qui se perd dans le XIXe arrondissement n'a qu'à avoir une meilleure carte, comme le visiteur honnête qui s'ennuie de voir la débauche des m'as-tu-vu sur les Champs n'a qu'à se faire suggérer des endroits plus intéressants.

Les bas fonds du RSS
Quand Rioux trouve qu'il y a trop quartiers "mal famés" dans la blogosphère, ces "tribunes téléphoniques permanentes sans modérateur", il oublie qu'il n'est plus dans un monde de "radiodiffusion" -où le contenu éditorial est une norme- mais, d'une certaine façon, directement dans la centrale téléphonique écoutant virtuellement toutes, vraiment toutes, les conversations qui ont lieu simultanément. Juger la pertinence de la sphère "téléphonique" dans sa totalité n'a aucun sens.

Que Rioux ne trouve pas son quartier approprié à ses goûts est un autre problème. Sauf à vouloir rester ce touriste impatient de revenir chez lui, il est normal qu'il doive s'attendre à trouver autre chose.

En premier lieu, reconnaître qu'il n'y a pas qu'une blogosphère, mais des blogosphères. Et que s'il traîne dans les endroits de "commentaires spontanés lancés à tort et à travers", c'est comme traîner la nuit à Pigalles et de détester la faune présente...

Qu'on ne se trompe pas: il a raison de trouver que les Pigalles sont un trop nombreux dans la blogosphère. Il a tort de ne pas penser qu'il existe des havres de civilisation dans cette cité. Chacun a à fabriquer sa carte des lieux.

Dans un espace limité comme en "radiodiffusion", où l'espace est rare et chaque auteur occupe la place d'un autre, on peut critiquer. Dans un espace infini comme sur le web, il y a de la place pour tous et personne n'empêche l'autre d'être au centre.

La blogosphère est une cité où son centre est partout. Il faut prendre le temps de trouver son propre centre. Le reste, on ne le visite pas...

Plus de lecture
-"The Internet as a City: Thoughts on the Connected Brain"
- "Hanging Out, Messing Around, Geeking Out": A Conversation with the Digital Youth Project (Part Two)
- "Are digital natives a myth or reality?: Students’ use of technologies for learning" PDF Glasgow Caledonian University, UK dont il existe une présentation courte : "Myth Of Digital Native: Students' use of technologies"

[*] Note ajouté le 13 janvier 2009
Rioux a plus tard précisé chez Mario Asselin:"Si ce type de lecture devait remplacer le journal et le livre, alors oui, s'en suivrait une grave régression intellectuelle" parce que "la lecture de longs articles sur internet [étant] tellement fastidieuse qu'elle favorisait le zappage au lieu de la concentration". Je laisse entendre dans mon billet que c'est "l'épidémie blogueuse" qui crée cette régression intellectuelle. L'épidémie entraînant la lecture en ligne, et dans mon cas, pour de longs articles, je ne crois avoir trop déformé sa pensée. La lecture en ligne, particulièrement avec les écrans que nous avons encore, affecte oui la lecture, mais moins dans la régression que dans le développement d'un autre mode de lecture. D'autres ont développé davantage sur ce point; Rioux préfère y voir une perte.

Plus de lecture [ajouté 19 janvier 2009] sur la notion de ville
Interfaces : comprendre ce qu’est le contexte (H.Guillaud, InternetActu) : avec les technologies ambiantes, nous aurons les moyens de ne pas déambuler pus dans les rues dangereuses, car elles n’apparaitront même plus sur nos cartes électroniques.
Comment la ville nuit-elle à notre cerveau ? (H.Guillaud, InternetActu) : le simple fait de vivre dans un environnement urbain à des effets sur nos processus mentaux de base

Trois choses dont le livre n'a pas le monopole

Il y a des fois où mon journal (papier) favori lance des flèches détournées sur mon médium favori (le web). Combien de fois je lève les yeux au ciel en me disant : il va bien falloir crever l'abcès un jour.

La connaissance au poidsJean-François Nadeau, dans le Devoir de samedi (et n'essayez pas de le retrouver, l'article est verrouillé) a signé une excellente chronique sarcastique sur son confrère de la grosse Presse Patrick Lagacé et son billet où il dit que le livre meurt (et ce n'est pas grave) --oui, oui, disponible en ligne-- car il, Patrick, ne lit plus ou presque de livre. À cause du web.

«La nouvelle est-elle ici d'apprendre que le chroniqueur a déjà lu des livres ou qu'il n'en lit plus» lance caustiquement Nadeau. Avouez que c'est un bel humour. Mais c'est la suite qu'il faut lire.

Faux, le livre ne se meurt pas, insiste-t-il, «les gens lisent plus de livres que jamais à l'échelle du globe. On en édite d'ailleurs de plus en plus».

(re)lire
Ça, ça fait plaisir à... lire. Même si je ne dirais pas qu'acheter un livre, c'est le lire (ça se donne en cadeau, par exemple --et rien ne dit que l'autre va le lire) ni que la quantité délirante de bouquins que les éditeurs déversent depuis plusieurs années sur le marché est de bon augure pour la qualité, mais je suis trop content pour m'empêtrer dans ces détails et ça nous éloigne trop de notre propos.

Il ajoute ensuite: «Comment peut-on soutenir en effet sérieusement qu'abandonner le mode de lecture que permet le livre serait sans conséquence sociale fâcheuse?"

Bon. Voilà. Pause. Trois choses d'abord.

  1. Le livre n'a pas le monopole de la lecture. Dire que le livre se meurt ne veut pas dire que la lecture se meurt.
  2. Le livre en tant qu'objet sera, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, obligé d'encaisser l'arrivée d'internet, et dans certaines catégories, c'est déjà commencé.
  3. Le livre n'est pas le seul détenteur de l'accès au savoir. D'autres modes d'accès à la connaissance, à la culture, émergent autrement que par la linéarité --même que certaines pensées s'acquièrent plus facilement par les hyperliens.
(é)lire
Jean-François Nadeau avait peut-être ces trois points en tête, car il ajoute ensuite: «La lecture que propose Internet est d'un type nouveau. C'est une lecture par agrégation d'information conçue pour un court terme en dents de scie. Jusqu'à preuve du contraire, le Web ne permet guère une réflexion dans la durée

Je ne sais pas qui il suit sur son agrégateur, mais rien que sur le sujet des livres, de la bibliothèque et de l'information à l'heure du web il y a Olivier Ertzscheid, Silvère Mercier, Bertrand Calenge, Dominique Lahary, Jean-Mary Le Ray, Alain Giffard, ou l'ubiquiste Hubert Guillaud (Internet Actu, La feuille). Voilà de quoi le rendre moins sûr d'affirmer qu'il n'y a pas de réflexion dans la durée.

De ce côté-ci de l'océan, nous ne sommes pas en reste, car on peut suivre avec intérêt Jean-Michel Salaün, Mario Asselin, Remolino, ou les prolifiques Alexandre Enkerli et Mitch Joël.

Et tiens, rajoutons donc dans le lot, ne serait-ce que parce qu'ils ont déjà dit à un moment ou à un autre des choses similaires à ce qu'il reproche à Patrick Lagacé : Nicolas Carr, Mark Pesce, Yann Leroux, Olivier Auber et le prolifique Dave Pollard.

(sa)lire
Statistiquement parlant, Nadeau a raison. La blogosphère n'est pas un haut lieu du savoir. Mais dans ce cas, les bouquins non plus. Statistiquement, regardez les arrivages d'offices et vous perdrez vos illusions...

Les journaux aussi, pris globalement, n'offrent qu'un faible niveau intellectuel, en moyenne. Ah bin ouais! j'inclus, moi, les journaux jaunes, comme lui, je crois, doit inclure skyblogue et myspace dans son décompte du "web".

(dé)lire
Mais peut-être a-t-il autre chose en tête quand il dit «réflexion dans la durée».

J'espère qu'il ne fait pas allusion à la pérennité du papier, dont on sait que les éditeurs peu soucieux n'ont cure en nous refourguant des livres dont les pages s'émiettent et où sa reliure tombe en lambeaux après quelques manipulations.

Ou fait-il allusion à la perte de mémoire du "numérique"? ce qui n'est pas plus différent que la non-réimpression d'un livre...

Je crois que nous avons là plutôt une réaction toute culturelle, peut-être cutanée ou alors simplement motivée par une sainte exaspération de voir la logorrhée 2.0 rendre caduque une certaine conception de la connaissance...

(savoir)lire
Quand il termine (en citant de nouveau Patrick) «"je profite du génie collectif des internautes" lance Lagacé à la va-vite, visiblement peu avisé, en cette ère où règne le blogue, que la pensée en commun conduit le plus souvent à des pensées communes», il émet une opinion, qui en dit long sur ce qu'il pense de "la base qui autopublie ".

Ce que Patrick a dit reflète davantage une réflexion qui a cours depuis plusieurs mois déjà sur Internet : filtrée par une communauté, via un réseau social basé sur des intérêts convergents, parfois temporaires, une certaine co-construction du savoir se fait sur le web. Patrick était au contraire bien avisé d'affirmer son attachement au "génie collectif".

(Tire)lire
Puis-je citer un passage du livre Christian Vandendorpe que Nadeau refuse à Lacacé?«On vit une époque aussi excitante, au plan intellectuel, que la Renaissance. Peut-être même plus. Le pari que je fais, aujourd'hui, c'est qu'on va voir naître une plus grande curiosité, un plus haut degré de connaissance.» Mais j'aurais pu citer tout autant une bonne partie de la blogosphère. Il s’agit seulement de bien sélectionner le bon "génie collectif".

Et en abordant le "génie collectif", Patrick ne fait rien d'autres que dire comment l'électronique n'est pas qu'un nouveau support, mais que la lecture, linéaire et solitaire, se voit déborder sur ses côtés par des modes d'acquisition dialogique ou communautaire qui n'a rien de commun, sauf à insister sur un humanisme myope à certaines émancipations sociales facilitées par le web.

Lire sans support
En ce qui concerne le livre-objet, les journaux-papiers, et les magazines au poids, on y trouvera aussi quelques autres grandes figures qui ont annoncé avoir quitté le monde du papier pour le web. Quand le livre verra un support digne de ce nom le concurrencer, d'autres suivront...

Est-ce que je me trompe?
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À lire sur Zéro Seconde
-Support physique : fin annoncée? 18 novembre 2008
Avec le tout numérique et une conscience écologique,est-ce la fin du support physique du contenu en tout genre (musique, nouvelles, etc.)?
-Fin du papier 9 septembre 2008
On annonce régulièrement la fin des livres. Ce qui sera serait étonnant. Mais serait-ce plutôt la fin du papier qui s'annonce avant.
-Ceci ne tuera pas cela 28 janvier 2008
Bibliothèque comme sélection aléatoire de la connaissance
-Mythologies de la connaissance [1], [2] et [3] Novembre 2006
-Écosystème de l'information: une série de 5 billets en cours:
(1) Twitter surge
(2) P2P News
(3) Info-broker
(4) Context is king
(5) Large scale reactivity

Ecosysteme de l'information (3/3) : Info broker

On se préoccupe beaucoup, avec raison, de cette métamorphose qui atteint le monde des médias, entre autres parce que ce que l'on appelait avant un "consommateur d'information" est devenu aujourd'hui un "acteur". Et lui aussi cherche de nouvelles stratégies pour survivre dans la surabondance de l'information.

Source:life  Google imgurl=d5568675f32065af Je poursuis ici une série de 5 3 billets exploratoires (lire Écosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge et Écosysteme de l'information (2/3): P2P news) en me consacrant aujourd'hui à ce qui a modifié le comportement des usagers dans ce nouvel écosystème de l'information.

La mutation qui s'empare du lecteur qui, tout en étant un consommateur pour les info-brokers, participe en même temps à le nourrir, rendant encore plus floue les frontières dans cette chaîne, puisqu'il est à la fois en amont et en aval de l'information.

Changements majeurs pour l'usager

Je me limiterai à citer que quelques points concernant cette évolution de la place du grand public face à l'information dans les deux dernières décennies (Alexandre Serres en dénombrait jusqu'à 7) et dont, il y a déjà un petit bout de temps, je vous avais entretenu.

1-Autonomie de l'usager: affranchissement total des usagers face aux professionnels de l'information (bibliothécaires, journalistes, médias, critiques, professeurs, députés...) dû notamment à leur augmentation (concurrence) et à la multiplication des outils et des canaux. (Si le sujet vous intéresse : The Information Industry Revolution: Implications for Librarians ). Auparavant, en aval, derrière des gardes-barrières, il se retrouve aujourd'hui à filtrer lui-même, à la source (ou plutôt à une multitude de sources) ses informations. Et ce, même s'il ne souhaite pas.
2-Apparition du hasard comme facteur de réussite: d'une recherche structurée avec méthodes et applications, on est passé à l'ère où un document se découvre par hasard au détour d'un clic. (Si le sujet vous intéresse : Chercher faux et trouver juste: Serendipité et recherche d'information). Dans un monde d'abondance, il n'est pas rare de toujours revenir de la pêche avec une bonne prise, qu'importe où l'on pêche. Et ne sous-estimez pas cet effet: quand toute recherche permet de donner une réponse "satisfaisante" la valeur d'une réponse "exacte" (et donc coûteuse) s'écroule.
3-Déplacement de la barrière: l'accès à l'information n'est plus un problème, la capacité de traitement de cette information est devenue la nouvelle barrière. (Si le sujet vous intéresse : Problèmes et enjeux de l’évaluation de l’information sur Internet). Comment traiter 10000 hyperliens trouvés? La "pertinence" comme critère technique est bien dure à atteindre. L'accès n'est plus un problème, mais voilà que son traitement cognitif en est devenu un.
Dans un monde (hyper)riche en information, où les outils nous noient davantage qu'ils nous aident, l'hominidé post-turingien (mmm intéressant comme expression que je viens de créer), que nous sommes en train de devenir, voit dans un néo-tribalisme un chemin de traverse...

Filtre humain
Puisque les filtres ont été court-circuités et que la validation d'un document repose sur l'usager, il lui incombe d'identifier ce qui est digne d'être lu/vu/entendu. Mais comme 99% de nos informations sont de "seconde main" (la plupart des informations sur le monde nous sont relayées et non acquises de "première main") cette tâche s'accomplit en se fiant à des "autorités cognitives ou informationnelles".

Nous choisissons nos sources, ces info-brokers, qui nous alimenteront, filtreront, agrégerons en contenu, pour nous tenir au courant...

Et pour les choisir, rien de tel que de se fier à sa tribu: son ami, sa copine, son père, sa cousine, le collègue, l'instituteur, la directrice, son équipe...

L'outil web Praized ne fait rien de moins que de faire vibrer cette corde et Yahoo Mail s'oriente dans cette même direction.

Disponible chez un info-broker près de chez vous

La qualité n'est évidemment pas assurée, mais dans le lot, on l'a vue, avec la sérendipité, on finit par trouver du contenu potable quand même, un peu comme on trouve toujours un arbre dans sa ligne de vision dans une forêt.

La mobilité et l'interchangeabilité des info-brokers sont telles qu'il donne l'illusion --mais ce n'est plus techniquement vraiment faux-- que l’information se rend à nous et non l'inverse. Qu'elle nous trouve. Ou du moins qu'elle est là où on l'attend.

Reléguant ainsi le (bon) journaliste au "faiseur de bruit" --bruit dans le sens d'information non demandée -- et donc, essentiellement appelé à nous instruire sur ce que l'on ne s'attend pas --et je crois qu'une partie de la crise du journalisme provient du fait que certains ne disent que ce que l'on veut entendre. Mais on déborde du sujet.

Who's the king?
Avec un tel scénario, que reste-t-il à faire? Qu'en est-il du "Content is King" dans un tsunami d'information?

Ce qui émerge depuis quelque temps et qui prend lentement sa place dans la chaîne, c'est "The Context is King". Mais gardons-en nous un peu pour une autre série.
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Lecture en attendant une prochaine série de billets

10 considérations sur les blogueurs, de François Guillot, qui constitue une des réflexions les plus pertinentes cette année sur la blogosphère dans la chaîne informationnelle.
Le journalisme est malade, interview vidéo de Jean-Claude Guillebault, où il affirme que le journalisme disparaît petit à petit au profit du médiatique. Trahison de la vocation journalistique?
Pourquoi la crise du journalisme? interview vidéo de Jean-Claude Guillebault, parce qu'ils disent tous la même chose.

Bilan 2008 Qc

Le Lien Multimédia fait son bilan 2008 et les perspectives pour l’année 2009 et a fait appel à quelques uns de l'industrie pour avoir notre point de vue. Voici le mien que j'ai envoyé, et que j'ai retouché ici pour mettre du contexte et des explications.

-Quelle a été, d’après vous, la meilleure idée à voir le jour dans le monde multimédia québécois en 2008?
Dur, dur. Praized.com, le site de recommandation de lieu, pour son answers.praized.com et le prix boomerang qu'ils ont gagnés. Mais aussi Akoha.com le jeu de "social réalité" ; ExVisu pour leur couverture analytique des élections américaines (Sarah Palin et Obama/McCain)

- L’échec de 2008?
Lissage du trafic Internet : notre CRTC donne raison au gros Bell d'étouffer la bande passante pour favoriser ses intérêts. Lire Le Devoir.

- Une chose que vous aimeriez voir en 2009?
Un plan numérique pour le Québec

Ecosysteme de l'information (2/3): P2P news

Si toute personne avec un cellulaire peut instantanément "informer la planète" via un simple message texte: peut-on dire que le "journalisme citoyen" détrône sur deux fronts les médias traditionnels : rapidité et quantité? Les micro-messageries s'imposent comme un acteur de premier plan pour "écrire un premier jet de l'histoire qui se déroule" ("first draft of history").

source:life May 1949 Andreas FeiningerCe débordement est prévu depuis longtemps (lire mon billet de 2005, La blogosphère et les médias.) Et par ricochet, une nouvelle définition du "live" s'installe : un flux multimédia (image, sons, vidéos et textes, surtout des courts textes) et non plus simplement télévisuel.Comme si l'on voulait "du bruit, beaucoup de bruit, et du brut, que du brut".

Avec une participation en prime (un genre de "P2P news"?).Je vous propose de poursuivre ma réflexion sur cette mutation de la chaîne de valeur de l'information afin d'identifier l'impact d'internet et des réseaux sociaux. Lire Écosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge.

Une image vaut 140 caractères?

Dans un micro-message, qu'est-ce qui est transmis? De la connaissance, de l'information, du data? On a le droit de dire qu'un micro-message ne produit ni information ni analyse, comme j'ai cité hier Alain Joanne, sur Journalistiques.fr.Certains ont conclu de l’inefficacité des médias sociaux à couvrir l’actualité chaude, avec fermeté, comme Fred Cavazza.

Ils constatent que les messages dans les médias sociaux n'ont même pas la valeur de témoignages exclusifs et qu'ils sont d'une parfaite banalité, car les "journalistes"citoyens" n'ont pas accès aux lieux privilégiés d'observation, ni ne procurent le recul nécessaire à l'analyse.Je crois ce constat (a priori sensé) n'offre toutefois pas un portrait précis de la situation.

Information, information, est-ce que j'ai une gueule d'information?
Mais avant de poursuivre, entendons-nous sur ces trois définitions avant, afin de voir si nous comparons des pommes avec des pommes (voir schéma de Michel Cartier sur le cycle données-informations-connaissances).
  • Données (data): représentations symboliques sans contexte
  • Information : représentations mentales de données en contexte
  • Connaissance : intégration des informations à des schémas mentaux préexistants
Si nous sommes d'accord que des données brutes sont sans contexte, les micro-messages ne peuvent être autre chose que des "données" , par manque évident de contexte...

Dans ce sens, Alain Joanne et Fred Cavazza n'ont pas tort. Mais alors ils ne disent rien de plus qu'une évidence. C'est pourtant prêter aux médias sociaux la prétention de la grenouille a vouloir devenir aussi grosse que le boeuf. Erreur de tir.

Les médias sociaux, et la micro-messagerie en particulier, même s'ils "démocratisent le scoop", ne cherchent pas à remplacer les médias traditionnels.

Journaliste crowdsourcé?

Pris individuellement, aucun micro-message n'est plus qu'un télégramme. C'est l'amoncellement de télégrammes qui remplit une fonction dans l'écosystème et qui finit parfois par donner du contexte.

«L’objectif, ici, n’est pas de produire une information low-cost sans journalistes, mais de travailler intelligemment dans le cadre d’une info en réseau. Produire une info plus pertinente par rapport aux attentes des lecteurs: hyper réactive, moins conventionnelle dans ses choix, plus “live”, plus libre, avec plus de ton, de conversation, beaucoup d’émotion.»(source Benoît Raphaël, LePost.fr)

Tirer sur la vacuité des médias sociaux c'est ne pas comprendre que "l’info en réseau est en effet aussi une info en fragments." (Francis Pisani, Le Monde).

Le contexte n'est pas donné par un seul message, mais le par le flux de messages. Une erreur (rumeur, fausseté) est rapidement corrigée par une autre avalanche de messages (lire un cas durant l'attentat de Bombay).Comme une fragile fourmi est ridicule sans sa colonie. C'est la somme colossale de micro-messages qui ouvre un nouvelle façon de voir le flux de nouvelles, de donner du contexte et de créer les premiers jets de l'histoire en cours. Histoire qui est ensuite réécrite, enluminée, solidifiée ensuite par les médias traditionnels, dans cette chaîne qui est en mutation (et non en concurrence)

First hand generated
Ce qu'il faut comprendre, c'est que les médias sociaux, via la micro-messagerie, sont aux premières loges pour faire démarrer le processus du regard tourné vers un événement-en-devenir, mais qu'il n'apporte pas sa propre véracité (chaque message n'apporte pas sa validité --mais est souvent confirmée par le nombre-- contrairement aux institutions journalistiques dont on attend qu'ils aient validé l'info avant diffusion).

L'analyse et l'information, donc, n'arrivent pas par Twitter. Les micro-messages ne sont que les pointeurs tangibles vers des actes/faits/segments de la réalité. Ils pointent aussi vers les informations et les analyses. Il contre-balance (ou confirme) la récolte de données du journaliste, l'aide (ou lui nuit) dans sa démarche.

Ils placent, au coeur du chaos, sur des noeuds attracteurs, des individus, journalistes ou autres, en situation de donner du contexte à ce qui se passe, tout en permettant au lecteur, enfin, de retracer l'origine des détails qui l'ont conduit à mettre en contexte et ultérieurement offrir une analyse.

Information broker

On croyait l'intermédiaire disparu avec la venue d'internet, il est au contraire bien là, mais revenu plus pertinent qu'avant et possède un rôle différent: il est devenu un "Information broker".

Paul Cauchon constatait hier dans le Le Devoir cette pression qu'ont les médias de "partager leur espace avec le citoyen" pour créer une "valeur ajoutée". Car il semble que le "lecteur veut pouvoir participer au média qu'il consomme".

D'où un constat qu'il fait : "les journalistes seraient donc devenus des sortes de passeurs, de dialoguistes".

C'est de que j'appelle "information broker". Oui, mais dans le cas des journalistes, je leur réserve davantage de pouvoir: celui de donner du contexte. Ce dont je vais parler la prochaine fois.

Mais avant, il faut comprendre la mutation qui s'empare du lecteur pris dans une surabondance de l'information, lui qui a besoin de nouvelles stratégies d'acquisitions de l'information. Ce sera le sujet de mon prochain billet plus tard cette semaine: Ecosysteme de l'information (3/5) : Info broker

[Lire Écosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge, pour la première partie de la série]
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À lire aussi
Comment revaloriser l'information dans la presse? sur MédiaChroniques
Twitter: des multiples usages du microblogue (qui dépassent le simple cadre du journalisme)
Nouveaux modèles économiques pour la presse et l'information de JM Le Ray
Une nouvelle architecture de l'information de Benoït Raphaël
L'avenir de la presse en débat sur Novövision
Billets sur mon carnet:

Blogueurs/journalistes: même combat
La société des chroniqueurs
Qui croire quand informations et connaissances circulent librement ?
La blogosphère et les médias
Se penser comme un filtre

Ecosysteme de l'information (1/3): Twitter Surge

Une nouvelle écologie des médias continue de se mettre en place. Bombay (Mumbai) n'a pas seulement été le centre d'attention mondial la semaine dernière, il a été aussi le véritable baptême de feu de Twitter, le service de micro-messagerie (micro-blogging) qui confirme que la "dépêche" (breaking news) pouvait aussi être emparé par les médias sociaux.

Source: Life, Robert W. KelleyL'industrie de la nouvelle en continu a été prise de cours par Twitter, où des témoins de l'intérieur, à proximité ou même très éloignés de l'événement dramatique en Inde ont participé à une autre expérimentation de journalisme citoyen sur la ligne de front.

Cette fois-ci sur un grande échelle, et d'une façon complètement organique.

Je vous propose dans les prochains jours de faire le survol sur cette mutation de la chaîne de valeurs de l'information et d'identifier l'impact d'internet et des réseaux sociaux.

Aujourd'hui, attardons-nous à Twitter (lire Twitter, de la machine à café au micro-journalisme de Philippe Martin pour comprendre cet outil).
À lire dans la presse trad
Mumbai: Twitter's Moment (Forbes)
The information flow from Mumbai (Dan Farber -CNet News)
Tweeting the terror: How social media reacted to Mumbai (CNN)
(FR) Ma soirée Bombay, ou pourquoi Twitter est désormais indispensable ( Laurent Suply - Le Figaro)
(FR) Attentats en Inde: Internet plus réactif que les agences de presse (Marie-Adélaïde Scigacz -VSD)
(FR) A Twitter revolution? (Francis Pisani -Le Monde)

À lire
dans la Blogosphère
Mumbai - Twitter and Citizen Journalism Advance (Rob Paterson, FASTForward Blog)
I Can’t Believe Some People Are Still Saying Twitter Isn’t A News Source (Michael Arrington - TechCrunch)
et particulièrement les 4 billets de Claude Malaison qui a "couvert" en "direct" les événements depuis... Montréal: "#Mumbai - Loin du Web 2.0 et pourtant si près"… I, II, III, IV(Nous verrons plus tard, en quoi son rôle --si loin, si près-- est important)
Another brick in the wall
Je dis une "autre expérimentation" de journalisme citoyen, car la couverture citoyenne n'est plus nouvelle.

On se souvient de ces élections américaines de de 2004 qui a vu la consécration des blogues, les attentats de Londres en 2005 qui a vu les premières photos amateurs parvenir de l'intérieur même du drame et les vidéos du Tsunami de 2006 consacrer la vidéo sur Internet.

Et, tant qu'à remonter dans le temps, le web est devenu un média, lors du tremblement de terre de Kobe en 1995, où des étudiants mettaient à jour leur site web pour tenir au courant les familles lointaines.

Les réseaux sociaux n'ont pas été inventés avec le web 2.0; ce qui est nouveau, ce sont les traces qu'ils laissent.

Twitter est comme une discussion de café. Mais aller au bistrot et écouter ce qui se dit, doit-on conclure que "le bistrot est un média?" Non, comme le dit Benoît Raphaël (de LePost.fr) : "le bistrot est une source, les journalistes de terrain le savent bien. Pas un média.".

Internet est plus qu'un bistrot, mais avec les réseaux sociaux en tant que canal participatif il s'apparente à un média, avec ses propres particularités et s'imbrique davantage dans l'écosystème de l'information comme une source très importante mais redéfinie tout notre rapport à l'information.

Les attentats de Bombay n'ont pas fait exception: les réseaux sociaux ont couvert l'événement (lire Following Mumbai Attacks via Social Media de Amy Gahran), en véritable "coopétition" (def.) avec les médias traditionnels. Ou proto-coopétition, car cela est encore vécu comme une compétition (avec des gagnants et des perdants). Or il s'agit simplement d'une mutation de l'écosystème de l'information.

Twitter in arms

Ce qui est particulier cette fois-ci, c'est l'usage en général des micro-messageries (comme le BlackBerry), mais en particulier, de Twitter comme outil de dépêche, sur une grande échelle.

Précisons. C'est un baptême pour Twitter, mais ce n'en est pas un pour la micro-messagerie. Car le tremblement de terre au Sechuan en début d'année 2008 a été sa consécration, de fait. Mais cette révolution-là a été télégraphiée en idéogramme chinois (commencez à vous faire à l'idée et courrez dans un Institut Confucius le plus près de chez vous) et les Occidentaux ont été laissés sur le bas-côté de l'autoroute de l'information.

Post in the machine
Quoi?! Le témoin comme reporter? Il n'y a que les purs et durs pour encore s'en faire du sang d'encre ("[...] à ce cirque de l'information déjà joyeusement compliqué, viendrons-nous ajouter l'emberlificoteur blogueur?"). La question est mal posée, et la réponse, connue depuis très longtemps, ne laisse pas de doute (et on arrête pas de le répéter), ce ne sont pas des journalistes.

L'écosystème qui se met en place depuis quelques années voit Twitter entrer avec force dans la chaîne de valeur. Cette fois-ci c'est au niveau de la chasse-gardée hautement réservée du "breaking news" et du "live". Seuls les médias traditionnels bien équipés occupaient ce terrain depuis 2 décennies.

On n'est plus spectateurs de l'événement, on y participe. On peut y voir une menace. On peut aussi y voir une opportunité. La différence tient à la volonté de se redéfinir ou de stagner.

Harnachez la Mustang
Vouloir harnacher la "dépêche sauvage" est une stratégie possible devant la montée des médias sociaux. Les médias qui cherchent être associé à "ça" doivent passer par-dessus leur honneur propre. CNN tente actuellement de harnacher la dépêche "crowdsourcé" (def.) sur iReport. Les meilleures dépêches sont estampillées "bon pour diffusion" et peuvent recevoir le logo CNN.

Débusqueurs d'info
L'écosystème de l'information en réseau est définitivement une info en fragments:

"L’info n’arrive plus ficelée comme un paquet soigné sous forme d’article avec un début (lead disent les Anglo-saxons), un milieu et une fin, ce qui implique un minimum de synthèse et d’organisation. Pauvre Aristote
". (Francis Pisani, le Monde).

Il ajoute qu'il faut accepter que les "premières interprétations ne sont plus le monopole des «têtes parlantes» qui pullulent sur nos écrans télé."

On a le droit de dire qu'un micro-messages ne produit ni information ni analyse, comme le décrie Alain Joanne sur Journalistiques.fr. De là à conclure de l’inefficacité des médias sociaux à couvrir l’actualité chaude, il n'y a qu'un pas, franchi avec fermeté par Fred Cavazza.

Je crois ce constat (juste dans le propos) n'offre pas un portrait précis de la situation, où le "live" devenu "participatif" (et même l'arme fatale selon Benoît Raphaël sur LePost.fr) confirme en fait une mutation de l'écosystème de l'information, à partir de la base, vers le haut et force à voir que nous avons un tout autre rapport face à l'information.

C'est ce que nous verrons demain: Écosysteme de l'information (2/3): P2P news

Go numeric, young man

Obama promet l'accès haute vitesse (broadband) pour tous.

M. Obama a proposé un programme de reprise économique dans son adresse à la nation hier en réplique aux 533.000 emplois perdus en novembre seulement.

"We need action — and action now”
Diffusé sur Youtube et à la radio hier matin, M. Obama propose, outre des projets d'infrastructure des routes et des ponts, d'inclure de nouveaux emplois dans la sphère technologique et aussi des emplois "verts", ainsi que des solutions pour que réduire la consommation d'énergie et les émission de CO2.

"Il est inacceptable que les États-Unis d'Amérique soit classé 15e en importance dans son adoption de la haute-vitesse Internet” dit-il “particulièrement dans le pays qui l'a inventé, chaque enfant doit avoir une change d'être en ligne." (“It is unacceptable that the United States ranks 15th in the world in broadband adoption. Here, in the country that invented the Internet, every child should have the chance to get online.”) (source NYtimes)

Et nous?
Pendant ce temps-là, dans la capitale centralisatrice, Ottawa, le premier ministre Harper suspend le parlement, après avoir suspendu le droit de vote de grève des fonctionnaires et le financement des partis d'opposition, "solutions" pour contrer la crise économique appréhendée.

FaceBook, Twitter et #Mumbai

Personne, sauf erreur, n'a relevé le fait que Twitter a gagné un pari survenu quelques jours auparavant.

Le lundi précédent les événements tragiques à Bombay, Twitter avait refusé de se faire acheter par FaceBook, un montant de 500 M$, ce que plusieurs décriaient comme pure folie --Twitter n'ayant aucun modèle de revenu à court et moyen terme.

Puis les événements l'ont mis sur le devant de la scène médiatique. #mumbai aura été son "hashtag" (def.) de gloire. Il s'est fait consacrer de média de micro-journalisme.

Une expression qu'il faudrait d'ailleurs replacer en contexte. Je compte bien le faire cette semaine et m'étendre davantage sur le sujet si vous le voulez bien.

En passant, trouvez-vous que Twitter doit beaucoup à FaceBook pour sa popularité? C'est à travers la fonction "Status" sur FaceBook que plusieurs ont compris l'utilité de Twitter (twitter = juste le "status"...sans FaceBook).

Quand on n'utilise Facebook que pour le status, comme un micro-média de soi, il est plus simple d'utiliser Twitter et on a potentiellement une plus grande portée (puisque non limité à ses "amis")...

Pownce ferme

Pownce a été acquis par Six Apart. Première conséquence, ce service de communauté, de micro-blogging (à la Twitter) et de partage de fermera ses portes le 15 décembre. Dépêchez-vous à exporter vos données.

Si vous souhaitez conserver votre contenu, utilisez l'outil d'exportation à pownce.com/settings/export/

Pownce a été lancé en juin 2007 et ouvert au public en janvier 2008, par Keven Rose, entre autres, impliqué aussi dans Digg et Revision3.

La solution de Pownce était plus complète que Twitter, mais son succès n'a jamais égalé ce dernier...

Une bonne revue de Pownce se trouve ici (en anglais).